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3 avril 2009 | Par : Chroniqueurs

Cyborg

Par The creeper

Cyborg est vraiment un film étonnant. Moins par des qualités purement esthétiques ou narratives que par les conditions de sa production. De plus, le film entretient un rapport étroit avec la lente déchéance de la firme Cannon, ce qui fait de ce post-apo nanardesque une troublante illustration de la fin d’une époque.

L’action se passe à New-York après qu’une épidémie ait rayé plus de 90% de la population humaine de la surface de la Terre. Dans cet enfer, seul Fender semble y trouver son compte. Ce seigneur de l’apocalypse ouvre d’ailleurs le film par sa voix-off où, après avoir succinctement présenté la situation, il nous assène qu’il adore ça puisqu’ainsi il peut laisser libre cours à ses pulsions et semer la mort ! Mais rassurez-vous, ce pessimisme introductif sera vite balayé par l’espoir suscité par une femme cyborg (d’où le titre du film) chargée par ses concepteurs de ramener à Atlanta le remède à la pandémie. Une mission contrariée par Fender et sa bande mais que notre JCVD adoré va remettre sur les rails grâce à ses interventions musclées.

Des décors assez cheap, des acteurs au jeu approximatif, un réalisateur qui abuse des filtres en tous genres (bleus lorsqu’il fait nuit, jaune en plein cagna), des combats mous du genou et mal cadrés, des dialogues réduits au strict minimum (les méchants et JCVD éructent d’ailleurs plus qu’ils ne s’expriment intelligiblement), bref vous l’aurez compris nous sommes en présence d’un bon vieux nanar des familles que la V.F rend encore plus tordant. Malgré tout, le film bénéficie d’une cote d’amour assez incroyable pour un si piètre résultat. En effet, on ne peut s’empêcher de le trouver malgré tout attachant car il est un des derniers représentants d’une période révolue où les action men trustaient les écrans au mépris de la moindre cohérence scénaristique ou montage logique.

Cyborg est en fait l’ultime parangon du système Menahem Golan et Yoran Globus, les deux fondateurs de la mythique firme Cannon, qui recyclaient à tout va des images ou morceaux de scénarios déjà vus ailleurs, le tout filmé par de solides faiseurs (Sam Firstenberg, Ted Post, George Pan Cosmatos, Albert Pyun…) et porté par une « star » body-buildée (Michael Dudikoff, Dolph Lündgren, Jean-Claude Van Damme…). Surtout, après avoir connu un succès conséquent dans les vidéo-clubs que les productions made in Cannon alimentaient, la firme put se permettre quelques sorties sur grand écran avec au bout un certain retentissement au box-office. Car les années 80 étaient surtout sous la domination des Schwarzenegger, Stalonne et consorts et ce studio indépendant démontrait film après film qu’elle pouvait rivaliser avec ses plus riches concurrents.

La Cannon entra définitivement dans la cour des grands en 1984 avec le succès de Missing in Action de Joseph Zito avec Chuck Norris. A partir de ce moment, ils allaient voir grand. Continuant à assurer une certaine manne financière grâce à des petits budgets répondant aux goûts déviants d’un public testostéroné (Delta Force, American Ninja…), la Cannon attira dans ses filets de grands auteurs et put asseoir ainsi leur légitimité. Aussi étonnant que cela paraisse, Othello de Zifferelli, Fool for Love d’Altman, King Lear de Godard, Massacre à la Tronçonneuse II de Hooper ou Shy People de Konchalovsky fuirent produits par Golan et Globus. Et en 1987, la Cannon est toute proche d’être considérée comme l’égal des plus grands studios comme La Warner ou Universal. Une année charnière qui verra l’empire s’effondrer peu à peu sous les coups de la gestion plus que discutable de Golan et les échecs artistiques et publics du film de Godard (financé dans le seul but de monter le tapis rouge menant au Grand Palais), Superman IV et l’adaptation du dessin animé culte Les Maîtres de l’Univers avec Lündgren et la toute jeune et déjà mimi Courteney Cox.

Les années suivantes seront donc marquées par un net recul de la firme qui revient à des budgets étriqués et une distribution alternative. En 1989, Cyborg est le dernier survivant des ambitions Cannonesques puisqu’il bénéficie d’une action star à la gloire naissante (c’est le sixième film des muscles from Brussels), d’une distribution internationale et de pleines pages dans Impact ou Starfix. Le film d’Albert Pyun est un peu le chant du cygne de l’épopée Cannon, un film d’abord envisagé pour être une suite directe aux Maîtres de l’Univers et dont les idées revues à la baisse seront réintroduites dans un récit post-apocalyptique lorgnant du côté de Mad Max mais surtout des ersatz italiens que ce dernier engendra. Pyun et son équipe auront également recours à une imagerie héritée des westerns spaghettis et notamment Il Etait une Fois dans l’Ouest avec le trauma de Gibson qui sera dévoilé par des flashs-back progressifs. Mais rien n’y fait, même le titre tentant de séduire les fans de S.F mis en transe par Robocop et Terminator, la Cannon n’engendre plus que des sourires empreints de compassion pour une structure dont les délires Bis auront en 1985 plus qu’influencés Rambo II et Commando. Cyborg ne sera une source d’inspiration que pour les Inconnus qui en tireront deux de leurs meilleures parodies avec Les Miséroïdes et Les Liaisons Vachement Dangereuses où Didier Bourdon, coiffé de la même perruque que JCVD et proférant les mêmes borborygmes, foutra une peignée à une version apocalyptique de Jean Valjean et à madame de Merteuil.

Cyborg est un film toujours intéressant à visionner car son récit de fin du monde est incroyablement raccord avec le devenir de la célèbre firme. Alors toujours habités par une confiance indéfectible dans leurs produits, Menahem Golan et Yoran Globus placeront leurs derniers espoirs dans Jean-Claude Van Damme au gré de la ligne de dialogue concluant le film qui s’avère particulièrement savoureuse par la mise en abyme qu’elle engendre : « J’ai l’impression que c’est cet homme le vrai remède de ce monde… »

Aussi improbable que cela puisse paraître, le film donna lieu à deux suites qui sonneront définitivement le glas de la Cannon qui disparaîtra peu de temps après. En 1993, sorti dans les vidéos-club un Cyborg II avec Jack Palance et une jeune actrice débutante Angelina Jolie et quelques mois plus tard, Cyborg III : The Recycler qui n’avait aucun autre point commun avec ses prédécesseurs que le titre.

LE TRAILER

Commentaires

Merci beaucoup pour l’artice.
Je rêve de voir débarquer à nouveau ce genre de production jusqu’au boutiste et fauchés. Cyborg fait parti des films que je n’oublirais pas en comparaison de cette mélasse de production bourgoises qui intéllectualise le cinema d’action bourrin jusqu’à le rendre insipide et sans saveur.
Bref de temps en temps un film de ce type ne ferait pas de mal à voir peut être un jour car toute les modes reviennent... tôt ou tard ;)

3 avril 2009 | Par nicolas bressier

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