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BACK TO THE FEATURE

11 février 2009 | Par : Chroniqueurs

Paperhouse

Par The creeper

Le cinéma de genre à l’anglaise est revenu sur le devant de la scène ces dernières années grâce à des réalisateurs de la trempe de Neil Marshall (Dog Soldiers, The Descent) ou Christopher Smith (Creep, Severance) qui ont livré des œuvres sans concessions. Des films qui se démarquent par leur radicalité toute contemporaine par rapport à leurs prédécesseurs ayant officié dans les années 80 où le rêve, la poésie macabre et les visions infernales régentaient le récit. Pourtant, cette vague anglo-saxonne de la fin des eighties est loin d’être risible ou négligeable puisqu’elle nous aura offert quelques perles aujourd’hui encore indépassables et dont Clive Barker est le principal initiateur. C’est à lui que l’on doit Hellraiser, Cabal et lui encore qui produit en 1992 le Candyman de Bernard Rose, superbe film d’horreur sociale déguisé en popcorn movie. Ce même Rose qui aura durablement impressionné son monde en 1989 avec Paperhouse, film inclassable, aussi poétique qu’effrayant et qui envisage de manière remarquable la perméabilité entre rêve et réalité.

Anna, 11 ans, est une petite fille malicieuse qui a du répondant pour ne pas dire un sacré tempérament. Une attitude de frondeuse qui sied mal dans une école anglaise où la moindre trace de contestation est punie par l’exclusion. Ici, elle se fera mettre à la porte du cours après une énième répartie envers sa prof. Lassée de faire le pitre pour amuser la galerie, elle se réfugie dans ses rêves ou plutôt s’y effondre ! Anna vient en effet de tomber au sol et gît inconsciente. Nous la retrouvons dans une immense plaine, courant jusqu’à une bâtisse étrange comme sortie de l’imagination d’un enfant. Et pour cause, cette maison n’est autre que la représentation imaginaire de la maison qu’elle a dessiné durant le générique. Mais impossible d’y pénétrer, car elle a beau être dans un rêve, elle ne pourra en pousser la porte qu’à partir du moment où elle aura dessiné, dans la réalité, l’intérieur. De sorte que l’on en vient rapidement à se demander si elle dessine ce qu’elle rêve ou bien si elle rêve ce qu’elle dessine. Autrement dit, le film va permettre de tisser des liens étroits entre l’art, l’imagination et la réalité, un jeu d’influences qui entraînera le film vers une réflexion sur l’acte créatif comme échappatoire, comme alternative à la réalité.

Une réalité difficile pour Anna qui a une relation plutôt houleuse avec sa mère mais qui souffre plus sûrement de l’absence de son père, éloigné du foyer familial par son travail. Cette solitude, cette impression d’abandon, elle la comble par l’art, et dessine un ami imaginaire qui l’attend derrière la fenêtre de cette maison de papier. Prénommé Mark, il est incapable de se mouvoir car Anna a oublié de lui dessiner des jambes. Mais impossible pour elle d’effacer et de recommencer, son dessin acquérant au fur et à mesure des propriétés « magiques ». Ce sera à elle de faire attention à ce qu’elle dessine, donc ce qu’elle désire. Film poétique, Paperhouse se pare également de toute une symbolique liée aux rêves, bien évidemment, mais également à la psychanalyse. Ainsi, dans un accès de colère, Anna dessinera puis « défigurera » son père qui interviendra dans ses rêves comme une menace létale. Un comportement qui tranche diamétralement avec celui adopté dans la réalité où son père démontre toute son affection à sa fille. Les séquences de cauchemar où ce père Fouettard apparaît d’abord au loin en tant que simple ombre pour devenir vraiment actif sont vraiment terrifiantes. Une tension palpable initiée par la photo très travaillée et le travail sur le son et la voix. Des scènes d’autant plus intéressantes si on les interprète justement sous l’angle du rêve, puisque le croquemitaine qui pénètre de force dans cette maison, dans l’intimité de Anna et Mark donc, est son propre père. Rejet, viol, inceste on peut dire que la psyché de Anna est sacrément perturbée ! Pire, son inconscient, ses expériences qu’elle vit en rêve ont des répercussions sur son corps physique. Sa santé s’altérant dangereusement. Tout en discourant sur les émois (é-moi ?) de la gamine, Rose, par le truchement de sa réalisation n’oublie pas de construire une intrigue allant crescendo où deux mondes, le rêve et la réalité, se percutent et dont les actions dans l’un se répercutent dans l’autre. Le réalisateur usant des transitions abruptes voire carrément inexistantes pour perdre un peu plus son héroïne et le spectateur par la même occasion. Pas de trucages ou d’effets spéciaux sophistiqués comme dans Nightmare on Elm Street ou Dreamscape pour figurer un monde imaginaire. Rose utilise à merveille les ressources à sa disposition, à savoir de fabuleux décors aussi évocateurs que sobres (une maison, une plaine, un phare) et une maîtrise de son art, le cinéma.

Film inclassable, il n’aura pas connu de sortie salles en France malgré le prix remporté au festival du film fantastique d’Avoriaz où il reçut le Grand prix de l’Etrange en 1989. Une injustice inexcusable. Car, quand bien même la résolution finale sous forme d’happy end avec cette réunion de famille en bord de falaise ternit quelque peu le caractère vénéneux du film, il reste à ce jour un petit classique du film fantastique qui, 20 ans après, n’a rien perdu de sa force. Demandez donc à Terry Gilliam lui qui s’en est ouvertement inspiré pour son Tideland.

Une seule solution pour apprécier cette pépite ou la découvrir, le dvd. Mais va falloir aligner les euros car sa rareté, son étrangeté au regard d’une production normalisée en fait un objet sinon de culte du moins de collection. Paperhouse n’a rien d’un voyage enchanteur au pays imaginaire. Nous sommes bien loin de l’innocence généralement attribuée à l’enfance. Et c’est ce qui rend cette œuvre si singulière, si attachante, si perturbante, si indispensable.

VIDEO DU FILM

Commentaires

superbe film en effet ;
ça fait des années que le cherche en DVD et en Français
quelqu’un a une idée ?
merci

25 août 2009 | Par collin emmanuel de Longwy dans le 54

salut je recherche le film dvd en version francaise ou meme sous titres si une personne peut me dire ou le trouver faite moi signe merci a vous tous

7 mars 2009 | Par krys

Très beau film, dommage que les sous-titres français soient inexistants (introuvables sur la toile) !...

14 février 2009 | Par Lynch971

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