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25 février 2009 | Par : Chroniqueurs

Les Banlieusards

Par The creeper

Les pionniers et les migrants issus du Mayflower ont laissé la place aux aventuriers du quotidien. Les grands espaces ses sont mués en banlieues étriquées et les luttes pour l’indépendance et l’émancipation font partie de l’histoire et ont laissé la place à un désir de conformisme et d’uniformisation. Bienvenue dans le rêve de la classe moyenne !
Un american way of life qui trouve son origine dans l’immédiate après-guerre. Après une crise financière (1929) et une guerre mondiale, le pays a besoin de stabilité. D’autant plus que si 1945 marque le début de l’hégémonie américaine, c’est également le début de la guerre froide avec l’U.R.S.S. La menace nucléaire qui pèse alors, favorise la popularisation des banlieues, ces quartiers attrayants où tout le monde se connaît, où tout le monde vous sourit, et vendus par les sourires émail diamant de la famille type, papa, maman et leurs deux marmots. Autrement dit, une aspiration à la tranquillité et surtout à la sécurité à portée de main. C’est donc dans ce contexte que le jeune Joe Dante grandit, y trouvant d’ailleurs une source d’inspiration pour son travail de réalisateur puisque la vie en banlieue (au sens américain du terme) sera directement ou non au centre de pratiquement toute sa filmo. Bien avant American Beauty, les Desperate Housewives ou X-Files (à l’occasion du loner Bienvenue en Arcadie), la vie en banlieue devient devant sa caméra un véritable cauchemar urbain et comportemental. Les Banlieusards (The Burb’s en V.O) en est l’émanation ultime et définitive, traduisant à la fois sa fascination, son horreur et finalement son attachement aux quartiers de son enfance.

Un élève doué

Joe Dante est un réalisateur sous-estimé, pâtissant de l’ombre écrasante de son génial tuteur Steven Spielberg qui le prit en affection après le plagiat de Jaws commandité par Roger Corman Piranhas et qui produisit ses plus probants succès (Gremlins et sa suite et L’Aventure Intérieure). Deux hommes dont les carrières auront débuté de manière similaire avec des purs films de genre et dont les trajectoires divergeront rapidement. Spielberg résolument tourné vers des films à l’universalité de plus en plus prononcée tandis que Dante se concentre sur des récits articulés autour de freaks (d’aspects monstrueux ou simples inadaptés) pour lesquels il éprouve un amour sincère. Mais tous deux développeront une œuvre de plus en plus politique et polémique, Munich et La Guerre des Mondes pour l’un, The Second Civil War et Homecoming pour l’autre.

Pétri de talent, c’est sans doute le caractère iconoclaste de Joe Dante qui aura desservi sa reconnaissance auprès du public ou d’Hollywood. Surtout, oeuvrant dans le même créneau du film « familial » que Spielberg, il se montre plus subversif que son aîné, n’hésitant pas à remettre en cause des valeurs fondamentales et fondatrices telles que la Famille (Gremlins) ou l’Armée (Small Soldiers). Si l’on rajoute ses thèmes de prédilection que sont l’enfance et le cinéma, on obtient Les Banlieusards, film d’une grande justesse dans la peinture de ses contemporains, au crescendo comique dévastateur et se révélant être une parfaite synthèse de sa filmographie jusqu’à The Second Civil War.

Recréer la banlieue

Dans une petite municipalité comme toutes les autres, des nouveaux voisins emménagent dans la demeure voisine de Ray Peterson (Tom Hanks). Ces gens sont bizarres, leur maison est un vrai fouillis et la nuit, on peut entendre des bruits étranges provenant de leur sous-sol. Lorsque Walter (un vieil homme du voisinage) disparaît, tout le monde commence à les suspecter...

Dante accepte de tourner ce petit budget qu’il pense pouvoir boucler à temps avant la grève des scénaristes qui se profile. Projet par défaut (un film en plein développement sera annulé) et destiné à combler le vide entre L’Aventure Intérieure et Gremlins 2, Joe va pourtant s’approprier cette histoire en y projetant nombre de ses thématiques. Et parvenir à créer un récit intemporel aux résonances toujours actuelles. Une volonté de non contextualisation qui permet de se focaliser sur la vie dans cette banlieue. Et pour en retrouver l’essence, Dante va jusqu’à recréer un environnement de travail familier pour lui et les spectateurs en faisant appel à des têtes connues. Ainsi, on retrouve des acteurs employés dans des précédentes œuvres comme Dick Miller et Robert Picardo (déjà présents sur Gremlins et L’Aventure Intèrieure) en éboueurs, Henry Gibson (L’Aventure Intérieure, Gremlins II) en docteur, ou reconnus du grand public, Carrie Fisher (Star Wars) et Tom Hanks (Big, Splash). Hanks, qui à l’époque est célébré pour ses rôles de gentil naïf, étant la caution d’un spectacle familial et tranquille que Dante va s’ingénier à transformer en personnage délirant et à la folie cartoonesque. Gagner la confiance de son audience pour mieux la déstabiliser. Le réalisateur accentue même cette impression de récit en vase-clos (dit aussi boule de neige souvenir) dès l’entame puisque la caméra partira de l’immensité stellaire pour plonger vers la terre et effectuer une mise au point chirurgicale sur le lieu d’action. Tout ce qui se passe dans la banlieue reste dans la banlieue ! Cet enfermement crée donc un environnement propice au surgissement du fantastique malgré ses atours de comédie satirique.

Un fantastique contagieux

La dimension horrifique si chère à Joe Dante va se propager progressivement et sera l’un des enjeux des films, comme cela nous est explicitement montré dès le départ. En effet, alors que Ray sort promener son chien, il est attiré par les bruits et les lumières étranges surgissant du sous-sol de la maison voisine. Alors qu’il s’apprête à pénétrer sur leur terrain et enjamber une démarcation naturelle au sol, à peine le pied posé de l’autre côté, le vent se met soudainement à tourbillonner violemment pour s’arrêter aussi nettement qu’il avait commencé une fois Ray repassé de son côté. Pénétrer cette maison, en découvrir les secrets sera son objectif et se transformera peu à peu en obsession. Car avant tout Ray a les pieds sur terre, c’est un cartésien pure souche qui ne voit dans le comportement bizarre de ses voisins (ils ne sortent que la nuit pour creuser des trous dans leur jardin) qu’excentricité pittoresque. Seulement voilà, il va être constamment harcelé par son meilleur ami qui le poussera à aller toujours plus loin dans la paranoïa et la violation de domicile. Ils seront vite rejoints par le voisin d’en face, sorte de paramilitaire sur le retour génialement interprété par Bruce Dern. Poussé par ses amis, Ray sera en plus soumis à un flot régulier d’images traditionnelles, référentielles du cinéma d’épouvante par le biais des extraits de films (Massacre à la Tronçonneuse 2, L’Exorciste) passant sur les écrans de télévision parsemant le métrage. Un procédé commun à Dante et Spielberg qui n’aiment rien moins qu’illustrer leurs récits par des extraits de leurs films favoris. Cette contamination de la matière filmique et donc de l’esprit de Ray s’effectuera également par le truchement de la mise en scène de Joe Dante qui multipliera des plans et des séquences ultra référentielles (Fenêtre sur Cour, le western spaghetti à la Leone…). Des hommages qui déterminent l’enracinement de plus en plus profond de la réalité des personnages dans la fiction et qui constituent de formidables ressorts comiques du fait du décalage ainsi créé. Et finalement, tout culminera lorsque notre petite troupe accompagnée de leurs femmes respectives s’invitera enfin chez les Klopeck que Dante s’amuse à rendre inquiétant de par leur aspect physique comme par leurs attitudes. C’est donc à l’issue de cette visite que Ray va définitivement péter un câble et être persuadé que ses chers voisins sont des vils meurtriers. Ce qui conduira à un enchaînement d’évènements dont les dérapages successifs auront des conséquences apocalyptiques sur leur quartier adoré.

Enfantillage de l’art

Les Banlieusards est une divine comédie à l’humour corrosif qui s’appuie avant tout sur un comique de situation, plus axé sur les comportements que les répliques qui tuent et virant même parfois au slapstick le plus effréné. Un film qui annonce même les comédies de la Judd Apatow Team (Apatow, Adam Kay, Will Ferell, Steve Carelle, Paul Rudd…) articulées autour d’adultes immatures ou se complaisant (et trouvant parfois leur bonheur) dans un comportement régressif. Et on ne peut nier que les trois voisins sont en pleine régression ! Il n’y a qu’à les voir se lancer des défis de gamins, c’est à celui qui ira frapper à la porte de la maison maudite, celui qui parlera à l’espèce de dégénéré qui en sort, celui qui sortira vivant de la cave… C’est encore Ray qui fume ses cigares en cachette ou qui se voit interdire par sa femme d’aller jouer avec ses petits camarades ! Sa femme qui désormais assume également le rôle de mère (le bisou sur la joue qu’elle réclame avant de s’en aller en voiture l’illustre à merveille).

Malgré une conclusion peu satisfaisante (la fin choisie n’était pas la préférée de Dante), Les Banlieusards est un immense film qui permet au réalisateur de déclamer son amour du cinéma et de ses banlieues. Ceci par l’intermédiaire du personnage de Corey Feldman (Les Goonies) qui observe avec amusement et surtout excitation les gesticulations des habitants de son quartier. Cet ado qui invitera même de plus en plus d’amis sur son perron au fur et à mesure des proportions prises par les évènements afin d’assister à un gigantesque spectacle. Comme des spectateurs lors d’une projection en plein air, les pizzas remplaçant les traditionnels pop-corn. Ce même personnage qui aura le mot de la fin en déclamant face caméra que décidément, il adore son quartier. Avec ce film, Dante se livre à une peinture acide et extrêmement drôle de ces banlieues où le conformisme est roi et la différence scrutée avec plus ou moins de méfiance ou de malveillance. Un film que l’on peut qualifier sans mal de chef-d’œuvre oublié.

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