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BACK TO THE FEATURE

7 janvier 2009 | Par : Damien Taymans

I drink your blood

Suivant de près les exactions récentes mises au goût du jour par le Blood feast et le 2000 maniacs d’Herschell Gordon Lewis, I drink your blood découle de la volonté du producteur et imprésario Jerry Gross de surfer sur la vague horrifique relancée par le récent La Nuit des morts-vivants de George Romero. Projet pour lequel l’acteur David E. Durston reconverti en scénariste et réalisateur reçoit comme consigne d’outrepasser la dimension de terreur implantée par l’œuvre romérienne en insérant dans son métrage une multitude d’effets sanglants.

Mission accomplie pour le cinéaste qui permet à son oeuvrette bisseuse de passer à la postérité en devenant le premier film d’horreur sanctionné par la MPAA d’un classement X en raison de la violence extrême de certaines de ses scènes. Devenu culte pour des générations de cinéphages, I drink your blood connaît une sortie des plus chaotiques à l’époque, au point que le producteur donnera le feu vert à nombre de dirigeants de salles d’effectuer les coupures nécessaires afin de ne pas outrer un public non-averti et de respecter au mieux les desideratas des censeurs. Ainsi se déversent simultanément aux States autant de versions différentes de l’œuvre qu’il n’en existe de copies, les projectionnistes amputant et charcutant à même la pelloche selon leurs critères personnels, offrant aux spectateurs des quatre coins des Etats-Unis une vision toute personnelle d’un métrage parfois devenu incohérent suite à ce remontage bas de gamme.

En lieu et place des bouffeurs de chair du génie de Pittsburgh, Durston opte pour une bande de hippies sauvageons, satanistes et sous acide de surcroît qui terrorise une petite communauté autarcique de l’Amérique profonde. Prenant ses quartiers dans une bicoque abandonnée, la troupe vit d’amour et d’eau fraîche, parfois entrecoupés par l’ingestion de substances illicites, l’accomplissement d’un rituel sataniste ou encore la libération de ses pulsions instinctives. Ce dont la pauvre Sylvia fera les frais avant de revenir sous le choc dans l’antre familiale. Le grand-père prend donc les choses en mains et s’en va, la poudre au fusil, dire ses quatre pensées à ceux qui ont osé violenter sa petite-fille. Une entreprise bien vaine puisque le papy est à son tour humilié et talé par les SADOS (Sons And Daughters of Satan), descendants quasi directs de la tribu des Manson qui sévit à une époque pas si lointaine (l’allusion du suicide de la femme enceinte). Transformant cette double estocade en affaire de famille, le jeune Andy prépare en secret une vengeance terrible. Après avoir abattu un chien enragé, il extrait de la carcasse de l’animal quelques gouttes de sang réinjectées dans des tartes à la viande qu’il se propose d’aller offrir aux Satan’s lovers.

Point de rupture d’une œuvre qui s’orientait fermement vers une tendance très commune du cinéma de genre avec un groupe de fouteurs de trouble venus envahir le terrain de voisins timorés. Une bifurcation à cent quatre-vingts degrés qui permet à Durtson de faire d’une pierre deux coups en empruntant d’abord un sentier pas encore rebattu et ensuite de livrer quelques moments d’anthologie par le truchement de séquences extrêmement sanglantes qui s’accumulent avec l’appui d’une rage dévastatrice. De la future mère qui s’enfonce un pieu dans le ventre à l’invasion des enragés qui mettent en ostentation la tête d’une de leurs victimes, ultime trophée de leur folie destructrice, I drink your blood s’enfonce au fil de l’œuvre dans un stupre malsain aux nombreuses effusions d’hémoglobine, une descente en enfer légitimant sans nul doute à l’époque le couperet reçu par la bande horrifique…

Originellement intitulé Phobia, le film a changé de titre suite à la décision par la production de le présenter en double programme grindhouse avec un film de cannibales (d’où le titre considéré plus accrocheur du diptyque I drink your blood / I eat your skin). L’œuvre vient de ressortir en version intégrale chez Neopublishing, agrémentée de quelques extras sympas comme des scènes coupées ressorties du tiroir et une fin alternative conservée dans l’ombre.

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