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13 juin 2011 | Par : Maureen Lepers

Le silence des agneaux

En 1992, triomphe aux Oscars un thriller horrifique au nom étrange. Elu à la fois dans les catégories Meilleur Film, Meilleur Acteur (Anthony Hopkins), Meilleur Réalisateur (Jonathan Demme), Meilleur Scénario Adapté (Ted Tally) et Meilleure Musique (Howard Shore), Le Silence des agneaux entre dans la légende et permet l’avènement à l’écran de l’un des plus beaux monstres du cinéma américain, le très cultivé et courtois Dr. Hannibal Lecter.

A l’origine du personnage et de l’histoire mise en scène par Jonathan Demme, il y a un journaliste reporter, spécialisé dans les faits divers. Employé à l’Associated Press de New York, Thomas Harris écrit l’horreur du quotidien et s’intéresse de très près aux travaux d’un certain Robert Ressler, agent du FBI et profiler, grâce auquel le concept du ‘serial killer’ se popularise. En 1975, fatigué des dépêches, il publie son premier roman, Black Sunday, porté à l’écran deux ans plus tard par John Frankenheimer, adaptation qui marque la naissance d‘une relation des plus intimes avec les studios de cinéma. Fort de son expérience de chroniqueur de faits divers, Harris se spécialise par la suite dans le polar. Sous couvert de réinvestir et de conjuguer les mythologies ultra américaines du FBI et des tueurs en séries, il inaugure avec son roman Dragon Rouge (Red Dragon) en 1981 la saga des Hannibal Lecter. Adapté pour le cinéma par Michael Mann en 1986 sous le titre Sixième Sens (Manhunter), le roman se voit rapidement doté d’une suite en 1988, Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs), grâce à l’adaptation duquel la franchise et son héros entrent dans la légende.

Psychiatre de génie, cannibale accompli, le Dr Hannibal Lecter, ancien consultant pour le FBI (cf. le début de Dragon Rouge), reprend du service en accordant son aide à la jeune et brillante Clarice Sterling dans son enquête sur Buffalo Bill, un tueur en série spécialisé dans les meurtres de filles célibataires à gros bonnet. En choisissant de mettre une femme au centre de son roman, Thomas Harris pousse à son paroxysme le génie macabre des relations qu’il met en scène. Au génie fragile de l’agent Will Graham, le héros du premier opus, se substitue ici la force de caractère du personnage de Clarice, innocente brebis égarée chez les loups. L’ambigüité des rapports qu’entretiennent ainsi la jeune femme et son mentor permet à l’auteur d’approfondir sa réflexion sur les classiques eros et thanatos, mais aussi d’affiner la caractérisation de ses personnages : il s’agira, à travers les deux héros, de mettre en lumière la complexité de la nature humaine. Ainsi, Clarice distillera en creux la part d’humanité de Lecter, tandis que lui fera ressortir sa part d’ombre.

C’est Gene Hackman qui détient, dans un premier temps, les droits de la nouvelle bombe signée Hardy. Fort de son nom et de son influence, il souhaite en diriger l’adaptation et tenir le premier rôle. Cependant, la violence du scénario de Ted Tally, notamment la scène de l’autopsie, le fait changer d’avis - à noter que cette scène fera également fuir Martin Scorsese himself. C’est finalement à Jonathan Demme, réalisateur discret mais prolifique, que revient la réalisation du film. Commence alors une longue période de casting, durant laquelle Robert Duvall, Jeremy Irons et Brian Cox (qui incarnait Lecter dans Le Sixième Sens) sont approchés pour le rôle du psychiatre, tandis que Meg Ryan et Michelle Pfeiffer sont sollicitées pour interpréter Clarice Sterling. Tous sont heurtés par la brutalité du script et refusent. Jonathan Demme décide alors de voir plus large. Fan de l’Elephant Man de David Lynch, le réalisateur approche le shakespearien Anthony Hopkins, qui incarnait le Pr. Treves dans le film, et lui propose le rôle. Jodie Foster, à qui Tally aurait pensé en écrivant, aura finalement gain de cause, et prête ses traits à l’agent spécial Sterling.

La préparation du tournage se fait dans un grand souci de réalisme. Scott Glenn, qui campe le supérieur de Clarice, et Jodie Foster sont mis en relation avec plusieurs membres du Bureau afin de se familiariser avec les techniques, mais aussi et surtout avec le type de personnalités qu’ils doivent interpréter. De son côté, Jonathan Demme et son équipe entreprennent de nombreuses recherches sur les trois tueurs en série qui ont inspiré Thomas Hardy pour la création de son Buffalo Bill. Ils se plongent dans les histoires démentes de Ed Gein, vieux garçon psychopathe qui s’habillait avec la peau de ses victimes, et dont le potentiel cinématographique n’avait pas échappé à un autre maitre du genre - A. Hitchcock s’inspirera de lui pour créer le personnage de Norman Bates dans Psycho ; Ted Bundy, un étudiant déluré qui simulait à l’aide d’un faux plâtre, une fracture du bras pour susciter la pitié des jeunes filles ; et Gary Heidnick, sobre personnage, qui se contenait de séquestrer dans une cave les filles qu’il avait l’intention de violer et de tuer.

Fort de son personnage principal, Le Silence des Agneaux renoue avec un cinéma de genre féministe, popularisé par Ridley Scott et Helen Ripley (Alien), et autorise ainsi un fabuleux détournement des codes sur lesquels il s’appuie. A la force morale archétypale du flic de cinéma, s’ajoutent ici la vulnérabilité et la délicatesse de la femme, d’autant plus tangibles que Clarice évolue dans une monde presque exclusivement masculin. Perpétuellement tiraillée entre ce qu’elle représente à l’écran (le héros de film policier, droit et intègre) et ce que sa nature lui intime d’être cinématographiquement parlant (une femme, donc un être sensible), C. Sterling permet l’ouverture de l’espace émotionnel du film, et de fait, par le croisement de types de personnages, inaugure également le croisement de formes. Plus qu’une enquête, le film est un drame psychologique ; plus qu’un drame psychologique, c’est aussi un thriller horrifique. Vierge de toute étiquette fixe, Le Silence des agneaux s’impose en définitive comme le résultat d’une cuisine savante et décomplexée, dont la finesse et la richesse font encore, vingt ans après, réfléchir les grands chefs du genre.

A noter surtout qu’aucun papillon ne fut maltraité pendant le tournage…

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25 juin 2012 | Par Chiara

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