Critique de film

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Another Day In Paradise

"Another Day In Paradise"
affiche du film

Le Midwest, aux Etats-Unis, au début des années 70. Bobbie, un adolescent à la dérive, vit de petits larcins. C'est alors qu'il rencontre Mel, truand et dealer charismatique qui le persuade de voir plus grand. Avec Sid, son amie, Rosie, la copine de Bobbie, Mel met au point un gros coup. Ils touchent le gros lot. Mais revendre le butin s'avère plus dangereux que de l'acquérir...

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Trailer - Another Day In Paradise (1998)
Par : Fred Bau

Les critiques à propos de ce film

Critique de Another Day In Paradise - Et nous serons là demain, et le jour suivant...
Par : Fred Bau

Les relations étroites et complexes entre réalité, fiction, et mythe constituent un champ de questionnement qui accapare Larry Clark depuis ses débuts de photographe dans les années soixante. Dès 1971, il publie sa première monographie, Tulsa (nom de sa ville native, située dans l’Oklahoma), devenue aujourd’hui une référence majeure de la photographie américaine, et qui servira de support à des cinéastes comme Martin Scorsese (Taxi Driver) ou Gus Van Sant (Drugstore Cowboy). Ce n’est cependant qu’assez tardivement qu’il passe à son tour derrière la caméra, avec en 1995, un premier long métrage. Abordant de manière frontale et crue la sexualité, la violence et la drogue, sur fond d’apparition traumatisante du SIDA, Kids suscite une forte controverse mais impose d’emblée Larry Clark comme un auteur à prendre au sérieux.

Sorti en 1998, Another Day In Paradise est basé sur un livre éponyme de Eddie Little paru un an plus tôt. Clark nous plonge avec ce deuxième film au fond des tripes désenchantées du american way of life, et confirme sa frontalité stylistique. "Oncle" Mel (James Woods) est un junky alcoolique de la quarantaine accompagné de Sid (Mélanie Griffith), aussi défoncée que lui. Tous deux connaissent l’art du "dérapage contrôlé". Le jeune Bobby (Vincent Kartheiser) est quant à lui déjà rentré dans le décor. Il compte à son actif un meurtre "accidentel". Novice dans l’art de la cambriole et de la magouille, il n’a aucun avenir à proposer à sa copine Rosie (Natasha Gregson Wagner). Aussi, quand Mel lui propose de lui apprendre le "métier" et d’empocher un max de fric, cette offre prend des allures d’horizon. Mais sous couvert de prendre Bobby sous son aile, Mel ne songe qu’à ses propres intérêts.

Au croisement du road movie, du polar et du western crépusculaire, Another Day In Paradise suinte, à l’instar du Mean Streets de Scorsese, un réalisme dramaturgique qui n’est pas sans faire écho au prodige du cinéma de John Cassavetes. Un réalisme capable de susciter l’illusion d’une réalité saisie au vif dans sa vitalité improvisée, alors que la direction d’acteurs, le cadrage et le montage sont maîtrisés de bout en bout. Nous suivons la fuite en avant des deux couples à la dérive. L’horizon qui se tient devant Bobby et Rosie est un crépuscule sans avenir : c’est Mel, charismatique mais barré et manipulateur, et Sid, sincère mais dévoyée. Ces derniers n’adoptent quant à eux le jeune couple que pour lui offrir un beau feu d’artifice et le vampiriser.

Cet étranglement mutuel d’un avenir commun s’élabore sous la forme d’un jeu de miroir qui joue à la fois sur la distinction, et sur la confusion des deux couples. Comme si ce quatuor paumé incarnait le double reflet, à la fois candide et véreux, d’une même mythologie : celle de Bonnie & Clyde. Il s’agit semble-t-il de manger une fois encore un peu de la poussière de l’ouest. De revisiter une fois de plus le destin d’une nation à travers sa légende et ses hors-la-loi. Le naufrage de cette "famille" improvisée frappe en plein coeur les valeurs bourgeoises de la société américaine. Comme si the american dream ne pouvait avoir d’autre espace réel que cette déchirure ténue entre la naïveté touchante, presque diaphane de Rosie, et le cynisme calculateur et implacable de Mel.

Sauvage, sordide, dérangeant, stupéfiant, sombre, désenchanté, impressionnant, telles furent quelques-uns des adjectifs qui ont servi à qualifier Another Day In Paradise. Il est vrai qu’il y est beaucoup question de sexe, de drogue, d’alcool, de mensonge et de meurtre. Il est vrai que tout ceci est exposé crûment et avec une violence étirée jusqu’à l’insupportable, même si ponctuée de tendresse et d’humour. Toute fois, Larry Clark ne verse jamais dans un voyeurisme complaisant. Le polar qu’il nous livre, à la fois très personnel et classique, ne brûle des anges noirs que pour les carboniser jusqu’aux cendres d’une démystification : celle du mythe américain.

Fils de la Beat Generation et des désillusions du Power Flower, Larry Clark est arrivé au cinéma après le fléau Ferrara. Il aura bénéficié en outre du renouvellement exubérant et décomplexé du film policier opéré par Tarantino. Là où un Scorsese s’est entiché d’étudier sous tous les angles les noeuds de la mythologie américaine et du mythe religieux, étude colossale que le nihilisme de Ferrara foule au pied, Clark sait porter un regard sobre et poignant, à la fois tendre et dur, sur les laissés pour compte d’une Amérique dont les héros se nomment Billy The Kid, Calamity Jane, Al Capone, Bonnie & Clyde, Jack Kerouac, William S. Burroughs, Charles Bukowski, Jim Morisson, Janis Joplin, ou Kurt Cobain. Comme si après l’embourgeoisement du jazz et du rock, après l’impasse du punk, restait le blues, indégommable.

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