Interviews

Alexandre Bustillo (Réalisateur de A l’intérieur)

29 mars 2008 | Par : Damien Taymans

A l’intérieur de l’enfer...






Comment vous est venue l’idée de passer de Mad movies à la réalisation de films de genre ?

Sûrement inconsciente dans un premier temps, cette envie est à mon avis inhérente à quiconque écrivant sur le cinéma. Lorsqu’on écrit sur un film, lorsqu’on le juge, on se retrouve souvent à se dire comment nous aurions tourné tel ou tel plan à la place du réalisateur. Mais avant l’envie de réaliser, j’étais rongé par celle d’écrire. Passer à la réalisation est une chose ardue dans l’absolu, mais pas l’écriture : un morceau de papier, un stylo et c’est parti, personne ne peut vous en empêcher. Donc j’ai commencé à écrire et à chercher à vendre mes histoires très tôt. Bien évidemment, je n’ai rencontré que des refus jusqu’à ce que j’écrive le traitement d’un film appelé Livide, un croisement entre les Douze Salopards et Resident Evil. Livide m’a permis de rencontrer un réalisateur de courts avec qui nous avons développé un script appelé Carnassiers, un film d’horreur se déroulant en parallèle du débarquement américain lors de la seconde guerre mondiale. Le scénario a été acheté mais le film, très cher, n’a jamais pu se faire. J’ai ensuite embrayé sur un survival baptisé Underground, au concept similaire à celui de P2 produit par Aja, mais des années auparavant. C’est avec Underground que je me suis dit pour la première fois que j’avais envie de passer à la réalisation. J’ai donc entièrement storyboardé le scénario, ce qui m’a permis non pas de trouver un financement mais un agent. P2 ayant tué Underground, j’ai donc imaginé le concept de A l’Intérieur…et c’était le bon coup !

Comment est née cette collaboration avec Julien Maury ?

Je recherchais un jeune réalisateur ayant déjà fait ses preuves sur des courts afin d’approcher les producteurs en leur proposant un « packaging » incluant un scénario et un réalisateur. Un ami m’a présenté Julien, et ce fut le coup de foudre immédiat. J’aimais l’énergie de ses courts bricolés pour dix balles, il aimait ce que j’écrivais, donc nous avons tout de suite décidé de faire ce film à deux !

Comment avez-vous convaincu les producteurs pour réaliser un film gore ?

Le fait d’être deux était sûrement rassurant pour la prod’ qui devait se dire que si jamais l’un des réalisateurs flanchait, l’autre pouvait prendre le relais ! Mais pour les convaincre, en plus des courts de Julien, nous avons bricolé un teaser (visible sur le DVD) afin qu’ils soient définitivement rassurés et qu’ils comprennent bien la direction que nous voulions emprunter.

Avez-vous souhaité politiser quelque peu le film en y insérant le contexte des émeutes des cités françaises ?

Oui et non ! Oui dans le sens où nous nous sentons totalement à l’encontre des dirigeants actuels de notre pays. Autant pour leur politique directe que pour ses conséquences comme le fait que le cinéma de genre ne reçoit simplement aucune aide financière alors que les comédies merdiques sont arrosées de pognon. Pour l’exemple, nous n’avons reçu aucune aide, mis à part celle de Canal Plus, le seul Eldorado pour les films de genre. Mais Canal ne peut pas non plus mettre le paquet sur ce genre de films qui végètent tous en dessous des 2, 3 millions d’euros. L’image des banlieues en flammes dans notre film est aussi pour nous une façon de dire que la vraie violence n’est pas au cinéma, souvent bouc-émissaire. C’est pour nous la seule image violente du film puisque réelle, la seule qui mérite un débat. Le reste, c’est juste des gens qui s’amusent à découper des femmes enceintes avec des ventres en plastique.

Comment avez-vous convaincu Alysson Paradis et Béatrice Dalle de jouer dans un film aussi hardcore ?

Le scénario a fait le boulot à notre place pour Alysson. Pour Dalle, elle aimait le scénario mais tenait toutefois à nous rencontrer avant de dire oui. Elle a été cash, si elle ne nous avait pas sentis, elle n’aurait pas fait le film. Coup de bol, la première fois qu’on s’est vu, ça a été comme si on se connaissait depuis toujours. Et ça continue encore aujourd’hui, on la voit dès que possible, on revient du Japon avec elle et on a rigolé comme jamais. Car faut juste savoir que Dalle est à mourir de rire, bien plus que les comiques officiels qui font du cinoche !

Quelles sont vos influences en matière de cinéma de genre ?

Des milliers !! J’aime le genre, du B au ultra Z ! Pour ce film, la principale était Mort un dimanche de pluie, et Haute-Tension aussi. Aja est un exemple pour nous.

Avez-vous connu des problèmes avec la censure ?

Etrangement aucun. On flippait avant de passer, on sentait le moins de 18 ans arriver à grands pas, mais non, le moins de 16 est tombé unanimement : la censure a juste des problèmes avec les films faisant l’apologie de la torture comme la série Saw par exemple. Pas de torture ni de sévices sexuels dans notre film, donc ça leur allait !

Combien de litres de sang avez-vous déversé durant le tournage ? Et d’hectolitres de sueur ?

Pour le sang, officiellement c’était autour de 300, 400 litres mais beaucoup plus à l’arrivée. Difficilement quantifiable en fait. Beaucoup plus pour la sueur, surtout pour celle de toute l’équipe qui s’est défoncée pour que ce film existe !

Avez-vous eu des problèmes pour la diffusion en salles de votre film ? Qu’en pensez-vous ?

C’est dur aujourd’hui de sortir un film interdit aux moins de seize ans sur de nombreuses copies. Les exploitants n’en veulent plus, prétextant que cela ramène de la « racaille » en salles. La priorité est donnée aux comédies et aux blockbusters US. Donc se frayer un chemin pour un petit film d’horreur français est parfois un chemin de croix. Les exploitants sont avant tout des vendeurs de pop-corns, il ne faut pas s’attendre à ce que ça s’améliore.

Le grand buzz fait autour de votre film ne vous a-t-il pas paradoxalement plus aidé sur le marché du DVD ? (d’où la très belle édition collector en 2 DVD de votre film)

Oui, sans doute. Pathé a fait du super boulot, nous a traités comme si le film avait fait des millions d’entrées. Même si nous n’avons pas eu de succès en salles, le film a bénéficié de bonnes critiques en général et d’un bon buzz chez les fans d’horreur. Pathé l’a compris et a mis les petits plats dans les grands. Nous sommes très satisfaits de notre DVD, on ne pouvait rêver mieux.

Comment avez-vous été contacté pour la réalisation du remake d’Hellraiser ?

Très simplement. Les Weinstein ont acheté notre film puis nous ont proposé pleins de projets, dont Hellraiser.

Où en est ce projet ?

No comment pour le moment. Hé hé…

Selon vous, votre avenir se jouera-t-il plus sur le sol français ou américain ?

Ah ça…Nous, on souhaite tourner au maximum en France, on veut se battre pour le film de genre français, on veut y participer activement. Nous avons un autre projet en France, toujours un film de genre mais totalement différend de A l’Intérieur. On espère tourner à la fin de l’année…

En vous remerciant chaleureusement…

Merci à toi Damien

Interview réalisée par Damien et Gore Sliclez

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