AVANT-PREMIERE

AVANT-PREMIERE - Malveillance

26 décembre 2011 | Par : Wizzdumb

La sieste sans nom

César, concierge dans un immeuble bourgeois de Barcelone, est aux petits soins pour ses habitants : prévenant, toujours disponible, méticuleux jusqu’aux moindres détails. Bref, l’homme à tout faire parfait, si ce n’est quelques problèmes de ponctualité, mais il a du sang latin, donc rien d’étonnant à cela non plus. Cerise sur le gâteau (ou moule sur la paella, si vous préférez), César est surtout un sociopathe qui manipule son entourage, prenant son pied dans la douleur de l’autre, mais sans jamais se mettre en danger directement. Lâche comme un string ficelle effiloché, César est une véritable hyène qui se cache derrière son vernis affable, et son dernier dada s’appelle Clara. Surtout quand elle fait dodo…

Inutile de maintenir le suspense plus longtemps : oui, Jaume Balaguero est définitivement un fétichiste des immeubles ! Entre la franchise Rec, qui l’a propulsé sur la scène mondiale, et sa galette A Louer réalisée dans le cadre des « Peliculas para no dormir » (genre de Masters of Horror ibérique), Balaguero vient une nouvelle fois confirmer son amour de la brique catalane avec Malveillance (prononcez Mientras Duermes en roulant les « r »).

Beaucoup plus sobre dans son exécution, Balaguero semble renouer avec ses premières amours (Darkness, La secte sans nom), privilégiant la psychologie (déviante) de ses personnages et leurs interrelations dans un milieu clos qui devient rapidement oppressant. Bon, on ne va pas non plus se bourrer le mou avec de l’anthropologie de comptoir mais, force est de constater que ce salopard de Balaguero est bigrement doué : capable de résumer un chapitre de Deleuze sur l’identité trouble en une séquence qui finit par se lire sur trois niveaux, on se surprend à avoir la gaule visuelle et on attend la suite avec l’impatience d’un puceau devant une professionnelle du gland.

Jouant sur une dualité très claire, Balaguero multiplie les antagonismes : l’amabilité désintéressée de César durant le jour, son investissement dans la putasserie morbide la nuit. L’appartement lumineux de Clara, le taudis en sous-sol de César etc… Et pour simplifier encore la lecture, Balaguero se cantonne à trois lieux principaux (l’entrée de l’immeuble, l’appartement de Clara et l’antre du concierge), puis il avance ses pions de façon (un peu trop) didactique pour faire monter la sauce. L’étau se referme efficacement, l’ambiance anxiogène est plus que palpable et certaines scènes sont d’ores et déjà cultes (car, oui, Balaguero réussit à transcender des clichés du genre avec un art consommé de la flippe !).

Cela étant dit, nul besoin de dévoiler encore plus le scénario – d’une perversité crasse -, mais on va tout de même se permettre une critique au niveau du fond : les motivations du concierge étant extrêmement vagues et light (le paravent de la psychologie contemporaine est parfois très complaisante), ses actes perdent irrémédiablement en consistance, et Balaguero loupe le coche du chef-d’œuvre. Néanmoins, Luis Tosar (ce mec est un véritable remède aux homophobes !) assure une fois de plus une performance hors-norme, sur le fil du rasoir à chaque plan, et se montre capable de jongler entre le pathétique et le danger latent. Marta Etura (Cell 211, Thirteen Chimes), compagne de Tosar à la ville et victime de ce dernier à l’écran, est juste solaire, magnifique et extrêmement touchante, compte tenu des saloperies qu’elle endure. Et… Ahem… de la lingerie fine qui l’entoure.

Nouvelle bombe de l’écurie Filmax, Malveillance voit Balaguero renouer avec l’horreur psychologique et viscérale – une pause bienvenue entre deux Rec épileptico-zomblards. Solidement installé sur un scénario d’Alberto Marini, qui était déjà derrière la plume d’A Louer, Malveillance a cette qualité indéniable des premiers Polanski et de certains Hitchcock : il vous laisse un arrière-goût perturbant, une sensation insidieuse qui ne vous laissera pas tranquille, à moins de vous faire l’intégrale de Pixar. Et encore…

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