30 ANS DU BIFFF

30 ANS DU BIFFF - Belgian Psycho

20 janvier 2012 | Par : Wizzdumb

C’est un bon film !

Premier tournage de l’an neuf pour le Collectifff ! Cette fois, nous retrouvons Katia Olivier (Virtual Dating) à l’Espace Magh, à deux jets de pierre du ket incontinent le plus célèbre du plat pays. L’équipe a investi la salle de spectacle et patiente tranquillement afin qu’il y ait un retard digne de ce nom pour le premier clap (que voulez-vous : le cinéma a ses codes, à l’instar du m…superstitieux du théâtre). Au milieu de cet essaim, la réalisatrice gère son quatrième ulcère avec sa bonhomie proverbiale, en lâchant autant de vannes que de reflux gastriques.

Mais attention ! Si son sourire candide et son regard attendrissant donnent envie de lui donner le bon dieu sans confession (de toute façon, l’hostie aurait du mal à passer, vu l’agnosticisme forcené de Katia) ou font croire qu’elle réalise un spin-off de Bonne Nuit les Petits, la réalité est tout autre… Avec un titre comme Belgian Psycho, référence directe au bouquin culte de Bret Easton Ellis (initiales BE, gambergez là-dessus : c’est un signe !), Katia n’y va pas par quatre chemins et dégaine sa rhétorique engagée avec la ferveur d’une érection présidentielle italienne : "A chaque fois qu’on va à l’étranger défendre nos films belges, la réaction c’est « oui, la Belgique : les frères Dardenne, les frites et Dutroux. » Mais ça ne va pas, ça ! J’avais envie de montrer un autre aspect : on va tourner sur la Grand-Place, on va avoir des accessoires très bruxellois – comme des reproductions du Manneken-Pis -, et le titre est là pour rappeler que même les Belges peuvent être des fous furieux psychopathes !"

L’idée de base de notre charmante dégénérée, qui doit probablement se repasser en boucle la scène du crucifix de L’Exorciste pour s’endormir, était d’imaginer une tueuse en série – pulpeuse et fatale – qui décide d’allumer à la chevrotine tous les collets montés du prêt-à-penser consensuel. "Je donne de la violence, un peu de nudité et un point de vue féminin sur le trash et le gore". Chez Katia, donc, « consensuel » s’écrit en deux mots brûlants. Et, là où la connexion neuronale primaire du mâle aurait transformé le pitch en gloubi-boulga mi-vigilante mi-rampage, le raffinement typiquement féminin permet de monter la charge critique d’un cran : le féminisme revendiqué – façon mi-chiennes mi-soumises ou putes de garde qui comme le vin se bonifient avec l’âge (excusez d’emblée la dyslexie machiste) – est dès lors utilisé comme vecteur transgressif pour stigmatiser encore plus la censure systématique. Vous avez une tante catho en ligne de mire en lisant ces lignes ? Ça tombe bien : l’Eglise catholique est également dans le viseur de Katia. "J’ai été baptisée de force par mes parents mais, moi, je suis complètement agnostique et ça m’embête beaucoup de ne pas être excommuniée. Donc, je cherche la merde avec le Vatican. Pour ce film d’ailleurs, je n’ai pas de droits pour la photo du Pape qui va servir d’insert pendant une scène de viol (c’est une femme qui viole un homme) : j’espère que ça va amuser les gens intelligents et choquer les gens moins intelligents. "

Au niveau logistique, la production fut un tel casse-tête qu’elle a bien fait de tourner maintenant : vingt ans plus tard, et elle était bonne pour un triple pontage coronarien. Heureusement pour Katia, la Ville de Bruxelles s’est montrée tout à fait ouverte au projet et a même mis à sa disposition l’Hôtel de Ville pour quelques plans d’intérieur. Au niveau de l’équipe, la réalisatrice s’est aussi étonnée du réseau solidaire qui s’est mis en place : "J’ai réussi à rassembler des gens extraordinaires, notamment Jacques-Olivier Molon pour les effets spéciaux et les explosifs sur les corps (responsable FX d’Amélie Poulain, A l’intérieur, Livide – un habitué du BIFFF) et Olivier Merckx au steadycam (Mon Pire Cauchemar, Notre Jour Viendra, Tout ce qui brille)." Des armes factices, d’autres démilitarisées ont également dû être achetées pour le court-métrage, promettant un tournage extrêmement physique pour l’actrice principale, Naila Ma qui, pour l’occasion, a dû apprendre à tirer des coups et se familiariser avec les impacts de pénétration.

Une belle promesse pour le BIFFF, festival cher au cœur de la réalisatrice : "Le BIFFF, pour moi, c’est l’endroit où la censure n’existe pas. Et j’avais envie de rendre hommage à la liberté d’expression qu’apporte le BIFFF." D’autant plus qu’elle a prévu de gâter les spectateurs avec les apparitions de Guy Delmote et Freddy Bozzo, deux des membres fondateurs du festival. Mais ce n’est pas tout ! Et là, c’est une exclusivité pour Cinémafantastique : "Nous avons la scène du « c’est un bon film » : une star mystérieuse qui vient nous rejoindre, pour nous prêter une partie intime de son corps." En espérant qu’il y ait du monde à la projection, nous sommes d’ores et déjà assurés d’avoir du monde au balcon ! Les paris sont ouverts, et n’allez pas nous dire que ça ne vous fait nichons ni froid, hein !

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