Sadique-Master festival

Regard sur le Sadique-Master festival

Au petit bonheur des esthètes déviants, des hypocondriaques et des coulrophobes !

La 1ère édition du Sadique-Master festival prenait place les 6 et 7 mars sur Paris au cinéma Les 3 Luxembourg. Après une édition virtuelle (online) - une façon comme une autre d’essuyer les plâtres -, les joyeux lurons du site Sadique-Master avaient décidé de passer la seconde… et ils n’ont pas fait les choses à moitié ! Après avoir encaissé quelques désagréments propres aux premières fois (ne faites pas les innocents, vous savez très bien ce que je sous-entends !-ndr), les hostilités étaient lancées le vendredi, sur le coup de 19h30.

JOUR 1 - Bienvenue en Enfer

Le court-métrage brésilien Pray (Claudio Ellovitch, 2014) inaugurait la soirée par ses délires fiévreux, psychés et ésotériques aux couleurs saturées. Une imagerie qui n’est pas sans rappeler les plus grandes œuvres de Jodorowsky, avec qui Ellovitch partage l’amour des freaks et un esprit impie des plus rafraîchissant. Lui succédait le premier long de la programmation : Pieces of Talent (2014), où les exactions d’un cinéaste amateur (David Long, touchant, malgré une certaine tendance au surjeu) - qui trucide ses acteurs face caméra (!) - et son amourette avec une apprentie actrice (la blonde Kristi Ray, très désirable) accouchent de séquences décalées, joliment gore et gorgées d’humour noir, mais qui ne masquent pas les carences (rythme inégal, tendance à tourner en rond, …) du bébé de Joe Stauffer.

Glauque à souhait et maîtrisé, Leurre (2014), court-métrage de Pierre Reynard, l’est assurément. Il propose une brève plongée dans l’esprit d’un serial killer - par le biais d’une voix off monocorde - et servait de préambule à l’œuvre-phare du festival : l’éprouvant Carcinoma (2014) du teuton (tout dur !-ndr) Art Doran. Le jury, composé de trois zazous de la pire espèce (Quarxx - auteur de l’excellent moyen-métrage Nuit noire -, Dejan Ilic - dont on attend la version longue de l’arlésienne Bubble Gum Crysis - et l’auteur de ces lignes), ne s’y est pas trompé en lui décernant le Prix du Jury. Il faut dire que l’on n’a que très rarement eu l’occasion d’admirer une œuvre d’Art total (le terme n’est pas galvaudé) d’une telle beauté morbide, qui alterne le trivial et le sublime, nimbant le tout d’un soupçon d’érotisme et d’une touche d’incongruité (ces plans dédiés au monde animal, conférant à l’intrigue une insondable résonance). On se souviendra longtemps de la décrépitude de cet homme atteint d’une tumeur (un carcinome, pour être précis) au niveau du colon et qui, refusant d’être opéré d’urgence, passe par tous les états de la déchéance physique et psychologique… Un film à ne pas mettre devant tous les yeux et à déconseiller à ceux chez qui la vision de fluides marronnasses aurait tendance à provoquer des haut-le-cœur.

Le jury du Sadique-Master festival (Quarxx, Dejan Ilic et Alan Deprez) en compagnie de Sebastian Barrio.

JOUR 2 - Jusqu’au bout de la nuit

Les organisateurs avaient trouvé un moyen infaillible de tester la résistance de leur audience : une nuit composée de quatre films et de deux courts-métrages, s’étalant de 23h00 à 6h00 du matin (7h00, en fait). Comme quoi, de « sadiques », ils n’en portent pas que le nom !

J’avais l’insigne honneur d’en donner le top départ avec la diffusion de mon Erotomania (2012), court-métrage initialement conçu dans le sillage des 30 ans du BIFFF et hommage énamouré aux romans pornos de la Nikkatsu (la compagnie fêtait ses 100 ans en 2012) et au pinku eiga. Incompris et parfois mal-aimé, Erotomania y a enfin rencontré son « vrai public » avec, pour ne rien gâcher, une qualité de projection remarquable. Mille mercis, les gars. Fin de l’aparté.

"Circus of the Dead" recèle nombre d'atouts...

Wound (2010) prenait le relais, pour ce qui restera comme la grande déception de ce festival. Techniquement indigent, le long de David Blyth ne parvient pas à faire monter la sauce, ses enjeux narratifs pour le moins troubles étant d’autant plus soulignés par une réalisation très « plan-plan » (qui a dit « cul-cul » ?-ndr). Pourtant, l’ambiance de cauchemar éveillé et la thématique de domination/soumission (les « D » et « S » de « BDSM », pour les néophytes) ne manquaient pas d’intriguer et auraient mérité mieux. Restent la réussite d’une poignée de séquences (la torture du père en ouverture, le suicide - presque poétique - sur les rails du train, ce viol tétanisant dans les chiottes de la boîte, …) et une atmosphère délétère plutôt tenace. C’est déjà ça de pris.

Des réserves que l’on n’émettra point concernant Do (2012), produit par ce filou de Julien Savès (Broken Productions) et faisant un usage original de la viande de SDF (oui, vous avez bien lu !). Le percutant court de Marc Lahore et son trio grimé étaient idéalement accolés à Circus of the Dead (2014), qui a recueilli tous les suffrages et repart logiquement avec le Prix du Public. Qui ne se serait pas délecté du spectacle d’une bande de clowns psychopathes, faisant subir les pires outrages à une famille so american ? Bien qu’un peu maladroit (le revers de la médaille de ses excès, en somme), le dernier méfait de Billy Pon remplit le contrat avec brio et nous en donne pour notre argent ; les sévices s’enchaînent sur un rythme endiablé et le tout baigne dans un mauvais goût tout ce qu’il y a de plus réjouissant. C’est un fait : cet homme a la rock ‘n’ roll attitude dans la peau. Il serait aussi criminel de ne pas mentionner l’interprétation exhaltée de Bill Oberst Jr. dans la peau du chef de la bande d’affreux. Papa Corn loves you ! Et ça ne risque pas de s’arrêter, car il se murmure qu’une suite serait en projet.

Le boogeyman de "Cross Bearer" ne fait pas les choses à moitié.

Pauvre de nous, le soufflé est vite retombé devant l’horripilant Amateur Porn Star Killer (2006). Brouillon et anecdotique, le film de Shane Ryan voudrait installer le spectateur dans une position inconfortable ; voyeur par excellence face au viol puis au meurtre d’une adolescente néo-hardeuse, shooté par un épileptique et avec un grain vidéo dégueulasse. Mais en l’état, il fait surtout passer les opus de la série Paranormal Activity pour du Kubrick… C’est dit ! Heureusement, au petit matin, le sympathique Cross Bearer (Adam Ahlbrandt, 2012) mettait fin au festival de la meilleure des manières. Ne manquait à ce slasher généreux - riche en nibards (ses héroïnes sont des stripteaseuses) et en hémoglobine (le fou de Dieu est prêt à tout pour purifier son quartier) - que le supplément de folie d’un Gutterballs (Ryan Nicholson, 2008) pour complètement nous convaincre.

Au final, cette première édition du Sadique-Master festival fut une réussite, avec son lot de longs-métrages extrêmes totalement exclusifs, qui n’avaient encore jamais été programmés en France. L’ambiance était chaleureuse et les festivaliers, en parfaite osmose avec les membres de l’organisation. Comme une bande de potes, en fait. Ce n’est pas pour rien que Sebastian Barrio - qui m’a adressé un « on s’était parlé par téléphone quand je faisais encore dans le ramonage de cheminées ! » - a gratifié le festival d’une visite impromptue. Les petites culottes des demoiselles s’en souviennent encore… Dans ces circonstances, on ne demande qu’une chose : rempiler l’an prochain !

La foule des grands soirs au cinéma Les 3 Luxembourg.

Le "Lîdjeûs" Benoît Levenkron et Ascarioth présentent les films.

L'équipe du festival, accompagnée du Jury, des tauliers d'Uncut Movies et de Sebastian Barrio.

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