Comique strip
En matière de morts-vivants, tout a déjà été fait ou presque. Des rescapés nazis de Wiederhorn aux luchadors mexicains luttant contre les zombies en passant par les comédies familiales (Fido) ou les désespérantes imitations americanpiesques (La Nuit des loosers vivants). Pourtant, ce Zombie strippers arrive à point nommé pour prouver que les ressources zombiesques sont quasiment inépuisables et que la chair des morts-vivants peut être mélangée à toutes les sauces. "Tout a démarré par une blague, nous raconte Jay Lee, le
réalisateur. Notre petite compagnie de production fabriquait des films indépendants assez importants mais qui ne se vendaient pas très bien. Du coup, pris dans un tourbillon de marketing, nous avons décidé de toucher au monde l’horreur avec The Slaughter, film qui remplissait toutes les conditions de vente. Quand nous étions en train de réaliser ce produit « marketable », j’ai lancé une plaisanterie du genre : « enfin, nous ne sommes pas en train de faire quelque chose dans le goût de Zombie strippers ». Vu les rires engendrés, je me suis sérieusement dit que nous devions réaliser un tel film."
Difficile de donner tort au sieur Lee qui pense sans nul doute aux plaisirs du spectateur lambda en réunissant du cul et du sang en un seul et même métrage. Si l’idée n’est pas nouvelle (elle a même dominé le cinéma horrifique depuis sa quasi genèse si on considère avec les plus lubriques que les doigts démesurés du Nosferatu de Murnau sont des symboles phalliques), elle n’en est pas moins source de jubilation lorsque la délicieuse star du porno Jenna Jameson est annoncée au casting, une intronisation qui décida les investisseurs (Sony en l’occurrence) à faire partie du jeu. "J’ai écrit le script et ma sœur et productrice du film, Angela, a touché d’une façon ou d’une autre Jenna Jameson qui l’a lu et a accepté l’aventure. Quelques mois plus tard, quand Sony pictures a entendu parler de « Jenna Jameson dans Zombie strippers », ils y ont vu une réussite financière et ont donné le feu vert." Si la présence de l’actrice, gratifiée de trois Hot d’Or consécutifs, ne constitue nullement un gage de qualité, sa simple apparition risque
de faire exploser les masses de testostéronés qui, faisant fi de la décrépitude dans laquelle l’actrice sombre au fil de l’oeuvre, lui attribueront un pouvoir d’attraction sexuel inexplicable.
Jenna Jameson se retrouve ici en terrain connu puisque, outre le sexe qui domine le métrage par le truchement du club de strip-tease, la belle nourrit depuis son plus jeune âge un amour inconsidéré pour les films d’horreur et avoue avoir une certaine préférence pour les morts-vivants. Dès lors, la porn star joue le jeu à fond et démontre une certaine habileté dans l’utilisation de son appendice vaginal à l’aide duquel elle balance à son opposante des boules de billard à une vitesse v-v’. "C’est amusant, Jenna avait quelques appréhensions à propos de cette scène. Mais, après y avoir réfléchi de plus près, elle savait que quelqu’un devait le faire et que cette personne serait… Jenna Jameson." A ses côtés, un Robert Englund reconverti en parton de club un tantinet névrosé qui maltraite ses strip girls et les pousse dans leurs derniers retranchements avec un seul mot d’ordre : "The show must go on !". Reprenant la formule notamment consacrée par Queen, Ian entasse les billets verts sans prendre ombrage ni des cadavres qui
s’amoncellent dans sa cave et reprennent mystérieusement vie ni de ses danseuses qui tendent à ressembler davantage à une Britney Spears momifiée qu’à une Laure Sainclair au meilleur de sa forme.
Zombie strippers utilise à l’excès les deux ingrédients de sa recette et peine parfois à proposer un véritable spectacle digne de ce nom, s’engonçant trop fréquemment dans le Z décérébré aux mille et un clichés. Mais, finalement, qu’importe, puisque le spectateur, avide de sensations fortes ne désire qu’une chose : voir des nichons et des tripes. Dans ce domaine, force est de constater que le métrage de Jay Lee ne leurre aucunement l’assistance. C’est sexy (la danse d’une Kat fraîchement zombifiée fait son petit effet), gore (y a de belles mises à mort bien juteuses), désopilant (surtout quand Robert Englund apparaît), con et accessoirement outrageusement drôle (Jameson qui utilise son « intimité » comme canon propulseur) et, surtout, c’est distrayant...
LE TRAILER
CATCH me if you can...
Sorti en octobre 2006 dans quelques cinémas seulement, See no Evil débarque aujourd’hui en DVD précédé d’un buzz relativement positif. Il faut dire que le film bénéficie dès le départ de quelques arguments qui méritent de s’y attarder. On pense notamment au choix du réal en la personne de Grégory Dark, réalisateur de films X (trilogie Between The Cheeks ou encore Deep Inside Vanessa del Rio), de l’acteur principal Glen-Kane-Jacobs, ancien champion du monde de catch, de la prod’ avec la WWE Films aux commandes, spécialisée quant à elle aux reportages et films consacrés au catch. Au vu de tout ça, le spectateur sera donc en droit d’attendre un film délirant, un cocktail explosif qui ferait la place belle au gore et aux jolies pépés.
L’histoire est simple. Une bande de jeunes délinquants se voient offrir la possibilité d’écourter leur peine de détention en acceptant un travail d’intérêt général. Leur tâche : restaurer le Blackwell Hotel, un vieil hôtel de style art deco ravagé autrefois mystérieusement par un incendie, le tout sous la surveillance du gardien Frank Williams, un ancien officier de police autrefois blessé gravement lors d’une tentative d’arrestation d’un dangereux criminel. Très vite, malgré que certains d’entre eux pensent plus à baisouiller à tout va plutôt que mettre la main à la pâte (oups, pas fait exprès !) tout ce joli petit monde se rend compte au fil des disparitions
de quelques membres du groupe qu’ils ne sont pas seuls dans la vaste demeure. Jacob Goodnight (ça ne s’invente pas !), sorte de montagne de muscles de 2m13 pour 147 kilos (sans les poils) et grand collectionneur à ses heures d’yeux humains, se balade à travers les couloirs décrépis de l’hôtel, muni d’une longue chaîne se terminant par un crochet. Mais que fait-il avec ce crochet vous demanderez-vous ? Pour le savoir, vous aurez désormais la possibilité de visionner le DVD
Slasher de huit millions de dollars, extrêmement classique dans son scénario mais moderne (le ultra-gore et le craspeque sont au rendez-vous), le film vaut essentiellement le détour pour son colossal acteur Glen Jacobs, aux yeux terrifiants, dont on dit qu’il faisait extrêmement peur aux actrices du casting qui osaient à peine s’en approcher. The Big Red Monster (un de ses multiples jolis surnoms) n’est pas n’importe qui dans le milieu du catch. Plusieurs fois Champion du Monde, ce gros bébé muni autrefois d’un masque SM détient le plus grand nombre d’éliminations au Royal Rumble match avec onze catcheurs éliminés dont The Rock et la légende Honky Tonk Man. Les connaisseurs apprécieront...
Quant au DVD distribué par Metropolitan, il dure 81 minutes et contient : commentaire audio du réalisateur, du producteur et de l’acteur principal, le Making of, comparaison multi-angles film/story-board, dix modules promotionnels et enfin un court-métrage avec Kane sans oublier les éternelles bandes-annonces.
La ferme se rebelle
Un an après avoir fait son incursion dans le cinéma horrifique avec le très moyen Lake dead, film sélectionné par le dernier After dark horrorfest, George
Bessudo revient avec un deuxième long métrage naviguant dans des eaux semblables. Pourtant, Farmhouse, contrairement à la précédente œuvre du cinéaste, s’expatrie quelque peu des redondances clichesques du genre survival pour s’immiscer sur un terrain davantage glissant – car moins balisé – en l’occurrence celui du thriller horrifique. Dotée d’un casting peuplé d’habitués du genre (Jamie Anne Prey 4 Me Allan, William Identity Lee Scott, Steven The Shining Weber, la sublime Kelly X-men 2 Hu), l’œuvre s’imbrique dans un rendu certes conventionnel mais jubilatoire en se basant sur l’éternelle opposition des dominateurs omnipotents et décérébrés et des dominés angelots sans pour autant devenir un récit à suspense insipide aux effets aseptisés, le réal s’escrimant au contraire à perturber quelque peu les cartes dont il dispose en cours de jeu.
Un couple apparemment fragile quitte son domicile conjugal pour tenter un nouveau départ, n’hésitant pas pour le coup à refiler l’entièreté de leurs meubles à leurs voisins. En partance pour leur nouvelle vie, les deux tourtereaux subissent un accident de voiture en plein désert qui les contraints à quérir une aide extérieure. Au loin, une ferme aux illuminations salvatrices. D’autant que les propriétaires de l’habitation campagnarde, un couple bien sous tous rapports, hébergent les
accidentés pour la nuit et leur promettent de contacter un garagiste à l’aube. Chad et Scarlett ne savent pas qu’en acceptant l’hospitalité gracieusement offerte par les viticulteurs, ils vont au devant de graves ennuis…
L’intérêt réside spécifiquement dans les motivations des tortionnaires qui prennent un malin plaisir à mettre au pilori les deux victimes non consentantes qui ne saisissent aucunement la raison de ces agissements. Subtilement, Bessudo parsème çà et là son intrigue de flashbacks propices à assurer une meilleure compréhension autant chez le spectateur que chez des torturés toujours en quête d’explications et de légitimations des meurtrissures dont ils sont victimes. Endettés par la négligence de Chad, désespérés par la perte précoce de leur enfant unique, les deux époux
tentent vainement de lutter et de comprendre les causes de cet acharnement de la part d’inconnus qui ne semblent n’avoir qu’un seul objectif : tuer à petit feu leurs proies afin de leur faire encourir un maximum de souffrances avant que la Camarde libératrice ne surgisse. Un but qui appelle des moyens divers et variés destinés à martyriser les amants tant psychologiquement (Chad, les mains liées, doit sauver sa femme qui a la tête plongée dans une bassine d’eau) que physiquement (la râpe à fromages pour excorier les genoux de Scarlett), quitte à éliminer tout obstacle qui entraverait leur dessein funeste...
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Comment prendre son pied
Afin de consoler son amie qui vient de perdre son grand amour, Aiko emmène Shiyori dans une station balnéaire perdue dans les montagnes nippones. Un lieu si reculé qu’aucun GPS made in Japan ne l’a renseigné dans sa cartographie. Après une discussion quelque peu houleuse, Shiyori plante dans les bains son amie pour rentrer dans le chalet loué pour le week-end. Sur place, alors qu’elle est à l’étage, un GSM sonne dans un placard. Elle décroche. Au bout du fil (même s’il n’y en a plus), la voix d’un inconnu l’exhorte à quitter au plus vite l’endroit où elle est cloisonnée car, selon ses dires, les villageois vont bientôt se présenter à sa porte pour lui couper la jambe. Une alerte qui vient un peu tard puisqu’une foule de montagnards dérangés du ciboulot cognent sur la porte afin de faire sortit Shiyori…
Kenta Fukasaku n’est pas un inconnu puisqu’on lui doit l’infecte séquelle de Battle royale (intitulée très justement Battle royale 2), tournée sous l’égide de son paternel Kenji avant que celui-ci ne décède brutalement. Scénariste du premier opus, Kenta persévère dans le genre en 2006 en proposant un film d’action aux exagérations particulièrement nippone avec Yo-Yo Girl Cop qui conte l’infiltration d’une jeune recrue policière au sein d’une école où, armée de son yoyo high-tech, elle va s’escrimer à confondre une entreprise
terroriste. X-cross, malgré son pitch un tantinet plus sérieux, ne déroge pas à la règle du cinéma îlien et livre quelques morceaux de bravoure humoristique foncièrement décalés qui permettent à l’œuvre de s’extirper du carcan trop réducteur du survival montagnard. Ainsi, Aiko, laissée seule par son amie, doit affronter une cocue revancharde armée d’une paire de ciseaux gigantesque qui la poursuit dans les étendues boisées afin d’assouvir une vengeance largement refroidie par le poids des années. Mais la revancharde est tenace et compte bien emporter comme trophée de cette chasse à la femme une jolie tête fraîchement coupée... Episodes tout aussi jubilatoires que constituent la discussion pré-baignade avec la vieille tenancière, l’arrivée des villageois aux portes de la cabane, la poursuite sylvestre ou encore le sacrifice rituel où cette peuplée de fous s’en donnent à coeur joie en gloussant des charabias incompréhensibles, symboles de leur engoncement dans une tradition d’arriérés.
Pourtant, malgré ces moments d’anthologie, l’intérêt de cette pelloche
bien torchée se situe ailleurs, en particulier dans les qualités narratives de cette intrigue somme toute conventionnelle. Au fil d’un montage déjanté, le métrage déverse un récit à double entrée qui suit simultanément les tribulations des deux héroïnes, chacune devenant la proie d’un ennemi terrifiant. Car si Aiko s’enfuit ventre à terre devant la descendante d’Edward aux mains d’argent, Shiyori se voit coursée par une kyrielle de villageois fétichistes accros à sa gambette senestre afin de se prémunir de futures mauvaises récoltes. La jointure s’effectue par le truchement des portables que les deux amies utilisent pour rester en contact, éclaircir l’une ou l’autre situation obscure découlant d’une paranoïa toute légitime ou chercher une aide extérieure amicale ou non. Une structure narrative chiasmatique (évocation faite dans le titre X-cross) qui s’apparente à un crossing-over intra-muros sans pour autant que l’intrigue revête un soupçon de complexité puisque chacun des glissements spatio-temporels est accompagné d’un « rewind » contextuel.

Energique et décalé, parsemé d’humour cocasse et de vrais moments de tension, novateur dans son traitement, X-cross est une pelloche bien torchée qui amuse plus qu’elle ne terrifie et qui permettra aux plus lubriques de se contenter des doux minois des deux scream queens en herbe (Nao Matsushita et la sublime Ami Suzuki) qui se débattent impeccablement suivant une chorégraphie sans faille (le passage du sacrifice final) au sein d’un métrage fou, fou, fou…
Bloody night...
Pour Brooke, Noël est surtout l’occasion de réunir une fois l’an les personnes qu’elle aime
et qui l’aiment. Notamment Roger, son frère, qu’elle n’a plus vu depuis trois ans au moins et qui s’est entre-temps acoquiné d’une fiancée quelque peu vénale. En guise de complément – et pour être sûr de passer un réveillon détonant – Brooke a également convié son ex-boyfriend et l’ex de son frère. Le problème est que Brooke est absente, victime d’un accident, et que les convives sont accuellis par l’étrange Marcus qui donne des ordres à la pelle, fait des reproches à tour de bras et manifeste une animosité à l’égard de chaque invité. Bâillonnée et droguée, Brooke est en réalité enfermée dans sa salle de bains et constate, impuissante, que Marcus nourrit de bien curieux desseins pour ses invités…
Ben Hardison et Rich Robinson, deux amis néophytes en matière de cinéma, signent avec Christmas Evil (aka Marcus outre-Atlantique et outre-Manche) leur premier long métrage dont ils ont cosigné la réalisation et le scénario. Christmas Evil (récompensé aux festivals Appalachian et Tupelo en 2006), sans être une œuvre horrifique contrairement à ce que laisse présager son titre et le visuel qui l’accompagne, n’en est pas moins un film de genre jouant constamment sur une atmosphère délétère pour susciter l’angoisse aussi bien chez les protagonistes que chez l’assistance devenue témoin du carnage qui s’annonce. Englobant le spectateur dans leur histoire singulière, les deux réals jouent constamment sur les représentations pour finalement inverser la tendance en cours de route afin de déstabiliser un public qui ne se prête plus si facilement au jeu de l’identification et de
rompre avec l’habituel thriller whodunit twistien devenu très en vogue ces dernières années. Le casting, composé d’acteurs télévisuels (Samantha Monarch Cove Shelton, Frankie Undressed Ingrassia) ou de séries B, est dominé de main de maître par le nouveau venu Ross Kurt qui campe un Marcus tout en sobriété aussi antipathique qu’angoissant qui devient rapidement la pierre angulaire de ce métrage plus what did he do que whodunit. Centré sur Marcus, le maître de cérémonie, le scénario filtre à travers ses actions et exactions l’assemblage chaotique que constituent ces individus aux motivations perverses. Ainsi, découvrons-nous, au fil de l’œuvre, le revers de chaque médaille et nos appréhensions naviguent-elles d’un coin à l’autre de l’appartement pour se fixer momentanément sur l’un ou l’autre maillon de cette chaîne friable. Ce travail sur les caractères qui se révèlent pour la plupart finement ciselés contribue au classicisme d’un film d’inspiration hitchcockienne. Un côté old school qui tient même dans les conditions de tournage du métrage puisque Hardison et Robinson recourent à contre-courant à de nombreuses répétitions liminaires au shooting afin d’imprégner au mieux chaque membre du casting du personnage qu’il doit camper.
En résulte un huis-clos étouffant resserré entre les quelques murs qui composent cet appartement aux nombreuses dérivations architecturales, reliées entre elles par des couloirs étriqués qui confinent à la proximité malsaine d’individus qui soit ne se connaissent pas soit se haïssent, la faute à un passé englué par l’une ou l’autre mauvaise action. Chef d’orchestre volubile, Marcus se plaît à acculer chacun de ses convives jusqu’à le soumettre au jeu de la vérité, l’obligeant à se livrer sous son vrai jour. Si les perceptions extérieures étaient déjà ternies en raison de la fadeur et de l’inconsistance de cette équipée régie par les inimitiés, celles-ci se font de plus en plus prégnantes une fois que le rideau tombe sur les motivations réelles de chacun des individus en présence.
À cœur ouvert…
C’est cette semaine que sort le DVD Awake, film qui ne connut pas le succès escompté chez nous (faut dire que même la presse ne fut pas conviée aux traditionnelles visions presse) en septembre de cette année malgré un casting des plus alléchant. Pensez donc, la présence de Jessica Alba aurait du booster le tout sans compter le choix de la production de mettre à ses côtés le ténébreux Hayden Christensen tout auréolé depuis sa sanctification dans le rôle d’Anakin Skywalker.
Aux commandes de ce thriller, le néophyte Joby Harold, comme surprise des chefs Weinstein, nous présente l’histoire d’un couple de yuppies américains pour qui tout semble sourire. Seule ombre au tableau, Clay est atteint d’une maladie au cœur qui l’oblige sous l’insistance de son amour Sam et son ami chirurgien d’accepter une opération à haut risque contre l’opinion de sa mère possessive. Alors que l’opération débute, Clay semble ne pas ressentir les effets anesthésiants mais se retrouve bel et bien paralysé et ne pouvant alerter les chirurgiens. Pire, non seulement les douleurs deviennent insoutenables mais il devient le témoin (oui je sais c’est un peu dur à imaginer…) d’un complot qui n’a d’autre but que de l’assassiner. Le malheureux est loin d’être au bout de ses surprises et les twists se succèdent à un rythme soutenu.
Selon le film, chaque année 21 millions de personnes subissent une anesthésie. La majorité dort paisiblement et ne se souvient de rien. 30 000 d’entre eux n’ont pas cette chance. Ils se retrouvent dans l’incapacité de dormir, pris au piège dans un phénomène connu sous le nom d’anesthésie éveillée. Les victimes sont complètement paralysées et ne peuvent appeler à l’aide, elles sont… éveillées.
Suspens et glamour au menu de ce film au budget plutôt étriqué (à peine neuf millions de dollars) où certaines scènes chirurgicales sont montrées en gros plan mettant le spectateur dans un état de stress permanent ou ayant presque la désagréable et douloureuse impression de ressentir le coup du scalpel c’est dire. Enfin, on n’oubliera pas de souligner la présence d’une Lena Olin (qui ravit la place à Sigourney Weaver et Helen Mirren) toujours aussi belle et surtout véritable star du film, un comble ! Amateurs de thriller glamour aux twists détonants, ce film est pour vous, en vente ou en location dès cette semaine.
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Nazis zarbis
Des mercenaires ont pour mission d’escorter un homme jusqu’à un vieux bunker allemand datant de la seconde Guerre Mondiale situé en Europe de l’Est. Une fois sur place, ils découvrent que les lieux ont servi de laboratoire pour des expériences scientifiques destinées à créer des soldats SS invincibles. Mais le bunker est-il vraiment abandonné ?
Premier long métrage de Steve Barker, Outpost s’inscrit dans la directe lignée très à la mode du survival horrifique qui met aux prises des mercenaires surentraînés et une kyrielle d’ennemis tantôt monstrueux tantôt bien réels qui transforment leur expédition en une course effrénée vers une mort inéluctable. Un terrain que les Anglais connaissent bien et maîtrisent, les récents Dog Soldiers et Wilderness suffisent à en étayer la thèse. Sauf que, en l’occurrence, le huis clos s’avère encore plus poignant, Barker délaissant la sempiternelle cabane au fond du jardin chère à Laurent Gerra pour situer son action dans un bunker désaffecté, lieu privilégie pour faire naître l’angoisse, la place symbolisant déjà via son architecture labyrinthique et son engoncement souterrain le fait que les mercenaires sont acculés et ne peuvent que compter sur cette mini-forteresse imprenable. Sauf que, afin de créer une tension encore plus épaisse, le cinéaste opte pour des ennemis irréductibles, sortes de mix entre des apparitions spectrales super vénères et des zombies invincibles, capables de se matérialiser à tout moment au sein du bastion. D’autant que leur statut de morts-vivants complique considérablement la tâche comme le souligne la tagline "L’horreur ne meurt jamais".
Tourné durant l’hiver 2007 dans la région de Glasgow en Ecosse, le métrage recourt à ces paysages de désolation aux arrière-plan automnaux qui achèvent de doter l’ensemble d’une aura poisseuse que les parois du bunker suffisaient à retranscrire. Usant à merveille des lieux minimalistes dont il dispose, Barker recourt à ces décors anxiogènes pour installer une tension omniprésente que ne viennent nullement contrecarrer les flash-backs explicatifs qui replongent les protagonistes dans une rétrospective historique sur les exactions nazies de la Deuxième Guerre Mondiale, symbole de l’intérêt de l’auteur
d’exploiter la filière hitlérienne jusqu’au bout et de ne pas se confiner à en user comme d’un faire-valoir désincarné. D’autant que les dites images projetées accentuent la férocité et l’inhumanité des ennemis qui se postent à l’extérieur et apparaissent ponctuellement dans un épais brouillard qui magnifie leur entrée en scène autant qu’il appuie l’anxiété ambiante. Une leçon autant photographique que scénaristique aux précédentes incursions dans ce domaine largement exploité mais loin d’être épuisé dont nanars et navets d’un autre temps avaient fait leur chou gras (Le lac des morts-vivants et Le Commando des morts-vivants, notamment).
A la tête de cette bande de têtes brûlées, on retrouve un habitué des films d’action, Ray Stevenson. Vu récemment dans Le Roi Arthur et dans la série Rome, il a depuis repris le rôle de Franck Castle alias le Punisher dans la séquelle du film de Jonathan Hensleigh et qui se voit accompagné de frères d’armes convaincants : Richard Batman begins Brake, Julian L’exorciste au commencement Wadham et Paul Blair.



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Bin, torture and kill
La frontière entre la réalité et la fiction s’épaissit ou s’amincit selon les tendances du moment, la première rattrapant bien souvent la seconde en matière d’épouvante. Ainsi, les films relatant les exactions de célèbres serial-killer emplissent-ils abondamment le panier de la ménagère de moins de cinquante ans, poussée par les insatiables envies de son aîné (heureusement que c’est une chronique écrite pour éviter toute ambiguïté) désireux de voir croître de manière exponentielle sa dvdthèque. Il faut dire que les oeuvrettes précitées constituent une large part du marché des livraisons bisseuses dites « à suspense » dont certaines productions se sont d’ailleurs fait une spécialité. North American Entertainment, parmi tant d’autres, puise allègrement dans les dossiers judiciaires de ces dernières années pour alimenter les caisses de sa trésorerie, transformant tel des alchimistes cinématographiques les chemises cartonnées des archives des milices locales en un vivier intarissable propice à l’accouchement sur
pellicule . Après avoir dépeint les meurtres sanglants d’Ed gein dit « le boucher », le sanguinolent massacre de Richard Speck dans une résidence estudiantine et les exactions lubriques de Ted Bundy dit « le tueur de femmes », la production s’attache pour l’heure à un autre tueur en série qui fit couler énormément d’encre aux Etats-Unis durant une trentaine d’années.
En l’occurrence BTK, alias sous forme d’acrostiche dont s’est personnellement affublé le serial killer lors de ses correspondances avec les forces de l’ordre, ces mêmes correspondances qui l’amèneront à sa perte. Bind them, Torture them, Kill them (Ligote-les, Torture-les, Tue-les), trois étapes qui sont autant de jalons obligatoires composant un seul et même processus utilisé pour chacune de ses victimes qui relèvent pour la plupart de la gente féminine. Névropathe profond présentant le syndrome de la double personnalité bien qu’un état de conscience intermédiaire l’entraîne dans un purgatoire quotidien, Dennis L. Rader n’en était pas pour autant l’un de ces déglingués du ciboulot qui prend un plaisir quasi onanique à lire Le Monde confortablement assis dans ses propres déjections. Respectable et respecté, Rader mène une vie paisible entouré de ses deux filles et de sa femme dans le Kansas où il exerce le job d’employé communal, chargé de veiller sur la bonne tenue de la communauté. Un travail pour lequel Rader est bien loin de camper l’employé-modèle, les anciennes victimes de ses foudres témoignant de ses méthodes inhumaines (il aurait euthanasié un chien) et de sa morale trop stricte. Néanmoins, ce poste lui convient pleinement en ce sens qu’il lui sert de couvertures pour certains enlèvements et contrebalance quelque peu ses fureurs nocturnes en faisant drastiquement et inflexiblement respecter la loi. Garant de la loi humaine, Rader pousse le vice jusqu’à faire sienne celle qualifiée de divine. Croyant assidu de la paroisse luthérienne, il est bientôt propulsé au titre de président du Conseil de rassemblement de son église et démontre une fois de plus son incorruptibilité profonde tout en faisant montre de sa morale à peine écornée par les cadavres qu’il entasse aux quatre coins de l’Etat. Il faudra attendre le mois de février 2005 pour que le tueur en série soit démasqué. Dans une de ses correspondances,
Rader envoie à la police qui a su le mettre en confiance une disquette informatique contenant des informations. Après examen de ladite disquette, les forces de police locales mettent le grappin sur le meurtrier. Il est jugé la même année pour l’assassinat de sept femmes, un homme et deux enfants et écope de dix peines d’emprisonnement à vie consécutives qui lui permettent d’accéder à la liberté conditionnelle dès février 2180.
BTK fait suite à deux autres adaptations biographiques qui ont été édifiées à partir des crimes singuliers de Dennis Rader (les bien nommés BTK Killer d’Ulli Lommel et le téléfilm sur son arrestation intitulé The Hunt for the BTK killer). L’œuvre du scénariste et réalisateur Michael Feifer (producteur, scénariste et réalisateur des films sur Bundy, Speck, L’étrangleur de Boston (également distribué par Emylia au mois de mars) et Ed Gein émanant de la même firme), si elle comporte une large part de fiction, constitue cependant une transposition fouillée et documentée. Ainsi suit-on au gré du métrage une multitude de saynètes centrées sur le quotidien de cet être borderline, sans cesse à la limite entre sa prédestination au Mal et sa maniaquerie moralisatrice qui, une fois l’uniforme enfilé, le contraint à asséner aux contrevenants des amendes pour des délits plus que légers (qui a laissé son véhicule encombrer le trottoir de quatorze centimètres, qui n’a pas tondu sa pelouse selon la règle requise, qui laisse son cabot traîner dans les quartiers voisins). Délaissant le recul documentaire inspiré par certains de ses prédécesseurs (Henry, portrait d’un serial killer en tête), le cinéaste s’immisce au contraire dans les affres de la conscience du meurtrier pour tenter d’en extraire une certaine logique, celle d’un être paumé, un humain lambda torturé qui ressent sporadiquement le besoin viscéral d’enfiler la cagoule du bourreau sans pouvoir expliciter ce fantasme. Dans la peau de ce personnage atypique devenu mythique outre-
Atlantique, le vétéran cascadeur Kane Hodder, bouffi comme pas deux et paré d’une moustache seventies, qui terrorise son voisinage du haut de son mètre quatre-vingts-dix. Un rôle qu’il s’approprie d’autant mieux qu’il est un habitué des slashers réels ou fictifs, puisqu’il s’est ensaché la tête pour incarner Jason Vorhees durant quatre épisodes de la franchise des Vendredi 13 et qu’il a revêtu les habits d’Ed Gein pour le compte du même Feifer deux ans plus tôt (sans compter son audition en Michael Myers pour les épisodes H20 et Resurrection.
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Hommage au slasher réaliste.
C’est cette semaine que sort chez nous le DVD The Strangers de Bryan Bertino qui passa totalement inaperçu dans l’hexagone et dans quelques salles seulement en Belgique. Étrange parcours que ce film qui connu un grand succès Outre-atlantique en mai 2008 malgré une date initiale prévue en juillet 2007 et repoussée régulièrement par Universal qui étonnement craignait que la concurrence estivale (Harry Potter, Die Hard 4) n’ait raison de son film pourtant budgétisé au minimum. Une campagne publicitaire calamiteuse qui porta donc préjudice en Europe malgré des annonces alléchantes et des avis pour le moins élogieux.
Présenté comme une œuvre inspirée de faits réels (sur les 1,4 millions de crimes violents qui se passent aux States y a de quoi faire !), The Strangers propose un casting trois étoiles avec Liv Tyler (tout juste sortie de la saga des Anneaux) et d’un Scott Speedman déjà vu dans le très décevant Anamorph. C’est l’inconnu et autodidacte Texan Bryan Bertino qui se retrouve aux commandes du film adapté de son propre scénario partant sans doute du principe qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Grand fan de Chainsaw et Halloween, le réal américain nous plonge dans l’horreur réaliste du fait divers sordide se déroulant à la campagne à l’écart de tout voisin. Choqué par le drame orchestré par Charles Manson et sa bande en 71, Bertino essaie de reproduire à l’écran cette gratuité sanglante et aléatoire commise par des psychopathes inconnus qui prennent d’assaut une propriété privée et bourgeoise pour assouvir leurs pulsions sectaires et folles.
Kristen McKay et James Hoyt se rendent dans la maison de vacances familiale de ce dernier au retour du mariage d’un ami. Alors qu’ils tentent de recoller les morceaux de leur amour fragilisé, les deux tourtereaux se retrouvent harcelés par des inconnus masqués de plus en plus insistants et dangereux. Un jeu du chat et de la souris qui malmène le spectateur dans un suspens terrifiant et sournois. Des nerfs mis à mal à l’instar d’un Ils de Moreau/Palud dont la comparaison sera inévitable au regard de certaines scènes. Les rôdeurs aiment jouer avec leurs victimes avant de passer à l’action.
The Strangers est un film captivant et classique grâce à une mise en scène très efficace qui devrait ravir les amateurs de slashers malsains et jusqu’auboutiste. Rappelons pour ceux qui aimeront le film qu’un deuxième opus est déjà annoncé pour 2010 et réalisé toujours par Bertino lui-même. Le début d’une nouvelle franchise ?
Le DVD de The Strangers sortira sous la bannière de M6 Vidéo dans un format 2.35 (16/9 Anamorphique compatible 4/3). La partie interactive comprendra des Scènes coupées (4mn52 en VOST) et un Making of (9mn11 en VOST) ainsi que quatre bandes-annonces M6...
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L’avant-Décadence
Ils sont lâchés et ne connaissent qu’une religion : celle de Satan. Ils ne connaissent qu’un seul plaisir : celui d’éviscérer des victimes de leur vivant et de se servir de leurs tripes encore chaudes comme victuailles. Trois psychopathes qui écument les forêts à la recherche de nouvelles proies à sacrifier à la gloire du Malin, autant de bonnes raisons d’éviter les pique-nique en pleine nature...
Quelque peu à la traîne en matière de genre, la production cinématographique helvétique préfère se cantonner à un septième art plus classique, davantage
auteurisant. Pourtant, alors que la Suisse entière est sous la coupe de cette homogénéisation artistique, un citoyen résiste encore et toujours à l’envahisseur. Son nom : Jean-Clément Gunter, alias JCG qui sévit, caméra à l’épaule, depuis les forêts genevoises et filme depuis son adolescence corps mutilés et appendices tranchés tandis que ses condisciples jouissent de leur puberté et effectuent d’interminables tours en moto pour séduire les minettes acnéiques. Ce que le cinéste avoue fièrement, épinglant le potentiel séducteur de sa machine portative : « Ca fait très frime une caméra ! Dans mon adolescence, j’aimais en effet faire autrement. Ne pas porter des habits à la mode par exemple, ça m’énervait de faire le mouton. Et je savais que réaliser ce film m’apporterait beaucoup pour plus tard. »
En attendant, deux ans entiers dévolus à cette première œuvre qui « a été un fabuleux apprentissage cinématographique ». Une kyrielle de dimanches passent à ce projet décalé d’un être en devenir, d’un cinéaste sur le départ. Une entreprise qui lui permet de faire ses armes tout en se permettant d’infliger d’affreuses blessures à des compères qui s’investissent à fond dans le projet et ne raillent jamais le réalisateur de quelques années leur cadet. Car, le scénar’ pour simpliste qu’il soit (trois psychopathes terrorisent une bande de jeunes en milieu sylvestre et dévorent les captifs en invoquant Satan) a été échafaudé par celui-là même qui a mis toute son âme et toute sa sueur au profit d’une œuvre de jeunesse dont il met volontiers en avant le côté amateur pour mieux stigmatiser la fierté à l’égard de ce premier jalon d’un parcours empreint d’autodidactisme et de débrouille, profondément ancré dans l’enceinte familiale de l’auteur puisque sa plus fidèle collaboratrice n’est autre que sa maman. Une mère qui produit, assiste son fils dans chacune de ses œuvres et met la main à la pâte lorsqu’il s’agit de concevoir les effets sanglants « avec du latex et du plâtre ainsi que du faux sang. Et j’avais une assistante de choix pour les préparations, ma maman ! D’ailleurs je pense que les effets spéciaux de mon prochain film seront conçus par moi-même. Ça va me rappeler le bon vieux temps. »
3 psychopathes se pose en l’occurrence comme un essai à-peu-presque émanant d’un auteur nubile dont les erreurs patentes sont d’emblée édulcorées par une excuse irréfragable, celle de la jeunesse. Œuvre prophylactique et annonciatrice de la relecture intitulée Décadence, 3 psychopathes regorge d’effets sanguinolents et offre plus qu’à son tour une belle dose d’effusions d’hémoglobine crapuleuses.
Après quelques hésitations, tu as finalement décidé d’éditer 3 psychopathes. Pourquoi avoir franchi le cap ?
Comme je le dis dans les bonus du dvd, vu le nombre de films amateurs qui sortent en dvd, je me suis dit pourquoi pas 3 Psychopathes. Je l’aime bien mon premier film et je
voulais en faire quelque chose, qu’il soit vu par les gens qui le désirent.
Décadence est une actualisation du scénario de 3 psychopathes, une sorte de remake-séquelle. Ce projet te tenait apparemment à cœur pour que tu le reprennes des années après ?
Oui très à cœur. Comme 3 Psychopathes n’était pas un film abouti, je voulais vraiment refaire cette histoire mais différemment, avec plus de moyen, plus de temps, plus d’argent et avec un autre scénario afin que je puisse commercialiser cette histoire de psychopathes.
Alors que la plupart des ados draguent les filles et friment en mobylette, tu te balades la caméra à l’épaule et réalises un film. Une façon de te distinguer des autres ?
Oui peut-être un peu et puis ça fait très frime une caméra ! Dans mon adolescence, j’aimais en effet faire autrement. Ne pas porter des habits à la mode par exemple, ça m’énervait de faire le mouton. Et je savais que réaliser ce film m’apporterait beaucoup pour plus tard. Je ne me suis pas trompé car 3 Psychopathes a été un fabuleux apprentissage cinématographique.
Le tournage de 3 psychopathes s’est échelonné sur deux ans avec des séances de tournage dominicales. Pas honteux de filmer des atrocités cannibales le jour du seigneur ?
Non absolument pas et pourtant je suis croyant. Ça doit faire partie de mon caractère contradictoire. J’aime assez ce qui ne va pas ensemble.
Malgré le budget rachitique, 3 psychopathes fournit une kyrielle d’effets gore. Comment avez-vous bricolé ceux-ci ?
Avec du latex et du plâtre ainsi que du faux sang. Et j’avais une assistante de choix pour les préparations, ma maman ! D’ailleurs je pense que les effets spéciaux de mon
prochain film seront conçus par moi-même. Ça va me rappeler le bon vieux temps.
Quand est née ta passion pour l’horreur ?
Et bien quelques mois avant de réaliser 3 Psychopathes, lors de mon tout premier abonnement à un vidéo club. Je me souviens encore de l’odeur des boîtiers en plastique des VHS au rayon horreur. Les deux premiers films que j’avais loués étaient Critters et Terror Vision. Des films cultes !
JCG production édite tes films ainsi que le Vacuum killer de Doctor Chris. Une obligation due au refus des distributeurs ?
Un plaisir avant tout et il est vrai que ce n’est pas facile de trouver des éditeurs dans les pays francophones pour ce genre de production. Mais ce n’est pas JCG Production le distributeur principal, nous avons des distributeurs qui s’occupent de la vente en magasins comme par exemple à la Fnac, Virgin, etc. JCG Production est éditeur avant tout et distribue uniquement dans quelques boutiques et sites Internet. Les choses évoluent maintenant avec le film Décadence pour commencer qui va sortir en dvd aux USA puis dans d’autres pays grâce à une entreprise américaine avec qui j’ai signé un gros contrat. Je pense que La Forêt des Démons et Vacuum Killer devraient suivre le même chemin très bientôt.
Katina Lorzino occupe différentes fonctions sur tes œuvres depuis tes débuts. Comment se passe votre collaboration ?
Très bonne collaboration c’est une femme charmante et professionnelle et c’est en plus ma maman !
Où en sont Décadence 2 et L’enfer des démons ?
Les scénarios sont pratiquement terminés. Je ne sais pas encore quel film sera tourné en premier. Vous pouvez suivre l’évolution des projets sur le site officiel : www.jcgproduction.com. A très bientôt !
(Interview réalisée par Damien)
Albert DeSalvo’s story
Albert DeSalvo subit une éducation peu enchanteresse. Contraint par son père de le regarder culbuter des tonnes de prostituées dès son plus jeune âge, soumis à l’apprentissage du vol, le jeune garçon devient un délinquant précoce. Animé par de violentes pulsions sexuelles, le jeune DeSalvo s’adonne dès l’âge de 8 ans à la fornication en compagnie de filles de joie et d’homosexuels. Adolescent, il décoche des flèches sur les chats du quartier, moleste de pauvres passants et se voit interné dans une maison de redressement suite à un cambriolage. Un curriculum très lourd qui n’est
rien en comparaison des crimes dont sera accablé DeSalvo par la suite. Incarcéré à de multiples reprises, le meurtrier est suspecté dès 1965 d’être L’étrangleur de Boston qui sévit dans la ville entre juin 1962 et janvier 1964, laissant derrière lui treize cadavres de femmes, toutes étranglées à l’aide d’un bas et accessoirement violées. Son assassinat en prison, à l’instar de celui d’un certain Lee Harvey Oswald, laisse planer le doute sur sa culpabilité réelle. De même que les traces d’ADN retrouvées sous les ongles d’une victime qui appartenaient à deux individus différents... dont DeSalvo ne faisait pas partie. Bouc-émissaire idéal ou copycat manchot, une question à laquelle le métrage de Feifer tente de fournir une piste...
Une histoire macabre qui dépasse le cadre du simple fait divers pour marquer de son empreinte l’imaginaire collectif. Au point que ses exactions ont inspiré de nombreux artistes dont Richard Fleischer qui réalise en 1968 L’Etrangleur de Boston tandis que les Rolling Stones composent une chanson tirée de cette morbide affaire, Midnight Rambler. DeSalvo reste aujourd’hui encore l’une des plus mythiques icônes parmi les serial killers américains qui comptent un panthéon des plus impressionnant où figurent Ted Bundy, Ed Gein et autres Richard Speck (j’ai sciemment omis de mentionner Hannibal Lecter et les Teletubbies). Michael Feifer, producteur de North American Entretainment, décide d’ajouter le biopic fictionnel de ce meurtrier sanguinaire à son tableau de chasse, déjà alimenté par les biographies d’Ed Gein, de Ted Bundy et de BTK. Après avoir attribué les rôles de Bundy et Speck à une ancienne gloire télévisuelle (Corin Nemec, héros de Parker Lewis, également dans le casting pour l’heure), le réalisateur-scénariste-producteur-assistant machine à café attribue pour le coup le rôle de l’assassin à une autre révélation du petit écran, à savoir David Faustino, fils d’Al Bundy dans le sitcom Marié, deux enfants. A ses côtés, Andrew Divoff, déjà aux trousses de Richard Speck dans le métrage de Feifer, revêt de nouveau l’uniforme et
campe l’inspecteur John Marsden en charge de l’affaire. Deux personnages charismatiques que le cinéaste suit en parallèle, dispersant son intrigue entre la lente évolution d’une enquête en impasse et le quotidien pénitentiaire du présumé étrangleur.
L’œuvre s’engorge d’ailleurs habilement dans les méandres d’une intrigue jamais clairement dévoilée, l’auteur préférant laisser planer le doute via une trajectoire équivoque. En ce sens, les exactions dudit assassin se voient autant voilées que le visage de l’étrangleur lors de ses échauffourées avec les femmes récalcitrantes, à l’une ou deux exceptions près. De même, l’inspecteur en charge de l’affaire est présenté comme un être en plein doute qui trouve en ce DeSalvo quelque peu mythomane, copycat maladroit, le parfait suspect pour lui permettre de clore ses investigations chaotiques. De son côté, le présumé étrangleur se lance dans un deal étrange avec son co-détenu devenu son mentor afin de s’attribuer la paternité des crimes. Des discussions qui composent le nœud de l’intrigue et permettent de constater l’étonnante interprétation de Faustino qui campe un DeSalvo manipulateur, menteur et criminel, apparemment plus à l’aise dans la tchatche que dans le crime. Une peinture ombrageuse et fictionnelle qui laisse libre cours à l’interprétation et fournit une
alternative intéressante aux faits avérés.
Cinquième lecture pour Feifer de ces fabuleux destins de serial killer américains qui entre en ce moment-même en post-production du sixième épisode centré sur Henry Lee Lucas dont la sanglante destinée avait déjà été dépeinte dans le sensationnellement glauque métrage de John McNaughton avant que Chuck Parello ne lui offre une séquelle. Une revisite des icônes meurtrières qui permet au cinéaste d’exhumer dans le même temps quelques comédiens émérites tombés dans les ténèbres.
Distribué par

La pestilence revient
Dans la Vallée de la mort, un serial killer surnommé le Vagabond entasse les cadavres afin de satisfaire l’appétit insatiable des charognards qui l’entourent. Arrêté par un policier dans sa bicoque aux relents mortuaires, le meurtrier est condamné à la chambre à gaz mais revient bientôt sous la forme du Reeker hanter les plaines désertiques. Emissaire du démon, témoin de Satan, le Reeker détruit tout sur son passage au grand dam des cloportes qui se sont aventurés dans la région…
Heureux du succès obtenu par Reeker, Don Dunn et Tina Illman (accessoirement l’épouse du cinéaste) permettent à Dave Payne d’accoucher d’une suite au flick tendance splatter livré trois ans plus tôt qui reposait uniquement sur de nombreux effets gore et sur un twist niais déjà emprunté par nombre d’œuvres précédemment, notamment le sympathique Dead end d’Andrea et Canepa (moi, si !). Cette suite bénéficie d’un tournage sous le soleil de plomb
californien pour un budget tout aussi dérisoire que pour le précédent volet (2 millions de dollars). Devant l’impossibilité de fournir une séquelle digne de ce nom, Payne, qui cumule à nouveau les postes de scénariste et de réal et évente les comédiens entre deux prises, opte pour un antépisode révélateur, imitant ainsi le récent exemple de l’imbuvable préquelle Motel 2. Centrée sur les exactions de son boogeyman (un ancien vendeur de porte à porte reconverti en serial killer), l’entame de l’œuvre laisse augurer un retour aux sources jubilatoire sous forme de parcours initiatique de ce malade qui prétend être tributaire d’une mission dictée par des voix inaudibles. Abandonnant là les similitudes avec le Jeanne d’Arc de Besson, le réal offre, en guise de réjouissance, des démembrements, désossements et dépiautements en tous genres opérés sur un shérif préretraité et son rejeton, un Cocheese aventureux, une serveuse peroxydée, trois braqueurs à la petite semaine et une doctoresse aux formes avantageuses.
A ces personnages qui ne constituent en fin de compte qu’un nouveau troupeau de cobayes pour les crochets aiguisés de son monstre sanguinaire, Reeker 2 préfère les dissections, les destructions de masse et les effusions sanglantes. L’attirail entier des effets sanglants qu’il affectionnait déjà dans sa livraison précédente est réutilisé pour le coup via le savoir-faire de Graham Denman (Starship trooper 3, Alien raiders) qui s’échine à composer quelques moments de boucherie assez mémorables (un bandit étêté, un malade opéré à cœur ouvert). Niveau casting, le gratin télévisuel est convié à ces massacres organisés : Mircea Drive Monroe, Valérie Nip/Tuck Cruz, Lyne Les Experts Odums, Stephen General hospital Martines et Michael Veronica Mars Munley, accompagnés pour l’heure de Lew Temple, un habitué du genre aperçu dans les Devil’s Rejects et Halloween de Rob Zombie.





Allo Sirius, nous avons un problème...
Treize années après les événements de Sirius 6B durant lesquels des Hurleurs de plus en plus perfectionnés viennent à bout d’une poignée de Terriens qui avaient miraculeusement survécu, une nouvelle équipée est délestée sur la planète maudite pour voler au secours d’un mystérieux survivant. Asiriusissant quelque part entre une mer de sable et un énorme rocher communément appelé « énorme rocher » par les géographes de la planète, les membres du vaisseau salvateur débarquent sur un caillou toujours infesté par les fameux Hurleurs. Une domination qui fait mentir les statistiques foireuses de scientifiques bien peinards sur leur planète Terre desséchée. Problème : les Robinsons qui ont émis le signal SOS s’avèrent être des êtres hostiles qui canardent les sauveteurs de fortune, déjà bien en mal de venir à bout des bêbêtes high-tech vénères comme pas deux…
Planète hurlante, honnête bisserie science-fictionnelle, faisait son apparition il y a déjà treize ans sous la houlette du canadien Christian Duguay. Depuis, les choses n’ont que peu évolué. La planète désertique ne s’est agrémentée d’aucune nouvelle variété botanique et les Screamers mènent invariablement la vie dure aux derniers habitants qui n’osent plus croire en un potentiel retour sur la planète bleue. S’affranchissant totalement de la nouvelle originelle que le premier opus avait déjà complètement déformée (merci O’Bannon et Tejada-Flores) et abandonnant le contexte SF, Planète hurlante 2 (Screamers : the hunting, en version originale) s’illustre plus précisément dans le domaine de l’horreur. La péloche, dont le budget est semblable à celui du premier épisode suite à une diète drastique, délaisse ainsi les circonstances géopolitiques interplanétaires et n’évoque que rarement les événements retranscrits à l’écran par Duguay pour se concentrer essentiellement sur les attaques des Hurleurs à l’égard des libérateurs fraîchement débarqués. De véritables machines de guerre qui non seulement ont manqué de s’ensommeiller mais ont profité de l’inactivité de la surface pour se régénérer peinardement et faire évoluer leur métabolisme anthropomorphique. Plus cruelles encore, plus insidieuses que jamais, les machines de guerre aux compositions anatomiques surprenantes s’avèrent plus abouties que jamais, ayant acquis la possibilité de prendre l’apparence de leurs proies.
Aux légitimations verbales indigestes du modèle qui envahissait sporadiquement le terrain de la SF avec une mollesse considérable se substitue donc une oeuvrette horrifique plutôt rythmée et réjouissante, eu égard des nombreuses éviscérations, décapitations et démembrements dont souffrent des victimes non consentantes transformées en véritables souffre-douleurs. Sheldon Wilson, dont le CV comporte déjà les titres L’écorché et Kaw, hommage pubertaire aux Oiseaux hitchcockiens, se distingue formellement du modèle par son approche de l’acton qu’il soutient efficacement, ne s’enfonçant pas dans l’illisibilité du modèle bien qu’il retombe aveuglément dans les parties de cache-cache un peu rasoir de l’œuvre originale. Car, s’acharnant sur le filon échafaudé précédemment, Planète hurlante 2 profite de la potentialité extraterrestre de chaque protagoniste pour rejouer la carte de la parano et instaurer du même coup une espèce de tension qui ne fonctionne jamais véritablement. En guise de viatique, le film propose quelques clins d’œil au Alien de Scott (le souffle O’Bannon toujours en action ?), offrant notamment en pâture un Lance Henriksen finalement pas androïde pour un sou (merde quoi, j’avais parié moi ! Maintenant, vais devoir m’enfiler l’intégrale de Lorie ! ) et jouant sur l’effet claustrophobique dans l’espace restreint du vaisseau.
Sous la coupe de Wilson se retrouvent donc Gina AVP2 Holden, Jana Speed Racer Pallaske, Greg Saw V Bryk et Lance Millenium Henriksen auxquels prêtent l’oreille quelques seconds couteaux télévisuels. Seul survivant de la première épopée, le scénariste Miguel Tejada-Flores qui s’échina entre-temps sur les scripts des yuznens Beyond Re-Animator, Faust et Rottweiler.
Génétique pessimiste
Le cadavre d’une femme enceinte est retrouvé dans une benne à ordures le long d’un port avec une inscription inscrite dans la chair de son ventre. Trois lettres : WAZ. Intrigués par ce crime atroce, les enquêteurs se mettent à rechercher le petit ami de la victime, un dangereux dealer et maquereau qui constitue le parfait coupable. Lorsqu’ils découvrent le cadavre de celui-ci balançant au bout d’une corde dans un immeuble insalubre, Eddie Argo et Helen Westcott commencent à envisager la thèse du serial killer aux plans machiavéliques qui pousse ses victimes à électrocuter un être cher en échange de la vie…
Antérieur au script du Saw de James Wan, le scénario de Waz semble pourtant, dans un premier temps du moins, frappé par l’atavisme des exactions du tueur au puzzle. Appariement apologique qui s’avère pourtant réducteur pour l’œuvre de Shankland, la catégorisant en un vulgaire torture-porn opportuniste surfant sur une vague en plein déclin (les épisodes de la franchise Saw voient leurs scénars se réduire à peau de chagrin au fur et à mesure des élagages). Or, Waz (W Delta Z pour être plus précis et pour éviter toute ambiguïté pour ceux qui s’amuseraient à y entrevoir une anagramme falsifiée des meurtres de Jigsaw) outrepasse le stade de l’horreur frontale sanguinolente et lui préfère une suggestion finement maîtrisée, davantage tétanisante. Embarqués dans les quartiers les plus cradingues de la ville, Eddie, flic corrompu aux nombreux paradoxes moraux et Helen, jeune recrue fébrile subissant les évocations salaces de ses collègues, fréquentent la lie de la société recluse dans ces banlieues ténébreuses où le crime devient la seule religion. Peinture glauque d’un microcosme suburbain inquiétant tout aussi peu glorieuse que celle des inspecteurs qui les coursent et tentent d’enrayer les desseins destructeurs du mystérieux tueur en série qui sème pièce après pièce d’un puzzle difforme.
Jalonnée de quelques rebondissements crédibles (la mode de la torsion indigeste à l’aune de laquelle toutes les œuvres sont désormais mesurées), l’intrigue s’épaissit peu à peu et accule doucement les personnages dans une impasse physique et symbolique. Un cul-de-sac où l’humanité se déshumanise sous couvert d’illusions proprement bipédiques à l’instar du meurtre de sang froid perpétré par l’une des créatures de l’ombre interrompu par un appel téléphonique durant lequel un semblant de bienveillance transparaît. Réduit
à son plus simple appareil, à savoir un agencement de gènes, l’être humain ne peut se défaire de l’emprise du gène égoïste attestée par l’équation de Price (dont est inspiré l’intitulé du métrage) pour le coup reformatée en légitimation biologique par un bourreau habité par un insatiable désir de vengeance.
Dotée d’un casting irréprochable dominé de la tête et des épaules par un Stellan Skarsgård défroqué et la séduisante Melissa George qui livre une prestation légèrement plus convaincante que dans le récent remake Amityville Horror, WAZ possède une multitude d’arguments qui en font l’un des meilleurs polars-thrillers de ces dernières années, compte tenu de l’apparente absence de prétentions de l’œuvre et de la qualité formelle et scénaristique de celle-ci.
Predator versus Vikings
Durs comme le roc, aussi épais qu’une statue rhodéenne, les Normands, ces tribus barbares qui envahirent nos contrées pour piller nos églises et violer nos épouses (ou plutôt celles de nos ancêtres), sont avant
tout de redoutables guerriers qui manient la hache avec autant de dextérité que Maïté le hachoir. Bariolés de peintures de guerre, flanqués de barbes drues rousses, héritiers d’une éducation belliqueuse, les Vikings plongeraient dans l’effroi une armée de Troyens bodybuildés (à la Petersen). Pourtant, ils trouvent incontestablement leur maître dans le Moorwen, créature extraterrestre à l’inépuisable furie.
Transposition libre du Beowulf originel, Outlander subit une refonte prématurée qui le contraint à s’éloigner du matériau de base pour épouser une trame plus volage. Suite à l’annonce d’une nouvelle adaptation cinématographique du poème épique puisant sa source dans la légende, Howard McCain change ses plans et affuble chacun de ses personnages de patronymes divers afin d’ôter toute ambiguïté. Le métrage se voit donc rebaptisé dans la foulée du nom d’Outlander faisant référence à l’apostrophe récurrente proférée à l’encontre de l’étranger messianique censé délivrer les peuplades barbares de l’alien dévastateur. Kainan, au terme d’un voyage spatiotemporel à bord d’une capsule aéronautique, débarque en terre nordique en compagnie du Moorwen, monstre cameleonesque qui semble tout droit provenir de la proue d’un drakkar viking. Une créature hideuse qui se nourrit de vengeance à l’égard de la race humaine qui a éradiqué ses cousins sur une planète lointaine alors peuplée de ces prédateurs, situés au
sommet de la pyramide alimentaire.
Dans le costume fort seyant du rédempteur qui lutte contre sa némesis, Jim Caviezel, dont le physique contraste avec celui de ses contemporains aux atours plus abrupts, incarne une figure héroïque tantôt ferme tantôt légère. Mannequin en armure aux muscles saillants, Kainan lutte pour la survie de la veuve et de l’orphelin, s’enamoure de la fille du roi qu’il convoite en secret, prend sous son aile un oublié de Dieu et pactise avec l’ennemi afin de se racheter une conduite face à la faute originelle causée par sa faute. Doté d’une large cuirasse, le guerrier endosse la responsabilité complète de ses compatriotes apatrides et lutte contre d’inatteignables chimères en nourrissant le dessein de sauver l’humanité entière. A ses côtés, une pléiade de valeurs sûres pour l’épauler excellent chacun dans son registre : Ron Perlman en ennemi désabusé aux méthodes guerrières sanglantes tandis que le vétéran John Hurt se la joue patriarche bienveillant garant de la sagesse. Et face à cette équipée impressionnante, une bête visuellement étourdissante, rendue par un Tatopoulos aguerri aux gros budgets du genre qui peut se targuer d’avoir cravaché sur les effets
spéciaux d’Underworld, des Ruines et de Silent Hill.
Croisement étonnant entre les Predator et Le 13ème guerrier de McTiernan mâtiné d’un Braveheart, Outlander livre une épopée intéressante qui fait se croiser, l’espace d’une œuvre, des guerriers sans peur et sans reproche et une monstruosité un brin vénère qui se repaît tranquillement de bouillie humaine (sans paille, s’il vous plaît).
Piégés à l’intérieur
Tom, Adèle, Jenny et Nick emménagent dans une ancienne pension. Sur place, ils rencontrent Tina, une mystérieuse locataire. Mais suite à la manipulation d ?une étrange horloge, des évènements de plus en plus inquiétants se produisent dans la maison. Des esprits malfaisants prennent possession des corps et montent les étudiants les uns contre les autres. Quitter la pension devient une question de vie ou de mort ?
Réalisateur de seconde équipe de Tooth, une comédie édentée, et de documentaires, David Smith poursuit avec Spirit trap une vague histoire de fantômes mille fois ressassée afin de se payer sa première incursion dans le format long. Au centre de l’histoire, un groupuscule de nantis dont les figures peu charismatiques ne se décollent jamais des clichés habituels. Pâles copies des oeuvrettes précédentes exploitant le même filon, ceux-ci se déclinent en autant de caractères convenus et désincarnés à force d’être utilisés : l’allumeuse au corps tape-à-l’œil, le dealer de coke continuellement dans un état second, le nigaud et la nigaude qui nourrissent des liens de plus en plus étroits et la nana paumée quasi fantomatique sur laquelle repose l’aura mystérieuse du métrage). Conventionnel dans son cadre (la baraque aux planchers qui craquent), Spirit trap l’est tout autant en ce qui concerne son intrigue, cousue de fil blanc, dont la parenté avec d’autres pelloches de genre (le thaïlandais Six en tête) amène une douloureuse suspicion. Les portes claquent, les horloges se remettent en route, la baignoire déborde, les disparitions s’accumulent, autant de poncifs entraînant les survivants dans une semi-paranoïa étouffée par une course inerte vers une explication rationnelle. Sporadiquement, le script érigé par Phil O’Shea (Vampire Diary) ouvre certaines pistes intéressantes mais s’entête à ne les explorer qu’en surface, discréditant ainsi quasi simultanément les potentialités mystérieuses que recouvre l’une ou l’autre situation (les mises en garde de la défunte mère ou du frère noyé).
S’immisçant dans le passé des personnages brossés, le métrage présente quelques revers intéressants, en apparence seulement.
Chaque acteur au sein du manoir hanté possède un cadavre dans le placard, tantôt suite à une négligence d’autant plus pardonnable qu’elle est imputable à l’innocence enfantine, tantôt après un meurtre atroce fomenté de longue date par un être machiavélique assoiffé de vengeance. Une fouille jamais complètement exploitée qui ne se pose finalement que comme un procédé pas très finaud pour stigmatiser la figure patibulaire du métrage, déjà cristallisée par sa dépendance aux psychotropes et par son attrait pour les corrections maritales en bonne et due forme.
Tout juste l’oeuvre permet-elle de revoir à l’action une pléiade de seconds couteaux aux visages connus. Ainsi Billie Piper à la bouche du même nom, chère aux fans du Docteur Who, Luke Mably (28 jours plus tard), Sam Troughton (Alien vs Predator) et la mmmh Emma Catherwood subissent-ils bon gré mal gré la douloureuse loi du Ouija non maîtrisé et se voient-ils transformés en chair à canon pour une baraque dévoreuse de carcasses.
Le conte revisité version Yim Pil-sung
Eun-Soo va bientôt être papa. Partagé entre ses nouvelles responsabilités qu’il a du mal à assumer et celles qu’il a envers sa mère malade au chevet duquel il se rend lorsqu’il a un accident de voiture. Emergeant de l’inconscience, il aperçoit une jeune fille vêtue de blanc et d’un chaperon rouge qui va le guider à travers une sombre forêt vers la maison familiale. Là, il découvre un couple aux sourires trop francs mais aux comportements tendus et la petite sœur et le frère taciturne qui semble avoir l’ascendant sur tout ce petit monde. Pas de maison en pain d’épices mais la nourriture est presque exclusivement composée de pâtisseries aux couleurs chatoyantes. De toute façon, il ne passera qu’une nuit puisque dès le lendemain matin, il repartira sur le chemin pour rejoindre la route. Problème : ses pas le ramènent invariablement vers cette demeure…
Contrairement à ce que l’intitulé merveilleux laisserait présager, Hansel et Gretel ne consiste nullement en une relecture asiatique du conte des frères Grimm. Bien que ledit conte joue un rôle important dans la résolution de l’ensemble, fournissant une explication fantasmée du trauma des jeunes enfants qui peuplent la péloche. Si Yim Pil-sung, réalisateur de l’intimiste Antartic journal, s’immisce sur le territoire du merveilleux, c’est avant tout pour en capter toutes les composantes narratives et en phagocyter les symboliques psychanalytiques, parcimonieusement réinvesties au sein d’une intrigue volontairement déformée. Au contraire du conte originel, l’errance sylvestre incombe désormais aux adultes, incapables de percer le mystère de ces bois touffus et condamnés à effectuer continuellement un pèlerinage qui ne les mène qu’à l’échec. Un échec dû à ces enfants aux visages angéliques qui donnent vie à chacun de leurs fantasmes par la grâce d’un crayonnage bariolé sur les pages jaunies d’épais cahiers.
A mi-chemin entre le conte noir burtonien et les ténébreuses épopées fantasmagoriques d’un Del Toro, Hansel et Gretel, sous couvert de décors flamboyants, offre une histoire sombre où règne une ambiance délétère peuplée de nombreux personnages décalés que le cinéaste prend plaisir à dépeindre en profondeur. Le tueur d’enfants au déguisement dévot de diacre, le paternel pédophile, la marâtre acariâtre amoureuse de ses bijoux participent de concert à un constat
poignant, celui de la médiocrité des adultes incapables de compassion pour les tâtes blondes qu’ils couvent. En marge subsiste un héros claudiquant, sorte de guimauve malléable et opportuniste, qui consent à l’empathie dans l’espoir de retrouver les siens et, par extension, ne délivre aucun plaidoyer moralisateur. Entre onirisme et cruauté, le métrage se trouve au confluent d’une série de genres contigus (le fantastique, le conte, le film de fantôme, le drame, le thriller psychologique) qui s’entremêlent harmonieusement au sein de cette œuvre à la photographie majestueuse sublimée par un travail méticuleux sur les lumières.
Présenté en compétition officielle au dernier festival Fantastic’Arts de Gerardmer et à Sitgès, Hansel et Gretel séduit grâce à son esthétique léchée qui ne sombre jamais dans l’excès et par le biais d’une somptueuse et ténébreuse histoire invoquant autant les classiques littéraires que les plus belles réussites filmiques sur le thème.
Video Game Remaker
Bien avant le Stoic qui souleva une vague d’enthousiasme la semaine dernière au BIFFF (CinemaFantastique vous présentera bientôt l’interview vidéo du réal), Uwe Boll, on le sait, collectionnait les réadaptations de jeux vidéo avec une touche très personnelle et mégalomaniaque qui en étonna plus d’un et contribua à une réputation de créateur de bides revendiquée. A coups de quelques onomatopées teutonnes et de droites bien balancées, le cas Uwe Boll réussit néanmoins, grâce à sa filmographie en dents de scie, à s’installer tout doucement dans le paysage coloré d’un cinéma de genre qui tire également et heureusement son succès des productions de série B voire Z.
Voyant dans le jeu vidéo Far Cry l’occasion une nouvelle fois de se reposer sur un scénario et un univers déjà tout faits, Boll nous raconte donc l’histoire de Jack Carver, ex officier des forces spéciales, engagé par la journaliste Valérie Constantine afin d’enquêter sur la présence d’un complexe militaire top secret situé en Micronésie, une île du pacifique. A peine débarqués, ils sont attaqués par un groupe de mercenaires à la force surhumaine commandé par le Dr Krieger qui poursuit de mystérieuses recherches génétiques sur des primates appelés trigènes. Ils vont donc devoir survivre en échappant à des soldats devenus incontrôlables.
Pour rappel et pour les non assidus de l’univers Video Game, Far Cry est un jeu vidéo de tir subjectif, développé par le studio allemand Crytek et édité par UbiSoft Montréal sur PC en 2004. Doté d’un moteur graphique novateur, Far Cry est un des rares jeu de tir subjectif à se dérouler sous le soleil d’une île paradisiaque. Le jeu a connu un franc succès auprès des joueurs et a été numéro un des ventes en avril et mai 2004 en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Budget raboté oblige malgré une coproduction Germano-Candienne, Uwe Boll se contentera dans son film d’un casting moins fringuant que les précédents avec les présences toujours agréables d’Udo Klier en (on vous le donne en mille) Docteur Krieger, de la très sexy Emmanuelle Vaugier (SAW IV) ou encore du désormais oublié Michael Paré (Streets of Fire). Cascades réussies, CGI honorables, gore à gogo, Far Cry devrait ravir les fans du réal allemand qui ne cessera jamais de nous surprendre.
En attendant, le DVD sortira le 22 de ce mois grâce à First International Production en version française seulement sans VO, pas de sous-titrage et sans doute sans supplément. Sympa…
TRAILER
Zombie Prom Night
Sélectionné au NIFFF, à Sitgès et à Fantasia cette année, le premier long-métrage de Gregg Bishop a de quoi faire fantasmer. Non seulement parce qu’il met en scène des morts-vivants et reprend du coup les plus grandes stars du cinéma horrifique en tentant d’en donner une vision personnelle mais aussi parce que le contexte même de cette invasion zombiesque renvoie autant à tout un pan du cinoche de genre (les fameux Carrie et Prom Night) qu’il ne se pose comme un démarquage de l’appréhension des personnages.
Du nouveau sur le territoire des undead ? Assurément. Joe et moi
avons beaucoup de respect pour les films de Romero, raconte le cinéaste. Mais nous voulions nous en détacher et avions notre idée sur la question : il nous fallait des zombies qui fassent ce dont nous rêvions, qu’ils soient plus rapides, plus menaçants et plus rock’n’roll. Joe a donc créé une règle intéressante : la vitesse de déplacement des morts dépend du laps de temps qui s’est écoulé depuis leur trépas. Les morts récents peuvent se projeter hors des tombes et courir tel des guépards, et ceux qui sont décédés depuis un bout de temps correspondent à l’idée stéréotypée des zombies, à savoir qu’ils trainent les talons sur le sol et avancent lentement. Ils meurent toujours suite à un coup reçu au cerveau, sont toujours les morts-vivants que nous aimons mais cette différence était essentielle pour nous qui ne souhaitions pas reproduire à la lettre ce qui avait déjà été fait. Une dimension qui amène autant d’angoisse qu’il ne désamorce un métrage volontiers porté vers l’humour cocasse des teen movies.
Réussissant le délicat équilibre entre le climat anxiogène du genre et l’humour potache à destinée estudiantine, Bishop décide d’opter pour une ségrégation des tons salvatrice : La règle que je me fixais était de conserver l’idée de morts-vivants menaçants. D’un bout à l’autre, les zombies amènent de l’angoisse et ils n’hésiteront jamais à vous dévorer. Nous ne nous sommes jamais moqués de ces créatures afin de conserver un certain sérieux propice à la terreur. L’aspect comique découle uniquement des personnages dans certaines situations et principalement du fait qu’ils doivent s’unir pour lutter ensemble alors qu’ils ne se seraient jamais parlé auparavant.
Reste que, sans véritablement révolutionner le genre (la faute à de nombreuses bonnes idées pas achevées), l’oeuvre se distingue fièrement tant au niveau du fond que de la forme du nauséabond germanophone Nuit des loosers vivants qui avait tenté une incursion similaire voici quelques temps et s’était contenté de reproduire le schéma American pie sur toile horrifique. Bishop, en geek
respectueux, ne maltraite jamais sa thématique et offre de bout en bout un spectacle savoureusement drôle et carrément décalé. Au contraire de l’oeuvre précitée, Dance of the Dead ne fait pas impudiquement son chou gras des figures caricaturales qu’il dessine : celles-ni ne fonctionnent que par opposition avec leur exact antagonisme. Le cinéaste pousse sa réflexion à fond et permet, une fois n’est pas coutume, aux loosers patentés et aux marginaux volontaires de prendre leur revanche sur les sempiternelles règles de popularité qui régissent les bahuts amerloques. Ces gamins ne s’adresseraient effectivement jamais l’un à l’autre dans une situation normale. Mais là, ils se voient contraints de s’unir pour contrecarrer l’invasion des morts-vivants. C’est incroyable de voir les barrières sociales se dégrader dans des situations extrêmes.
Fun, politiquement incorrect et tellement jubilatoire que le film s’impose de lui-même. Jetez-vous donc sur l’édition Free Dolphin qui sort ce 28 avril 2009...
Touche pas à mon Zombie...
Dans une société où les morts côtoient les vivants, la jeune Angela est abattue à bout portant par un petit ami jaloux et fait ainsi son entrée dans le monde des zombies. Elle doit alors trouver sa place dans un univers fait de discrimination et de violence. Car cette cohabitation n’est pas du gout de tout le monde, et les groupuscules antizombies sont bien décidés à exterminer ces êtres différents. Aidée par un groupe de soutien rencontré lors de réunion de Zombies Anonymes, Angela va découvrir les nombreux aléas de la vie après la mort....
Grand fan du Dawn of the dead de George Romero dans lequel s’éclipsent religieusement les morts-vivants pour laisser la place aux humains, Marc Fratto décide de livrer sa propre version des zombies et d’y injecter un discours politico-social à l’instar de l’œuvre de son modèle. Au lendemain du onze septembre, choqué par les réactions outrancières des deux pôles politiques de sa patrie (les uns préconisent l’atomisation du Moyen-Orient, les autres fustigent tout patriotisme exacerbé), le cinéaste, encore en train de réaliser son premier long métrage, Strange things happen at Sundown, imagine une histoire calquée sur les événements vécus, dans laquelle les Arabes seraient substitués par des morts-vivants.
A la frontière entre les œuvres zombiesques intimistes d’Andrew Parkinson et Les revenants de Campillo, Zombies anonymous dresse un tableau ontologique des créatures d’outre-tombe. L’éradication pure et simple d’une foule de macchabées n’est plus à l’ordre du jour, lesdits morts n’étant animés d’aucune violence intrinsèque à leur nouvelle condition. Certains codes propres au genre sont ainsi réinventés et régurgités afin de servir le cadre apocalyptique du récit. Les déplacements au ralenti et l’appétit insatiable en chair humaine, deux poncifs introduits par La nuit des morts-vivants de Romero, laissent place à d’autres priorités, plus humaines. Les morts-vivants de Fratto se situent d’ailleurs à la lisière entre les sources romériennes et celles haïtiennes déterrées par L’emprise des ténèbres de Craven. Morts revenus à la vie de manière inexplicable, les protagonistes ne
sont finalement que des êtres comme les autres. Hormis peut-être leurs problèmes dermatologiques (une peau en putréfaction qui suinte et se détériore lentement) et leur tendance carnivore (les végétariens sont désormais attirés par la viande bien saignante), rien n’a véritablement changé. Tentant de faire fi de cette dégénérescence corporelle, chacun continue son petit bout de chemin, continue à se travailler et à entretenir des relations qui s’étoilent au fil du temps. Alors, pour se soutenir mutuellement, certains deviennent membres d’un centre d’écoute et d’entraide appelé Zombies anonymous au sein duquel ils partagent leurs soucis lors de réunions. Angela, tuée à bout portant par Josh, son ex-boyfriend, intègre à son tour la confrérie avant de se laisser entraîner par une branche dissidente menée par une grande prêtresse qui préconise la libération de sa vraie nature de zombie.
De leur côté, invoquant un fléau divin, les vivants s’adonnent à la ségrégation et excluent les non-morts. Un bataillon destiné à enrayer l’invasion se crée même, dominé par le commandant, femme téméraire, ultra-dominatrice qui mène ses troupes et déverse sa haine en organisant des carnages sanglants au cours desquels la cervelle gicle et les tripes se répandent. Gros souci : Josh, l’ex-petit-ami d’Angela et accessoirement son meurtrier est l’un des soldats du commandant et il répugne à ce que sa dulcinée préfère une association de zombiards pleurnichards à sa propre pomme. Au centre de ces trois groupements
antagonistes, tiraillée entre pulsions et morale, Angela lutte pour sa survie dans un environnement devenu hostile à ces « autres »…
Sacré des Prix du Meilleur scénario et de la Meilleure actrice au new York Horror Film Festival et élu Meilleur film indépendant par les sites dreadcentral et B-independent, Zombies anonymous est une pépite étonnante distribuée par Neopublishing dans sa meilleure version (director’s cut).
Les 13 travaux de Puchit
Les portables constituent l’un des fléaux les plus graves de ces dernières années. Vibrations annonciatrices de nouvelles pourries, coups de téléphone inopportuns reçus dans le boudoir d’une maîtresse quelconque, pannes de batterie dans l’attente d’un coup de fil important ou perte de réseau dans les endroits sinistres, autant de pépins coutumiers de ces satanés appareils devenus pourtant indispensables à l’homme moderne dans sa quête de perfection technologique et dans son aspiration à un monde interconnectable. Ce sont ces mêmes téléphones mobiles qui sont à la source de tous ces jeux crétins qui inondent les fréquences radio depuis quelques années,
des jeux qui consistent à offrir le dernier disque de Luciano Pavarotti au premier imbécile venu capable d’éructer en direct ou d’imiter la truie. Dans le style de concours improbables, celui auquel est soumis Puchit, petit citadin lambda qui vient se faire mettre à la porte de son job et a vu sa voiture embarquée par la fourrière, est des plus singuliers. Afin de renflouer définitivement son compte en banque et ne plus jamais être dans le besoin, le jeune homme doit réussir treize épreuves dictées par un inconnu au compte-goutte. Des épreuves qui atteignent un niveau de difficulté de plus en plus important au fil du jeu et qui varient sournoisement du simplissime (tuer une mouche à l’aide d’un journal) au vachement hard (bastonner un mendiant dans la rue)…
Relancé par le Nang Nak de Nonzee Nimibutr, le cinéma de genre thaïlandais s’illustre parfaitement sur la scène internationale et, bien loin de subir le formatage qui gagne le septième art coréen et japonais, persévère dans sa quête de frissons, toujours enchristés dans une réalité tangible (Shutter) ou déversés dans un quotidien trituré à l’excès (Sars wars). Pour son deuxième long métrage dans le genre (après le maîtrisé ghost flick Pisaj en 2004), le jeune cinéaste thaï Chukiat Sakveerakul s’immisce dans les terres du thriller horrifique, relancé côté hollywoodien par les Saw de James Wan et les Se7en de Fincher. En fait, le métrage épouse plus volontiers les idées d’une autre œuvre, tout aussi aboutie, de David Fincher, à savoir The Game, dans lequel Michael Douglas se trouvait bien malgré lui versé dans un jeu grandeur nature commandé par son frère pour son anniversaire. Le jeu comme thématique centrale, seul point de comparaison entre les deux films puisque, à l’inverse du nanti Nicholas Van Orton de The Game, le Puchit de 13 beloved est un paumé, victime de la dégradation sociale capitaliste qui a contribué à la rupture des liens sociaux au profit d’une mondialisation paradoxalement exclusive. Plus proche du Michael Douglas de Chute libre, le héros sombre dans une tornade de violence, à peine légitimée par l’appât du gain.
Le jeu en question troque toute visée ludique contre l’insatiable soif de
vengeance qui semble habiter le héros malgré lui. Marqué par une enfance douloureuse (quelques flashbacks disséminés çà et là étayent cette thèse), humilié par la chute vertigineuse qu’il vient de subir, Puchit piétine ses propres principes et transgresse les barrières morales afin d’amasser un maximum d’argent et récolter ainsi la récompense de 100 millions de bahts (soit l’équivalent de 2 millions d’euros) promise par les organisateurs du jeu. Au fil de la journée et des épreuves, le héros s’extériorise, se délivre complètement et dépasse ses limites, quitte à empiler sur son chemin un nombre impressionnant de blessés et de cadavres. Entraîné dans un tourbillon dicté par des impératifs financiers, enivré par les sommes folles qui s’accumulent sur son compte en banque, Puchit s’abîme de plus en plus dans un enfer psychologique et physique duquel toute évasion devient rapidement impossible.
Primé du Corbeau d’Or au festival de Bruxelles en 2008 et encensé par les critiques du monde, 13 - jeux de morts sort aujourd’hui sur nos terres directement en dvd.
La course à la mort de l’an 2009
Lourdement ovationné pour son Inglourious Basterds en terres cannoises, Quentin Tarantino n’a rien perdu de sa maestria, malgré un Boulevard de la mort qui ne réussit pas à convaincre tout le monde. Repêchage grindhouse sous forme de diptyque avec l’excellent Planète terreur de son ami Robert Rodriguez qu’il a lui-même co-produit, Boulevard de la mort ressuscitait les films de gueule (Kurt Russell endossait pour le coup la combinaison seyante du Cascadeur Mike), genre dans le genre qui s’est atténué au profit d’un cinéma plus mainstream. En matière de trognes, Hell ride, nouvelle production estampillée du logo
tarantinien, n’est pas en reste, à en juger par son casting comprenant David Carradine, Vinnie Jones, Michael Madsen et Dennis Hopper.
Flingues à la main, gros cylindres et bombes atomiques entre les jambes, Pistolero et ses potes, les grandes gueules cassées des Victors, n’ont qu’un seul but : écumer les terres sauvages d’Amérique pour venger la douce du big boss, brûlée vive par le gang de motards des 666. Une seule façon d’y parvenir : suivre la route qui mène droit en enfer... Un pitch univoque qui atteste de la volonté de Tarantino de se créer son vidéoclub perso en offrant quelques deniers et son propre patronyme à des réals tout aussi cinéphiles que lui. Après avoir épaulé son ancien pote de vidéoclub Roger Avary (Killing Zoé), son ami de toujours Robert Rodriguez (Une nuit en enfer) et son nouveau pote de chambrée Eli Roth (Hostel), c’est au tour de Larry Bishop de recevoir les honneurs et de bénéficier de la protection d’un mentor passionné.
A l’origine, une rencontre entre les deux hommes par le truchement d’une amie interposée. Quelques bavardages cinéphiliques qui se ponctuent par un compliment de Tarantino à l’endroit de Bishop à propos des films de bikers dans lesquels il a joué et une banale digression sur sa volonté que de telles œuvres renaissent tel le phénix. Après un petit détour par le tournage de Kill Bill volume 2 dans lequel il interprétait le patron un brin sadique d’un club de strip-tease, Bishop entre en pré-production avec Hell ride et réunit une équipe majoritairement composée d’éléments propres
au dernier film de Tarantino. Cerise sur le gâteau, son casting se voit augmenté de la présence de Dennis Hopper, figure de proue de ce cinéma depuis Easy rider, auquel Hell ride fait d’ailleurs avidement référence ainsi qu’à toute une série d’autres films, puisant allègrement dans les westerns spaghettis et road movies. Enormes cylindrées, moteurs ronflants, musiques aux accents westerns, une route mythique fortement ensablée, des gueules d’enfer, une photo baveuse à souhait, Hell ride revendique tout de go sa double appartenance, celle formelle de son producteur que Bishop reprend à la lettre au niveau des cadrages et celle thématique flirtant avec les meilleurs métrages de bikers livrés dans l’époque bénie des seventies.
Porc épique
Artisan des effets numériques, Toby Wilkins s’exerce tout d’abord à la mise en scène avec plusieurs courts-métrages qui effectuent de jolis parcours en festivals (Staring at the Sun, couronné au Screamfest après un passage à Sundance). Ce qui lui permet d’être remarqué par Sam Raimi et sa boîte de production Ghost House Pictures et d’embrayer directement avec Tales from the Grudge, une série de courts destinés à assurer la promotion du second opus de The Grudge. En attendant de s’atteler à fournir un dernier tome à cette saga avec laquelle il a forcément eu le loisir de se familiariser, Wilkins s’immisce dans la cour des films de drive-in bisseux avec Splinter, péloche au pitch extrêmement convenu qui mise énormément sur l’originalité de sa créature monstrueuse.
Adaptation du scénario original d’Ian Shorr intitulé à la base Tooth and Nail, le récit n’en conserve que le huis clos claustrophobique et le
nombre restreint de personnages, favorisant ainsi l’identification du spectateur. La menace initiale se voit troquée par une créature singulière, d’origine extraterrestre, qui parasite les corps qui l’entourent, à l’image de celles de The Thing ou du Blob. Un parasitisme progressif qui consiste en une première approche et une contamination à l’aide des nombreuses échardes qui la composent avant que le cadavre ne soit entièrement phagocyté de l’intérieur et que la bête ne s’intègre complètement au morceau de chair qu’elle attaque. L’intrigue, d’une simplicité déconcertante, cloître donc une poignée de personnages dans une station-service à l’abri de ladite entité qui attend patiemment à l’extérieur que l’un ou l’autre ait le courage de venir l’affronter. Sorte de grosse masse informe flanquée d’un nombre impressionnant d’épines, le « splinter » évoque un croisement improbable entre la boule noire de Thomas Owen qui montrait un appétit similaire en matière de barbaque humaine et affichait des propriétés très semblables en matière de réincarnation et un porc-épic un brin surexcité.
Si la créature constitue indéniablement l’intérêt premier du métrage, le cadre n’est pour autant expédié à l’emporte-pièces. Les personnages, d’emblée caractérisés de façon manichéenne, recouvrent une certaine profondeur et révèlent leur vraie nature au fil des événements horribles qui se succèdent. Séquestrés par un mal d’origine non contrôlée, ceux-ci s’unissent et se désunissent, échafaudent des plans et commettent de nombreuses erreurs, ce qui contribue à rendre l’ensemble crédible sans qu’il ne sombre pour autant dans la facilité des conventions qui consiste à éclater un groupe afin d’en expédier chacun des membres plus rapidement ad patres. Conscient de la fragilité de son pitch, Wilkins dépeint des personnages attachants par leur fébrilité et accentue le tragique de la situation en instaurant une ambiance lourde renforcée par une nervosité certaine, celle de la caméra qui adopte le mode «
shaky » lors des scènes d’attaque. Une option qui permet au cinéaste de soutenir le climax d’excitation qui règne à l’intérieur des murs et l’énervement de chacun des protagonistes tout en colmatant intelligemment le manque de souffle de son métrage, contraint – par manque de moyens, sans nul doute – à la claustration.
Présenté aux récents festivals de Gerardmer et de Bruxelles, Splinter s’est de nouveau payé les honneurs au Screamfest où il a raflé pas moins de six récompenses (Meilleure réalisation, Meilleurs effets spéciaux, Meilleur montage, Meilleure image, Meilleurs maquillages et Meilleure musique). Preuve de l’ingéniosité de ce produit qui est parvenu à contrebalancer une trame étriquée et un budget rachitique par l’entremise d’une mise en scène frénétique.
Le retour de l’humour anglo-saxon ?
Après avoir excellé dans l’art gothique grâce, notamment, aux efforts de la célèbre Hammer dans le domaine, l’Angleterre se fit plus discrète durant quelques décennies, la faute à un système de production quasiment nul. Heureusement, Edgar Wright et son savoureux Shaun of the Dead passèrent par là et initièrent une nouvelle vague de films anglo-saxons, plus axés sur les délires de leurs scénaristes et comédiens. A ce titre, on attend donc beaucoup du Lesbian Vampire Killers qui nous occupe aujourd’hui, son simple titre faisant déjà référence à des œuvres cultes du style Vampyros Lesbos.
Le réal Phil Claydon, néophyte dans le domaine du long-métrage, est donc porteur de nombreux espoirs et son film est attendu par de nombreux fantasticophiles, charmés par la promotion du métrage, qui laissa entrevoir de belles possibilités. En effet, de visuels charmeurs et clips déjantés, Lesbian Vampire Killers est parvenu
à se frayer un passage et à traverser la Manche pour venir se livrer au public français ce 17 juin, soit près de trois mois après avoir envahi les salles anglaises.
Lesbian Vampire Killers se présente dès lors comme un film étonnant qui prend à contre-pied le mythe vampirique asseyant, en général, un mâle empli de testostérone sur le trône du suceur de sang. Claydon, quant à lui, préfère la féminité de quelques bombes sexuelles, accros à l’hémoglobine et qui, à l’image de ce qui se faisait dans les 70’s, s’en vont botter les fesses et éclater les jugulaires de quelques hommes innocents. A ce titre, les deux héros de l’œuvre, Fletch et Jimmy, auront fort à faire pour lutter contre les vampires, étant donné qu’ils sont les deux plus gros loosers de la planète.
La mise en scène de ces deux loosers devrait s’avérer être la pierre angulaire du récit de Claydon, mais, surtout, demeure une arme à double
tranchant pour l’ensemble. En effet, si les quelques effets comiques mis en place par le réal ne fonctionnent pas et que, de surcroît, les protagonistes principaux ne parviennent pas à se rendre sympathiques aux yeux des spectateurs, il y a de fortes chances pour que le beau tableau dépeint en ces lignes se transforme en un Z agaçant à souhait.
Mais nous n’en sommes bien entendu pas encore là, et les reviews provenant d’Angleterre paraissent encourageantes, ou tout au moins, mitigées, un peu comme l’avis de notre chère Ursula von Trash (voir critique). Geeks, amateurs de rire facile et d’homosexualité féminine agrémentée de sang, ce film est sans doute pour vous.
Gigi, c’est toi ?
Trois ans après que le teuton Uwe Boll ne livre une adaptation abominable du jeu vidéo Alone in the dark, une séquelle sort dans les bacs, chapeautée par le cinéaste passé pour le coup au poste de producteur exécutif. Conservant certainement une amertume due à l’expérience douloureuse que constituait l’œuvre originale, Boll relègue le flambeau à ses deux scénaristes attitrés Michael Roesch et Peter Scheerer, responsables du script odieux du film originel et d’une autre séquelle en forme de relecture vidéoludique, House of the Dead 2 qui se résumait à une molle somme de poncifs sur le thème zombiesque mais s’avérait néanmoins plus plaisante que le trip survitaminé qui le
précédait.
Cette séquelle, dont la simple existence semble déjà constituer une gageure, se présente d’emblée comme une suite rédemptrice qui a comme seule ambition de faire oublier les nombreuses incohérences d’un premier épisode imbuvable, porté par les seules frêles épaules d’un Christian Slater venu cachetonner en Bavière. L’intrigue, très librement inspirée de l’univers vidéo-ludique original, se réduit à son plus simple appareil et ne se cantonne finalement qu’à une opposition des plus manichéenne : les gentils chasseurs de sorcière d’un côté et l’infâme sorcière de l’autre. Le décor fièrement dressé, les scénaristes-réalisateurs s’adonnent à leur petit-jeu préféré : la reprise d’une tonne de clichés mis au service d’une intrigue d’une fébrilité déconcertante. Sont déversés dans ce foutoir organisé deux équipes de chasseurs de sorcières, des descendants sur lesquels s’abat une terrible malédiction (les Dexter, damnés de grand-père en petite-fille) et un grand sage immunisé aux charmes maléfiques de ladite sorcière. Cette dernière, à la recherche d’une dague dont le mystère reste entier et d’âmes à posséder, se contente de quelques menues apparitions, la plupart du temps sous la forme de volutes brumeuses réalisées en CGI foireuses.
Un privilège dont ne bénéficient pas tous les membres du casting puisque la fidèle équipée des Boll’s productions, à savoir Ralf Moeller (aperçu dans Seed et Postal), Zack Ward (le Dude de Postal), Natassia Molthe (LA Rayne de Bloodrayne 2) et Michael Paré (présent dans tous les Boll depuis le téléfilm miteux titré Sanctimony), se paie une exécution des plus abrupte tandis que les gueules du métier que sont Bill Moseley, Lance Henriksen et Danny Trejo enfilent quelques perles
dialoguées avant de disparaître à leur tour. Au sein de cet aréopage étonnant se dresse l’impavide Rick Yune (Johnny Tran de The Fast and the Furious), étrange avatar asiat’ d’Edward Carnby, jadis interprété par Slater. Une incohérence pardonnable en regard d’autres, nettement plus dommageables, que cumule le métrage tout au long de son heure et demie. Notons, outre certains éléments échevelés comme la sorcière omnipotente incapable de remarquer ses proies tant qu’ils ne se sont pas matés dans un miroir durant leurs phases hallucinatoires, l’insatiable envie des chasseurs pros de flingue à tout-va une entité spectrale à l’abri des balles ou les vertus fluctuantes de la dague, sorte de Graal aux pouvoirs confus.
Alone in the dark 2 débarque directement en DTV dans nos contrées, via Sony Pictures avec, comme tagline "Le mal est de retour". On ne saurait leur donner tort...
Chasse à l’homme
Milieu des années 70. Quatre jeunes amis partent sur les routes, au volant de leur van, pour un week-end. Sur le chemin, ils s’arrêtent à une station service, leur laissant entr’apercevoir l’hostilité des autochtones. Ils prennent cependant avec eux une autostoppeuse, qui semble particulièrement nerveuse à l’approche de la forêt. Une crevaison les pousse à s’arrêter ; des chasseurs sortent des bois, les assomment et les kidnappent. A leur réveil, ils réalisent que les cors de chasse leur sont destinés, et qu’ils sont devenus le gibier…
Manhunt (Rovdyr en version originale) est un hommage ouvert aux films des seventies, Massacre à la Tronçonneuse en tête. Allusion ou
simple hasard, l’action se déroule en 1974, année de sortie du film de Tobe Hooper. Bon nombre d’éléments rappellent le début de la cultissime bobine, Leatherface en moins ; les vingt premières minutes sont quasi identiques, sans pour autant tomber dans le plagiat grossier. Autant d’un point de vue visuel qu’au niveau des personnages et de la musique, les aficionados retrouveront les passages classiques des films de l’époque, tandis que les newbies adeptes de l’ultraviolence et du gore sanguinolent tomberont trente ans en arrière, loin de l’univers désormais trop commun du huit-clos en pièce sombre. Vadrouille sur les routes dans un van sur fond de musique hippie (ou plus précisément sous fond de « Wait for the rain » de David Hess, thème de… La Dernière Maison sur la Gauche de Wes Craven !), ambiance bon enfant, filles dont les trousses blondes et les mini-shorts en jeans donnent un vague air d’innocente écolière tout juste sortie du lycée, personnages quelque peu stéréotypés, habitants hostiles, station essence vieillotte, autostoppeur sur-angoissé, panne de voiture…
Certains crieront au copier-coller, au plagiat, à un ignoble remaxe. Mais Manhunt est un premier film, réalisé par un jeunot de tout juste vingt-cinq ans. Et au vu de la suite de la bobine, bien des erreurs lui sont pardonnées. Patrick Syversen est un grand fan des films de genre, ça se voit. Or, là où bien des gens auraient cumulé des scènes gore classiques, des cache-cache dans la forêt et autres joyeusetés, le cinéaste tente d’y apposer sa touche. Il n’y a certes pas d’innovations flagrantes, mais un nombre respectable d’éléments qui remontent la chose. Pas de boogeyman masqué à la machette ou autre Leprechaun rondouillard et déconnant. Le film s’annonce sérieux dès l’entrée en action, ne tenant pas à faire dans l’humour ou le cynique (malgré quelques pièges à ours
rappelant inexorablement Severance de Christopher Smith, chouette fresque d’un voyage entre collègues de boulot qui part méchamment en couille, mais est-il nécessaire de présenter ce petit bijou d’humour noir et de trash ?) Les chasseurs sont des types des plus rustres, à mi-chemin entre un randonneur obèse et un paysan à la limite de la bestialité animale. L’archétype du méchant qui écoeure, à l’image de notre très cher Phillipe Nahon dans Haute Tension. Ca sent la crasse, l’urine et le sang séché à plein nez, à peine dissimulés sous l’odeur des feuilles mortes, de la mousse fraîche et de l’eau qui coule dans les ruisseaux environnants.
Sexe à piles
Mis sur la touche par une production devenue de plus en plus mainstream, Frank Henenlotter revient après plus de quinze années d’absence pour présenter son nouveau bijou, toujours aussi décalé et irrévérencieux que ses précédentes livraisons. Bad biology conte la délicate mise en couple de deux êtres génétiquement modifiés dotés de particularités physiques gênantes qui ne peuvent charmer que les amoureux des péloches nocturnes brouillées dans lesquelles des monstruosités de la nature culbutent une mamie qui se plaît à se faire fister en pleine rue. Le métrage, paradoxalement, puise une partie de son intrigue dans une histoire vraie, reformatée par le cinéaste afin de
coller plus particulièrement à son esthétique ravageuse et à ses improbables et dérangeantes mises en situation. "Le problème pénien de Batz est basé sur une histoire vraie, explique Henenlotter. Le Batz réel est mort aujourd’hui mais son petit ami m’a raconté la manière dont il a coupé son pénis et dont il l’a rattaché afin que celui-ci n’entre plus en érection à moins d’y injecter une drogue spéciale. Ce problème physique a entraîné de réels soucis psychologiques chez ce garçon, au point qu’il s’est créé un nouveau nom et une nouvelle personnalité qui collaient avec son nouveau membre. Histoire très étrange. Bien entendu, nous avons quelque peu embelli la vérité et lui avons donné une nouvelle trajectoire."
Une nouvelle trajectoire qui sonne comme un conte noir et morbide puisque le script met face à face ces deux individus décharnés, rejetés par une société peu encline à accepter le hors-norme. En marge de la normalité, le cinéaste décrit le monde qu’il entrevoit en filigrane, celui des inadaptés sociaux déstructurés dans une organisation sur-structurante, ces enfants oubliés par un démiurge sadique qui éclaboussent la morale de leur anormalité génétique. Des êtres, en somme, largement plus intéressants que la normale : "Je considère les gens normaux comme des êtres mornes. Pourquoi diable les gens continuent-ils à faire du tout public à propos de gens lambda ? Qui s’en soucie ? Je préfère largement mater des films torchés peuplés de personnages marginaux. Plus c’est décalé, meilleur c’est !"
Contrepied complet des fables bobos crétines soumises à la dure loi des happy-ends et des réformes PG-13, Bad biology (au départ intitulé Sick, in the Head et judicieusement retitré Sex addict pour sa sortie vidéo sur nos terres), offre un spectacle macabre, glauque et réaliste soutenant une morale viscérale qui tient compte des véritables paramètres humains et ne les dissèque jamais sur l’autel. Au contraire, la péloche, au travers de relations improbables, dresse un constat froid et sans appel de la société contemporaine dominée par le culte de la
jouissance et gangrénée par son refus ferme et définitif de l’anormalité. Sex addict, intitulé qui rappelle autant ceux, souvent cocasses, du cinéma de sexploitation, qu’il n’évoque l’addiction sexuelle de la société contemporaine qui a éradiqué le tabou pornographique jusqu’à lui attribuer la valeur inverse, au mépris des traditions jusqu’alors prônées.
Présenté en avant-première mondiale au festival de Philadelphie en 2008 et, dans l’Hexagone, à l’édition 2009 de Fantastic’arts, Sex addict renoue avec les obsessions d’un cinéaste tant regretté et atteste que, quinze ans après, la fibre qui animait ses œuvres est loin d’être réduite à néant. Défini comme étant son film le plus pervers, le plus tordu, le métrage s’avère également être l’un de ses plus aboutis. Sex addict ou quand le plaisir véniel et la libido ne font plus qu’un...
Une fresque éblouissante
Transfuge indien élevé au grain hollywoodien, Tarsem Singh débute sa carrière dans le domaine du clip musical et du spot publicitaire. Récompensé par de nombreux prix (dont le BAFTA des Meilleurs films publicitaires et le MTV Awards pour son somptueux clip de Losing my religion des REM), le cinéaste passe au format cinématographique en 2000 avec The Cell, berline science-fictionnelle dotée d’une carrosserie somptueuse mais sans rien dans le capot. Après une gestation
éléphantesque, Singh accouche de The Fall, son deuxième long-métrage, présenté au festival du film de Toronto en septembre 2006 et sacré depuis d’une mention spéciale à Berlin et du prix du Meilleur film à Sitgès.
Réadaptation d’une pellicule bulgare de 1981 (Yo ho ho), The Fall décrit la relation qui lie un figurant de cinéma alité et une jeune cueilleuse d’oranges plâtrée. Alexandria, à la recherche d’un papier, tombe nez à nez avec Roy Walker qui, inspiré par le prénom de la petite fille, lui conte une anecdote sur les campagnes guerrières d’Alexandre le Grand et lui promet de lui narrer dès le lendemain une gigantesque épopée. Entre légende et réalité (les personnages sont des avatars de ceux qui se trouvent dans l’hôpital), la fable créée par Walker conte les aventures de cinq héros épiques qui s’allient pour venir à bout de l’infâme Gouverneur Odieux. Les personnages inventés de toutes pièces au gré de l’inspiration du malade comportent Otta Benga, un ancien esclave noir, un Indien dont la sublime épouse a été enlevée, Luigi, un expert en explosifs, le Bandit noir dont le frère a été exécuté et Charles Darwin, accompagné de son fidèle singe Wallace (allusion directe au naturaliste éponyme qui épaule Darwin dans sa théorie de l’évolution), qui ont reçu du gouverneur l’un des derniers exemplaires morts d’un papillon fabuleux.
En apparence épaisse et attrayante, la fresque échafaudée par Walker se voit rapidement noyée sous une plastique éblouissante. Singh, prodigieux créateur de cartes-postales filmiques, déverse sa palette de couleurs sur une multitude de décors réels à couper le souffle (26 endroits émanant de
18 pays différents). Les séquences du conte, bariolées à outrance, ressortent avec d’autant plus de rage qu’elles trouvent dans la réalité de l’hôpital californien une parfaite antithèse picturale : balayé par le sable, écrasé sous un soleil de plomb, habité par une multitude de malades en constante sudation, le dispensaire aux murs défraichis évoque une réalité brutale, poisseuse qui contraste avec le faste de l’épopée, sorte d’échappatoire merveilleux à la morosité du monde réel.
Entre l’univers de Jodorowski et celui de Del Toro, The Fall conte l’évasion imaginative de personnages cloués dans la vie réelle à un monde dont ils ne veulent plus. Féérique et splendide, le tableau finit pourtant par lasser sur la durée (presque deux heures en tout).
Entre slasher et survival
Datant de 2007, Timber Falls était jusqu’à présent invisible de ce côté-ci de l’Atlantique, uniquement disponible en DVD dans une édition en zone 1 à l’affiche alléchante lorgnant ouvertement du côté du "slasher" forestier. Ce qui pouvait quand même étonner un peu de la part du réalisateur Tony Giglio dont c’est la première véritable incursion dans le
cinéma de genre, celui-ci étant surtout connu pour nous avoir pondu Chaos en 2005 avec Jason Statham et Wesley Snipes (et à ne pas confondre avec le titre éponyme de David DeFalco). Mais à y regarder de plus près, le métrage, malgré son assassin armé d’une sorte de faucille quelque peu spéciale, se tourne volontiers vers l’habituel "survival" bien que l’intrigue du film essaie d’apporter un peu d’originalité.
En effet, partant d’un postulat très simple (un couple décidant d’oublier le stress de la vie citadine le temps d’une randonnée pédestre en pleine montagne dans un parc national), le métrage ne brouille pas les pistes très longtemps malgré une introduction typiquement "slasher" et laisse ce couple se lancer dans cette excursion au cours de laquelle l’environnement se montre plutôt hostile avec notamment l’irruption d’un groupe de chasseurs guère amicaux. Mais cela n’est rien comparé à ce qui attend nos tourtereaux puisque la seconde partie du métrage les met aux prises avec un couple d’ultra-religieux qui les séquestre dans un but aussi malsain que scabreux et porteur d’un semblant d’originalité : n’arrivant pas à avoir de descendance, ils comptent sur le couple pour leur offrir ce qu’ils ne peuvent pas faire eux-mêmes. Leur refus entraîne quelques petites tortures surfant sur la vague des "torture-flicks" bougrement à la mode en ce moment. Et quel rapport avec le meurtrier vu auparavant et sa faucille menaçant une demoiselle en détresse sur l’affiche ? Pour le savoir, le DVD paraîtra le 05 août prochain !
Comme tout bon "survival" qui se respecte, le métrage met en avant des décors splendides, avec d’un côté ce parc national remarquablement
photographié, tandis que l’antre des vilains se veut étouffante et claustrophobique. Les personnages, de leur côté, ne sont pas en reste puisque le réal leur apporte un soin tout particulier, pour nous décrire ce couple de fanatiques religieux bien barrés qui n’hésitent pas à faire couler le sang au gré de quelques plans gore assez graphiques.
Hélas, le DVD édité par "Europa" n’a pas pris la peine de reprendre le making-of qui accompagnait le zone 1 et ne ne nous fournit qu’une galette vierge de tout bonus ! Mais on pourra saluer l’éditeur qui contribue avec quelques autres à nous proposer des inédits intéressants et pas toujours très connus qui valent assurément le détour !
La croisière s’amuse...
Par Manuel
Perdu dans la jungle des DTV made in USA, Hydra, The Lost Island du téléaste Andrew Prendergast constitue une énième variation autour de la figure légendaire de l’Hydre, créature à plusieurs têtes tout droit échappée de la mythologie grecque.
Immortalisée par Ray Harryhausen dans Jason et les Argonautes, l’Hydre revient cette fois-ci sous des traits 100 % numériques prompts à vous faire regretter l’usage de la stop-motion du métrage de Don Chaffey. D’une indigence technique totale, les SFX sont au diapason d’un scénario au rythme léthargique proche de l’encéphalogramme plat.
Sur un canevas proche des Chasses du Comte Zaroff, Andrew Prendergast nous parachute sur une île déserte où un ancien marine et trois criminels servent de gibier à une bande de costard-cravate multimillionnaires en manque de sensations fortes, venus épancher leur soif d’ultra-libéralisme. A ce charmant portrait de famille, Prendergast adjoint les charmes d’une jeune archéologue venue faire la lumière sur les origines mythologiques du bestiau.
Produit par la firme Cinetel, responsable entre autres de titres comme The Bone Eater, Komodo versus Cobra, Fire Serpent, Beyond Lochness ou Cerberus, Hydra s’aligne sur le cahier des charges familial de la chaîne Sci- Fi, commanditaire de ces mornes aventures. Agrémenté de quelques geysers infographiques, d’une touche d’érotisme soft et d’un casting united color of benetton fédérateur, Hydra réunit une belle brochette d’ acteurs has-been venus renflouer leur compte en banque.
De George Stults (7 à la maison), Texas Battle (Destination finale 3),
William Gregory Lee (Xena), James Wlcek (Walker : Texas Ranger) à un Alex McArthur bien éloigné de son rôle de psychopathe dans le Rampage de William Friedkin, personne ne cherche à masquer l’aspect purement mercantile de l’entreprise.
Édité dans nos contrées par Opening depuis le 4 aout, Hydra, The Lost Island est à réserver aux aficionados des productions animalières de l’écurie Nu Image.
L’invasion des morts-vivants
Malgré son budget plus qu’étriqué (30000 dollars pour neuf jours de tournage), Automaton transfusion n’en demeure pas moins un "zombie movie" très énergique et agrémenté de scènes gore étonnantes qui viennent compenser une intrigue largement simpliste. Le script suit les déboires et la lutte pour survivre de quelques lycéens confrontés à une invasion de zombies affamés ayant envahi leur ville.
Après une séquence d’introduction déjà très graphique suivant un jeune interne ayant du mal à s’habituer à son travail dans la morgue d’un hôpital, entrée qui offre au métrage sa première victime lors d’une
scène très visuelle, le métrage s’installe brièvement dans le "film de campus" pour nous présenter ses principaux personnages. En l’occurrence trois lycéens ordinaires, Tim, Scott et Chris ayant plus ou moins maille à partir avec l’élite du lycée que fréquente Jackie, la petite amie de Chris partagée entre son amour pour celui-ci et ses amis. Mais heureusement, cette présentation ne traîne que peu en longueur, en plus entrecoupée par une seconde amorce de l’invasion à venir avec cet élève hirsute qui s’en prend à un professeur pour le mordre), et divise rapidement l’intrigue en deux segments différents. D’un côté Jackie se rend à une fête dans une maison en retrait en compagnie de ses amis, tandis que Chris et ses deux comparses prennent la route pour un concert en ville dans un bar, laissant quand même le temps au film de continuer à avancer d’autres scènes d’attaques éparses, prémisses qui permettent également au réalisateur de s’essayer aux fausses alertes hélas bien facilement anticipables.
Le gros point négatif du métrage reste son intrigue, facile et guère originale qui se contente de puiser ses idées ici ou là pour en tirer des situations qui laissent forcément un arrière-goût de "déjà-vu", telle cette entrée dans la ville désertée qui rappelle l’entame du Jour des morts-vivants de Georges A. Romero, tandis que l’énergie et la
"vitalité" des morts-vivants est directement issue de la vigueur zombiesque de L’armée des morts. A de trop rares exceptions, les petits effets de surprise tentés par le réalisateur tombent à plat et le spectateur nourrit régulièrement l’impression d’avoir une longueur d’avance sur les personnages, procédé qui plombe ainsi l’éventuel suspense tout en réduisant à néant les quelques passages essayant de véhiculer une tension qui ne monte hélas jamais.
Mais heureusement, cette intrigue simpliste et prévisible se voit largement compensée par la volonté de l’auteur de donner à son métrage une énergie de tous les instants. Il ne laisse aucun répit aux personnages et au spectateur et multiplie les rebondissements sans aucun temps mort, passant d’une action à l’autre rapidement et ne s’attardant jamais sur des considérations morales ou psychologiques des personnages (même si cela aurait pu donner un peu d’ampleur à des protagonistes bien lisses) pour une succession de séquences d’action bien souvent sanglantes et ne lésinant pas sur les plans gore démonstratifs portés par des effets spéciaux impeccables.
Automaton transfusion parvient quand même à tirer son épingle du jeu grâce à son énergie débordante et par la qualité de ses effusions sanglantes volontaires qui viennent quelque peu compenser les aléas d’une intrigue sommaire !
Rencontre du quatrième type
En 1999, un tandem d’inconnus, Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, lançait sur le marché de la vidéo une petite péloche d’horreur sans aucun budget et shootée à l’emporte-pièce dans le Maryland. Mystérieux dans son traitement lacunaire de l’intrigue et plutôt basique au niveau de sa mise en scène, Le Projet Blair witch s’impose dans le panorama
cinématographique surtout grâce à un ingénieux coup publicitaire. Vendu sur Internet comme un authentique documentaire retrouvé suite à la disparition des trois protagonistes, le film engrange plus de 250 millions de dollars de bénéfices et devient, derrière Gorge profonde, le deuxième film le plus rentable de l’histoire. Depuis, les cinéastes en herbe se sont fait plutôt discrets. Myrick a d’abord produit quelques DTV de genre (Rest stop, Sublime, Believers) avant de repasser derrière la caméra pour une série d’efforts peu mémorables tandis que son compère d’autrefois, Eduardo Sanchez, profitait d’une retraite précoce pour finalement se remettre aux affaires sept ans après le coup Blair witch avec Altered.
Il y a quinze ans, cinq enfants ont été kidnappés par des extraterrestres. Seuls quatre s’en sont sortis. Aujourd’hui, ces quatre même hommes gardent captive l’une des créatures qui a tué leur ami et ruiné leur vie. Il est temps pour eux d’obtenir une vengeance…
Recyclant cinquante années de cinéma de science-fiction, Eduardo Sanchez reprend le thème ultra-convenu des disparitions d’humains mettant en cause des aliens et les habituelles expériences qui en découlent. Décrivant en une heure et demie ce que la série X-files mettait des saisons complètes à éclaircir, Altered présente l’avantage de ne pas éparpiller sa narration en circonvolutions inutiles et de se concentrer sur une seule intrigue, au risque de réduire son propre champ des possibles. Après une séquence d’ouverture intrigante, Sanchez et Nash, son co-scénariste,
regroupent tous les protagonistes nécessaires dans un lieu unique (la maison de Wyatt) en compagnie de leur proie. De cette étroite proximité découle une tension constante, d’autant que l’alien enchaîné possède les moyens psychiques d’assujettir ses tortionnaires et les capacités physiques de les faire disparaître à jamais de la surface de la terre. Une menace permanente à laquelle vient s’ajouter une autre épée de Damoclès, d’autant plus pesante, qui risque de décapiter l’humanité entière si la créature captive venait à mourir.
Sans être une révolution, Altered constitue une agréable surprise qui conforte dans l’étonnante maestria de Sanchez de réaliser de vraies bobines effrayantes à l’économie. A l’inverse des pellicules sur-explicatives qui abondent actuellement, le présent métrage adopte une construction plus pernicieuse et, du coup, plus rafraîchissante : Sanchez cultive le mystère, sème le doute et n’éclaircit les zones d’ombre que progressivement, au fil de révélations minutieusement diffusées. Efficace et respectueux, Altered est assurément l’une des meilleures fournées DTV de cette année.
LE TRAILER
Plus on a de fous, plus on s’amuse
Cette semaine sort en DTV en France le néo-slasher Amusement avec un léger retard sur le territoire européen. Un décalage qui n’a rien de dramatique au vu de la réputation peu flatteuse que se traîne ce deuxième long métrage de John Simpson, auteur du thriller Freeze frame cinq ans plus tôt..
Maligne, la campagne menée par Picturehouse a hypocritement vendu le métrage comme un « film de psycho-clown », genre à part entière que les exploits fictifs du Joker et ceux réels de Gacy ont involontairement ouvert et que le Ca de Tommy Lee Wallace a contribué à pérenniser. Présent sur l’affiche et surmédiatisé dans le teaser, le clown tueur n’apparaît en réalité que dans l’une des quatre saynètes créées par le scénariste Jake Wade Wall, auteur des scripts très moyens des remakes When a stranger calls et The Hitcher.
Sur le modèle du film à sketches, Amusement aborde plusieurs sous-genres (le slasher routier, le slasher domestique et le faux torture-porn) au détour de trois petites saynètes et les relie par l’intermédiaire d’une dernière histoire, habituellement considérée comme une phase transitoire sans réel intérêt. Mais, le relais fonctionne à l’inverse des transitions coutumières du film à sketches illustrées par le gamin enfourné des Contes de la nuit noire, le cartoon horrifique de Creepshow ou encore les palabres ringardes du cadavre (interprété par Carpenter himself) de Body bags. Plus proche de la construction de Cat’s eyes dans lequel un chat servait de raccord entre les saynètes, Amusement utilise son dernier sketch pour lier les histoires précédentes en mettant en avant un élément commun, à savoir le tueur en série au rire glacial, aussi charismatique que le Ronald de chez McDo et effrayant que celui que ma tata Gilberte exhibait dans sa chambre d’amis.
Originale sur le papier, l’idée supporte pourtant assez mal le passage à l’écran. Embourbée dans un mélange des genres assez indigeste, gonflée de clichés (le routier sanguinaire, le clown tueur et le manoir insalubre,
pour ne citer que ceux-là) et de références pataudes (le ciré de Souviens-toi l’été dernier, les outils d’un Saw), la pellicule troque l’homogénéité de son propre récit contre un effet de surprise foireux, qui s’auto-désamorce en moins de deux. « Twist again » entonnent en chœur Simpson et son scénariste, heureux d’avoir trouvé l’astuce narrative qui hissera leur œuvre au panthéon des révélations filmiques. Mais le leurre n’est que de courte durée : Amusement est une immense gageure, éminemment prétentieuse, qui espère surprendre le spectateur et ne réussit, au final, qu’à ne lui donner une représentation faussée du genre horrifique.
LE TRAILER
Terror vision
Inquiet pour la santé de sa petite fille autiste, Ben va la quérir à l’hôpital et décide de la ramener à la maison afin de l’extirper aux mains de ses bourreaux. Mais un incident technique vient chambouler ses plans. L’ascenseur, après moult soubresauts, délivre ses six occupants dans un couloir désert. Médecins et patients ont apparemment disparu, seuls restent… des monstres qui surgissent au p’tit bonheur la chance pour attaquer l’équipée de survivants.
En quelques mois seulement, les salles de cinéma françaises ont accueilli le vampirique Morse et le thriller Millenium, deux œuvres qui possèdent une origine commune : la Suède. Nouvel eldorado européen, la Scandinavie a livré ces dernières années quelques-unes des plus
éclatantes réussites du genre : le slasher Cold prey, le drame fantastique Norway of life, l’hypnotique drame Sauna ou encore la très sympathique bande horrifico-comique Dead snow constituent autant d’exemples de cette explosion cinématographique. Dans ce panorama pour le moins éclectique, Dark floors fait doublement figure d’exception. D’abord parce qu’il est le produit d’un jumelage entre deux productions cinématographiques peu connues, celle de la Finlande et de l’Islande. Ensuite parce que Dark floors résulte d’un rêve de gosse, celui de Lordi plus précisément, ce responsable d’effets spéciaux qui a finalement décidé d’embrasser la carrière musicale en poussant de temps en temps des gueulantes sur fond cacophonique, de préférence devant un micro.
Bien lui en prit puisque le chanteur le plus grimé au monde (non, pas primé, ça se saurait) remporta le Grand Prix de l’Eurovision (Anglovision ?) en 2006, sacrant du même coup pour la première fois la Finlande, certainement jalouse de ses cousines suédoises et danoises qui raflent les récompenses dans ledit concours depuis sa création. Partant d’une idée de Lordi himself, Dark floors est un film d’horreur aussi conventionnel qu’atypique. Conventionnel parce que, de bout en bout, le métrage se contente de planter une faune des plus habituelles (le père et sa fille, la jeune femme bien sous tous rapports, le méchant que c’est bien fait qu’il meurt et le flic noir qui ne sert à rien) et d’aligner une kyrielle de clichés propres au genre qui nous intéresse sans chercher à s’en détacher. Des couloirs déserts et inquiétants d’un hôpital
abandonné au rôle prépondérant de la petite autiste qui ne fait que crayonner sur sa feuille en passant par les deux jeunes gens qui s’éprennent doucement l’un de l’autre, tous les ingrédients du flick aseptisé sont réunis. Atypique parce que, mine de rien, Dark floors propose quelques idées saugrenues qui, si elles ne fonctionnent pas toujours, ont au moins le mérite d’exister et de donner un peu de saveur à cet ensemble un peu fade (la course des couloirs se transformant en boucle temporelle via les interphones ou le coup de feu des escaliers).
LE TRAILER
Le métro de la peur
Karen, une jeune psychiatre, réussit à attraper le dernier métro avant l’interruption du trafic. Soudain, la rame s’arrête au milieu d’un tunnel, et le cauchemar commence. Plusieurs passagers reçoivent un mystérieux signal et se mettent à assassiner les autres voyageurs. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? A quelle mystérieuse organisation appartiennent-ils ? Karen et un petit groupe de survivants s’enfuient à travers les souterrains du métro, poursuivis par les tueurs...
Auréolé dans divers gros événements festivaliers (Prix du second meilleur
film américain au Fant-Asia de Montréal, Prix du public au festival brésilien de Fantaspoa et Prix spécial du jury à Austin), End of the line constitue assurément l’une des meilleures péloches horrifiques issues du Canada ces dernières années. Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur québécois Maurice Devereaux, déjà signataire du télévisuel Slashers en 2001, investit les couloirs ténébreux des rames de métro, à l’image de Mimic, Creep ou, plus récemment, le séminal Midnight meat train. Le rapprochement avec ce dernier ne saurait d’ailleurs être innocent, tant les deux œuvres comportent de nombreuses thématiques communes. A croire que l’univers de Barker n’est pas tout à fait étranger au cinéaste québécois qui s’en rapproche par sa peinture du fanatisme des religieux sectaires et par la localisation de son récit, presque intégralement situé dans les profondeurs ténébreuses du réseau métropolitain.
A l’image de l’adaptation ciné de Kitamura, End of the line prend le temps d’installer son intrigue et de diffuser lentement une atmosphère qui devient, au fil de l’oeuvre, de plus en plus pesante, ce qui l’inscrit à contre-courant de la vague actuelle, plus encline à rassasier dès l’entrée le spectateur par le biais d’une séquence explosive. D’une facture plus classique, End of the line recourt à une dynamique moins euphorisante et tape-à-l’oeil pour finalement s’imposer sur la durée, grâce à un réel approfondissement de ses personnages et à de vrais enjeux dramatiques. Cet aspect old school, conjugué à une mise en scène soignée et à une photographie léchée, atteste de la possibilité de recycler intelligemment des effets souvent considérés comme obsolètes et de les mettre au service d’une histoire séminale, construite selon les canons du genre au risque de paraître trop prévisible. Preuve de la réussite formelle et scénaristique de la bande, elle a récemment intégré le classement des dix meilleurs films de genre canadiens de l’Histoire, juste derrière Shivers, Videodrome, Black christmas et Ginger snaps et devançant des classiques comme The changeling et Cube.
LE TRAILER
Alors que le panorama du cinéma de genre espagnol ne cesse de s’élargir et creuse allègrement et avec brio les chemins de traverses de l’angoisse, certaines productions ibères se veulent plus légères, se démarquant complètement des métrages de Balaguero ou de Bayona pour ne citer qu’eux. Si le champion toute catégorie de l’humour made in Spain demeure bien entendu le célèbre Sieur de la Iglesia, d’autres réals plus modestes entreprennent petit à petit de marcher sur ces pas. Ainsi, 2009 a vu la naissance d’un espèce de copycat du cinéaste mondialement connu en la personne de Miguel Marti qui, avec son Sexykiller, aka Sexykiller, morirás por ella, fit le tour des festivals.
De Seattle à Sigtes, en passant par Amsterdam, Sexykiller sillonna le monde à la recherche d’un public assez indulgent que pour accepter ce qui, à la base, devait être une pellicule originale mais fauchée. Ce public fut rapidement trouvé puisque les spectateurs acclamèrent et encensèrent l’œuvre lors de chacune de ses projections, au point que ceux du BIFFF lui décernèrent même leur prix (alors qu’il était aux côtés de monstres tels que La Dernière maison sur la gauche, Dead Snow, Morse). Cet énorme succès a mené Sexykiller tout droit dans les bacs, l’œuvre faisant son apparition cette semaine sous la forme d’un DTV qui, soyons-en sûrs, s’arrachera.
Mais quel est, au fait, l’histoire développée par le film ?
Depuis toute petite, Barbara n’a qu’une seule ambition : ressembler trait pour trait à Cindy Superstar, sa poupée favorite. Et, jusqu’à présent, il faut bien avouer que c’est plutôt réussi. Look de pétasse, garde-robe bien fournie, Barbara se met maintenant en tête de se trouver un homme ressemblant à Glen, le copain de Cindy Superstar. Ce qu’elle ne tarde pas à trouver en la personne de Tomas, un jeune bellâtre avec trois mots de vocabulaire. Ce dernier est employé dans une morgue, ce qui ne gâche rien puisque Barbara est aussi, fallait y penser, un espèce d’Hannibal Lecter féminin, massacrant d’innocentes personnes à tour de bras. Malheureusement, Tomas est aussi l’inventeur d’une drogue qui permet de découvrir les dernières images vues par un mort, ce qui risque de révéler les agissements coupables de Barbara.
Une belle poupée Barbie dans le rôle du bourreau, un superbe Ken décérébré et des victimes totalement consentantes sont sans aucun doute les points forts d’un scénario loin d’être convenu. Néanmoins, avec un pitch évoquant instantanément l’hilarant Crime Farpait de de la Iglesia, Sexykiller risque fort de rameuter aussi les amateurs de comédies un brin délirantes, mais aussi les amateurs de belles plastiques qui trouveront leur bonheur
dans le physique d’une Macarena Gomez (Dagon) omniprésente.
Sexykiller s’adresse donc à un public très large qui devrait être comblé par l’approche résolument légère de Miguel Marti. Parti de (presque) rien (quelques comédies de fort mauvais goût), le cinéaste devrait s’imposer dans le cœur du grand public comme une véritable révélation, capable de tutoyer les sommets de l’humour européen. La distribution rapide de son film en DTV en est une preuve : il faudra compter avec lui à l’avenir.
Quelle heure reptile ?
Il y a un peu plus de dix ans, Jennifer Lopez plongeait son délicieux postérieur dans les eaux tempérées de l’Amazone et tentait d’échapper à un anaconda, plus grande variété reptilienne connue depuis la disparition des dinosaures. Depuis, les serpents géants n’ont cessé d’envahir le genre pour une série de délires pseudo-horrifiques aux décors souvent exotiques, qui écument aussi bien les banlieues californiennes (King Cobra) que la jungle brésilienne (Anaconda, The Snake King).
Depuis que son père est décédé, victime d’une morsure de serpent, Les Daniels a une terrible phobie des reptiles. Son frère Duff, crétin patenté, est au contraire passionné par ces animaux et conserve, dans une jarre, un Unteka, une espèce extrêmement rare et terriblement dangereuse. Inconscient du danger, Duff néglige l’animal qui parvient finalement à s’enfuir et à survivre en croquant l’un après l’autre tous les animaux de la maisonnée (du chat aux poules). Un garde-manger d’autant plus important que le reptile grandit en proportion de ce qu’il avale…
Tibor Takacs, habitué des monstres gargantuesques (Ice spiders et ses araignées géantes, Kraken et sa créature tentaculaire, Mansquito et ses insectes mutants), reprend en main cet énième fantasme de terrariophile qui vient grossir les tableaux de l’inépuisable écurie Nu images, toujours encline à fournir au genre ses fleurons irrécupérables. Pourtant, Mega snake parvient à faire illusion, du moins dans un premier temps : les rues de Sofia ne dépareillent pas avec les quartiers américains qu’elles sont censées représenter, les personnages sont aussi débiles qu’à l’accoutumée et le serpent visqueux bénéficie de CGI relativement crédibles (signés Ruskov et Jivkov, signataires des fx pourris de Mansquito et qui ont bossé depuis sur des projets autrement plus importants comme le Day of the Dead de Steve Miner et Le Dahlia noir de DePalma), à l’exception de l’une ou l’autre incrustation foireuse. Des promesses rapidement étouffées par un script infantilisant qui plante divers personnages grossièrement définis (le héros et le frère débile, le méchant de service qui a, de surcroit, piqué la petite amie au héros) et
enquille les conventions propres au genre, ne cherchant que rarement à s’extirper de ce mécanisme prévisible par l’entremise d’un second degré pataud (le serpent, tel un grand gamin, joue à cache-cache avec Duff en guise de préliminaires, avant de lui gober la tête d’une traite).
Sous la direction du vétéran Takacs, nous retrouvons deux figures connues : Michael Shanks (le docteur Daniel Jackson de la série Stargate, déjà sujet aux piqûres de guêpes dans Swarmed) et Siri Baruc (Glass Trap), que viennent soutenir une pluralité d’habitués aux zèderies estampillées Nu images.
Mega Snake sort en DVD chez Metropolitan ce 23 septembre 2009, en même temps qu’Octopus et L’attaque du Griffon.
Double enfance
À la demande de sa mère mourante, Guy Maddin retourne sur l’île où sa famille a longtemps vécu, pour repeindre le phare. Ce faisant, il se remémore son enfance, alors que sa mère était l’autoritaire directrice d’un orphelinat et que son père passait tout son temps dans son atelier à
travailler sur ses mystérieuses inventions. Guy est particulièrement hanté par le souvenir de Wendy, une jeune détective venue un jour sur l’île, déguisée en garçon, pour enquêter sur la nature des étranges cavités remarquées dans la tête de tous les enfants de l’orphelinat.
Nouveau tableau de vie pour Guy Maddin qui recourt une nouvelle fois à l’autobiographie pour coucher sur pellicule ses souvenirs les plus troublants et ses fantasmes les plus imagés. A l’origine de cette bande, un épisode tortueux d’une vie torturée, le récit d’une enfance sous tension, sans cesse menacée par les invectives entre mère et grande sœur, alors à l’aube de l’adolescence. De ce morceau d’existence naît une histoire étrange à laquelle viennent se mêler d’autres influences, artistiques celles-là. D’abord, le cinéaste soigne l’esthétique de son œuvre suivant les prérogatives formelles de l’expressionnisme cinématographique de l’ère muette : la sublime photographie en noir et blanc granuleux et le jeu des lumières de Benjamin Kasulke trouvant pleinement sa raison d’être dans cette reproduction essentiellement picturale des cauchemars et névroses enfantines. Ensuite, Maddin et son fidèle co-scénariste Georges Toles incorporent des éléments des récits policiers de jeunesse dont ils reprennent la figure du détective adolescent, cet entre-deux-âges situé entre-deux-mondes, porte-étendard sexué d’une adolescence en voie d’émancipation. Enfin, s’y ajoutent une série de traumas propres à la prime enfance, comme la lente agonie qui succède à la première rupture.
Un certain nombre d’influences qui composent ce film-patchwork, constitué de nombreuses strates et de nombreux faux-semblants (Wendy devient Chance et brouille les pistes d’une sexualisation déjà difficile) qui ajoutent à la complexité de l’ensemble.
Compilation de symboles freudiens et lacaniens, allégorie du matériau même sur lequel elle est imprimée (la métaréflexion sur le septième perdure), Brand upon the brain est une œuvre perturbante et troublante, une expérience éminemment sensitive qui, sous couvert d’images poétiques, traite avec une rigidité proche de celle de Houellebecq (l’écrivain, pas le piètre cinéaste) l’effarant traumatisme d’une enfance perturbée. De l’abandon de la mère à l’embrassade de la mer, il n’est qu’une enjambée phonique que Maddin franchit avec une aisance déconcertante.
LE TRAILER
Zombian Pie
Un virus extrêmement dangereux se propage : une seule morsure suffit à transformer les en zombies qui se mettent à leur tour en quête de chair fraîche. Morgan, Ash et Johnny semblent être les derniers rescapés de l’humanité et, cloîtrés dans leur villa, ils passent leurs journées comme ils peuvent en jouant à la Playstation ou en buvant de la bière. Quand ils tombent par hasard sur une jeune allumeuse qui détiendrait un remède, les trois jeunes décident que c’est finalement le temps pour eux de sauver le monde… et, pourquoi pas, de se payer une bonne tranche avec le dernier survivant oestrogéné ! Maintenant, le seul espoir de survie pour l’espèce humaine se trouve entre leurs mains…
Suivant la voie de ses pairs spirituels, Peter Jackson et son Braindead en tête, le néo-zélandais Logan McMillan tente à son tour le banco en couchant sur pellicule une énième histoire de zombies noyée dans un second degré assumé, souvent déversé en grandes pompes. D’une banalité exemplaire, le script se contente de décrire le quotidien peu passionnant des derniers survivants supposés dont les seules préoccupations consistent à laisser des messages sur des répondeurs de nanas décédées depuis, à dévalisés des supermarchés déserts (hommage volontaire à Dawn of the Dead ?) et à dézinguer au passage des zombiards qui trainent lamentablement leur carcasse sur les pavés de la cité. Incarnés par des comédiens amateurs (qui conservent pour la plupart leurs prénoms originaux), les personnages semblent émaner d’une quelconque bisserie mexicaine, tendance Shaun of the Dead : Morgan, dragueur invétéré en manque de filles ; Johnny, lutteur amateur vachement simplet (il reste persuadé depuis des années que le coup de poing en rotation fait un malheur) et Ash, geek réservé et froussard, rivalisent de niaiserie avec les autres membres du groupe afin de décrocher le titre d’idiot de l’année.
Jamais véritablement drôle ni excitant, The last of the living semble cependant promis à un mieux sitôt que Stef, la dernière survivante
féminine, entre dans la course : une lutte intestine entre trois mâles en rut à la conquête du string promis s’annonce-t-elle ? la relance bestiale d’un baby-boom relatif est-il en cours ? l’enjeu de l’humanité se joue-t-il ? Que nenni, McMillan persévère dans son trip sous de la ceinture et compile au passage les gags poussifs, fortement embourbés dans la scatologie la plus crasse (vomi et pet dans le tunnel, quelle élégance !) sans que l’ensemble ne trouve véritablement sa voie. A la différence des délires gore de Peter Jackson et autres Jonathan King, le présent métrage se contente d’être une comédie vaguement horrifique, préférant au registre du grand-guignol celui de la pornographie humoristique à la façon American pie, l’humour en moins.
Les infirmières au pair
Relancée sous l’impulsion du Nang Nak de Nonzee Nimibutr, la vague horrifique thaïlandaise épousait d’emblée, sous une forme à peine dissolue, la dynamique tant formelle que thématique du renouveau nippon. En découle une kyrielle d’œuvres qui resservent continuellement l
es mêmes ingrédients (à savoir un esprit vengeur, de préférence chevelu revenu d’outre-tombe décimer les responsables de son trépas) avec plus (Shutter, The eye) ou moins (Ghost of Mae Nak) de brio.
Sick nurses ne déroge pas à la règle. Pour leur deuxième collaboration (ils avaient œuvré de concert l’un en tant que réalisateur, l’autre comme scénariste sur Suicide me), les cinéastes Thodsapol Siriwiwat et Piraphan Laoyont accouchent d’une énième histoire d’ectoplasme vengeur qui prend cette fois place dans le milieu médical, lieu béni pour les compères qui tempèrent leur libido en élevant au rang de protagonistes une multitude d’infirmières aux silhouettes avantageuses qui se livrent une compétition acharnée pour conquérir un trophée inestimable, le cœur du médecin auquel elles sont vouées corps et âme. Promis à Tawan, ledit docteur jette finalement son dévolu sur Nook, la frangine de la cocue qui profite du meurtre de cette dernière pour lui ravir la place.
En deux coups de cuillère à pot, le tandem de réals pose les bases du récit. La séquence pré-générique fait intervenir l’ensemble des personnages de l’œuvre : un cadavre, (Tawan) allongé sur une table grise, autour duquel se pressent un médecin et toutes ses assistantes qui fusillent du regard la préférée du toubib. Antipathie et jalousie cimentent des relations professionnelles apparemment ambiguës dans cette clinique morbide où le commerce des corps est une pratique courante. C’est dans ce milieu composé de véreuses potiches, égocentriques de surcroît, que ressurgit le fantôme de la défunte afin de faire subir aux assassines le supplice de Tantale. Ainsi, la vénale finira-t-elle étouffée par un porte-monnaie géant avant d’être décapitée, tandis que l’accro du portable se
défoncera le crâne pour récupérer l’engin et que l’anorexique de service périra par la mâchoire. Voilà la principale originalité de l’histoire : faire périr les toxicos par le biais de leurs idoles, de préférence dans de grands geysers de sang.
Souffrant d’une mise en scène excessive (le psychédélique, ça va un temps) et d’un récit assez répétitif (la narration explosée ressasse les mêmes scènes), Sick nurses se soigne finalement en proposant quelques explosions de violence graphique qui renvoient au registre du grand guignol. Un pur film d’exploitation qui déroule sans prétentions son artisanat sanglant que viennent timidement contrebalancer quelques passages plus légers. Le principe est respecté à la lettre : le vomitif et le malsain priment sur la psychologie et de l’émotion, carrément réduits à néant.
Grippe aviaire en Bavière
Prêt à se coltiner 30 millions d’ennemis, un teuton au pseudonyme canin (Wolf Wolff, au pied, j’ai dit !) met sur le marché vidéo son troisième long-métrage, vaguement retitré dans nos contrées du subtil Virus H13N1 (Virus undead en anglais) afin de stimuler les élucubrations des virologues avides de complots bactériologiques qui ressortent périodiquement une nouvelle sorte de fléau afin d’ensevelir les populations apeurées sous des tonnes de médocs, gels antibactériens et autres produits de mode.
Robert et ses potes (Patrick le gouailleur et Eugen le nerd) parcourent tranquillement l’Allemagne pour rejoindre le manoir du grand-père de
Robert, qui est accessoirement un éminent biologiste, retrouvé mort alors qu’il était en voie de conclure ses travaux sur l’épidémie aviaire. Sur place, Robbie retrouve des fantômes enterrés depuis longtemps, Bollman, masse de muscles écervelée qui n’est rien d’autre que l’ennemi juré de Robert, et Marlene, son ex-girlfriend qu’il a précipitamment plaquée avant de s’enfuir de ce trou à rats. Rapidement, les premiers villageois montrent d’inquiétants symptômes et se révèlent infectés par un étrange virus. De minute en minute, les contaminés sont de plus en plus nombreux et se révèlent avides de chair fraiche…
L’entrée du métrage, décrivant l’attaque dans son antre d’un scientifique par une pléiade d’oiseaux, évoque tout autant un sous-produit hitchcockien (le subtil Kaw en tête) que L’attaque des morts-vivants du polisson d’Amato (l’aspect nanar en moins). Et c’est bien là tout le drame de ce bis aspirant autant à se défaire de son image germanique pour se fondre dans le moule hollywoodien qu’à rendre hommage à tout un pan du cinéma bis essentiellement les œuvres des décennies 70 et 80. Incapables d’opérer le moindre choix entre deux idéaux, Wolf Wolff (va chercher !) et son compère Ohmuthi (no comment) mettent en scène une œuvre bâtarde qui fait surgir la menace tantôt du ciel (les oiseaux contaminés, propagateurs du virus, apparaissent par nuées pour ne plus revenir que sporadiquement par la suite) tantôt du sol (les villageois se précipitent aux alentours du manoir familial pour se repaître de viande humaine, façon Night of the living dead, ou élaborent des ruses qui
s’avèrent être de pâles copies à peint masquées de la franchise du Retour des morts-vivants). Dans ce gloubi-boulga ultra-référencé évoluent des personnages réduits à des clichés patauds : le héros intelligent qui revient affronter courageusement son passé, le nerd qui vire lentement sa cuti et rejoint le camp des aliénés notoires, le flicaillon de gouttière qui ne s’alimente que de donuts et se la joue shérif texan, toutes des figures propres aux résidus de vidéoclubs dont il fait incontestablement partie.
Plus abouti que la majorité des films indie teutons (la forme comme le fond surpassent la plupart des Timo Rose et autres Andreas Schnaas), Virus H13N1 souffre de nombreuses longueurs, d’effets visuels peu convaincants, d’une interprétation en-deçà de la moyenne, d’une intrigue niaise et d’un climat dénué de la moindre angoisse. Beaucoup pour un seul film…
Symphonie pour un dépeceur
Dans un futur proche, une épidémie provoquant un dysfonctionnement des organes dévaste la planète. La panique éclate et les scientifiques établissent fébrilement des plans pour une récolte d’organes. GeneCo, une société de biotechnologie prévoit la transplantation d’organes par profit. En plus des options de financement, GeneCo se réserve le droit d’appliquer des mesures en cas de non paiement, y compris la repossession des organes...
Adapté à l’écran par Darren Lynn Bousman (successeur de James Wan, il prit les rênes de la réalisation des suites de la franchise
Saw), Repo ! The Genetic Opera est un OFNI (objet filmique non identifié !) décalé jusqu’à l’os, à mi-chemin entre une version hardcore du Rocky Horror Picture Show et un clip de métal industriel… Opéra rock sous fond de trafic d’organes, le film de Bousman offre un casting plutôt improbable mêlant Alexa Vega (Spy Kids), Anthony Head (qui a joué Giles dans Buffy contre les Vampires), Bill Moseley (The Devil’s Rejects), Paris Hilton (gothopouffe pour l’occasion), Ogre (chanteur du groupe indus culte Skinny Puppy) et même Sarah Brightman.
Shilo est une adolescente gravement malade, enfermée par un père aimant mais un brin trop protecteur, prêt à tout pour sauver sa fille du virus qu’elle a hérité de sa mère, décédée en la mettant au monde. Mais comme toute ado qui se respecte, le carcan familial finit par lui peser, et elle décide d’aller outre les règles imposées par son paternel. C’est un monde en proie à la perversion, au profit sans fin et au malaise moral qui s’offrira à elle. Le personnage du Graverobber, profanateur opportuniste et cynique, se révèle être une des meilleures du film, même si la prestation de Paris Hilton (qui lui valu d’ailleurs une récompense aux Razzie Awards…) mérite certainement le coup d’œil !
L’un des piliers de Repo ! The Genetic Opera est évidemment celui de la musique, bien que très éloigné d’un Phantom Of The Paradise, figure culte de l’opéra rock. Les sonorités tiennent plutôt du rock industriel, avec une touche de lyrique pour le personnage de Blind Mag, sans oublier la scène très Avril Lavignesque du rébellion de Shilo, qui mérita bien sa baffe finale ! Un univers atypique, qui ravira les amateurs de genre mais déplaira très probablement au cinéphile plus oldschool… Et puis il faut avouer que tout le monde n’est pas capable de tenir pendant un clip d’Evanescence étendu sur deux heures !
Si l’histoire tient du jamais vu, les univers que le film explore se révèlent
hélas être aussi inégaux que surprenants. L’ambiance comic-book du générique côtoie les costumes cyber et les décors glauques mais souvent trop kitchs pour rester supportables visuellement. Il faut dire que bon nombre de scènes ont été tournées dans les mêmes décors que ceux des Saw, ce qui explique une certaine impression de déjà-vu en matière de taudis crasseux ou autre endroit digne d’un torture porn lorgnant vers la série Z. A force de vouloir jouer la carte du trash, l’agréable surprise qu’offrait les premiers plans finit par être effacée au profit d’un sentiment de confusion. Chef-d’oeuvre incompris d’un artiste allant au bout de ses idées ou nanar catastrophique qui ne risque pas de sortir un jour dans nos contrées vu le four au box office ricain ? Difficile de trouver une réponse à cette question…
Repo ! The Genetic Opera est une véritable bobine from outer space, décalée et jusqu’au-boutiste, dotée de scènes gores bien craspecs, mais qui ne parviennent hélas pas à la cheville de ses prédécesseurs…
Le retour de l’Hibernatus tueur
Voici donc revenu l’abominable homme des neiges qui décima presque totalement une bande de joyeux lurons il y a maintenant quatre ans. Geir Olav Brath, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est en passe de devenir le nouveau boogeyman venu du Nord, celui qui tue au piolet plus vite que son ombre et sent le bœuf musqué des kilomètres à la ronde.
Souvenez-vous, nous avions laissé la belle Ingrid Bolsø Berdal (récompensée par l’Amanda de la meilleure actrice pour le premier volet), alias Jannicke, au sommet d’une profonde crevasse dans laquelle elle venait de balancer l’ami Geir Olav. Transférée dans un hôpital de la région, le personnel hospitalier et la police locale essaient de comprendre ce qui a pu se passer cette nuit-là dans les montagnes norvégiennes de Jotunheimen. Oui mais voilà, Jannicke ne fut pas seule à être transportée, notre yéti scandinave repose dans la morgue de l’hôpital et tel un tardigrade il revient à la vie pour terminer le travail.
Suite immédiate du premier opus, c’est le néophyte Mats Stenberg (il a travaillé en tant que réalisateur de pubs en Scandinavie entre 1994-1995) qui prend les commandes de ce qui s’annonce déjà comme une nouvelle franchise. "C’est une suite directe, nous expliquait le cinéaste dans une interview il y a un an, ça commence deux heures après la fin du premier. Comme un 2e chapitre de l’histoire de Jannicke. Mais l’histoire est totalement différente, avec des émotions différentes. Donc non c’est n’est pas pareil. Mais en même temps oui. Il y a tellement de similitudes. Mais c’est difficile d’en parler sans dévoiler trop de choses. Je pense que mon approche est différente de celle de Roar."
Roar Uthaug (l’ancien réal) et Thomas Moldestad rempilent néanmoins pour l’écriture du scénario ce qui aura tendance à réconforter les fans du nouveau mythe scandinave. Film 100% norvégien, Cold Prey 2 (Friit vilt) confirme bel et bien l’efficacité du premier opus qui triompha dans l’Europe entière grâce au classicisme redoutable du bon slasher traditionnel, à ces paysages somptueux des montagne norvégiennes, à son actrice talentueuse et au personnage haut en couleurs qu’est ce nouveau Michael Myers du Grand Nord. Stenberg ne dit-il pas lui-même : "j’ai grandi avec la grande vague horrifique américaine des années 80. Au cinéma, j’ai vu tous les classiques, comme Halloween (oui je sais c’est en 1978 mais c’est presque les 80’s) et Vendredi 13. The Hitcher (l’original) est un des mes films préférés de cette époque. Je crois me rappeler avoir vu Fog de Carpenter trois fois."
Ce deuxième épisode permet d’ailleurs d’en connaître un peu plus sur la personnalité sanguinaire et psychopathe de celui-ci à travers des documents d’archives. Mais voici donc le spectateur plongé dans l’atmosphère lugubre des couloirs sombres de l’hôpital qui devine le tueur sanguinaire tapi dans les coins, le piolet levé. Le gore craspeque de certaines scènes ravive la tension au maximum et nous offre des sursauts d’effroi assurés tandis que Jannicke, aidée par le médecin
Camilla (jolie et inconnue Marthe Snorresdotter Rovik), tente une nouvelle fois de survivre à ce nouveau cauchemar qu’elle croyait derrière elle. Le recours au milieu hospitalier est-il un petit clin d’œil à Halloween 2 ? Le réal s’en défend pourtant : "Je l’ai vu au cinéma mais je ne m’en souviens plus vraiment. C’était pas terrible, non ? Mais non, ce n’était pas une inspiration. Mais comme nous avons pris une voie narrative identique à celle d’Halloween 2, il est naturel qu’il y ait des similitudes. Si quelqu’un se fait presque tuer par un maniaque, il finira à l’hôpital et la police sera impliquée. C’est ce qui arriverait dans la vraie vie, et nous voulions avoir un point de vue réaliste pour Cold Prey 2. Au moins jusqu’à un certain point…"
Le succès de ce deuxième opus est tel qu’une suite est donc annoncée pour cette année. Gageons que Cold Prey 3 devrait être à l’affiche des festivals du genre en espérant bien sûr que la qualité sera une nouvelle fois au rendez-vous. Car si les deux premiers épisodes ne révolutionnent en rien la catégorie, nous sommes néanmoins bel et bien chez les poids lourds du genre.
La face cachée de la Lune
Sam Bell a été envoyé sur une station lunaire pour superviser le forage de l’Hélium 3, ressource énergétique nécessaire à endiguer la crise que connaît la Terre. Il a laissé femme et enfant depuis trois ans et partage sa solitude avec Gerty, son robot de compagnie. Il est sur le point d’arriver au terme de sa mission, le jour où il commence à avoir des hallucinations. Sam devient-il schizophrène ou serait-ce la société Lunar qui ne veut pas le laisser revenir sur Terre ?
Si, à la lecture du synopsis et au début du visionnage de Moon, on s’attend à un film de SF classique, le premier long métrage de Duncan Jones (fils de David Bowie !) est, en réalité, tout à fait différent des premières expectatives. A l’image de District 9, l’univers extra-terrestre ne semble être qu’une sorte d’alibi
permettant d’aborder le thème de l’Homme, engendrant ainsi une réflexion sur la place de nos émotions, qui nous différencient des machines, même lorsque les sentiments se révèlent avoir été programmés comme un simple logiciel… Néanmoins, l’objectif de Moon n’est pas d’embrouiller le spectateur dans une énième cogitation sur le thème de la relation homme-robot, bien que le réal dispose d’un diplôme de philosophie ! Il offre un regard différent que celui engendré par les derniers films de science-fiction : pas de créatures à tentacules, bastons intergalactiques et autres confrontations sous fond de voie lacté, étant plus proche de 2001 : l’Odyssée de l’Espace de Kubrick que de la saga Star Wars.
Le film confronte le personnage de Sam Bell à sa propre solitude, dès les premières minutes du film. Le contrat qui le lie à Lunar durant trois ans, c’est donc toute une vie qu’il a dû laisser derrière lui, faisant de lui une sorte de Robinson Crusoë spatial. Son seul contact est celui du robot Gerty, dont seule la voix (celle de Kevin Spacey en version originale !) et les expressions lui rappellent ses semblables. Ces dernières sont sur un petit écran, via un smiley animé dont les sourires et mimiques changent au fur et à mesure de leurs échanges. Pas de cyborg quasi humain comme celui d’Alien, donc, mais davantage un acolyte mécanique, protégeant Sam et l’aidant dans son travail. Mais du statut de simple amas de ferraille plus bavard que la norme, Gerty devient progressivement le seul soutien de Sam, tandis que les évènements commencent à prendre une tournure plus étrange. En effet, alors qu’il s’approche de la fin de son contrat, l’astronaute se voit soudain assailli de visions, plongeant progressivement Moon dans une ambiance plus nébuleuse, voire angoissante, faite de non-dits et d’interrogations naissantes. Alors qu’il se déplace à l’extérieur de la base, sur la station, il est victime d’un accident, et il réalise à son réveil qu’il a été sauvé par un autre homme lui ressemblant étrangement. Ce dernier ne cesse de remettre en question toutes les certitudes de Sam, et c’est à cet instant précis que Moon
gagne en profondeur, en intérêt, plongeant également le spectateur dans une spirale enivrante car délicieusement troublante. La question d’un complot liant Lunar à ses employés lunaire se forme, doublée de la suspicion de clonage et d’une multitude de mensonges… Alors que l’intrigue se tisse à une vitesse effrénée, on ressent toutes les tares des relations humaines, du manque de confiance et de la complexité qui lie parfois les êtres entre eux. Et au milieu de toutes ces interrogations, Gerty semble doté de bien plus d’émotions que ceux qui envoyèrent Sam et ses semblables sur la face cachée de la Lune. Son omniscience les aide à découvrir la vérité, allant par delà les ordres de ses supérieurs.
Cela faisait longtemps qu’un film de science-fiction n’avait pas fait preuve d’autant de sincérité et de puissance, allant par-delà les clichés des bobines de ce genre. Pour une fois, ce ne sont plus des créatures inconnues que le personnage principal se voit obligé de confronter, mais bien ses semblables, dans tout ce qu’il ont de plus pervers et d’immoral. Poignant, émouvant, mais surtout fascinant, Moon est un bon uppercut pour le spectateur habitués aux épopées spatiales classiques, et pour les autres également. En somme, une excellente bobine qui fit sa première mondiale au Festival de Sundance, rafla des prix dans divers festivals… mais ne bénéficia hélas d’aucune sortie en salles, ce qui se révèle être terriblement dommage… Il faudra donc se rabattre sur la sortie DVD du film pour visionner cette perle !
LE TRAILER
Signé Zombie
Rob Zombie, homme de parole ? Au vu des nombreux voltes-faces que le réal américain nous a offert au cours de sa saga Halloween nous sommes bien en droit d’en douter. Souvenez-vous, il y a quelques années encore il affirmait ne jamais vouloir réaliser un remake tant ceux-ci étaient irrespectueux et falots. Un remake plus tard et quelques déclarations qui tentèrent de relativiser ses propos, voilà Zombie qui nous revient plus riche avec une séquelle qu’il avait pourtant farouchement niée vouloir faire. Exit donc Julien Maury et Alexandre Bustillo, pressentis pendant tout un temps et tapis rouge pour le grand retour de Michael Myers dans Halloween II, écrit et réalisé par le musicien natif de Haverhill, Massachusetts.
Malins, les frères Weinstein offrent carte blanche à Rob Zombie qui ne se fait pas prier pour nous offrir une suite immédiate, plus personnelle et bestiale, au premier épisode. Dix minutes, c’est le temps qu’il faut à Zombie pour nous donner le ton : gros plans sur les blessures ouvertes de Laurie Strode et Annie Brackett qui arrivent à l’hôpital dans un état critique à la suite de leur agression par le boogeyman d’Haddonfield. Deux ans après, Laurie n’est plus cette enfant couvée, protégée du Mal et ignorante de ses origines. L’adolescente, meurtrie dans sa chaire comme dans sa tête, vit à la grunge, à la punk, chez les Brackett et tente d’oublier l’Horreur malgré les cauchemars récurrents et terrifiants. Loin, très loin de s’imaginer que Myers n’est pas mort et qu’il erre dans la campagne à sa recherche...
"On prend les mêmes et on recommence mais pas de la même façon" se dit Zombie. Il impose sa patte et cette fois-ci évite le classicisme et l’hommage rendu au mythe. Halloween 2 sera viscéral, d’une violence sans nom et sans concession. Rob est de retour et avec lui son univers de forain déjanté composé de rednecks flingueurs, de pervers avoués et de coups de lame rageurs. On retrouve le visuel visionnaire du réal qui nous glaça les roustons dans Devil’s Rejects, froid implacable, sorte d’avant-goût de l’Enfer sur Terre. Bref tout ce qui nous avait manqué dans Halloween faute d’avoir les coudées franches ou submergé sans doute par la pression, conscient de s’attaquer à un mythe et que le film serait attendu au tournant par des millions de fans. Basta le bon goût et vive l’humour bouseux : "c’est quoi le point commun entre une femme et une tornade ? Elles arrivent toutes les deux humides et chaudes et repartent avec la baraque !"
Par une subtile trouvaille visuelle, onirique et poétique, Sheri Moon Zombie est de retour au casting, tout comme Malcolm McDowell en docteur Loomis devenu mercantile et prétentieux, Brad Dourif pour le Shérif Lee Brackett toujours aussi dépassé par les évènements ou encore Scout Taylor-Compton pour interpréter le personnage plus étoffé et torturé de Laurie Strode. Seule entorse : Chase Wright Vanek remplace Daeg Faerch, pour interpréter le jeune Michael Myers.
Moins rentable mais aussi moins cher que son prédécesseur, Halloween 2 aura été une nouvelle fois scandaleusement ignoré sous nos latitudes. Tout au plus aura-t-il connu une unique sortie en salle en Belgique et sans aucun doute le film connaîtra une même discrétion pour le DVD. La volonté des Weinstein de vouloir sortir le troisième épisode en 3D en 2011 sous la houlette de Patrick Lussier parviendra-t-elle à remédier à cette lacune ?
TRAILER
’Miroir, miroir magique au mur... Qui est la beauté parfaite et pure ?’
Avec tous les vampires papier glacé qui débarquent sur nos écrans, la multiplication des crèmes anti-âge et l’endiguement comportemental et vestimentaire des limites générationnelles, il est plutôt clair que l’idéal de jeunesse éternelle - et la peur panique de la mort qu’il sous-entend - est au centre des préoccupations des contemporains. La énième adaptation du roman d’Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, abonde également dans ce sens.
Après Albert Lewin, Massimo Dallanamo ou encore Duncan Roy, c’est
Oliver Parker qui s’y colle. Passionné de théâtre, le réalisateur s’y connait en tragédie puisqu’il commence sa carrière sur les planches en tant qu’acteur et metteur en scène et fait ses premiers pas derrière la caméra avec Othello, flanqué de Laurence Fishburne et Kenneth Branagh. Très vite pourtant, c’est le cynisme qui l’emporte. Parker s’attèle à la réalisation de deux films tirés de l’œuvre de Wilde, Un Mari Idéal et L’Importance d’Etre Constant. En adaptant enfin Dorian Gray, le bonhomme met en quelque sorte fin au cycle et ose un pari risqué. En effet, à l’image du personnage éponyme, force est de constater que l’ouvrage de Wilde ne vieillit pas, et pire, tend à soulever des questions de plus en plus actuelles. Il ne s’agit plus simplement de provocation dandyesque ; désormais le roman fait écho en chacun de nous, à l’heure où les codes physiques et moraux n’ont jamais autant imprégné les consciences. Pour relever le défi, Parker s’est entouré de Colin Firth (Pride & Prejudices, Bridget Jones) et du très lisse Ben Barnes (Les Chroniques De Narnia : Le Prince Caspian). Si le talent de Colin Firth est confirmé, il semblerait que pour incarner l’un des personnages les plus mythiques de la littéraire anglaise, Ben Barnes ait besoin de faire ses preuves. Pâle et brun, il ne correspond pas franchement à l’archétype de l’archange qu’est censé être Dorian Gray, et a essuyé en tant qu’acteur, quelques critiques bien cassantes (lu dans Télérama : ’Ben Barnes a l’épaisseur d’une décalcomanie’).
Sur le net, les premiers échos ne sont pas des plus alléchants. Malgré les promesses du réal’ - qui entendait faire un film éminemment
gay-friendly - il semblerait qu’il n’aille pas au bout de ses convictions, trahissant par là même l’un des côtés les plus explicites du roman. Le seul baiser homo est vaguement langoureux, et la fellation est filmée en off, pour ne choquer personne, probablement. En outre, au vu de la bande annonce, on ne peut que craindre une surenchère d’effets spéciaux, comme s’il fallait aujourd’hui redorer le blason d’une époque victorienne pourtant culturellement flamboyante. Là où les bons mots et les sous-entendus étaient primordiaux et donnaient à Dorian Gray toute sa richesse et sa force, le film pourrait avoir tout échangé contre du clinquant et fait de son personnage principal un tombeur de jupons comme un autre.
C’est finalement le problème de ce genre d’ouvrage, ancré à la fois dans son époque et dans l’universalité des thèmes qu’il aborde. En y pensant, les vices et les péchés de Dorian Gray n’ont plus rien de choquant aujourd’hui - au contraire, ils sont même assez banals. On voudrait croire à une adaptation fidèle et en costume mais, indéniablement, il aurait peut être fallu prendre la tangente et moderniser sans complexes époque, personnages et matériau. A l’heure du romantisme made in Twilight, et de la soif adolescente jamais étanchée de nouveau sex symbols, ce qu’il y a de plus à craindre ici, c’est qu’Oliver Parker se soit contenté d’exploiter un filon.
LE TRAILER
De quoi ne pas rester Demarbre
Il y a huit ans, le tandem Lee Demarbre/Ian Driscoll livrait Jesus Christ Vampire Hunter, véritable ovni dont le titre seul sentait bon la blague de potache provocateur. Après avoir donné un troisième volet en forme de long métrage à leur série « Harry Knuckles », initiée par deux courts, les voici de retour avec Smash Cut, hommage réjouissant aux films de série Z, et en particulier ceux de Herschell Gordon Lewis (Blood Feast, 2000 Maniacs,
The Wizard of Gore,…). Celui-ci apparaît d’ailleurs dans le film, qui lui est dédié.
Après une introduction en forme d’avertissement, débitée par Lewis « himself », le film s’ouvre sur une projection dans une salle obscure. Le film montré est une sorte de remake cheap de Chucky, avec un pantin en mousse dans le rôle du jouet psychopathe. Les spectateurs, atterrés, quittent la salle un à un. Une réplique cinglante résonne dans la salle presque vide - « Ce réalisateur ferait passer Ed Wood pour Orson Welles » - et les deux derniers intrépides spectateurs de l’innommable navet quittent les lieux non sans avoir croisé Abel Whitman, clown triste dépité par l’effet produit par son œuvre, qu’il a pourtant réalisée en y mettant tout son cœur. Le ton est donné.
S’ensuit l’inévitable scène de bourrage de gueule du réalisateur déchu, réalisant qu’il n’est qu’un raté. L’alcool aidant, l’artiste maudit sympathise avec une go go dancer aux formes avantageuses et lui promet de faire d’elle une star en la faisant tourner dans son prochain chef-d’œuvre. Ni une ni deux, les voici embarqués sur la route. Mais comme chacun sait, boire ou conduire…. Pauvre go go, la seule chose que Whitman aura fait d’elle, c’est de la chair à saucisse. Se retrouvant avec un joli cadavre sur les bras, Whitman a l’idée saugrenue de faire passer celui-ci pour un accessoire de cinéma. Et le voici en train de filmer la première scène de son prochain film avec la poupée dégonflée en toile de fond. Réalisant que les vrais corps, à l’écran, ça en jette plus que le ketchup et les faux yeux de la boutique de farces et attrapes du coin, voici Whitman embarqué dans une folie créatrice et destructrice à la fois. Le génie du cinoche n’a plus qu’une seule idée en tête : semer la mort autour de lui pour donner vie à une œuvre d’art.
Tout comme le personnage principal de son film, Lee Demarbre semble laisser libre cours à sa folie créatrice dans ce film atypique mais diablement sympathique. Multipliant les assauts gore plus drôles que flippants et créant des personnages hallucinants (comme le détective de pacotille Isaac Beaumonde, joué avec moult grimaces par Jesse Buck), le canadien n’oublie pas de soigner son
cadre et son image cheap « seventies », dans laquelle se ressent l’influence du Death Proof de Tarantino. Outre Hershell Gordon Lewis, dont l’apparition ressemble à un passage de relais, Demarbre réunit un casting des plus hétéroclite. David Hess et Michael Berryman, ayant respectivement prêté leurs « gueules » à Wes Craven au cours des années 70, dans The Last House on the Left et The Hills Have Eyes, se livrent à un concours de cabotinage assez réjouissant. Quant à Sasha Gray, actrice de X de son état, elle se fait ici asperger… de sang.
Demarbre ne le cache pas, ses influences majeures se situent dans le cinéma d’exploitation des années 70. Si Smash Cut n’est à la base guère plus qu’un hommage appuyé à toute cette frange du cinéma, adulée par les uns et détestée par les autres, il n’en est pas moins également un véritable objet filmique, qui suscite même la réflexion sur ce qu’est un film et sur la façon d’aborder la création d’une œuvre. Demarbre ne fait pas d’Able Whitman son alter-ego mais porte au contraire sur lui un regard critique assez féroce. Tandis que ce réalisateur d’opérettes veut atteindre le sublime en approchant la réalité au plus près, Demarbre veut s’en éloigner le plus possible et montrer frontalement la facticité de ses effets. Quand Whitman filme de vrais cadavres, du vrai sang, Demarbre, lui, filme des accessoires de cinéma qui sont montrés tels qu’ils sont, dans leur facticité la plus évidente. C’est comme si, en plein milieu d’un film hi-tech, le réalisateur faisait un arrêt sur image pour dire à son spectateur qu’il n’a pas vraiment fait exploser la maison blanche. Ici, l’aspect caricatural qu’il revêt (jusqu’au jeu grandguignolesque des acteurs) renvoie le film à ce qu’il est, selon Demarbre : un artifice.
LE TRAILER
Pique, pique et c’est le drame !
Karla, une jeune étudiante en médecine, revient à Majorque pour voir son père et discuter avec lui de la revente de la maison de sa mère, trop tôt disparue. Remplie d’animosité envers sa belle-doche et envers tout ce qui est doté de muscles et trempé de sueur, Karla espère que son séjour ne sera que de courte durée. Mais un événement vient détruire ses plans : son père fait un malaise et est transporté d’urgence à l’hôpital où ses jours sont comptés. La cause : une abeille d’une nouvelle espèce aurait piqué son paternel et provoqué sa paralysie. Pour trouver un antidote, Karla s’associe à Ben, un entomologiste
devenu chauffeur de taxis ( !!)…
Un film avec des abeilles qui tuent ? Une bonne idée, à condition de le tourner dard-dard (comme ça, elle est faite). Les rayons des invasions craignos en comportent par dizaines de ces essaims assassins parmi lesquels trônent L’inévitable catastrophe (Swarm, 1978) et, plus récemment, L’invasion des abeilles tueuses (Deadly invasion : the killer bee nightmare, 1995). Toutes émanant de l’industrie bis, avec une énorme tendance à l’exploitation vidéo. Il faut dire que sortir de telles œuvres en salles relève de l’utopie totale, la dernière œuvre de ce type a avoir connu les faveurs des toiles blanches reste Arac attack, parodie virevoltante et assez spectaculaire dans laquelle de gargantuesques arachnides coursaient David Arquette et Scarlett Johansson, entre autres.
L’île des abeilles tueuses naît sous l’impulsion de Wasabi, firme de prod’ allemande jusque-là tributaire d’un drame et d’un docu décapant sur le quotidien des canidés en Chine (Im Jahr des Hundes). Des chiens chinois aux abeilles espagnoles, il n’y avait qu’un pas qu’ont franchi les producteurs, accueillant bras ouverts le script torché par Nicole et Ulli Bujard, scénaristes, producteurs, acteurs et réalisateurs de Night of the vampire hunter. Troquant les crocs pour les dards (ce que seul Jesus Franco est capable de faire habituellement), ils imaginent une histoire des plus convenue contenant comme point d’orgue la traditionnelle séquence de panique sur une plage surpeuplée où touristes et baigneurs autochtones se font attaquer par des nuées d’abeilles en colère (on vient de les saupoudrer d’insecticide, faut dire !) dont les formes ne sont pas sans rappeler les troupes de fourmis volantes ( ??) aux multiples qualités artistiques de The hive, autre zèderie
insectoïde aux effets numériques pourris.
Originale de bout en bout, la pellicule fait se succéder des scientifiques véreux, des policiers incapables, des autorités avides de fric, contre lesquels luttent deux héros de fortune : un entomologiste sur le déclin et une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux. De recherches en recherches, le tandem se heurte à une série d’obstacles : et vas-y qu’on est foutus en taule, en voilà qu’on a trouvé une preuve de tout mais qu’on ne nous écoute pas, et vas-y qu’on tombe comme par enchantement sur le nid de la reine qu’il faut impérativement détruire. Autant de clichés qui provoquent une certaine tension des zygomatiques, soutenus par une mise en scène scolaire voire archaïque, des oeuvres de Michael Karen, faiseur de téléfilms pour le petit écran teuton, c’est tout dire. A coup sûr, vu la lourdeur de ce navet, TF1 devrait déjà le compter dans ses prochaines grilles de programmes du dimanche après-midi.
Ça a bien changé l’enseignement !
Prix Spécial du Jury au BIFFF 2008 et prix du public au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2008, le danois The Substitute, aka Vikaren a aussi trusté pas mal de récompenses dans diverses compétitions domestiques, notamment aux Robert Awards, que la bande d’Ole Bornedal a carrément survolée. Quoi de plus normal pour l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération, entraînant les succès à très grande vitesse et se faisant même une petite place dans l’industrie cinématographique américaine ?
Connu pour son fameux Nightwatch, qui engendra un remake à l’américaine, Bornedal a tout du cinéaste intelligent qui rend son Art abordable tout en lui instillant un caractère extrêmement particulier. The Substitute en est d’ailleurs la preuve vivante puisque, à la base d’un pitch déjà original, le réalisateur parvient à signer une œuvre totalement décalée restant à la portée du grand public.
The Substitute s’intéresse à des collégiens qui accueillent une enseignante remplaçante qui est supposée les amener à un concours international à Paris. Mais
ils remarquent qu’elle n’est pas tout à fait ce qu’ils espéraient : mauvaise, méchante, elle lit leurs pensées… mais leurs parents se sont laissés convaincre qu’elle est formidable et ne croient pas du tout leurs enfants lorsqu’ils annoncent qu’elle serait…une alien ?
Traitant le thème extraterrestre avec une grande originalité et faisant de multiples appels du pied au cinéma des 80’s, Bornedal troque volontairement l’angoisse inhérente aux situations mises en place contre un héroïsme juvénile rappelant presque des œuvres comme les Goonies. Dès lors, The Substitute ne peut pas être véritablement taxé de film d’horreur comme le laisserait sous-entendre la pochette DVD créée par Zylo, mais plutôt de bande d’aventures aux relents surnaturels et, parfois, angoissants.
De plus, la bande parvient à s’appuyer sur le talent de deux acteurs déjà primés à Cannes (pour Festen, en 1998), Paprika Steen et Ulrich Thomsen, qui donnent un caractère un peu plus adulte à l’ensemble. Sorti par Zylo le
5 janvier passé et débarquant avec une certaine aura dans les bacs des mégastores, The Substitute, à défaut d’être un divertissement parfait pour les fantasticophiles chevronnés, devrait se faire une place au soleil au niveau des ventes et constituera sans aucun doute l’une des réussites plus ou moins grand public de ce mois de février.
Déjà présent dans les bacs belges depuis début janvier, le métrage de Bornedal devra convaincre le public avant que les distributeurs français ne s’engagent à publier les œuvres suivantes d’un cinéaste toujours aussi prolifique et qui a, depuis, réalisé deux nouveaux longs-métrages de genre : Deliver us from evil (à voir en festivals ?) et Just Another Love Story.
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Un film paquebot
Christopher Smith fait partie du club très restreint de réalisateurs qui parviennent à se faire un nom dans le cinéma d’horreur en quelques films seulement, là où des vétérans de la caméra mirent des années à se faire connaître. Creep, son premier film, lorgnait du côté du survival claustrophobique, avec une créature hideuse mettant en avant une équipe de maquilleurs FX bien rodés, donnant un avant-goût de l’attrait de Smith pour les ambiances sombres et tordues. Cependant,
Severance jouait la carte de la satire et d’un sens de l’humour particulièrement acerbe. D’une scène franchement fendard, on passait à un plan bien glauque et angoissant, sans ressentir la moindre baisse de tension. En bref, deux bobines prometteuses laissant présager une filmo aussi variée que jouissive pour tous ceux qui apprécient le genre.
Triangle, troisième film de Christopher Smith, malheureusement inédit en salle, est tout aussi bon que ses précédentes péloches, si ce n’est meilleur, le style du réal anglais gagnant vraisemblablement en efficacité au fur et à mesure que ses expériences cinématographiques se multiplient. Jess (Melissa George) vit seule avec son enfant autiste, qu’elle confie à une baby-sitter pour la journée, ses amis l’ayant invité à bord d’un voilier. Mais, pour des raisons qui lui échappent, elle se sent particulièrement anxieuse et mal à l’aise. C’est l’arrivée d’un paquebot qui sauvera le groupe, après qu’une tempête a retourné leur bateau. L’atmosphère qui y règne est particulièrement étrange : il n’y a pas âme qui vive, mais une présence semble planer dans les airs, à l’image de l’aura régnant dans l’hôtel Overlook cher au Shining de Stephen King. D’ailleurs, l’adaptation du livre par Kubrick n’a rien a envier au film de Christopher Smith, comme si l’élève égalait le maître dans l’art de créer une ambiance des plus angoissantes, par la seule vision de couloirs vides, et de cette salle principale où les mets pourrissent à vue d’œil… De nombreux éléments rappellent les décors de Stephen King, et l’on s’attendrait presque à croiser une femme en pleine décomposition au détour d’une des chambres abandonnées du paquebot…
S’il est légitime d’avoir une puissante envie de révéler la cause des troubles qui s’immiscent dans le cerveau de Jess au fur et à mesure que les tensions grimpent, il faut avouer que spoiler le film de Christopher Smith lui ferait perdre de sa profondeur et de ses vertus
hypnotisantes. La claustrophobie environnante et la pureté factice des lieux semblent, au premier abord, n’être que de simples partitions propres au décor classique du film d’angoisse. Mais Triangle va bien au-delà des clichés du genre et de la partie de cache-cache sous fond de massacre sanglant. Ici, pas de boogeyman masqué ou autre poltergeist ; la nature du mal se révèle être tout autre, et plonge Jess dans une tautologie infernale, l’amenant à affronter des démons dont les puissances vont par delà la réalité… Smith a véritablement réussi son coup à travers ce troisième film, et y insuffle une puissance inouïe, de celles qui coupent le souffle et enlisent le spectateur dans son siège. Les qualités du jeu de Melissa George permettent un phénomène d’identification quasi-inconscient, rendant Triangle aussi bluffant que troublant. C’est en visionnant ce genre de péloche que l’on regrette amèrement que bon nombre d’entre elles aillent directement à la case DTV, sans être diffusées en salle, à l’image de l’excellent All The Boys Love Mandy Lane. Car si Triangle n’est pas un film tout public, il saura très certainement être apprécié à sa juste valeur par le cinéphile ouvert d’esprit et prêt à creuser un peu ses méninges...
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2 fois plus gore, 2 fois moins glauque
Il y a tout juste sept ans, Eli Roth marquait son premier essai intitulé Cabin fever, péloche sans prétentions qui contrebalançait des références souvent pataudes par une vraie générosité en matière de tripaille. Pour rappel, le métrage suivait cinq djeunz qui, our fêter la fin de leurs études et profiter de quelques jours de liberté avant d’entrer de plein pied dans les emmerdes quotidiennes (comprendre : le monde du travail), se paient un petit week-end dans une cabane perdue au fin fond des bois, en bordure d’un splendide lac avec canoë et tout le toutim. Au programme : détente, alcool et bronzette. Leur séjour idyllique vire au cauchemar quand ils croisent la route d’un ermite infecté par un virulent virus qui crache accessoirement ses tripes, venu chercher de l’aide auprès d’eux...
Depuis, Roth s’est basterdisé chez son ami Tarantino et a pris les
rennes du torture porn avec son diptyque Hostel. Désireux de pousser plus loin sa « cabane fiévreuse », Roth se ramasse et voit son script religieusement réexpédié par les producteurs de Tonic films. En lieu et place, ils optent pour un scénar amélioré par Ti West, réal trentenaire qui s’est fait remarquer avec The roost en 2005. Quasi complètement autoproduit, cet hommage au cinéma horrifique des 70’s et 80’s sous forme de midnight movie amateur suffisait amplement à cataloguer son créateur (scénariste, producteur, réalisateur et acteur pour l’occasion, qui dit mieux ?) dans le rang des amoureux du genre minés par une intarissable nostalgie envers le cinéma des 80’s. Généreux, West donne tout et ose tout. Le film originel déversait sur l’écran des geysers d’hémoglobine et étalait boyaux et viscères avec un plaisir non-feint (voir la sublime séance de rasage de gambettes), Cabin fever 2 va plus loin dans l’abject et accumule les émulsions macabres, mêlant sans vergogne sang, tripes, vomi et pisse qui éclaboussent chaque séquence de l’œuvre.
Suite directe du premier opus, Cabin fever 2 : Spring fever referme la boucle en reprenant comme vecteur du virus l’eau qui s’écoule non loin de l’épicentre de la propagation virale de l’épisode précédent. Un infecté fait trempette dans l’eau avant de se réveiller et de se faire éclater (littéralement) par un bus scolaire. L’eau contaminée, après quelques bifurcations, est extraite dans une usine du coin qui la commercialise en petites bouteilles. A quelques kilomètres de là, un bal scolaire en fait les frais : tous les étudiants fêtant la graduation dégustent sans le savoir l’eau toxique distillée dans une énorme
vasque de punch et perdent petit à petit leur teint de jeune fille pour rejoindre illico le camp des macchabées. Sorte de dosage entre un Carrie sous amphets et un Dance of the Dead vitriolé, Cabin fever deuxième du nom emprunte constamment le chemin de la gaudriole, plaçant dans la bouche de ses protagonistes déjantés (la bimbo parée d’une énorme pustule labiale et d’un appareil dentaire, l’éléphante qui fantasme sur le beau mec du bahut, la tête de la classe plus beau que son concurrent direct, son ami vachement gonflant) des répliques truculentes dont les sous-entendus omniprésents finissent pourtant par lasser.
Lourdingue et pataude dans son accumulation de blagues sous la ceinture, la pellicule de Ti West endosse involontairement des allures d’American pie dans son omni-exploitation du porno (fellation dans les wc et éjacs faciales à coups de turgescences baveuses, notamment) et s’apparente au final à un bad-trip prompt à vous filer une fièvre d’enfer.
Nazi Snow Party !
En quelques mois seulement, les salles de cinéma françaises ont accueilli le vampirique Morse et le thriller Millenium, deux œuvres qui possèdent une origine commune : la Suède. Nouvel eldorado européen, la Scandinavie a livré ces dernières années quelques-unes des plus éclatantes réussites du genre : le slasher Cold prey, le drame fantastique Norway of life et l’hypnotique drame Sauna constituent autant d’exemples de cette explosion cinématographique. Dans ce panorama pour le moins éclectique, Dead snow fait figure de proue. En effet, le film du Norvégien Tommy Wirkola est la première pellicule du cru à impliquer des zombies et à les aborder de surcroît sous un angle humoristique, à la limite de la
parodie.
Dotée d’une trame convenue à souhait, Dead snow suit le calvaire de huit étudiants en médecine qui se réunissent dans un chalet de montagne afin de fêter les vacances de Pâques. Munis de skis, de motoneiges et d’une cargaison non négligeable de bières, les jeunes s’apprêtent à passer d’agréables vacances, jusqu’à ce qu’un vieil homme s’introduise dans leur chalet et les mette en garde à propos d’une présence maléfique qui hante les environs. Témoin de l’histoire douloureuse de la région, il leur raconte qu’une poignée de soldats nazis, chargés durant la seconde guerre mondiale de contrôler la région, ont réussi à échapper à une rébellion des autochtones et sont morts gelés dans les montagnes. Depuis, plus personne n’ose s’aventurer dans le coin, de peur faire de mauvaises rencontres. Peu soucieux des contes et légendes serinés par le vieux-qui-sait-tout, les jeunes voient bientôt leur chalet encerclé par des zombies nazis.
Comme base, Wirkola opte pour des légendes locales sur les nazis : " La Norvège possède quelques légendes au sujet de la seconde guerre mondiale. Dans les fjords environnant mon village natal, les nazis ont caché leurs plus gros bateaux, dont le fameux Tirpitz, et les ont utilisés pour menacer les convois entre les alliés et la Russie. Ils possédaient de grosses troupes sur place et étaient dotés d’un équipement à la pointe. Leur présence avait donc un impact considérable sur un petit village comme Alta. Nous avons donc grandi, mes amis et moi, avec des histoires en tous genres au sujet des nazis. Quand nous avons décidé de faire un film de zombies dans la neige, nous avons tout de suite réalisé qu’un métrage de zombies nazis était sans doute la meilleure voie à suivre. Tout d’abord, parce que l’aspect historique de notre région l’imposait mais, surtout, parce que le concept était alléchant. Qu’y a-t-il de plus diabolique que des zombies ? Des zombies nazis bien sûr !"
Au contraire du récent Outpost qui abordait une thématique
semblable dans un premier degré total, Dead snow mise dès l’entame sur un second degré assumé et rend ainsi hommage aux classiques horrifiques des années 80 qui mélangeaient sans vergogne humour outrancier et séquences extrêmement gore afin de susciter autant l’effroi que l’amusement. En rupture totale avec la vague actuelle du film d’horreur réaliste, Dead snow compile les séquences insolites et les dialogues sarcastiques, cultive conventions et clichés de manière assumée, glisse de multiples clins d’œil aux films d’horreur des eighties (un massacre à la tronçonneuse tout droit sorti d’Evil Dead 2) et ponctue l’ensemble de séquences sanguinolentes sublimées par une impressionnante inventivité formelle (une victime abasourdie par une chute vertigineuse observe, dans un flou artistique témoignant de son état, des zombies lui dévorer les viscères).
Deux ans après Kill Buljo, parodie potache low budget du Kill Bill de Tarantino, Dead snow atteste du savoir-faire de Wirkola et de son compère Henriksen qui maintiennent adroitement l’équilibre entre l’horreur et le second degré.
Le dvd est édité par Wild side video avec quelques compléments intéressants :
Folie dans le Nord : Journal de bord du tournage
Zombies, masques et maquillages
Les effets spéciaux
Scène coupée et prises ratées
Bandes-annonces
L’homme qui a vu l’ours...
Huit mauvaises graines sont envoyées en réhabilitation dans une réserve naturelle de Californie appelée Grizzly park. Durant une semaine, ils se mettent au service de la communauté en ramassant les détritus qui jonchent les sentiers mal balisés de la réserve sous l’œil de l’impitoyable ranger Bob. Mais un serial killer en fuite les suit à la trace et entend les exterminer l’un après l’autre pour augmenter son propre tableau de chasse. A moins que le danger ne vienne plutôt de cet énorme grizzly qui voit d’un mauvais œil ces insipides intrus qui empiètent sur son territoire…
Plutôt timides dans le genre horrifique, les ours tueurs apparaissent au plus dans une dizaine de métrages qui leur entièrement ou partiellement consacrés. Du Grizzly de William Girdler au canadien Beasts de Don Hawks, en passant pas le Claws de Richard Bansbach et R.E. Pierson, il faut bien constater que les ursidés vénères écopent rarement de la tête d’affiche, effacés le plus souvent par les légendes montagnardes des Bigfoot, Sasquatch et autres créatures mythiques à torse velu. Pourtant, les productions bis des années 2000 sont le terrain d’une jolie recrudescence des ours et grizzlys qui, depuis A couteaux tirés, se paient coup sur coup deux festins d’humains alimentés par David DeCoteau (le débilitant Grizzly rage) et le canadien Tom Skull, pour le présent métrage.
Pour son premier long métrage, Tom Skull s’essaie à une sorte de retour au style des productions horrifiques des années 80. Une atmosphère détendue, des mélodies omniprésentes (souvent criardes) qui rythment chaque situation supposément drôle, une galerie de personnages à peine esquissés (une séquence de deux minutes sur un thème horripilant et quelques discussions ineptes suffisent à modeler chaque ectoplasme) : le ton est à la gaudriole comme l’illustrent les multiples gaffes de Bebe, bombasse en chef (la très attirante Emily Foxler), qui accumule les bourdes et entraîne ses comparses dans des aventures dignes de la plus gagatisantes des bédés pour enfants (un putois, nourri par la bécasse, se pointe et empeste les bandits en
herbe). Une équipée pas si sauvage que ça d’ailleurs (un hacker débutant, une empoisonneuse de pacotille, un xénophobe ultra-tatoué et même pas méchant) qui tranche complètement avec les loubards de Wilderness dont Skull semble s’inspirer en le tournant à la dérision et en adjoignant à la figure du tueur sanguinaire (trop rapidement abandonné) un grizzly qui a visiblement les crocs. L’arrivée de l’ours redonne un peu de vigueur à cette pellicule jusque-là plutôt molle qui peut alors enquiller quelques exécutions en bonne et due forme (déchirement en deux, décapitation) qui s’avèrent pour el coup convaincantes.
Le dvd de Grizzly park est édité par Emylia et contient comme bonus un diaporama ainsi qu’un making-of du film (en anglais mais tout à fait compréhensible).
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