PREVIEWS CINE

PREVIEW CINE - Midnight meat train

Le dernier métro

Leon Kaufman a révélé son talent de photographe à travers des clichés hautement provocants. Décidé à créer l’événement pour sa prochaine exposition, il est prêt à aller encore plus loin dans l’exploration des aspects les plus sombres de l’humanité. Lancé dans une quête obsessionnelle des pires aspects de l’homme, Leon s’intéresse à un tueur en série, Mahogany, qui traque les banlieusards prenant les derniers métros pour rentrer chez eux, avant de les tuer avec une sauvagerie inimaginable. La fascination de Leon pour Mahogany va le conduire de plus en plus loin dans les méandres du métro, au coeur même du mal. Sans le vouloir, il va entraîner Maya, sa petite amie, avec lui. Chaque ticket est peut-être un aller simple vers la mort...

De relation amoureuse complexe et de transports en communs, il en est assurément question dans The Midnight meat train, adaptation d’une des nouvelles du recueil Livres de Sang de l’écrivain Clive Barker. Ou la nouvelle amourette tumultueuse de Barker et du cinéma qui fit rarement de cadeaux au romancier qui, d’adaptations ratées en amputations trouvant leurs racines dans une censure peu permissive, a toujours entretenu avec le septième art une histoire faite de heurts et de déceptions comme l’illustrent les nombreux remous de son Cabal.

Mêmes conditions, même topo puisque cette nouvelle transposition cinématographique signée par le Japonais Ryuhei Kitamura (Azumi, Godzilla : Final wars) connaît dès son entame une sortie plus que houleuse dans les salles américaines, voyant au départ sa sortie retardée voire annulée pour d’obscures raisons avant que le métrage ne bénéficie sur le tard de quelques salles éparses en terre américaine.

Sortie difficile, à l’instar de la genèse de l’œuvre. Ecriture de scripts repoussée, échéances rallongées à l’envi, désistements successifs des réalisateurs et des studios. Prévu au départ pour n’être qu’un épisode au sein d’une anthologie télévisuelle ou se voir phagocyté par la séquelle de Candyman, Midnight meat train se voit finalement affublé du long format après que Kitamura, le prodige nippon, a écopé du fameux projet, réputé irréalisable. Basé sur un scénar’ retravaillé par le réalisateur (un peu contre le goût du romancier), Midnight meat train s’avère pourtant être une œuvre légitime aux yeux de Barker, séduit par l’adaptation jusqu’au-boutiste et transgressive de son écrit. Une vision ténébreuse qui devrait particulièrement ravir les aficionados du romancier comme les amoureux du genre qui seront convaincus par la conjugaison savoureuse des univers (l’un eighties et filmé, l’autre seventies et romancé) de ce tandem hors du commun...

LIRE LA CRITIQUE DE THE MIDNIGHT MEAT TRAIN

Preview Doomsday

Preview

Neil Marshall est entré par la petite porte avec son Dog soldiers. Revisitant le mythe du loup-garou, le réalisateur anglais a signé un essai parfois loufoque parfois saisissant mais toujours hors normes sur les sempiternelles luttes entre humains et lycanthropes. Profitant de cette incursion pour persévérer dans le genre, le geek s’est ensuite amusé à perturber des spectateurs à la pelle avec son film de trouille The Descent. Ne payant pas de mine, le métrage de Marshall entraîne dans un cauchemar au réalisme détonnant et provoque des sursauts capables de faire valser certains cardiaques de l’autre côté du Styx.

Désormais, la petite porte entrebâillée semble s’être ouverte de façon béante pour le réal. Et plus rien ne semble l’arrêter. C’est dans ces conditions que naît Doomsday, nouveau délire de Marshall qui compte, avec ce métrage, rendre hommage à un genre plutôt oublié depuis plus d’une décennie : le post-nuke. C’est que Marshall est un fan de la première heure des Snake Plissken carpentériens ou du ’Mad’ Max Rockatansky affublé de cuir des pieds à la tête. Alors, quitte à s’extasier seul dans son coin en rematant les films de son enfance et à souiller des mouchoirs en repensant au temps béni où de tels films faisaient le bonheur du public, Marshall endosse sa caméra, forme ses troupes et met tout le monde sur le pied de guerre.

Fort d’un budget d’à peu près 30 millions de dollars (en réalité une bagatelle vu les moyens déployés), le grand Neil peut se mettre à rêver de courses-poursuites tonitruantes, de jolies guerrières à la crête hérissée et de luttes intestines dans une ambiance post-apocalyptique. Et en vrai geek, le réal accumule les hommages, varie sa mise en scène, traverse les époques (un décor moyenâgeux pour le 21ème siècle) et finit par sortir de son chapeau ce film-hommage aux effets soignés et à la dégaine virevoltante.

Après une entrée rappelant le New York 1997 de Carpenter, le métrage vire complètement de bord pour faire davantage irruption dans l’heroïc fantasy aux recoins sombres avant d’effectuer un nouveau virage (dangereux) vers les Mad Max. De bout en bout, Doomsday se fait le porte-parole de cette génération de films qui a inondé les salles pour disparaître ensuite dans les catacombes des prods hollywoodiennes. Alors, tel l’éjaculateur précoce qui n’en peut plus de se retenir, Marshall lâche la purée et donne tout ce qu’il peut pour ravir le public. Un public de fans entièrement acquis à sa cause qui ne demande qu’à le suivre. Un public qui ne sortira pas indemne de la salle, frappé en pleine tête et en plein cœur par la générosité du réal…

Sortie en Belgique le 07 mai 2008


L’interview de Neil Marshall

Il arrive que par certains malentendus dus (ou non – ne relançons pas la polémique) à des attachées de presse fatiguées, un gentil petit journaliste plein d’entrain et de rêves loupe une interview cruciale et soit d’une humeur massacrante pour le reste de la journée. Quand le sujet de l’interview n’est autre que le sympathique et talentueux réalisateur de The Descent, un monument de trouille qui a marqué durablement les cinéphiles, il s’agit là d’un couac pour le moins fâcheux.

Heureusement Neil Marshall, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était accompagné au BIFFF par sa femme, l’adorable et néanmoins talentueuse (tous ces gens sont formidables) Axelle Carolyn, une amie de longue date auprès de laquelle le journaliste en question n’a pas hésité un seul instant, en traître, à tirer quelques ficelles pour pouvoir malgré tout approcher l’artiste.

C’est donc après une longue journée passée devant des journalistes belges aux mines tristes et aux longues figures que Neil Marshall, éreinté mais de très bonne humeur a accepté sous l’insistance de sa « belgian beauty » (comme il la surnomme) à me recevoir dans le coin V.I.P. du BIFFF. La veille, le public déchaîné de ce festival de MALADES avait réservé à son nouveau film Doomsday un accueil digne de son talent et de son enthousiasme sincère pour un cinoche de genre fun et décomplexé. C’est donc décontracté, devant quelques savoureuses Cuvées des Trolls, que ce jeune marié heureux et amoureux (dans l’ordre, d’Axelle et du cinéma fantastique) m’a reçu pour parler de son formidable opus post-apocalyptique.

Depuis votre rencontre avec Axelle la Belgique est un peu devenue pays d’accueil. Alors dites-moi, est-ce que vous appréciez notre bière ?

(Rires) Oui beaucoup ! Même si celle-ci est un peu trop douce et sucrée à mon goût.

Etes-vous satisfait de l’accueil qu’a reçu Doomsday hier soir lors de sa projection ?

Assez oui, mais il faut dire qu’il est parfois difficile de discerner ce que crie le public. Le volume du film est tellement fort que je n’entendais pas toujours toutes les réactions. Mais les échos que j’ai reçus et les applaudissements à la fin m’ont vraiment fait plaisir.

C’est votre troisième long métrage et également le troisième qui est présenté ici au BIFFF. Est-ce que vous appréciez l’ambiance très particulière du festival et son public déchaîné ?

Beaucoup ! C’est un public très franc et c’est génial car ils disent ce qu’ils pensent. Ou plutôt ils hurlent ce qu’ils pensent ! C’est une attitude qui me plait car de mon côté je n’ai pas envie de leur proposer un film de merde. Je suis honnête envers eux, c’est la moindre des choses. Nous sommes sur la même longueur d’ondes et le jour où je me planterai ils ne manqueront pas de me le faire savoir ! Jusqu’ici j’ai eu la chance qu’ils apprécient mon travail. Et c’est vrai que je réalise mes films en pensant à mon public. C’est pour eux que je fais du cinéma.

J’ai remarqué qu’avec Axelle vous étiez présent à presque toutes les séances ici au BIFFF. D’où vous vient cette passion du cinéma de genre ?

Elle m’est venue tout simplement en regardant énormément de films, de genre ou pas. Et effectivement c’est une passion que je partage avec ma femme ! Ma première expérience de cinéma c’était probablement le Frankenstein de James Whale quand j’avais 5 ans, un film qui m’a marqué à vie. Vers mes 11 ans c’était l’avènement des magnétoscopes, j’ai donc regardé énormément de films en vidéo. Les Aventuriers de l’Arche Perdue est sans aucun doute le film qui a changé ma vie ! C’est le film qui m’a donné envie d’être réalisateur. Encore aujourd’hui il reste un de mes films préférés.

Quels sont les réalisateurs qui vous influencent dans votre travail ?

Steven Spielberg est certainement le premier sur la liste, c’est lui qui m’a donné l’envie de réaliser. Mais je suis également un grand fan de Ridley Scott, Peter Jackson, Sam Raimi... Tous ces réalisateurs passionnés ! John Carpenter est un réalisateur qui a eu une influence incroyable sur mon travail. J’ai d’ailleurs eu la chance de le rencontrer récemment et je n’ai pas été déçu. C’est un personnage ! J’ai également beaucoup de respect pour Howard Hawks, Sam Peckinpah… des réalisateurs d’une autre époque, pas forcément habitués au fantastique mais dont j’apprécie énormément le travail et qui m’ont influencé d’une manière ou d’une autre.

La presse américaine n’a pas été tendre envers Doomsday, l’accusant de n’être qu’un démarquage d’autres films post-apocalyptiques. Pourtant votre film est réellement un hommage sincère à tout un pan du cinéma des années 80 dont il reprend des éléments mais le scénario est entièrement original et les personnages particulièrement réussis. Comment avez-vous procédé pour ne pas franchir cette frontière invisible entre hommage et plagiat ?

Il faut évidemment apporter vos propres éléments à l’histoire, en faire un film totalement personnel. Prenons la scène finale, une poursuite entre plusieurs véhicules qui rappelle Mad Max 2. J’avais évidemment le film de George Miller en tête et j’avais donc besoin de lui apporter des éléments qui en feraient quelque chose de totalement différent tout en préservant l’esprit. Ca se passe aux Royaumes Unis, les véhicules sont tous anglais. Tout est fortement exagéré. Quelque part on n’est pas très loin de la parodie à la Shaun Of the Dead ou Hot Fuzz. Mais c’est n’est pas une comédie, même si le film contient beaucoup d’humour. J’ai un peu l’impression que tout ce côté humoristique n’a pas été bien perçu aux Etats-Unis alors qu’en Europe cela passe beaucoup mieux. J’ai donc réalisé et monté cette séquence en abordant un autre point de vue : la majorité de cette séquence se déroule A L’INTERIEUR du véhicule. C’est une voiture « entourée » par une poursuite en voiture. J’aimais cette idée d’un combat à 3 vitesses, ça amenait quelque chose d’original à la poursuite ! Je sais pertinemment que beaucoup de personnes au point de vue limité vont crier au plagiat mais ceux qui connaissent un peu le cinéma dont je m’inspire et qui ont vu mon film savent qu’il s’agit réellement d’un hommage délibéré à des films comme ceux de Carpenter, Miller, Walter Hill ou encore Excalibur de John Boorman.

Les personnages sont suffisamment bien écrits pour apporter quelque chose d’original, je pense particulièrement à la relation entre Rhona Mitra et Bob Hoskins !

Oui ! C’est presque une relation père-fille. Il y a déjà toute cette histoire que l’on devine derrière l’histoire principale. Ils échangent très peu de mots, ils fonctionnent plus par des regards, des gestes. Le talent de Rhona et de Bob fait qu’on n’a pas besoin d’en dire beaucoup plus pour deviner leur affection mutuelle.
Parlez-nous de la manière dont vous avez tourné cette scène de poursuite qui semble réellement dangereuse…

Nous avions 2 semaines et demi pour tourner cette scène. Chaque jour nous avions des cascades extrêmement dangereuses et potentiellement mortelles, des explosions… J’ai adoré être dans la voiture-caméra et diriger cette grosse scène d’action, coordonner tout, donner le départ aux véhicules… J’étais comme un gosse qui s’amusait avec ses jouets ! Ca peut paraître cliché mais nous avons même répété toute la scène avec des petites voitures en plastique ! J’ai adoré cette logistique insensée pour laquelle nous nous sommes préparés comme jamais. Il fallait vérifier chaque recoin de la route, calculer la vitesse de chaque véhicule. C’était un vrai défi, beaucoup de travail mais également très amusant, grisant ! C’est la première fois que je réalisais une scène de cette ampleur et ça me changeait des grottes de The Descent ! Ici je pouvais enfin bouger ma caméra et explorer les grands espaces.

Comme dans vos films précédents, Dog Soldiers et The Descent, vous privilégiez ici les effets en direct plutôt que les images de synthèse. On sent réellement le danger, le réel des situations.

Effectivement, c’était un film très dangereux et nous avions une équipe de cascadeurs extrêmement doués et rodés à leur boulot depuis des années ! Je préfère tourner les choses en direct sur le plateau plutôt que de faire appel aux ordinateurs. Non seulement c’est le genre de film que j’aime faire mais c’est le genre de film que j’aime voir ! Il faut que les spectateurs y croient. La transpiration des acteurs est réelle car ils se donnent tous à fond physiquement. J’ai toujours eu l’impression que quand on commence à remplacer la réalité par des images de synthèse on se sent forcément moins impliqué dans l’histoire ! C’est l’erreur par exemple d’un film comme I Am Legend, surtout dans la mesure où leurs monstres sont sensés être humains au départ. Pourquoi ne pas avoir pris des acteurs en chair et en os ? Avec le budget dont ils bénéficiaient ils pouvaient se le permettre. C’est incompréhensible ! Ca n’a aucun sens et pour moi, ça m’a vraiment gâché le film… Donc je préfère toujours privilégier les effets « à l’ancienne » parce que les spectateurs ne sont pas dupes et font très facilement la différence.

Parlez-nous de Sol, le méchant principal de l’histoire interprété par Craig Conway. C’est vraiment la grande révélation du film selon moi…

Craig tenait déjà de petits rôles dans mes deux premiers films, il était l’une des créatures de The Descent. Je voulais vraiment que ce personnage complètement timbré, violent et sanguinaire soit réussi et je savais exactement ce que Craig Conway pouvait lui apporter. Il a travaillé très dur pour ce rôle. Mais ce qui m’a convaincu de le lui confier c’est la scène du show dans le centre-ville. Je savais qu’il serait tout à fait dans son élément car c’est un acteur qui vient du théâtre et il est habitué à jouer devant la foule. Cette scène est la plus importante pour lui. Il en fait un personnage complètement théâtral qui aime à se donner en spectacle, violent, charismatique, ridicule et extrême à la fois. Il dépasse les limites de la folie ordinaire.

En parlant de violence, tout comme dans vos films précédents vous ne vous êtes certainement pas fait des amis chez les sociétés de défense des animaux ! Vous explosez un gentil lapin, vous écrasez une vache… Alors dites-moi Neil, aimiez-vous torturer les animaux quand vous étiez gosse ?

(Rires) J’adorais ça !... Non évidemment dans la réalité j’ai horreur de la violence envers les animaux ou envers les humains. Ma femme plaiderait d’ailleurs cette cause beaucoup mieux que moi. Elle est une végétarienne convaincue et déteste le fait que je mange de la viande ! Dans Dog Soldiers ça se justifiait évidemment par le côté surnaturel. Dans The Descent, il y a ce côté « la nature qui s’entredévore pour survivre », la violence n’avait donc rien à voir avec de la barbarie. Dans Doomsday, ces effets sont surtout là pour la comédie : la vache écrasée, c’est pour continuer cette tradition vue dans tellement de films. J’aime la violence à l’écran quand elle est accompagnée d‘humour noir.

Et le lapin qui explose pourrait sortir tout droit de Monty Python and the Holy Grall !

Tout à fait ! C’est le même esprit ! Ce qui est marrant c’est que dans toutes les interviews que j’ai faites aujourd’hui on m’a posé la question du lapin ! On dirait presque qu’il est devenu la star du film. Je suis persuadé que certaines personnes ont cru que nous avions réellement massacré ce lapin parce que l’effet est vraiment réussi ! C’est le premier moment dans le film où quelque chose de totalement extravagant se produit. Jusque là tout se déroule plus ou moins calmement et puis quand ce plan arrive, c’est là qu’on se dit « Wow !... Maintenant ça va chier ! » C’est un peu un plan annonciateur de tout ce qui va suivre.

Vous aimez également torturer vos acteurs. On dirait que vous prenez un malin plaisir à trouver de nouveaux stratagèmes pour tuer Nora-Jane Noone de manière plus violente dans chaque film !

C’est un peu la même chose avec Sean Pertwee. Je trouve toujours des façons plus délirantes de les tuer à l’écran ! Ce sont tous les deux de très bons amis et j’aimais l’idée de leur donner des petits rôles dans ce film et de les faire disparaître de façon mémorable.

Vous êtes très fidèle à vos acteurs !

Oui. Et ils sont très fidèles envers moi. Ce sont des amis avant tout ! Nous adorons travailler ensemble tout en essayant de ne jamais nous répéter. Donc ça ne marche que si je leur écris des rôles complètement différents à chaque fois ! Nous adorons tous le cinéma et c’est un plaisir à chaque fois renouvelé de bosser ensemble ! On rigole, on travaille dur, on adore être sur le plateau ! Y’a rien de mieux.

Vous-même, êtes-vous satisfait de votre film ?

Oui, tout à fait ! Je suis très fier d’être arrivé à relever ce défi ! J’en suis très heureux. Il s’agissait d’un budget important, en tout cas important pour moi et ce n’était pas facile. C’était éreintant mais le résultat est conforme à mes objectifs.

Parlez-nous de vos différents projets. Ils sont nombreux…

Sacrilege est un nouveau film d’horreur dont je vais commencer l’écriture pour Road Pictures, les producteurs de Doomsday et que je tournerai l’année prochaine. Drive est une commande, un gros film d’action que je n’ai pas écrit mais que je réaliserai pour une autre boite. Le tournage se fera à Los Angeles et ce sera un projet totalement différent pour moi ! Un autre projet qui me tient particulièrement à cœur est Eagle’s Nest…

… Que vous définissez comme un mélange de Die Hard et des Vestiges du Jour ! Je suis impatient de voir ça !

(Rires) Voilà ! Il s’agit d’un film d’aventures vaguement inspiré de faits réels qui se passe pendant la seconde guerre mondiale, avec un commando de soldats de l’armée Russe chargés de capturer le nazi Rudolph Hess après son parachutage en Ecosse.

Qu’en est-il de ce projet de faire revivre Sherlock Holmes à l’écran ?

J’ai effectivement été impliqué brièvement dans ce projet qui aurait vraiment été excitant mais c’est tombé à l’eau, je ne suis plus impliqué…

Le succès de Dog Soldiers et The Descent a-t-il ouvert beaucoup de portes pour vous ? Vous avez bénéficié d’un budget nettement supérieur pour Doomsday…

Bien entendu ! Je n’aurais pas pu faire The Descent si je n’avais pas fait Dog Soldiers et je n’aurais pas pu faire Doomsday sans The Descent ! Sans l’accueil très positif de The Descent je pense qu’on ne m’aurait pas fait confiance et confié un budget de ce genre. Chaque nouveau film influence ma manière de travailler et d’envisager le suivant. Je suis donc rassuré de voir que Doomsday a été très bien accueilli ici au BIFFF. Pour le reste, on verra !

En tout cas je me suis beaucoup amusé devant votre film ! Merci beaucoup et à la vôtre !

A la vôtre et merci à vous !

Propos recueillis par Grégory Cavinato alias Swan

Remerciements aux organisateurs du BIFFF.
Remerciements spéciaux et grosses bises à Axelle Carolyn.

Martyrs - Preview

Présentation et teasers...

Cet été, deux œuvres francophones s’annoncent très prometteuses en matière de renouvellement du genre hexagonal. D’une part, le Vinyan belge de Fabrice Du Welz, génialissime réalisateur du Calvaire qui a laissé de profondes cicatrices dans les chaumières peuplées de gens bien pensants qui ne se placent d’ordinaire devant leur téléviseur que pour Julie Lescaut ou La Méthode Cauet (mais sans jamais oser le dire). D’autre part, le Martyrs français de Pascal Laugier, réputé pour son controversé Saint Ange qui se déclinait comme une ode au cinéaste qu’il vénère : Dario Argento. D’un côté comme de l’autre, deux métrages novateurs qui ne font pas dans la dentelle et n’hésitent pas une seule seconde à prendre des risques pour colmater les fissures qu’accuse le panorama cinématographique francophone, davantage tourné vers les drames familiaux et les comédies dénuées d’humour, en matière de genre. Nous reviendrons prochainement sur le cas de Vinyan avec une interview bien sympathique de notre cher Fabrice Du Welz (juillet). En attendant, il nous était tout à fait impossible de ne pas aborder le cas de ce Martyrs qui, bien avant sa sortie, fait déjà couler beaucoup d’encre. Mais pas que ça…

France, début des années 70.
Lucie, une petite fille de dix ans, disparue quelques mois plus tôt, est retrouvée errant sur la route. Son corps maltraité ne porte aucune trace d’agression sexuelle. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses.
Traumatisée, mutique, elle est placée dans un hôpital où elle se lie d’amitié avec Anna, une fille de son âge.
15 ans plus tard.
On sonne à la porte d’une famille ordinaire. Le père ouvre et se retrouve face à Lucie, armée d’un fusil de chasse. Persuadée d’avoir retrouvé ses bourreaux, elle tire.

Ce pitch aussi mystérieux qu’enivrant a de quoi faire tourner la tête. Un rape and revenge français, dans la lignée de La dernière maison sur la gauche ou de I spit on your grave ? On ne demande qu’à voir…

D’après les échos qui circulent çà et là sur la toile et dans les journaux spécialisés, Martyrs est parti pour être le film de genre français le plus dérangeant. Pourtant, avant lui, quelques exemples se sont dressés en matière de violence et de jusqu’au-boutisme comme le récent Frontière(s) de Xavier Gens ou A l’intérieur des amis Bustillo et Maury. Qu’on repense à la Cène poisseuse où les apôtres ont été troqués par des nazis ou à la séquence mettant en exergue Béatrice Dalle en sage-femme intérimaire et les premiers symptômes de la nausée pointent le bout de leur nez. Profitant de cette reprise partielle d’un engouement pour le genre (tout est relatif) et bénéficiant d’une équipe de gens compétents qui croient en lui, Laugier compte bien bouleverser le public français en lui assénant une œuvre d’une violence graphique et psychologique bien présente. Martyrs, une nouvelle victime du règne de la surenchère ? Certainement pas. Le coup n’est pas publicitaire mais artistique. Amoureux de l’horreur, Laugier compte bien donner un grand coup de pompe dans la fourmilière afin de réveiller les producteurs frileux et les distributeurs pusillanimes. « L’horreur est un genre tellement récupéré, tellement digéré, nous confie Laugier, qu’il devient régulièrement aussi inoffensif que les autres genres. Or, il me semble que sa noblesse est justement d’être contre. Il est le fruit d’un acte de contre-culture, un acte qui se doit d’offenser, de fissurer les pensées majoritaires et les lieux communs. Je pense que notre époque a plus que jamais besoin d’un cinéma de genre libre, expérimentateur, un cinéma de genre qui fasse chier les bien-pensants, qui continue à inventer des formes, à proposer des perspectives singulières, des points de vue qui nous éloignent de l’horreur (la vraie celle-là) de la vision du monde selon TF1... »

Autant dire que le cinéaste est rempli de bonnes intentions et qu’il n’entend pas laisser sur le carreau un genre cinématographique qu’il affectionne tout particulièrement. Pour ce faire, Laugier prend des risques, ose tout. Au point de choquer pour le plaisir ? Billevesées. La violence de Martyrs, pour dérangeante qu’elle soit, n’a d’autre fonction que de servir le réalisme de l’œuvre et de provoquer des émotions antagonistes chez un spectateur blasé par les banales créations hollywoodiennes estampillées PG-13. Retourné, le public le sera certainement. Dégoûté, il le sera probablement. Mais en aucun cas il ne saurait être indifférent aux propos traités ni aux enjeux émotifs énormes de l’œuvre laugérienne. D’autant que le réalisateur, en bon père de famille fier de son enfant, ne veut en aucun cas altérer ou édulcorer son métrage, au risque de rencontrer quelques problèmes avec la censure. « Il est effectivement possible que Martyrs soit très emmerdé par la censure. Une censure qui ne dit pas son nom, et qui consisterait à interdire le film aux moins de 18 ans pour empêcher un circuit normal de distribution. Les multiplexes ont une vision de plus en plus lisse et familiale du cinéma. Sans en avoir l’air, ils dictent de plus en plus ce que le public doit ou ne doit pas voir. Le tout, c’est de lui fourguer du pop corn. Ce système de diffusion des films me parait de plus en plus totalitaire. »

Mais, qu’à cela ne tienne, Pascal Laugier ira sans aucun doute jusqu’au bout pour donner une naissance officielle à son nouveau-né horrifique. D’autant que celui-ci est attendu par une belle communauté de geeks impatients de constater l’ampleur du phénomène. En attendant, faudra se contenter de quelques mièvreries peu ragoutantes dans les salles françaises juste pour voir la nouvelle coupe de cheveux de Frank Dubosc ou le délire novateur dans lequel Eddie Murphy incarne vingt-sept personnages. Dans quelques années, à force de nous vendre du réchauffé, on va directement bouffer surgelé, z’allez voir !

Les teasers officiels :






Lien vers la pétition pour sauver Martyrs

Lien vers l’interview de Pascal Laugier

PREVIEW CINE - Saw V

Les derniers pièges de Jigsaw...

Lancée en l’an de grâce 2004, la franchise Saw émanait des cerveaux dérangés de James Wan et de Leigh Whannell. Mettant en scène un tueur surnommé Jigsaw qui prend plaisir à mettre ses victimes dans d’inconfortables positions afin de leur faire effectuer un choix cornélien, le métrage bâti à l’aide d’une poignée de dollars et de beaucoup d’ingéniosité frappa assurément les esprits par le truchement de son twist maîtrisé qui surprenait sans pour autant remettre en cause la totale narration de l’ensemble. Se posant de ce fait comme un enfant illégitime (et c’est tant mieux) des créations de Shyamalan, Saw démarrait sur les chapeaux de roues et appelait incontestablement à la séquelle au vu de son dénouement incomplet.

Interstice dans lequel se glissait rapidement la Twisted Pictures dès l’année suivante en quadruplant ni plus ni moins le budget de départ du premier opus. A l’affiche, deux figures récurrentes : l’effrayant Tobin Bell dans la peau de Jigsaw et Shawnee Smith dans le rôle d’Amanda, seule survivante des frasques sanglantes du tueur au puzzle. Côté staff technique, l’inénarrable Darren Lynn Bousman succédait à James Wan passé producteur exécutif tandis que Whannell se chargeait une fois de plus du scénar’ de cette intrigue quelque peu réchauffée. Pris à son propre piège, Saw 2 se soumet au jeu de la surenchère, agrandissant pour ce faire l’espace vital des potentielles proies (une maison à la place d’une pièce) et augmentant considérablement le nombre de victimes pour le plus grand plaisir d’aficionados à la conversion quasi simultanée. C’est que l’intérêt de la franchise réside ailleurs : dans les plans diaboliques échafaudés par son énigmatique serial killer qui rivalise d’inventivité avec les plus grands génies maléfiques en proposant inlassablement de nouvelles armes dont l’objectif est d’acculer le sujet dans la fameuse position cornélienne de « les bourses ou la vie », l’obligeant au passage à se fendre un œil en deux, à se mutiler le ventricule gauche ou à se lécher l’omoplate si besoin est (entreprise délicate s’il en est).

Et Bousman, en marionnette docile, de se plier à ce petit jeu pour deux autres opus. Si le troisième épisode redonnait un souffle nouveau à une franchise qui peinait déjà à s’affranchir d’une ankylose fatale (soulignons au passage le retour salvateur de James Wan au scénario), le dernier volet des aventures de Jigsaw (qui est entre-temps décédé mais continuer à hanter post-mortem ses pauvres cobayes) rivalisait de bêtise avec les pires séquelles horrifiques désincarnées. Un amoncellement de situations improbables se déclinaient ainsi au sein d’un plan machiavélique pas crédible pour un sou, finissant de lasser des spectateurs pourtant tout entiers acquis à la cause des exubérances goresques de l’équipe de la Twisted. Une intrigue d’une naïveté extrême édifiée par le tandem composé de Patrick Melton et Marcus Dunstan, deux néophytes baignés dans l’horreur dès leur plus jeune âge, révélations d’un jour du Projet Greenlight avec leur délirant gorefest Feast.

Depuis, les années se succèdent et se ressemblent. D’autant que les quatre premiers épisodes ont connu un succès considérable aussi bien en salles (plus de 550 millions de dollars engrangés) qu’en DVD (24 millions de DVD vendus), plaçant pour le coup la Lionsgate en position de leader sur le marché de l’horreur. Chaque nouvel Halloween voit naître un nouvel épisode de la saga qui prévoit d’en comptabiliser au moins six (le réjouissant Saw 6, tourné à Francfort) et les foules se précipitent de plus en plus nombreuses pour acclamer les éjaculations sanglantes de pauvres hères perdus au sein de jeux dont ils ne connaissent que tardivement les règles. Pourtant, symbole d’un nouveau départ, la franchise s’est débarrassée de Bousman (parti en roue libre construire son opéra, le magnifique Repo ! The Genetic Opera) auquel se substitue David Hackl, réalisateur de seconde équipe des troisième et quatrième épisodes qui connaît assurément bien l’esprit de la saga pour avoir en sus œuvré comme décorateur dès le deuxième tome des aventures de Jigsaw (intitulé « Jigsaw, roi du brico »). En termes de caramels, bonbons et chocolats, Hackl maîtrise son sujet, avançant de nombreuses promesses afin de faire saliver. Saw 5 devrait, selon lui, répondre à de nombreuses questions que les fans se posent par rapport à la franchise (« Euh, prem’s, pourquoi en avoir fait autant ? ») et proposer des pièges à plus grande échelle, entraînant encore plus de monde dans leurs machineries (C’est Godzisaw, quoi). Espérons que cette nouvelle création rehausse le niveau d’une saga qui dépérit au fil des années…

Le teaser du film :

Plus d’infos sur ce film

SORTIES NATIONALES :

FRANCE : 05 novembre 2008

BELGIQUE : 17 décembre 2008

PREVIEW CINE - Midnight Meat train et Trans-Siberian

Le train sifflera deux fois...

La Belgique, par rapport à sa voisine hexagonale, fait office de parent pauvre en matière de sorties de films de genre sur grand écran. Xénophobes à l’égard de ce cinéma particulier, pas assez « grand public » ou « peu intellectuel », les exploitants de salles ne mettent leur dévolu que sur des œuvres « bankable » qui connaîtront forcément un réel succès. Ainsi, en cette fin d’année 2008, les nouvelles frasques de Jigsaw et la relecture hollywoodienne du Rec de Jaume Balaguero et Paco Plaza (qui ne bénéficia que d’un trop court séjour dans les salles obscures que pour séduire son public), intitulée En Quarantaine, titre qui élimine curieusement l’impact de l’aspect documentaire de l’entreprise, se verront-elles certainement gratifiées de queues inter-minables à l’entrée des complexes plus enclins à se tourner vers la dernière comédie romantique amerloque contenant Jessica Alba et Mathhew Perry (il vit encore, au fait ?) ou le délire adolescent à la mode contenant son lot de blagues salaces et de nanas poumonneuses.

Etrangement, et juste pour me contredire, les salles belges déversent cette semaine un flot d’œuvres atypiques, un flot qui compte dans ses rangs pas moins de deux films de genre, deux métrages que même les plus optimistes ne purent se résoudre à imaginer débarquer sur notre terre austère. Au programme, deux histoires de transports en commun (un train mythique naviguant dans les steppes enneigées de Russie et un métro explorant les noirceurs suburbaines anglaises) pour cheminots cinéphages et geeks désireux de s’évader de leur train-train cinématographique...

Trans-siberian

De Et plus si affinités à Session 9, Brad Anderson n’a cessé de prouver l’étendue de sa palette artistique et son intérêt pour le cinéma en général, sans s’enfermer dans un genre particulier. Pourtant, son Session 9, film de fantômes claustrophobique et oppressant à outrance, et, plus récemment son The Machiniste, thriller psychologique dans lequel Christian Bale perdait littéralement la boule, ainsi que son maigre apport à la sérié télévisuelle Fera itself (l’épisode Spooked) suffisent à corroborer la thèse des amours pour le cinéma de genre de ce réalisateur prometteur qui parvient, à coups de ténébreuses intrigues baignées dans un climat anxiogène et de personnages finement travaillés à créer une atmosphère lugubre, continuellement sise à l’exact limes qui sépare pragmatisme et paranoïa.

Un climat repris à la lettre dans ce thriller d’influence hitchcockienne qui se déroule à l’intérieur du Transsibérien Express, mythique convoi reliant Pékin au monde occidental (cependant un lecteur nous fait judicieusement remarquer que le train qui relie Pékin à Moscou n’est pas le Transsibérien, mais le Transmongolienen !) sept jours à peine. Un train où se confrontent deux couples d’apparence antagonistes qui vont peu à peu glisser dans une situation cauchemardesque suite aux avances adultères de l’un des deux amants. Mettant quelque peu de côté le fantastique pour imprégner son intrigue d’une aura moins ambiguë, Anderson persévère dans son introspection de l’âme humaine, créant pour le coup une tension existentialiste à travers son carré amoureux. Thématique universelle qui joue le parfait contrepoids à l’exode ferroviaire à laquelle se soumettent les protagonistes, incarnés par un casting cosmopolite réunissant au détour d’un wagon, Woody Harrelson, naïf hitchcockien, Eduardo Noriega, jeune étalon aux intentions équivoques, et la sublime Emily Mortimer, troublante dans ce rôle de femme éperdue et perdue dans une situation qui la dépasse…

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The Midnight meat train

De relation amoureuse complexe et de transports en communs, il en est assurément question dans The Midnight meat train, adaptation d’une des nouvelles du recueil Livres de Sang de l’écrivain Clive Barker. Ou la nouvelle amourette tumultueuse de Barker et du cinéma qui fit rarement de cadeaux au romancier qui, d’adaptations ratées en amputations trouvant leurs racines dans une censure peu permissive, a toujours entretenu avec le septième art une histoire faite de heurts et de déceptions comme l’illustrent les nombreux remous de son Cabal. Mêmes conditions, même topo puisque cette nouvelle transposition cinématographique signée par le Japonais Ryuhei Kitamura (Azumi, Godzilla : Final wars) connaît dès son entame une sortie plus que houleuse dans les salles américaines, voyant au départ sa sortie retardée voire annulée pour d’obscurs raisons avant que le métrage ne bénéficie sur le tard de quelques salles éparses en sol américain.

Sortie difficile, à l’instar de la genèse de l’œuvre. Ecriture de scripts repoussée, échéances rallongées à l’envi, désistements successifs des réalisateurs et des studios. Prévu au départ pour n’être qu’un épisode au sein d’une anthologie télévisuelle ou se voir phagocyté par la séquelle de Candyman, Midnight meat train se voit finalement affublé du long format après que Kitamura, le prodige nippon, a écopé du fameux projet irréalisable. Basé sur un scénar’ retravaillé par le réalisateur (un peu contre le goût du romancier), Midnight meat train s’avère pourtant être une œuvre légitime aux yeux de Barker, séduit par l’adaptation jusqu’au-boutiste et transgressive de son écrit. Une vision ténébreuse qui devrait particulièrement ravir les aficionados du romancier comme les amoureux du genre qui seront convaincus par la conjugaison savoureuse des univers (l’un eighties et filmé, l’autre seventies et romancé) de ce tandem hors du commun...

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PREVIEW CINE - Voyage au centre de la Terre

L’aventure intérieure

A l’instar du projet Piranhas d’Alexandre Aja, Voyage au centre de la Terre recourt à la technologie 3D pour drainer dans ses salles un public toujours plus nombreux, venu assister à un spectacle censément plus réaliste puisqu’il en appelle à un sensoriel écorné en trompe-l’œil. Devenu depuis quelques années une curiosité de parc d’attractions, la 3D s’apprête apparemment à vivre d’heureux jours au sein des salles obscures, à l’image de ce métrage inspiré de Jules Verne qui connut une sortie dans plus de 3000 salles dont la moitié était équipée de la dite technologie, permettant un fantasme visuel sans pareil.

Personne ne croit plus le professeur Trevor Anderson lorsqu’il affirme être sur le point de faire une extraordinaire découverte. Ses hypothèses révolutionnaires l’ont mis au ban de la communauté scientifique. Pourtant, au cours d’une expédition en Islande, Trevor et son neveu, le jeune Sean, sous la conduite de leur guide islandaise Hannah, vont se retrouver plongés dans l’inconnu.
Dans leur périple vers les profondeurs de la Terre, ils rencontreront des mondes inexplorés, des merveilles extraordinaires, des dangers mortels et des créatures fabuleuses... Une seule chose est certaine : à 6 km sous la surface, tout peut arriver.

Adaptation modernisée du roman de Jules Verne, Voyage au centre de la Terre en est en même temps une transposition libre puisque le livre se voit pour le coup relégué au statut de guide pour les protagonistes qui s’aventurent dans les entrailles de la Terre. Une relecture intéressante dans la mesure où elle s’écarte des nombreuses adaptations cinématographiques que connut le roman de Verne et où elle ne s’encombre aucunement des tiraillements pseudo-scientifiques de l’œuvre pour aller à l’essentiel : la découverte de cet univers parallèle sis quelques kilomètres sous la croûte terrestre. Un spectacle déroutant et vertigineux qui fait s’enchaîner allègrement une course de wagonnets dans une ancienne mine désaffectée, l’attaque d’une plante carnivore, celle tout aussi terrifiante d’un gigantosaure aux parentés inévitables avec le T-Rex de Jurassic Park, de sublimes chorégraphies de poissons volants et une pléiade d’autres aventures exotiques. Tournées essentiellement en studios à Montréal sur fond bleu, les séquences bénéficient d’une technologie de pointe qui permettent, outre l’intégration d’un spectacle tridimensionnel, de voir évoluer les personnages dans des décors somptueux aussi réalistes que fantaisistes.

Pour sa première réalisation cinématographique (il avait uniquement œuvré précédemment sur un épisode de Xena la guerrière voilà une dizaine d’années), Eric Brevig, ténor des effets spéciaux qui contribua à quelques fleurons du genre comme Abyss, Total Recall (pour lequel il fut oscarisé) ou encore Men in Black, propose un divertissement familial qui ravira assurément petits et grands ne serait-ce que par ses sensationnelles péripéties dignes des meilleurs films d’aventures et par les multiples distractions offertes par son Brendan George de la Jungle Fraser.

Le trailer :

Plus d’infos sur ce film

PREVIEW CINE - The Spirit

Le futur délire de Frank Miller.

En 2005, Frank Miller sortait de son univers de bulles et de cases pour s’aventurer sur le grand écran, avec l’aide de Robert Rodriguez et de Quentin Tarantino, pour nous livrer l’incroyable claque Sin City. Le succès international du film poussa alors Hollywood à s’intéresser à son oeuvre (d’où la mise en chantier d’un certain 300) et à Lionsgate de demander à l’artiste-scénariste de revenir derrière la caméra pour nous livrer un OFNI tel qu’il semble savoir les faire. Cet étrange métrage, ce sera The Spirit, un projet fantasme qu’il développait depuis longtemps, en tant que grand fan de l’oeuvre culte de Will Eisner.

C’est dès 1940, dans les pages dominicales de plusieurs périodiques américains, qu’Eisner invente et dessine les aventures de Denny Colt, un inconnu revenu d’entre les morts (mais c’est une longue histoire expliquée quelques années après sa création) qui, la nuit, revêt le costume du Spirit, un détective masqué issu des rues insalubres de Central City et prêt à tout pour lutter contre le crime qui y règne. Il est parfois aidé par Ebony White, un petit gars, stéréotype parfait de l’afro-américain, ce qui avait valu à son créateur de nombreuses critiques. Son ennemi principal est La Pieuvre, un génie du mal et adepte du déguisement, dont la seule réelle identité se résume à ses paires de gants. Ses nombreuses aventures lui feront rencontrer grand nombre de vilains excentriques, de situations comiques, mais surtout, des femmes fatales qui ne cessent de succomber à son charme. La série remporte un succès phénoménal, d’autant plus qu’Eisner révolutionne le genre en y intégrant des inventions personnelles au niveau du découpage ou de l’encrage. Elle se décline alors en véritable comic book, qui s’essoufflera quelque peu au fil des années si on ne tient pas en compte quelques rééditions, hors-séries et hommages (dont Alan Moore, grand scénariste admirateur de l’oeuvre d’Eisner, qu’il considère comme LE Chef de la bande dessinée américaine).

Et nous voilà en 2008, et c’est à Gabriel Macht, acteur encore inconnu, d’endosser le rôle de l’icône des comic strip et à Miller de nous livrer sa version du personnage. En effet, les bandes annonces qui circulent depuis le mois d’avril dernier laissent apercevoir une vision très personnelle de l’univers noir et déluré du personnage. Miller continue son expérience commencée en 2005 et filme entièrement son métrage sur fond vert, ce qui permet de conférer au film une atmosphère purement comics, où, à l’instar de Sin City, se mêlent couleurs ternes (la peau, par exemple) et éclatantes (la cravate rouge et flottante du héros) tout en laissant une large place pour le Noir et Blanc.
Et là où les fans du matériau d’origine s’inquiètent, c’est que le résultat ressemble plus au travail de l’auteur de Daredevil et Dark Knight Returns qu’à ceux d’Eisner, nettement moins déjantés. On retrouve les mêmes thématiques : jeux d’ombres, un certain goût pour des fonds colorés (rouge sang) qui mettent en évidence les personnages, une perspective surdimensionnée (il faut voir le Spirit en train de sauter d’un immeuble tel Superman), des délires visuels étonnants, une survalorisation du corps de la femme (le fantasme étant l’un des principaux éléments de son univers), et une certaine violence graphique, malgré un PG-13 qui semble déranger plus qu’autre chose. Soit l’inverse total de la version d’origine du Spirit

D’autres modifications apparaissent également : le Spirit échange son costume bleu pour du noir intégral, tandis que La Pieuvre (Octopus, quoi) hérite des traits de... Samuel L. Jackson et devient un psychopathe tordu et déluré comme les affectionne l’auteur. Il n’y a qu’à voir ses fringues surbranchées (du style savant fou au nazi, en passant par le samouraï) et ses flingues inimaginables. Son dessein est de détruire Central City afin de mettre en scène SA version de l’immortalité. Le "héros de la classe moyenne" et sa nemesis sont accompagnés d’une pléiade de belles actrices, à commencer par la talentueuse et pimpante Scarlett Johansson, qu’on ne présente plus, et Eva Mendes, qui avait surpris tout le monde l’an dernier avec La Nuit nous Appartient. La première joue Silken Floss, une belle secrétaire aux services du pire ennemi de Colt, tandis que l’autre joue Sand Saref, une voleuse de bijoux qui attire autant qu’elle irrite le Spirit, étant son ancien grand amour. Paz Vega et Jamie King complètent cette galerie de femmes dangereuses et séductrices que l’on à déjà hâte d’admirer sur grand écran.

The Spirit pourrait d’ores et déjà être le "comic book movie" le plus déjanté et original de l’année (enfin, presque), d’une part parce qu’il est réalisé par un gars du "milieu" de la BD qui possède ainsi une véritable ambition visuelle que l’on sait détonante, mais d’autre part parce qu’il emprunte autant aux films noirs dont l’auteur raffole comme le prouvent la plupart de ses oeuvres. Cependant pèse toujours la crainte d’un énorme Hors Sujet de la part de Miller face à cette adaptation risquée de l’oeuvre de son idole. Alors, est-ce que l’incroyable défi qu’il a relevé sera réussi ? Ce sera en Hexagone que la réponse se fera savoir d’abord, bénéficiant d’une sortie prévue pour le 31 Décembre 2008, tandis que la Belgique se contentera d’attendre le 25 Février 2009, à moins qu’une nouvelle modification ne survienne (sachant qu’il était encore prévu pour le 04 quelques semaines auparavant). Oui mes amis, la vie est parfois injuste, mais espérons que ça vaut le coup d’attendre !

Troisième trailer (VO) :

PREVIEW CINE - Twilight

Le phénomène Harry Potter s’applique aussi aux vampires !

Stephenie Meyer était encore une inconnue en 2004 alors qu’elle avait déjà 35 ans. Après moult efforts, la jeune femme sortit son premier roman, Twilight (Fascination), qui se transforma rapidement en best-seller. De cette oeuvre est alors née une véritable saga qui n’a cessé de se développer, séduisant un public jeune tout entier acquis à sa cause. Dans la foulée du premier opus, sorti en novembre 2005 en France, Meyer écrivit et publia un deuxième volet intitulé New Moon (Tentation) en novembre 2006. Celui-ci fut suivi un an plus tard par Eclipse (Hésitation) jusqu’à ce qu’un quatrième épisode, Breaking Dawn (Révélation), sorti le 22 octobre dernier en francophonie, ne clôture les aventures.

Le caractère cyclique de ces sorties ne peut bien entendu que faire penser à un autre héros de nos temps modernes, tant dans le coeur des plus jeunes que dans le portefeuille des éditeurs, à savoir Harry Potter himself. En effet, Twilight se comporte de manière identique, représentant un véritable rouleau-compresseur, machine à écraser toute concurrence aussi puissante soit-elle.

Dès lors, aux Etats-Unis, Twilight est devenu un véritable phénomène de société, la vente du troisième volume dépassant même les gigantesques chiffres réalisés par le dernier épisode d’Harry Potter. Signe de l’évolution d’une société tendant toujours plus vers l’effet de mode et la surenchère, ces chiffres incroyables ne sont encore rien à côté du succès qu’a remporté le quatrième volet, Révélation. Le jour de sa sortie aux USA, le livre a été vendu à près de... 3,4 millions d’exemplaires, les éditeurs étant même contraints de lancer de toute urgence l’impression de 500.000 pièces supplémentaires. Au-delà ce ces chiffres hallucinants, Twilight peut aussi se targuer d’avoir bousculé le monde entier, la saga ayant été traduite dans 27 langues différentes ! Ce succès ne doit rien au hasard puisque Stephenie Meyer déploie une énergie considérable à donner vie à ses personnages, héros à la psychologie assez détaillée. De plus, cette oeuvre traitant des problèmes amoureux d’adolescents mis à la sauce vampire n’avait aucune chance d’échouer étant donné les mentalités adolescentes friandes de découvrir les aventures de leurs potentialités romancées.

Faisant preuve d’un savant mélange entre romance et fantastique original, l’oeuvre de Meyer a su éviter le piège trop facile du roman à l’eau de rose en détournant l’attention du lecteur d’une intrigue qui fait pourtant fortement penser à ce genre de livres. L’histoire est celle d’Isabella, une adolescente de 17 ans ne s’étant jamais vraiment souciée de rentrer dans le moule et qui déménage dans une nouvelle ville suite au remariage de sa mère, qui l’envoie chez son père. Là-bas, dans une petite ville pluvieuse où elle pense que rien ne viendra plus la surprendre, elle tombe cependant amoureuse d’Edward. Un jeune homme beau, intelligent, athlétique et n’ayant pas vieilli depuis 1918. Car Edward et sa famille sont en fait des vampires, d’un type un peu particulier puisqu’ils n’ont pas de canines et ne se nourrissent pas de sang humain. Ce qui ne les empêche pas de jouir de pouvoirs assez impressionnants et de tomber amoureux, Edward trouvant en Isabella l’âme-soeur qu’il recherche depuis des décennies. Tout se complique pourtant lorsqu’un ennemi d’Edward et de sa famille débarque en ville, jetant son dévolu sur Isabella et lui proposant de devenir comme eux...

Cette originalité dans le traitement du fantastique ajoutée à la simplicité du sujet ne pouvait que convenir à un public jeune. A la manière de J.K. Rowling avec Harry Potter, Meyer s’est donc très vite retrouvée à la tête d’une civilisation à part entière, une structure faisant rêver et frémir petits et grands. Que le coup ait été calculé ou que la réussite de cette oeuvre ait été le fruit d’un hasard total, l’écrivain n’avait dès lors plus qu’à gérer une histoire à séquelles en offrant à ses lecteurs ce qu’ils désiraient : du rêve couché sur des pages...

Face à un tel succès, il n’est donc pas étonnant que les sociétés de production aient eu leur attention attirée et l’on imaginait déjà que le projet animerait les techniciens de grandes sociétés telles que la Warner, les studios Universal ou encore la Paramount. Mais, surprise, c’est la jeune, mais déjà toute puissante, Summit Entertainment (Le projet Blair Witch, The Crow, Memento,...) qui obtint les droits d’adaptation de l’oeuvre. Il restait donc à savoir qui serait choisi pour diriger le projet et, encore une fois, une demi-surprise vient secouer le projet : Catherine Hardwicke, réalisatrice du Seigneur de Dogtown, fut engagée. La chose peut paraître anodine mais elle est révélatrice des ambitions de la production : en embauchant une cinéaste spécialisée dans les drames, la prod n’entend pas proposer un film fantastique à proprement parler mais bien une oeuvre familiale s’intéressant avant tout aux sentiments humains des protagonistes. Copiant de la sorte le modus operandi de la saga Harry Potter, qui détaille à profusion les émotions de ses personnages, la Summit Entertainment entend donc créer une véritable machine commerciale à l’image de celle qui exploite les aventures du binoclard balafré.

D’ailleurs, Twilight s’annonce invariablement comme LE blockbuster de cette fin d’année à grand renfort de pub puisqu’on dénombre 2 teasers, 2 trailers, 3 clips, 4 spots télés et un nombre incalculable de clichés éventés petit à petit dans les médias. Ce procédé de surmédiatisation rappelle d’ailleurs le véritable buzz créé en début d’année par le blockbuster Cloverfield. Mais à l’inverse de ce dernier, Twilight se positionne surtout comme un teen movie (ce qui rapporte souvent beaucoup d’argent) grâce à un casting fait de belles gueules représentatives d’une Amérique jeune, jolie et propre, à l’image de ce que tente de dépeindre High School Musical et ses petits chanteurs à la croix de bois. Ainsi, l’héroïne Kirsten Stewart (Jumper, une actrice à surveiller de près...), le fantasmatoire Robert Pattinson (Harry Potter et l’Ordre du Phénix, tiens tiens...), les très jolies Ashley Greene (Otis) et Nikki Reed (Les Seigneurs de Dogtown) et Jackson Rathbone (Beatiful People, ça s’invente pas !) représentent à eux seuls l’image que l’Amérique veut donner d’elle aux ados. Mieux encore, ce sont bien souvent nos teenagers eux-mêmes qui en redemandent, régis par les différents phénomènes de mode presque imposés par les médias.

Certaine de ce fait, la Summit a donc décidé de mettre le paquet, quitte à se mettre à dos une partie du public opposé à ce système trop superficiel. Qu’à cela ne tienne, le public visé y trouvera sûrement son bonheur et c’est bien là le principal pour un métrage dont les séquelles sont déjà envisagées avec le plus grand sérieux ! L’adaptation des opus suivants ne serait donc qu’une question de temps en fonction du succès engrangé par le premier volet, mais rendez-vous est d’ores et déjà pris même si aucune date n’a encore été fixée. Et si on pariait que la Summit nous en sortira un par an, en novembre, histoire de développer, à la mode potterienne, l’assiduité de ses fans ?

Toujours est-il que beaucoup de personnes attendent énormément de cette oeuvre qui est sortie le 21 novembre aux Etats-Unis (N°1 du box-office avec 50 à 60 millions de revenus sur le premier week-end) et qui envahira le monde entier dans la foulée. Rendez-vous le 26 novembre dans les salles obscures de Belgique pour découvrir ce nouveau phénomène commercial qui pourrait bien surprendre son monde ! La France devra quant à elle attendre le 7 janvier pour découvrir les aventures de Bella et Edward...

Bande-annonce :

Liens vers d’autres articles :

Deux spots TV du film

Photos du film

SORTIES NATIONALES :

Belgique : 26 novembre 2008

France : 7 janvier 2009

PREVIEW CINE - En Quarantaine

US, Dessine-moi un remake...

Remake de REC, sensation espagnole du début de l’année, Quarantine fait partie de ces films vite refaits par les Américains, à croire qu’ils ne peuvent pas apprécier une œuvre non issue de leurs studios. Adeptes du refaisage rapido, les premières images de Quarantine tournaient déjà sur le net alors que l’original était encore sur les écrans français. Reprenant le scénario de Jaume Balaguero (réal de Fragile) et Paco Plaza, John Erick Dowdle colle plan par plan au film espagnol. Déplacé de Barcelone à Los Angeles, on suit une journaliste (Jennifer Carpenter, sœur de Dexter dans la série éponyme et fille du maître de l’horreur John Carpenter) et son cameraman embarqués pour une nuit avec une équipe de pompiers, jusqu’à une intervention dans un immeuble. Une intervention qui tourne mal, c’est le moins qu’on puisse dire. L’originalité de REC ne réside pas dans ses choix scénaristiques. Très à la mode ces dernières années, le virus mortel qui décime ses victimes (et éventuellement les ressuscite) est devenu un classique avec des longs comme 28 jours plus tard et sa suite 28 semaines plus tard, L’Armée des morts ou encore Je suis une légende (sortez-moi de là ? - ndlr).

Le génie espagnol, que Dowdle s’approprie honorablement, réside dans le dispositif narratif de la caméra subjective (entrevu dans Blair Witch Project ou Cloverfield). L’histoire n’est narrée que par l’entremise d’images tournées dans la fiction. Ce choix de point de vue oblige le spectateur à ne voir qu’une partie de la réalité (ce qui nous change de la position de démiurge omniscient) ; cette frustration, ces zones d’ombre intensifient le suspense, le « réalisant » en quelle sorte. Cette mise en abyme du réel est la force et l’ingéniosité de REC, le film tient son récit sans faiblir, le choix narratif étant parfaitement assumé. Malheureusement, le remake n’apporte rien de neuf mais se borne plutôt à reproduire les effets chocs, l’hystérie et la terreur crescendo qui s’emparent du spectateur.

La bande-annonce, arme marketing par excellence, se révèle un excellent objet de comparaisons des deux films. Pour REC, un des teasers montrait une salle de ciné où les spectateurs étaient filmés en vision nocturne regardant le métrage. Quand le réel devient une fiction, les spectateurs des acteurs, une camera un témoin. Ce brouillage des pistes rudement efficace ne peut que captiver. Dans le teaser de Quarantine, plus classique, on assiste à l’irruption d’un groupe d’intervention musclé (c’est un film ricain quand même), avec une voix-off expliquant que tous les habitants ont disparu, que le gouvernement se tait mais qu’on a retrouvé une vidéo.

Là où la version espagnole opte pour un frontal (on ne sait rien de l’origine des bandes), une virée nocturne qui laisse une impression de temps réel, de vérité et d’immédiateté (apport incontestable de Jack Bauer au cinéma), l’américaine offre une explication teintée de théorie du complot (comment a-t-on récupéré les vidéos ? dans quelles circonstances ?) autant dire des détails qui n’apportent rien à un film qui se veut avant tout une expérience sensorielle et immersive.
Les remakes sont souvent considérés comme moins intéressants que les originaux. Dans le cas de Quarantine, on se demande juste l’intérêt de reproduire à l’identique le meilleur film de genre de l’année, sans y apporter une once de créativité.

Quarantine se révèle un bon produit à vendre du pop-corn mais l’immersion incomplète annihile l’impression du spectateur d’être devant un film dont il pourrait« être le héros ». Mieux vaudra certainement se replier vers la séquelle que les deux Ibères préparent actuellement qui aura comme titre original REC 2, en espérant qu’ils ne flingueront pas leur propre créativité.

Le trailer

PREVIEW CINE - Le Jour où la Terre s’arrêta

Le renouveau annoncé de la science-fiction !

En 1951, Robert Wise marqua les esprits avec Le jour où la terre s’arrêta, aka The Day the Earth stood still, remportant au passage un Golden Globe. Bien plus qu’un simple chef-d’oeuvre, le métrage lança définitivement la vague SF régnant en maître aux States durant les 50’s et faisant la part belle aux productions de tous genres, de la plus crétine à la plus élaborée. Que serait en effet aujourd’hui le monde des geeks sans Le père noël contre les martiens, It conquered the world, La guerre des mondes, Les soucoupes volantes attaquent et autres joyeusetés du genre ?

Il faut dire que Robert Wise, se basant sur le scénario de Edmund North et d’Harry Bates, avait mis toutes les chances de son côté en se basant sur des phénomènes sociologiques dans l’air du temps. En effet, après une seconde guerre mondiale éprouvante pour les esprits, la paranoïa était de mise aux States. Sur fond de guerre froide, cette véritable psychose de l’inconnu (rouge de préférence, parfois vert concernant l’extragalactique) suscita un engouement pour les faits relatant la présence d’ovnis sur le territoire. A partir de là, Robert Wise n’eut qu’à exploiter les croyance populaires, jouant de la sorte sur la peur de l’autre. Mais, bien plus qu’un simple film d’envahisseurs martiens, c’est dans le traitement pacifique de son oeuvre que le réal frappe fort. Les extraterrestres sont à ce titre venus en amis pour prévenir les humains des dangers de l’arme atomique, autre grande préoccupation du moment (largement utilisée par un Roger Corman, faisant muer des animaux irradiés à toutes les sauces, pensons aux jolies sangsues gargantuesques). Prouvant par A+B la bêtise d’humains hargneux, Wise révolutionne complètement la SF qui avait, jusque-là, dépeint les extraterrestres comme des êtres hostiles assoiffés de pouvoir. En inversant les codes, le cinéaste entend mettre la société de l’époque à l’amende et lui rappeler les erreurs récentes qui ont failli conduire le monde à sa perte.

Ce chef-d’oeuvre de SF ayant provoqué une véritable révolution et ses droits appartenant toujours à la Twentieth Century Fox, on ne doit guère s’étonner de voir Le jour où la Terre s’arrêta revenir sur nos écrans quelque 57 ans après son original. Dans une SF post-Matrix qui peine désormais à étonner, laissant d’ailleurs le genre comme l’un des parents pauvres du cinéma moderne, Le jour où la Terre s’arrêta pourrait bien faire office de véritable épouvantail, en surfant à nouveau sur la vague des préoccupations de notre temps ! Exit donc le thème de l’arme nucléaire, qui paraît désormais surranné, la faute à une foule de productions répétitives et faites dans l’urgence. Le jour où la Terre s’arrêta version 2008 se rapprochera de nos préoccupations actuelles en exploitant le thème de la menace écologique. C’est ainsi que l’arrivée sur Terre de Klaatu (nom pas très éloigné de Kyoto...), un extraterrestre d’apparence humaine, provoquera de spectaculaires bouleversements. Tandis que les gouvernements et les scientifiques tentent désespérément de percer son mystère, une femme, le docteur Helen Benson, parvient à nouer un contact avec lui et à comprendre le sens de sa mission. Klaatu est là pour sauver la Terre... avec ou sans les humains !

Cette version 2008, qui s’annonce beaucoup plus intimiste que la version de Robert Wise, devrait néanmoins reprendre les éléments qui ont fait le succès de l’original en mettant en scène une nouvelle forme de psychose et aussi un Klaatu, vision archétypale du Christ (il est prêt à se sacrifier pour la sauvegarde de l’humanité, il arrive du ciel, ...) dans l’oeuvre de 1952. Ce personnage sera ici incarné par un Keanu Reeves dont on attend beaucoup, lui qui, jusqu’à présent, est resté le Monsieur Matrix dans l’esprit de beaucoup. Se dépêtrer de cette image de Neo sera sans doute la chose la plus compliquée pour celui qui, depuis Matrix Revolutions, a évité la SF comme la peste. Néanmoins, le fait de le voir à l’affiche d’une super-production comme Le jour où la Terre s’arrêta n’est sans doute pas innocent, étant donné que l’acteur est considéré comme l’icône de la science-fiction actuelle. De ce fait, bien plus que pour n’importe quel autre acteur, on s’attend à une prestation cinq étoiles de la part d’un Reeves que l’on espère toujours aussi mystérieux et charismatique.

L’acteur sera aidé dans sa tâche par Jennifer Connelly qui incarne le Docteur Helen Benson, seule être humain capable de comprendre Klaatu. Ce personnage fut incarné dans la version originale par la grande Patricia Neal, actrice en général dévouée aux séries télé. L’actrice de Requiem for a dream, A beautiful mind Blood Diamond et Dark Water aura donc fort à faire pour égaler la prestation de son modèle, mais on peut compter sur son immense talent pour venir titiller le coeur des cinéphiles de tous bords. Aux côtés de ce duo de rêve (qui doit coûter quelques belles grosses liasses de billets verts à la production), on retrouve des acteurs confirmés tels que John Hamm (The Unit, Providence), le vétéran John Cleese (Silverado, Le Monde ne suffit pas,Frankenstein), Kathy Bates (Misery, Le tour du monde en 80 jours, Titanic) ou encore Roger R. Cross (24h chrono). Tout ce beau monde a été dirigé par le réalisateur Scott Derrickson, qui s’était signalé en 2005 par l’excellent Exorcisme d’Emily Rose.

Le cinéaste, qui s’essaie ici pour la première fois à la SF, devra donc se surpasser pour tenter d’égaler le chef-d’oeuvre de Robert Wise, mais, au vu de son talent et de la belle brochette d’acteurs dont il dispose, on peut espérer qu’il livrera une péloche puissante qui pourrait bien marquer les esprits en vue des tous prochains Oscars. Car, en plus d’être une redoutable machine commerciale, la production de la Twentieth Century Fox pourrait bien viser beaucoup plus haut et s’octroyer l’honneur de quelques prix. A ce titre d’ailleurs, on peut compter sur la volonté d’aller de l’avant de Scott Derrickson qui, tout en respectant l’oeuvre originale, entend bien libérer son oeuvre de toute influence trop pesante du passé, comme il l’a déclaré voici peu : "Cela m’a pris du temps pour explorer cette possibilité que nous avions pour nous démarquer de l’original. J’ai travaillé sur différentes pistes pour essayer de me débarrasser de ce poids trop lourd. Finalement, j’ai renoncé. J’aimais cette histoire d’alien qui décide de prendre une apparence humaine. J’ai un respect sans borne pour l’adaptation de Robert Wise qui est pour moi l’un des plus grands films de science-fiction de ces 50 dernières années. Le film que nous avons conçu rend hommage au film original mais aussi à ses personnages, en particulier Gort qu’il était hors de question de retirer ou de modifier à notre guise."

Le jour où la terre s’arrêta devrait donc être l’un des événements ciné de cette fin d’année et, peut-être bien, marquer le renouveau d’une science-fiction post-Matrix dont les contours ont pour l’instant du mal à se dessiner. Bien plus qu’un simple film, le métrage symbolise sans doute l’un des grands tournants du genre. La Terre s’arrêtera donc dès ce mercredi 10 décembre, jour de la sortie d’un métrage très attendu, tant par le grand public que par les cinéphiles avertis.

BANDE-ANNONCE :

PHOTOS :

PREVIEW CINE - Sleep dealer

Antici...passion

Pro-actif depuis quelques années, le septième art mexicain peut se targuer d’avoir fourni dernièrement quelques pellicules indispensables. En 2000, Alejandro Gonzales Inarritu crée l’événement avec Amours chiennes, nommé à l’Oscar du meilleur film étranger, bientôt suivi trois ans plus tard de 21 grammes et en 2006 de Babel, gratifié du Prix de la mise en scène au festival de Cannes. L’année suivante, Le labyrinthe de Pan du mexicain Del Toro rafle trois Oscars et remporte pas moins de soixante autres récompenses tandis que le science-fictionnel Les Fils de l’homme d’Alfonso Cuaron relance une production qualifiée « d’anticipation » en mal-être. Peu complexé face au géant voisin étatsunien, le Mexique lance sur le marché un nouveau métrage s’inscrivant dans un registre quasiment similaire avec ce Sleep Dealer d’Alex Rivera.

Œuvre anticipative, Sleep Dealer dépeint un univers futuriste probant morcelé en deux grandes aires antagonistes. Les villages désertés ont subi un important exode au profit des grandes villes, seul eldorado où l’accomplissement personnel et professionnel sont encore possibles. C’est dans l’une de ces métropoles, Tijuana, baptisée la ville du Futur, que Memo, héros malheureux depuis l’accident qui causa la mort de son paternel, tente d’échapper à l’atavisme campagnard en contournant le système via la greffe à son système nerveux des connexions nécessaires pour intégrer une des usines délocalisées où l’on manipule à distance des robots sur des chantiers situés aux Etats-Unis.

Axant l’essentiel de son métrage sur les deux composantes essentielles de toute œuvre science-fictionnelle, à savoir le personnage principal et le monde futuriste qui l’entoure, Rivera refaçonne à sa sauce l’univers dans lequel Sleep Dealer s’inscrit au point d’en faire une pièce qui collabore autant à l’amélioration du genre qu’elle ne s’en distingue par son traitement particulier. Témoin de ce glissement, le héros, Memo, qui diffère des habituels personnages héritiers d’une autorité qu’ils entendent faire respecter ou qui les dépassent. Enfant du nouveau Tiers Monde, Memo se pose comme un représentant potentiel de nos générations actuelles qui se dirigent doucement vers un déclin amorcé depuis quelques années déjà. Immigré conventionnel, le héros subit les altérations de la politique mondiale régie par l’apparition du Village global qui provoque la fermeture des frontières et cloisonne les populations paupérisées dans leur vie miteuse en anéantissant toute possibilité de vivre le rêve américain, un rêve que les multiples connexions au sein d’un réseau mondial ne permettent plus que de caresser sans jamais pouvoir l’embrasser.

Clairement engagé, altermondialiste, Sleep Dealer se veut l’étendard des minorités occultées, méprisées et exploitées, une allégorie on ne peut plus directe de notre société actuelle où les puissants dirigent et les faibles subissent. Sorte de Metropolis contemporain, le métrage ne cède pourtant pas à des extravagances architecturales pour imposer sa vision de cet avenir ténébreux. Au contraire, faute de moyens, le cinéaste opte-t-il plutôt pour une description davantage naturaliste à l’instar des Fils de l’homme et déplace-t-il l’intérêt de son œuvre en touchant fréquemment à une kyrielle de questions actuelles exacerbées dans une potentialité plus sombre encore. Sont abordés pêle-mêle les relations mexicano- américaines, les problèmes de la sécheresse, du paupérisme, du réchauffement climatique et de la précarité du plus grand nombre au profit d’une minorité omnipotente. Des questionnements des plus actuels qui permettront sans nul doute à Sleep Dealer de traverser le temps et de s’imposer finalement comme l’un des classiques de la SF à l’image du très beau et profond Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol…

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PREVIEW CINE - Les Enfants de Timpelbach

La cité des enfants perdus

Timpelbach, petit village tranquille. En réalité, pas si tranquille que ça puisque les enfants accumulent les mauvais coups et les blagues de goût douteux prenant pour victimes les autres enfants et, bien entendu, les parents. A bout de nerfs, ceux-ci décident d’abandonner le village pour une journée afin de donner une bonne leçon à leurs moutards. Mais, lorsque les villageois sont arrêtés pour cause de tentative d’invasion, plus rien ne va. Les enfants se retrouvent seuls abandonnés à leur sort et tentent de s’organiser au mieux en l’absence de leurs géniteurs. Bientôt, deux clans se forment et s’affrontent dans une guerre sans pitié…

Le classique pour enfants d’Henry Winterfeld, Les Enfants de Timpelbach, imprègne le petit Nicolas Bary qui grandira avec une obsession fixe en tête : transposer sur grand écran la magie dont il a été le témoin dès son plus jeune âge. Tout frais sorti d’une école de réalisation, le cinéaste en devenir commence sa carrière avec deux courts-métrages dont l’un, Before, tourné en 2004, est directement inspiré de l’œuvre enfantine que l’auteur dévorait au temps béni de ses culottes courtes. Cet essai réussi préfigure l’univers du long métrage à venir : l’influence cartoonesque, le rythme élevé, la prépondérance au casting des enfants… Il faudra attendre quatre ans avant que le long format ne sorte sur les écrans, quatre années de dur labeur semées de multiples embûches et de nombre de contrariétés pour l’équipe technique. De l’obtention des droits livresques négociées avec les héritiers de l’auteur à la post-production, les étapes s’enchaînent pêle-mêle parfois en totale roue libre pour finalement aboutir à une œuvre respectueuse de son modèle, résultat de la conjonction d’une équipe impliquée de bout en bout et d’un cinéaste passionné par son premier long-métrage qui se pose comme un accomplissement professionnel autant que personnel.

La première réécriture de Bary est finalement abandonnée pour une autre, créée en complicité avec le scénariste Nicolas Poufaillit qui vient juste de collaborer sur le nouveau métrage de Jacques Audiard, Le Prophète. Une collaboration qui enfante un nouveau récit, quelque peu différent du matériau de base même s’il en conserve l’essence fantasmagorique. Préférant les adaptations littéraires aux transpositions littérales dont le roman ressort inexorablement vainqueur, les scénaristes optent pour une recherche de l’humour et de l’émotion qui les mène à adopter de nouveaux personnages inédits comme Mireille ou les deux gardes affublés de prénoms improbables. Tout ce beau monde, majoritairement composé d’enfants admirablement soutenus par des artistes à la bouteille avérée (Gérard Depardieu, Armelle, Carole Bouquet), déambule dans des décors majestueux sis dans un hangar luxembourgeois ou reconstruits en studio qui renvoient aux contes de Tim Burton et de Terry Gilliam. Un paysage enchanteur, imaginaire qui s’imprègne pourtant d’un certain réalisme. C’est précisément sur ce point que le métrage se détache du produit romancé pour planter ses personnages archétypaux dans un univers réaliste aux contours féériques, délicat équilibre d’un entre-deux-mondes relevant autant de l’exotisme que du pragmatisme.

Une œuvre qui pourrait consacrer le jeune Nicolas Bary en digne successeur du créateur Jean-Pierre Jeunet avec lequel il partage un goût commun pour les histoires atypiques, les fables magiques et enchanteresses. Dès ce 17 décembre, l’accessit pourrait se voir entériné…

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PREVIEW CINE - Morse

Le grand vainqueur de Gerardmer en salles

Film fantastique suédois, sensation des festivals en 2008 (Méliès d’or à Sitges entre autre), Let the right one in arrive en France le 4 Février 2009. Changeant de nom pour sa sortie dans l’hexagone, le film devient Morse. On ne voit pas bien l’intérêt d’ailleurs. Le titre original, Lat den rätte komma in dans le texte, faisait allusion à une des règles du vampirisme : le suceur de sang doit être invité à entrer chez son hôte sous peine de désintégration. Le titre pour l’exploitation française fait référence à un système de communication mis au point par les deux héros : taper en morse contre le mur mitoyen de leur appartement respectif.

Les protagonistes, Oskar 12 ans, maltraité par ses camarades de classe, enfant taciturne, se prend d’amitié pour sa nouvelle voisine, Eli, 12 ans elle aussi, seule et mutique. Couple atypique ils vont rapidement engager une relation débordant le cadre du copinage pour devenir une histoire d’amour. L’aspect love story enfantine est contrebalancé par une ambiance très sombre et surtout le lourd secret d’Eli. Vampire, elle doit se nourrir de sang frais et toute relation humaine lui est impossible. Nait alors une relation trouble et sexuellement ambiguë entre ces deux personnages.

Film tout en poésie, en douceur, malgré la noirceur du propos et la désespérance des héros, Morse frappe au cœur et aux yeux. Une photographie léchée et très graphique fait écho à la solitude de ces enfants perdus. Conte intemporel, histoire d’amour magnifiée par son impossibilité, Morse est le film à ne pas rater en ce début d’année.
Quand on sait que Matt Reeves (le « réalisateur », c’est un bien grand mot de Cloverfield) s’est attelé au remake américain, ca donne encore plus envie de ne pas attendre pour voir ce romantique film d’un amour naissant sous la neige et dans le sang.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Le roman à l’origine du film Let the right one in (Morse en français) a été un énorme succès en Suède, traduit dans 12 pays. Un mélange étonnant entre histoire d’amour, terreur et problèmes de société, ce qui lui a valu d’entrer dans la liste des best-sellers. On imagine que vous n’étiez pas le seul réalisateur sur les rangs pour l’adaptation ?

Tout à fait. Je crois qu’il y avait une trentaine de réalisateurs qui voulaient mettre la main dessus.

Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Un des producteurs du film, John Nordling, m’a donné le livre. Après quelques rencontres avec Mr Lindqvist (ndlr l’auteur du roman), il a pensé que j’étais le bon.

Etait-ce important pour John Ajvide Lindqvist de voir son roman adapté ? Comment se sont déroulés vos échanges ?

Nous avons beaucoup discuté sur la manière pour ramener 400 pages à 90 minutes. Nous avons compris que l’histoire d’amour entre Oskar et Eli devait être le point d’ancrage. Je ne crois pas qu’il soit bon de prendre tous les détails lorsqu’on adapte un livre au cinéma. Ca devient trop bruyant et au final trop rhapsodique. Il vaut mieux couper un bon morceau juteux et s’y tenir.

Votre film est un drame fantastique. Etiez-vous intéressé par ce genre de cinéma avant le tournage de votre film ?

Je ne dirais pas qu’il s’agit d’un drame fantastique, c’est avant tout une histoire d’amour, et comment n’aurais-je pas été sensible à l’amour ? Mais si vous évoquez les films de vampires en particulier alors ma réponse est non.

La production vous a-t-elle imposé des conditions quant à l’histoire originale ou au budget, ou aviez-vous carte blanche pour la réalisation ?

C’est un film très cher compte tenu des standards suédois, dans les 3 millions. Ca nous a pris 2 ans pour obtenir l’argent et chaque plan a été pensé, choisi et planifié. Artistiquement je dirais que j’avais carte blanche mais pas financièrement.

Les deux acteurs, Kare Hedebrant et Lina Leandersson sont très talentueux, comment s’est déroulé le casting notamment pour ces deux jeunes acteurs ?

En Suède, il n’y a pas d’enfants acteurs professionnels, donc vous devez partir de rien quand vous avez un projet avec des enfants. Nous avons organisé des castings ouverts dans toute la Suède pendant 12 mois. C’était une décision flippante de choisir ces deux rôles principaux mais je crois que ça s’est parfaitement passé.

Eli, à l’origine était un garçon. Son personnage reste ambigu tout au long du film, on s’interroge sur sa sexualité, d’ailleurs dans la mythologie vampirique, le vampire est androgyne. Avez-vous avec John Ajvide Lindqvist envisagé de transformer la sexualité d’Eli pour ne pas effrayer ou choquer le public ?

Eli est aussi un garçon, un garçon castré, dans le livre comme dans le film. Il y a un gros plan sur ses parties génitales, et Eli demande à 2 reprises à Oskar « si je n’étais pas une fille, m’aimerais-tu quand même ? » La vérité sexuelle sur Eli n’est pas ostentatoire, elle est vaguement suggérée. Le film est ainsi à de nombreux égards. J’aime quand le narrateur suggère, quand la nourriture n’est pas prémâchée quand elle arrive dans votre bouche.

En Suède, en Norvège, en France et même en Pologne, on sent l’émergence d’un nouveau cinéma européen particulièrement concernant le fantastique et l’horreur. Pensez-vous que ces pays puissent développer un cinéma fantastique ou d’horreur pour se renouveler ?

Je ne sais vraiment pas. Quand j’ai commencé à travailler sur ce film il y a 3 ans personne ne semblait intéressé par le cinéma de genre en Suède, et là soudain il y a une mode dont manifestement ce film fait partie.

Depuis le début de l’année 2008 Let the right one in est présenté dans de prestigieux festivals, il a été de nombreuses fois récompensé, particulièrement au Fantasia à Québec, mais aussi à Sitges, où il a récolté le Méliès d’or. Vous attendiez-vous à une telle reconnaissance ?

Non, mais c’est un immense honneur. On ne travaille pas pour les récompenses, on essaie juste de faire le meilleur film possible. La notoriété du film a été massive, dans le monde entier, à ce jour il a été vendu à quelques 50 pays, ce qui en fait un des plus grands succès suédois à l’export de tous les temps. Nous sommes très fiers.

Que pensez-vous du remake américain en projet ?

J’espère qu’ils en feront quelque chose de vraiment original, ca serait triste si cela ne devenait qu’une « version hamburger ».

Avez-vous des projets ?

En ce moment je travaille sur une pièce pour le Royal Dramatic Theatre de Stockholm. C’est excellent pour un réalisateur de travailler sur les planches de temps en temps.

(Interview réalisée par Livingdeath et traduite par Ursula von Trash)

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PREVIEW CINE - Banlieue 13 Ultimatum

Le retour des caille-ra !

Banlieue 13, deux ans plus tard. Le gouvernement a changé, pas le reste... Le mur d’isolement - toujours plus haut, toujours plus grand, toujours plus loin - s’est étendu autour des cités ghettos et les gangs qui y prolifèrent ont encore accru leur influence. Le trafic se répartit désormais entre cinq quartiers ethniques, chacun dirigé par un redoutable chef de gang. Plus que jamais déterminés à "régler le problème", les services secrets mettent volontairement le feu aux poudres. Damien, flic expert en arts martiaux, et Leïto, capable de se faufiler dans les moindres recoins de la banlieue, font à nouveau équipe. Leur objectif : sauver la cité du chaos. Leur programme : combats musclés et course-poursuites défiant les lois de la gravité...

Eh oui, les caille-ra sont de retour ! Banlieue 13 avait marqué l’année 2004 de son empreinte en se faisant une place au soleil au box-office, chose assez rare pour un film français. Il faut dire qu’en mettant en scène des racailles, des grosses bagnoles, des armes abracadabrantesques, de la coke et en faisant preuve d’un langage bien djeunz, cette production de Luc Besson, réalisée par Pierre Morel, n’avait que fort peu de chances de se planter. Séduisant un public assez jeune avec son premier opus, Banlieue 13 verra donc son second épisode tenter de confirmer la tendance. Cela devrait normalement se réaliser sans heurts à la vue d’un pitch où arts-martiaux et combats en tous genres alterneront avec courses-poursuites musclées, bref, tout ce que le grand public aime ! Banlieue 13 Ultimatum est dès lors fort attendu par ce dernier et, même si quelques réserves sont à émettre tant sur le fond que sur la forme, le film devrait être un nouveau succès pour l’Europa Corp.

La société de prod a, pour ce faire, engagé Patrick Alessandrin, réalisateur de la miteuse comédie Mauvais Esprit avec Thierry Lhermitte et Ophélie Winter... Si cette indication peut paraître inquiétante, on se doute néanmoins que c’est surtout l’empreinte Luc Besson qui va primer sur celle d’un cinéaste à la filmographie presque vierge. David Belle et Ciryl Raffaeli reviennent donc à la tête d’un casting qui compte aussi en ses rangs le jeune Alaa Oumouzoune (Pour elle), Frans Boyer (Lady Blood), Camille de Pazzis (Le Premier jour du reste de ta vie) et Milan Ojdanic.

Dans un film où les scènes de baston ont toute leur importance, Ciryl Raffaeli reprend le rôle de chorégraphe car, dit-il, il avait « vu dans le scénario qu’il y avait moyen de faire un vrai deux. C’est-à-dire qu’on pouvait être au dessus du premier avec ce scénario-là. Parce que l’action c’est bien, mais on peut faire des scènes d’action dans tous les sens, cela devient alors juste démonstratif et cela ne donne pas envie aux gens d’aller le voir. » Selon ce principe, il devrait donc y avoir autre chose que de la baston dans ce deuxième opus dont « les cascades sont toute autres », inspirées qu’elles sont par de grands maîtres de l’action. Raffaeli cite ainsi Bruce Willis et Edward Norton, avec qui il a eu l’occasion de travailler. Banlieue 13 Ultimatum égalera-t-il pour autant la série des Die Hard ?

Poser la question, c’est déjà quelque part y répondre puisque le côté franchouillard exacerbé du premier opus, malgré des cascades il est vrai renversantes, avait déjà nui à un ensemble bien faiblard. Néanmoins, Patrick Alessandrin a promis de « faire vivre son film, par le biais d’une caméra au centre de l’action », ce qui pourrait donner lieu à quelques scènes étonnantes comme nous le démontre la bande-annonce. De gros plans en vifs mouvements de caméra, Alessandrin dit avoir essayé de rendre au mieux la tension présente dans le scénario afin « englober le spectateur dans l’action. Pour qu’il devienne lui-même un acteur du film. » Ce sur quoi Raffaeli n’a aucun doute : « C’est un vrai 2 ! Ca veut dire qu’il est mieux que le premier. Donc, forcément, si les gens ont aimé le premier, ils vont aimer le deux. » Dès lors, il restera à savoir si ce « film d’action à la française », comme le caractérise le chorégraphe, remplira sa fonction première : distraire les foules sans se prendre la tête outre mesure.

Si, vous vous en doutez, l’enthousiasme de notre rédaction est quasiment nul pour la sortie de ce film (Gore Sliclez mange de la caille-ra à chaque petit déjeuner ! C’est qu’il est beau et fort, notre Gore !), il n’en reste pas moins que ce métrage SF d’action pourrait encore marquer des points dès ce 18 février en salles. Reste à voir si le public n’en sera déjà pas lassé...

BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Underworld 3 : le soulèvement des Lycans

Aux origines du conflit...

La genèse

C’est en 2003 que débute la franchise Underworld, née de l’imagination de Danny McBride, Len Wiseman et de l’acteur bodybuildé Kevin Grevioux lors "d’une discussion entre fans du genre qui souhaitaient recréer un univers mêlant science et mythologie afin de présenter vampires et loups-garous sous un jour nouveau"(dixit McBride).
Une bande de potes qui souhaitent apporter quelque chose de neuf aux mythes ultra exploités que sont les loups-garous et les vampires. "On en avait marre de voir tout le temps les mêmes recettes", explique le producteur Kevin Grevioux. "On voulait voir quelque chose de différent. Nous voulions expliquer leurs origines à l’aide d’une analyse scientifique par opposition au mysticisme. J’ai donc imaginé un virus comme créateur de vampires et des loups-garous". Voilà donc l’idée de départ trouvée et aux trois compères d’imaginer un scénario à la hauteur.

L’histoire

Depuis plusieurs siècles, les rebelles lycans et les seigneurs vampires s’affrontent dans une guerre sans merci au-delà du temps qui passe et au travers de l’ignorance des mortels. Selene, tueuse froide et efficace, devine un complot au sein de sa communauté qui vise à renverser le seigneur des vampires, Viktor. Fomenté par Kraven, le « régisseur » actuel des vampires, celui-ci tente une alliance secrète avec Lucian, le chef des loups-garous au dessein autrement plus ambitieux : créer la race ultime, celle des hybrides.

Selene

Pour interpréter Selene, l’équipe des producteurs s’arrête sur le choix surprenant de Kate Beckinsale toute auréolée à l’époque de son rôle dans le très classique et décevant Pearl Harbor. Plutôt frêle et véhiculant a priori l’image de l’actrice romantique, celle-ci ne fut pas facile à convaincre pour autant. "Au départ, elle ne voulait même pas lire le scénario sur la simple base que c’était un film de vampires", raconte Len Wiseman. "Mais son agent lui a tout de même envoyé le script avec mes dessins". "C’était frais, original et c’est ce qui m’a donné envie de lire le scénario", révèle alors Kate Beckinsale. "Ce n’est pas un comic-book où le personnage principal défie les lois de la pesanteur et saute partout. Elle est faite de chair et de sang et bien que très puissante, elle peut souffrir. C’est un personnage solitaire qui n’a qu’un seul objectif dans cette guerre : détruire tous les Lycans afin de venger le massacre de sa famille. Son appétit de vengeance est sa force, et toute sa vie tourne autour de ça. Sa croisade commence à perdre son sens lorsqu’elle rencontre Michael. C’est intéressant de jouer un personnage qui va être déstabilisé, qui devra changer sa vision des choses et sa façon d’être". L’actrice se révélera être au décompte final l’atout majeur du film grâce à sa prestation plus que convaincante et à son image sexy en tueuse à la peau diaphane et au corps moulé dans une combinaison de cuire des plus suggestives. Acquérant désormais un statut d’actrice de film d’action fantastique, elle rééditera d’une certain façon l’expérience l’année d’après avec Van Helsing où elle interprètera le rôle d’une chasseuse de… vampires ! Mais Underworld c’est aussi un film d’amour entre Selene la vampire et Michael Corvin (interprété par le non moins séduisant Scott Speedman), le mortel devenu hybride par descendance génétique venant du père originel des deux races. Une idylle pudique inspirée sans aucun doute de l’indémodable Roméo et Juliette.

L’univers Underworld

Underworld et Underworld Evolution présentent un univers gothique personnalisé par l’imagination de trois hommes, une œuvre crépusculaire teintée majoritairement en cyan et bleu, dessinée jusqu’au moindre détail. Des costumes « designés » et inspirés de la mode gothique qui donne une sensation de légèreté qu’un John Woo lui-même n’aurait pas renié quand on aperçoit ces capes qui flottent et s’envolent au moindre coup de vent magnifiant ainsi des personnages hauts en couleurs. Les décors ne sont pas en reste avec le choix des villes de tournage, "européennes" comme Budapest ou boisées comme Vancouver. Des décors superbes qui accentuent la vision mythologique des deux œuvres. Cerise sur le gâteau, des acteurs essentiellement "british" comme Bill Nighy, Tony Curran, Derek Jacobi ou encore Steven Mackintosh, qui selon le réal apportaient une attitude "old style" très importante pour l’atmosphère des films. Enfin, un bestiaire des plus impressionnants que l’on doit en partie au frenchie de la bande, Patrick Tatopoulos. Underworld marque sa quatrième collaboration avec le réalisateur Len Wiseman, qui avait travaillé à ses côtés sur les effets spéciaux de Stargate, la porte des étoiles, Independence Day et Godzilla.

"Len et moi avons convaincu Lakeshore d’aller dans cette direction en leur montrant des extraits d’Aliens le retour de James Cameron", explique le scénariste Danny McBride. "Nous leur avons ensuite projeté des extraits de films avec des créatures en images de synthèse... Nous voulions leur faire comprendre que dans certains cas les effets numériques fonctionnent très bien, mais que dès qu’il faut recréer certaines matières telles que la peau, les poils ou autre, le rendu laisse un peu à désirer, en particulier sur les gros plans. Nous voulions quelque chose de tangible, de réel, des types dans des combinaisons animatroniques incroyables avec des visages connectés à des dizaines de câbles pour contrôler chaque mouvement du corps. Les images de synthèse étaient utilisées pour les plans larges et les scènes d’action, les maquettes et autres prothèses pour tout le reste. Nous avons réussi à combiner les meilleurs atouts des deux techniques".

Développant des Lycans dotés de 25 axes de rotation, Patrick Tatopoulos est parvenu à créer une nouvelle espèce de loups-garous : "Voir l’un des ces loups-garous marcher dans une pièce avec toutes les animatroniques était vraiment impressionnant". Voilà qui mettra un terme aux quelques critiques qui tombèrent sur la franchise autour d’une utilisation abusive des CGI.

Underworld 3 : Rise of the Lycans

Après le magnifique travail sur les deux précédents opus en tant que responsable des effets spéciaux, Tatopoulos reçoit sa chance en tant que réalisateur de ce préquel (le film commence avant les deux premiers opus) fort attendu par des milliers de fans à travers le monde. Pour son premier long métrage, le néo réal veut adopter le point de vue de Lucian. "J’ai conçu les loups-garous du premier et du deuxième film . C’est pourquoi le fait que l’histoire soit appréhendée du point de vue d’un loup-garou comptait beaucoup pour moi. On a déjà vu des loups-garous avant, mais leur présence n’a jamais été si dominante. Cette fois-ci, c’est une guerre où intervient une foule d’entre eux. Ce film constitue une nouvelle étape dans l’histoire, ce qui m’a aidé à donner une autre texture au film ".

Autre film, autre décors puisque c’est en Nouvelle-Zélande que sera réalisé ce Underworld 3. Les splendides paysages de Nouvelle-Zélande et ses forêts luxuriantes offraient une toile de fond parfaite. " Ma première réaction a été que la Nouvelle-Zélande était trop belle ", raconte Patrick Tatopoulos. " Trop magnifique, trop verte. Rien ne pourrait y ressembler à l’enfer. Mais lors de notre premier voyage de repérages, nous avons vu la Woodhill Forest qui ressemble à une forêt morte. Quand je l’ai vu, j’ai su que ce serait génial ".

Underworld 3 : le soulèvement des Lycans est le premier des trois films à être filmé en haute définition. " Pour ce genre de film, la HD est parfaite ", explique Ross Emery, le directeur de la photographie. " C’est un film très sombre car les vampires ne sortent que la nuit. Nous n’avions que deux semaines de tournage en extérieur. (...) J’adore la HD car l’on peut voir à quoi ressemblera le film sur le plateau. Il n’est plus nécessaire d’imaginer ce qu’on obtiendra après l’étalonnage et tout le reste. Pour quelqu’un d’aussi visuel que Patrick, c’est fantastique car il pouvait voir sur les moniteurs à quoi ressemblerait le film sur grand écran. Cela a été un instrument extraordinaire pour toute l’équipe parce qu’ils pouvaient faire leurs ajustements en conséquence ". La HD a également permis de manipuler le rythme de l’action pendant les séquences de combats et d’améliorer l’apparence des loups-garous.

L’histoire de Underworld 3 : le soulèvement des Lycans nous replonge mille ans en arrière, aux origines du conflit qui oppose les Vampires aux Lycans. Deux races immortelles étranges vinrent alors au monde, chacune descendant d’un des fils d’Alexandre Corvinus. Les vampires, issus de la lignée de Markus, devinrent des aristocrates buveurs de sang et rusés. Les loups-garous, descendants de William, se transformèrent en bêtes sauvages, sans plus aucune humanité et habitées d’un désir de violence insatiable. Grâce à leur supériorité intellectuelle et à leur habileté politique, les Vampires réussirent à dominer les terres sauvages de la Hongrie occidentale. Ils continuèrent néanmoins à craindre les loups-garous qui, s’ils étaient incapables de s’organiser, faisaient montre d’une incroyable sauvagerie et d’une force immense... Au Moyen-Age, l’équilibre règne entre les vampires, dirigés d’une main de fer par Viktor, et leurs serviteurs les Lycans. Mais lorsque la fille de Viktor s’éprend de Lucian, un Lycan, c’est le début d’une longue guerre sanglante qui continuera jusqu’à aujourd’hui...

Pour ce préquel, plus de belle Selene, héroïne remplacée au profit d’une nouvelle et non moins superbe actrice. Rhona Mitra interprétera Sonja, une guerrière redoutable elle aussi. On se souvient que la belle, originaire de Londres, officia avec beaucoup de talent dans le Doomsday de Neil Marshall et dans le moins glorieux Skinwalkers où elle interprétait une femme d’action aux prises avec une bande de dangereux… loups-garous. L’histoire ne fait donc que repasser les plats et on attend évidement avec beaucoup d’impatience cette nouvelle aventure qui démarrera ce mercredi en France et seulement le 18 mars en Belgique.

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PREVIEW CINE - Watchmen

La légende est en marche...

Les Etats-Unis ont gagné la guerre du Viet Nam. Suite à une modification constitutionnelle, Richard Nixon entame son 5e mandat de président. La 3e guerre mondiale contre le bloc de l’Est couve. L’horloge de l’Apocalypse indique précisément et indéfiniment minuit moins cinq (le fameux smiley). Bienvenue en 1985.

Le roman graphique d’Alan Moore et de Dave Gibbons est publié par DC Comics entre 1986 et 1987, à raison d’un épisode par mois (12 au total). Cité parmi les 100 plus grands romans anglophones de tous les temps, The Watchmen est une uchronie brillante sur la face cachée de notre monde, sa version dévoyée. Univers sombre, corrompu, que même un groupe de super-héros, les Gardiens, a déserté. Le Comédien, Rorschach, le Hibou, Ozymandias, le docteur Manhattan (le seul à avoir de véritables pouvoirs, il est omnipotent) et le Spectre soyeux n’officient plus. Retraités en quelque sorte, ne désirant plus sauver l’humanité (le mérite-t-elle encore ?), ils se retrouvent pourtant dans l’obligation de reprendre du service quand l’un des leurs est assassiné. Polar, complot, enquête, The Watchmen dispose les pièces d’un puzzle complexe et fascinant (politique et subversif), donnant un portrait tour à tour réaliste, symbolique, glaçant et ultra contemporain de 1985, en miroir de la célèbre année orwellienne.

2008 fut une année riche en super-héros de tous genres et de toutes qualités. Entre un Hulk une nouvelle fois imbuvable et un Batman qui a atteint le niveau d’excellence, les spectateurs purent aussi se régaler d’un Iron Man plus que délicieux et attendre bien tranquillement une année 2009 qui s’annonçait encore plus haute en couleurs. Punisher : War Zone, Dragonball Evolution, Wolverine, The Spirit ou encore Watchmen allaient tenter de tirer la couverture (de billets verts) de leur côté en proposant un spectacle ébouriffant, capable de transcender la pellicule. Depuis, Punisher a totalement disparu du panorama après une sortie en salles catastrophique au pays de l’Oncle Sam (débarquera-t-il dès lors un jour chez nous ?), Dragonball compte bon nombre de détracteurs, toujours prêts à se moquer de la ganache de l’un ou l’autre acteur déguisé en personnage de manga, The Spirit s’est pris un bide monstre, ce qui laisse les coudées franches au spin-off Wolverine et à Watchmen.

Et ce dernier sera en fait le premier à entrer véritablement dans la danse en 2009 avec une sortie mondiale prévue ce 4 mars, la Belgique et la France étant une nouvelle fois les premiers pays à accueillir les super-héros. Mais qui sont-ils exactement ces héros ? On entend souvent parler de Watchmen comme d’un simple produit marketing, un film qui va surfer sur la mode des surhommes, mais qu’en est-il exactement ? Bien entendu, Watchmen n’aurait sans doute jamais existé sans le succès grandissant des films de super-héros, c’est un fait. Mais il faut néanmoins savoir que Watchmen est tiré d’un graphic novel éponyme écrit rédigé par Alan Moore et Dave Gibbons. Véritable phénomène de société aux Etats-Unis lors de sa sortie, ce roman graphique, aux dessins sombres et à l’histoire bien ficelée, a véritablement marqué l’histoire du comic book et s’est imposé comme l’une des meilleures œuvres de tous les temps. L’album, décrivant un monde ténébreux où des super-héros retraités doivent reprendre du service après quelques temps d’inactivité, est en outre entrecoupé de plusieurs pages de documents écrits issus de l’univers des Watchmen. Articles de journaux, longs passages du journal intime de l’un des personnages, ces documents ne servent pas directement l’intrigue du récit mais permettent de donner une profondeur à l’univers des Watchmen.

Car c’est avant tout cela qui caractérise « l’esprit Watchmen » : une profondeur à toute épreuve qui rend le héros particulièrement humain ou inhumain selon les situations. D’ailleurs ces personnages, à l’exception du Dr. Manhattan, ne sont dotés d’aucun super-pouvoir particulier, si ce n’est soit une rage démesurée envers la société contemporaine, soit une profonde tristesse d’être devenus les « clowns » de celle-ci. Watchmen, qui traînait depuis longtemps dans les caisses des sociétés de production (nous ne reviendrons pas sur la guerre des droits qui a opposé la Fox et Warner), était réputé jusque-là comme étant inadaptable à cause de sa vision trop sombre et pessimiste. Depuis quelques années déjà, l’idée d’une adaptation ciné remue les studios. Terry Gilliam, Darren Aronofski, Paul Greengrass se succèdent mais il faudra attendre Zack Snyder (sans doute remarqué pour son adaptation d’un autre roman graphique, 300 de Franck Miller) pour voir naître sur grand écran l’épopée hallucinante de ces super héros.

Il faut dire que ces personnages désabusés et vengeurs, qui rappellent à la limite le Peyton Westlake de Darkman, demeurent aux antipodes des super-héros habituellement mis en scène et qu’ils constituent donc une prise de risque immense pour les sociétés de prod. Mais qu’à cela ne tienne, avec un réalisateur tel que Zack Snyder, les choses ne pouvaient être menées que tambour battant. Si la durée de son œuvre a de quoi en rebuter certains (163 minutes, soit 2h43 tout de même), le réal de 300 a visiblement pris le temps de développer toute la thématique abordée par Alan Moore dans son roman. Le cinéaste devra donc s’échiner à présenter les cinq héros du récit qui seront représentés par des acteurs dont les caractéristiques physiques collent étrangement à celles de la nouvelle : Jeffrey Dean Morgan dans le costume du Comédien, Patrick Wilson en Le Hibou, Matthew Goode en Ozymandias, Jackie Earle Haley en Rorschach et Malin Akerman dans le costume du Spectre Soyeux.

Vieux et dépassés par une société qu’ils ont eux-mêmes par inadvertance transformée, ces héros aux noms pour le moins originaux vont devoir lutter tout au long d’un ensemble que Snyder a voulu rendre le plus réaliste possible. C’est d’ailleurs ainsi que Watchmen s’est vu infliger un R par la MPAA pour forte violence graphique, nudité et sexualité. Mais c’est avant tout au contenu même d’un univers fort sombre, qui fera sans aucun doute frôler la dépression à certains, que le cinéaste va devoir s’attaquer. On peut néanmoins compter sur sa verve habituelle et sur les qualités graphiques qu’il a montrées jusqu’ici (300, L’armée des morts) pour rendre un travail plus que satisfaisant.

Certains criant déjà à la véritable révolution dans le domaine des super-héros avec ce Watchmen, il ne serait en tout cas nullement étonnant que Snyder nous gratifie d’une œuvre légendaire et intemporelle. C’est tout le mal que l’on peut souhaiter à un cinéaste qui, petit à petit, est en train de se faire un tout grand nom.

TRAILER

PHOTOS DES CINQ WATCHMEN :

Le Comédien

Le Hibou

Ozymandias

Rorschach

Spectre Soyeux

PREVIEW CINE - Les Intrus

Remake made in Hollywood ?

Blue Dragon Award de la meilleure actrice pour Lim Soo-Jung, Prix de la meilleure actrice, meilleur réalisateur, prix spécial du jury et du meilleur film au Festival Fantasporto, Prix 13ème rue, Grand Prix et prix du jury au festival de Gérardmer, autant de récompenses qui atterrirent en 2003-2004 dans l’escarcelle du Coréen Kim Ji-woon. Il faut dire que son film Janghwa, hongryeon, aka A Tale of Two Sisters, aka 2 sœurs, avait tout pour réussir, à commencer par un pitch particulièrement intéressant. Su-Mi et Su-Yeon, deux soeurs, rentrent chez elles. Leur belle-mère les accueille mais Su-Mi l’évite volontairement et Su-Yeon semble en avoir peur. Un jour, le frère de la marâtre et sa femme leur rendent visite. Pendant le dîner, elle aperçoit un fantôme et des événements étranges se produisent. Le fantôme d’une petite fille hante en effet la maison. Les oiseaux meurent. Persuadée que leur mort est due aux agissements de Su-Yeon, la belle-mère l’enferme dans un placard. Le conflit entre la marâtre et les deux jeunes soeurs ne fait que commencer... Alors que certains n’y voyaient qu’une nouvelle ghost story asiatique, Kim Ji-woon offrait avec 2 sœurs un film à la dramaturgie toujours plus poussée et un ensemble d’où filtraient scènes d’angoisse et réflexions profondes. Véritable film psychologique d’une poésie rare, 2 sœurs ne tardait donc pas à trouver son public en festival, à le séduire et à se révéler être une véritable machine-à-convaincre-les-jurés.

De ce succès en festivals découla bien entendu une sortie plus large qui convainquit nombre de distributeurs à se procurer les droits de l’œuvre. C’est ainsi que le métrage sortit en Europe, dans le reste de l’Asie et, bien entendu, aux Etats-Unis, éternel eldorado cinématographique. L’histoire de Su-Mi et Su-Yeon tapa alors dans l’œil des producteurs de Vertigo Entertainment et DreamWorks qui eurent tôt fait de se mettre dans l’idée de… faire un remake ! Procédé bien américain que voilà mais, que voulez-vous, quand on a le pognon, on peut décider de tout. Une fois les droits du film de Kim Ji-woon rachetés, il ne restait dès lors plus qu’à mettre sur pieds cette relecture américanisée. Et là, premier coup de semonce, les producteurs décident d’engager Thomas et Charles Guard, deux jeunots jusque là auteurs de 3 petits courts-métrages. (Il va sans dire que l’exemple de Sam Raimi qui vient d’embaucher le Danois Martin Barnewitz, pour le remake de son propre Room 205, est hautement préférable)

Une fois les deux réals trouvés, un casting plutôt charmeur fut mis sur pieds. Emily Browning (Le vaisseau de l’angoisse) et Arielle Kebbel (Reeker) furent choisies pour incarner les deux sœurs, tandis que David Strathairn (La Firme), dans le rôle du père, et Elizabeth Banks (Appelez-moi Dave) complétèrent un quatuor de tête assez expérimenté. Les Guard purent alors se mettre au travail et, par le biais de ce charmant casting, s’attelèrent à tourner un métrage ultra-référentiel envers l’œuvre originale, comme en atteste un pitch presque inchangé : Deux soeurs, qui sortent d’un séjour en psychiatrie, retournent vivre chez leur père en espérant la tranquillité. Mais elles doivent subir les remontrances de leur terrible belle-mère et supporter la présence d’un fantôme qui hante la maison.

Si la méfiance était tout de même de mise dans les médias américains, c’est sous les applaudissements que The Uninvited, aka Les Intrus, sortit sur le marché domestique le 30 janvier passé. Véritablement étonnant de l’avis des critiques américaines et canadiennes, Les Intrus fut l’une des révélations de ce début d’année, engrangeant au passage près de 26 millions de dollars de recettes en à peine un mois sur les écrans (chiffre arrêté au 26 février 2009).

Des chiffres que Vertigo Entertainment et Dreamworks n’espéraient peut-être pas, mais qui démontrent que les frères Guard ont tenu le pari d’étonner quand même avec ce remake qui paraissait pourtant plombé d’avance par la grandeur de ses références. Dès lors, Les Intrus, film, qui sortira ce 15 avril dans nos salles obscures, pourrait bien être l’une des rares réussites d’un cinéma américain pillard. L’œuvre de Kim Ji-woon apportait déjà énormément au genre, mais si les Guard parviennent à surprendre, cela pourrait donner un film renversant.

Les Intrus, malgré ce que certains en pensent, est donc sans aucun doute un film à découvrir avec une certaine curiosité, mais à néanmoins appréhender avec un certain recul. Affaire à suivre…

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PREVIEW CINE - Unborn

Épisode crapuleux de l’histoire...

Casey Bell (Odette Yustman) n’a jamais pardonné à sa mère de l’avoir abandonnée enfant. Mais quand des événements inexplicables commencent à se produire autours d’elle, elle comprend petit à petit la raison de cet abandon. Hantée par des cauchemars incessants, et traquée par un fantôme sans merci quand elle ne dort pas, son salut viendra de Sendak (Gary Oldman), un spécialiste du surnaturel, seul apte à mettre fin à son calvaire.

Avec l’aide de Sendak, Casey découvre l’origine du mal dont est victime sa famille et qui remonte à l’Allemagne nazie - une créature capable d’habiter corps et objets et que chaque possession rend plus fort. Pour survivre à cette malédiction, Casey va devoir aller fermer une porte dans l’au-delà, une porte ouverte par un être qui n’a jamais vu le jour.

Auteur adulé de comic books, David S. Goyer, également scénariste d’un nombre impressionnants de péloches fantastiques trépidantes telles que Dark city, Blade, The Crow ou plus récemment The Dark knight, signe avec Unborn son quatrième long métrage en tant que réalisateur et son premier dans le domaine de l’horreur. Marqué durant un voyage à Chicago par l’idée d’une personne hantée par son jumeau mort-né, le cinéaste imagine les répercussions psychologiques potentielles suite à cette expérience traumatisante pour le jumeau survivant. Un postulat qui fait son chemin dans l’esprit de Goyer qui se documente plus précisément sur le sujet. Des recherches qui l’amènent à découvrir l’horreur de l’Histoire et les stigmates laissés par certaines expériences scientifiques menées sur des cobayes enfantins. Durant l’Holocauste, sous le commandement de Mengele, des tortures sont infligées à des jumeaux juifs afin d’expérimenter une repigmentation de l’iris vers des teintes bleu azur conformément aux descriptions de la race aryenne dictées par le Führer. Une pratique consiste en l’occurrence à injecter dans les yeux de l’enfant une teinture mortelle afin que leurs yeux originellement sombres bleuissent. Un épisode crapuleux auquel Goyer mêle des croyances traditionnelles juives, celles de Dibbouks, afin de pimenter l’ensemble avec une sauce ésotérique. Esprits malins qui restent attachés au corps des vivants, les Dibbouks s’investissent généralement dans le corps de ceux qui les ont trahis de leur vivant afin de posséder leur enveloppe charnelle. Deux sources, l’une historique, l’autre religieuse qui rivalisent d’horreur et suscitent assurément dans l’imaginaire collectif un sentiment d’inquiétante étrangeté, pour reprendre l’expression de Poe. Deux thèmes qui auraient assurément mérité chacun leur oeuvre mais que le scénariste-réalisateur préfère mélanger en un seul et même métrage, les articulant sans mal en conférant à son héroïne des racines juives et un drame natal latent.

Platinum Dunes (The hitcher, Vendredi 13, Amityville, Massacre à la tronçonneuse), jamais avare lorsqu’il s’agit de s’immiscer dans le monde de l’horreur, abandonne un temps sa réputation de faiseur de remakes pour s’attacher à Unborn qui propose une nouvelle exploration du monde des exorcismes démoniaques et de la possession. La jeune Casey, interprétée par Odette Yutsman (Cloverfield), touchée par une hétérochromie (maladie qui provoque une coloration différente des deux yeux) apparemment imputable à son jumeau mort-né, découvre sur le tard cette gémellité et décide de fouiller le passé de sa famille afin d’y desceller une explication concernant les visions qui l’assaillent quotidiennement. Avec l’aide de Sofi Kozma, sa grand-mère maternelle rescapée des camps d’Auschwitz, Casey découvre tout de la malédiction familiale qui la frappe et parvient à identifier le garçon qui lui apparaît continuellement et décime son entourage. Son ultime espoir réside désormais dans les mains du rabbin Sendak, guide spirituel incarné par Gary Oldman, seul capable de délivrer la jeune Casey de ses démons intérieurs… Evoquant à de nombreuses reprises les classiques du cinéma horrifique (L’Exorciste en tête mais aussi Rosemary’s baby ou Ne vous retournez pas), Goyer prend plaisir à situer Unborn dans la lignée de ces inévitables références. Au point de faire naître toute une série de rumeurs concernant le tournage des scènes d’exorcisme, shootées dans une aile abandonnée d’un hôpital psychiatrique et visitée de temps à autre par l’une ou l’autre pensionnaire ou hantée par des formes floues indescriptibles. Unborn, décrit par son créateur comme une expérience véritablement terrifiante, sortira ce 11 mars 2009 sur les écrans français et belges.

LE TRAILER

PREVIEW CINE - La Ville Fantôme

La nouvelle perle de David Koepp

Jurassic Park, L’Impasse, Mission : Impossible, Snake Eyes, Panic Room, Spider-Man, La Guerre des Mondes, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal),... David Koepp fait sans aucun doute partie de ces scénaristes de génie, capables à eux seuls d’orienter un film vers la case chef-d’oeuvre ou, tout au moins, de signer des adaptations plus qu’appréciables.

Mais l’homme, en plus d’être un merveilleux scénariste recherché par le Tout-Hollywood, est aussi un metteur en scène de premier plan, puisqu’en 1999, il signa avec un panache non négligeable le très bon Hypnose, aka Stir of Echoes, adaptation personnelle d’un roman de Richard Matheson. Il se signala aussi en 2004 avec Fenêtre secrète, nouvelle adaptation d’une nouvelle de l’un des maîtres incontestés de l’horreur, Stephen King.

Si le métrage ne se révélait peut-être pas aussi percutant que prévu, il eut au moins le mérite de signaler le cinéaste aux yeux d’un grand public fanatique de quelques doux frissons et, après quelques années passés dans l’ombre, David Koepp s’apprête à faire sa réapparition en salles, avec la comédie fantastique La Ville Fantôme.

Le film raconte l’histoire d’un dentiste misanthrope qui meurt pendant sept minutes lors d’une coloscopie. Après sa rémission, il découvre qu’il peut désormais voir les morts et va être harcelé par le fantôme d’un homme d’affaires qui veut que le dentiste fasse tout pour ruiner le remariage de sa femme.

Volontairement léger, La Ville fantôme a néanmoins bénéficié d’un budget de 20 millions de dollars,preuve s’il en est de la bonne forme des comédies fantastiques, toujours plus nombreuses et délirantes. Le film de Koepp explore donc un univers déjà largement entrevu dans Ghostbusters mais aussi dans la comédie française Fantôme avec chauffeur de Gérard Oury. Si cette dernière avait semblé à l’époque un peu légère et vachement franchouillarde, il devrait en aller tout autrement avec le métrage d’un David Koepp qui, comme à son habitude,privilégiera toute de même une bonne dose de spectacle.

Avec un casting regroupant de grands noms tels que Greg Kinnear (Godsend), Téa Leoni (Jurassic Park III) et Ricky Gervais (Une nuit au musée, Stardust), David Koepp s’est en tout cas donné le moyen de ses ambitions, même si la sortie américaine, qui a eu lieu le 19 septembre dernier s’est soldée par un semi-échec avec seulement 24 millions de recettes engrangées.

Malgré deux prix, déjà glanés à la Central Ohio Film Critics Association et aux Satellite Awards (meilleur acteur pour Ricky Gervais), La Ville Fantôme s’avère donc être un échec jusque là, tout en sachant que la sortie internationale et la sortie DVD de l’oeuvre risquent fort bien de faire tout de même pencher la balance.

En effet, alors que le film est déjà sorti en DVD aux Etats-Unis depuis près de trois mois, la France s’apprête à recevoir le film de David Koepp ce mercredi 11 mars pour une sortie en salles qui,jusque là, n’a pas fait grand bruit. On peut néanmoins compter sur le bouche-à-oreille pour signaler ce film à l’aimable attention des spectateurs. Et, comme les critiques sont jusque là assez élogieuses, La Ville fantôme devrait jouir d’une bonne réputation de notre côté de l’océan... Connaissant David Koepp, son film devrait en tout cas éviter la simple bluette romantique.

BANDE-ANNONCE (VF)

TRAILER (VO)

PREVIEW CINE - The Chaser

Polar brut

Ancien policier reconverti dans le proxénétisme, Joong-ho découvre que ses filles disparaissent l’une après l’autre, laissant derrière elles quelques dettes. Le maquereau se met alors en tête d’éclairer le mystère et, lorsqu’il découvre que l’une de ses dernières recrues qu’il a précédemment envoyée vers un client insatiable vient visiblement d’être livrée en pâture à un revendeur de femmes, il se met en route pour le retrouver. Au hasard du trafic, Joong-ho croise la route de Young-min Jee, le mystérieux tueur. Une bagarre éclate entre les deux hommes en pleine rue alors que leurs véhicules continuent d’obstruer le passage. Emmené au commissariat en compagnie de son opposant, Joong-ho dénonce les exactions présumées de Young-min. Sur place, l’assassin avoue : il a tué neuf femmes et Mi-jin, l’ultime call-girl du maquereau, est encore en vie quelque part. Comme alors une course contre la montre effrénée…

Présenté au festival de Cannée, lauréat du Grand Prix Section Asia à Deauville cette année et énorme surprise du box-office coréen, The Chaser offre un souffle nouveau à une production coréenne qui perdit de sa superbe ces derniers temps, n’offrant plus au final qu’un cinéma aseptisé, profondément formaté à l’aune des succès délivrés quelques années auparavant. Pour son premier métrage, le cinéaste Hong-jin Na s’immisce sur le terrain du polar noir et désabusé dont il incorpore brillamment toutes les composantes (monde de la nuit et sa faune inquiétante, détective déchu, prostituées, nombreuses impasses, temps pluvieux) afin de fixer un cadre qu’il s’échine par la suite à démembrer vis par vis, comme l’illustre la révélation dès la première scène de l’identité du coupable. Sur un rythme haletant réglé comme du papier à musique, le métrage se déroule au fil des investigations mises en œuvre par le héros pour retrouver son ange perdu. Truffé d’ornières, rempli de chausse-trappes, le scénario se veut ténébreux à l’instar des multiples fausses pistes suivies par l’inspecteur déchu et des vagues révélations du serial killer. Etrangement, le cinéaste préfère délaisser la figure assassine au profit de l’investigateur perdu et de la victime torturée d’autant plus émouvante qu’elle nous est livrée dès l’entame dans sa relation avec sa fille.

En filigrane se dessine une peinture froide et réaliste du monde corrompu dans lequel évoluent tous ces personnages burinés et désabusés, reflets involontaires d’une société totalitaire et paradoxalement aveugle. Pervers presque repenti, le serial killer répugne à se livrer au jeu de la psychanalyse de comptoir et se voir catégorisé dans l’échantillon des « complexés du slip » qui recourent aux armes oblongues (en l’occurrence, un burin) pour compenser leur impuissance précoce. A mille lieues d’une quelconque iconisation, Na dépeint une figure patibulaire parfois touchante, un pauvre type de surcroît humilié par ses divers assaillants (les policiers piétinent autant dans l’enquête que sur sa tronche). Ancien garant de la loi, l’ex-inspecteur se rachète une conduite et espère accéder à la rédemption en utilisant des méthodes jamais orthodoxes pour soutirer des informations précieuses. Sa quête se réduit à néant lorsque sont mises à jour ses réelles motivations. Mi-jin, figure de martyr, perd toute légitimité aux yeux du proxénète dès lors qu’elle n’est plus apte à lui ramener des rentrées décentes. La police, quant à elle, schématisée à outrance, revêt une allure peu classieuse, le cinéaste soulignant doublement leur incapacité profonde et leur ironie déplacée à l’égard des victimes appartenant à la lie d’une société gangrénée par le commerce sexuel (les cartes des filles déposées à même la vitre des voitures comme de banals folders vantant un restaurant du coin). Pour soutenir cette atmosphère extrêmement glauque, une photographie aux couleurs saturées et aux éclairages livides qui mettent davantage en valeur les impasses suburbaines rendues poisseuses par une lumière ténue, atténuation minimaliste d’une nuit sordide noyée sous une pluie ruisselante. Aussi pessimiste et réaliste que les tableaux dressés par les œuvres de Kim Jee-Woon (A bittersweet life) et Bong Joon-Ho (Memories of murder), The Chaser dresse un portrait irrévérencieux du Pays du Matin Calme enlisé dans la corruption policière.

The Chaser subjugue et déroute simultanément. Tour à tour violent et relativement poétique, le métrage se pose comme un sensationnel brûlot qui n’hésite pas à fustiger les dérives d’une société totalitaire par le truchement de personnages psychologiquement ciselés et d’une intrigue haletante menant à l’oppression et à l’essoufflement sans pour autant s’ankyloser dans d’incessantes courses-poursuites.

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Plus d’infos sur ce film

PREVIEW CINE - Dragonball Evolution

Chronique d’un désastre annoncé ?

Par Crom, que le temps passe vite sur notre bonne vieille Terre ! Cela fait près de 25 ans, dans les contrées lointaines du Japon, qu’un certain Akira Toriyama a créé l’univers décalé et énergique (et tout en papier) de Dragon Ball. La suite on la connait : le manga est traduit dans plusieurs langues, de nombreuses séries et films animés voient le jour (et contribuent grandement au succès), des jouets et jeux vidéo sortent à foison, et désormais, deux films live.
Quoique, un seul d’entre eux s’avère officiel, d’autant plus qu’il est attendu depuis bientôt 10 ans. C’est celui de la Twentieth Century Fox, et c’est bien le film détesté d’avance qui sortira sur nos écrans ce 1er avril (mauvaise blague ?).

Dragonball : Le seul, l’unique

Revenons tout d’abord sur le monument littéraire, adulé par des millions de fans de tout âge à travers le globe. C’est donc en 1984, dans les pages du Weekly Shonen Jump, que Son Gokû voit le jour, sous la plume et le pinceau de Toriyama, déjà connu pour son hilarante série Dr.Slump. Un univers qu’il trimballait depuis longtemps dans son esprit, puisqu’il est inspiré directement d’un vieux conte oriental, Le Voyage en Occident et que de nombreuses ébauches de son monde imaginaire figurent déjà dans diverses histoires, tel Dragon Boy, véritable hommage aux films de Jackie Chan (avant que le pauvre ne se sacrifie sur l’autel hollywoodien du divertissement).

De quoi parle Dragon Ball, et qui donc est ce Son Gokû (dont on ne sait jamais écrire le nom) ? Son Gokû est un jeune gamin naïf et solitaire, qui a la particularité d’avoir une queue de singe et une force impressionnante. En rencontrant Bulma, une jeune fille déterminée mais légèrement nerveuse, il part à la recherche de 7 Dragonballs éparpillées partout dans le monde. Une fois réunies, ces dernières invoquent Shenron, le Dragon Sacré, qui leur permettra d’exaucer un seul et unique vœu.

Lors de leur voyage, ils feront la rencontre de nombreux personnages plus loufoques et puissants les uns que les autres : ils pourront compter sur Yamcha, un dur à cuire terriblement timide, Muten Roshi, qui deviendra le maître et mentor de Gokû, avant qu’il devienne un croulant pervers surnommé Tortue Géniale, ou encore le bonze Krilin, le cochon transformiste Oolon et j’en passe... Niveau ennemis, la liste s’avère également impressionnante et on retiendra surtout les plus connus : Piccolo Daimaô, dont le fils du même nom deviendra l’allié de Gokû, Pilaf, Cell, Freezer et Babidi, dont les motifs revanchards se suivent et se ressemblent. Seul Vegeta se rangera de lui-même aux côtés des héros, devenant à jamais un féroce rival de Gokû, avec lequel il pourra même fusionner. Car Dragon Ball, c’est avant tout une histoire fantastique pleine d’humour aux idées épatantes, que ce soit dans le scénario ou dans le graphisme énergique et ambitieux de l’auteur (il n’y a qu’à voir les Kamehameha et autres transformations en Super Saïyen).

Le succès est là et la série ne tarde pas à quitter le format médiocre de "magazine" pour devenir un véritable manga à part entière, puis en 1986, une série animée fidèle. Pris dans son propre piège, Toriyama ne parvient pas à quitter son propre univers, et alors qu’il approche d’une bataille finale qui conclurait la saga, il est contraint par son éditeur de
continuer. C’est ainsi que naquit Dragon Ball Z, et que ce soit sur papier ou à la TV, le ton est radicalement différent. Plus mature et violent (n’est-ce pas, Ségolène Royale ?), cette nouvelle série est d’abord mal perçue par le public, déçu d’une intrigue qui semble s’éterniser, bien qu’il finira pourtant par s’y accrocher.
1995 : Toriyama est un homme libre ! Sa saga s’achève au 42 ème volume, avec une véritable conclusion ouverte qui plait à tout le monde, et il lâche (presque) définitivement l’affaire qui lui aura coûté 11 ans de sa vie. Désormais, Dragon Ball n’est plus qu’une question de fric : produits dérivés à gogo, nouvelle série TV supervisée par l’auteur, et bien sûr... vente des droits à un gros studio américain.

Dragonball Made In USA

C’est en 2002 que la Twentieth Century Fox acquiert les droits d’adapter sur grand écran l’univers vaste du désormais mondialement célèbre manga. Il faut dire que les fans n’étaient pas servis avec le cultissime navet Taiwano-Phillipin de Joe Chan, Dragon Ball : The Magic Begins, sorti en 1989, et dont le faible budget et le ridicule du jeu d’acteur provoque à chaque vision l’hilarité (un film à voir d’urgence, donc).

Roland Emmerich (Independance Day) est alors mis à la barre d’un projet ambitieux, une trilogie basée sur l’univers entier Dragon Ball Z dans lequel Hugh Jackman aurait pu endosser le costume de Son Gokû, et les techniciens prodiges d’ILM assurer les effets spéciaux. Mais le projet tombe aux oubliettes, malgré une date de sortie annoncée pour 2004.

Octobre 2007 : Ça y est, c’est officiel, la production est lancée, et le film est prévu initialement pour avril 2008. Et c’est sur James Wong que les producteurs ont jeté leur dévolu. Cinéaste mésestimé, il est plus apprécié pour ses épisodes de X-Files et Millennium que pour ses longs-métrages, Destination Finale 1 et 3, puis The One.
Le mois suivant apparaissent trois noms majeurs pour le projet : tout d’abord la venue de Stephen Chow, le génial metteur en scène de Crazy Kung-Fu et CJ7, qui produira et supervisera l’ensemble du projet, ainsi que le nom des acteurs dans les rôles principaux de Goku et Piccolo. Le premier sera incarné par Justin Chatwin, jeune acteur dévoilé au grand public par La Guerre des Mondes et The Invisible, peu connaisseur de l’oeuvre originale. Il fera l’effort de lire l’intégrale des aventures,et d’apprendre réellement, malgré son physique peu imposant, les règles des arts martiaux. Face à lui, les producteurs ont fait appel à James Marsters, plus connu en tant que Spike dans Buffy contre les Vampires. Un choix surprenant, d’autant plus que Ron Perlman était également sur les rangs pour l’incarner, mais c’est un grand fan du manga, et ce rôle lui permet de décoller à nouveau. Bref, pas d’illustres inconnus mais pas de grandes stars non plus.

Et le reste du casting n’en laisse pas moins songeur : Chow-Yun Fat, à la recherche de biftons, sera le mentor Roshi et la mignonne Emily Rossum se grimera en Bulma. Les premières images du tournage ne tardent pas à se dévoiler, et les seuls signes de respect à l’oeuvre originale pour ces personnages s’avèrent être une chemise colorée et lunettes noires pour l’un, une unique tresse bleue pour l’autre. Quant à Goku, les photos de son look improbable font pouffer de rire la planète entière, tandis que l’on commence à avoir plus de précision sur la vision du film par le biais de diverses pages de script volées. Dès lors, il n’est qu’un simple étudiant qui vit avec son grand-père Son Gohan, jusqu’au jour où le maléfique Lord Piccolo se met en tête de prendre sa revanche sur la Terre, à la recherche des Dragonballs. Avec l’aide de Bulma, Yamcha (Joon Park) et Chichi (Jamie Chung), Son Gokû n’a que quelques jours pour réunir les Dragonballs et empêcher l’extraterrestre belliqueux de détruire notre planète (Paris compris).

Le marketing prend tout son temps et, vers printemps 2008, les quelques photos officielles apparaissent, issues de scans de magazines japonais. Les fans, eux, commencent à ne parler que du film uniquement pour mieux le descendre. Pendant ce temps, les membres de l’équipe s’expriment, plus ou moins maladroitement, à l’image de Marsters qui déclare "que le film a des scènes d’action démentes, avec des personnages aux pouvoirs incroyables [...]. Lorsque j’ai eu le rôle, j’avais des rôles [...] mais depuis, je me rends compte que je vais assurer comme jamais." Et on l’espère bien, vu le budget alloué de 100 000 000 $ ! Plus on avance dans les mois, plus le mystère s’évapore pour laisser place à une vraie crainte. Les gars du storyboard avouent ne s’être jamais inspiré d’un seul des tomes du manga, tandis que son créateur cache sa déception et son dégoût en parlant d’un "Dragonball d’une autre dimension".

Les images et les rumeurs se suivent et s’éloignent de plus en plus du matériau original. Puis les premières bande annonces débarquent. Enfin, sur les forums, les avis sont partagés : "DBE" (comme les Kevin le surnomment) a l’air cool mais aussi tellement hors-sujet qu’il est déjà critiqué d’avance, comparé à un certain Batman & Robin, comble de l’adaptation ridicule. Après tout, certains films n’ont-ils pas pour unique but de divertir ?

Apparait pourtant la folle idée que le marketing serait une arnaque et cacherait en fait un véritable grand film, probablement en motion capture, l’ironie étant que le film sort majoritairement le 1er Avril en salles dans le monde... C’est mal connaître Tom Rothman, qui ne se gène pas pour dépenser le moins d’argent possible et censurer pour attirer le plus de monde (plein de jeunes, donc). Dragonball Evolution, c’est SON film avant tout, et il y croit tellement que la Fox semble complètement laisser tomber un véritable marketing solide au profit d’un bouche-à-oreille pourtant plus négatif qu’autre chose. On peut encore rêver de voir le désastre disparaitre dans les méandres des films haïs, puisque Justin Chatwin et James Wong parlent d’ores et déjà de nouveaux opus, en vue d’une trilogie épique.

Actuellement, le film est déjà sorti dans un grand nombre de pays asiatiques, dont la Chine, avec peu de succès finalement. Il faut dire qu’ils diffusent une version carrément censurée de 20 minutes sur les 1h30 du montage international. C’est ce montage que les jeunes les plus impatients du monde peuvent facilement trouver - à leurs risques et périls - sur le net. Niveau publicité, c’est le moins que l’on puisse faire : quelques affiches, deux bandes-annonces, une dizaine d’extraits, probablement les plus importants de tout le métrage, tout ça circulant sur les sites web.

Pourquoi ce sentiment qu’il faut à tout prix éviter de parler d’un film qui, s’il ne respecte presque en rien le matériau d’origine, a néanmoins de grandes chances d’être un sympathique divertissement pour un public déjà ciblé ? C’est un parti-pris suicidaire, car malgré lui, Dragonball Evolution peut mener au bide financier, au grand bonheur des puristes et autres geeks haineux envers une Fox de plus en plus irritante. Après tout, nul n’est à l’abri d’une surprise, que ce soit les producteurs... ou les spectateurs.

BANDE ANNONCE VOST :

PREVIEW CINE - Transformers, la revanche

BAYraptor est de retour !

Deux ans après s’être révélés à la planète entière, les Transformers nous reviennent donc pour ce qui sera sans conteste LE blockbuster de l’été. Avec un budget effrayant de 200 millions de dollars (soit 50 de plus que le premier opus), les Autobots et les Decepticons se retrouvent donc une nouvelle fois en guerre avec pour enjeu notre astre solaire.

Confié notamment à l’inévitable Alex Kurtzman (Star Trek 2009, Mission Impossible III...), le scénario ne s’attarde pas sur l’inutile présentation des personnages ou d’un éventuel contexte politico-social et propulse directement le spectateur dans ce monde des titans robots. Sam Witwicky, qui entreprend des études universitaires, laisse derrière lui ses parents, sa petite amie Mikaela et... Bumblebee son fidèle ami robot. Essayant d’oublier ce qui s’est passé il y a deux ans à Mission City, il se retrouve à nouveau plongé dans une guerre sans merci initiée une nouvelle fois par Mégatron et ses Decepticons qui profitent de l’incompétence de Theodore Galloway, nouveau responsable de la Sécurité Nationale et qui préfère ignorer l’importance du NEST et de l’aliance protectrice des Autobots.

On prend les mêmes et on recommence avec Michael Bay aux commandes, Shia LaBeouf et Megan Fox en véritables nouvelles starlettes qui peuplent les magazines ados depuis maintenant deux ans. Sans oublier nos robots surdimensionnés en attractions phare de ce blockbuster qui évidement fera la part belle aux CGI époustouflants dont on dit que 145 terabytes ont été nécessaires pour la réalisation du projet. Il faut dire que des 14 robots vus dans le premier épisode de la franchise on passe à 46 modèles différents (rien que le Dévastator a une hauteur équivalente à un immeuble de dix étages) totalement adaptés au format IMAX notamment pour certaines scènes de combats en forêt.

Spectacle visuel garanti donc et rien de plus, il fallait s’y attendre. A ceux qui critiquent encore son style “action à tout prix” sans fonds et sans temps morts, Michael Bay rétorque :“C’est facile de faire un film intimiste dans un vignoble du sud de la France. Mais les gens ne réalisent pas à quel point c’est difficile de faire un film comme Transformers 2. Les critiques me rejettent avant même d’avoir vu le film. Après trois ans et demi passés à tourner des Transformers, je crois que j’en ai assez de faire des films à gros budgets aussi compliqués. J’ai peut-être besoin moi aussi, aujourd’hui, de faire quelque chose de complètement différent, des films où il n’y a aucune explosion…”

Jugé également militariste, Transformers 2 est défendu bec et ongles par un Shia LaBeouf himself : “Les Transformers sont des jouets et rien d’autre. Libre à chacun, toutefois, d’y voir ce qu’il veut. Si Michael Bay et les scénaristes ont fait intervenir de nombreux militaires (NdlR : des vrais) dans le film, c’est qu’ils ont jugé ça important et de toute façon indispensable pour faire aboutir un tel projet. Moi, j’ai trouvé ça parfaitement normal et surtout très amusant.”

Le mythe Transformers a donc bien évolué depuis les jouets lancés par les marques Hasbro & Takara en 1984 et qui devinrent par la suite un comic-book Marvel, une série, des jeux vidéos ou encore un film d’animation. Un vingt-cinquième anniversaire fêté dignement par un Michael Bay aimant toujours autant se plonger dans la démesure graphique pour le grand plaisir des geeks du genre et qui présente son p’tit dernier "comme un mix entre Ben-Hur et Apocalypse Now." Pas moins !

Transformers 2, la Revanche bénéficiera encore de moyens gigantesques à la hauteur des héros de métal avec par exemple ce bâtiment à White Sands totalement reconstruit, posé sur le sable et bourré d’explosifs le tout survolé par six F-16, certaines scènes filmées à bord du USS John C. Stennis ou encore l’utilisation des titanesques machines de la construction sortis tout droit de chez Caterpillar. Produit par ce qui se fait de mieux actuellement (Bay, Spielberg, di Bonaventura, Hassan), le film nous emmènera sur les terres exotiques d’Egypte, de Jordanie, du Qatar ou encore du Nouveau Mexique.

Rien n’est donc laissé au hasard pour ravir les aficionados de la franchise, avides comme à chaque fois d’être bluffés par les milliers d’effets spéciaux à la minute... Accrochez-vous !

TRAILER

GALERIE

PREVIEW CINE - X-Men Origins : Wolverine

Fallait-il que le mutant ressorte les griffes ?

Il était temps ! Après 3 aventures en équipe plus ou moins mitigées (de l’excellent à l’ennuyant, il n’y a qu’un pas), le mutant aux griffes d’adamantium se libère enfin des X-Men et connait désormais les honneurs d’un film qui lui est (presque) entièrement consacré. Cette fois-ci, c’est au tour de Gavin Hood, cinéaste sud-africain oscarisé, de s’intéresser à ce personnage culte. Et bien entendu, c’est toujours Hugh Jackman qui assure dans le rôle qui l’a rendu mondialement célèbre. Retour sur un film attendu, ou plutôt craint, par les fans de Marvel depuis quelques temps déjà.

Mai 2006 : X-Men III : L’Affrontement Final vient de sortir à peu près partout dans le monde, et que l’on soit aux Etats-Unis, en Belgique ou au Danemark, la déception est présente. Il faut dire que ce troisième volet était déjà mal perçu des fans depuis l’annonce du remplacement de Bryan Singer, l’excellent réalisateur des précédents volets, parti signer un sympathique Superman Returns, par Brett Ratner, considéré comme un tâcheron, connu pour ses Rush Hour. Une nouvelle qui ravit l’un des fameux producteurs de la compagnie, Tom Rothman, qui annonça alors clairement et fièrement qu’il avait détesté le travail de Synger (qu’il n’avait pas pu modifier) et que ce troisième opus est le meilleur d’entre tous. Malgré tout, le succès est au rendez-vous, et X-Men III s’avère être l’épisode le plus rentable de la trilogie, avec plus de 459 millions de dollars de recettes.

A peu près à la même période, la Fox, estimant que la trilogie est conclue pour de bon, officialise la mise en chantier de deux spin-off, histoire de profiter à nouveau du succès, et de s’intéresser un peu plus à deux des personnages les plus importants des films. Les heureux élus sont donc Magneto et Wolverine. Le premier devait s’intéresser à la difficile jeunesse de Magneto, et sa rencontre avec le jeune Professeur Xavier. Un parti pris surprenant de la part de la Fox, on se demande bien comment elle aurait pu s’en tirer avec ces deux personnages, certes passionnants, mais sûrement pas suffisamment pour attirer les foules. A côté Wolverine, nettement plus connu et cool auprès du public, constitue tout simplement une idée de génie ! Rappelons pourtant que sa première apparition remonte à 1974, et que c’était en tant que Serval, un ennemi de L’Incroyable Hulk ! Ce n’est qu’un an plus tard que Len Wein, son créateur, et Dave Cockrum, l’intégreront dans une nouvelle équipe de X-Men, avec entre autres Diablo. Et bien sûr, au fil des années, sa renommée s’améliorait de jour en jour, au point de devenir un symbole culte à lui seul.

Alors en priorité sera développé le film sur le mutant canadien, pour lequel on annonce à nouveau Brett Ratner derrière la caméra, sur un scénario de David Benioff, auteur du Troie de Wolfgang Petersen.
Le film reviendra donc sur les origines de Logan, de son enfance jusqu’au moment où commençait le premier métrage de Synger. Les fans craintifs se réjouissent tout de même, d’autant plus que ledit script serait basé sur Origins, une excellente série publiée en 2001, dans laquelle on découvrait enfin le vrai nom de Logan, et son enfance au Canada vers la fin du 19ème siècle. Une enfance qui bascula le jour où il découvrit ses pouvoirs et, par extension, sa malédiction. Mais bien entendu, le scénario piochera aussi beaucoup d’autres éléments par-ci par-là, tels que sa participation à la Seconde Guerre Mondiale, ses quelques relations amoureuses avec Silver Fox avant son assassinat, et surtout, sa participation au Projet Weapon X, déjà abordée dans X-Men 2, qui lui confèrera de nouveaux pouvoirs.

Jusqu’alors, tout va bien, d’autant plus qu’en juillet 2007, nous apprenions la décision de la Fox : Ratner dégage, ce sera Gavin Hood qui réalisera ce premier épisode de la saga X-Men Origins. Une annonce surprenante, puisque ce jeune cinéaste sud-africain sort à peine du succès avec Mon Nom est Tsotsi, primé d’un Oscar du Meilleur Film Etranger et se retrouve derrière un énorme projet avec le risque de se voir abusé tel un Yes-man par les grands pontes du studio. On apprendra par la suite que Tom Rothman, encore lui, a pris énormément de décisions par rapport au travail de Hood, sans jamais lui en parler. Il a donc, entre autres, demandé de repeindre certains décors qu’il jugeait trop sombres, et on le soupçonne même d’avoir fait retourner quelques scènes. Ce qui fait peur, c’est qu’ils veulent que Wolverine tienne plus d’un Quatre Fantastiques que d’un Batman Begins, comme l’envisageait le cinéaste africain. C’est là l’aspect ambigu d’un tel projet, comme le souligne Hugh Jackman : "Les films X-Men sont des productions difficiles. Ils ont à la fois un côté sombre et un côté fun. Ca parait simple à faire, mais c’est tout le contraire."

Reprenons le développement chronologique du projet : en février 2008, on nous annonça l’arrivée de Liev Schrieber au casting, d’abord pour le rôle de William Stryker, mais on comprit vite qu’il s’agissait en fait de Dents-de-Sabre, qui n’est autre que le demi-frère de Wolverine. Danny Huston incarnera le militaire. Quelle relation verra t-on entre les deux mutants ennemis ? Certains en bavent d’avance, d’autres en pleurent déjà. Et ce n’est qu’un début, puisque la Fox annonce que tout un panel de mutants feront une apparition dans le film. Une simple apparition, ou un rôle à part entière ?

La première bande-annonce, enregistrée lors du Comic-Con de San Diego de juillet 2008, fait comprendre bien des choses. Elle révèle quelques scènes plutôt alléchantes. Entre un saut sur hélicoptère ou des combats plutôt impressionnants, on est presque sûr de s’en prendre plein les yeux. Mais, et l’histoire alors ? Elle parle peu de l’enfance véritable du héros et se centre davantage sur la relation entre les demi-frères. Mais il y a quelque chose qui dérange dans cet aperçu : le film ne dure qu’une heure quarante-cinq, et tout ce que dévoile la bande-annonce semble durer pendant des décennies. Bon, j’exagère un peu, mais comment faire tenir la vie de Logan, et tout ce petit monde de mutants, dans ce délai de temps limité ?

En effet, on les connait désormais tous : Taylor Kitsch sera Remy Lebeau, ou plutôt Gambit, Ryan Reynolds sera le mercenaire déjanté Deadpool, Dominic Monagham sera Beak, un mutant volant, Will.I.Am en Kestrel et on croisera même Emma Frost et les jeunes Ororo Munroe et Scott Summers, autrement dit Tornade et Cyclope. De la Team X au mutants de Professeur X, il n’y a qu’un pas. Ce qui fait quand même un beau tas de personnes à présenter, et dont on ne sait pas si leur rôle s’avère très importants ou s’ils sont juste là pour faire plaisir aux fans. Leur présence sur l’(immonde) affiche officielle soulève de nouveau la question. Autre appréhension : à chaque nouvel extrait ou nouvelle bande-annonce, ces dernières semblent centrées sur différents aspects du métrage. Alors, des doutes apparaissent sur l’organisation de ce dernier. Sera t-il un simple enchainement bâclé de scènes d’actions, à l’instar du troisième opus de Brett Ratner ? Il n’y a qu’une chose à faire : attendre et voir.

Ceux qui sont dénués de patience ont pu se jeter, à leurs risques et périls, sur une version Workprint qui circule depuis le début du mois sur le net, et leurs propos semblent confirmer les craintes des fans, même s’ils semblent oublier que la version qu’ils ont visionnée est complètement inachevée (vous pouvez facilement trouver des captures d’écrans hilarantes d’effets spéciaux non finalisés), et que le montage a probablement été remanié pour la sortie salle. Et une chose est sûre, aussi casse-gueule que X-Men Origins : Wolverine puisse paraitre, le succès sera de nouveau au rendez-vous, et on passera sûrement un bon moment en salle. Du moins, on l’espère...

Bande-annonce (VF) :

PREVIEW CINE - Star Trek

Redémarrage réussi pour l’Enterprise

Comment aborder une saga de l’ampleur de Star Trek ? Comment satisfaire les millions de fans d’une des franchises les plus longues et lucratives de l’histoire de la télévision et du cinéma ? Et, surtout, comment convaincre les indécis, les détracteurs et ceux incapables de différencier un Klingon d’un Vulcain d’aller voir un métrage baptisé Star Trek ? C’est sans doute les différentes questions qu’a dû se poser J.J. Abrams en prenant à bras le corps cette remise à zéro d’un univers colossal.

« Prepare to fire all weapons ! »

Abrams n’est pas vraiment un inconnu, on le retrouve derrière les succès télévisuels de Lost et Alias, à la production de Cloverfield et au scénario de métrages aussi différents que le blockbuster Armageddon, le thriller sous-estimé Joy Ride ou le mélo dégoulinant Forever young. Quoiqu’on en pense, une carte de visite plutôt solide, complétée par une unique expérience de réalisateur pour le grand écran, avec l’explosif et divertissant Mission impossible III.
Malgré tout, s’attaquer au mythe Star Trek restait quand même un pari sacrément risqué, alors que les derniers long-métrages avaient déçu et que l’ultime série dérivée n’avait pas su fédérer les foules. Mais Abrams se montre confiant et reprend la situation au tout début.
Pour rappel Gene Roddenberry créa la première mouture de la série en au début des années 60 en s’inspirant des œuvres de Swift (« Les Voyages de Gulliver »), chaque épisode devant fonctionner à la fois comme un « simple » divertissement et, à un niveau plus élevé, comme une parabole en traitant par le biais de la science-fiction des grandes problématiques de notre temps.

« To boldy gone where no one has gone before »

En 1966, la première saison de Star Trek (dite ensuite « Star Trek Classic ») est lancée sur les écrans américains. Elle dura trois ans, trois années (sur les cinq originellement prévues) qui virent Kirk, Spock et les autres membres du vaisseau Entreprise « explorer de nouveaux mondes et aller fièrement là où l’homme n’a jamais été précédemment ». Si la série ne récolte pas, à l’époque, un grand succès populaire, elle généra un enthousiasme sans précédent de la part des fans de science-fiction. Au fil des rediffusions, le mythe Star Trek s’installa de plus en plus auprès du grand public même si les véritables fanatiques (dénommés avec une certaine condescendance « Trekkies ») restaient considérés comme des individus un peu bizarres et asociaux, assimilés à des « geeks ». Pas étonnant que la série sorte ensuite du strict cadre de la science-fiction pour devenir une référence, parfois vue négativement ou péjorativement, et suscitant conventions et autres rassemblements de fans costumés.

Vu le succès grandissant de l’univers, une nouvelle série voit le jour en 1973 : Star Trek – The Animated Serie. Les 22 épisodes (deux saisons) en dessin animé utilisent les voix de l’équipe originelle mais la série ne recueille pas un succès public suffisant pour continuer. A la même période, Gene Roddenberry tente, à nouveau, de lancer un long-métrage basé sur l’univers qu’il a développé. Une idée en l’air depuis les tous débuts de Star Trek. Un premier script est proposé en 1975, un second en 1977, mais les projets capotent l’un et l’autre. Finalement, il est décidé qu’une nouvelle série télévisée serait plus adéquate et Paramount entame la production de Star Trek Phase II. L’idée est de reprendre l’équipage de la série tournée dix ans plus tôt et de les envoyer explorer l’univers pour cinq nouvelles années. Seul Leonard Nimoy, alors en conflit avec la compagnie, refuse de rempiler. Une douzaine de scénarios sont écrits, certains par de grands noms de la science-fiction comme Theodore Sturgeon ou Norman Spinrad. Alors que les travaux de pré-production débutent, la sortie de La guerre des étoiles remet tout en question et la Paramount, soucieuse de grimper dans le train en marche, effectue un virage radical en proposant de transformer la série télévisée en long-métrage cinéma. Phase II disparaît dans l’hyper-espace et l’intrigue du double épisode pilote, écrit par Alan Dean Foster, sert de base à Star Trek le film, réalisé par le vétéran Robert Wise en 1979. Le succès entraine rapidement plusieurs séquelles mais l’idée d’une nouvelle série télévisée refait régulièrement surface.

Il faudra pourtant attendre 1987 pour retrouver un nouvel équipage à bord de l’Enterprise. Star Trek the next generation, situé 70 ans après la série initiale, introduit de nouveaux personnages (Picard, Riker, Data, Worf, Deanna Troi), de nouveaux ennemis (les Borg, l’omnipotent Q), et reprend les principes de scénarios étoffés parsemés de considérations philosophiques positives. Star Trek TNG dura sept saisons et s’imposa comme un des meilleurs feuilletons science-fictionnels de l’histoire de la télévision. Trois autres séries télévisées dérivées se succédèrent encore jusqu’en 2005 : Star Trek Deep Space Nine (sept saisons entre 1993 et 1999), Star Trek Voyager (sept saisons entre 1995 et 2001) et Enterprise (quatre saisons entre 2001 et 2005). Malheureusement, l’intérêt finit par retomber et Enterprise ne suscita guère l’enthousiasme, annulant la possibilité d’une nouvelle série et mettant un terme (provisoire, sans doute) à une saga comptant en tout pas moins de 716 épisodes, répartis sur six séries et 23 saisons !

« Space, the final frontier »

Star Trek le film sortit en 1979 pour concurrencer La guerre des étoiles et Rencontres du troisième type. Pressés par le temps, les scénaristes réarrangent le traitement envisagé pour le double épisode pilote de la série avortée Phase II. Le métrage souffre d’une certaine précipitation mais, en dépit de critiques assez mixées, récolta un gros succès public. Une version « améliorée » (effectivement plus réussie et mieux rythmée) sortira en DVD au début des années 2000 sous le titre The director’s edition. Aujourd’hui, Star Trek reste un véritable classique qu’on revoit émerveillé par les effets spéciaux de Douglas Trumbull mais aussi par la richesse de son scénario et que l’on peut considérer comme une des plus belles réussites de la science-fiction adulte et intellectuelle depuis le 2001 de Kubrick. Ce qui n’est d’ailleurs pas du goût de certains (les producteurs par exemple !) qui espéraient un Star wars bis orienté space-opéra à grand spectacle !

Le succès (relatif mais réel) de ce premier film amena rapidement un second long-métrage mais le traitement « politique » proposé par Gene Roddenberry fut abandonné, la Paramount estimant nécessaire d’aller vers un divertissement plus léger et rythmé. Un ancien ennemi de Kirk, apparu pour la première fois dans un épisode de la série originelle, Khan, refit donc surface et Nicolas Meyer (C’était demain) réalisa Star Trek II - La colère de Khan, lequel reçut, en 1982, un très bon accueil tant public (il reste un des favoris des fans) que critique. Cet épisode réussi et rythmé, sans doute moins philosophique et profond que le précédent, demeure fort efficace et agréable à suivre, l’alchimie entre les personnages et la qualités des effets spéciaux aboutissant à une œuvre fort plaisante.

Peu après, Leonard Nimoy se mit à faire sa diva et n’accepta de reprendre le rôle de Spock qu’à la condition de pouvoir tourner lui-même le troisième épisode de la saga, centré sur la recherche du Vulcain Spock, décédé à la fin de Star Trek II. Relativement bien reçu par la critique et récoltant un beau succès public, Star Trek III - A la recherche de Spock (quoique peu passionnant !) demandait une nouvelle suite, toujours dirigée par Nimoy. Star Trek IV - Retour sur Terre s’imposa comme l’épisode le plus rentable de la saga, parvenant, une fois n’est pas coutume, à satisfaire les fans tout en attirant un public habituellement peu sensible à l’univers développé. Aujourd’hui, la naïveté du message écologique et l’humour déjà fort daté (l’équipage de l’Entreprise voyage dans le temps et aboutit sur Terre au milieu des années 80) ont émoussé l’enthousiasme mais Star Trek IV demeure divertissant et se suit sans ennui.

Suite au regain d’intérêt généré par l’épisode IV et au lancement de la série Star Trek TNG, l’idée d’un cinquième film s’impose immédiatement à la Paramount qui en confie la réalisation au capitaine Kirk en personne, à savoir William Shatner. Malheureusement Star Trek 5 - L’ultime frontière déçoit à la fois les fans (qui le considèrent comme le plus mauvais long-métrage de la saga !), les critiques (lesquels n’apprécient pas l’humour envahissant) et le grand-public (qui reste chez lui !). Bref, même si cet épisode rapporte suffisamment d’argent pour rester rentable, la déconvenue est grande chez Paramount. Au point que, contrairement aux épisodes précédents, Shatner se verra refuser le budget nécessaire à la sortie d’une édition spéciale en DVD censée corriger certaines scories. Pas de bol pour ce cher capitaine Kirk.
En dépit des piteux résultats du cinquième volet, la perspective de rassembler une dernière fois l’équipage de la série originale à l’occasion du 25ème anniversaire de Star Trek fut suffisamment forte pour motiver un sixième épisode. Star Trek VI sortit donc peu après le décès de Gene Roddenberry et fut à nouveau confié à Nicolas Meyer, résultant en un beau succès critique et public pour un métrage globalement réussi. Malgré les adieux de l’équipage, le capitaine Kirk revint se mesurer à la nouvelle génération dans Star Trek generations, un septième film passable mais peu à même de générer l’enthousiasme en dépit d’une intéressante confrontation entre les nouvelles recrues et la vieille garde. A contrario, Star Trek premier contact s’imposa comme la véritable et incontestable réussite de la saga. Réalisé par Jonathan Frakes, le métrage fut en outre un gros succès commercial qui convainquit les producteurs d’enchainer avec Star Trek Insurrection, toujours signé par Frakes mais, hélas, avec beaucoup moins de panache, ce neuvième épisode s’avérant à peine digne d’un épisode moyen de la série télévisée.

Il faut attendre 2002 pour qu’un nouvel épisode, clairement annoncé comme le dernier (« a generation final journey begins ») sorte sur les écrans, pratiquement en même temps que Le Seigneur des anneaux - les deux tours, le second Harry Potter et James Bond - Meurs un autre jour. Bref, une concurrence déloyale pour le métrage de Stuart Baird à la facture une fois encore bien trop sage. Peu apprécié des fans, mal reçu par la critique (lassée d’une franchise devenue routinière), le chant du cygne de la nouvelle génération fut en outre un échec commercial (le métrage parvint à rembourser – de justesse – son important budget de 60 millions de dollars) qui mit un terme à la saga.

« You’re now the commander of the ship Mr Kirk »

Alors que Star Trek ne donnait plus signe de vie sur les petits écrans depuis quatre ans, J.J. Abrams décide de reprendre à zéro la franchise, aujourd’hui entrée dans les mœurs (voir les personnages de la série comique The Big Bang Theory ou la parodie Galaxy quest).
Il faut attendre le milieu des années 2000 pour que l’on reparle d’un nouveau long-métrage retournant aux sources du mythe, à savoir la rencontre entre les rivaux et bientôt amis Kirk et Spock. Pour les détracteurs de cette refonte n’oublions pas que Gene Roddenberry en personne souhaitait mettre en scène un long-métrage racontant les premières aventures de Kirk et Spock…dès 1968 ! Bien plus tard le concept fut proposé (et rejeté !) pour les quatrième et sixième long-métrages mais l’idée d’une préquelle resurgit en 2005, lorsque l’on parla d’un film intitulé Star Trek the beginning situé entre la série télévisée Entreprise et la série classique. L’idée fit son chemin et, après moult remaniements, la pré-production d’une nouvelle relance de la saga débuta. Début 2007, J.J. Abrams, coproducteur, accepta finalement avec enthousiasme le poste de réalisateur et, de mois en mois, d’excellents trailers firent monter la pression.

Le 8 mai débarquera donc sur les écrans belges et français ce que le Daily Mail a qualifié, excusez du peu, de plus grande préquelle de l’histoire du cinema ! (« the result is not only by far the best of the 11 Star Trek movies, it must rank as the outstanding prequel of all time”). Quelles seront les réactions des fans à cette nouvelle lecture d’une mythologie vieille de près d’un demi-siècle ? On peut espérer qu’elles se montrent à la hauteur des attentes commerciales, ce qui ne serait que justice vu la qualité exceptionnelle de ce qui est, probablement, le meilleur long-métrage estampillé Star Trek !

« Live long and prosper »

Quels que soient les résultats au box-office, Abrams est confiant et se déclare prêt à repartir dans l’espace avant 2011 pour une douzième aventure. Les premières critiques incroyablement positives (aucun films de la saga n’a jusqu’ici générer un tel enthousiasme !) ont redynamisé la franchise. Et, déjà, on reparle d’une prochaine série télévisée située dans ce nouvel univers « trekkien ».

Bref, Star Trek a encore de beaux jours devant lui et les équipages successifs de l’Enterprise ne sont pas prêt de finir leur voyage jusqu’aux confins de l’espace, « l’ultime frontière ».

LE TRAILER

Plus d’infos sur ce film

PREVIEW CINE - La Nuit au Musée 2

Les nuits blanches de Stiller...

Habitué à livrer des facéties de premier plan (Mon beau-père et moi, Mon beau-père, mes parents et moi, Starsky & Hutch,...), Ben Stiller trouvait chaussure à son pied au début de l’année 2007 avec la comédie fantastico-familiale La Nuit au Musée. Dans le rôle d’un gardien de musée d’Histoire Naturelles pas vraiment comme les autres, l’acteur remportait un vif succès auprès d’un public jeune. A défaut de séduire la critique, le métrage, de par son intrigue légère (les œuvres du musée prennent vie), était parvenu à engranger près de 825 millions de dollars à travers le monde.

Ce succès financier exceptionnel convainquit à lui seul la Twentieth Century Fox à mettre assez rapidement sur pieds un second opus reprenant les différents éléments qui avaient fait le bonheur des spectateurs. Le 20 mai 2009 sera donc synonyme de retour pour le héros Larry Daley, incarné une nouvelle fois par Ben Stiller. Cette fois, le gardien devra accueillir dans son antre les tablettes ancestrales et magiques d’un ancien Pharaon. La nuit qui suit l’arrivée de la pièce au musée s’annonce rythmée puisque chaque œuvre prend vie, y compris le maléfique pharaon Kahmunrah, Al Capone et ses acolytes, Ivan le Terrible et Napoléon. Larry et ses vieux amis le Président Roosevelt, Attila, T-Rex, le Romain Octavius et Jedediah le cowboy vont devoir livrer une bataille acharnée contre ces ennemis malfaisants.

Attendu par un grand nombre de spectateurs, La Nuit au musée 2, aka Night at the Museum : Battle of the Smithsonian, a bénéficié d’un budget bien plus conséquent que son prédécesseur s’élevant à environ 150 millions de dollars. Cette démesure financière s’exprime d’ailleurs à travers un casting incroyable, ressemblant à s’y méprendre à un Walk of Fame miniature. Outre Ben Stiller, La nuit au musée 2 peut compter sur l’apport non négligeable d’Amy Adams (Il était une fois), d’Owen Wilson (Starsky et Hutch, La nuit au musée), Robin Williams, Hank Azaria (Godzilla), Steve Coogan (Hot Fuzz, Percy Jackson), Eugène Levy (l’indétrônable papa de Jim dans American Pie), et bien d’autres encore. Cet ensemble constitue à lui seul la preuve d’un certain amour pour le fantastique, mais surtout pour la comédie comme en atteste la présence du comique français Alain Chabat, qui incarnera le vilain Napoléon. Sans doute inspiré par l’hilarant rôle d’empereur qu’avait tenu l’ex-Nul dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, la production a sans doute réalisé un coup de maître en embauchant le français, pour lequel on espère que le rôle de Napoléon ne se limitera pas à une simple apparition.

Une chose est certaine, La nuit au musée 2 risque fort bien de faire mieux que le premier volet d’une saga qui pourrait perdurer. En effet, avec des ambitions toujours plus importantes, Shawn Levy, déjà réalisateur du premier opus, espère bien prouver au monde entier que la franchise qu’il a initiée vaut son pesant de pop-corn. A ce titre, l’impatience des fans de La nuit au musée suffit pour justifier l’existence de ce second volet qui, d’après les premiers échos, se révélerait particulièrement efficace. Reste à voir si Levy sera parvenu à se détacher de l’aspect trop moralisateur qui avait endommagé La nuit au musée. Réponse ce 20 mai dans les salles, avec l’espoir secret d’assister à un vrai bon moment de cinéma…

LA BANDE-ANNONCE

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PREVIEW CINE - Millenium

Home swedish home...

Mikael Blomkvist est journaliste économique dans le magazine Millenium. Condamné pour diffamation, il décide de prendre de la distance avec sa vie et son métier. Mais Henrik Vanger, grande figure de l’industrie suédoise, fait appel à lui afin d’enquêter sur un meurtre non élucidé, celui d’Harriet Vanger, nièce du grand homme et disparue à l’âge de seize ans. Au cours de ses recherches, Blomkvist se rend compte que la famille Vanger semble cacher bien des haines et des secrets. Dans le cadre de son enquête, le journaliste est amené à rencontrer Lisbeth Salander. La jeune femme de vingt-quatre ans possède un don exceptionnel, celui de découvrir des informations introuvables. Tous deux vont être amenés à se croiser dans une enquête qui va révéler beaucoup plus que ce que chacun aurait pu imaginer...

Millenium, pas encore sorti dans les salles françaises, crée déjà la sensation. C’est que le métrage a beau émaner du cinoche nordique, il est avant tout l’adaptation du roman de Stieg Larsson Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, l’un des best-sellers européens qui culmine en tête des ventes sur le vieux continent depuis deux ans. Premier volet d’une trilogie, le roman décrit un univers ténébreux, obscur dans lequel évoluent des personnages marginaux, aux antipodes des caractérisations grossières d’auteurs tout aussi lus. Œuvre atmosphérique qui n’hésite jamais à s’engouffrer dans les affres d’une cruauté sans pareil, le roman de Larsson, à l’instar du métrage qui semble être une transposition ultra-fidèle de l’œuvre originelle, s’intéresse principalement à la relation qui se noue entre deux protagonistes que tout en théorie oppose. Lisbeth Salander, jeune spécialiste en hacking aux allures gothiques rebelles et Mikael Blomkvist, ex-journaliste volontairement passé sur la touche, unissent leurs forces et leurs savoir-faire au service d’une investigation qui les mène vers une monde majoritairement composé de faux-semblants et de trompe-l’œil. Deux individus torturés par un passé sinueux, deux univers antagonistes jusque dans leurs méthodes d’investigation : l’un réutilisant les modus operandi d’un Maigret en compilant les coupures de presse, l’autre s’avérant plus proche des Experts avec leurs technologies high-tech et leurs dispositifs numériques.

Millenium constitue un renouveau bergmanien pour la renommée cinématographique suédoise. Entièrement tourné dans la langue vernaculaire, mise en scène par le danois Niels Arden Opley et flanqué d’un cast aux trognes éminemment nordiques (le beau et ténébreux Michael Nykvist, surnommé le George Clooney suédois, dans le rôle de Blomkvist et l’anonyme Noomi Rapace pour donner vie à Lisbeth Salander), le métrage ne renie nullement ses origines, au point de traiter de manière un peu chaotique son exploitation mondiale. D’ailleurs, si les deux autres tomes (La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette et La Reine dans le palais des courants d’air) sont en ce moment déjà en tournage à Stockholm, ils ne bénéficieront apparemment que d’une exploitation en vidéo, les honneurs des salles obscures revenant uniquement à cette première adaptation. Ultime témoin de la croissance exponentielle du cinéma nordique en matière de suspense, Millenium pourrait être l’une des plus grosses surprises de l’année au box-office. A suivre…

PREVIEW CINE - Jusqu’en enfer

Le Retour d’un Maître...

Ca y est, on y est, cette semaine sort Jusqu’en enfer, aka Drag me to Hell, synonyme de retour à l’horreur pour le metteur en scène de la légendaire trilogie Evil Dead, Sam Raimi. Le cinéaste, pourtant rôdé très jeune aux différentes techniques de l’épouvante, avait en effet cessé depuis belle lurette de nous abreuver en bandes horrifiques pour se tourner vers le fantastique pur et dur et nous proposer des réussites allant de Darkman à la franchise Spider-Man. En fait, depuis son Evil Dead 2, sorti en 1987, Raimi a offert tout son art à un public plus large, avant de se reconcentrer sur l’épouvante avec le film qui nous occupe aujourd’hui.

Le 27 mai 2009 sera donc sans aucun doute un grand jour pour tous les fans du bonhomme mais aussi pour tous les amateurs du cinéma d’horreur. Drag Me to Hell, que l’on peut traduire littéralement par la très plaisante phrase « Traine-moi en enfer ! », malgré une classification PG-13 assez surprenante (et donc, décevante pour certains puristes), devrait en effet valoir son pesant d’angoisse comme le prouve un pitch fort tentant. Le métrage raconte l’histoire de la jeune Christine Brown, une fille de la campagne qui cherche à faire son trou dans la grande ville de Los Angeles. Travaillant dans une grande banque, elle refuse un jour d’octroyer une extension de prêt à la vieille madame Ganusch, dans le but d’impressionner son patron pour obtenir de l’avancement. Mauvaise idée s’il en est puisque la veille dame jette un sort sur Christine qui se retrouve hantée par un esprit maléfique nommé Lamia.

Quelque part entre sorcellerie et possession démoniaque, le film devrait proposer bon nombre de séquences stressantes comme en atteste une bande-annonce pharamineuse, dévoilée voici quelques temps déjà et qui eut pour effet de convaincre les derniers récalcitrants. Projeté pour la première fois à la South by Southwest Fest, l’oeuvre a, depuis pas mal tourné d’événement en événement, provoquant un engouement hors du commun et jouissant de critiques dithyrambiques. De reviews en reviews, Jusqu’en enfer s’est donc déjà positionné comme l’un des phénomènes numéro 1 de l’horreur mondiale en cette année 2009, chose que ne regrettera pas un Raimi qui, pour tourner le film, a bénéficié d’un budget de 20 millions de dollars. Si cette somme reste fort éloignée de l’hyperproduction Spider-Man, force est de constater que cela fait de Jusqu’en enfer l’un des films d’horreur les plus friqués de l’année.

Cette richesse pécunière se traduit notamment par un casting où l’absence de très grands noms n’est pas synonyme d’un manque de talent, loin s’en faut. Ainsi, Alison Lohman (Big Fish, La légende de Beowulf), exquise naïade, donnera la réplique à l’un des jeunes acteurs les plus en vogue d’Hollywood, Justin Long, que l’on avait notamment aperçu dans Die Hard 4. Ils seront accompagnés dans leurs pérégrinations par Lorna Raver, une grande habituée des séries contemporaines, Dileep Rao, qui jouera prochainement dans le fameux Avatar de James Cameron, David Paymer (Payback), Adriana Barraza (Babel), Chelcie Ross (Basic Instinct, The Horsemen) et Reggie Lee (Pirates des Caraïbes 3, Star Trek).

Ce casting, prouvant une véritable volonté de surprendre par le biais d’acteurs de talent dont le visage n’est pas encore connu du grand public (on est loin de Toby McGuire dans Spider-Man), traduit à lui seul la volonté de Raimi de réconcilier un certain grand public avec l’horreur la plus viscérale qui soit. Encensé par la critique, Jusqu’en Enfer risque fort de faire beaucoup de bruit et, allez savoir, de relancer dans son domaine de base un maître de l’horreur. Une chose est certaine, il fera bon être en salles ce mercredi 27 mai…

LA BANDE-ANNONCE :

PREVIEW CINE - Antichrist

Nature morte

Présenté en compétition au festival de Cannes 2009, le très attendu Antichrist du Danois Lars von Trier a reçu un accueil des plus mitigé : sifflé, hué, le cinéaste a dû ensuite subir la délicate épreuve de la conférence de presse lors de laquelle les journalistes n’ont pas été très tendres, obligeant l’auteur à justifier certains de ses choix scénaristiques. Il faut dire que le réalisateur, loin de renouer avec le cinéma plus « dramatique » qui lui avait valu un franc succès sur la Croisette (la comédie musicale Dancer in the dark, le mélo Breaking the waves), s’était engouffré dans un genre assez mal-aimé des professionnels qui sied plutôt mal aux pingouins emmaillotés dans leur costume trois pièces. Persévérant dans sa découverte des genres, von Trier revient avec Antichrist, quinze ans après la série L’hôpital et ses fantômes (adaptée outre-Atlantique par Stephen King, le maître de l’horreur), moissonner les terres horrifiques en adoptant un postulat irrévérencieux : la création du monde, couramment attribuée à une autorité divine devenue depuis bien silencieuse, incomberait dans sa pellicule au Diable. Une inversion inspirée par le livre éponyme de Nietzsche, pamphlet acerbe contre la religion, dont von Trier reprend le titre pour édifier sa propre vision du mal.

Dès lors, la Nature, devenue l’Eglise de Satan, perd ses vertus régénératrices et contraint plutôt à la dégénérescence tant physique que psychologique. L’homme (Willem Dafoe, ancien Jésus Christ tenté de Scorsese) et la femme (Charlotte Gainsbourg), les deux figures de l’hétérosexualité symbolisant Eve et Adam, heurtés par la perte de leur fils, partent se ressourcer dans une cabane (baptisée Eden) perdue dans les bois. Un endroit d’apparence paradisiaque dans lequel l’homme compte bien poursuivre seul la thérapie de sa femme, rongée par le remords. Mais la dégradation mentale guette le couple et la forêt qui les entoure semble tout faire pour les enfoncer encore un peu plus dans leur perte…

Alors qu’il est en pleine dépression, von Trier utilise son nouveau projet comme une thérapie qui lui permet de sortir de la morosité du quotidien et de travailler sur du concert au lieu de se morfondre dans une léthargie incurable. Atypique, le métrage n’est pourtant pas son œuvre la plus sombre. Loin de l’atténuation technique de son Dogme 95 et du simplisme formel de Breaking the waves, von Trier lèche sa photographie, déstructure sa narration, polit son image et livre une série de séquences éminemment visuelles (la scène de sexe du trailer n’en est qu’un bref aperçu). Film d’auteur autant que film d’horreur, Antichrist ne se laisse pas soumettre aux conventions habituelles mais prend plutôt le pari de dépeindre de vrais personnages torturés. Entreprise d’autant plus ardue que les personnages en question ne sont qu’au nombre de deux, interprétés par Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg. Deux êtres plongés dans un univers hostile, effrayant, une nature à l’exact opposé de celle décrite dans Ushuaïa, une nature où les animaux se dévorent et enfantent des carcasses sans vie en guise de progénitures. La pellicule est fortement imbibée par l’horreur même si le film s’avère au final inclassable, à l’image des autres œuvres réalisées par le cinéaste et ne reproduit pas les schémas classiques du cinéma d’épouvante.

La sortie en salles, ultime étape d’Antichrist, scellera à jamais sa destinée et donnera raison ou tort aux critiques cannoises. Les voies du public sont-elles également impénétrables ?

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PREVIEW CINE - Terminator Renaissance

Résurrection d’une saga

Le troisième opus de la franchise Terminator sonnait déjà le glas de l’investissement de James Cameron. Ce nouvel opus, intitulé Terminator Renaissance (Terminator Salvation) se passe pour la première fois d’Arnold Schwarznegger, le mythique Terminator du titre qui poursuivait dans le premier film de Cameron la belle Sarah Connor (la suave et vachement musclé Linda Hamilton) dans le but de l’éliminer afin d’éviter la naissance de John Connor. Devenu au lendemain de la sortie du troisième film gouverneur de Californie, l’Autrichien renonça à l’idée d’endosser une nouvelle fois le rôle de la créature robotique, arguant au passage avoir passé l’âge pour en livrer une interprétation crédible.

En 2003, après la sortie de Terminator 3, Le soulèvement des machines, le réalisateur Jonathan Mostow et les acteurs Nick Stahl et Claire Danes devaient rempiler pour un quatrième volet. La visée à l’origine était d’édifier une pentalogie dont le dernier tome serait réalisé par James Cameron himself afin de boucler de manière originale une saga exceptionnelle. Face au refus de Cameron investi à 200 pourcents dans son Avatar, les données changent et les cartes sont redistribuées : Michael Ferris et John Brancato, auteurs du script du faramineux The Game et des imbuvables Primeval et Catwoman, déjà à l’œuvre sur le précédent opus de la saga, rédigent un nouveau script destiné à être le premier d’une nouvelle trilogie, portant du même coup la saga à un total de six épisodes, à l’image de l’hexalogie Star wars. Sauf que, loin de dessiner une préquelle, forme en vogue dans le genre science-fictionnesque (le Star Trek de J. J. Abrams en atteste), les scénaristes optent pour une trilogie novatrice qui ne se contente pas de remodeler l’entièreté d’une mythologie. Dès lors, comme l’annonce l’intitulé originel (Terminator Salvation : The Future Begins, handicapé depuis de sa dernière partie devenue tagline de la préquelle Star Trek), Terminator Salvation se déroule dans le futur : le métrage abandonne ainsi les habituels voyages spatiaux qui avaient été utilisés dès 1984 et prend plutôt place dans une société post-apocalyptique où s’affrontent sans relâche machines et humains. Une nouvelle ère s’ouvre donc à la franchise. Une ère qui contraint à revoir le cahier des charges tout en restant fidèle aux œuvres précédentes.

En octobre 2007, un communiqué anéantit les espoirs des fans : le poste de réalisateur reviendra à McG, auteur de Charlie et ses drôles de dames et de sa suite, Les Anges se déchaînent, deux opus qui recyclent pour le grand écran la fameuse série télévisuelle Drôles de dames. Actioner fracassant, rempli de belles charpentes (Lucy Liu, Drew Barrymore et Cameron Diaz s’y disputent l’affiche) et bourré d’action, Charlie’s angel, malgré un maigre bilan critique, rencontre son public et signe un score honorable au box-office, ce qui ne sera pas le cas de la séquelle. Le nom de McG rime dans l’esprit collectif avec "blockbusters légers", ce qui sied assez mal à l’univers post-apo de Terminator, censément plus épais et plus ténébreux que les amusements d’une tripotée de belles nanas adeptes du kung-fu. Néanmoins, les esprits s’apaisent suivant le dévoilement progressif du casting. Christian Bale, symbole du renouveau Batman de Christopher Nolan, incarnera John Connor (faisant suite à Edward Furlong et à Nick Stahl) et sera accompagné d’Helena Bonham Carter, de Sam Worthington et d’Anton Yelchin. Du beau monde pour un nouvel opus qui s’annonce d’ores et déjà étourdissant comme le laissent présager les teasers vus çà et là sur la Toile. Des prouesses visuelles, une nouvelle ligne de conduite : la Renaissance pourrait bel et bien avoir lieu.

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PREVIEW CINE - Coraline

Esthétisme teinté de noir

Non, non, mille fois non, Tim Burton n’est pas le réalisateur de L’Etrange Noël de Monsieur Jack, contrairement à une idée reçue largement répandue au sein des conversations cinéphiliques des admirateurs de la plastique de Pamela Anderson dans le désormais cultissime Barb wire. Pour le coup, le déjanté Burton était avant tout l’instigateur de l’histoire, le cinéaste griffonnant déjà les aventures de Jack et Sally du temps de son enrôlement par les studios Disney. La chaire de réalisateur, elle, incombait à Henry Selick, spécialiste visuel à la tête d’une équipée d’animateurs aguerris. Loin des récentes vagues en 3 dimensions, Coraline bénéficie de nouveau de l’image par image photographique qui permettait au conte halloweeno-noëlaire de sublimer la toile tout en narrant une histoire certes enchanteresse mais qui s’avérait parée de ténébreux atours, renvoyant les adultes à un monde autant bercé d’un imaginaire infantile que noyé dans une macabre réalité.

Coraline, à l’instar de son illustre grand frère, voit son esthétisme se teinter de noir suite à l’accession du héros dans le monde des couleurs, Selick optant à nouveau pour un renversement total des valeurs chromiques. Située dans un quotidien morose poussant l’héroïne à l’évasion, l’oeuvre décrit deux univers distincts aux points de comparaison d’autant plus forts qu’ils se différencient en puisant dans un symbolisme puissant. Variation obscure d’Alice au pays des merveilles, Coraline dépeint l’entrée d’une petite fille délaissée par des parents surbookés dans un monde arc-en-ciel intriguant aux bariolages éblouissants. Un parc grandeur nature au sein duquel les parents, quoique dotés de boutons à la place des yeux, éprouvent un amour sans limite pour la bambine. Mais, Coraline se rend rapidement compte que le strass et les paillettes cachent une réalité plus inquiétante. La réincarnation colorée de son voisin est certes plus sympathique mais semble cacher quelques secrets inavouables. La réincarnation de son compagnon de jeu, privé de paroles, semble annoncer un glas qui ne saurait tarder à retentir. Les parents, plus ouverts et plus accueillants, constituent un couple étrange où le père n’est qu’un pantin désarticulé au service de son épouse. De lentes transformations qui mènent vers un cauchemar sans nom. La fuite est-elle encore possible ?

LES CRITIQUES DU FILM

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PREVIEW CINE - Panique au village

La bonne blague belge !

Pouvait-on raisonnablement passer à côté de Panique au village et le toiser sous prétexte qu’il ne rentre pas exactement dans le cadre de notre site ? Assurément, non. Et ce pour une série de raisons tellement évidentes qu’il semble absurde de les décliner. Pourtant, on ne se lassera jamais de rappeler à quel point cette pellicule détonne en regard d’autres plus conventionnelles qui n’hésitent pas à se fondre dans des moules aux contours ennuyeux. Vincent Patar et Stéphane Aubier ne mangent pas de ce pain-là. Ils tiennent, depuis la création de leur Pic-Pic André Shoow en 1988 un filon qu’ils ne lâcheront plus tant ils excellent dans le domaine.

Depuis, ils ont créé une kyrielle de personnages aussi amusants qu’attachants qui partagent tous deux singularités : André l’étalon qui sirote de la bière, Magik le cochon rose, Cheval, Coboy et Indien possèdent un inénarrable accent belgo-belge et semblent être dotés d’un don particulier pour les bêtises. La première version de Panique village remonte à 1991, sous la forme d’un court qui ne comptait que quatre minutes au compteur. Une courte durée qui ne diminue en aucun cas le potentiel du produit, sorte de course effrénée vers le fou rire dorée par une nappe d’absurde et marinée dans un humour nonsensique irrésistible. Depuis, les personnages ont connu plusieurs épopées et ont pu ainsi gagner la sympathie d’un public entièrement acquis à leur cause forcément déraisonnable. C’est d’abord Le gâteau, pilote de série qui, en 2000, ravive le trio infernal avant que ceux-ci n’atteignent une importante consécration dans leurs vingt épisodes s’étendant chacun sur cinq minutes. Couronnés dans de nombreux festivals francophones ou non de courts métrages, les deux réalisateurs – mieux connus sous le nom de Pic-Pic en référence à leur premier succès – franchissent le pas du long format et ambitionnent de projeter de plus longues mésaventures de leur fabuleux trio sur des écrans de cinoche.

Tourné image par image en Scope à la manière du temps jadis, que Villon déjà exhumait avec beauté, Panique au village a été fabriqué pour un budget total de 3 millions et demi d’euros, à peine la moitié d’un film d’naimation actuel. Conservant l’âme même de leur œuvre, Aubier et Patar, sur une idée de base très simple (l’anniversaire de Cheval fêté par ses deux amis), échafaudent des tonnes de péripéties et convoquent les éléments naturels à constituer autant de pièces de leur terrain de jeu grandeur nature. Ainsi, au gré d’aventures extraordinaires et quelque peu échevelées, les éblouissants acteurs de cette gigantesque fresque surréaliste rencontrent-ils une pléiade de figures décalées (les Atlantes de retour !) sur fond de pluie, de tempête de neige et de soleil. En tout, la tâche scénaristique s’étalera sur une durée de deux ans, les deux compères étant aidés par quatre autres mains, celles de Vincent Tavier (le producteur de La Parti, à la base du projet Calvaire) et de Guillaume Malandrin. Ensuite, s’enchaînent les phases de préprod’, de tournage, de mixage, de montage et de création des bruitages, bref une affaire de quelques mois supplémentaires et de litrons de sueurs déversés pour arriver au résultat final, étonnant, éblouissant, désopilant. Un travail acharné auquel ont participé une vingtaine de personnes à temps plein, rejoints le temps du doublage sonore par Poelvoorde, Jannin et Bouli Lanners, preuve de la belgitude du projet qui, comble du comble, effectuera une sortie en salles belges en même temps en français et en néerlandais.

Cinemafantastique.net vous exhorte à bouger votre arrière-train et à vous précipiter en salles dès ce mercredi 17 juin pour découvrir les nouvelles aventures rocambolesques d’Indien, Coboy, Cheval, Gendarme, Steven, Janine et Madame Longrée (la dulcinée de Cheval) sur grand écran. Les fous rires sont garantis ou remboursés (en nature par Mae-Nak).

PREVIEW CINE - Hanté par ses ex

Harcèlement moral

Photographe spécialiste des célébrités, Connor Mead est un célibataire fêtard qui jongle sans aucun scrupule avec ses nombreuses conquêtes féminines. Cynique absolu, il parvient même à saper la répétition du mariage de son frère Paul. Étrangement, seule Jenny, une de ses amies d’enfance, semble résister à son talent dévastateur... Juste au moment où Connor semble avoir définitivement réussi à gâcher le grand jour familial, il reçoit la visite du fantôme de son oncle Wayne, lui-même débauché notoire. Grâce aux fantômes des ex-petites amies de Connor -passées, présentes et futures- l’oncle Wayne est venu faire passer un message essentiel à son protégé. Pour Connor, c’est le début d’une odyssée aussi hilarante que révélatrice qui va le conduire vers une vérité qu’il n’imaginait pas...

Preuve d’un engouement sans pareil pour le fantastique, les autres genres se plaisent à l’incorporer afin de renouveler l’intérêt de leurs ficelles élimées et de donner une plus-value scénaristique à leurs intrigues souvent monotones. La romance cinématographique – parfois déguisée sous le masque de comédies censément drôles - a ainsi fait preuve ces dernières années d’une vigoureuse attirance pour quelques gimmicks fantastiques. Entre deux rives exploitait les failles temporelles pour faire vivre à ses protagonistes une idylle impossible, Et si c’était vrai, comme Le fantôme de mon ex-fiancé, convoquait des spectres aux formes avantageuses (respectivement, Reese Witherspoon et Eva Longoria) tandis que Ma super-ex préférait le style super-héroïque pour dépeindre les frasques amoureuses d’un couple déconstruit. Autant de titres qui attestent de la difficulté qu’affiche la comédie romantique à renouveler ses thèmes, continuellement centrées autour de deux personnages qui s’embrasent d’une inexplicable passion et patientent – le temps de l’heure et demie syndicale – pour laisser libre cours à leur passion pressentie dès l’entame.

Prenant comme modèle A Christmas Carol de Charles Dickens, Mark Waters, coupable de l’ignoble adaptation d’Et si c’était vrai, reprend à la lettre l’habituel credo de l’ex spectrale et du nigaud qu’il convient de hanter. Dans les rôles-titres, le couple brûlant d’Hollywood Jennifer Garner-Ben Affleck est initialement prévu avant que le tournage, au départ censé débuter en 2003, ne capote en raison de contraintes budgétaires. Finalement, c’est le séduisant Matthew McConaughey qui obtient le droit de se glisser dans la peau de Connor Mead, playboy ingrat qui a calqué son existence et sa réussite sur celle de son oncle Wayne (campé par Michael Douglas), Dom Juan qui a passé l’arme à gauche. Un casting cinq étoiles qui n’a pas été assez costaud pour concurrencer les aventures de Wolverine lors de sa sortie aux States même si le film a engrangé d’honnêtes recettes sur l’ensemble de son exploitation américaine, dépassant au final les 50 millions de dollars d’entrées. Dès le 17 juin, Hanté par ses ex sortira dans les salles françaises avant que le début des vacances scolaires ne marque son accessit aux cinémas belges (sortie : 01 juillet). L’avenir du cinéma de genre passera-t-il par ce genre de productions où les pointures cachetonnent et les effets ne sont réduits qu’à de vagues poilades sans tendresse ? Espérons que non...

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PREVIEW CINE - Blood the last vampire

Saya, chasseuse de vampires

Sorti en 2000, l’anime Blood : the last vampire réalisé par Hiroyuki Kitakuba pour le compte de IG Productions a été encensé pour son habile mélange de 2D et de 3D. D’une courte durée (48 minutes montre en main), ce moyen métrage, s’il a déchaîné une furie auprès de fans manga et d’amateurs de l’animation nippone pur jus, souffrait d’un manque de développement au niveau de ses personnages, tous expédiés à une vitesse v-v’ au profit d’une intrigue parfaitement menée pour sa part. Depuis, le phénomène ne cesse de s’épandre : transpositions vidéo-ludiques, publications de mangas et adaptation sous forme de série télévisuelle, baptisée Blood + qui s’inspire totalement de l’ambiance médiévale originelle.

Dans ce panorama hétéroclite, une transposition live avec des acteurs faits de chair et d’os semblait inéluctable. En mai 2006, Bill Kong, producteur de Tigre et Dragon, annonce officiellement qu’il compte produire cette adaptation et que Ronny Yu, relégué depuis aux sous-produits made in Hollywood (Freddy contre Jason), en sera le réalisateur et le scénariste. Finalement, en lieu et place de Yu, Stephen Chow, scénariste du Maître d’armes, siège aux côtés de Kenji Kamiyama et de Katsuya Terada tandis que la mise en scène revient à Chris Nahon, réalisateur français formé à l’école Luc Besson. L’occasion pour lui de faire oublier ses exactions passées que constituaient Le Baiser mortel du dragon et L’empire des loups, deux œuvres esthétiquement irréprochables dont la mise en scène fut édifiée à la tractopelle.

L’histoire suit le cheminement de Saya, chasseuse de vampires vieille de quatre cents ans qui, à l’instar de Blade et de Bloodrayne, est une créature hybride née des amours d’un hominidé et d’une suceuse de sang. Armée d’un katana, Saya est envoyée par une organisation secrète dans la base US de Yokota, située à quelques kilomètres de Tokyo, afin d’y traquer les vampires qui se tapissent parmi les habitants du camp militaire. Dressée dans un contexte géopolitique lourd (post-Hiroshima et pré-Guerre du Vietnam), cette pellicule évacue toute légèreté propre aux oeuvres vampiriques qui en ont fait des dandys crétins et de vagues séducteurs plus portés sur leur apparence que sur leur fatum maudit. Le métrage distille une atmosphère pesante, ténébreuse et offre un traitement extrêmement sérieux à cette relecture du mythe vampirique initiée par son créateur. Le casting, destiné à charmer autant l’international qu’à séduire le marché asiatique dont on ne saurait se passer, constitue un patchwork de trognes orientales et de seconds couteaux occidentaux. Dans le rôle principal, la ravissante Gianna Jun, star du cinéma sud-coréen, enfile le costume traditionnel des écolières nippones qui continue à faire fantasmer nombre d’accros à la gente féminine asiatique. Pour lui donner la réplique, Liam Cunningham (La Momie 3) et Allison Miller, l’amie américaine de Saya recomposée afin de susciter l’identification du spectateur.

Sortie le 17 juin 2009 en France

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PREVIEW CINE - Vertige (Ferrata)

Chemin escarpé

Véritable touche-à-tout artistique, Abel Ferry a travaillé dans la pub (Honda, Nike, Knorr...) le clip (pour Diva Avari surtout), pour la télévision (les Guignols notamment) et a déjà réalisé quelques courts métrages reconnus et remarqués dans le milieu (Le bon, la brute et les zombies avec, en son cast, le tromeur Lloyd Kaufman et la trogne Dominique Pinon). Suite classique et logique oblige, ce réal talentueux et prometteur se lance désormais dans son premier long métrage qui s’annonce d’ores et déjà comme un des films à suivre de l’année. Film de commande sur lequel Abel Ferry est parachuté alors que le scénario est déjà écrit, Vertige (intitulé qui remplace celui originellement choisi, Ferrata) est un film d’aventures qui tourne au survival, dans la lignée du Humains de Pierre-Olivier Thévenin et Jacques-Olivier Molon. Un parallèle d’autant plus évident que les deux métrages émanent de l’Hexagone, habituellement avare en péloches de genre, qu’ils sont tournés quasi intégralement en décors naturels et qu’ils sont chapeautés par des novices du format long.

Pourtant, la comparaison s’arrête net dès lors que Vertige atteste d’une maestria cinématographique autrement plus convaincante que la péloche aventuro-foireuse des artisans en effets spéciaux. Produit par Sombrero Films (déjà producteurs du transcendant Mutants de David Morley), Vertige traite d’une randonnée effectuée par un groupe d’amis, tous d’anciens potes de chambrée, qui se retrouvent des années plus tard pour une escapade montagneuse sur les flancs de Croatie. L’ascension prend une tournure dramatique lorsque l’écroulement d’une passerelle les contraint à se réfugier en pleine nature. Une nature luxuriante qui devient rapidement hostile suite à l’apparition d’un homme sauvage qui les prend pour cibles…

Marqué d’une simple interdiction aux moins de douze ans, Vertige prend, pour sa part, essentiellement pour cible un public adolescent friand en sensations fortes et encouragé par les mésaventures de ces victimes potentielles, servies en pâture à un tueur sanguinaire. A mi-chemin entre Délivrance (pour la trame narrative et les décors utilisés) et Cliffhanger (pour le côté haletant de l’ascension montagnarde), le métrage part avec une plus-value indéniable sur son concurrent de La Fabrique de films en ce sens qu’il plonge directement ses personnages dans l’action et ne relâche jamais son souffle jusqu’au dénouement, ne s’encombrant pas au passage de vains bavardages ni de louvoiements interminables comme seuls colmatages d’une intrigue un peu trop simpliste. Ferry parvient au contraire à tirer de son pitch déjà-vu la substantifique moelle en se reposant principalement sur des personnages crédibles dans leurs faits et gestes, autant lors des simples moments de copinage que lorsque ceux-ci sont acculés par une monstruosité tapie dans l’ombre.

Vertige, ultime bastion d’un cinéma français qui parvient, enfin, à rivaliser avec les prods aventuresques hollywoodiennes. Une réussite à constater dès ce mercredi en salles.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

L’interview

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PREVIEW CINE - Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé

Le petit sorcier, héros de l’été

Par Carrie

L’étau démoniaque de Voldemort se resserre sur l’univers des Moldus et le monde de la sorcellerie. Poudlard a cessé d’être un havre de paix, le danger rode au cœur du château... Mais Dumbledore est plus décidé que jamais à préparer Harry à son combat final, désormais imminent. Ensemble, le vieux maître et le jeune sorcier vont tenter de percer à jour les défenses de Voldemort. Pour les aider dans cette délicate entreprise, Dumbledore va relancer et manipuler son ancien collègue, le Professeur Horace Slughorn, qu’il croit en possession d’informations vitales sur le jeune Voldemort. Mais un autre "mal" hante cette année les étudiants : le démon de l’adolescence ! Harry est de plus en plus attiré par Ginny, qui ne laisse pas indifférent son rival, Dean Thomas ; Lavande Brown a jeté son dévolu sur Ron, mais oublié le pouvoir "magique" des chocolats de Romilda Vane ; Hermione, rongée par la jalousie, a décidé de cacher ses sentiments, vaille que vaille. L’amour est dans tous les coeurs - sauf un. Car un étudiant reste étrangement sourd à son appel. Dans l’ombre, il poursuit avec acharnement un but aussi mystérieux qu’inquiétant... jusqu’à l’inévitable tragédie qui bouleversera à jamais Poudlard...

En lisant ce synopsis, vous l’aurez compris, J.K Rowling n’ y est pas allé de main morte en écrivant le sixième épisode de la saga Harry Potter. En effet, la romancière nous présente un roman complexe où se mêlent amour, magie noire, mystères, drames et secrets en tout genre. Si le synopsis retranscrit à merveille les ingrédients du roman, on peut aussi compter sur l’excellent David Yates (Harry Potter et l’Ordre du Phénix) pour traduire au mieux l’ambiance toute entière de l’œuvre de la romancière. Cette année, le réal, un temps dévolu aux séries télé anglaises, va encore nous époustoufler en accordant les nombreuses qualités de la franchise et, notamment, des effets spéciaux, comme tendra à le prouver la spectaculaire scène d’entrée : la réduction d’un pont de Londres à l’état de poussière. A ce titre, les nombreuses photos dévoilées dans les médias ces dernières semaines démontrent une nouvelle recherche esthétique qui devrait nous en mettre plein les mirettes (la boutique des jumeaux Weasley devrait particulièrement valoir le détour. Rien n’a visiblement été laissé au hasard comme en attestent les alléchantes bandes-annonces et le métrage devrait s’adresser à un public toujours aussi large.

Du côté du casting, de nouveaux personnages font leur apparition. Chez les adultes, nous découvrirons le professeur Slughorn, un personnage érudit, manipulable, intéressé par la gloire des autres et un peu porté sur la bouteille à l’occasion. Il est interprété par Jim Broadbent (Indianna Jones et le crâne de cristal et Le monde de Narnia). Chez les jeunes, Lavande Brown, la petite amie de ce rouquin de Ron, fait son apparition, interprétée par Jessie Cave (Summerhill, Cœur d’encre). A l’image de cette amourette naissante, les hormones des principaux protagonistes de la saga entrent totalement en éveil avec ce sixième opus qui devrait s’avérer riche en butinages : tandis que Romilda Vane (Anna Shaffer) prépare des philtres d’amours, Harry batifole avec Ginny Weasley, Lavande flirte grossièrement avec Ron (mets-lui la langue, mon beau !), Hermione, folle de rage, essaie tant bien que mal de rendre jaloux son rouquin avec Cornac Mclaggen (Freddie Sorma). La sensualité de l’œuvre risque donc fort de s’en trouver exacerbée et, sans pour autant que Yates ne s’attarde à ces détails, Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé pourrait revêtir des petits airs de Twilight : Fascination. Les scènes de baisers et de jalousie seront légion et devraient permettre à la franchise d’accrocher un public encore plus large.

Toujours du côté des nouveaux arrivants, on remarquera la présence d’Hero Fiennes-Tiffin, un jeune garçon qui est en fait le neveu de Ralph Fiennes (piston, quand tu nous tiens) et qui ne s’est signalé que par un rôle mineur dans un drame de Suzie Halewood, Bigga Than Ben. Mais, comme le hasard fait bien les chose, le neveu de Fiennes incarnera Voldemort (le personnage de son tonton) durant des flashback concernant le personnage. Ces retours dans le passé servent en fait à Harry Potter dans sa quête. Cette dernière sera, par contre, émaillée d’une présence accrue du détestable Drago Malfoy, toujours incarné par Tom Felton, qui, cette fois, profitera d’un rôle de premier rang.
Ce casting et les moyens mis en œuvre durant un très long tournage a bien entendu un prix : 150 millions d’euros, allongés par une Warner qui sent dans son dos le souffle de Summit Entertainment, firme qui a lancé la nouvelle franchise en vogue auprès des ados, Twilight.

Dès lors, la société a décidé d’empocher le pactole par n’importe quel moyen : Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé a été reporté de près de 8 mois sur ordre des décideurs. Warner Bros. entendait comme cela profiter d’une période estivale toujours propice aux recettes cinéma. Le petit sorcier binoclard s’est dès lors transformer en leader d’un blockbuster estival, les producteurs multipliant de ce fait les annonces et publications fracassantes. Avec une phase promotionnelle de près d’un an, le sixième volet des aventures d’Harry Potter a sans doute battu des records dans le domaine, nous gratifiant presque chaque jour d’affiches, de photos ou d’extraits inédits. Harry Potter et l’Ordre du phénix, dont on se demande encore comment il pourrait vraiment nous surprendre, envahira les salles obscures dès ce 15 juillet et devrait, comme d’habitude, tutoyer les sommets du box-office mondial durant quelques semaines. Le petit sorcier n’a pas fini de vous enchanter, qu’on se le dise !

BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - La femme invisible

D’après une histoire vraie !?

Il ne s’agit nullement du personnage créé par Stan Lee et qui trône, comme seule représentante oestrogénée dans la bande très masculine des 4 fantastiques. Ni d’une quelconque amante translucide du savoureux savant fou créé par H. G. Wells. Plutôt d’une femme lambda, extrêmement quelconque, qui disparaît sporadiquement de la vue de ses concitoyens, au point de se demander si elle n’est pas dotée de super-pouvoirs. "Au début, je n’y ai pas cru. Je pensais que les autres ne me voyaient pas parce qu’ils ne faisaient pas attention à moi, parce qu’ils ne me trouvaient pas intéressante, parce qu’au fond, j’étais nulle. C’est après que j’ai compris que, par moment, je devenais vraiment invisible. J’étais là et on me voyait plus ! Quelque chose qui n’arrive jamais était en train de m’arriver, à moi."

Une introduction très proche de celles d’Amélie Nothomb pour ce drame sur fond de fantastique qui ne flirte que très relativement avec les gimmicks habituels des films super-héroïques. « C’est davantage un portrait qu’un film à intrigue ou qu’un film de super-héros à l’américaine », explique la cinéaste, Agathe Teyssier, dont c’est le premier long-métrage. « J’ai l’habitude de dire que le film finit là où commence un film américain ! Même si j’ai utilisé les codes du film de super-héros (dont on reconnaît la progression : découverte du don, refus de s’en servir, puis acceptation de sa singularité et naissance du héros) ce qui m’intéresse c’est de traiter sur un mode surnaturel et humoristique les difficultés psychologiques d’une jeune femme d’aujourd’hui. (...) Ce que j’aime dans l’idée du super-héros, c’est que l’accomplissement, ça n’est pas l’acceptation de la réalité prosaïque, qui peut confiner au renoncement. C’est encore un rêve de soi-même, une projection, comme l’impression d’être invisible aux yeux des autres. Mais cette fois-ci, c’est une image de soi-même positive, héroïque, justement. » Quelques codes régurgités au sein d’un drame des plus actuels qui se concentre quasi intégralement autour de son personnage principal : Lili, une femme représentative de son époque où le culte de la réussite ne laisse que peu de place aux singularités anonymes, une société qui croule sous le syndrome Susan Boyle et porte aux nues ce qu’elle a précédemment rejetée sitôt que l’opportunité se présente.
Pas étonnant dans ce contexte que la mention « d’après une histoire vraie » découle d’une expérience vécue par la réalisatrice : « Il y a une scène qui est vraiment tirée d’un souvenir réel : un jour, alors que je jouais dans une pièce de boulevard pas très glorieuse, ma grand-mère est venue me voir. Je revois encore son visage consterné, et je ressens encore le vide qui m’a envahi quand j’ai vu son visage au milieu du public. »

Malgré l’aspect vécu, La femme invisible dépasse le simple cadre de l’autobiographie onanique pour atteindre des considérations bien plus universelles, celles de l’estime de soi et de cette désagréable sensation de n’être plus rien devant l’indifférence du tout-venant. Métaphore puissante et constat glacial mais touchant de la compétitivité sociétale qui s’impose jour après jour dans nos vie d’« hommes pressés ». Au centre de toutes les attentions, la troublante Julie Depardieu endosse le rôle principal et permet à la pellicule d’être véritablement éblouie de son omniprésence (malgré ses absences, d’où contradiction habile entre contenu et contenant).

Plus d’infos sur ce film

PREVIEW CINE - L’An 1 : Des débuts difficiles

Hommes préhystériques

Petite devinette : Que se passe t-il lorsque Harold Ramis, génie comique des années 80, rencontre Judd Apatow, le nouveau maître de cette discipline depuis près de 10 ans ? Cela donne Year One, une production légèrement décérébrée portée par la crème des stars comiques de notre époque. Et si ma devinette n’est désespérément pas drôle, il y a fort à parier que le film le sera.

Après s’être occupé d’un mafieux dépressif campé par Robert De Niro dans le diptyque Mafia Blues, l’ex-Egon Spengler de S.O.S Fantômes nous emmène au tout début de notre ère avec l’histoire de Zed et Oh, deux chasseurs-cueilleurs tellement bas du plafond qu’ils se font chasser de leur village natal. Etant d’irrécupérables bons à rien, ils devront s’unir et s’entraider pour aller de l’avant afin de découvrir de nouveaux horizons et - du coup - affronter de nombreux dangers. Mais pas seulement, puisque leur grand périple les mènera sur les traces de légendes religieuses, tels Isaac et son père Abraham, ou les frères ennemis Abel et Caïn. Lorsqu’on lui a proposé le rôle, Ramis "a immédiatement pensé à deux choses : d’abord le personnage interprété par Mel Brooks, "L’Homme âgé de 2000 ans" (dans La Folle Histoire du Monde - ndlr) et à un sketch improvisé que j’avais mis en scène il y a longtemps avec John Belushi et Bill Murray. Dans ce sketch, Bill était un Homme de Cro-Magnon classe et moderne, alors que John un Néandertalien complètement abruti." Plus tard, le comique ira jusqu’à comparer Jack Black avec l’interprète de Jake Blues des Blues Brothers.

En plus de promettre une relecture insolente des mythes bibliques, cette incursion jusqu’alors inédite permet à Ramis, de confession juive, de disposer d’un beau casting. Commençons par le début avec Jack Black et Michael Cera, qui campent les deux hommes préhistoriques naïfs. Si l’on ne présente plus le premier, toujours à l’aise dans n’importe quel registre, comme le prouveraient le génial King Kong et le délirant Tenacious D in The Pick of Destiny, intéressons-nous de plus près au jeune et déjà indispensable Cera.
Révélé en 2007 par l’hilarant Supergrave de Greg Mottola, déjà produit par Judd Apatow, et la série Arrested Development, le jeune homme continue de se frayer un chemin dans le monde du cinéma, explorant aussi bien le cinéma indépendant (Juno) que les productions pour jeunes (le futur Scott Pilgrim VS The World d’Edgar Wright).

Quant à sa présence dans Year One, Michael l’explique ainsi : "J’avais trouvé le scénario génial, et je suis un grand admirateur de Harold Ramis. Il a beaucoup influencé ma vie... Je trouvais que travailler avec lui était très excitant (...), je me suis dit que ce serait marrant.". Le tournage lui a permis de se découvrir une certaine proximité avec Jack Black et le metteur en scène, prêt à tout pour le satisfaire... C’est également la même motivation qui a mené Judd Apatow à confier le projet à Harold Ramis, jusqu’alors second rôle récurrent dans ses productions En Cloque - Mode d’Emploi et le génialissime Walk Hard - The Dewey Cox Story.

Malgré tout, une scène n’a pas été une véritable partie de plaisir dans cette modeste production pour le jeune comédien : "C’était déjà énervant d’avoir une perruque collée sur la tête tous les jours, mais être entièrement peint en or était bien pire. C’est la chose la plus désagréable que j’ai eu à faire pour un rôle. Il m’a fallu une éternité pour l’enlever. (...) Il y a aussi un moment dans le film où je me retrouve pendu à l’envers... J’ai vraiment souffert, en fait.". Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour divertir le public de nos jours...

Outre nos deux héros, il y a du beau monde qui se bouscule dans le casting du film, à commencer par Harold Ramis lui-même, qui s’accorde seulement le rôle d’Adam, premier Homme sur Terre. David Cross, également transfuge de la série Arrested Development, obtient le rôle de Caïn, tandis que le génial Paul Rudd fait une apparition en tant qu’Abel, dont on connait tous le triste sort. Hank Azaria, récemment vu en Kah Mun Rah dans La Nuit au Musée 2, campe le non moins important Abraham, alors que son fils Isaac est interprété par Christopher Mintz-Plasse, le McLovin culte du même SuperGrave. Vinnie Jones (Midnight Meat Train), Bill Hader, Kyle Gass et les belles Juno Temple et Olivia Wilde complètent en beauté cette palette d’acteurs chevronnés.

Car malgré son sujet plus ou moins original, son budget de 60 millions de dollars et ses 46 décors grandeur nature (réalisés en dix semaines par une équipe qui mérite d’être saluée), le film reste avant tout une pure comédie US telle qu’on en voit souvent, avec des gags délicieusement régressifs et souvent en-dessous de la ceinture. Ce qui, on le sait, est loin d’être du goût de tout le monde.
La preuve ? Le film, sorti le 19 juin dernier Outre-Atlantique, a recueilli un grand nombre de critiques négatives. Pas seulement sur le fameux site Rotten Tomatoes, où seuls 17 % de bons avis sont répertoriés, mais surtout dans la presse. Ainsi, on a pu lire que selon Michael Phillips, critique au Chicago Tribune, "L’An Un ne rejoindra pas la liste des comédies cultes, que Harold Ramis a contribué à créer lui-même en tant que scénariste, auteur et acteur.". Même le célèbre Roger Elbert n’a donné qu’une étoile dans son fameux barème de quatre étoiles.

Comme si ça ne suffisait pas, il n’y a pas que les mauvaises "reviews"
qui laissent craindre le pire avec le film. Dans l’Hexagone, on sait déjà à quel point les comédies américaines sont détestées des distributeurs. L’année dernière, la formidable comédie geek Frangins Malgré-Eux n’avait bénéficié que d’une vingtaine de salles seulement, dont les seules copies VOST étaient disponibles dans l’agglomération de la capitale. Même son de cloche pour I Love You, Man avec Paul Rudd, sorti la semaine dernière en France et en Belgique avec le même constat. Enfin, même Zack et Miri tournent un Porno du cultissime Kevin Smith n’a pas encore de date de sortie en France, alors que nos confrères belges ont pu le voir - de façon très limitée - en février dernier. Dès lors, avouez que l’on ne peut qu’avoir peur avec la sortie prochaine de L’An Un, que certains ne pourraient finalement qu’apprécier uniquement en DVD, et ce malgré les présences - franchement bénéfique - de Harold Ramis et de Jack Black.

Pourtant, il sera difficile de résister à la curiosité d’aller voir le film au cinéma, quitte à en ressortir déçu. Après tout, certaines comédies cultes des années 80 avaient été violemment critiquées à leur sortie, non ? Et même s’il n’y a plus ou peu de place à notre époque pour que John Landis, les ZAZ ou même John Hughes (quelques jours après avoir écrit cet article, le réalisateur culte de Weird Science décédait - ndlr) puissent revenir sur le devant de la scène correctement, on a toujours le doit d’espérer un bon retour ?

Mais pour retrouver le vrai Harold Ramis que l’on connait tous, il faudra probablement attendre la sortie de Ghostbusters 3. Et à en croire les rumeurs, c’est pour bientôt !

BANDE ANNONCE VF :

PREVIEW CINE - G.I. Joe, le Réveil du Cobra

Quand les jouets prennent vie...

1963. Depuis 4 ans, la firme Mattel a lancé un jout qui a révolutionné l’industrie, conquérant au passage le cœur de toutes les fillettes, la Barbie. La société Hasbro, fort présente dans le monde du jouet en ressent les effets et cherche une création capable de concurrencer la blonde aux formes aguichantes. La solution viendra d’un consultant d’Hasbro qui trouva l’idée de créer un héros pour jeunes garçons, le G.I. Joe. Soldat articulé de 30 cm, l’objet frappe de plein fouet l’industrie du jouet pour s’imposer rapidement comme le maître achat d’une jeunesse en manque de sensations. Rapidement portée au devant de la scène, la firme déchante néanmoins à cause de la guerre du Vietnam qui donne mauvaise conscience au peuple américain qui, petit à petit, boude son armée et donc, tous ses produits dérivés. En plein creux, Hasbro décide alors de muer son héros en explorateur, personnage bien plus vendeur qui, de plus, se miniaturise afin d’acquérir la taille bien plus pratique de 9,5 cm. Les aléas de la mode se chargeront alors de transformer le personnage en véritable espion, membre d’une troupe secrète aux multiples personnages et aux véhicules qui émerveilleront des générations entières.

Quel gamin n’a jamais eu en main un G.I. Joe ? C’est sans doute là la réflexion des dirigeants de la firme Hasbro qui, depuis quelques temps déjà, désiraient voir les aventures du héros déclinées sur grand écran, à l’image des comics génialissimes dont les différents personnages avaient joui. Dès lors, lorsque Lorenzo Di Bonaventura décide de développer Transformers, autre produit maison, les dirigeants de la firme décident de lui proposer en parallèle de produire un métrage voué à la gloire de G.I. Joe. Warner étant relativement réticent, le projet met du temps à se monter jusqu’à ce que Paramount Pictures trouve son bonheur dans une mythologie aussi riche que plaisante pour un public assez large.

Doté d’un budget encore supérieur à celui de Transformers (c’est-à-dire plus de 140 millions de dollars), le projet G.I. Joe, le réveil du Cobra se développe de manière assez lente mais la production engage rapidement un cinéaste de talent en la personne de Stephen Sommers, déjà responsable des Aventures d’Huckleberry Finn, du très peu inspiré Van Helsing et du Livre de la Jungle. Pas toujours servis par des producteurs et scénaristes tout acquis à la cause du box-office et de la rentabilité, le réal comptait bien se faire un véritable nom en adaptant ce qui ressemblait à l’idole de nombreuses générations. De son propre aveu, Sommers désirait verser dans le film d’espionnage à la James Bond, domaine qu’il apprécie particulièrement pour en être un véritable fan.

Dès lors, G.I. Joe, le réveil du Cobra devrait être un véritable régal naviguant à volonté entre des univers filmiques totalement différents. En effet, Lorenzo Di Bonaventura, ainsi que Stuart Beattie, David Elliott et Paul Lovett, ses scénaristes, désiraient avant tout préserver les multiples facettes qu’a acquis le héros au fil des années. Tantôt espion, tantôt soldat ou encore aventurier, le tout parsemé de SF grâce à des gadgets et à des locaux hors du commun, c’est l’univers développé durant 30 années de marketing qui sera présent en une seule bande d’1h47 .

Plus encore qu’une simple adaptation de comic book et d’un univers mercantile toujours à la pointe, c’est à quelques innovations qu’il faut s’attendre avec le métrage de Stephen Sommers. Car la pellicule de Paramount Pictures va, selon les dires de son producteur, creuser la mythologie des différents personnages et fournir diverses explications inédites à leurs existences et comportements.

Ceux-ci seront d’ailleurs sans doute exprimés au mieux par un casting impressionnant. La superbe Sienne Miller, interprète d’une Baronne toute de cuir vêtue, donnera notamment la réplique à la star Dennis Quaid (Général Hawk), à l’omniprésent Channing Tatum (Duke, représentant du premier jouet G.I. Joe), au français Saïd Taghmaoui, à la sexy Rachel Nichols ainsi qu’aux ninjas Byung-hun Lee et Ray Park, et, bien entendu, le vilain Joseph Gordon-Levitt, qui incarnera le Cobra, chef d’une institution criminelle bien connue. Ce dernier sera le chef d’une organisation terroriste contre laquelle les G.I. Joe devront lutter… pour le plus grand plaisir des fans de la franchise dès ce 5 août dans les salles.

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Numéro 9

Tim Burton presents...

Dans un futur proche, la Terre a été ravagée par une grande guerre entre les hommes et les puissantes machines qu’ils avaient crées. Sachant l’humanité condamnée, un scientifique créé 9 petites créatures, fragiles et sans défense à partir d’objets divers ramassés dans les décombres. Incapables de s’opposer aux machines, ils ont formé une petite communauté survivant au jour le jour dans les décombres. Mais le dernier né de cette famille, le Numéro 9 a une mission. Il détient en lui la clé de leur survie et devra convaincre ses camarades de quitter leur refuge de fortune pour s’aventurer au coeur du royaume des machines. Ce qu’ils vont découvrir en chemin représente peut-être le dernier espoir de l’Humanité.

Autant le répéter une nouvelle fois d’entrée : Non, ce n’est pas Tim Burton qui réalise ce nouveau film d’animation. Non, il n’est pas non plus à l’origine de cette histoire sombre et originale, au contraire de l’injustement attribué The Nightmare Before Christmas. Non en fait, il ne fait que produire, à l’instar du cinéaste tout aussi visuel Timur Bekmambetov.
Et c’est tout, maintenant, arrêtons de le placer en avant dans ce métrage qui doit absolument tout à son créateur, Shane Acker.

A l’origine, 9 n’était rien d’autre qu’un court métrage de 11 minutes. Enfin, c’est facile à dire pour celui qui n’a pas passé 4 ans et demi dessus à bosser comme un dingue. C’est le temps qu’il a fallu pour Acker et sa petite équipe d’une dizaine de personne afin d’aboutir au résultat final, dévoilé en 2005 dans certains festivals, et que l’on peut admirer désormais sur tous les bons sites de partage du web.
D’abord diplômé dans une école d’Arts et d’Architecture, Shane Acker change de registre et se lance dans l’Animation. Ses quelques travaux d’étudiants, comme le cartoonesque et plutôt gore The Hangnail ou le court mais jubilatoire The Astounding Talents of Mr.Grenade, se font vite remarquer.
Visant une nouvelle carrière, il se munit de plusieurs ordinateurs et de logiciels essentiels pour se lancer dans un premier grand court métrage, en hommage à ses modèles assumés, les encore jeunes Pixar. Le résultat : un court métrage sombre et apocalyptique dans lequel une poupée de chiffon baptisée 9 tente de survivre à d’impitoyables et énigmatiques créatures robotiques qui déciment les siens, et qui rafle de nombreuses récompenses, parmi lesquelles la Médaille d’Or du Student Academy Award, ou le Best In Show du SIGGRAPH (bon, le Special Interest Group on GRAPHics and Interactive Techniques). Il rata même de peu l’Oscar du Meilleur Court-Metrage d’Animation, dévolu à The Moon and the Son : An Imagined Conversation de John Canemaker.

Mais c’est en remportant le Prix du Meilleur Film Animé au San Diego Comic-Con que les premières rumeurs de transformer le court en long métrage apparaissent. En effet, c’est à cette énorme convention qu’un certain Tim Burton (merde les mecs, on avait dit qu’on arrêtait d’en parler !) a remarqué le jeune réalisateur et son film, qu’il clame être "les dix minutes de film les plus impressionnantes qu’on aie jamais vu". Après tout, n’est-ce pas avec le génial Vincent que l’étrange cinéaste a fait ses premières armes ?

Ainsi pistonné, la production du véritable film peut commencer, à travers différents la tutelle d’Universal Studios et sa branche artistique, Focus Feature. Aidé de studios plutôt efficaces, comme les Luxembourgeois d’Attitude Studio, pujis ensuite les Américains de Starz Media, derrière The Simpsons. Timur Bekmambetov, réalisateur "visionnaire" de la saga surestimée Night Watch/Day Watch, prête à son tour toute son attention sur le projet entre temps.
L’Histoire, elle, sera complètement réécrite, avec l’aide de la scénariste Pamela Pettler (Corpse Bride). Ainsi, le film apporte des explications attendues par rapport au court d’origine, et rend le monde des Hommes apocalyptique, suite à une nouvelle guerre entre les Humains et les Machines qu’on a crée. Comme il n’y avait qu’en tout 3 personnages dans le court métrage original, il fallait bien évidemment étoffer le tout, et c’est ainsi que l’on passe à un groupe de 9 poupées inédites aux caractéristiques propres.

Ce n’est qu’en 2007, lorsque le casting de voix fut révélé, que l’intérêt porté à Numéro 9 ne fut plus que celui des fanatiques d’animation. Et jugez du peu : 6 des neuf nouvelles poupées chargées de sauver le monde déchu des Humains sont doublées par des comédiens plutôt talentueux, voir cultes.
Commençons par Christopher Plummer, qui prête sa voix à N°1, la plus ancienne des poupées, et être de raison bien précieux dans cette quête qu’il mène inévitablement. N°2, doublé par Martin Landau, s’avère être l’inventeur du groupe, téméraire et inventif.
Le bipolaire John C. Reilly (à la fois acteur dramatique et comique génial) devient N°5, une poupée débordant d’idées, sur qui ils peuvent bien entendu compter. Petite dédicace de la part de Shane Acker, N°6, l’excentrique de la bande, s’inspire directement de Tim Burton (encore !)... mais qui de mieux que le génial et hystérique Crispin Glover pour lui donner âme ?
Seule poupée femelle du groupe, N°7 est la plus combattante d’entre elle, et est doublée par la non moins séduisante Jennifer Connelly. Enfin, N°9, héros éponyme et jeune poupée élue pour remettre de l’ordre dans ce chaos apocalyptique, se voit dotée des cordes vocales d’Elijah Wood, Frodon en personne.

"Le scénario a attiré mon attention tout autant que le court métrage, confiait-il lors du dernier Wonder-Con. Je l’ai trouvé excitant (...), je voulais en être. Avec la vision de Shane Acker, que demander de plus ?"
. A propos de son personnage, il confie "C’était génial de le doubler... Mais il a vécu une aventure similaire à l’un de mes anciens personnages, et je n’arrive pas à me rappeler quoi... Une sorte de quête."
Egalement touché par cet univers "terriblement sombre et déprimant", la présence d’Elijah au casting ne fait que rajouter du prestige à un film qui ne va pas tarder à se faire un nom.

Décembre 2008 : la première bande annonce officielle débarque sur le net, et toute une communauté découvre le choc. "Enfin un film d’animation adulte !" scandent les joyeux geeks, "C’est moche !" crient les irrécupérables trolls. Une chose est sûre, 9 ne laisse personne indifférent.
De par la beauté de ses graphismes, fluides et incroyablement éclairés, ou par l’ingéniosité visuelle des batailles entre poupées et machines, la bande annonce laisse bouche bée, bercée par un extrait épique du désormais culte "Welcome Home" de Coheed and Cambria. Dès lors, une bonne partie des cinéphiles de la planète s’intéressent de près à ce métrage animé, pourtant déjà alléchant rien qu’à l’idée de la présence de Burton (Oh !) et Bekmambetov associé à ça. L’arrivée de Danny Elfman et sa collaboratrice Deborah Lurie (gentiment "prêtés" par "Tim B.") à la Bande Originale ou encore le marketing viral toujours aussi efficace contribuent au buzz grandissant de ce que certains clament déjà comme "le Renouveau du cinéma d’animation".

Etrangement, la France sera la premier pays a avoir la chance de pouvoir admirer ces poupées aventurières sur grand écran. En effet, la sortie est programmée pour le 19 Août prochain, soit 3 semaines avant les Etats-Unis, où le film sortira le 09 Septembre (09.09.09 quoi). Quant à la Belgique, ils ne découvriront le film que le 16 Septembre.
Espérons que de notre côté de l’Atlantique le succès soit au rendez-vous, et que le public ne se laisse pas penser qu’il s’agit d’un film uniquement pour enfants. Après tout, avec un nom affiché aussi grand que celui de Tim Burton sur les posters, impossible que le film n’aie pas son succès auprès des cinéphiles et des adolescents, non ? Misère...

Bande Annonce VOST :

PREVIEW CINE - Charleston et Vendetta

Nymphomanie chronique

Au moment même où les négationnistes Dieudonné et consort tiennent le haut du pavé dans la presse française, le réalisateur serbe Uros Stojanovic rappelle, à l’instar de Georges Brassens (oui, l’autre moustache qui faisait rimer « couille » avec « nouilles », pour reprendre les termes de Bernard Frédéric), que la guerre de 14-18 était un conflit vachement dévastateur. En territoire serbe, chaque homme, dès qu’il atteint la taille d’un fusil, est directement enrôlé pour le front et rares sont ceux qui en reviennent. Du coup, certains villages se sont considérablement oestrogénés et les mégères, sujettes à de grandes crises de nymphomanie primaire, attendent impatiemment qu’un quidam vienne leur arpenter le mont de Vénus.

A Pokrp, la situation est d’autant plus dramatique qu’on ne compte plus qu’un mâle survivant, surnommé papi Bisa. Mala et Ognjenka, deux sœurs aux formes généreusement sculptées, angoissent de ne connaître un jour les vertiges de l’amour et approchent le vieillard pour lui extirper un souffle synonyme de jouissance. Mais, devant le corps buriné, les jeunes femmes s’affolent et le cri strident de l’une d’elles tue sur le coup le dernier bastion de la gent masculine. Les deux sœurs bénéficient de trois jours pour retrouver un autre homme et le ramener au village, faut de quoi elles périront sur le bucher.

Doté d’un budget de 5 millions d’euros, Charleston et Vendetta (la traduction s’approche davantage du titre original que de la transposition américaine, Tears for sale) intègre le rang de blockbuster dans l’industrie cinématographique serbe. Bâti comme une fable décalée à la manière des derniers films de Jean-Pierre Jeunet (Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ou, plus proche encore, Un long dimanche de fiançailles), ce premier long métrage du cinéaste serbe Uros Stojanovic est inspiré d’une situation bien réelle puisque le relevé démographique de nombreuses auréoles villageoises autochtones affichent un équilibre délicat entre hommes et femmes, ces dernières étant jusqu’à cinq fois plus nombreuses que leurs congénères masculins. Une situation instable qui est prétexte à une peinture surréaliste, décalée en regard de la dureté des événements (les désastres de la guerre, la détresse des veuves) que des mouvements de caméras éthérés soutiennent adéquatement. Des plans d’ensemble vertigineux abondent et rendent pittoresque, presque exotique, la misère d’un monde dont les structures se démantèlent de toutes parts.

Le film est distribué en France par EuropaCorp, la société de Luc Besson, qui a d’ailleurs investi quelques billes lors de la titanesque phase de post-production du film.

LE TRAILER

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PREVIEW CINE - Lady Blood

Enfance difficile ?

Yanka est une ancienne foraine qui dut porter dans son ventre, et ce contre son gré, une étrange créature parlant et réclamant régulièrement du sang frais… Croyant avoir mis fin à la vie du monstre dans un accident auquel elle a miraculeusement survécu, Yanka tourne progressivement la page et s’enrôle même dans la police. Vingt ans après, elle est confrontée au retour de la bestiole qu’elle avait enfanté, et qui prend désormais possession de personnes innocentes afin de se rapprocher de son ancienne mère porteuse…

1990. Alain Robak offre au public un des premiers films gore Made in France, où le gore et l’humour noir se mêlent pour donner naissance à une péloche aussi déjantée et hallucinante que la créature portée par l’héroïne. En bref, une série Z totalement barrée comme l’Hexagone n’eut pas souvent l’occasion d’en voir, avant que survienne, une quinzaine d’année plus tard, un regain d’intérêt pour les bobines de genre dans le pays. Il paraissait presque impensable d’espérer une suite, et pourtant, c’est Emmanuelle Escourrou, qui interprétait Yanka dans le premier opus, qui fut à l’origine de ce projet. En effet, alors qu’elle participait à l’enregistrement de bonus pour le DVD de Baby Blood, l’idée d’une suite lui est venue. Endossant le rôle de scénariste, elle commença alors à écrire, remettant ainsi la franchise au goût du jour, épaulée par Jean-Marc Vincent, qui signe son premier long métrage. Habitué du genre, il avait déjà mis en scène trois courts, à savoir la comédie fantastique Noël et les garçons, le lycanthropique Wolfpack ainsi que Faux départs.

Si Baby Blood jouait la carte de la série B, Lady Blood se rapproche davantage d’un « drame sur fond d’univers fantastique et sur fond de polar », pour reprendre les mots de Jean-Marc Vincent. C’est « un long métrage qui ne rentre pas dans une case. Lady Blood parle d’un élément qui fait irruption au sein d’une cellule familiale et la fait exploser ». Moins de gore et d’humour noir que le premier opus, ce qui en faisait sa particularité. «  Je voulais me démarquer du long métrage d’Alain, que j’aime beaucoup, même si ce n’est pas l’humour que je préfère ». L’accent semblerait donc être mis davantage sur la suggestion, bien que la bande annonce présage une ambiance quelque peu… glauque ! Les effets ont été confiés à Sébastien Drouin et David Scherer, qui reprendront le flambeau du talentueux et regretté Benoît Lestang, disparu fin juillet 2008.

A l’image de Baby Blood où des personnalités comme Alain Chabat et Jean-Yves Lafesse en profitaient pour faire des apparitions, Lady Blood comptera aussi son lot d’acteurs plus ou moins habitués au genre, comme Philippe Nahon (Haute Tension, Calvaire), Serge Riaboukine, Bruno Solo ou le réalisateur Xavier Gens.

En dépit de la censure des affiches originelles (celle représentant un homme dont le visage est solidement entouré de barbelés ayant été remplacée par une version nettement plus soft), les premières images présagent un film jusqu’au-boutiste, en espérant avoir droit à une version uncut à sa sortie en salles le 19 août…

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PREVIEW CINE - Destination finale 4

La 3D traine la patte

En 2000 sort sur les écrans Destination finale, premier long métrage du réalisateur James Wong, alors réputé pour son travail de scénariste sur les séries X-files et Millenium. Adeptes des gimmicks sur lesquels reposent des œuvres entières, Wong et Glen Morgan, le futur réalisateur des remakes Willard et Black christmas, désossent un concept pondu par Jeffrey Reddick et échafaudent ensemble une histoire de fatalité morbide qui frappe les rescapés d’un accident d’avion. L’épisode, point de départ du récit, est tiré d’un fait divers réel, celui du crash du vol TWA 800 qui s’est déroulé en 1996 à New York, quelques minutes après le décollage de l’appareil de l’aéroport JFK.

En convainquant certains de ses condisciples de sortir de l’appareil à la suite d’un rêve prémonitoire, le jeune Alex Browning a déjoué les plans de la Mort qui va dès lors s’escrimer à rattraper le coup en zigouillant un à un les heureux survivants de cette catastrophe préprogrammée. S’enchaînent des accidents plus rocambolesques les uns que les autres tandis que le héros tente d’enrayer les plans de la Grande Faucheuse en protégeant les potentielles victimes. D’une logique implacable, le planning mortuaire s’échelonne selon l’ordre de décès de l’accident originel et tout chamboulement de cet ordre sauve définitivement la peau du cadavre en puissance. L’argument fantastique, remarquablement utilisé, donne naissance à une série de séquences morbides très graphiques où sang et tripes se mélangent dans un feu d’artifice sanguinolent qui prépare doucement le terrain aux futurs torture porns. A la fois effrayant et ludique, Destination finale ravit un public qui redécouvre les entertainment sanglants et leur voue un indéfectible amour (au point que James Wan doive préciser sur Facebook qu’il n’était pas le réalisateur de Destination finale 3).

Fort de ce succès (plus de 30 millions de dollars de bénéfice), New line réenclenche la féroce mécanique qui ne varie plus d’un iota d’un épisode à l’autre. Alternativement, James Wong (pour le premier et le troisième tomes) et David R. Ellis (pour les volets 2 et 4) resservent les mêmes ingrédients : une catastrophe à laquelle échappent une poignée de cocus, des accidents de plus en plus farfelus et gore, un plan démoniaque (jamais le même) à déjouer.

Réduit à son plus simple appareil, le procédé finit par lasser. Tant et si bien que ce quatrième volet de la franchise doit se parer des ornements de la 3D pour attirer un public de plus en plus méfiant à l’égard de ces mascarades filmiques. Sans surprise, à l’instar des récents Scar et Meurtres à la Saint-Valentin, Destination finale 4 thésaurise essentiellement sur lesdits effets stéréoscopiques et privilégie la forme à un fond déjà fortement épuisé. Au crash du vol 180, à la spectaculaire collision de l’autoroute A23 et aux dérèglements des montagnes russes du Diable succède donc une course automobile décapante à laquelle vont échapper une poignée de spectateurs qui devront rivaliser d’ingéniosité pour échapper ensuite à leur funeste destinée.

Autant dire que le concept, déjà largement rebattu, n’intéresse plus grand monde et que le gimmick du 3D commence également à filer la migraine aux cinéphiles étourdis par la consternante facilité dans laquelle se réfugient les utilisateurs du procédé. Pis, Destination finale quatrième du nom constitue le plus affligeant épisode de la franchise, en ce sens qu’il s’avère bien incapable de renouveler quoi que ce soit et se contente à l’inverse de réchauffer une bouillie qui a dépassé sa date de péremption. Au programme, des exécutions peu inventives, des effets visuels médiocres, une intrigue enflée par les stéréotypes et une utilisation fainéante à la troisième dimension qui se voit réduite à l’envoie de l’un ou l’autre matériel vers une assistance lassée de ce genre d’amusements de foire.

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PREVIEW CINE - District 9

Quand un Sud-Africain révolutionne la science-fiction

Promis à un brillant avenir suite à une publicité Citroën qui obtint un franc succès (celle imitant à bien des égards les Transformers de Michael Bay), Neill Blomkamp, réalisateur sud-africain, déchanta néanmoins rapidement, les sirènes d’Hollywood étant plus fausses qu’il ne croyait. Alors qu’il avait été embauché sur l’immense projet d’adaptation cinématographique Halo, le cinéaste fut mis à rude épreuve et après bien des ennuis d’ordre financier, le projet fut abandonner, laissant Blomkamp sur le carreau. Heureusement, le talentueux et clairvoyant Peter Jackson prit Blomkamp sous son aile et lui permit de s’exercer à la réalisation en produisant, par l’entremise de sa firme WingNut Films, son premier long-métrage, District 9.

Le concept du métrage, sorti directement de l’imagination de Neill Blomkamp, véritable passionné de SF et bien aidée dans l’écriture du scénario par le néophyte Terri Tatchell, brille par une originalité énorme, qui se traduit de manière généreuse par le biais d’un pitch alléchant. Il y a trente ans, des extraterrestres entrèrent en contact avec la Terre... Les humains avaient tout imaginé, sauf ce qui se produisit. Les extraterrestres n’étaient venus ni nous attaquer, ni nous offrir un savoir supérieur. Ces visiteurs d’au-delà des étoiles étaient des réfugiés, les derniers survivants de leur monde. Ils furent temporairement installés dans le District 9, en Afrique du Sud, pendant que les nations du monde se querellaient pour savoir quoi en faire... Depuis, la gestion de la situation a été transférée à la MNU (Multi-National United), une société privée qui n’a pas grand-chose à faire du sort de ces créatures, mais qui fera d’énormes bénéfices si elle arrive à faire fonctionner leur extraordinaire armement. Jusqu’à présent, toutes les tentatives ont échoué : pour que les armes marchent, il faut de l’ADN extraterrestre. La tension entre extraterrestres et humains atteint son maximum lorsqu’un agent de terrain du MNU, Wikus van der Merwe, contracte un mystérieux virus qui se met à modifier son ADN. Wikus est à présent l’homme le plus recherché de la planète, celui qui vaut plus qu’une fortune : il est la clé qui permettra de percer le secret de la technologie alien. Repoussé, isolé, sans aide ni amis, il ne lui reste qu’un seul endroit où se cacher : le District 9...

Alors que la plupart du casting se résume en une liste de noms inconnus, Blomkamp compose donc avec une histoire assez novatrice que pour surprendre dans un paysage cinématographique trop souvent livré en pâture à hyper-productions SF. Si le budget de de 30 millions de dollars suffisait à contenter Blomkamp, ce dernier a dû se frotter les mains en voyant le battage médiatique mis en place par WingNut Films. Peter Jackson étant certain d’avoir misé sur le bon cheval et de tenir là une œuvre marquante, sa firme a largement contribué à faire connaître District 9.

De bandes-annonces marquantes en affiches étonnantes, la promotion de l’œuvre de Blomkamp acquit encore une autre dimension lorsque WingNut livra quelques vidéos délirantes, tournées de manière documentaire, expliquant la sexualité chez les extraterrestres et autres joyeusetés du genre. Le métrage fut par ailleurs décliné en un jeu vidéo flash en ligne particulièrement passionnant qui accrocha encore un peu plus l’attention d’un large public.

Néanmoins, la sortie de District 9 au mois d’août aux Etats-Unis demeurait difficile puisque le métrage de Blomkamp allait devoir faire face à de véritables machines commerciales telles que Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (pourtant sorti longtemps avant), G.I. Joe, le Réveil du Cobra, un terrible concurrent, et L’âge de Glace 3. Rien ne laissait donc présager une quelque réussite au box-office. Et pourtant… Dès son premier week-end d’exploitation, District 9 coiffa tout le monde au poteau et s’imposa en tête du box-office avec… 37 millions de dollars engrangés en trois jours. Depuis, c’est la success story pour District 9 qui a trôné une semaine en tête des recettes (avant l’arrivée d’Inglourious Basterds) et qui a déjà obtenu plus de 80 millions de dollars en deux semaines à peine (chiffres arrêtés au 29/08/09) sur le marché domestique, tandis que les premières sorties à travers le monde faisaient déjà état d’un relatif succès, le métrage engrangeant plus de 15 millions. Ce succès commercial est, de plus, doublé par une véritable avalanche de compliments, les spectateurs plébiscitant volontiers District 9 sur la toile et notamment sur le site IMDb (8,7 de moyenne pour 35.000 votes, chiffres arrêtés au 29/08/09).

Le public francophone pourra d’ailleurs bientôt participer à ce succès qui fait de District 9 l’une (si pas LA) révélation de l’année. Le 16 septembre en France, le 30 du même mois en Belgique, le public découvrira enfin le travail d’un réalisateur qui devrait faire encore plus de bruit dans les prochaines années. Voulez-vous assister à la naissance d’une étoile ?

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PREVIEW CINE - Ultimate game

Jeu de rôle grandeur nature

Thème assez peu traité au cinéma, les intrications entre l’univers des jeux vidéo et la réalité prend une autre consistance à l’heure où les MMO ne cessent de se développer et de convertir à leur cause des foules d’aficionados. Shootés aux pérégrinations en « mode réel » de World of Warcraft, les gamers ne suivent plus passivement la partie mais la vivent littéralement, au point de s’y sentir parfois plus investis que dans leur propre existence.

Sorte de mix entre Running Man et Avalon, le script de Gamer dépeint une société futuriste dans laquelle les avatars desdits jeux sont remplacés par de vrais humains, manipulés à distance et sans le moindre risque par des joueurs, tranquillement affalés dans leur fauteuil. Cette innovation technologique est l’œuvre de Ken Castle (Michael C. Hall) qui compose un nouveau style de jeu pour divertir le peuple : Slayers. Dans ce shooter s’affrontent des criminels condamnés à la chaise électrique, qui convoitent une potentielle libération. En effet, le participant, toujours commandé par un joueur externe grâce à un sérum nanotechnologique implanté dans le cerveau des volontaires, qui parviendra à aligner trente victoires de rang, retrouvera l’air libre. En tête de la compet’, Kable (Gerard Butler) espère bien continuer sur sa lancée et parvenir à remporter les trois victoires manquantes pour accéder au précieux sésame. Mais Ken Castle veut à tout prix éviter le criminel de retrouver l’air pur…

Ultimate game (aka Gamer), sous ce pitch mi-science-fictionnel mi-thriller, cache en fait le nouvel actioner du tandem composé par Mark Neveldine et Brian Taylor, deux ex-cameramen qui se sont directement imposés dans le panorama hollywoodien comme les spécialistes du film d’action sur-vitaminé, shooté sous coke, grâce au déjanté diptyque Hyper Tension. Le magnat de la finance Castle prend les traits de Michael C. Hall, expert en serial killer, pour avoir interprété le rôle de Dexter dans la série éponyme tandis que, dans un rôle pas très éloigné de celui revêtu jadis par Jason Statham, les cinéastes ont opté pour une autre carrure stéroïdée et tout aussi survoltée, celle de Gerard Butler, qui s’est révélé sous la cuirasse du roi Leonidas dans le 300 de Zack Snyder. Son marionnettiste, Simon, est incarné par le jeune Logan Lerman, aperçu dans L’effet papillon et Le nombre 23.

Un casting performant, lancé à du 200 km/h dans une intrigue simplifiée à l’extrême au profit de l’action omniprésente. Avec une frénésie proche de celle qui habitait Hyper Tension, Gamer déroule son lot de cadrages improbables, de personnages de premier et de second plan et d’affrontements testostéronés, les deux auteurs adoptant une mise en scène qui emprunte une nouvelle fois beaucoup à la réalisation vidéo-ludique, érigée en grammaire cinématographique autonome, comme en son temps Mamoru Oshii avec Avalon ou, à moindre échelle, Matrix des Wachowski brothers. Pur entretainment sans prétention (à la manière, dans son propre registre de certains films de Kitamura), Gamer s’affranchit de toute métaréflexion sur la thématique qu’il aborde et se cantonne à n’être qu’un trip sensitif amenant lentement à l’overdose, sans jamais atteindre le nirvana.

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PREVIEW CINE - Pandorum

La petite révolution d’Alvart ?

Après avoir marqué les cinéphiles du monde entier avec son agréable Antibodies, l’Allemand Christian Alvart se vit rapidement proposer une place au soleil dans les studios hollywoodiens, Paramount Pictures se chargeant de débusquer ce cinéaste au talent reconnu. C’est ainsi que ce dernier se retrouva aux commandes du Cas 39, thriller fantastique dont la distribution (avec Renée Zellwegger en tête d’affiche) n’avait d’égal que le budget. Hélas, Alvart dut vite se rendre à la curieuse évidence que tout n’est pas toujours rose à Hollywood et que réaliser un film de commande pour un énorme studio était tout sauf une sinécure. Deux ans après le tournage de ce qui devrait s’avérer être un échec retentissant (le film ne sortira qu’à la fin de l’année), le réal semble néanmoins avoir repris des couleurs puisqu’il s’est attelé à la réalisation d’une œuvre SF aguichante nommée Pandorum.

Cette co-production américano-allemande aura sans doute le don de consacrer véritablement Alvart sur le sol américain, ce dernier n’ayant pas répété deux fois les mêmes erreurs, agissant cette fois sur sa propre impulsion à partir d’une idée personnelle et se laissant aider par des producteurs de talent, tels que Paul W.S. Anderson et Jeremy Bolt. Doté d’un budget de 40 millions de dollars et d’un pitch réellement intéressant, Pandorum avait dès lors tout pour susciter un véritable engouement.

Deux astronautes, le Lieutenant Payton et le Caporal Bower se réveillent dans leur gigantesque vaisseau spatial après un long séjour en hyper-sommeil. Désorientés et plongés dans le noir, ils ne se souviennent ni de leurs identités ni de leur mission. Les seuls sons qui leur parviennent sont des vibrations provenant du cœur du vaisseau. Le Caporal Bower part en exploration et ne tarde pas à découvrir quelques survivants qui vivent cachés, traqués par d’effroyables créatures. Ensemble ils vont essayer de découvrir ce qui s’est réellement passé lors de cette mission…

Avec un synopsis évoquant la merveilleuse saga Alien, qui est d’ailleurs l’objet d’un véritable culte de la part d’Alvart, ce métrage de science-fiction aux relents thrilleresques et mystérieux risque de donner dans le grand spectacle, à l’image d’un casting de premier choix. Outre l’excellent Dennis Quaid, les spectateurs bénéficieront de l’apport non négligeable de Ben Foster, Cam Gigandet et de l’omniprésent Cung Le. Alvart ne renie par ailleurs pas ses racines allemandes puisqu’il a été débusquer la ravissante Antje Traue, atout charme indéniable dont la stature n’est néanmoins pas sans rappeler celle de Sigourney Weaver.

Mais, plus encore qu’une œuvre envoûtante au casting impressionnant, Pandorum devrait se traduire par un très grand spectacle à l’écran. C’est en tout cas ce que laissent à penser les diverses bandes-annonces, extraits et autres photos qui ont inondé la toile durant la longue post-production de l’œuvre. A l’inverse du chaos régnant sur Le Cas 39 (dont Alvart ne veut plus entendre parler), le cinéaste a pu fignoler et fouiller son œuvre jusqu’au moindre détail, en vue de faire un véritable malheur au box-office, fort friand de bandes SF ces derniers temps. Après le semi-succès G.I. Joe, le réveil du Cobra et, surtout, le mini raz de marée District 9, le public semble en tout cas enclin à soutenir un Pandorum qui pourrait peut-être faire date dans l’histoire du cinéma et constituer une rampe de lancement idéale à une solide franchise.

Après quelques reviews encourageantes provenant d’outre-Atlantique, Pandorum pourrait fort bien provoquer un enthousiasme général lors de sa sortie dans nos salles, le 30 septembre prochain.

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PREVIEW CINE - Thirst, ceci est mon sang

Le doute m’habite

Présenté en sélection officielle au défunt festival de Cannes (d’où il repartit avec le Prix du jury ex-aequo avec Fish Tank), Thirst de Park Chan-Wook décrit la lutte d’un homme d’église en proie à une malédiction sanguine. Parti en Afrique servir de cobaye pour les tests d’un nouveau virus mortel, Sang-hyun, jeune prêtre respecté et aimé, succombe à la maladie. Mais une transfusion sanguine d’origine inconnue le ramène in extremis à la vie. De retour en Corée, le prêtre subit d’importantes mutations physiques et psychologiques : il est devenu un vampire.

Centré sur son personnage principal placé devant un dilemme irrésoluble (rester fidèle à sa foi ou tuer des humains pour survivre), Thirst dépeint autant la lente dégression de son héros qu’il ne déstructure le mythe du vampire, pour le coup défiguré par rapport aux archétypes du modèle occidental (le suceur de sang est ici façonné à l’image de l’être qu’il était, faible, sentimental et innocent, contrairement aux habituels prédateurs hématophages made in US). Changement de registre pour le réalisateur coréen qui persévère, après sa trilogie de la vengeance (Old boy, Sympathy for Mr Vengeance et Lady Vengeance) et sa comédie sentimentale Je suis un cyborg, dans le développement de personnages torturés, confrontés à des problèmes d’ordre éthique : Sang-hyun, prêtre qui se voit transformé en vampire suite à une transfusion, est obligé de se nourrir de sang humain pour survivre mais, être humaniste par excellence, il se refuse à ôter la vie de ses contemporains. Pour survivre, il est contraint de tuer son prochain, ce qui, à ses yeux, est le plus grand des péchés. En perdant l’amour de Dieu, mais en acceptant l’amour d’une femme, il se retrouve face à un dilemme où un instant de plaisir peut provoquer sa propre perte. Le chemin de croix, censé mener le héros du péché à la rédemption, semble tortueux et rempli d’embuches.

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PREVIEW CINE - Jennifer’s Body

Megan Fox movie

Des photos un brin dénudées de Megan Fox… Voilà qui aura suffi à lancer, voici quelques mois, la promotion de la bande horrifique américaine de ce mois d’octobre, Jennifer’s Body. Basé sur un scénario de Diablo Cody, le métrage s’intéresse à Jennifer Check, une jeune fille sublime, pom-pom girl émérite de son lycée, qui jouit d’un succès incroyable auprès des garçons. Les choses se compliquent le jour où un démon prend possession de l’esprit de Jennifer, qui se met à dévorer ses conquêtes masculines. Sa meilleure amie, Needy, tente de comprendre le mystère qui l’entoure. Le climat se dégrade rapidement.

Des djeunz, des scènes dévoilant Megan Fox en position scabreuse et un traitement on ne peut plus sensuel, voilà à quoi l’on devrait assister en découvrant Jennifer’s Body le 21 octobre prochain dans nos salles. Décrit comme un hommage aux bandes horrifiques des 80’s, le film de Karyn Kusama devrait néanmoins plus s’assimiler à un ensemble plutôt gentillet donc émane principalement l’incroyable sex-appeal de l’interprète principale.

Fox Atomic, branche de la 20th Century Fox, productrice de l’œuvre, l’a d’ailleurs bien compris et a basé l’essentiel de sa campagne publicitaire sur les courbes généreuses et le visage d’ange (à grande bouche) de Megan Fox. Titillant ainsi un public toujours enclin à rechercher la beauté formatée de quelque star hollywoodienne et la fibre pubère d’un public adolescent, la société a mis le doigt dans le mille, chaque publication sexy remportant un franc succès et créant le buzz sur la toile.

Pourtant, résumer Jennifer’s Body à la seule Megan Fox serait sans doute une grave erreur. Certes, si l’on ne s’attend guère à une pépite du cinéma de genre, le métrage sera l’occasion de (re)découvrir des acteurs promis à un bel avenir. Ainsi, la présence au casting d’une Amanda Seyfried, qui s’est illustrée dans Mamma Mia ! mais vautrée dans Solstice, pourrait peut-être servir à l’ensemble. Actrice de talent, cette dernière tarde à confirmer, se trompant parfois de registre, et, à ce titre, Jennifer’s Body pourrait lui servir d’ultime test quant à la qualité de son jeu de scène dans le domaine de l’horreur.

L’actrice pourrait donc bien servir de second fer de lance derrière Megan Fox qui pourra aussi compter sur la présence de Johnny Simmons, jeune acteur déjà vétéran du film de genre puisqu’il s’y est accroché avec peu de bonheur ces dernières années (les calamiteux Boogeyman 2 et The Spirit).

Ce casting à la fois prometteur mais loin d’être rassurant constitue en fait la personnalisation parfaite d’un scénario un peu mince qui ne devrait jamais pousser le spectateur dans ses derniers retranchements. A l’inverse de la vague de remakes des slashers old school hargneux et rageurs, Jennifer’s Body se base sur une idée originale mais moins alléchante que les resucées de ses concurrents de 2009. Néanmoins, si les fantasticophiles purs et durs craignent une bluette peu encline à les faire tressaillir, le public adolescent devrait apprécier, d’autant que la date de sortie pourrait inciter les exploitant de grands complexes à caser le film dans l’une ou l’autre nuit halloween, histoire de filer les chocottes à un public pas regardant.

Vous l’aurez compris, Jennifer’s Body, qui a été mis sur pieds avec un « frêle » budget de 16 millions de dollars et a rapidement peiné au box-office américain, ne devrait pas constituer une révolution ni même d’ailleurs une œuvre phare de l’année 2009, mais devrait servir de moment de délassement à de nombreux jeunes (et moins jeunes) accros aux formes de Megan Fox et à un spectacle plutôt facile. Ceux-là se rendront avec un certain enthousiasme dans les salles le 21 octobre prochain.

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PREVIEW CINE - THE DESCENT 2

Il y a des films d’horreur... Et il y a des films qui font peur...

Souvenez-vous, en 2005 sortait un film discret mais à la réputation flatteuse qui allait connaître un succès retentissant et propulser aussi soudainement son réal au sein même du sacrosaint Splat Pack avec Rob Zombie, Lucky McKee, James Wan, Elie Roth etc. The Descent racontait l’histoire d’une bande de sportives et sexy copines réunies pour un week-end spéléo au cœur des ténébreuses et fascinantes Appalaches. Perdues et isolées dans des grottes inconnues, les nanas se rendent vite compte qu’elles sont prises en chasse par des créatures sanguinaires à la morphologie adaptée au monde des profondeurs.

Étrangement, la fin du film ne sera pas la même en Europe qu’aux Etats-Unis. Alors que chez nous Sarah, jeune veuve et mère en deuil, magnifiquement interprétée par Shauna Macdonald, voit ses espoirs de survie disparaitre dans une salle souterraine sans issues vers l’extérieur, elle parvient cependant à retrouver la surface dans la version US. C’est donc ici que tout logiquement, The Descent 2 prend la relève même si selon Axelle Carolyn (interview CF 13/10/2008) “la suite fonctionne aussi bien avec la fin d’origine que la fin tronquée de la sortie américaine”. Recueillie mais suspectée de meurtres, Sarah se voit obligée par le sherif local de redescendre dans la grotte afin de guider l’équipe de secours qui cherche désespérément ses cinq amies disparues.

L’attente, quatre ans après, est forcément à la hauteur du succès rencontré par le premier opus et il est d’ores-et-déjà légitime d’espérer, à la lecture des premières rumeurs, une suite aussi rondement menée que sous les directives d’un Neil Marshal en 2005. Celui-ci préférant décliner la réalisation au profit de Jon Harris tout en souhaitant rester actif via la production exécutive. “Neil avait un droit de regard s’il le souhaitait", témoigne encore Axelle Carolyn, "et comme le tournage se passait pour l’essentiel à cinq minutes de là où on habitait à l’époque, il a visité le plateau plusieurs fois. Mais à part l’un ou l’autre conseil, il a laissé Jon faire son film comme il l’entendait. Il était clair depuis le départ que Jon et le scénariste James Watkins savaient ce qu’ils faisaient, donc il s’est tenu un peu à l’écart”. Il faut dire que le choix de Jon Harris est plutôt judicieux. Le réalisateur britannique a fait ses armes en tant que monteur sur des fleurons de l’industrie cinématographique anglaise comme The Descent, Eden Lake ou encore Snatch. Et pour former le trio magique, l’homme fut secondé par James Watkins (Eden Lake), l’étoile montante des scénaristes de genre de la belle Albion et par Paul Hyett, la nouvelle star des effets spéciaux pouvant se targuer d’avoir quelques beaux succès à son actif comme Mutant Chronicles, Eden Lake, Doomsday ou encore The Cottage.

Celui-ci eut la lourde charge tâche d’améliorer les crawlers (ces monstres albinos à l’apparence vaguement humaine, difformes et naviguant à l’ouïe) en les rendant plus effrayant encore. “Neil Marshall avait beaucoup d’idées", nous confiait Hyett il y a presque un an (interview CF 07/11/2008). "Tout en partant de Nosferatu, il les voulait visqueux, maigrichons et effrayants. Nous avons donc effectué des tas d’essais pour finalement parvenir à ce que nous souhaitions. Les monstres seront identiques, il était nécessaire que ce soient les mêmes créatures, bien que cette fois, nous les avons rendus plus répugnants, plus marqués et légèrement plus déformés, notamment leur dentition dégoûtante devenue beaucoup plus acérée (ndlr : chaque crawler possède une dentition de six rangées de dents comme celles des requins). Et nous avons aussi créé un crawler surprise ainsi que quelques effets bien sanglants".

Si comme toute suite fort attendue, l’effet de surprise risque de ne plus être au rendez-vous, l’accent devrait être mis en priorité cette fois sur le côté musclé de la nouvelle aventure ainsi que sur les effets spéciaux qui s’annoncent spectaculaires au vu de la bande-annonce qui circule sur le web depuis deux mois maintenant. L’arrivée dans le film d’une nouvelle équipe de secours mieux préparée n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, la bande de marines frapadingues de Cameron pour le deuxième opus de la franchise Aliens et Shauna Macdonald n’est pas moins convaincante en Ripley du monde souterrain. Pour le reste du casting, ne vous attendez pas à de grands noms (même si le spectateur aura la chance de revoir subrepticement la bande des six donzelles initiales) ce qui devrait accentuer sans doute cette empathie pour les personnages lambda.

C’est ce 14 octobre que les Français pourront se faire leur opinion sur ce second opus. Aucune date confirmée par contre pour la Belgique même si cela ne devrait plus tarder. Alors ben que les premiers servis nous fasse part de leur avis sur CinemaFantastique...

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The Descent 2 - Bande Annonce [VO]
par Gay3L2

PREVIEW CINE - Clones

Une moumoute de Bruce Willis qui pourrait valoir le détour !

Créé par le scénariste Robert Venditti et le dessinateur Brett Weldele, l’univers de The Surrogates, aka Clones, est celui d’un comic book édité en 2005 et 2006 chez Top Shelf Productions. Rapidement l’œuvre tape dans l’œil de nombreux studios hollywoodiens, dont Touchstone Pictures qui souhaiterait distribuer le produit cinématographique dérivé partout dans le monde. The Walt Disney Company acquiert donc les droits d’adaptation de l’œuvre et nomme les scénaristes Michael Ferris et John Brancato pour l’écriture du script.

Arrive alors Johnathan Mostow qui, depuis son semi-échec Terminator 3, s’est fait assez discret, les fantasticophiles ne lui ayant pas réellement pardonné les écarts de conduite de sa dernière œuvre en date. Néanmoins, Disney et Touchstone se montrent confiant envers le projet et confient au cinéaste une enveloppe de près de 80 millions de dollars pour mener à bien sa mission : construire un PG-13 pas avare en spectacle et contenant au moins un grand nom.

Ce dernier est bien entendu Bruce Willis qui, à 54 balais, paraît plus affuté que jamais au vu de ses explosives acrobaties dans des œuvres rythmées telles que 16 Blocs et Die Hard 4. Les fans de ce grand monsieur du cinéma d’action constituant une communauté assez important, la réussite de Clones en salles devrait donc être assise plus facilement, d’autant que le traitement de ce héros des temps modernes semble assez original. En effet, au fil des publications promotionnelles concernant l’œuvre, le public a pu découvrir un Bruce d’une autre forme, affublé d’une moumoute, il est vrai assez ridicule, mais surtout d’une sérénité retrouvée.

Pourtant, il campera l’Agent Greer qui se retrouve dans une situation plus qu’inconfortable : 2054. Les humains vivent isolés les uns des autres et interagissent uniquement par le biais de robots de substitution, versions améliorées d’eux-mêmes. L’Agent Greer est un policier qui, à travers son robot, enquête sur les meurtres d’autres substituts. Ses investigations le forcent à s’aventurer hors de son domicile, ce qu’il n’avait pas fait depuis des années, pour mettre à jour une vaste conspiration.

Plutôt que de réduire son casting à la présence du seul Bruce Willis, Mostow a par ailleurs su faire preuve de clairvoyance en embauchant notamment l’omniprésent Ving Rhames, une Radha Mitchell plus que jamais dévolues aux grands rôles dans les films de genre ces derniers temps. Cette dernière donnera la réplique à d’autres artistes tels que Rosamund Pike (qui doit encore confirmer son talent pour le cinéma de genre) et à Boris Kodjoe qui, après avoir longtemps donné dans les séries de tous poils, compte bien s’imposer au grand écran en multipliant ses participations à des œuvres d’envergure (Starship Troopers 3, Resident Evil : Afterlife,…)

Bref, Touchstone et Disney ont su mettre sur pied un casting fait d’éléments confirmés et d’acteurs plus revanchards ou cherchant tout simplement à faire leurs preuves, une curieuse alchimie qui pourrait bien porter ses fruits avec, aux commandes, un cinéaste qui, lui aussi, nous doit une fameuse revanche.

Le public américain ne s’y est en tout cas pas trompé puisque l’œuvre a remporté près de 33 millions de dollars en deux semaines à peine sur le marché domestique, ce qui constitue des chiffres plutôt passables pour un film venu de nulle part et bénéficiant, il est vrai, d’assez peu de battage. Par ailleurs, Clones a d’ores et déjà engrangé 8 millions supplémentaires à travers le monde, chiffres qui devrait être confirmés par une sortie plus que louable en France et en Belgique. Pour rappel, ces deux pays accueilleront l’œuvre de Mostow le 28 octobre prochain (se positionnant une fois dans les derniers pays hôtes du film).

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PREVIEW CINE - The Children

Enfants terribles

Deux couples partent pour les fêtes de Noël avec leurs cinq enfants, quatre bambins et la grande sœur en pleine crise d’adolescente tendance gothique. Dans une maison de campagne idyllique, les enfants réclament de plus en plus d’attention pour que les parents jouent avec eux. Alternance de pleurs et de consolation, de cris et de rires, jusqu’à l’accident, ou plutôt ce que les parents croient être un accident…

Attention, événement ! Dans la lignée des films d’horreur sur les enfants maléfiques tels que Damien : la malédiction ou Les Révoltés de l’An 2000, le réalisateur anglais Tom Shankland nous offre, après WAZ, thriller horrifique dans la lignée de Saw, une bobine faisant passer la soit-disant pureté de l’enfant pour utopique en mettant au centre de l’action une sauvagerie immaculée et inattendue, ne semblant présenter aucune frontière…

Si, pour vous, les films d’infectés sont synonymes de créatures zombiesques, visages blafards et yeux injectés de sang, vous allez devoir revoir votre définition avant de visionner The Children. L’atmosphère horrifique que propage le film de Tom Shankland va de paire avec la frappante dichotomie entre la barbarie des meurtres et la pureté apparente de ceux qui les commettent. Si les occupations initiales des enfants paraissent innocentes au premier abord, elles deviennent progressivement empreintes d’une touche perturbante, qui tourne rapidement au malsain. Crayon planté dans l’œil, luge jetée avec puissance dans les tibias, poupée profondément enfoncée dans les tripes, rien ne semble avoir de limites pour les quatre marmots qui semblent davantage dignes d’une création diabolique que d’une publicité haut en couleur pour Benetton.

Les causes du brusque changement comportemental des enfants restent relativement obscures : les quelques plans de germes et de cellules infectées laissent sous-entendre une contamination virale. « Paul Andrew Williams (NdlR : scénariste et metteur en scène de Bienvenue au Cottage) avait écrit un script traitant du passage d’une comète, et de l’arrivée d’aliens sur Terre. » déclare Tom Shankland. « Ils auraient créé des embryons qu’ils auraient implantés dans les enfants. Ces derniers ayant une immunité plus faible que celle des adultes, ils seraient donc devenus des sortes de zombies, et auraient commencé à tuer leurs parents. » Pourtant, nulle présence d’extra-terrestres ou autre créature from outer space. Ici, l’horreur est belle et bien réelle, davantage proche d’un soudain revirement schizophrénique que de la science-fiction. « J’aimais l’idée des enfants tueurs plutôt que celle des morts-vivants et des météorites. Je voulais quelque chose de plus réaliste, je savais que ça serai plus effrayant si ça restait dans une atmosphère plus familière, sans explication. Il y a pas mal d’allusions au film Les Oiseaux de Hitchcock. Ce que j’aime, c’est qu’on ne sait jamais vraiment d’où vient le mal qui touche les oiseaux, c’est irrationnel. »

Se déroulant en huis-clos, la cellule familiale se trouve fissurée et torturée jusqu’à l’implosion. Symbolique de pureté, le décor hivernal révèle finalement que la blancheur de la neige se dégrade au contact du sang, tout comme la candeur apparente des bambins. « Dès le moment où j’ai décidé de tourner le film dans la neige, j’ai eu envie d’en faire une métaphore de la violence cachée sous l’innocence. J’aimais cette idée de vouloir jouer avec l’idéalisation des enfants dans la société actuelle. On se sent facilement mal à l’aise quand on songe à la sauvagerie dont ils sont capables s’ils ne sont pas éduqués. » C’est d’ailleurs en dehors de la maison que se dérouleront les premiers évènements, taxés « d’accidents » par les parents, qui ne pensent pas une seconde à remettre en question la responsabilité de leurs rejetons. Comme dans Les Révoltés de l’An 2000, du réalisateur espagnol Narciso Ibanez Serrador, une question revient sans arrêt au cours du film : qui peut tuer un enfant (le titre original du film espagnol étant d’ailleurs ¿Quien puede matar a un nino ?) Incapables de voir la réalité en face, les adultes iront même jusqu’à accuser Cassie de leur étrange comportement. Adolescente rebelle, elle se dit « rescapée » de l’avortement, arborant le tatouage d’un fœtus au niveau du nombril, se démarquant des adultes de par son comportement, et des enfants de par son âge. Si elle ne semble proche d’aucun d’entre eux (excepté de son oncle pour qui elle semble avoir le béguin), c’est vers sa personne que se tourneront les premiers reproches. Il faudra attendre que le cercle familial se resserre progressivement pour que les parents cessent de nier la dure réalité : dès que les attaques commencent à se dérouler dans le sein même du cottage, il ne leur restera plus qu’à faire face à la situation, laissant l’horreur s’immiscer librement dans leur conscience. Pamphlet anti-avortement ou rébellion de l’enfant-roi ? Tom Shankland laisse planer le doute, préférant laisser à chacun sa vision de la chose, plutôt que de chercher à tout prix à justifier faits et gestes.

Le rapport qu’entretient le film de Shankland avec l’horreur est le fruit d’un travail ingénieux entre l’image, le son et les situations classiques habilement détournées. A l’instar du film de Narcisco Ibanez Serrador, The Children se déroule uniquement de jour. Si les plans extérieurs sont lumineux voire éblouissants (la neige pose bien des soucis du point de vue de l’éclairage d’une scène), ils font ressortir avec talent la montée d’une tension qui se fait de plus en plus palpable, véhiculée par de très brefs inserts d’yeux crevés et de corps éventrés. A ce sujet, le réalisateur dit : « J’avais l’idée d’alterner les points de vue. […] Lors du dîner de Noël, les enfants ont une sorte de flash sur ce qui va arriver. Je voulais que le public soit proche de leurs pensées, pour ressentir leur évolution. D’autre part, dès le moment où j’ai su qu’il y aurait cette scène où Rachel Shelley se prend un crayon dans l’œil, j’ai pensé que placer de courts plans sur des yeux aurait amené le public à penser, inconsciemment, à l’œil et à sa vulnérabilité ! » Une méthode qui se révèle particulièrement efficace ! D’autre part, The Children ne tranche pas totalement au niveau du comportement des marmots, faisant aisément passer une crise d’hystérie pré-massacre pour la turbulence propre aux gosses, lors de la scène du repas notamment. La bande-son se résume principalement au parallèle entre le bruit (rires cristallins des enfants, hurlements des parents) et la quiétude (bruit feutré des pas sur la neige, soufflement du vent, silence). A première vue, cela passerait aisément pour un détail, mais The Children est un film qui réveille les plus simples angoisses aussi bien que les instincts primitifs.

Oscillant entre innocence et monstruosité, les enfants jouent dans le film de Shankland des tueurs plus efficaces que n’importe quel croque-mitaine, oeuvrant dans une bobine brève (85 minutes) mais diablement efficace.


L’INTERVIEW DE TOM SHANKLAND

"C’est vraiment une bonne chose que ce film soit projeté en France. Comme ça vous pouvez tous avoir une idée de la manière dont se déroulent les vacances en famille en Angleterre. Aucun enfant n’a été blessé durant le tournage de ce film. Par contre, ce sont peut-être les parents qui ont été marqués à vie…"

Avez-vous une dent contre les enfants ?

J’ai beaucoup d’amis qui ont des enfants. C’est une sorte de revanche vis-à-vis de mes amis, en fait. Ils m’ont emmené aux anniversaires de leurs gosses. Ca criait de partout, ils donnaient des coups, vomissaient… Les parents disaient toujours « c’est pas grave, ils sont juste un peu fatigués ! » Une fois, je suis parti en vacances avec ces amis-là, et l’un d’entre eux, père de famille, avait organisé un jeu compétitif avec les enfants. Un des adultes a triché pendant le jeu, et une fille a piqué une crise d’hystérie, c’était vraiment effrayant. Et l’explication du père était la suivante : « Diana a un fort sens de la justice ! » Mais non, en fait c’est juste une petite peste !!

Rachel Shelley est une actrice que l’on voit assez peu en France, et qui ne semble pas prédestinée à ce genre de films… Qu’est-ce qui vous a amené à la choisir ?

Je ne connaissais pas Rachel Shelley auparavant. Je savais qu’elle était en tournage à Vancouver, alors je lui ai envoyé un DVD. J’avais aussi appelé une actrice, que je ne nommerai pas, avec qui j’avais travaillé, et qui, au premier abord, semblait être une maman poule. Je me suis rendu compte qu’en fait elle était complètement folle ! Rachel Shelley était vraiment belle, chaleureuse. Beaucoup d’actrices lui ressemblent. On les fait tourner dans des films historiques, avec de beaux costumes, et c’était là l’occasion pour Rachel de faire quelque chose de totalement différent. Par contre, elle a commencé à avoir peur de la fille qui jouait Léa. Quand celle-ci a entendu qu’elle devait jouer une scène où elle mettait un crayon dans l’œil de Rachel, elle n’arrêtait pas de faire ça pendant le déjeuner (il répète le geste d’une main qui plante un objet pointu dans quelque chose), et ce dès qu’elle la voyait. C’était une petite fille très gentille, elle ne disait pas grand-chose durant cette période. Au début c’était marrant, mais à la fin Rachel avait vraiment peur…

On pourrait presque considérer votre film comme étant contre l’avortement, dans un sens ! Il y a le cas de Cassie, son tatouage, le fait qu’elle se déclare comme étant une « rescapée », et sa mère qui finit par se faire attaquer par le fruit de sa chair… Les enfants qui apparaissent dans le plan final seraient-ils le symbole de la vengeance de toutes ces vies ôtées par leur propre génitrice lors de l’avortement ?

Pour moi, cette histoire entre le tatouage et l’avortement n’est qu’un détail du film, comme je l’ai dit précédemment. Mais j’aime le fait que chacun l’interprète différemment !

Est-ce difficile de tourner avec des enfants et d’inverser l’image classique de leur innocence ?

Les enfants savent parfaitement faire la différence entre la fiction et la réalité. Je ne leur ai pas donné la script, mais la plus âgée l’a lu et a raconté toute l’histoire aux autres ! Nous avions vraiment peur qu’ils soient choqués, mais en fait ils ont adoré, et ils avaient hâte de tuer les adultes ! Cela ne leur posait pas le moindre souci. Au début, ils avaient des doutes quant au réalisme de leur jeu, ce n’était pas convaincant. Pour moi, c’est comme travailler avec un adulte. Il y a toujours cette recherche de naturel.

Comment avez-vous choisi tels enfants plutôt que d’autres ?

C’était un peu comme Pop Idol, ou des émissions de ce genre… On a fait des centaines et des centaines d’auditions avant de trouver ces quatre fabuleux enfants. Nous recherchions une véritable force, qu’ils ne prennent pas trop la situation au sérieux, mais qu’ils comprennent que ce n’était qu’un jeu. Les jeunes acteurs du film ont d’ailleurs commencé à tourner leur propre version de The Children durant le film, qui est bien plus violente que la mienne !

Dans un genre un peu différent, il y a Eden Lake, du réalisateur anglais James Watkins. Qu’en avez-vous pensé ?

Je l’aime beaucoup. C’est un peu différent, vu que les acteurs sont plus âgés. Eden Lake est très ancré dans la réalité. The Children est plus fictionnel, mais il est vrai que plusieurs films sur le même thème sont sortis en même temps.

The Children est assez proche d’un film de zombies, les enfants ayant été touchés par un virus d’origine inconnue. Mais si on retourne en arrière, on remarque que le fond de l’histoire d’un film de morts-vivants est souvent celui d’une critique de l’univers contemporain du réalisateur. Par exemple, Zombie était une satire de la société de consommation. Avez-vous le sentiment d’avoir ajouté une pierre à l’édifice avec The Children, qui pourrait être perçu comme une critique de l’enfant roi ?

Je ne sais pas si c’est aussi le cas en France, mais en Grande-Bretagne, il y a beaucoup de programmes de reality-show comme Super Nanny, qui donnent des conseils pour éduquer des enfants. Bien que je n’en aie pas, j’adore cette émission. Un film comme Les Révoltés de l’An 2000 représente bien notre obsession vis-à-vis des enfants, et notre tendance à vouloir expliquer leur violence. Mais c’est le comportement des parents qui m’intéresse et m’interpelle. On pourrait presque dire que leurs névroses sont représentées par ces rejetons monstrueux.

Il y a beaucoup de gros plans sur des yeux dans votre film… Y a-t-il une signification particulière ?

A vrai dire je pense qu’il y a deux explications. Tout d’abord, pendant que je tournais, j’avais l’idée d’alterner les points de vue, entre celui des enfants et celui des adultes, qui doivent faire face aux évènements. Lors du dîner de Noël, les enfants ont une sorte de flash sur ce qui va arriver. Je voulais que le public soit proche de leurs pensées, pour ressentir leur évolution. D’autre part, dès le moment où j’ai su qu’il y aurait cette scène où Rachel Shelley se prend un crayon dans l’œil, j’ai pensé que placer de courts plans sur des yeux aurait amené le public à penser, inconsciemment, à l’œil et à sa vulnérabilité !

Au niveau des scènes de meurtres, on ne voit pas vraiment les enfants assassinent les parents. Par contre, quand c’est l’inverse, les plans sont beaucoup plus clairs et directs. Est-ce une volonté que de ne pas montrer la violence des enfants ?

Je n’ai pas un problème moral concernant le fait de montrer des enfants tuer des adultes. Je pensais seulement que la différence de taille entre les deux ne serait pas très effrayante. Le public serait toujours en train de penser qu’il suffirait d’un revers de main et l’affaire serait réglée ! Les enfants devaient assassiner les adultes d’une manière assez créative, les manipuler afin de les pousser à se sacrifier plutôt que de commettre un meurtre. Ce côté suggéré est assez délibéré. Durant le film, quand les adultes tuent les enfants, c’est toujours par accident. Je voulais amener les spectateurs à désirer ardemment leurs morts. En Grande-Bretagne, quand j’ai projeté le film pour la première fois, il y a eu des applaudissements dans la salle ! J’aimerais que le public dise : « Oui, tuez le monstre ! » Mais en fait ici ce sont les enfants, ces monstres ! Dès que les jeunes acteurs ont appris qu’ils devaient tuer les adultes, ils ne tenaient plus en place. Ils avaient vraiment hâte de tourner ces scènes !

N’avez-vous pas eu la crainte de voir votre film censuré ?

Nous en avions peur, mais en Angleterre il a seulement été interdit aux moins de quinze ans ! Si on avait tué des animaux, ça aurait été moins de dix-huit ans, mais apparemment en Angleterre, ça ne les dérange pas de tuer les enfants… (rires) Nous préférions faire un film intelligent, avec beaucoup de suspens, plutôt qu’un film d’exploitation… Je savais dès le début que je ne voulais pas montrer trop de violence.

La plupart des scènes de violences se déroulent en dehors du cadre familial : dans la forêt, la neige… Est-ce une manière de montrer le lien qui existe entre la sauvagerie de la nature et celle des enfants, avant qu’ils ne soient éduqués ?

Dès le moment où j’ai décidé de tourner le film dans la neige, j’ai eu envie d’en faire une métaphore de la violence cachée sous l’innocence. J’aimais cette idée de vouloir jouer avec l’idéalisation des enfants dans la société actuelle. On se sent facilement mal à l’aise quand on songe à la sauvagerie dont ils sont capables s’ils ne sont pas éduqués. Mais il y a aussi le fait que les adultes dénient, inconsciemment, ce qui se passe. A la fin du film, la violence arrive au sein même de la maison, alors qu’auparavant, elle était à l’extérieur, dans le paysage. A partir de cet instant, ils ne peuvent plus refuser ce qui se passe, ou dire que c’est de la faute de Cassie. Ca pénètre vraiment dans leur conscience, et ils doivent finalement faire face à ce qui se passe réellement.

Comment s’est déroulée votre collaboration avec Paul Andrew Williams, le scénariste et réalisateur de Bienvenue au Cottage ?

Paul avait un script intitulé Miria, qui est un anagramme du nom d’un célèbre metteur en scène américain. Il s’agissait, à l’origine, d’un scénario mettant en scène le passage d’une comète, et l’arrivée d’aliens sur Terre. Ils auraient créé des embryons qu’ils auraient implantés dans les enfants. Ces derniers ayant une immunité plus faible que celle des adultes, ils seraient donc devenus des sortes de zombies, et auraient commencé à tuer leurs parents. J’aimais l’idée des enfants tueurs plutôt que celle des morts-vivants et des météorites. Je voulais quelque chose de plus réaliste, je savais que ça serait plus effrayant si ça restait dans une atmosphère plus familière, sans explication. Il y a pas mal d’allusions au film Les Oiseaux de Hitchcock. Ce que j’aime, c’est qu’on ne sait jamais vraiment d’où vient le mal qui touche les oiseaux, c’est irrationnel. Je trouvais que Miria était un titre ridicule, ça faisait trop Disney. Nous avons donc décidé de le renommer The Day. Le public-test aimait beaucoup le film mais détestait ce titre. J’y tenais, mais on a finalement décidé de suivre le conseil du producteur, qui nous disait de le changer. Paul m’a permis de réécrire le scénario. J’ai toujours d’excellentes relations avec lui, et c’est d’ailleurs un excellent metteur en scène.

Avez-vous d’autres projets en tête ?

Oui, j’en ai quelques-uns ! Une de mes idées serait, qu’à chaque film, il y ait une personne de moins qui meurt. Au final, j’en arriverais à réaliser des comédies… Donc dans mon prochain film, il n’y aura qu’une personne qui mourra ! Mais ça restera effrayant, avec du suspens…

(Propos recueillis et traduits par Metzgerin)

PREVIEW CINE - Les zintrus

Attention, ils z’arrivent

Pour resserrer les liens familiaux, toute la famille Pearson décide de passer ses vacances dans une grande maison perdue en pleine campagne. L’oncle Nate, son fils Jake, grand-mère Nana Rose et les jumeaux Art et Lee viennent les rejoindre. Un soir, une étrange tempête s’abat sur la maison, et quatre mystérieux objets atterrissent sur le toit. Ce sont des vaisseaux spatiaux transportant des extraterrestres bien décidés à conquérir la Terre... Les aliens disposent d’une technologie redoutable capable de contrôler les esprits... mais cela ne marche que sur les adultes ! Pour sauver leur famille – et le monde – les enfants ne peuvent compter que sur eux-mêmes. S’engage alors dans l’ombre, à l’insu des adultes, un combat dont l’issue décidera du sort de l’humanité tout entière...

Depuis le début des années 2000, les films d’aventure destinés à un jeune public tombent systématiquement sous la coupe de l’heroic fantasy, que les majors ont décliné sous la forme de monumentales franchises (Les chroniques de Narnia, Harry Potter, A la croisée des mondes). Fonctionnant à rebours, Les zintrus (Aliens in the attic, en v.o.) renoue avec une tradition du film familial tel qu’il était pratiqué lors des années 80, époque bénie où Spielberg et consorts produisaient à la pelle des œuvres d’entertainment à la fois spectaculaires et attachantes.

Mark Burton, scénariste notamment de Madagascar, reçoit des amis chez lui et, tandis que leurs progénitures provoquent bruits et vacarmes à l’étage, Burton se demande : Que se passerait-il si les enfants étaient en train de lutter contre une invasion extraterrestre sans que les adultes n’en sachent rien ? De cette question anodine naîtra le script de Les zintrus qui raconte le combat acharné que mènent cinq rejetons face à un trio d’aliens hostiles, désireux d’envahir la planète Terre. Répondant à la lettre au canevas-type de l’œuvre familiale à destination enfantine, Burton extrapole à partir de cette idée et tente de trouver une parade pour éradiquer les parents de l’intrigue, du moins momentanément. Il imagine alors une arme spéciale que possèdent les envahisseurs qui les rend capables de contrôler les adultes. Ce gadget projette une petite pointe qui se fixe à la base de la nuque de la victime et déverse son énergie à l’extérieur de son corps, le transformant ainsi en marionnette que les aliens ont tout le loisir de manipuler à distance grâce à une sorte de console de jeu vidéo avec joystick et oreillette.

Séduit par le projet, le producteur Barry Josephson (co-producteur des Contes de la crypte en son temps et d’Il était une fois, un des derniers succès de Disney) met le pied à l’étrier et incorpore dans le projet le réalisateur John Schutz qu’il a chaperonné pour Magic baskets. Les effets visuels sont confiés à Rhythm and Hues (les effets de grosses pointures comme L’incroyable Hulk, A la croisée des mondes : la boussole d’or, Land of the lost ou encore Appelez-moi Dave) qui s’occupent essentiellement du design des extraterrestres, principale attraction de la pellicule.

LE TRAILER

PREVIEW CINE - 2012

L’Apocalypse selon Emmerich

Alors qu’il rêve désormais à des séquelles de ses œuvres les plus marquantes, telles que Stargate ou Independence Day, Roland Emmerich reste à n’en point douter le maître des blockbusters à grand spectacle sur la Planète Hollywood. En effet, rarement un metteur en scène s’était vu confier autant de projets conséquents sans pour autant bénéficier de scénarii bien ficelés (ni, parfois même, un temps soit peu réfléchis).

C’est pourtant là le triste sort de celui qui fut appelé en son temps, « The Little Spielberg from Sindelfingen », nom de sa ville natale. Ce sobriquet, largement repris au début de sa carrière et qui lui fit énormément plaisir, lui-même étant un fan absolu du metteur en scène des Dents de la Mer, a néanmoins eu tendance à s’éroder ces dernières années, sous les coups répétés (et répétitifs des semi-échecs au box-office, couplés à des critiques de plus en plus acerbes et dubitatives. Alors qu’Independence Day surnageait tranquillement au-delà d’un script gentillet, son Godzilla parut bien indigeste avant qu’il ne se vautre totalement avec Le Jour d’Après ou, encore, le véritable échec 10,000 BC.

Emmercih a-t-il touché le fond ? Cette question, que tout un chacun est en droit de se poser après tant de réalisations mi-figue mi-raisin, semble trouver, dans les effets visuels déployés dans 2012, quelques éléments de réponse. En effet, si l’œuvre ne devrait guère voler bien plus haut que les autres métrages présents dans la filmographie du cinéaste, force est d’avouer que le design de 2012 semble déjà valoir autre chose que la simple gaudriole pseudo-catastrophe à laquelle on avait été habitué.

Fort d’un battage médiatique exceptionnel (les bandes-annonces ont fait leur apparition dans les salles voici déjà des mois), Roland Emmerich pourrait bien reconquérir le cœur de ses fans avec une œuvre qui lorgne non seulement vers la science-fiction (visiblement bien plus que les métrages catastrophe habituels) mais aussi vers le mystique et un passé religieux assez prégnant.

En effet, l’œuvre et son titre prennent leur source dans certaines croyances des Mayas, peuple disparu depuis des centaines d’années qui, selon certaines interprétations, annonçaient la fin du monde pour l’année 2012. Et plus précisément au solstice d’hiver le 21 décembre. Le pitch du métrage part dès lors du fait qu’après moultes recherches, les astrologues ont confirmé les dires des Mayas et que le monde court droit à sa perte. Lorsque les plaques tectoniques se mettent à glisser, provoquant de multiples séismes et détruisant Los Angeles au passage, Jackson Curtis, romancier, et sa famille se jettent à corps perdu, comme des millions d’individus, dans un voyage désespéré. Tous ne pourront pas être sauvés...

S’il apparaît déjà certain qu’Emmerich va encore tenter de livrer un ensemble assez gentil, ne pouvant guère choquer le large public qu’il adore, l’aspect visuel de l’ensemble devrait s’avérer assez charmeur pour tout cinéphile qui se respecte. En effet, le réal a su s’entourer de techniciens aux capacités démentielles, tels que Dean Semler en tant que Directeur de la Photographie, le monteur oscarisé David Brenner ou encore le responsable des effets spciaux Mike Vézina, qui s’est occupé il y a peu de L’imaginarium du Docteur Parnassus.

Cette somme de talents va par ailleurs de pair avec un casting pour le moins encourageant puisque l’omniprésent John Cusack donnera la réplique à Amanda Peet ainsi qu’au génial Chiwetel Ejiofor et au trop rare (du moins sur grand écran) Oliver Platt.

Bref, à l’inverse d’un 10,000 BC qui ne fait déjà guère plus parler de lui (l’a-t-il jamais réellement fait un jour ?), 2012 sent la franche réussite, du moins commerciale, grâce au simple fait qu’Emmerich a, cette fois, su s’entourer de grands talents. Reste désormais à voir si le petit Spielby allemand redeviendra grand…

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PREVIEW CINE - Twilight : Tentation

Dans la lignée de Fascination ?

Novembre-décembre 2008 : la folie Twilight s’est abattue sur le monde entier, drivant des millions de jeunes ados et de fantasticophiles dans les salles et imposant le métrage comme l’un des maîtres du box-office comme la franchise en devenir, seul rempart contre la suprématie déjà fort longue d’Harry Potter sur le petit monde du fantastique. Tiré du premier volet d’une série de roman de Stephenie Meyer, mettant en scène de jeunes adolescents vampires côtoyant d’innocents congénères, Twilight : Fascination a marqué les esprits au point de faire de la firme productrice, Summit Entertainement, une société de premier rang.

Novembre 2009 : Summit remet le couvert avec la sortie de Twilight : Tentation, deuxième adaptation fidèle de l’univers dépeint par Stephenie Meyer au fil de ses romans. Avec un pitch collant strictement à l’action mise en place par la romancière, Twilight : Tentation devrait continuer une veine déjà connue par cœur mais toujours très populaire auprès des adolescents.

Lors d’une fête d’anniversaire chez les Cullen en l’honneur de Bella, celle-ci se coupe bêtement le doigt avec un papier cadeau. Cela déclenche la soif de Jasper qui se rue sur elle. Edward la sauve de justesse de son frère. Suite à cet incident, Edward et sa famille décident de quitter Forks pour ne plus mettre Bella en danger. Edward promet à Bella qu’il ne la reverra plus jamais, que ce sera comme s’il n’avait jamais existé. Après son départ, Bella est complètement désespérée et tombe dans la dépression. Son père Charlie la menace de la renvoyer chez sa mère mais la jeune fille lui fait voir le contraire en essayant d’oublier Edward et de se rapprocher de Jacob qui apaise sa douleur. Bella va apprendre que Jacob est lui aussi hors du commun ( car Jacob et sa meute vont sauver Bella de Laurent en se transformant alors qu’il faisait une patrouille dans la forêt) : Jacob est un loup garou,les ennemis ancestraux des vampires, cela explique alors le froid qui est présent entre Jacob et Edward. Mais Bella va faire une étrange découverte : en se mettant en danger, elle entend la voix douce et mélodieuse d’Edward. Après cette expérience vraiment troublante, elle fera tout pour entendre de nouveau la voix de l’être le plus cher à ses yeux même si au fond d’elle elle hésite un peu : doit-elle rester avec un souvenir qui ne reviendra peut-être jamais et qui est douloureux ou doit elle avancer de l’avant avec son meilleur ami à ses côtés ?

Alors que ce synopsis très complet traduit au mieux ce à quoi l’on doit s’attendre avec Twilight : Tentation, Summit Entertainement a enfoncé le clou durant des mois, allant même jusqu’à perturber la d’habitude très tranquille promotion du rival Harry Potter, par l’entremise de multiples publications promotionnelles de plus ou moins bon goût. Ne sentant guère la machine s’essouffler sur la toile, la société productrice de la franchise vampirique a en effet placé celle-ci au devant de la scène par le biais de vidéos et autres clichés parfois attrayants, souvent dispensables et répétitifs.

On ne compte ainsi guère plus les scènes de baisers (de quoi mettre sur pieds une romance longue d’au moins 24 heures) ou les clichés tirant largement la corde de la sensualité, à l’image des torses musclés d’acteurs bien blancs. Voilà peut-être d’ailleurs la grande marque de fabrique de la franchise cinématographique : la sensualité à tout prix, le fantasme à peine masqué que représentent des icônes modelées à l’image d’un produit et d’une société tirant toujours sur la corde de l’esthétisme.

Et, en ce sens, si Twilight constitue sans doute l’un des produits cinématographiques les plus horripilants pour la majeure partie des cinéphiles, peu enclins à un battage manipulateur de cette envergure, l’objectif de vendre à tout prix ce produit devrait être atteint sans problème, la suresthétisation du monde des djeunz et les effets de mode aidant.

Après tout, doit-on obligatoirement trouver cela choquant ? Pas spécialement puisque, outre le fait que le cinéma de genre trouve là un de ses représentants les plus grands publics (même si d’aucuns ne considèrent guère des œuvres pareilles comme telles), la saga Twilight s’appuie sur un casting talentueux de jeunes pousses, certes formatées et pipolisées au possible, mais aussi sur une scénarisation de grande qualité.

Dès lors, s’il est certains que la mise en forme risque d’en rebuter plus d’un à cause d’un formatage un peu trop prégnant, force est d’avouer que le retour de Robert Pattinson et Kristen Stewart sur les grands écrans devrait s’avérer être une bonne nouvelle pour les fantasticophiles, qui pourront par ailleurs retrouver la jeune Dakota Fanning.

Reste donc à découvrir, ce 18 novembre, si Chris Weitz (sans doute par le réal le plus indiqué pour ce type d’œuvre, vu l’ignoble La Colline a des yeux 2 et le passable A la croisée des Mondes : La Boussole d’Or) saura mettre en valeur les véritables thèmes et talents de Twilight : Tentation et, de ce fait, s’il permettra à David Slade d’évoluer paisiblement dans la préparation du troisième chapitre, Twilight : Hésitation.

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PREVIEW CINE - Bienvenue à Zombieland

Oeuvre culte en devenir ?

Doté d’un titre francophone bateau par excellence, dans la lignée du succès Bienvenue chez les Ch’tis, le fameux Bienvenue à Zombieland, premier long-métrage de Ruben Fleischer s’apprête à débarquer sur nos écrans, où il devrait réaliser une assez belle percée. A l’image du succès qu’il a connu au Etats-Unis, Zombieland (nous l’appellerons ainsi pour ne pas entrer dans le jeu d’exploitation d’une veine qui s’épuisera rapidement) devrait donc se faire un nom, au même titre que son réalisateur surprise qui, à la manière de Neill Blomkamp, devrait s’imposer comme l’un des grands espoirs du cinéma de genre.

En effet, Zombieland est précédé d’une réputation flatteuse en nos contrées, les divers magazines spécialisés consacrant nombre de pages au véritable phénomène renvoyant tout droit à un certain Shaun of the Dead. Jugez plutôt : Deux amis décident de se rebeller contre les envahisseurs morts-vivants qui ont envahi le monde. Columbus est un vrai froussard, mais lorsque vous avez peur d’être dévoré par des morts-vivants, la peur peut devenir un atout. Tallahassee est un chasseur de zombies déterminé à tous les éliminer sans pitié. Aidés par Wichita et Little Rock, qui ont imaginé des manières uniques d’exterminer leurs ennemis, ils devront déterminer ce qui est le pire : se faire mutuellement confiance ou succomber aux zombies. En présentant, durant la longue phase de promotion de l’œuvre, les morts-vivants de manière assez décalée et en publiant de nombreuses vidéos hilarantes où les héros, incarnés par Jesse Eisenberg et Woody Harrelson, expliquent notamment comment tuer un zombie de manière efficace.

C’est d’ailleurs ce côté décalé qui a le plus occupé les deux scénaristes Paul Wernick et Rhett Reese, qui s’attaqueront bientôt au scénario de Venom, le spin-off du pendant méchant de Spider-Man, ce qui n’est pas peu dire. Quand ils se mirent au travail, les deux hommes furent tout heureux de pouvoir vendre le projet à la CBS, dans le but d’en faire un téléfilm acidulé, tout en n’étant pas sûr qu’il entrerait un jour dans le créneau d’un chaîne souvent frileuse.

L’achat des droits d’adaptation cinématographique de Zombieland par Columbia Pictures changea considérablement la donne, et Reese et Wernick se remirent au travail visant « un travail plus effrayant et gore, dans le but d’en faire un film classé R ». Ils ne s’y sont guère trompés puisque la MPAA classa le film de la sorte, ce qui promet donc aux amateurs d’effets sanglants un spectacle d’envergure.

Les spectateurs du récent Festival de Sitgès ne s’y sont d’ailleurs guère trompé, l’œuvre de Ruben Fleischer remportant le très envié Prix du Public. Cette récompense, synonyme d’un spectacle de qualité quand on connaît les exigences du public espagnol, finit de rassurer les derniers sceptiques face à cette nouvelle exploitation zombiesque par un cinéaste totalement inconnu.

En effet, Ruben Fleischer est un peu arrivé comme un cheveu dans la soupe dans cette production dotées de grands noms. Driver des acteurs tels que Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Amber Heard ou encore Bill Murray pour sa grande première aux commandes d’un long-métrage ne dut pas être chose aisée, mais le cinéaste a visiblement su tirer son épingle du jeu. Simplement auteur de quelques clips, publicités et courts mineurs ces dernières années, Fleischer fit petit à petit son trou et multiplia les connexions dans le Tout-Hollywood afin de s’emparer d’un poste très envié.

Est-ce là la naissance d’un nouveau Pape des morts-vivants ou tout simplement d’un réalisateur qui, au fil de sa filmographie, explorera toutes les facettes du cinéma de genre ? Toujours est-il que ce Zombieland fleure bon le délire total et le défoulement de zygomatiques.

BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - The Box

Oserez-vous appuyer sur le bouton ?

On avait laissé Monsieur Kelly tyranniser le monde et annoncer sa fin avec Southland Tales, on le retrouve aujourd’hui à la tête d’un ambitieux et alléchant projet, The Box.

Nouvelle de l’écrivain Richard Matheson (Je suis une légende) parue en 1970 sous le titre le Jeu du bouton, script d’un épisode de The New Twilight Zone (La Cinquième Dimension pour les francophones) du même Matheson en 1986 sous le titre Button, Button, l’histoire narrée dans The Box n’est donc guère une nouveauté. Un couple au bord de la ruine se voit offrir un étrange objet (sorte de buzzer), dont l’activation leur offre des milliers de dollars, causant mécaniquement la mort d’un homme qu’ils ne connaissent pas. Cas de conscience : tuer en ignorant qui est la victime, est-ce un meurtre ?

Le réalisateur Richard Kelly, déjà adepte de l’intrusion d’un élément fantastique inexplicable dans un quotidien réaliste (exemple grandeur nature dans Donnie Darko), tente donc aujourd’hui une nouvelle adaptation de la nouvelle du maître.
Arthur et Norma Lewis (James Marsden et Cameron Diaz), jeune couple au bord de l’asphyxie financière découvrent un jour devant leur porte une boîte contenant un bouton. Le dépositaire, un homme inquiétant nommé Arlington (nom d’un des plus célèbres cimetières militaires américains, ambiance mortifère donc) Steward leur explique le dispositif démoniaque : chaque fois que le bouton sera poussé, le couple recevra 1 million de dollars alors qu’une vie anonyme sera ravie pour payer leur dette.

Situé en 1976 (décennie de l’écriture de la nouvelle par Matheson), The Box n’en parle pas moins de notre époque, secouée par une crise économique violente (particulièrement aux USA), où l’argent (celui qu’on n’a pas) revêt les atours du bonheur. Or quand l’argent devient la finalité d’une vie humaine (et son apogée), quand son absence peut sonner le glas d’une existence (réel ou ressenti comme tel), quelle morale s’autorise-t-on, quelles limites se pose-t-on ? Le culte de la richesse et l’utopie du bonheur qu’on y accole vaut-il le sacrifice d’un homme qu’on ne connaît pas ?

Autant de questions que sous-tendent The Box, métaphore à la fois de la mythique boîte de Pandore, dont l’ouverture engendre des cataclysmes, et de la lampe d’Aladin, exauçant les vœux les plus fous.

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PREVIEW CINE - Saw 6

Que la partie finisse...

L’agent spécial Strahm est mort, et le détective Hoffman s’impose alors comme le légataire incontesté de l’héritage de Jigsaw. Cependant, tandis que le FBI se rapproche de plus en plus dangereusement de lui, Hoffman est obligé de commencer un nouveau jeu qui révélera enfin quel est le véritable grand dessein derrière les machinations de Jigsaw...

En déclarant pour la première fois « Que la partie commence », le célèbre tueur au puzzle Jigsaw se doutait-il que le jeu prendrait les allures d’une interminable partie de Monopoly ? Aujourd’hui parvenu à son sixième volet, la saga ne semble ne plus avoir grand-chose d’original à offrir. Son titre, prenant les atours d’un jeu de mots somme toute facile, annonce une nouvelle boucherie dont vont faire les frais une série d’innocents cobayes mis en face de leurs responsabilités. Le synopsis officiel répond déjà à quelques interrogations : le détective Hoffman, légataire officiel du vilain Jigsaw, continue ses exactions en l’honneur de son mentor décédé depuis le troisième opus mais seulement découpé lors du quatrième bien qu’il en était toujours l’une des figures emblématiques.

En bref, la franchise Saw, manne financière non négligeable (plus de 700 millions de dollars engrangés sur les cinq premiers opus), persévère dans le recyclage et se complaît dans son insatiable course aux étalages de tripailles. Au fond, cette routine ne serait-elle pas le seul intérêt qu’il reste à cette lucrative saga ? Les scénaristes Patrick Melton et Marcus Dunstan, en composant d’une fournée les scripts des quatrième, cinquième et sixième épisodes, ont huilé à l’emporte-pièce une mécanique légèrement rouillée depuis le trépas de son iconique meurtrier. Le programme depuis n’a pas bougé d’un iota : une série de pièges de plus en plus complexes desquels tentent de s’extirper une pléiade de brebis égarées au casier bien rempli (qui du pédophile ou du meurtrier s’en sortira, telle est la question ?), un meurtrier plus charismatique du tout et un twist final capillotracté comme ultime coup de boutoir asséné au séant de spectateurs abêtis par tant de crédulité. Le tout chapeauté par un nouveau réalisateur puisque pour remplacer David Hackl, c’est sur Kevin Greutert que Lionsgate a mis son dévolu, un homme qui connaît excessivement bien la maison pour avoir officié comme monteur sur les cinq premiers films.

A bien y réfléchir, le seul intérêt de cette sixième livrée repose sur les frêles épaules de la californienne Tanedra Howard, scream queen amateure incorporée dans le film suite au concours Scream queens, reality show diffusé en fin 2008 sur le câble américain dans lequel luttaient dix candidates qui devaient relever une série de défis autour du cinéma horrifique. Elue par un jury composé de James Gunn (Horribilis) et de Shawnee Smith (actrice de Saw), la lauréate bénéficiait d’un royal privilège, à savoir figurer au casting de Saw, sixième du nom.

En attendant de constater ce qui pourrait bien constituer un nouveau naufrage, voici la bande-annonce toujours aussi vendeuse de cette indestructible franchise :

PREVIEW CINE - L’Imaginarium du Docteur Parnassus

Terry au pays des merveilles

La filmographie de Terry Gilliam flirte toujours avec un baroque de bric et de broc à l’écran et parfois avec la tragédie hors plateau. Après l’abandon cuisant du tournage de son Don Quichotte (de nouveau en préprod), un énième malheur s’est abattu sur un projet du vieux Monty Python. Alors qu’une bonne moitié de l’Imaginarium était en boîte, l’acteur principal, Heath Ledger décède brutalement en Janvier 2009. Comment terminer un film dont le héros est mort ? Telle fut la gageure à relever, et l’ingéniosité ne quittant jamais Gilliam, il eut l’idée farfelue de confier le rôle de Tony (Heath donc) à trois autres acteurs et pas des moindres : Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell. L’Imaginarium ne fut donc pas condamné à rester une œuvre inachevée.

Profitant d’un scénario qui balade ses personnages dans des mondes oniriques et protéiformes, le subterfuge de l’incarnation démultipliée, loin de nuire au propos, renforce au contraire le sentiment de réalités parallèles s’entrechoquant dans ce décor de foire ambulante.
Parnassus (Christopher Plummer), directeur d’une étrange troupe de théâtre, l’Imaginarium, a passé il y a quelques siècles, un pacte avec le Diable (le trop rare Tom Waits), lui assurant l’immortalité. Vient le jour du paiement de la dette, en l’état sa fille de 16 ans, mais Parnassus, plus très enclin à tenir sa promesse, va avec l’aide d’un mystérieux étranger (le combo infernal Heath/Johnny/Jude/Colin) tenter de déjouer les manigances du Malin. Démarre alors un voyage échevelé à travers des mondes imaginaires pour sauver sa fille, Valentina.

Barnum visuel, qui lorgne vers Les Aventures du Baron de Munchausen (scénario de Charles McKeown de nouveau en piste pour cet Imaginarium), le nouveau film de Gilliam se présente comme une compilation de délires, entre collages baroques, esthétique rétro moderne, tout autant loufoques que poétiques. Un miroir magique, qui ne déplairait pas à Alice, pour naviguer dans les rêves, un Monsieur Loyal derrière un masque de carnaval, des hommes qui marchent sur des nuages, des montgolfières anthropomorphes, un Londres victorien à souhait (et pourtant contemporain), les ingrédients propres à Gilliam sont au rendez-vous. Il est à espérer que la magie des images ne prenne pas le pas sur cette étrange histoire de sauvetage (et d’amour).

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PREVIEW CINE - Le Drôle de Noël de Scrooge

"Balivernes !"

On ne change pas une recette gagnante. A chaque fin d’année, il est strictement impossible de passer à côté d’une quelconque adaptation du classique littéraire de Charles Dickens, Un chant de Noël, que ce soit à la télévision, ou quelquefois, au cinéma. En 2009, c’est au tour du génial Robert Zemeckis de livrer sa version du célèbre conte, avec une idée originale et réjouissante : utiliser la Motion Capture et la 3D.

Ecrit en 1843 afin par Dickens afin de rembourser une dette, Un Chant de Noël nous emmène à la rencontre de Ebenezer Scrooge, un vieil homme acariâtre et grippe-sou qui, le soir de Noël, reçoit la visite de trois entités : les Fantômes des Noëls passés, présents, et futurs. Ces esprits lui font revivre certains moments de sa vie, lui en feront découvrir d’autres, mais ont surtout pour but de lui montrer la voie de la rédemption, qui passe inévitablement par l’altruisme. Malgré des frais de production désespérants pour l’auteur, c’est par miracle que son ouvrage, initialement intitulé A Christmas Carol in Prose, Being a Ghost Story of Christmas, connait à la fois un grand succès public et critique, et les éditions se vendent comme des petits pains (tiens, une expression que je n’avais pas utilisé depuis au moins 8 ans !).

La toute première adaptation cinématographique de l’œuvre-phare remonte à 1908, où l’acteur Tom Ricketts tenait le rôle de Scrooge. Depuis, on dénombre près d’une trentaine d’adaptations audiovisuelles, allant aussi bien de la comédie musicale (Scrooge - 1970) à la comédie tout court (Scrooged, avec Bill Murray - 1988), sans oublier les innombrables versions animées avec les Muppets ou Mickey Mouse (d’ailleurs, rappelons que Carl Barks a créé le personnage Balthazar Picsou d’après le texte de Dickens, d’où le nom original du célèbre canard, Scrooge McDuck). Un must pour les fêtes de fin d’année, avec son lot d’humour, d’émotion, et de morale chrétienne pour toute la famille.

2003, Robert Zemeckis, réalisateur célèbre et adulé de Retour Vers Le Futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (et pas l’inverse) ou encore l’Oscarisé Forrest Gump, signe un joli conte de Noël tout en images de synthèse - et en 3D selon les salles - nommé Le Pôle Express. Le film reçoit des avis partagés de la presse, il y a ceux qui aiment la performance capture et admirent l’aspect visuel du métrage et ceux qui trouvent le résultat moche et creux. Le même problème se posera avec le pourtant grandiose, que dis-je, épique La Légende de Beowulf, où si l’on note une véritable amélioration,au niveau de la captation des expressions du visage, certains choix de mise en scène n’étaient pas sans rappeler certaines cinématiques de jeux vidéo. Toujours est-il que dans une scène du Pôle Express, l’un des nombreux personnages incarné par Tom Hanks utilise une marionnette de Ebenezer Scrooge, dont le design, inspiré des illustrations originales de John Leech, restera le même entre les deux films.

Pour Walt Disney Pictures, dont c’est la troisième adaptation depuis l’achat de la compagnie de Jim Henson, et donc, de Noël chez les Muppets, le choix était plus qu’évident : pour redonner vie au conte, Robert Zemeckis était l’homme de la situation.
"Evidemment, c’est une incroyable histoire de rédemption, et bien entendue, universelle... Mais j’ai aussi réalisé à quel point elle était cinématographique !, explique le cinéaste, Dickens l’a écrit un siècle avant la création du cinéma, et il l’a pourtant écrite de façon totalement filmique. C’est stupéfiant, et c’est surtout cela qui m’a donné envie de l’adapter sur grand écran."
Vu la passion du bonhomme pour placer des éléments irréels dans un semblant de réalité (une DeLorean qui disparait, des Toons qui se saoulent dans un bar, Tom Hanks qui rencontre Kennedy et j’en passe, sa filmographie recelant d’exemples), et chez qui l’aspect visuel dessert avec brio une bonne histoire, on ne peut que comprendre son enthousiasme et lui accorder notre entière confiance.

Souvent critiqué, Zemeckis justifie son utilisation de la technique de performance-capture : "J’aime beaucoup la liberté que cela permet au réalisateur... Je ne sais pas si je l’utiliserais sur tous mes films, mais j’aime vraiment ce procédé, et si je trouve une histoire qui convient, je serais heureux de l’utiliser à nouveau.".

Le Performance-Capture, comme son nom l’indique, permet de saisir le meilleur du jeu des acteurs pour le retranscrire ensuite dans des images entièrement composées, le cinéaste utilisant la métaphore de la peinture : il faut écrire le film en réfléchissant à l’avance au contrôle total de chaque scène... Un enjeu risqué, mais libre, où le physique des acteurs importe peu, tant que sa prestation est juste.
"La direction d’acteur ne change pas par rapport à un film classique [...], il faut expliquer à l’acteur si on veut que son jeu soit plus ou moins intense. Ce procédé met les acteurs à égalité, si vous êtes parfaits pour un rôle, le physique ne compte pas."

L’autre aspect attirant de cette relecture moderne, c’est l’implication de Jim Carrey dans le projet. Totalement fasciné par l’univers du conte, qu’il a découvert tout jeune grâce a un Téléfilm datant de 1971, où la prestation de Aleister Sim l’a bluffé, c’est presque sans hésiter que le comique canadien au mimiques légendaires s’est engagé dans l’affaire.

"Il y a des challenges [à faire ce film, ndlr], mais il y a aussi beaucoup de bénéfices, puisque tu peux jouer une scène entière, descendre 25 pages de scénario par jour. C’est incroyable, c’est comme jouer une pièce de théâtre, tu dois connaître tes répliques par cœur" confiait le comique à la presse au début du mois, avant de poursuivre : "J’étais entre de bonnes mains, je n’avais donc pas peur... et j’étais fasciné par la technologie et les possibilités qu’elle offre. [...] Maintenant que j’ai vu le résultat, je envie de recommencer. C’est vraiment une forme d’art merveilleuse."
Il faut dire qu’il ne se contente non pas d’un seul rôle mais 8... enfin presque, puisqu’il incarne, grâce à la magie d’aujourd’hui, Scrooge a différentes époques de sa vie, ainsi que les 3 fantômes de la rédemption.

Si la star hilarante assure évidemment le show même sous ses avatars numériques (à coups de gesticulations et de "Balivernes !") , il est accompagné par les tout aussi excellents Gary Oldman (qui joue feus ses anciens associés Bob Cratchit, Marley et le jeune Tiny Tim), Colin Firth (Fred, le neveu optimisme de l’homme d’affaire mal-aimé) et Bob Hoskins (Mr. Fezziwig, ancien patron de Ebenezer), entre autres. C’est la première fois que les acteurs sont confrontés à une telle manière de jouer, et autant dire qu’ils n’ont pas l’air désenchanté de jouer dans cette histoire, justement, enchantée.
Quant à Zemeckis, il renoue évidemment avec son compositeur fétiche, Alan Silvestri, pour signer une Bande Originale aux accents de poésie et d’aventure, combinés à l’esprit de Noël.

Sorti le 4 novembre au Royaume-Uni et le 6 Outre-Atlantique, le film a rapporté en 10 jours pas moins de 74 millions de dollars à travers le monde. Un joli score pour un succès programmé de fin d’année (mais attention, le grand méchant AVATAR ne va pas tarder à arriver !) qui, semble t-il, n’a pas convaincu toute la presse, assez partagée, mais louant ) l’unanimité - et c’est rare - la richesse visuelle du film. A nous de juger le 25 Novembre prochain, et autant dire que, tel un gamin devant ses cadeaux sous le sapin, on en trépigne d’impatience !

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PREVIEW CINE - The road

On the road again

Adapter Cormac Mc Carthy à l’écran n’est pas une mince affaire. Le bonhomme fait partie des vestiges de la littérature américaine et forme avec Thomas Pynchon et Philip Roth un cercle très fermé. Son roman, The Road est célébré par la critique et acclamé par le public dès sa sortie et sera d’ailleurs récompensé par le prix Pulitzer en 2007. Après la sublime adaptation de No Country For Old Men des frères Coen, c’est John Hillcoat (Ghost... Of The Living Dead, The Propostion) qui s’y colle.

Depuis quelques années, force est de constater que le drame post-apocalyptique a plutôt le vent en poupe. Si la saga des Mad Max commence à vieillir, des films comme Doomsday ou I Am Legend ont amplement rempli leur rôle au box-office (à tort ou à raison). Malgré sa post-production houleuse (sortie repoussée plus d’une fois par les studios), La Route sort enfin sur les écrans français le 2 décembre et peut se vanter d’avoir réuni un très beau casting. Dans les rôles principaux, Viggo Mortensen, dont on connait déjà les prouesses, et le jeune Kodi Smith-Mac Phee, qui n’en est pas à son premier rôle, et sûrement pas à son dernier, à en croire Aragorn : "J’aimerais vraiment que certains acteurs adultes soient aussi intelligents que ce garçon".

A la photo, on peut compter sur Javier Aguireresarobe (Les Autres), et sur Chris Kennedy à la production design. Une équipe atypique donc, mais qui colle bien aux objectifs de Hillcoat. En effet, si la critique littéraire a souvent souligné que Mc Carthy s’employait à renouveler les genres qu’il exploitait dans ses romans, c’est aussi le cas du réalisateur : "Quand je m’attaque à une genre bien spécifique, j’essaie toujours de trouver une nouvelle approche". Il était donc capital pour Hillcoat d’éviter l’imagerie de Mad Max, ou tout autre univers trop SF ou fantastique. La Route raconte l’histoire d’un père et de son fils qui, dans une Amérique en ruine, tentent de rallier la mer, terre d’espoir et de salut. Le rapport entre l’homme et la nature est essentiel : pour Hillcoat, qui voulait respecter un maximum l’esprit du bouquin, il s’agissait de donner un aspect humain au chaos, de confronter ses personnages et son spectateur à leurs angoisses les plus profondes. Qu’en serait-il réellement de nous si toute civilisation devait disparaitre ? Pour répondre au mieux à cette question, le film fut presque entièrement tourné à Pittsburg dans l’Oregon, ou à la Nouvelle Orléans après les ravages de Katrina ; l’esthétique des camps de concentration, des massacres de populations durant la deuxième Guerre Mondiale et des SDF d’aujourd’hui furent aussi des sources fondamentales pour l’équipe. La Route offre donc les paysages apocalyptiques les plus anxiogènes et plausibles qu’il nous ait été donné de voir au cinéma, et ce depuis longtemps.

Mais le film n’est pas seulement un conte post-apocalyptique. Comme le livre de Mc Carthy, il peut se lire à plusieurs niveaux. Malgré une bande annonce décevante, qui tient plus du trasher que du véritable film de caractérisation, il semblerait que le réalisateur n’ait absolument pas oublié d’exploiter la relation entre le père et son fils. La Route se devait de poser de véritables questions métaphysiques. Dans un monde dévasté, à quoi tient mon humanité ? Que puis-je transmettre à mon fils, moi le père, si plus rien n’existe ? Pour Hillcoat, La Route est d’abord une étude de caractères : "C’est une histoire sur le caractère inéluctable de la mort, et sur la plus grande peur des parents : la culpabilité et la douleur de laisser un fils derrière eux, et par extension la peur que ressent n’importe qui à l’idée de se retrouver seul et abandonné.". C’est d’ailleurs cet aspect du film qui a profondément séduit Viggo Mortensen et l’a conduit à accepter le rôle : " Mon personnage a enseigné la bonté à son fils, mais il n’est plus capable de la trouver en lui. C’est une transformation qui m’a profondément touché. [...] Il y a quelque chose de profondément spirituel dans ce voyage. On se rend compte que vivre pour survivre n’a pas de sens.". Pourtant - et c’est là l’un des paradoxes les plus humains qui soit - c’est un combat quotidien d’une violence rare que vont mener les deux personnages pour défendre la chose la plus précieuse qui existe, et finalement la seule qu’il leur reste : la vie. A ce titre, La Route pourra se vivre comme un cauchemar universel car il se fait l’écho d’interrogations collectives. Qui suis-je, où vais-je, et surtout, pourquoi ? Si Hillcoat ne prétend pas apporter de réponses, au moins nous fera-t-il réfléchir.

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PREVIEW CINE - Paranormal activity

Home sweet home

A l’origine de Paranormal Activity, il y a le couple que formait à l’époque le réal’ et Toni Taylor (co-productrice), et leur emménagement dans une maison de banlieue aux nuits très calmes, où chaque bruit un peu incongru se trouvait sublimé. "La plupart du temps, ce n’était que des grincements, raconte Peli, mais il y avait une poignées de choses qu’on n’arrivait pas à expliquer. Un paquet de lessive est tombé d’une étagère une nuit, et on a eu une trouille bleue". Très vite, Toni Taylor prétend que la maison est hantée. Son homme - bien qu’il avoue être terrifié par les spectres au point de ne pouvoir regarder Ghostbusters - la rassure avant d’émettre l’idée de truffer la baraque de caméras pour tenter de capter la source de tous ces étranges évènements. Le concept de Paranormal Activity était né.

Diffusé pour la première fois en 2007, la péloche jouit depuis d’un buzz considérable et peut se vanter de drainer autour d’elle sa propre mythologie. Entièrement tourné dans la maison soi-disant hantée du réalisateur avec un budget de quelques malheureux 11 000 $, Paranormal Activity s’inscrit en plein dans la veine du docu horrifique, initiée par Cannibal Holocaust en 1981, puis par le célèbre Projet Blair Witch ; mouvance plus récemment reprise par Rec et Cloverfield. "Ce que je voulais faire, explique Oren Peli, c’est réaliser un film qui symbolise la tendance actuelle du cinéma de genre. Tout comme on a dit qu’on ne pourrait plus prendre de douche après Psychose, ou camper dans les bois après Le Projet Blair Witch, je voulais que les gens aient peur de se retrouver et de dormir chez eux." Sympathique, le mec... P.A. est explicitement conçu pour effrayer les masses et se fend d’acroches plus qu’alléchantes : le LA Weekly le qualifie de "scariest movie of the year", et Stephen Spielberg lui-même n’oserait regarder le film qu’en plein jour. La légende raconte même qu’il aurait ramené la copie de P.A. en sa possession chez Dreamworks, dans un sac poubelle, prétendant que le fichier était hanté - il se serait retrouvé enfermé de l’intérieur dans son bureau après avoir visionné le film.

Réalisé en 2006 sur une semaine, Paranormal Activity fait sensation au Slamdance Festival de 2007 et attire l’attention des producteurs Jason Blum et Steve Schneider. L’équipe peine cependant à trouver un distributeur pour diffuser le film sur grand écran. Emballés par le projet, les studios Dreamworks offriront d’abord à Peli d’en réaliser un remake et d’inclure l’original en bonus sur le DVD. Mais c’est sans compter sur la perspicacité du jeune réalisateur. Il persuade les studios d’organiser une unique projection publique de P.A. et d’observer la réactions des spectateurs. Ce sont ces images que nous voyons dans le trailer, et bien entendu, elles suffiront amplement à convaincre Dreamworks de l’efficacité - et de la potentielle rentabilité - du film Oren Peli lui-même n’a jamais douté : "On a toujours su qu’une fois que Dreamworks aurait vu l’effet du film sur les gens, ils oublieraient le remake". Malheureusement, le divorce de Dreamworks et Paramount gèle la sortie du film jusqu’au 25 novembre 2009. Mais qu’importe, ces deux années de battements n’ont fait que renforcer le buzz autour du film, si bien que ce dernier se vend dans 52 pays en un temps record de 24 heures.

Reste à savoir maintenant si le buzz et la légende ne vont pas finalement porter préjudice au film, au fur et à mesure de sa diffusion dans les salles d’Europe et d’ailleurs. Entre excès de zèle et coups médiatiques, le risque que la campagne marketing ait crevé dans l’œuf le potentiel horrifique de P.A. est plus qu’envisageable. Sur internet déjà, les spectateurs peu convaincus foisonnent et les premières critiques françaises sont finalement plutôt tiédasses. A tort ou à raison... Réponse officielle ce 02 décembre.

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PREVIEW CINE - Astro Boy

Une oeuvre astro-nomique ?

Si Astro Boy constitue encore aujourd’hui l’un des plus populaires personnages de mangas, ce n’est pas un hasard. Créé dans les années 50, ce sympathique robot pédomorphe n’a jamais cessé d’envahir les écrans de cinéma, les rayonnages de boutique mangas et les petites lucarnes télévisuelles, faisant rêver des générations d’enfants accros aux aventures de ce justicier volant dont la condition robotique s’avère moins dévalorisée que celle de pantin pour le jeune Pinocchio de Disney.

Le parallèle n’est pas innocent. Astro Boy peut être vu comme une sorte de version nippone du pantin articulé inventé par Carlo Collodi et repris plus tard par Walt Disney qui en fait sa star. Rejeté du monde des hommes, Pinocchio recherche énergiquement le moyen de devenir un petit garçon, à l’image du jeune Astro qui, également victime de l’ostracisme, manifeste vivement au gré de ses missions de sauvetage l’envie de voir les humains et les robots cohabiter sereinement. Il répond ainsi au projet utopiste de son mentor, le professeur Ochanomizu qui l’a recueilli et sauvé des griffes du cruel directeur du cirque de robots auquel il a été revendu par son propre créateur. Au gentil et vieillissant Gepetto, ébéniste sans le sou succède, dans le manga d’Osamu Tezuka, le génie Tenma qui utilise ses connaissances technologiques avancées pour construire un robot à l’effigie de son enfant Tobio, tué dans un accident. Les rapports créateurs-créatures diffèrent largement entre l’œuvre nippone et celle italienne, les relations entre Tobio robotisé (rebaptisé plus tard Astro) et son inventeur (qu’il appelle « papa ») connaitront de nombreux remous, le créateur ne supportant plus de voir cet ersatz aussi humainement imparfait qu’il est techniquement parfait.

Astro Boy fait sa première apparition dans le comic Atomu Taishi en 1951 où il est un personnage secondaire. L’année suivante, son créateur, Osamu Tezuka, l’un des pères fondateurs du manga, exploite plus avant le personnage et crée une série qui lui est entièrement consacrée. Très tôt, le robot peut épanouir ses articulations sur les écrans de télé puisqu’une première série d’animes en noir et blanc voit le jour en 1963 sur Fuji TV, série qui sera diffusée du 1er janvier 1963 au 31 décembre 1964. Le grand écran s’empare à son tour du héros en 1964 pour Astro Boy : Hero of Space réalisé par Tezuka lui-même. Dans les années 80, la série Astro, le Petit Robot naît et inonde les écrans avant que le héros ne revienne près de quinze ans plus tard avec Astro Boy 2003.

Aujourd’hui, Astro connaît une sortie en grandes pompes sur les écrans du monde entier. Réalisé par David Bowers, spécialiste de l’animation qui a notamment contribué au scénario du Prince d’Egypte et mis en boite Souris city, le métrage dispose d’un étonnant casting vocal (Nicolas Cage, Kirsten Bell, Charlize Theron, Samuel L. Jackson, Freddie Highmore) et se montre extrêmement fidèle à l’univers originel, les équipes d’Imagi studios ayant collaboré avec Macoto Tezuka, le fils du paternel d’Astro.

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PREVIEW CINE - Le cas 39

Bridget Jones : L’âge de déraison ?

Après avoir accueilli Pandorum, les salles françaises s’apprêtent à recevoir sur leurs écrans un autre film du réalisateur allemand Christian Alvart (Antibodies) qui signe avec Le cas 39 sa première expédition en terres hollywoodiennes. Succédant aux prodiges asiatiques et à d’autres maestros européens, Alvart fait ses premières armes pour le compte de la Paramount, major qui a récupéré le film assez tôt et se charge personnellement de sa distribution à l’international.

L’histoire est des plus conventionnelle : Emily Jenkins, une assistance sociale qui pense avoir tout vu dans son métier rencontre un cas mystérieux, celui de la petite Lilith Sullivan, âgée de 10 ans. Ses pires craintes se confirment lorsque les parents de la jeune tentent de tuer leur fille unique. Emily parvient à arracher l’enfant à l’enfer qu’elle vit auprès de ses parents. Mais les apparences sont trompeuses…

Des histoires de mômes aux intentions malveillantes, le septième art en compte à la pelle. Des Révoltés de l’an 2000 au récent Esther en passant par The children, tout aura été fait ou presque en matière de gamins fascinés par la mort et désireux d’en finir une fois pour toutes avec les adultes. Quant au personnage de l’assistante sociale qui guide la mission de sauvetage, l’image n’en est que trop élimée, usée par les multiples variations qu’elle a elle-même enfantées, allant de la psychiatre en charge de la petite Reagan dans le troisième volet de L’exorciste aux débordements maternels de celle en charge de Dorothy dans le film éponyme. Compilant les œillades à des classiques comme The Omen, Le Cercle ou Le bon Fils, le métrage ne présente finalement qu’une formule éculée qui se voit encore amoindrie par une mise en scène d’un académisme navrant.

Pourtant, la présence de Bridget Jones au casting avait de quoi intriguer. Renée Zellweger, habituellement confinée au registre des drames et des comédies, s’illustre pour la seconde fois dans le genre après avoir interprété un petit rôle dans le fumiste Massacre à la tronçonneuse : la nouvelle génération de Kim Henkel, scénariste de l’opus de Tobe Hooper. A ses côtés, la jeune Jodelle Ferland n’en est pas à son coup d’essai puisqu’on a pu la voir dans Silent Hill, Les Messagers et une adaptation télévisuelle de Carie au bal du diable.

C’est dire si la révélation a pu seconder Zellweger, notamment lors des séquences d’incendies, tournées sans le moindre effet spécial selon la volonté du réalisateur. Ce qui valut une grosse frayeur à l’ensemble de l’équipe lorsqu’un des effets pyrotechniques a provoqué l’embrasement du plateau et la perte d’une grande partie du matériel technique. A croire que certains films sont maudits à juste titre !

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PREVIEW CINE - Agora

Le retour d’Amenabar

Par Dante

Rome nouvelle saison ?

Les studios hollywoodiens sont en train de redécouvrir les possibilités de l’Antiquité, après le succès de 300, le futur Choc des titans et l’hypothétique séquelle des aventures de Léonidas, les scénaristes n’ont de cesse de se replonger dans les origines de nos civilisations modernes. L’empire romain, dont l’histoire s’étale sur près de cinq siècles, fut une intarissable source d’inspiration de grands films tel que le Spartacus de Kubrick ou le Gladiator de Scott. Plus récemment, c’est HBO et John Milius qui ont ressorti les toges avec l’énorme série Rome, fresque épique qui prenait le parti de montrer les mœurs de l’époque dans tout ce qu’elles avaient de dérangeantes et de déplacées.

Suivant l’exemple de ses aînés et explosant du même coup le cadre resserré qu’il affectionne habituellement, Alejandro Amenabar vient apporter sa vision de l’Histoire avec son Agora. Cette fois, point de César ou de gladiateurs, mais l’histoire de Hypathie, une astronome grecque vivant à Alexandrie qui va devoir faire face à la révolte des Chrétiens face à l’autorité romaine. Bien que les premières bandes-annonces laissent présager une grande fresque historique, où la rage des batailles n’aura d’égal que l’exaltation des grands sentiments, Agora serait, selon les dires du cinéaste, avant tout une réflexion sur la religion et plus généralement sur le besoin de croire. Un parti pris déroutant, qui a fait son petit effet au festival de Cannes, où il était présenté hors compétition.

Et c’est un pari risqué pour Alejandro Amenabar, réalisateur de Tesis et d’Abre los ojos, qui avait finalement cédé aux sirènes hollywoodiennes pour réaliser le très efficace Les Autres, redonnant par la même occasion un coup de booster à la carrière de Nicole Kidman. L’actrice a d’ailleurs un temps été envisagée pour le rôle d’Hypathie mais a été, selon les rumeurs, refroidie par les considérations religieuses que le film soulève.

Amenabar avait su retourner à un cinéma plus intimiste, avec le touchant Mar Adentro, plaidoyer sur le droit d’euthanasie des malades qui avait rencontré un succès international. Dès lors, le retrouver à la tête d’un péplum en toges doté d’un confortable budget de 73 millions de dollars pouvait surprendre. Malgré ces allures de grosse production, le réalisateur espagnol n’en a pas perdu pour autant sa sensibilité artistique, puisqu’il a pris le pari de n’engager qu’une seule tête d’affiche, en la personne de Rachel Weisz, et, du coup, de composer le reste de son casting avec des acteurs moins connus tels qu’Oscar Isaac (vu dans le Che partie 1) ou Max Minghella (qu’on verra bientôt dans The Social Network de Fincher).

L’antithèse du blockbuster donc, qui prend à contrepied toutes les attentes qu’on aurait pu placer dans ce film, surtout que Rome est désormais représentée dans l’inconscient collectif par la série d’HBO. Mais aux dires d’Amenabar, Agora ne sera pas un film sur Rome mais bel et bien une réflexion, retranscrite à travers un triangle amoureux entre la belle philosophe, son disciple et un esclave converti au christianisme. Cependant, loin d’être une énième romance, Agora ne s’attarde sur chacun de ses personnages que parce qu’ils sont les marionnettes de la grande Histoire, ce qui permettra au réalisateur d’aborder des thèmes tel que la religion, la place de la Raison, l’esclavage ou, plus généralement, la place de la croyance dans un société , le tout doublé d’une critique sur le fanatisme religieux. Un film aux abords philosophiques qui risque de rebuter tous les amateurs de Titus Pullo bien que les talents de conteur d’Alejandro Amenabar ne puissent être remis en cause, lui qui a toujours su livrer des œuvres dont l’iconoclasme n’a d’égal que leur efficacité. Et ce n’est pas le public espagnol qui dira le contraire, puisqu’Agora a battu les records de démarrage, engrangeant 7 millions de dollars en quatre jours.

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PREVIEW CINE - Solomon Kane

Justicier et Puritain

Dans un XVIe siècle ravagé par les guerres, le capitaine Solomon Kane est une redoutable machine à tuer, aussi brutale qu’efficace. Armé des pistolets qui font sa marque, de sa dague et de sa rapière, lui et ses hommes laissent libre cours à leur soif de sang alors qu’ils combattent au nom de l’Angleterre d’un continent à l’autre. Pourtant, lorsque Kane décide d’attaquer une mystérieuse forteresse quelque part en Afrique du Nord, sa mission va prendre un tournant fatal... Un par un, ses hommes sont décimés par des créatures démoniaques, jusqu’à ce qu’il reste seul face à l’envoyé du diable, venu des profondeurs de l’Enfer pour s’emparer de son âme atrocement corrompue. Kane parvient à s’échapper, mais il sait qu’il doit maintenant se racheter en renonçant à la violence et en se consacrant désormais à une vie de paix et de pureté.Sa nouvelle spiritualité ne tarde pas à être mise à l’épreuve lorsqu’il revient dans une Angleterre dévastée par des hommes diaboliques à la solde d’un être masqué terrifiant, l’Overlord...

Voilà donc à quoi ressemble cet intriguant Solomon Kane qui suscita de nombreuses rumeurs sur la toile depuis l’annonce de l’adaptation du célèbre roman éponyme de Robert E. Howard, père de la fantasy moderne. Ce nom ne vous est pas inconnu ? Quoi de plus normal puisque celui-ci est l’auteur à succès de Conan le barbare, Kull ou encore Red Sonja dont on attend également l’adaptation. Mais Kane se présente comme l’antithèse du fameux Cimmérien qui fut adapté par John Milius en 1982. Kane apparaît plutôt comme un homme sobre, taciturne, fuyant le vin et les femmes, ne se livrant à l’aventure que lorsqu’un « plan céleste » l’exige. « Ses yeux profonds et rêveurs étaient rendus encore plus sombres par le costume foncé et austère de Puritain qu’il aimait porter ». Le Mal auquel s’attaque Solomon Kane est infernal, diabolique, immédiatement reconnaissable. Sous cet angle, son fanatisme apparaît donc comme justifié.

Produit notamment par les frères français Samuel et Victor Hadida (Silent Hill, Le Dahlia Noir…), c’est au réalisateur très prometteur Michael J. Bassett (réal de Deathwatch ou du très sympathique Wilderness) qu’est revenu la lourde tâche d’adapter au cinéma le roman dans la belle ville de Prague (Tchéquie) du 14 janvier au 8 avril 2008 avec un budget accordé à 45 millions de dollars. Décidant de penser son film plan par plan via des storyboards, celui-ci les a ensuite scannés pour créer des animatiques sur ordinateur allant jusqu’à les illustrer musicalement, ce qui confère au film une photographie superbe et très réaliste. Certains compareront le film à un certain Van Helsing, un constat sans doute trop simpliste et totalement infondé au vu des images très poétiques et très violentes (le film est quand même classé « R ») visibles sur le web proches du bestiaire effrayant d’un (tiens, tiens) Silent Hill ou d’un Underworld. Il est vrai que les effets spéciaux étant diligentés par les studios de Patrick Tatopoulos, le spectateur est en droit d’attendre des peintures fantastique proches des œuvres fantasy de ces dernières années. À noter que Michael J. Bassett a déjà envisagé son film comme une possible trilogie, dirigeant son projet d’après son propre scénario.

Mais la surprise provient néanmoins du casting avec le choix de James Purefoy dans le rôle de Kane. Aperçu dans A Knight’s Tale et la série Rome, Hadida justifie néanmoins sa sélection de Purefoy par sa capacité à incarner les forces et les faiblesses de Kane et qui font de lui le parfait héros moderne. Il apporte selon lui " un puissant réalisme" au héros du film. Un soutien qui aura fait du bien au principal concerné après les nombreuses déconvenues du tournage et notamment lors d’une scène de duel durant laquelle un cascadeur maniant une épée a frappé l’acteur anglais à la tête. Résultat : cinq points de suture et une jolie cicatrice ! Quand on vous disait que le film était physique…

Verdict ce 23 décembre, date de la sortie officielle du film en France.

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PREVIEW CINE - La Princesse et la Grenouille

Yes, They Can !

Tiana travaille très dur comme serveuse pour amasser assez d’argent pour pouvoir un jour ouvrir son propre restaurant. Lors d’un bal masqué, organisé par le père de son amie Charlotte, elle enfile une robe magnifique ainsi qu’un diadème et prie l’étoile du berger pour que son rêve son réalise. Une grenouille se présente alors à elle, prétendant être un prince ayant été victime d’un mauvais sort, et lui réclame un baiser. D’abord effrayée, Tiana finit par accepter d’embrasser le batracien, mais la transformation ne se déroule pas comme prévu Au lieu de voir apparaître un prince séduisant sous ses yeux, Tiana est face à son propre reflet ; une grenouille aux yeux globuleux et couverte de mucus. Les deux amphibiens s’engageront alors dans une grande aventure pour retrouver la sorcière Mama Odie capable de leur rendre leur forme humaine.

Voici donc le pitch de la nouvelle création Disney, La Princesse et la grenouille, aka The Princess and the Frog, qui, durant le mois de décembre 2009, a fait un véritable malheur au box-office américain. Certes, son succès initial fut rapidement mis sous l’éteignoir avec la sortie du somptueux Avatar de James Cameron, mais avec des rentrées de 25 millions de dollars lors de son premier week-end d’exploitation, le métrage de Walt Disney Pictures avait d’ores et déjà rempli son contrat.

Alors que l’animation est plus que jamais au goût du jour et a livré de véritables pépites lors de la première décennie des années 2000, notamment par le biais de la technologie 3D, plus que jamais présente au sommet, La Princesse et la Grenouille se démarque complètement de ce marché. En effet, le métrage se présente en deux dimensions, chose qui n’était plus arrivée chez Disney, depuis les plantureux ratés de l’année 2004 (La Ferme se rebelle). Cette audace au niveau de la mise en forme, ainsi qu’un retour à l’animation à la main, ses mouvements fluides et ses lignes souples, se sont donc avérés payants outre-Atlantique et devraient charmer petits et grands lors de la sortie française, ce 27 janvier (le 3 février en Belgique).

De plus, si les derniers échecs 2D de Disney étaient avant tout à mettre sur le compte d’un scénario se révélant souvent filiforme et relevant de l’exploitation pure et dure de concepts élimés, La Princesse et la Grenouille devrait littéralement trancher avec ce passé peu glorieux, renouant avec la tradition qui fit le succès de la firme aux grandes oreilles. En effet, au vu du pitch mis en place par Ron Clements, John Musker et Rob Edwards, déjà tous trois responsables de l’échec Treasure Planet, mais, surtout, pour les deux premiers nommés, de la réalisation de l’excellent Aladdin, l’œuvre devrait donner lieu à un habile mélange entre les classiques que constituent Blanche-Neige et les sept nains et La Belle et la Bête, des chefs-d’œuvre toujours bien présents dans l’imaginaire collectif.

Enfin, LA grande sensation de cette sortie réside sans aucun doute dans le fait que Disney vende La Princesse et la Grenouille comme « le film mettant en scène sa première princesse noire », preuve de l’évolution des mœurs aux States, société bien consciente que le « yes, we can » de son Obama de président n’est pas si anodin que cela. Véritable révolution donc (il aura fallu plus d’un siècle de cinéma pour que l’animation oublie quelques instants durant la question raciale) que cette œuvre, qui aura tôt fait de plaire par son caractère terriblement décalé ainsi que par son ouverture à une culture par rapport à laquelle le studio s’était montré plutôt hermétique (les Indiens ont eu leur Pocahontas, les Asiatiques leur Mulan). En effet, les deux héros (dont les voix ont été prises en mains par Anika Noni Rose et Bruno Campos) visiteront la Nouvelle-Orléans, avec ses bayous, son vaudou et ses joueurs de trompette, de quoi se montrer encore plus déphasant… d’autant que le conte original, signé E.D. Baker, s’inspire de la mythologie slave où un roi, pour déterminer son successeur, fait tirer une flèche à l’aveuglette à ces fils qui devront épouser la femme sur laquelle elle tombera. L’une d’elles tomba dans un marais, et le prince dut épouser une grenouille qui se révéla être au mauvais endroit...


BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Mr Nobody

Le fabuleux destin de Nemo Nobody

Treize ans après la sortie du Huitième jour arrive sur les écrans Mr Nobody, troisième long métrage du réalisateur Jaco Van Dormael. Une très longue gestation explicable par l’ampleur colossale de la tâche que s’est fixée le cinéaste : envisager pour un seul et même personnage une multiplicité de vies potentielles selon les choix qu’il opère.

"Le film découle d’un court-métrage de 1982, intitulé E pericoloso sporgersi qui entrainait une bifurcation à deux possibilités, explique le réalisateur. L’histoire envisageait deux possibilités à partir d’une seule situation : un enfant qui court derrière un train, s’il part avec son père ou s’il s’enfuit avec sa mère, avec deux trajectoires différentes selon le choix. Les possibilités étaient juste binaires." Désireux d’exploiter plus avant ce mode binaire, Van Dormael se voit finalement devancé par les sorties de Lola rennt et de Sliding doors qui reprennent cette dynamique. Dès lors, le cinéaste décide de calquer son procédé sur la complexité de la vie, à la manière des jeux vidéo qui, à partir d’un choix, entraînent plusieurs possibilités, elles-mêmes subdivisées en plusieurs options.

"Je voulais m’intéresser à ces multiples possibilités et à la dynamique du choix elle-même, poursuit-il. Quand on tombe amoureux et qu’on décide de vivre avec quelqu’un, on choisit mais pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui fait qu’on tombe amoureux ? Pourquoi cette femme-là ? Chaque option contient une série de causes et de conséquences qu’on ne contrôle absolument pas. Souvent, le choix implique un pari sur des choses dont on ne maîtrise ni les conséquences ni les causes qui peuvent être génétiques, éducatives, physiques. Je souhaitais parler avec un médium qui est en général simplificateur de complexité de la condition humaine. J’adore faire du cinéma et raconter des histoires. Mais dans le cinéma, toutes les scènes ont une nécessité et servent toutes à aller vers la fin de l’histoire, les conséquences et les causes sont immédiates alors que la vie d’un homme est remplie d’une foison d’imprévus. Je peux tenter de justifier tout ce qui arrive mais uniquement par consolation car, fondamentalement, ça m’échappe. La vie fonctionne selon le principe de l’entropie, tout va vers la dissipation et sans doute que le fait de raconter une histoire amène le phénomène inverse, tous les éléments convergeant vers une sorte d’entonnoir. Le film est peut-être une consolation, une justification de ce qui m’échappe habituellement."

Pour donner corps à cette multiplicité des vies, Van Dormael use de toute une série de procédés filmiques qui assurent la cohérence tant formelle que narrative de l’oeuvre. "On a essayé avec Christophe Beaucarne, le chef opérateur, de trouver une manière différente de filmer pour chaque vie, ce qui est assez jouissif pour un cinéaste qui peut puiser dans toute la palette du cinéma." Ainsi, chaque vie possède-t-elle sa propre grammaire visuelle (caméra à l’épaule, caméra indépendante, découpage claqué sur d’autres séquences) et ses propres teintes chromatiques (rouge, jaune, bleu et blanc, selon l’existence dans laquelle on se trouve). Autant de détails qui soutiennent le récit, le rendent uniforme et assurent une certaine fluidité de cette oeuvre inclassable qui puise autant dans le registre de la SF (l’épopée martienne, notamment) que du tragique, dans la comédie que dans le fantastique. S’inscrivant dans une pluralité de genre sans s’en réclamer d’aucun, Mr Nobody est une sorte de film-somme de cent ans de cinéma. Un pied-de-nez au conformisme réducteur de certains réalisateurs trop prudents. Un pendant cinématographique aux épandages philosophiques d’un Paulo Coelho.

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Mr. Nobody
Bande annonce vost publié par CineMovies.fr - Les sorties ciné en vidéo

PREVIEW CINE - Le livre d’Eli

Les Hughes, de l’Enfer à l’apocalypse

Et bien, il leur aura fallu le temps. Neuf ans précisément depuis leur dernier long métrage From Hell, film souvent sous-estimé voire décrié par certains alors qu’elle représente toujours, pour le moment, la meilleure adaptation d’une œuvre d’Alan Moore. Les frangins Hughes jouissent d’un statut étrange dans l’industrie Hollywoodienne, nantis d’une réputation de francs-tireurs et de défenseurs de la cause noire américaine, ils sont plus connus comme des réalisateurs blacks que comme des réalisateurs de films tout court. Ils l’avaient un peu cherché en débutant leur carrière par une trilogie incendiaire examinant à la loupe la culture noire américaine avec Menace II Society, Generation Sacrifiée et American Pimp. Comme pour rompre définitivement avec ce créneau, ils embrayent avec l’histoire de Jack l’Eventreur et plongent ainsi en plein cœur de l’époque victorienne. Cette fois, ils reviennent avec un tout autre genre, exit le milieu urbain caractérisant tous leurs films et bonjour les étendues désertiques. Après le passé et l’époque contemporaine, voilà les frangins projetés en plein futur, s’attaquant maintenant à un autre genre emblématique du cinéma fantastique : le post-apo. Genre né dans les années 80 et dont le porte-étendard est Mad Max II.

Le genre est souvent décrié et perçu comme le parent pauvre de la science-fiction du fait des nombreuses bandes fauchées surfant sur la vague Mel Gibson venues d’Italie. Avec Book Of Eli, les frères Hughes ont à cœur de redorer le blason du post-apo dans le panorama du cinéma mondial. L’action se passe en 2043 alors que la Terre a été dévastée par une apocalypse nucléaire. Un homme, prénommé Eli, traverse les Etats-Unis seul, assurant sa propre survie et repoussant les attaques des bandes de pillards qui sillonnent le pays. Arrivé en Californie, il se heurte à un redoutable chef de bande nommé Carnegie qui règne en despote sur une petite communauté de survivants parmi lesquels se trouve Solara. Elle et Eli vont parvenir à s’enfuir. Carnegie à leur trousse, Eli va comprendre que le livre qu’il garde précieusement renferme un pouvoir si grand qu’il permet de sauver l’humanité. Eli n’a d’autre choix que d’embrasser son destin, de protéger le livre et d’affronter sa Némésis.

C’est sur ce postulat de base très westernien, rédigé par le scénariste Gary Whitta, que repose le nouveau film des Hughes Brothers. Produit par le nabab Joel Silver, Book Of Eli bénéficie d’un budget de 80 millions de dollars, permettant aux frangins de créer de toutes pièces un monde post-apocalyptique. Le scénario écrit et l’argent trouvé, ne reste plus qu’à engager Eli. Un nom s’impose d’emblée : Denzel Washington. Un comédien oscarisé et accessoirement l’un des tout meilleurs acteurs de sa génération rejoint le projet, accompagné de Gary Oldman, le monsieur bad guy du cinéma et de la mignonnette Mila Kunis.

Hormis ces quelques infos on ne sait pas grand-chose sur le film, la production ayant décrété un black out presque total, les images arrivent aux compte-goutte et sont savamment filtrées par le service marketing. Le seul trailer disponible en fout plein les mirettes et présente un Denzel charismatique en diable magnifié par les décors désertiques du Nouveaux Mexique, retouchés numériquement afin d’effacer les impuretés de l’arrière-plan et de leur donner une ligne parfaite. Les plans léchés et cadrés à la perfection laissent entrevoir tout le talent des frères Hugues.

Le film se veut un western futuriste riche en action et doté d’un sous texte socio-politique fort et engagé. Le volonté des frères avec Book of Eli est, de leur propre aveu, de créer un western post-nucléaire mêlant divertissement et message fort. Book Of Eli est peut-être le film qui va enfin faire reconnaitre les Hughes à leur juste valeur car disons-le tout net les Hughes composent le plus talentueux duo de frangins qu’on ait connu en cent ans de cinéma.

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PREVIEW CINE - Mother

La mère désarme

Barking Dog était le film des débuts, Memories Of Murder celui de la révélation, The Host celui de la confirmation, en toute logique Mother devrait être celui de la consécration pour le plus talentueux des réalisateurs natifs du pays du Matin Calme. En deux films, Bong s’est taillé une réputation d’auteur majeur dans l’underground asiatophile et commence à se faire (re)connaitre dans le petit landerneau du cinéma mondial. J’en prends pour preuve la sélection de Mother, sa dernière œuvre, dans la catégorie Un Certain Regard au dernier festival de Cannes. Un signe qui ne trompe pas.

Mother devrait investir les salles françaises le 27 janvier prochain, espérons pour le succès du film que la vague bleue sera redescendue, laissant ainsi le champ libre à ce qui s’annonce déjà comme l’un des événements majeurs de l’année. Bong, après avoir réinventé le polar et le film de monstre, s’offre cette fois une relecture de Memories Of Murder en réalisant ce qui semble être le film jumeau de ce dernier. Cette fois, Bong s’attache à l’histoire d’une mère qui fera tout pour tirer son fils, attardé mental léger, de prison lorsqu’il est accusé du meurtre d’une jeune fille par une police bien contente de classer l’affaire et d’inculper Do joon, incapable de se défendre. Mue par ses convictions et son instinct maternelle, sa mère s’échinera à prouver l’innocence de son fils et à le tirer de ce mauvais pas.

La lecture de ce court synopsis ne laisse planer aucun doute : on est face à du Bong pur jus tant on y retrouve les thèmes parsemant son œuvre. L’incompétence et la faiblesse des autorités coréennes, la famille éclatée monoparentale, le handicap mental du personnage principal et le microcosme de la campagne coréenne. Si on se retrouve en terrain conquis, on peut compter sur le réalisateur pour ne pas jouer la carte de la redite et innover une fois de plus en réinvestissant un genre codifié jusqu’à l’extrême pour au final le faire totalement imploser. Car, à l’instar d’un Tarantino mais plus humble et moins frimeur, Bong se plait à redéfinir le genre qu’il investit, à se jouer des codes pour parvenir au final à signer un film qui ne ressemble à aucun autre. Les premiers échos venus de Cannes et de Corée parlent d’un nouveau grand film dans lequel Bong affine encore sa mise en scène pour livrer une nouvelle œuvre référence mixant polar et mélodrame, le film devrait s’avérer extrêmement riche visuellement et bourré d’émotions.

La grande révélation de Mother devrait être Kim Hye-ja, comédienne de dramas (feuilletons télévisés) très populaires en Corée, âgée de 70 ans. Elle illumine l’écran et livre une prestation exceptionnelle dont certains des bienheureux ayant vu le film ne sont toujours remis. Laissons maintenant le mot de la fin au réalisateur qui, avec Mother, souhaitait « faire un film qui creuse au plus profond de ce qui est brûlant et puissant, comme au coeur d’une boule de feu. Dans ce sens, Mother est un défi sur le plan cinématographique pour moi, car mes films précédents étaient tous des histoires qui tendaient à l’extension : si une affaire de meurtre me conduisait à parler des années 80 et de la Corée, et que l’apparition d’une monstre (The Host), me poussait à parler d’une famille, de la société coréenne et des Etats-Unis, Mother est, au contraire, un film où toutes les forces convergent vers le coeur des choses. Traiter de la figure de la mère, c’est du déjà-vu mais je vois ce film comme une nouvelle approche et j’espère qu’il sera également perçu ainsi par les spectateurs, comme quelque chose de familier mais d’étranger. » Une note d’intention qui confirme les images du trailer et qui annonce une nouvelle réussite de la part de Bong Joon-ho qui continue son sans faute et est d’ores et déjà prêt à s’attaquer au Transperceneige…mais ça, c’est une autre histoire, sur laquelle nous reviendrons.

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PREVIEW CINE - Lovely Bones

Jackson revient au drame

Par Caligari

Quatre ans après son King Kong et après avoir produit le District 9 de Neil Blomkamp, voici le retour tant attendu du réalisateur préférés des geeks et autres nerds, le protéiforme (dans tous les sens du terme) Peter Jackson. Attendu, car un film de Jackson reste toujours un événement en soi, même s’il faut bien avouer que, après les hobbits et autres créatures enchantées ou encore le roi des Kong perdu en pleine jungle new-yorkaise, ce Lovely Bones, même adapté d’un roman à succès, fait figure de film intimiste dans la filmographie récente du Néo-Zélandais. Mais il ne faut pas oublier que, si Jackson est aujourd’hui un des maîtres du blockbuster, il fut jadis un petit artisan, concepteur génial de petits films d’horreurs de série Z, qui fut révélé à un public plus large en 1994, en réalisant Heavenly Creatures, drame mêlant réalité et monde fantasmé. C’est dans la lignée de ce film que s’inscrit Lovely Bones.

Suzie Salmon, 14 ans, se fait violer, tuer puis couper en morceaux par son voisin, George Harvey. Depuis le paradis, la jeune fille veille sur ses parents qui doivent faire face à la mort de leur fille et à l’horreur des circonstances dans lesquelles celle-ci s’est produite. Elle garde également un œil sur son meurtrier, et, tiraillée entre un désir de vengeance et une volonté d’apaisement pour sa famille, tente de faire passer des messages de l’au-delà, pour confondre le coupable.
Sur cette prémisse des plus sordides, Alice Sebold, auteur du roman (La nostalgie de l’ange) insufflait dans son intrigue des apartés philosophique et métaphysique sur la vie et la mort, dans le chef de son personnage principal. Peter Jackson, aidé des ses deux acolytes habituelles (Fran Walsh, alias Madame Jackson, et Philippa Boyens) tisse, à partir de ce matériau de base, un scénario lui permettant de donner libre cours à son inventivité visuelle débordante et de réitérer ce qu’il avait fait avec Heavenly Creatures, créer deux mondes distincts, l’un réaliste, l’autre onirique, et les faire cohabiter dans une même intrigue, l’un ayant des répercussions sur l’autre et vice versa.

Jackson parvient donc à doser avec doigté le fait divers réaliste et la partie fantastique, dans un film à la construction aussi complexe que celle du livre. Tout comme dans American Beauty de Sam Mendes, ou encore Sunset Boulevard de Billy Wilder, la narration est introduite par un personnage qui est mort. Mais ce procédé franchit ici un pas supplémentaire, par rapport à ces deux films, car la dimension métaphysique de cette voix est appuyée et il est admis que ce personnage parle depuis l’au-delà, ce qui n’était pas le cas dans ses deux modèles.

Cet au-delà, ou plutôt cet entre-deux mondes, est propre à Suzie et évolue selon ses émotions. Pour créer cet univers onirique, Jackson a collaboré avec le peintre sur verre Michael Pangrazio (qui avait notamment participé à The Empire Strikes Back), ainsi qu’avec l’équipe de Weta Digital, avec laquelle il avait déjà travaillé sur Lord of the Rings et King Kong. Le résultat rappelle par certains aspects l’univers visuel flamboyant d’un Tarsem Singh ou encore les images colorées et chatoyantes du Parnassus de Terry Gilliam.

Du côté du casting, du beau monde également. Pour incarner Suzie, Jackson a fait appel à Saoirse Ronan qui s’était déjà fait remarquer en 2008, en décrochant une nomination aux oscars, à l’âge de 13 ans, pour son interprétation étonnante dans Atonement de Joe Wright. Elle livre ici une prestation tout aussi subtile et émouvante. Autour d’elle, on retrouve, pêle-mêle, Susan Sarandon, Rachel Weisz et Mark Wahlberg, campant respectivement la grand-mère, la mère et le père de Suzie, ainsi que l’inquiétant Stanley Tucci, dans le rôle de l’effroyable tueur George Harvey.

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PREVIEW CINE - Planète 51

Planète interdite

Par Dante

L’animation est devenue un genre très important au cinéma depuis quelques années, explosant un carcan qui le limitait à un public enfantin restreint pour s’émanciper et prendre une tournure plus "adulte" sur les écrans. Avec l’essor des deux géants que sont Pixar et Dreamworks, l’animation est devenue un média respecté de ses confrères, qui a prouvé à plusieurs reprises qu’il pouvait ressembler des spectateurs (le succès incontestable de Wall-E en 2008) mais aussi procurer des émotions et délivrer des messages profonds (Wall-E ou Là-haut). Malheureusement, l’anime s’est en même temps souvent limité à ces deux majors dont l’omnipotence financière laisse peu de place aux initiatives personnelles. La course à la technologie a également réduit les productions plus modestes. Mais à l’heure où Disney récidive dans la 2D traditionnelle et que même la France a trouvé un créneau, quelques indépendants se lancent dans l’aventure.

Planète 51 est de ceux-là. Réalisé par Jorge Blanco, issu du milieu du jeu vidéo (il était directeur artistique sur la franchise des Commandos) et écrit par John Stillman (un ancien de Dreamworks), il fait partie de ces films qui essaient de réconcilier des publics généralement opposés : les enfants et les adultes. L’histoire raconte donc l’arrivée d’un astronaute sur la fameuse Planète 51, mais loin de ne trouver que des cailloux et des cratères, l’explorateur de l’espace atterrit au beau milieu d’une zone résidentielle extra-terrestre, aux coutumes étrangement terriennes. Le terrien se voit alors poursuivi par les forces armées de la planète et considéré comme un envahisseur. Le film joue essentiellement sur cette inversion des rôles, où aliens et humains se confondent. Une idée de départ originale qui laisse le champ libre au scénariste d’aborder la question sous bien des rapports. Sans doute vecteur de morales infantiles, le métrage devrait également laisser filtrer des réflexions un peu plus matures. En ce sens, les premières images rassurent : même si le film ne se met pas à dos les enfants, il semble qu’il n’en oublie pas non plus les geeks amateurs d’animation que nous sommes. Ne serait-ce qu’à voir le chien de la famille qui ressemble étrangement au Alien de Ridley Scott.

Espérons quand même que ce genre de clin d’œil ne se limite pas à un catalogue de références et de coups de coude complices, comme l’était Monstres vs Aliens qui avait pour le coup complètement raté sa cible. Mais libéré des contraintes des grands studios tel que Dreamworks, Jorge Blanco pourrait peut-être réussir à nous livrer une œuvre fonctionnant sur plusieurs niveaux, efficace et divertissante mais qui ne prend pas son média de haut. Le meilleur exemple récent reste Tempête de boulettes géantes, qui derrière son intitulé risible, cachait un divertissement de haute volée, mature et infantile à la fois. On ne peut qu’espérer que Planète 51 soit du même acabit.

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PREVIEW CINE - Sherlock Holmes

Conan, ce barbare...

Par Caligari

Il y a cent douze ans, Sir Arthur Conan Doyle, gentleman anglais, médecin de formation et homme politique qualifié, donnait naissance à Sherlock Holmes, personnage aimant la pipe et le violon, délicat, cultivé, passant le plus clair de son temps à pavoiser dans son fauteuil, en philosophant autour d’une tasse de thé avec son vieil ami Watson. Il y a 10 ans, Guy Ritchie, anglais buveur de bière et supporter de Manchester United, réalisait Snatch, un film de gangster viril dans lequel Brad Pitt et Vinnie Jones mettaient des corrections à qui de droit. Ces deux sujets de sa Majesté, qu’un siècle d’évolution et de progrès sépare, n’étaient pas faits pour se rencontrer. Mais la magie du cinéma en aura voulu autrement.

Dans l’imaginaire collectif, ce personnage est un vieux garçon un peu engoncé, taillé dans un cure-dents, en opposition avec son fidèle compère, Watson, traditionnellement représenté comme un vieillard rondelet. En confiant ces deux rôles à Robert Downey Jr. et Jude Law, Ritchie allait, on pouvait s’en douter, s’éloigner quelque peu de cette imagerie dépassée. Mais on ne pouvait pas imaginer à quel point ! Dans ce film, Sherlock fait du Free Fight, Watson manie la gâchette comme personne, et les deux passent plus de temps à se taper dessus qu’à jouer au bridge.

Robert Downey Jr. donc, auréolé de ses succès récents dans Iron Man et Tropic Thunder, promène sa mine désabusée et sa dépression nerveuse au gré des ruelles londoniennes de l’époque victorienne, dans le rôle de l’homme qui déduit plus vite que son ombre. Watson (Jude Law, dandy jusqu’au bout des ongles), bien qu’exaspéré par le comportement de son acolyte, vient lui prêter main forte dans une enquête aux ramifications complexes, impliquant une série de personnes haut placées dans une sombre histoire de sociétés secrètes et de magie noire.

Lord Blackbird, sorte de croque-mort sinistre doublé d’un savant fou, est, dès le début du film, confondu par le célèbre détective et mené séance tenante à l’échafaud. Il n’en faut pas plus au docteur Watson pour déclarer l’énergumène décédé, déduction logique d’un étranglement par pendaison et d’une absence de pouls. Seulement voilà, Lord Blackbird est un malin et, même mort et enterré, parvient à refaire surface tel un messie diabolique. Si ce semblant d’intrigue (à dormir debout) ne passionne pas réellement, Ritchie maîtrise comme à l’accoutumée sa réalisation jusque dans les moindres détails et ses digressions scénaristiques (scénaris-tics ?) – comme, par exemple, les apartés de Sherlock détaillant didactiquement la manière dont il va s’y prendre pour démonter la gueule à ses adversaires – sont, qu’elles soient utiles où non, toujours savoureuses et jouissives.

En dépoussiérant à sa manière le mythe de l’illustre résident du 221B Baker Street, Guy Ritchie agace autant qu’il ravit. Et le résultat, certes inégal, a, malgré quelques longueurs, un ton décalé qui le rend agréable à suivre de bout en bout. Dans cet univers étrange, sorte de métissage hybride entre les films en costume et les « films de mecs » tels que les affectionne Ritchie, les deux protagonistes – Downey et Law – s’en donnent à cœur joie. Le tout sur une musique de Hans Zimmer, très différente de ses partitions habituelles.

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PREVIEW CINE - Percy Jackson

Fils de...

Par Dante

Les films pour adolescents ont toujours constitué un fond de commerce des plus rentable pour les producteurs. Et pour ne pas trop perturber la jeunesse, le cinéma se contente généralement de surfer sur des succès littéraires et des grandes sagas qui ont déjà fait leur preuve. Les succès d’Harry Potter, Le monde de Narnia ou de Twilight confortent les majors dans ce créneau, tandis que d’autres œuvres moins médiatisées tel que Le secret de Terabithia, Le secret de Moonacre ou L’assistant du vampire, viennent aussi infirmer la théorie.

Et en ce début d’année 2010, voici la première grosse production tout public, premier tome d’une hypothétique saga cinématographique, adaptée d’un succès littéraire de Rick Riordan. Percy Jackson n’est personne d’autre que le fils illégitime de Poséidon et, par conséquent, un demi-dieu qui s’ignore. Tranquille, dans sa vie d’ado américain, son monde va s’écrouler quand il va se faire attaquer par une harpie. Il va alors se rendre compte que les gens autour de lui connaissaient sa véritable nature et vont l’aider à sauver le monde d’une guerre des dieux. Un schéma ultra-usité donc, où un ado lambda devient l’élu qui va éviter le pire, se trouver une copine et se réconcilier avec ses parents. La seule originalité de ce film est sa réappropriation de la mythologie grecque. L’auteur des romans étant un ancien professeur de mythologie, ses œuvres portent un grand respect aux légendes antiques et les modernisent pour les projeter en plein New York. Percy Jackson devient alors un péplum moderne avec cerbères, minotaures et autre gorgones au beau milieu de Central Park ou dans l’Empire State Building. Un univers balisé qui pourrait donner plus de crédit à ce métrage quand ses prédécesseurs perdaient du temps à faire découvrir un univers original mais rarement profond.

Le deuxième atout de ce Percy Jackson c’est son casting, outre le héros que seuls les plus physionomistes d’entre nous reconnaîtront (il a à son actif The Patriot, Le nombre 23 et plus récemment Ultimate game), ce sont les seconds rôles qui sont impressionnants. Tout comme le futur Choc des titans, l’Olympe est ressuscité et interprété par quelques figures mythiques du cinéma. Ici, Sean Bean est Zeus, Kevin « Lucius Vorenus » McKidd est Poséidon, Uma Thurman est Medusa, Steve Coogan est Hades (oui petite fausse note peut-être), Rosario Dawson, Perséphone et Pierce Brosnan est le centaure Chiron. Autant d’acteurs confirmés qui pourront apporter de la profondeur à une œuvre fatalement formatée.

Mais la première bande-annonce promet un spectacle impressionnant, avec son quota d’effets spéciaux, de CGI, d’action et d’émotions, un film pour toute la famille n’oublie pas au passage d’offrir un divertissement sincère et pas dénué de sens. Le choix du réalisateur ne rassure pas quant à ce point, puisque c’est l’anglais Chris Columbus qui prend les rênes de cette adaptation. Le bonhomme a fait ses armes dans le genre avec les deux premiers Harry Potter, qui ne brillaient pas par leur maturité ni par leur profondeur, cela avant qu’Alfonso Cuaron vienne prouver qu’on pouvait faire un film tout public tout en respectant le matériau d’origine et les spectateurs. Et c’est la meilleure chose qu’on peut espérer pour ce Percy Jackson.

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PREVIEW CINE - The Wolfman

Dans la gueule du loup

Et si The Wolfman anticipait le retour de l’épouvante old school sur les grands écrans du monde entier ? Figure mythique voire mythologique, le loup garou n’échappe pas a l’appétit des producteurs de cinéma qui virent en cet être torturé mi-homme mi-loup une bonne occasion de créer une icône du fantastique au même titre que Frankenstein, La Momie ou Dracula. Contrairement à ces glorieux collègues dont on ne compte plus les apparitions, le lycanthrope fait depuis toujours figure de personnage maudit dans le bestiaire fantastique. Peu de films, en comparaison aux vampires ou aux zombies, le mettant en scène virent le jour et encore aujourd’hui un seul homme incarne à lui seul le personnage : Lon Chaney Jr.

Il semble pourtant que depuis une petite dizaine d’années, le loup revient en grâce auprès des décideurs et des spectateurs. On peut situer ce renouveau à l’époque de la sortie et du succès du Dog Soldiers de Neil Marshall, depuis lors plusieurs projets tels que Ginger Snaps, Underworld, Van Helsing, Skinwalkers, Cursed et, plus récemment, Twilight II virent le jour. Toutefois aucun de ces projets n’est parvenu à retranscrire fidèlement la condition bien particulière de l’homme loup, ces films accentuèrent le côté super héroïque et bestial de la bête laissant de côté l’humanité de la créature. Plus qu’un pouvoir, la faculté de se transformer en loup est une malédiction et bien peu de films ont su retranscrire fidèlement la souffrance endurée lors d’une transformation. C’est là qu’intervient Benicio Del Toro, fan absolu de la créature et du personnage interprété par Lon Chaney Jr, il décide de redonner vie au mythe en coproduisant Wolfman. Pour l’épauler dans sa tâche, la production n’hésite pas à enrôler quelques pointures devant et derrière la caméra. A la mise en scène, c’est le vétéran du fantastique Joe Johnston qui est choisi après que de grands noms aient passé la main. Parmi ceux-ci, on citera Mark Romanek, Frank Darabont, James Mangold et même Brett Ratner. Johnston n’est pas le seul habitué du genre, puisqu’aux effets spéciaux mécaniques et maquillages, on retrouve Rick Baker qui retrouve le lycanthrope plus de vingt ans après avoir créé les mythiques transformations de Hurlements et du Loup Garou de Londres. Niveau script, c’est l’excellent Andrew Kevin Walker qui s’y colle. Devant la caméra , Del Toro donnera la réplique à Anthony Hopkins et Emily Blunt. Tout ce petit monde a l’intention de revenir aux origines afin de créer un véritable film d’épouvante gothique. A l’ancienne.

Selon la production Wolfman « est un film plus complexe que l’original avec plus d’action et de péripéties mais nous tenions tous, Benicio le premier, à conserver la nature gothique de l’histoire et à montrer la souffrance qu’engendre une transformation. » C’est en se basant sur ces saines paroles que le tournage débute en février 2008 dans les célèbres studios Pinewood de Londres. La production offre à Johnston une enveloppe de 85 millions de dollars pour rendre crédibles les déambulations nocturnes de l’homme loup. Le tournage se passe sans heurts et toute l’équipe se donne à fond afin de mettre en images les aventures de Lawrence Talbot, un acteur de théâtre newyorkais de la fin du XIXe siècle qui retrouve son Angleterre natale vingt ans après l’avoir quittée. Il retrouve la demeure familiale tombée en décrépitude et son père lui apprenant que plusieurs villageois ont été attaqués par « une bête ». L’inspecteur Aberline mène l’enquête et s’intéresse de près à la famille Talbot et l’étrange malédiction qui semble peser sur elle. Ajoutez à cela une histoire d’amour et vous avez tous les ingrédients du bon film gothique.

Le film est envisagé pour une sortie fin 2008 avant d’être plusieurs fois repoussé sur le calendrier pour finalement atterrir en salles plus d’un an plus tard, en février 2010. Entre temps le script a été légèrement remanié et des reshoots furent organisés par le réalisateur de seconde équipe. Cette nouvelle session de tournage n’a pas pour but de sauver le film du désastre mais bien de le rendre encore meilleur. Reste à savoir si toutes ces bonnes intentions et la somme des talents engagés sur le projet donnera un résultat honorable.

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PREVIEW CINE - Fantastic Mr Fox

Fantastic Wes Anderson

Wes Anderson est définitivement un réalisateur à part dans le paysage du cinéma américain (voire du cinéma tout court). Ses comédies lentes et lunaires peuvent rebuter, mais au moins ne laissent jamais indifférent. Le voir s’attaquer à l’adaptation d’un roman pour enfants écrit par Roald Dahl pouvait dès lors légitimement inquiéter le fan du cinéaste. Difficile en effet d’imaginer les impératifs d’un film pour les gosses conciliés avec le style si particulier du réalisateur. Mais c’était sans compter sur le génie du créateur de l’excellent La Vie Aquatique. Le fan pourra pousser un soupir de soulagement, car Fantastic Mister Fox est un pur film de Wes Anderson, peut-être même son meilleur. Ce qui signifie aussi que les parents emmenant leurs mioches voir un film d’animation lisse et classique risquent d’être très surpris…

Difficile en effet de ne pas être surpris devant un film en stop motion qui semble avoir été écrit par un scénariste sous acide. Les romans de Roald Dahl sont connus pour être assez sombres, mais Wes Anderson s’est de toute évidence approprié le matériau de base pour créer une œuvre totalement unique. Le film regorge donc d’idées toutes plus folles les unes que les autres. Dans Fantastic Mister Fox, les animaux marchent sur deux pattes et sont costumés, ils communiquent avec les fermiers à coup de lettres anonymes, ils possèdent des cartes de crédit, mais ils restent des animaux (Maitre Renard se retrouve dans les ennuis parce qu’il suit son instinct animal en égorgeant les poules des fermiers voisins). Extrêmement bien dialogué, le film est hilarant du début à la fin, notamment grâce à l’implication des acteurs doublant les personnages (le film doit impérativement être vu en VO pour être pleinement apprécié). George Clooney apporte toute sa classe et sa désinvolture au personnage de Maitre Renard, ainsi que le grain de folie qui lui sied si bien. Meryl Streep campe à ses côtés une Madame Renard toute en grâce et en féminité, mais possédant une main de fer. Les seconds rôles ne sont pas en reste, que ce soit Jason Schwartzman en renard adolescent et rebelle, ou encore Owen Wilson et Bill Murray, tous deux fidèles du réalisateur. Mais le personnage le plus jouissif est peut-être le Rat campé par un Willem DaFoe en roue libre géniale. Avec son accent de petite frappe, le personnage est tout simplement irrésistible.

Techniquement, le film est tout aussi réussi, que ce soit au niveau des décors, souvent assez dépouillés mais magnifiques, ou de l’animation, très fluide. Le plus impressionnant reste l’animation des visages des personnages, celle-ci parvenant à restituer de façon hallucinante les mimiques des acteurs les incarnant. Anderson parvient aussi à caser quelques scènes impressionnantes de maitrise, comme l’attaque du poulailler en début de film, ou l’engloutissement du repaire de Maitre Renard sous les eaux. Mais au-delà de la grosse déconnade et d’une réalisation technique sans faille, Fantastic Mister Fox est un joli (bien que totalement azimuté) plaidoyer pour le droit à la différence et le droit d’être soi-même. Le message écologique véhiculé par le film est lui aussi plutôt pertinent, Anderson s’attaquant avec férocité à l’habitude qu’ont les êtres humains de vouloir détruire tout ce qui va a l’encontre de leurs intérêts.

Bref, Fantastic Mister Fox n’a pas volé son titre et est une nouvelle réussite à ajouter au palmarès déjà impressionnant du réalisateur.

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PREVIEW CINE - Shutter Island

L’île du Dr Cawley

En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l’île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L’une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Œuvre cohérente d’une malade, ou cryptogramme ?

C’est en 2003 que sort Shutter Island, le roman de Dennis Lehane considéré à raison comme un des écrivains contemporains majeurs du roman noir américain. Révélé par des romans comme Un dernier verre avant la guerre, Mystic River ou encore Gone, Baby, Gone, Lehane touche à la perfection littéraire avec ce Shutter Island (dont Cinemafantastique vous avait présenter la critique] dans sa rubrique Necronomicon) qui ne pouvait rester sans suite cinématographique tant l’atmosphère lourde et ténébreuse du récit permet une adaptation intéressante pour tout cinéaste de qualité. Car c’est bien là que réside le challenge du projet : trouver un réal capable de retranscrire sur l’écran une narration machiavélique, introspective et dont le mix final doit absolument scotcher le spectateur sans possibilité de l’appréhender.

D’ailleurs, la production n’a-t-elle pas voulu dans un premier temps remanier le scénario complexe pour un en faire un film d’action tourné sous la direction de Wolfgang Petersen ? Véritable sacrilège, voire œuvre sacrifiée d’avance ? Heureusement il n’en sera rien. C’est bel et bien Martin Scorcese qui sera désigné pour relever un défi cousu main pour un réal qui aime décidément les films d’atmosphère et d’époque. Que rêver de mieux que cet hôpital psychiatrique niché sur une île au large de Boston pour laisser libre court à son talent de cador du cinéma d’hommage ? Il suffit d’imaginer ces deux policiers isolés par une tempête, obligés d’enquêter sur une disparition étonnante parmi des détenus faisant partie des pire criminels du pays pour imaginer un huit-clos éprouvant et d’une subtilité renversante.

L’un de ces deux policiers ? Leonardo DiCaprio qui retrouve une nouvelle fois (la quatrième en fait) le maître new-yorkais pour un rôle difficile qui exige un contrôle absolu de ses émotions. "Ce fut un travail éprouvant, confie l’acteur, car j’ai dû pousser très loin ce personnage dans ses retranchements émotionnels. Qui plus est, l’intrigue est assez complexe, car elle même rêve et réalité. Le film est comme un tas de pièces de puzzle qu’il faut assembler."

Sur la structure narrative originale du roman : " Elle est assez élaborée, avec une série de flash-back émotionnels et de séances rêvées. Mais à chaque fois avec Marty, ce fut stimulant et gratifiant."

Les deux compères semblent avoir réussi leur pari au vu de l’enthousiasme soulevé il y a peu au festival de Berlin. De plus, "Shutter Island" a récolté pour son premier week-end plus de 40,2 millions de dollars aux Etats-Unis et au Canada, ce qui représente un tiers des recettes totales. Le réalisateur de "Taxi Driver" et l’acteur principal de "Titanic" réalisent ainsi le meilleur départ de leurs carrières respectives.

Mais il est vrai que le casting ne s’arrête pas à la seule présence du génial DiCaprio. On soulèvera également les présences de Mark Ruffalo mais aussi de Ben Kingsley et Max von Sydow, tous les deux responsables de cet hôpital dantesque et livrant des prestations terrifiantes. Quant à Scorcese, après plusieurs documentaires sur les stars de la musique américaine, le revoici plongé dans un polar noir, quatre ans après le superbe "Les infiltrés". Dire qu’il manquait au cinéma est un euphémisme quand on énumère justement les réals capables d’adapter un roman comme Shutter Island. CQFD...

Scorcese sera-t-il parvenu à rester fidèle au chef-d’œuvre de Lehane ? Verdict cette semaine avec la sortie officielle...

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PREVIEW CINÉ - Légion, l’Armée des Anges

Les premiers pas d’un Grand en devenir...

Si Scott Stewart était encore un metteur en scène inconnu du grand public il y a quelques mois, les choses risquent fort de changer en 2010 puisque ses deux premiers long-métrages verront le jour au cours de l’année : les très attendus Légion, l’Armée des Anges et l’adaptation du manhwa de Min-Woo Hyung, Priest, qui sortira en 2011. Si la seconde œuvre du réalisateur fait déjà beaucoup de bruit, il aurait pu ne pas en aller de même avec Légion, une production Screen Gems, dont le script a été rédigé par Peter Schink.

Mais un trailer non-censuré long de cinq minutes (voir au bas de l’article), dévoilé voici quelques mois sur la toile, a changé la donne, Screen Gems travaillant avant tout sur l’aspect visuel d’une œuvre qui est promise comme étant particulièrement spectaculaire. D’ailleurs, on peut compter sur Scott Stewart pour en mettre plein les mirettes à son public puisque l’homme a excellé dans le passé en tant que co-responsable des effets visuels de Sin City, Mars Attacks !, The Host et autres réjouissances du genre.

Ces bandes faisant preuve d’une inventivité visuelle hors normes, il y a de fortes chances pour que Légion en fasse tout autant, d’autant que le metteur en scène a pu bénéficier d’un budget assez lourd pour une première œuvre : 26 millions de dollars. Ces énormes moyens ayant déjà été amortis sur le marché américain (l’œuvre a remporté plus de 50 millions de dollars en à peine 4 semaines d’exploitation), ce qu’il adviendra de la bande au box-office européen relèvera du pur « bonus ».

Dès lors, malgré une distribution mondiale désastreuse (Légion est sorti le 22 janvier aux USA, débarquera dans les salles françaises ce 17 mars et parviendra seulement en Belgique le… 12 mai prochain), Légion est déjà à ranger au rang des réussites financières du cinéma de genre américain en 2010. Et ce, malgré un pitch qui laisse pourtant entrevoir une intrigue fortement basée sur les croyances en places au Pays de l’Oncle Sam : Dieu envoie des légions ailées sur Terre pour semer l’apocalypse car il ne croit plus en l’être humain. L’avenir de l’humanité est entre les mains d’un groupe d’étrangers coincés dans un restaurant situé en plein désert et entre celles de l’archange Michael...

Peu encourageant pour nous, petits européens, ce pitch devrait néanmoins être avant tout synonyme de mise à mal du puritanisme américain et, donc, devrait s’avérer particulièrement réjouissant pour les fantasticophiles de tous poils. Doté d’affiches résolument savoureuses et de quelques éléments publicitaires tout aussi entraînants, Légion devrait dès lors s’avérer être l’une des excellentes surprises d’une année 2010 qui tarde, pour l’instant, à se décliner en fleurons.

L’œuvre deStewart devrait être un de ceux-ci…

BANDE-ANNONCE VF

TRAILER VO NON-CENSURÉ

PREVIEW CINÉ - Dragons

DreamWorks or How to train the box-office

Alors que nous affirmions au début de l’année que 2010 serait plus que jamais l’année de l’animation, il semble que les producteurs et distributeurs américains veuillent nous donner raison durant ce premier trimestre. En effet, après les indéniables réussites de La Princesse et la Grenouille et, surtout, de l’excellent Planète 51 (œuvres déjà sorties en 2009 aux States), ce sera bientôt au tour de Dragons, aka How to train your dragon, de faire son entrée dans la danse ce 31 mars.

Anciennement doté de la savoureuse appellation francophone Comment dresser votre dragon, le métrage est l’œuvre de Dean DeBlois et Chris Sanders, deux auteurs-réalisateurs déjà responsables il y a quelques années du succès mondial Lilo & Stitch, qui avait notamment été nominé aux Oscars et aux Saturn Awards. Dès lors, revoir ce duo, qui s’était fait plutôt rare ces dernières années, aux commandes d’un projet aussi ambitieux revêt une importance particulière.

D’ailleurs, il semble bien que DreamWorks Animation mise énormément sur le projet, désirant sans doute créer une nouvelle franchise à l’heure où celle initiée par le fabuleux Shrek est sur le point de se terminer avec le quatrième et dernier opus Shrek 4, il était une fin, qui sortira chez nous durant l’été. Dévolu au marché 3D tout comme les nouvelles aventures de l’ogre vert, Dragons est à la base une œuvre littéraire enfantine de Cressida Cowell, écrivain qui semble s’être fait une spécialité des livres traitant de dragonologie.

En cas de bon fonctionnement au box-office, DreamWorks Animation pourrait donc s’emparer d’un phénomène naissant et adapter les autres ouvrages de Cowell, à l’image de la saga qui avait été créée suite au succès du premier Shrek. Toujours est-il que le studio, qui mise une fois de plus sur ses valeurs (très) sûres, devrait une nouvelle fois s’imposer comme l’un des maîtres du box-office au rayon de l’animation. Néanmoins, la sortie toute proche (le 24 mars) d’Alice au Pays des Merveilles, œuvre de Tim Burton à destination du grand public, devrait engendrer quelques perturbations quant à la distribution et à la visibilité de Dragons.

C’est donc une véritable « guerre à distance » que se livreront deux des firmes phares des productions enfantines, Walt Disney Pictures et DreamWorks Animation, peu habituées à avoir à faire à une concurrence aussi rude. Malgré cela, nombreuses devraient être les familles se rendant en salles dans le but de découvrir Dragons qui mettra en scène les aventures d’Harold, un jeune Viking de Berk (rassurez-vous, ce n’est pas un remake des Ch’tis), une île où chaque adolescent entre dans l’âge adulte en luttant contre un dragon. Le jour du rite approche, où notre héros va devoir prouver sa vaillance à sa tribu et à son père. Mais son amitié pour un dragon blessé va l’entraîner dans un monde inconnu et changer à jamais le cours de sa vie.

Au final, Dragons devrait constituer un divertissement familial assez original que pour tenter une percée de quelques semaines au box-office, et ce en dépit d’une concurrence impressionnante, DreamWorks déployant à nouveau avec génie les éléments qui ont fait le succès de la société dans le domaine de l’animation. De plus, si Sanders et DeBlois parviennent à recréer le coup de poker qui les avait rendu célèbres avec Lilo & Stitch, et à transposer au mieux l’univers féérique dépeint dans l’ouvrage de Cressida Cowell, Dragons pourrait s’avérer est LE film d’animation de l’année. Verdict ce 31 mars.

BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - The Ghost writer

Un petit nègre...

Lorsqu’un célèbre “nègre” littéraire anglais accepte d’achever les mémoires de l’ancien premier ministre, Adam Lang, son agent, lui assure que c’est la chance de sa vie. Mais le projet semble d’emblée marqué par la fatalité : le “nègre” apprend ainsi que son prédécesseur, fidèle bras droit d’Adam Lang, est mort dans un mystérieux accident...

The ghost writer est l’adaptation de «  L’Homme de l’ombre », roman à suspense de l’écrivain et journaliste anglais Robert Harris, signataire d’Enigma, transposé à l’écran en 2001 par Michael Apted. Au début de l’année 2007, alors qu’il collabore avec Roman Polanski à l’adaptation de son roman « Pompéi » (actuellement toujours en projet), ce dernier met sur l’ouvrage un nouveau projet littéraire. Harris mène alors les deux projets simultanément et estime que « L’Homme de l’ombre » porte indéniablement la marque du cinéaste Polanski. Lorsque, pour des raisons diverses, le projet de Pompéi n’aboutit pas, Harris envoie à Polanski un exemplaire de son roman, avant même que celui-ci ne soit publié. Séduit par le roman d’Harris, Polanski, déjà intéressé à l’origine par un autre thriller de l’auteur titré Fatherland, sorte d’uchronie extrapolant autour de la potentielle victoire hitlérienne du second conflit mondial, décide d’en chapeauter de bout en bout la transposition sur grand écran.

Les deux hommes s’attèlent alors à l’écriture du scénario tout en respectant scrupuleusement la structure narrative du roman originel. A ce premier jet succèdent diverses étapes de transformation dont le but est de coller au plus près du matériau cinématographique. Certains passages sont ainsi supprimés afin de doter l’ensemble d’un rythme plus haletant, l’écriture finale satisfaisant totalement le romancier qui déclare que certains éléments du script sont plus réussis que dans le roman. Prenant comme référence le modèle hitchcockien du suspense (un personnage ordinaire plongé dans un monde où il perd tous ses repères), Harris rédige une œuvre extrêmement documentée sur le système politique anglais qu’il a épluché dans ses moindres détails en tant que chroniqueur politique proche de Tony Blair au début de son mandat politique. La filiation entre le personnage fictif d’Adam Lang et l’ancien premier ministre britannique Tony Blair est d’ailleurs rapidement mise sur le plateau par les analystes qui voient dans ce roman une œuvre plus réelle que fictionnelle : Harris s’en défend, expliquant que l’idée originale lui est venue quinze ans avant que Blair n’accède à la chaire de Premier ministre et que la vision est celle du pouvoir pris dans sa globalité, dans son universalité malgré un ancrage prononcé dans le système politique du Royaume-Uni.

Derrière la caméra, le talentueux Roman Polanski (Le bal des vampires, Rosemary’s baby, Le locataire, Le pianiste) qui a défrayé la chronique en cette fin d’année 2009. Alors qu’il se rendait à un festival de cinéma en Suisse afin d’y recevoir un prix pour l’ensemble de sa carrière, il est arrêté par la police suisse à Zurich, rattrapé par une affaire de crime sexuel sur une mineure de 13 ans, affaire remontant à plus de 30 ans au moment de son incarcération. Rattrapé par son passé, le cinéaste multi-récompensé se voit contraint de terminer la post-production de The Ghost writer depuis sa cellule puis de son chalet suisse suivant la décision du tribunal pénal suisse qui a ordonné sa libération sous caution ainsi qu’une assignation à résidence avec port d’un bracelet électronique. Le comble de ce thriller à la Hitchcock dont même le géniteur se voit contraint à une contention proche de la sédentarisation de James Stewart dans Fenêtre sur cour.

Présenté en première mondiale au festival de Berlin 2010 au mois de mars, ce thriller qui compte dans ses rangs Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall, James Belushi ainsi que le vétéran Eli Wallach, a remporté deux récompenses prestigieuses : l’Ours d’argent et le Prix du meilleur réalisateur.

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PREVIEW CINE - Dream

Un rêve éveillé

Jin se réveille après un cauchemar dans lequel il cause un accident de voiture en allant chez son ancienne compagne. Se rendant sur les lieux, il arrive sur la scène d’un accident identique à celui de son rêve.

La police retrouve le chauffard grâce à une caméra de surveillance et se rend chez le suspect. Jin suit les enquêteurs sans vraiment comprendre ce phénomène dans lequel il se sent impliqué, mais sa curiosité le conduit à vouloir percer ce mystère. Confrontée à la police, Ran, la suspecte, nie toute accusation de délit de fuite, disant qu’elle a dormi toute la nuit alors même qu’une voiture accidentée est garée devant chez elle. Jin s’avance et leur dit que c’est lui qui devrait être arrêté puisqu’il était le conducteur dans son rêve et que celui-ci s’est déroulé exactement de la même manière que dans la réalité. La police prend Jin pour un fou et arrête Ran. Celui-ci fournit des preuves pour montrer qu’il a pu, d’une certaine façon, être présent dans cette scène.

La police emmène Ran chez sa psychologue, qui confirme qu’elle souffre de somnambulisme depuis plusieurs semaines, au moment même où Jin a commencé à faire des rêves étranges. A travers cet inexplicable paradoxe, Jin et Ran découvrent une étrange corrélation entre eux : quand Jin rêve, Ran agit inconsciemment dans son sommeil.

En pleine évolution, le réalisateur coréen Kim Ki-Duk persévère avec Dream dans l’expérimentation cinématographique qu’il édifie comme une véritable expérience sensorielle enrobée de mystères et de métaphores au sein de laquelle le spectateur éprouve bien des difficultés à se situer. Témoin de la maturation et de la perpétuelle recherche d’innovation de l’auteur, Dream constitue une rupture totale avec les œuvres antérieures du cinéaste. Son obsession de l’eau s’assèche au gré d’une scène anodine (un verre d’eau versé dans la couche, sans effet) et le mutisme dans lequel il cloisonnait volontiers ses personnages se réduit considérablement, les héros de Dream franchissant une solide barrière linguistique pour entrer en communication (l’acteur est japonais et l’actrice coréenne, chacun s’exprimant dans sa langue natale). Le métrage s’avère ainsi être une composition minutieuse qui atteste de la volonté du metteur en scène du splendide The isle de s’extirper des canevas dans lesquels il s’était lui-même abîmé jusqu’à s’engourdir dans un cinéma un brin auteurisant.

Parallèle intéressant que celui de ces deux héros qui sombrent et s’ankylosent de concert et sans coup férir dans un gouffre aux méandres paradoxalement réguliers (certaines séquences ressassées à l’envi). Une régularité qui mène à l’irrégularité via des passages singuliers plus instinctifs qu’explicatifs. Embrumé par de nombreuses métaphores, une foule d’ellipses et une légion de faux-fuyants, le récit s’épaissit progressivement et amène inéluctablement le spectateur à remettre en question ce qui lui est donné à voir. Perdue entre rêve et réalité, entre matérialisme fourbe et vérité fantasmée à l’image des deux êtres qui se construisent cahin-caha une relation tendant vers la stabilité, la pellicule gagne en consistance autant qu’elle perd en pragmatisme et en clarté. Les deux personnages finissent par n’être plus qu’un (à l’image des estampes de Jin qui fonctionnent en effet miroir), recourant à une série de stratagèmes tantôt doucement naïfs (les menottes) tantôt extrêmement violents (l’autodestruction de Jin) pour rendre leur vie de couple bricolée un tantinet viable. Dream dépasse le simple cadre de l’expérience pour se poser comme une profonde autopsie du couple qui n’hésite pas à investiguer sur les terres du passé (les relations tumultueuses avec les ex) pour décrire un présent invivable puisque découlant d’un inévitable manque de confiance. Yin et Yang, scissions chromatiques du plan, découpements finement ciselés, tout concourt à séparer et à réunir ces deux âmes écorchées par un fatalisme d’autant plus incontournable qu’il pousse à l’aliénation (le premier opus de Nightmare on Elm street de Craven jouait sur une tension similaire) et à l’implosion psychologique et physiologique.

Sélectionné au festival de San Sebastian et lauréat de la compétition 7ème parallèle du BIFFF 2009, Dream a su rencontrer son public et charmer par son maîtrise de la dramaturgie teintée de fantastique. Rêve éveillé enivrant qui contraint par moments à l’insomnie, le dernier film de Kim-Ki Duk reste nettement en-deçà de son The isle.

PREVIEW CINE - Daybreakers

Vampires new génération

Par Dante

Le revival du vampire au cinéma aurait tendance à s’éterniser sur nos écrans, petits ou grands, au vu du succès des sagas Twilight, Underworld, de la série True Blood ou encore des outsiders L’assistant du vampire et Génération perdue 2. Mais pour assurer un telle longévité, le vampire a dû subir un lifting radical, perdant de sa superbe, sacrifié sur l’autel du tout public et du politiquement correct. Les Frontières de l’aube et autres Vampires, bandes profondément noires, sont désormais bien loin. Mais c’est sans compter sur quelques amoureux du genre qui se battent dans l’ombre pour redorer le blason des créatures de la nuit. Réplique sur grand écran au télévisuel True Blood qui aborde les suceurs de sang de façon très adulte et réaliste, Daybreakers entend attaquer la mythologie par un nouvel angle : celui de la science-fiction.

En effet, Daybreakers prend place en 2019, époque où les vampires ont pris le pouvoir et où les humains ne sont qu’une minorité maintenue en vie pour servir de garde-manger à la nouvelle espèce dominante. Dans ce monde forcément ténébreux, un vampire (Ethan Hawke), chercheur et humaniste, tente de trouver un moyen de créer un substitut de sang pour éviter l’extinction de la race humaine et par ricochet de la sienne. Mais il se retrouve fortement tiraillé entre sa véritable nature de prédateur et son idéalisme. Un postulat intelligent qui peut laisser présager une réflexion plus poussée que d’habitude sur la condition vampirique. Le tout propulsé dans un futur hi-tech qui aura le mérite de renouveler le décor un peu esseulé des ruelles sombres et des immeubles gothiques. Et pour assurer ce renouveau, rien de tel qu’un peu de sang neuf et australien de surcroît. Ce sont effectivement les frères Spierig, signataires du western zombiesque Undead, qui sont à la tête de cet ambitieux projet.

Mais loin d’eux visiblement l’idée de livrer une œuvre psychologique analysant la place de l’homme en tant que prédateur et proie. Au vu des premières images, Daybreakers sera sûrement avant tout un film d’action où les vampires auront à assurer leur suprématie face à des humains survivants armés d’arbalètes et autres pieux. Mais comme pour mieux brouiller les pistes, le casting ne va dans aucun de ces sens, puisqu’outre Ethan Hawke, on retrouve le trop rare Sam Neill en patriarche vampire et Willem Dafoe qui endosse cette fois la panoplie du Van Helsing moderne.

Loin des circuits d’Hollywood, les deux réalisateurs ont certifié avoir fait leur film dans leur coin, s’occupant eux-mêmes des effets spéciaux. Daybreakers pourrait bien être la réponse à la fois intelligente et bourrine aux fébriles Twilight et consorts qui ont transformé les vampires en bellâtres inoffensifs. On s’en aiguiserait les canines.

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PREVIEW CINE - Amer

Les frissons de l’angoisse

Depuis quelques années, le très sage paysage cinématographique hexagonal se voit pris d’assaut par une bande de jeunes sauvageons assoiffés d’hémoglobine et de sensations fortes. Plusieurs films ont ouvert la voie et d’autres, depuis, ne cessent de s’y engouffrer, s’essuyant les pieds sur la tapis de la trop sacro-sainte Nouvelle Vague et replaçant la France sur l’échiquier mondial de l’horreur. Une des grandes spécificités tricolores est le travail en binômes, que ce soit Dahan/Rocher, Bustillo/Maury ou encore Palud/Moreau, les jeunes réalisateurs préfèrent s’associer afin de franchir le grand saut. Aujourd’hui un nouveau duo de choc pointe le bout de sa lame : Helène Cattet et Bruno Forzani. Ces deux nouveaux venus se sont rencontrés à Bruxelles au tout début des années 2000 et n’ont cessé d’illustrer, sous forme de courts métrages dans un premier temps, leur amour pour un genre aujourd’hui désuet, le giallo. Parmi ces films courts, citons Chambre Jaune et La Fin de Notre Amour, multi récompensés autour du globe.

Ayant fait le tour du format court, ils décident de se lancer dans le grand bain du long, toujours sous le signe du giallo avec Amer. Un giallo franco-belge en 2010, est-ce bien raisonnable ? Oui, bien évidemment. De par le genre qu’il aborde, Amer se place d’emblée en parallèle du reste de la production horrifique française. Les deux réalisateurs souhaitent trancher avec l’approche réaliste de leurs confrères en proposant une histoire purement sensorielle, sensitive, psychanalytique et irréelle du cinéma. En fans absolus du genre, ils entendent bien rendre hommage aux maitres transalpins mais ce qu’il veulent avant tout, c’est proposer un vrai giallo unique avec sa personnalité, son identité et son style propres tout en respectant les codes inhérents au film jaune. Comme le dit Bruno Forzani : « Le cinéma italien est un cinéma de séquences. Nous avons essayé de construire Amer à partir de ce postulat. Notre long métrage se devait de reposer uniquement sur ces séquences clés. ». Une note d’intention on ne peut plus claire.

Tout bon giallo se doit de proposer une esthétique unique, que je qualifierais de gothique surréaliste, capable d’emmener le spectateur et de le balader dans la psyché de ses protagonistes. Pour cela, le duo franco-belge peut compter sur Manu Dacosse, chef operateur qui, par le biais de la publicité, a prouvé son goût des atmosphères lumineuses irréelles. Pour la musique, Cattet et Forzani se sont tournés vers l’Italie en empruntant quelques-uns des scores mythiques signés des compositeurs légendaires que sont Ennio Moriconne, Stelvio Cipriani et Bruno Nicolai. De quoi poser les bases d’une ambiance résolument autre et à des lieues des canons habituels du genre à la française. Devant la camera, les nouveaux venus ont la part belle, les réalisateurs souhaitant des visages frais pour donner vie à leur personnages. Seul Harry Cleven jouit d’une petite notoriété de ce coté-ci de la frontière.

Quelle histoire retorse nous réserve Amer ? Le synopsis du film se veut évasif et mystérieux. « Ana est confrontée au corps et au désir à trois moments clefs de sa vie. Sa quête charnelle voyage entre réalité et fantasmes colorés… qui deviennent de plus en plus oppressants. Une main gantée de dentelle noire l’empêche de crier, le vent soulève sa robe et caresse ses cuisses. Une lame de rasoir effleure son corps : trouvera-t-elle le plaisir au bout de son parcours chaotique et carnassier ? » En quelques lignes, on remarque la présence des grandes figures imposées du giallo. La maint gantée, la lame tranchante, l’érotisme, la confusion entre fantasmes et réalité. Quoi de plus normal quand les metteurs en scène citent La Longue Nuit de l’Exorcisme, Les Frissons de L’Angoisse et La Queue du Scorpion en tant que références assumées d’un film qui s’annonce novateur, exigeant et foncièrement conseillé. Distributeurs et exploitants, on compte sur vous !

LE TRAILER

AMER (2010) - Trailer 1 from AMER on Vimeo.

PREVIEW CINE - Le Guerrier Silencieux, Valhalla Rising

De l’Art du guerrier...

Malgré l’évidente préférence de notre fabuleux site pour tout ce qui se revendique comme des longs-métrages d’apparence fantastiques (mais de tous horizons), il était assez difficile de ne pas vous faire partager notre enthousiasme envers Le Guerrier Silencieux - Valhalla Rising le nouvel opus de Nicolas Winding Refn, l’un des cinéastes danois actuellement les plus vénérés des cinéphiles.

Bénéficiant d’une renommée mondiale suite au succès de Pusher (1996), film extrêmement sombre sur les déboires d’un groupe de dealers dans Copenhague, auquel il donnera deux suites en 2004 et 2005 après un passage assez inaperçu aux Etats-Unis avec Inside Job. En quelques films seulement, Refn a su imposer son talent et son ingéniosité visuelle comme une marque de confiance aveugle pour le spectateur. Son dernier essai, Bronson, faisait indéniablement partie des meilleurs métrages de l’année dernière : nous présentant un Objet Filmique Non Identifié, à mi-chemin entre un drame violent et essai expérimental, évoquant quelquefois le Orange Mécanique de Kubrick. Film instantanément culte, il hypnotise par la maîtrise de sa mise en scène et par l’incroyable présence de Tom Hardy, véritablement métamorphosé pour camper le rôle du prisonnier le plus dangereux d’Angleterre. Mais le projet qui tient le plus à coeur au réalisateur, c’est Le Guerrier Silencieux.

Valhalla Rising dont il peaufine l’intrigue depuis quelques années mais pour lequel il n’avait pas réussi à réunir les moyens nécessaires. C’est par ailleurs pour cette raison que le réalisateur a choisi de réaliser Bronson, question de financement, uniquement pour mieux se consacrer à son prochain métrage. Le tournage commence en juin 2008, filmé dans l’ordre chronologique comme à l’habitude du cinéaste. D’ailleurs, question d’habitude, il se permet de retrouver son acteur fétiche Mads Mikkelsen, présent dans tous ses métrages danois... C’est d’ailleurs à Pusher II qu’il doit trois de ses prix d’interprétation ; aux côtés de l’excellent Les Bouchers Verts. Mais en 2006, ce dernier devient désormais mondialement célèbre grâce à sa participation en tant qu’ennemi de 007 dans la très bonne ré-adaptation Casino Royale, où il incarnait à merveille Le Chiffre.

Dans ce film, Mikkelsen icarne One-Eye, un guerrier sauvage d’une force redoutable, mais également borgne et muet. Mais cela fait quelques années qu’il est un esclave sous l’emprise de Barde, un redoutable chef de clan. C’est avec l’aide d’un enfant, Are, qu’il parviendra à tuer son barbare geôlier et fuir dans les ténèbres. Ils trouvent finalement refuge dans un navire de vikings chrétiens à la recherche de la Terre Promise. Mais durant son long périple, le drakkar commence à s’égarer dans un infernal brouillard. Une fois dissipé, les passagers y découvrent une terre inconnue, aussi passionnante et mystérieuse que sauvage et dangereuse, des ennemis invisibles y rôdant... Ce voyage permettra à One-Eye d’en savoir un peu plus sur lui-même, et sur son passé.
Aussi mystérieuses soient-elles, ces Terres, celles du "Nouveau Monde", sont matérialisées par les côtes sombres et brumeuses, mais pourtant charmantes, de l’Ecosse. De plus, comme nous le prouvent les images des divers trailers, ces paysages magiques semblent posséder une beauté unique sous le regard surdoué de Refn.

"Je n’ai pas vraiment fait un gros travail de recherches. Ce n’est pas l’histoire des Vikings qui m’intéresse ici. Je sais que c’est un peuple très sophistiqué qui a dominé une partie du monde et beaucoup voyagé. Mais ce n’est pas le peuple en tant que tel qui m’intéresse. C’est plus la découverte de l’Amérique qui m’a intéressé... Et comme les Vikings ont découvert l’Amérique, mon film parle de Vikings" confiait Nicolas Winding Refn dans une de ses interviews données pendant le tournage.
Au-delà d’une simple histoire de "Vikings en Amérique", Refn confesse que Le Guerrier Silencieux lui sert - à notre grand étonnement - de prétexte pour parler de l’actualité : "Mes Vikings sont des Vikings chrétiens, (...) ils ont mené la toute première guerre sainte pour finir... en Amérique. Ils y voyaient en quelque sorte une nouvelle Jérusalem. Il y a un vrai parallèle avec notre société actuelle, c’est-à-dire l’impérialisme et la religion comme moyen de conquête. C’est quelque chose de très actuel."

Non dénué de mystères, le film de Refn s’avère être l’un des plus ambitieux de l’auteur, qui devra pourtant se contenter d’un budget de 5 millions d’euro, et 10 semaines de tournage, dont se souviendra Mads : "Comme d’habitude, tourner avec Nicolas Winding Refn a été complètement dingue, même si c’est devenu presque la routine ! Cette fois-ci, il est allé encore plus loin que jamais. Mon rôle était éreintant, et ce tournage en Ecosse a été le plus dur que j’aie jamais connu.".
A Refn de parler à son tour de ce personnage atypique : "Notre héros étant muet et sans passé, c’était très difficile d’écrire cette histoire parce que... comment retranscrire à l’écran ses envies et son but ? Il fallait donc écrire le film afin de l’aborder à travers la perception que les autres ont de lui. C’est plutôt délicat à traiter car d’ordinaire, on raconte un film à travers le héros. Ici, il fallait rester autour de ce héros."

L’association Refn/Mikkelsen, déjà un premier signe nous avertissant de la qualité du produit, le cinéaste considérant le comédien comme son alter-égo ("Pourquoi je suis fasciné par Mads ? Parce qu’il me joue parfaitement. C’est pour ça que ça marche entre nous.") mais ce n’est pas le seul atout, puisqu’il a su s’entourer d’un invité de prestige, Roy Jacobsen, célèbre écrivain Norvégien multi-récompensé, ce qui peut toujours aider pour écrire un scénario, non ? Et dire que Mogwai, l’excellent duo de musique électronique (Miami Vice, c’était eux !), aurait dû signer la bande-originale !

Malgré tout, le film ayant fait le tour des festivals tout le long de l’année dernière, un bon nombre de critiques et cinéphiles avertis ont pu voir l’objet en question à de nombreuses reprises, et tous semblent s’accorder sur le même problème. Selon les dires, Valhalla Rising serait visuellement époustouflant, chaque plan étant d’une beauté contemplative rarement égalée au cinéma, ce qui a tout de même de quoi rassurer (les comparaisons avec Ingmar Bergman et Andrei Tarkovski sont récurrentes !). Là où une bonne majorité s’inquiètent, c’est que Valhalla Rising ne semble pas être le film barbare auquel tout le monde s’attendait. Si la violence y est soudaine et crue - tripes, hectolitres et décapitations au menu ! -, elle n’empêche pas le film d’être une descente aux enfers (d’où le contraste avec le Valhalla, paradis des guerriers nordiques ?) apparemment longue, lente, et du coup... difficile d’accès, du moins à ceux qui s’attendaient à un nouveau pseudo-Conan Le Barbare (et qui tristement ne seront sûrement même pas ravis par le remake à venir). Au moins, la chose rassurante, c’est que le film semble ne pas laisser insensible le spectateur.

Ça sera à notre tour de nous faire notre avis dans les salles le 10 mars prochain, tandis que Nicolas Winding Refn se prépare à présenter son mystérieux prochain métrage, Vinnie & Mario , une comédie d’action (!) en anglais qui semble loin de surfer sur la même vague que Pusher ou même ce Guerrier Silencieux. Après tout, ne jamais se répéter chez un cinéaste, n’est-ce pas une bonne chose ?

Bande Annonce VOST :

PS : Pour ceux qui seraient intéressés, afin d’accompagner la sortie du film, le Festival du Cinéma Nordique de Rouen (fief de l’auteur de ces lignes) propose tout au long de sa programmation (du 10 au 21 Mars) une retrospective sur grand écran dédiée au cinéaste danois, de Pusher à Le Guerrier Silencieux, en passant par Bleeders et Inside Job. Le cinéaste serait d’ailleurs apparemment présent pour assister à des débats du 11 au 14 Mars. Une offre qui ne peut que intéresser la plupart des lecteurs de ce site. Inutile de préciser que "moi, je viendrais !"

Mise à jour (12/03/2010) : L’auteur ne sait décidemment pas se renseigner, Vinnie & Mario était en fait une publicité pour une agence de voyage.

PREVIEW CINE - Dans ton sommeil

Aux frontières du genre

Les réalisateurs francophones amoureux du genre sont en train de se réveiller, tous en même temps. De plus en plus de films traitant du fantastique ou de l’horreur arrivent sur les écrans du monde entier. Si quelques pionniers ont défoncé les portes afin d’assurer une viabilité au genre français, d’autres ne cessent de s’engouffrer dans la brèche avec plus ou moins de bonheur. C’est encore un duo qui s’apprête à livrer son premier film aux yeux des spectateurs. Contrairement à leurs confrères et prédécesseurs, Caroline et Eric Du Potet, qui sont frères et sœurs, ont décidé d’aborder le fantastique sous un genre plus « grand public » et moins extrême. A priori point d’éventrement, de torture, de cannibalisme ou de monstres dégénérés dans Dans Ton Sommeil. Une approche qui peut s’avérer payante car, en masquant une intrigue flirtant avec le fantastique sous des oripeaux de cinéma mainstream, le duo de réalisateurs peut ainsi amener des spectateurs novices à découvrir le créneau du cinéma de genre. L’avenir nous dira si cela aura porté ses fruits.

Il est toujours difficile d’anticiper sur ce que sera une première œuvre mais dans le cas qui nous occupe ici, on peut déjà penser que l’interprétation générale sera d’un bon niveau vu qu’on retrouve dans les premiers rôles les excellents Anne Parillaud, Jean Hugues Anglande et Thierry Frémont, un gage de qualité et mine de rien les trois se sont déjà frotté au genre à plusieurs reprises. Si on ne présente plus Anne Parillaud, l’éternelle Nikita qui a aussi joué sous la direction de John Landis dans Innocent Blood, il est bon de rappeler que Thierry Frémont s’est illustré dans le rôle du tueur en série Francis Heaulme ainsi que dans Une Affaire d’Etat alors qu’on se souvient de Jean-Hugues Anglade dans Mortel Transfert, Killing Zoé ainsi que dans les premiers Luc Besson. On se réjouit donc de voir le couple de Nikita à nouveau réuni à l’écran.

« Depuis la mort brutale de son fils de 18 ans, Sarah n’est plus que l’ombre d’elle-même. Une nuit, elle renverse en voiture Arthur, un adolescent du même âge. Alors qu’elle l’emmène chez elle pour le soigner, ils sont pris en chasse par un mystérieux tueur... » Voilà le synopsis de Dans Ton Sommeil qui nage clairement dans les eaux du thriller à l’américaine voire du slasher. Les premières images du film rappellent le style de David Fincher période Panic Room avec sa grande bâtisse, son huis clos oppressant et ses intrus belliqueux. On peut compter sur Pierre Cottereau, à qui on doit les très belles images de Survivre avec les Loups, pour nous torcher de très beaux clairs obscurs. Le film se veut sombre et complexe, empruntant à David Lynch son goût des univers torturés et des narrations éclatées, Dans Ton Sommeil recourt lui aussi à de nombreux flashbacks. D’après les réalisateurs le métrage se veut noir et porté sur le genre : « Nous avons cherché à obtenir le nuit la plus noire possible, avec juste des nuances de gris, et le film est vraiment très sombre. Au cinéma, on avait vraiment l’impression d’être noyé dans l’obscurité.... Nous avons trouver des scénarii assez noirs sans trouver preneur, jusqu’au moment où nous nous sommes rendus compte que, sous le couvert du genre, nos idées étaient plus acceptables. Notre script se situe à la frontière du film d’horreur et du thriller. » Des paroles pleines de bon sens qui se veulent rassurantes pour les fans d’horreur.

Le film a fait l’ouverture du dernier festival Gerardmer et s’y est fait remarquer notamment avec une scène de meurtre mettant en scène une jeune enfant. Dans Tom Sommeil s’annonce en tout cas prometteur en matière d’ambiance. Reste à voir si ces promesses seront tenues. Les échos venus de Gerardmer ne sont pas mauvais sans être pour autant dithyrambiques. Esthétiquement, le film est soigné et offre une vraie facture visuelle, il semblerait que ce soit au niveau de l’intrigue que ça coince.

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PREVIEW CINE - Alice au pays des merveilles

Mad tea party

Lors d’une organisation mondaine, Alice Kingsley aperçoit un étrange lapin blanc portant une montre à gousset qui lui fait signe de la suivre. Intriguée, elle le poursuit jusqu’à tomber dans un immense terrier. Après une longue chute, Alice atterrit dans le Pays des Merveilles…

Face à une atmosphère aussi onirique et psychotrope que celle d’Alice au Pays des Merveilles, difficile d’imaginer quelqu’un d’autre que Tim Burton à la tête de l’adaptation du conte de Lewis Caroll  ! Le compte à rebours approche de sa fin : après toute une foule de buzz, le public pourra enfin se faire son avis sur la dernière création burtonnienne, considérée comme une des plus attendues de l’année 2010. Certes, son dernier film, à savoir Sweeney Todd, n’est sorti qu’il y a deux ans, mais Burton est attendu au tournant. Là où certains s’émerveillaient de la légèreté et de la féerie de Big Fish ou Les noces funèbres, d’autres regrettaient le cynisme et la noirceur de ses premières œuvres qu’on pourrai croire oubliés au profit de films plus accessibles et grand public. Parce qu’entre nous, les chevaliers dépourvus de tête et les aliens squelettiques, ça ne plaît pas forcément à la mère de famille qui s’attend à revoir une épopée chocolatière Roald Dahlienne.

Au même titre que Le Magicien d’Oz, Alice au Pays des Merveilles fait partie des contes qui ont marqué bien des esprits, autant pour ses décors fantasmagoriques que ses péripéties riches en couleurs, à l’image d’un voyage totalement délirant du côté des champignons magiques et du Delirium Tremens. Si plusieurs cinéastes ont transposé les écrits de Lewis Caroll sur le grand écran, Tim Burton avoue en avoir gardé un goût un peu fade : « J’ai vu d’autres versions cinématographiques pour lesquelles je n’ai ressenti aucune affinité. C’est toujours l’histoire d’une fille qui se baladait, passant d’un personnage fou à l’autre. Je n’avais jamais pu tisser un vrai lien émotionnel, et c’était donc un vrai défi d’essayer de donner un nouveau cadre et cette base émotionnelle que je n’avais jamais pu ressentir dans les versions précédentes. Chaque personnage est étrange, mais j’ai essayé de donner à chacun une étrangeté psychologique à travers laquelle tout le monde passe un jour, mais le vrai défi était d’essayer d’en ressortir une histoire plutôt qu’une simple suite d’évènements. » Et à juger par les trailers et autres extraits circulant sur le net, il semble que le réal s’est fait plaisir et a laissé vagabondé son imagination à tout va… comme celle des spectateurs, depuis le 23 juillet 2009, alors que le site américain IGN diffusa involontairement la bande annonce du film, enclenchant un joli buzz sur Youtube.

Comme dans la quasi-totalité de ses films, Tim Burton a désigné Danny Elfman comme compositeur, tandis que Johnny Depp, son égérie, interprétera le Chapelier Fou, personnage particulièrement déluré invitant Alice à boire du thé aux côtés d’animaux doués de parole. Cette dernière, jouée par Mia Wasikowka, a été choisie par Burton pour sa personnalité, celle d’une jeune femme « qui a un véritable univers intérieur, quelque chose qui vous montre qu’elle comprend tout ce qui l’entoure. C’est l’un de ses véritables talents et cela nous a beaucoup plu. » Les cinéphiles aguerris retrouveront dans Alice aux Pays des Merveilles d’autres habitués des tournages de Burton, tels que sa femme Helena Bonham Carter et Alan Rickman (tout deux vus dans Sweeney Todd), ainsi que Crispin Glover (Willard) ou Christopher Lee (Dracula, Gremlins II). Une jolie brochette de personnalités, en somme, ce qui accentue encore l’attente… Allez, plus que quelques jours !

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PREVIEW CINE - Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc Sec

Blockbuster à la française

Par Dante

Luc Besson est un cas à part dans le cinéma français : self-made-man à l’américaine, il commence sa carrière en enchaînant les œuvres cultes (Le grand bleu, Nikita, Léon,…) et ne tarde pas à connaître le succès international, avec Le Cinquième élément, space opéra adulé ou décrié. Puis Besson s’est petit à petit mué en producteur à l’américaine aussi, avec sa boîte Europacorp, fini les films d’actions intelligents et les grands drames, et bonjour aux films d’ados, bas du front et décérébrés. Besson devient alors le papa de sagas aussi prestigieuses que les Taxis, les Yamakasis ou les Banlieue 13. Mais son écurie est parfois capable de sortir quelques perles comme le touchant Danny the Dog ou le bourrin Taken, mais aussi des œuvres moins connues comme I love you Phillip Morris ou d’assurer la distribution d’œuvres carrément confidentielles comme Dead’s Man Shoes. Un business de cinéma, avec ses qualités et ses défauts, mais Besson a tout de même perdu de sa superbe dans le cœur des cinéphiles, notamment avec ses prises de position dans le débat Hadopi. En parallèle, il avait déclaré qu’il arrêtait de faire des films, après l’échec tant critique que commercial d’Angel A, puis finalement il y eut l’exception Arthur et les minimoys et de sa suite. Vient désormais l’heure de son Adèle Blanc Sec, son deuxième film depuis sa ferme et résolue décision de stopper sa carrière de réal. Deuxième film ? En réalité, troisième, ce dont se défend le Jackson made in France, arguant qu’il ne s’agit que de sa deuxième trilogie.

Mais qui se cache derrière ce nom rocambolesque ? Adèle Blanc Sec est à la base une héroïne d’une saga de bande dessinée, mise en page par le talentueux Tardi. Adèle Blanc Sec est une romancière de la Belle Epoque, vivant à Paris et constamment la cible de phénomènes inexpliqués à base de monstres préhistoriques, de sectes millénaires et de méchants charismatiques. Une femme de caractère et un univers riche qui a finalement trouvé son chemin vers le grand écran. Besson a d’ailleurs décidé d’adapter deux histoires en même temps et prévoit déjà de décliner le film en trilogie pour couvrir toutes les aventures de Mlle Blanc Sec. Un nouveau fond de commerce donc, qui raconte ici l’expédition de l’héroïne en Egypte à la recherche du secret des Pharaons et l’attaque d’un ptérodactyle en plein cœur de Paris.

Un blockbuster à la française. Mais on est en droit de se poser quelques questions, quand on se souvient des derniers films fantastiques à grand budget (Belphégor et Vidocq), crainte d’autant plus renforcée qu’on connaît désormais le penchant de Besson vers le retour sur investissement et l’humour bas du front. Le film ne peut pas non plus se reposer sur un solide casting, puisque c’est la nouvelle égérie du cinéma français qui va porter les chapeaux de Mlle Blanc Sec, j’ai nommé Louise « madame météo » Bourgoin, en pleine ascension cinématographique depuis La fille de Monaco, mais qui reste pour le moment cantonnée à des rôles de potiches. Espérons donc qu’elle ait ici la carrure nécessaire pour porter le film sur ses épaules, même si ses collègues masculins ont plus de poids puisqu’on y retrouve Jean Paul Rouve, Gilles Lellouche, Mathieu Almaric ou encore l’indétrônable Phillipe Nahon.

On ne sait malheureusement pas sur quel pied danser avec Luc Besson, capable du pire comme du meilleur. Le mieux qu’on puisse espérer, c’est que le film soit un divertissement de haute volée, honnête et rythmé. Tout en sachant qu’il peut aussi être soit un festival d’humour gras, soit un film sur Louise Bourgoin (on connaît les penchants de Besson en la matière), soit un sous-produit américain, ou pire les trois à la fois. Verdict dans les salles pour le premier blockbuster français de l’année le 14 avril.

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PREVIEW CINE - Le Choc des Titans

Caprices des dieux

Par Caligari

Alerte à toutes les unités ! Jake Sully s’est fait kidnapper par un français fou à lier et a été téléporté dans les environs du Mont Olympe, entre des créatures mythologiques fort peu avenantes et un Liam Neeson barbu façon père noël. Fausse alerte ! Il ne s’agit que de son avatar, l’acteur Sam Worthington, qui n’a décidément pas peur du ridicule. Après la ferraille en guise d’anatomie (Terminator Salvation) et le look « Schtroumpf de l’espace », la jupette !

Le bon Sam incarne ici Persée, fils de Zeus, élevé comme un simple pêcheur, et qui coule des jours heureux en tant qu’humain en ce bas monde. Mais voilà que le méchant Hadès, dieu des enfers, et frère de son papounet, a la drôle d’idée de décimer d’un coup toute la petite famille de Persée. Il n’en faut pas plus pour fâcher tout rouge le demi-dieu qui sommeille et le voici donc qui s’apprête à aller décimer les créatures les plus improbables et à administrer une fessée en bonne et due forme à son renégat de tonton. Ah, la famille !

Quelques semaines après le fantasque Percy Jackson et le voleur de foudre, voici une nouvelle tentative hollywoodienne de faire dans le divertissement mythologique. Si cette version semble plus fidèle aux légendes helléniques d’antan, il n’est pas sûr qu’elle soit plus délicate dans le traitement, loin s’en faut. Remake d’un film de 1981, produit Ray Harryhausen, qui savait manier avec doigté le bon vieux trucage à l’ancienne à grand renfort de miniatures et autres figurines, la version 2010 a certainement plus eu recours aux écrans verts qu’à la débrouillardise artisanale.

Après les gros hommes verts (L’incroyable Hulk) et les coursiers bodybuildés bas-de-plafond (Le transporteur 2), le français Louis Leterrier est en train de creuser le sien dans le créneau du bon gros blockbuster décérébré qui en jette. Retravaillé in extremis dans le format 3D tant convoité de nos jours par tout producteur aimant confortablement rentrer dans ses frais, nul doute que ces Titans seront un choc. Entre les têtes multiples d’hydres, les dards de scorpions géants et autres tentacules (comment veux-tu…comment veux-tu…), le mangeur de pop-corn lambda en aura plus qu’assurément pour son argent (aimable donation en prime pour le gentil fabricant de lunettes bicolores qui lui cisailleront le nez deux heures durant). Rien de tel que de se prendre un monstre hideux de bon aloi en pleine tronche ou de pouvoir admirer en relief la plastique avantageuse de la britannique Gemma Arterton. Bref, du grand spectacle !

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PREVIEW CINE - La comtesse

Est-ce un crime de vouloir rester jeune ?

Erzebeth Bathory est un personnage historique bien réel ayant inspiré une légende qui elle l’est beaucoup moins. A l’instar de Vlad Tepes ou Gilles « Barbe Bleue » de Rais, elle fut accusée de divers crimes plus sanguinolents les uns que les autres. La liste non exhaustive de ces chefs d’accusation comprend la sorcellerie, la torture, la mise à mort par dénutrition, la brûlure des parties génitales, la morsure, le meurtre d’enfants, le cannibalisme et bien d’autres choses encore. La légende veut qu’à la mort de son mari, la Comtesse ait sacrifié des centaines de jeunes vierges afin de se baigner dans leur sang, histoire de garder une peau jeune et fraiche. Point d’Yves Rocher en ces temps-là, on faisait confiance aux remèdes de grand-mère. Cette légende lui valut le surnom de Comtesse Sanglante ou Comtesse Dracula. Elle fut jugée et assignée à résidence dans son château avant de mourir en 1614 à l’âge de 54 ans. Les historiens modernes remettent en cause ces accusations et ces pratiques barbares mais trop tard, le mal était fait et la légende de La Comtesse Sanglante était née.

On voit tout de suite ce qui a attiré la comédienne Julie Delpy dans ce personnage. Friande de personnages excentriques et d’ambiances sombres, Julie Delpy s’est plusieurs fois illustrée dans le cinéma de genre et ne cache pas son goût pour l’horreur et le fantastique. On se souvient de sa prestation dans Le Loup Garou de Paris par exemple. Un tel personnage est donc propice à un film que l’on imagine riche en hémoglobine, tortures et autres réjouissances du même acabit. Mais ce serait mal connaitre la comédienne, dont La Comtesse est le deuxième film après qu’elle est passée à la réalisation avec le sympathique et frais 2 Days In Paris. Ce qui l’intéresse ici, c’est le personnage, sa psychologie, sa vie plutôt que sa légende. Au vu des premières images, on est en passe d’attendre une œuvre sombre et gothique s’inspirant tout à la fois de l’école italienne que de la sacro sainte Hammer. Fi donc des débordements sanglants que pouvaient ne laisser espérer un portage cinématographique de la légendaire comtesse. Toutefois, il semblerait que la réalisatrice ne laisse pas de côté pour autant la partie « bains de sang » de la vie de Bathory. Certaines images rappelant furieusement certaines scènes d’Hostel II d’Eli Roth.

Pas folle, Julie Delpy s’est bien sûr réservé le rôle principal, celui de la comtesse Bathory. Il faut dire que son teint diaphane et sa beauté éthérée collent parfaitement à l’image que l’on se fait du personnage. De plus, miss Delpy a prouvé plus d’une fois qu’elle était une des actrices les plus talentueuses et originales du paysage cinématographique français et mondial. Elle se démarque d’ailleurs de ses collègues par ses choix ambitieux et sa tendance à sortir de la norme en jouant chez Jarmush, Godard, Linklater ou Leos Carax. Pour l’épauler devant la caméra après les défections d’Ethan Hawke et Vincent Gallo un temps associés au projet, elle a fait appel à une des étoiles montantes du cinéma européen, l’allemand Daniel Bruhl. Révélé par Goodbye Lenin et starisé par Tarantino, le jeune acteur est avant tout un des meilleurs comédiens de sa génération et on peut compter sur lui pour apporter tout son talent au personnage d’Istvan Thurzo. Enfin, on retrouve aussi l’excellent William Hurt, qu’on ne présente plus. Avec un trio pareil en tête d’affiche, on est au moins certain que l’interprétation sera de haute volée, ce qui sied bien au parti pris historico-psychologique de Julie Delpy qui a choisi de tourner dans des décors réels issus de divers châteaux d’Allemagne et d’Europe de l’Est. On notera qu’en plus d’assurer la mise en scène et le rôle titre, Delpy s’est chargée du scénario et de la bande originale du film. On comprend maintenant à quel point ce projet lui tient à cœur depuis des années.

Mais si son implication n’est plus à prouver, le doute subsiste quant à la capacité d’une réalisatrice encore débutante à tenir les rennes d’un projet d’une telle envergure. Bien sûr, elle a fait ses armes sur 2 Days In Paris, comédie de mœurs simple et sympathique à des lieues de la logistique réclamée par une reconstitution historique horrifico-gothique. L’actrice n’a pas froid aux yeux mais reste à savoir si elle aura les épaules et le savoir-faire nécessaire pour transposer à l’écran la vie de l’une des plus fascinantes personnalités historiques européennes. Un autre élément apte à semer le doute est la courte durée du film. Un peu plus d’une heure trente pour retracer un tel destin, cela peut sembler un peu léger si on veut prendre en compte tous les aspects, tenants et aboutissants de la vie d’Erzebeth Bathory. Reste à voir quel parti pris aura adopté l’actrice réalisatrice et si les doutes sur sa capacité à mener à bien une telle entreprise auront été dissipés. La réponse en salle courant avril.

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PREVIEW CINE - Ames en Stock

Quand une française se met à la science-fiction...

Présenté il y a peu en compétition internationale lors du 28ème BIFFF, Cold Souls aura eu le mérite de captiver une assistance pourtant d’habitude assez bruyante. Ne fût-ce que pour cela, le premier long-métrage mérite sans aucun doute d’être découvert lors d’une exploitation en salles en France que la réalisatrice n’espérait même pas à la base. Profitant de son excellent classement dans les 25 jeunes talents du cinéma outre-Atlantique par le renommé Filmmaker Magazine, la cinéaste française Sophie Barthes compte bien surprendre son monde dans son pays d’origine et faire de Cold Souls, appelé Ames en stock dans l’Hexagone, l’une des grandes révélations de l’année.

Sophie Barthes, que nous avons rencontrée à l’occasion de l’événement bruxellois, semble en tout cas émerveillée par tout ce qui lui arrive, elle qui, au départ, s’orientait plutôt vers le monde du documentaire avant de mettre sur pieds un premier court-métrage fictionnel, sorte de preuve envoyée aux producteurs d’un certain savoir-faire en la matière. Et du savoir-faire, la réalisatrice en a sans aucun doute puisque Cold Souls, à mi-chemin entre la science-fiction et l’hommage au théâtre de l’absurde, offre un spectacle littéralement bluffant sans jamais pourtant abonder en effets spéciaux et autres joyeusetés du genre.

Les amateurs de science-fiction classique en seront donc peut-être pour leurs frais en allant découvrir l’œuvre en salle et ce, à cause d’un traitement assez éloigné des carcans habituels, Cold Souls se rapprochant plus du cinéma de Woody Allen (et notamment de Sleeper, l’une des principales influences pour Barthes). C’est d’ailleurs sans aucun doute le rire qui primera tout au long d’un ensemble pourtant riche en références psychanalytiques, telles que Jung.

Intellectuellement très abouti, Cold Souls risque avant tout de surprendre visuellement, Sophie Barthes ayant planché pendant des mois à la question avec son mari et producteur, Andrij Parekh, constituant au passage un portfolio véritablement impressionnant regroupant toutes les influences visuelles dont l’œuvre a pu bénéficier.

Les amateurs de beau verbe et d’esthétique raffinée seront donc sans aucun doute ravi de découvrir une film multiculturel réalisé par une cinéaste française avec, dans le premier rôle, le mythique Paul Giamatti. Irréprochable tout au long de sa carrière, notamment pour ses rôles dans American Splendor, L’illusionniste ouLa Jeune Fille de l’eau, le comédien excellera sans aucun doute dans l’interprétation d’un personnage construit sur mesure pour lui.

Le pitch de l’œuvre fait d’ailleurs ouvertement référence au comédien : Paul Giamatti, célèbre acteur américain, est en pleine crise existentielle. Il se cherche, peinant même à trouver le ton juste lors des répétitions de sa prochaine pièce, « Oncle Vania » de Tchekhov. Il entend alors parler de la « Banque des Ames », laboratoire privé proposant un service des plus intrigants : soulager les patients de leur âme. Séduit, il décide de procéder à l’ablation de son âme. S’en suivent des réactions en chaîne dont il n’imaginait pas l’ampleur...

Si certains pourraient trouver le concept même d’âme extrêmement religieux, il n’en est pourtant rien, Sophie Barthes se disant « totalement athée » mais proposant plutôt que les spectateurs perçoivent Cold Souls comme une œuvre empreint de mysticisme. S’il ne fait aucun doute que le métrage interpellera une bonne partie du public, reste à savoir si celui-ci adhèrera à la vision surréaliste de Barthes, un large partie des férus de ciné étant désormais moins habitués aux ensembles surréalistes.


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PREVIEW CINE - Iron man 2

Metal hurlant

Après le succès inattendu du premier volet des aventures de l’homme de fer, celui qui n’était, il y a quatre ans encore, qu’un réal’ underground, Jon Favreau, est sous le coup d’une pression des plus démesurée. Fort d’une recette de près de 320 millions de dollars pour un budget de 140 millions, Iron Man s’était surtout distingué auprès des fans du comics, qui avaient salué la qualité et l’authenticité du film par rapport à son modèle. Sans être une adaptation linéaire case par case, le métrage avait misé sur un casting cohérent, et un scénario respectueux de l’œuvre originale, croisant intrigues et super vilains. Pour ce deuxième opus, la recette est à peu près la même, la surprise en plus. Car l’enjeu d’Iron Man 2, ce n’est pas tant de faire un film à la hauteur du premier ; mais plutôt de se renouveler, sans pour autant perdre de sa pertinence.

A sa sortie en 2007, Iron Man marque les esprits et s’impose surtout comme le premier succès du récemment indépendant Marvel Studios, qui dispose désormais d’un contrôle total sur son univers. Suite au succès du métrage, la boîte de prod s’empresse de mettre en route une suite et confie, en juillet 2008, l’écriture du scénario au très geek et déjanté Justin Theroux, qui a déjà travaillé à l’écriture de Tropic Thunder avec Ben Stiller. Genndy Tartakovsky est chargé quant à lui de l’élaboration du storyboard des scènes d’action et Stan Winston et les artistes d’ILM, déjà présents sur le premier film, sont rappelés par Favreau et les studios pour les effets spéciaux. Cette étape, Jon la compare volontiers à une préparation sportive : "En pre-production, ce qui compte, c’est la mise en place de l’équipe technique et du casting. Le film se dessine, tout le monde doit être sur le même front et le moral doit être au top. C’est comme s’entrainer avant une compétition sportive." Et comme dans tout challenge, il est impossible de réellement échapper aux imprévus. Ainsi, l’équipe doit faire face au départ de Terrence Howard (Rhodey), remplacé par Don Cheadle (Ocean’s Eleven), ce qui, selon Favreau, a amplement perturbé la mise en place du second volet : "Quand on gère une franchise, on essaie toujours de maintenir une sorte de continuité. Pour moi, il ne s’agissait pas seulement de prendre quelqu’un d’autre pour le rôle, car les rôles changent en fonction de l’acteur et de sa vision du personnage. Changer d’acteur ne se réduit pas au simple fait d’envoyer le script à quelqu’un d’autre. Il faut redéfinir le personnage pour qu’il aille dans le sens de la personne qui va l’interpréter à l’avenir. Rober, Don et moi avons beaucoup discuté et réfléchi. Heureusement, ils s’entendent très bien. On s’est beaucoup inquiété, mais finalement, je suis assez satisfait de la façon dont les choses ont tourné."

Le deuxième problème auquel l’équipe a dû faire face est le récent rachat des Marvel Studios par Walt Disney. De quoi flipper dans les chaumières. Coup de chance pourtant, le géant ne compte pas se mêler des affaires nerd de son nouveau jouet : "(être racheté par Disney ndlr) ne nous a pas tellement affecté. Chez Marvel, nous sommes un petit groupe. Les personnes qui travaillent sur le projet Iron Man 2, sont les mêmes que celles qui travaillaient sur le premier. Ce n’est pas vraiment de ce côté de la balance que vient la pression."

En effet, le véritable enjeu d’Iron Man 2 est de proposer une suite à la hauteur des attentes des fans. L’élément de surprise doit être pris en compte, mais ne doit en aucun cas prendre le pas sur l’œuvre originale. Si personne ne s’attendait à ce qu’Iron Man soit un tel succès au box-office, les enjeux du deuxième volet sont considérables. Aussi faut-il trouver un juste milieu, et c’est là tout le paradoxe d’une franchise : refaites le même film, et vous serez accusé de manquer d‘originalité (The Matrix Reloaded), mais revoyez la formule, et vous vous attirez les foudres des fans (Harry Potter 3 : The Prisoner Of Azkaban). Ce problème, Jon Favreau y a beaucoup réfléchi : "Je ressens beaucoup de pression, car je veux répondre aux attentes des fans, mais aussi trouver une manière inattendue de les surprendre. C’est difficile de trouver un compromis créatif à la situation, et pourtant, c’est exactement ce qu’il faut faire !". Au programme donc, encore plus de méchants - et plus de gentils aussi. Six mois après son coming-out médiatique, Tony Stark doit maintenant en assumer les conséquences. On retrouve alors avec plaisir Pepper Potts (Gwyneth Paltrow) et James ‘Rhodey’ Rhodes (Don Cheadle), qui succombera à la tentation et endossera le costume de War Machine. Du côté des bad guys, Mickey Rourke devient l’infiniment subtil Whiplash, tandis que Sam Rockwell incarne Justin Hammer. Remuez, secouez, et pimentez le tout avec une pincée de Black Widow, en la personne de Scarlett Johansson. Outre le croisement hyper-complexe d’arcs narratifs, la grande nouveauté ici devrait venir du traitement du personnage de Tony Stark. "On sait que Tony est un peu taré, déclare Robert Downey Jr., donc, pourquoi ne pas jouer avec ça ?". En effet, selon Jon Favreau : "Cette fois-ci, nous introduisons des éléments qui annonce la descente aux enfers de Tony." Aussi compte-t-il énormément sur son casting, sur lequel repose en définitive toute la dimension humaine du métrage. Outre un film de super-héros, il s’agit avant tout de mettre en lumière des personnages riches de sens et d’émotions, prisonniers de leur propre destin, et dont les démons intérieurs sont autant de menaces que les démons extérieurs.

Reste donc à espérer que Jon Favreau ne se noie pas dans les enjeux qu’il confère lui-même à son métrage. Si la franchise Iron Man s’impose clairement comme un monument du genre, on ne peut que redouter sa chute prématurée, tant les questions pré-soulevées sont difficiles à introduire dans un film de genre. Proposer un métrage de super-héros qui peut, de par son traitement et sa problématique, dépasser le statut de catalogue d’actions et d’effets spéciaux, n’est pas chose facile. Si Christopher Nolan et son brillant The Dark Knight avaient relevé le défi, Iron Man 2 ne peut se permettre d’échouer car il en va de la légitimé des studios Marvel, ainsi que de leur avenir, puisque selon toute vraisemblance, les aventures de Tony Stark prépareraient en sous pente, l’avènement d’une certaine équipe d’Avengers

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PREVIEW CINE - Air Doll

La poupée qui ne dit pas non

Par Caligari

Elle est jeune, elle est belle, elle porte une petite tenue de soubrette particulièrement affriolante, et n’est jamais contre une bonne partie de jambes en l’air. En un mot : parfaite ! Un seul défaut vient ternir ce magnifique tableau : la charmante personne a tendance à se dégonfler quand on la mord.

En effet, Nozomi n’est autre qu’une poupée gonflable. Son heureux propriétaire, le dénommé Hideo (Rien à voir avec Nakata. Celui-ci est plus « cock-ring » que « Ring »), célibataire endurci de son état, la choie, l’habille, lui fait la conversation et l’honore comme il se doit une fois le soleil couché. A un ou deux détails près, on pourrait presque penser que ce gars-là a la vie rêvée. Mais voilà, du jour au lendemain, la belle et docile Nozomi se rend compte qu’elle est dotée d’une âme et qu’elle peut très bien bouger les jambes et les bras sans l’intervention lubrique de son gentil mari. Et voilà-t-y pas que la jolie poupée s’en va découvrir ce triste monde avec son regard de jeune ingénue. Pauvre Hideo ! C’est ça l’émancipation de la femme !

Le réalisateur contemplatif de Nobody Knows et de Still Walking change de style en s’aventurant dans le fantastique, tout en conservant son approche distanciée des choses. Si le sujet peut sembler graveleux de prime abord, il suffit de quelques minutes pour s’apercevoir qu’il n’en est rien et que Koreeda a surtout voulu, d’une part, observer les faits et gestes d’un homme dont la solitude est d’autant plus grande qu’elle est compensée par un amour factice et, d’autre part, montrer le monde (et le découvrir) à travers les yeux d’un être vierge (si l’on peut dire), puisque disposant d’une âme toute neuve.

Koreeda n’est pas le premier à s’atteler au sujet scabreux des amours en plastique. Avant lui, la française Valérie Guignabodet, avec Monique, et l’américain Craig Gillespie, avec Lars and the Real Girl, s’étaient aventuré avec plus ou moins de bonheur dans des histoires similaires. Mais, à la franchouillardise du premier et au psychologisme comique du second, le japonais préfère une poésie douce-amer et s’attache autant à son personnage gonflable qu’à celui de chair et de sang. Le résultat se rapproche, au final, plus de la fable légère que de la chronique malsaine qu’une telle prémisse aurait pu donner.

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PREVIEW CINE - Enter the void

Et soudain le vide...

S’il y a bien une chose qu’on peut dire au sujet du cinéma de Gaspar Noé, c’est qu’il ne manque jamais de provoquer des réactions particulièrement intenses, et Enter the Void prouve que cet adage est vrai. Après Seul Contre Tous et Irréversible, Noé signe un voyage fantasmagorique dans les bas-fonds de Tokyo, caractérisé par ses love hotel, ses rues exigües et ses néons. Tourné en vue subjective, le film met en scène la mort d’Oscar, un jeune dealer. Tué par balles dans un bar par des policiers, ce dernier sort littéralement de son corps, conformément aux dires d’un certain « Livre des Morts », ouvrage dans lequel les Mayas aussi bien que les Tibétains et les Egyptiens décrivirent les visions s’offrant aux défunts peu de temps après leur trépas : lueurs jaunes s’échappant des corps des amants, capacité à voir les activités des vivants sans jamais pouvoir interagir avec eux, sensation de voler au dessus du monde… en attendant de se réincarner. Une multitude de voyages oniriques, très proches de ceux qui s’offriront à Oscar lors d’un de ses trips sous DMT.

Gaspar Noé projetait de réaliser Enter The Void avant de travailler sur Irréversible ou Seul Contre Tous : l’idée de réaliser un film traitant d’un œil subjectif les délires sous dope et autres visions astrales lui était venu il y a déjà bien des années : « J’ai découvert Le Livre des Morts à l’âge de 18 ans, à une époque où je lisais beaucoup de choses au sujet de la mort et de la réincarnation. Je me suis vraiment énormément renseigné sur ce livre, apprenant au passage qu’il avait aussi beaucoup inspiré Philip K. Dick, et j’ai décidé d’adopter sa structure au moment de la mort d’Oskar. […] Je n’ai pas été fidèle à 100% au bouquin, mais j’ai quand même tenu à bien mettre en scène ce voyage astral totalement dysfonctionnel et lumineux. » Malheureusement, d’après lui, « pour cinquante films traitant du sujet des trips sous drogues, il y en a quarante-neuf qui sont mauvais ». Le seul fait de tourner sous le point de vue du protagoniste est, en soi, une tâche délicate à laquelle Noé a su parfaitement répondre. Tout est parfaitement orchestré afin d’emmener le spectateur dans la spirale infernale produite tout d’abord par le DMT, puis ensuite par la mort : même le clignement des yeux d’Oscar ont été retranscrit à l’écran, petit détail en apparence anodine, mais il fallait y penser !

A l’image d’Irréversible, le visuel se mêle au sonore pour transposer le malaise du personnage au-delà de l’écran. D’ailleurs, la bande-son joue pour beaucoup quant aux tendances hypnotisantes du film : Gaspar Noé avait initialement l’intention de travailler avec Thomas Bangalter, du groupe Daft Punk. Ce dernier étant occupé par un projet avec son groupe, a néanmoins créé un nombre impressionnant d’effets sonores, laissant ensuite au réalisateur le choix de les utiliser à son gré. Il en découle une ambiance de fond hallucinante, à l’image des visions qui assaillent Oscar : un grand clin d’œil au clip Smack My Bitch Up de Prodigy ! D’ailleurs, rien qu’à la musique du générique – le plus speed de l’histoire du cinéma d’ailleurs ! – le ton est donné : psychédélique, hypnotisant, au rythme rapide et martial.

Enter The Void est une véritable bombe, viscérale et puissante, un brin trop long sur la fin, mais terriblement envoûtante et hypnotisant. Jamais complaisant dans la violence qu’il montre, Gaspar Noé est définitivement LE réalisateur français à suivre de près…

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PREVIEW CINE - Robin des Bois

Lutte des classes

Robin des Bois est un personnage historique dont la légende a largement pris le pas sur la vérité historique. On a tous la vision très Disneyenne du personnage, héros au grand cœur, volant aux méchants riches pour donner aux gentils pauvres. On sait très peu de choses sur le véritable Robin, si ce n’est qu’il se serait nommé Robin de Loxley et qu’il aurait vécu au cœur des forêts de Sherwood et de Barnsdale. Etant donné son statut de personnage légendaire, nombreux sont les cinéastes qui se sont attaqué au mythe. Cette adaptation signée Ridley Scott en est la trentième. Trente films en un siècle, c’est peu dire que le personnage fascine. Parmi les plus célèbres, on citera Robin Des Bois de 1922 avec Douglas Fairbanks dans le rôle de Robin, Les Aventures de Robin Des Bois signée Michael Curtiz en 1938, Le Serment de Robin Des Bois réalisé par Terence Fischer avec notamment Peter Cushing, La Rose Et La Flèche de Richard Lester et enfin l’excellent Robin Des Bois, Prince Des Voleurs de Kevin Reynolds avec Kevin Costner. Pourquoi donc donner une nouvelle version du mythe en 2010 ? Et bien tout simplement car Ridley Scott n’a aimé aucune des adaptations précédentes. Russell Crowe va plus loin, affirmant sans honte que « Robin des Bois, Prince Des Voleurs » ressemble à un clip de Bon Jovi… ». Laissons-lui la responsabilité de ces propos.

Fidèle à sa réputation et sa passion pour le Moyen Age, Ridley Scott s’est mis en tête de « moderniser » le personnage tout en cherchant le réalisme à tout prix. Il a donc décidé de replacer le personnage dans le contexte historique difficile des croisades et du financement de celles-ci alors que les caisses du Royaume sont déjà bien vides. Scott s’était déjà attaché à dépeindre cette période historique troublée avec Kingdom Of Heaven. Outre un ancrage historique solide, Ridley Scott tenait absolument à humaniser Robin, quitte à quelque peu bousculer le mythe et l’idée générale qu’on se fait du prince des pauvres. Pour cela, il s’est adressé à l’excellent scénariste Brian Helgeland (Mystic River, LA Confidential, Man On Fire) qui avait déjà tâté du médiéval avec son Chevalier. Il s’est totalement investi dans le projet suivant à la lettre la note d’intention de son réalisateur. « Ce qui m’intéressait le plus était d’humaniser la légende. Ridley voulait que l’homme Robin prenne le pas sur le mythe ». Le producteur Bryan Grazer surenchérit, enfonçant lui aussi le clou sur la volonté de démystification de Ridley Scott « Notre film explique qui sont le shérif de Nottingham, Marianne, son beau-père, etc. Il nous éclaire sur la société du nord de l’Angleterre, ses barons, ses institutions. A la fin, vous saurez tout de Robin. C’est là que notre histoire s’arrête, car chacun connaît la suite ».

Afin de pouvoir donner vie à son film, Scott s’est vu octroyer une jolie enveloppe de 130 millions de dollars de la part d’Universal. Pourtant tout ne fut pas rose dans le développement du projet. Si le nom de Russell Crowe s’est tout de suite dégagé (ce sera la cinquième collaboration entre les deux hommes), le scénario et le reste du casting ont connu de sérieux remaniements. A l’origine, en 2007, le film devait s’intituler Nottingham et tourner autour d’un triangle amoureux composé de Marianne, Robin et Le Shérif qui endossait pour l’occasion le rôle du « gentil ». Peu convaincu, Scott demanda à Helgeland de reprendre l’histoire. Celui-ci fit du shérif de Nottingham un ancien croisé aux prises avec Robin et le Prince Jean. Cette version faisait du shérif le personnage principal mais Scott l’abandonna, préférant revenir à une trame plus classique. Niveau casting, le rôle de Marianne longtemps attribué à Sienna Miller échoit finalement dans les mains de Cate Blanchett, le réalisateur jugeant la différence d’âge entre Russell Crowe et Sienna Miller trop élevée. A leurs côtés, on retrouve aussi Mark Strong, Max Von Sydow et William Hurt, excusez du peu.

Emballé par le projet, Russell Crowe prit son rôle à cœur et s’est préparé comme jamais. Entamant un régime draconien, sacrifiant sa longue tignasse et retrouvant une musculature digne de Maximus, l’acteur australien de 45 ans s’est aussi exercé à chasser pieds nus dans la forêt et à tirer à l’arc. « Vous devez vous approprier ce qui fait partie intégrante du personnage. Si celui-ci est archer, vous devez vous servir d’un arc, y compris dans des situations défavorables. Je devais, par exemple, être en mesure de décocher une flèche au pas de course et en un point précis. Certains jours, je lançais jusqu’à 200 flèches » Outre les prouesses physiques, l’acteur s’est énormément documenté sur le personnage et la période du Moyen Age et connait maintenant l’histoire de Robin sur le bout des doigts. D’excellentes intentions, une équipe talentueuse et impliquée, un budget confortable, tout est réuni pour faire de cette trentième adaptation des aventures de Robin Des Bois une réussite même si faire mieux que l’excellente version des deux Kevin s’annonce difficile.

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PREVIEW CINE - 8th wonderland

YouTube, le film !

Par Caligari

A priori, un film qui réunit dans son casting, Julien Lepers, Amanda Lear et Nikos Aliagas est une curiosité que l’on n’est pas forcément curieux de découvrir. Pas de panique, cependant. Ces "acteurs" n’ont que des apparitions éclairs dans ce petit film fauché. Leurs présences respectives constituent d’ailleurs un tel mystère que l’on en vient à se demander dans quelle mesure ceux-ci sont au courant qu’ils sont dans ce film. En dehors de cette bizarrerie anecdotique, 8th Wonderland, film à très petit budget, mérite largement le détour, dans une période de l’année où les blockbusters sortent en « block » et où quantité ne rime pas forcément avec qualité.

8th Wonderland est le nom d’un pays virtuel, créé de toutes pièces par des internautes des quatre coins du monde. Pour ces citoyens virtuels qui ont tous en commun d’être déçus par la politique, ce faux état, dans lequel ils ne sont sous la tutelle de personne et au sein duquel ils sont leurs propres dieux et maîtres, fait figure d’échappatoire à la dure réalité des choses. Cette initiative à priori sympathique va prendre des aspects plus ambigus lorsqu’elle sera reprise à des fins politiques par des groupuscules proches de mouvements terroristes.

A partir d’un postulat de base pareil, on peut se douter que le message du film a des résonances politiques. En effet, le long métrage de Jean Mach et Nicolas Alberny distille un discours, sur les médias et l’utilisation qui en est faite, que l’on peut juger simpliste, voire ambigu. Mais le sujet du film permet aux deux jeunes réalisateurs de faire appel aux médias qu’ils évoquent – ou qu’ils dénoncent.

8th Wonderland est en effet construit d’éléments épars, pastichant tour à tour les vidéos d’Internet, les journaux télévisés, les talk-shows, ou la télé réalité. A l’instar de Diary of the Dead ou de Redacted, 8th Wonderland s’inscrit dans une lignée de films qui font allusion aux nouvelles images en les recréant, en les imitant. Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’imitation dans 8th Wonderland est, tout comme dans Redacted, souvent proche de la caricature. Le jeu des acteurs laisse parfois à désirer, et les décors, dépouillés à l’extrême (ce qui est notamment dû au budget très limité du film), ne font qu’accentuer le côté factice de l’ensemble. Le film ne se pose donc pas comme une sorte de faux documentaire réaliste, mais plutôt comme un pastiche, par le ton qu’il affiche. Malgré ses défauts, liés majoritairement à un amateurisme latent, cette tentative de parabole anticipative à tout petit budget ne peut s’empêcher d’être terriblement sympathique, au point d’avoir reçu une mention spéciale au BIFFF, l’année passée.

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PREVIEW CINE - Les Griffes de la nuit

Dreamcatcher

Et de quatre ! Après ses trois compères (Jason Voorhees, Leatherface et Michael Myers) du Big Four du cinéma d’horreur, Freddy Krueger a lui aussi droit à son remake, son reboot, sa mise à jour, appelez ça comme vous voudrez, ça ne change pas grand-chose à l’histoire. Notre grand brûlé préféré va donc lui aussi passer sous le bistouri des producteurs peu scrupuleux afin de lui redonner une nouvelle jeunesse. Comme pour Leatherface et Jason, c’est Michael Bay et la troupe de Platinum Dunes qui s’y collent. La boite étant capable du meilleur, l’excellent reboot de Massacre à La Tronçonneuse, comme du pire, l’effroyable remake de Vendredi 13, on est en droit de s’interroger sur le résultat final. Toutefois, Platinum Dunes a dû batailler ferme pour acquérir les droits de la part de New Line. Ce n’est qu’après le succès public de Vendredi 13 que New Line a accepté la demande de Platinum Dunes. Car il faut le préciser : malgré la qualité médiocre de certaines de leurs productions, tous leurs films furent d’énormes cartons en salles. De quoi rassurer quant à la pérennité de la franchise Freddy mais pas sur la qualité de ce remake.

Contrairement à ses collègues boogieman, Freddy est indissociable de son interprète Robert Englund. Imaginer Krueger joué par un autre est difficilement envisageable, pourtant, la production de Freddy – Les Griffes De La Nuit, bien décidée à rajeunir tout ça s’est tournée vers un autre comédien, provoquant le courroux de l’ami Robert. Après de nombreux essais et autant de rumeurs, la plus persistante annonçait Billy Bob Thornton, c’est finalement Jackie Earle Haley qui endossera les défroques de Freddy. Un choix plutôt rassurant tant le bonhomme est talentueux et habitué aux rôles dit « difficiles ». C’est sa prestation dans Little Children, pour laquelle il fut nommé à l’Oscar, qui convaincra les producteurs de lui confier le rôle. Coïncidence amusante, Haley avait auditionné pour le rôle de Glen dans le film de Wes Craven mais fut devancé par Johnny Depp, comme quoi la persévérance a du bon. Sur le plateau, tout le monde n’a eu qu’à se féliciter de ce choix tant le comédien semblait habité par le rôle, n’hésitant pas à s’accaparer les dialogues et à improviser afin de toujours surprendre ses partenaires. Il s’est aussi beaucoup documenté sur les tueurs en série et les pédophiles afin de donner plus d’épaisseur au personnage de Krueger. Toby Emmerich ne tarit d’ailleurs pas d’éloges à son sujet, louant son implication et sa vision du personnage. En effet, cette nouvelle version emprunte les chemins à la mode du réalisme à tout prix. Exit donc les bons mots et les pitreries de Freddy, bonjour le tueur torturé avec ses failles et ses faiblesses. Si cette approche ne va pas contenter tout le monde, elle a au moins le mérite d’être claire et novatrice. Fini de rire, on va redonner à Freddy la place qui est la sienne au panthéon des bad motherfucker.

Fidèles à leurs habitudes, les producteurs ont fait confiance à un petit nouveau venu du clip et de la pub. L’heureux élu se nomme Samuel Bayer, auteur du clip culte de Smells Like Teen Spirit de Nirvana. D’abord réticent, Bayer se serait laissé convaincre après une longue conversation téléphonique avec Michael Bay himself. Niveau casting, pareil, Jackie Earle Haley sera entouré de petits jeunes bien propres sur eux, autre habitude maison, issus de la télévision pour la plupart. Les petites victimes adopteront les traits de Kyle Gallner (The Shield, Smallville), Katie Cassidy (Supernatural, Melrose Place), Kellan Lutz (Generation Kill, 90210 Beverly Hills) et le nouvelle venue Rooney Mara. Pour les encadrer, outre Haley, on retrouvera la sale gueule de Clancy Brown, sans doute de quoi rassurer les fanboys. Enfin, le score sera composé par le compère de Michael Bay, Steve Jablonsky à qui on doit déjà la bande originale de toutes les productions Platinum Dunes. Bayer bénéficiera du budget confortable pour ce genre de production de 27 millions de dollars soit près de 20 fois plus que la version de Wes Craven. Ce dernier a d’ailleurs fait part de sa déception à l’équipe de production qui n’a pas daigné l’inclure dans le projet. En effet, le papa de Freddy ne possédant pas de droits d’auteurs sur les films n’a donc aucun droit de regard officiel sur la franchise.

Quoiqu’il en soit, sur le net, les hostilités ont d’ores et déjà commencé. Les fans hardcore de la franchise ont entrepris la démolition pure et simple du film, critiquant la moindre image et rejetant en bloc toutes informations issues de la production. Leur courroux se porte d’abord sur la nouvelle approche du film qui fait de Freddy un pédophile et non un tueur d’enfant et qui ne laisse guère de place à l’humour si particulier des films originaux. Autre motif de mécontentement, l’apparence de Krueger. Toujours dans l’optique réaliste, le visage de Freddy a été modifié pour coller à l’aspect d’un grand brûlé. Sur certaines images, le résultat s’avère étrange et un peu déstabilisant tant son visage prend l’apparence d’une tortue ninja. On est loin de la pizza quatre fromages qui avait servi de modèle à l’original. Bref, il y à à boire et à manger dans ce remake, les bonnes intentions ne font pas tout et on peut logiquement s’inquiéter de la tournure des événements au vu de la qualité très moyenne de la plupart des autres productions de l’équipe en place. Espérons cependant qu’ils feront honneur à la légende et que le traitement réservé à Freddy sera dans la lignée de celui fait à Leatherface plutôt que dans celle du ratage total opéré sur Jason. La réponse en salles et tâchez de ne pas vous endormir pendant la séance surtout…

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PREVIEW CINE - Prince of Persia

Un nouveau Pirates des Caraïbes

Par Dante

Prince of Persia est avant tout une légende du jeu vidéo. Un des premiers jeux sortis sur les antiques ordinateurs d’un temps révolu, le jeu sut s’adapter au fil des années, passant d’une console à une autre pour être encore aujourd’hui un titre phare. Dès ses débuts sur plate-forme, Prince of Persia racontait comment un prince (de Perse donc) partait secourir une princesse enlevée par des méchants. Rien de très révolutionnaire, direz-vous. Mais en même temps que les graphismes s’amélioraient, l’histoire s’étoffa jusqu’à l’apparition des sables du temps qui bouleversa les codes du jeu vidéo. Le joueur était alors capable d’arrêter le temps, ce qui entrouvrait la porte à des éventualités encore jamais vues sur console.

Fort de ce succès vidéoludique, il est étrange qu’Hollywood ne s’est pas intéressée plus tôt à ce monument pour en tirer une adaptation. Il y a fort à parier que le projet date de quelques années déjà et qu’il a passé tout ce temps à patienter au fond des tiroirs d’un quelconque producteur. Mais alors que la trilogie Pirates des Caraïbes s’est terminé il y a 3 ans déjà et en attendant une hypothétique suite, Walt Disney et Jerry Bruckheimer ont visiblement trouvé leur compte dans Prince of Persia pour créer une nouvelle franchise de blockbusters familiaux pour l’été. Effectivement, le jeu recèle tout ce qu’un producteur peut espérer d’un matériel d’origine : un univers pittoresque et inscrit dans la culture collective, en l’occurrence la Perse de Sindbad, un héros au grand cœur et animé par de grands desseins (le prince de Perse), une belle princesse, des méchants très méchants et une touche de fantastique pour l’originalité : les sables du temps. Ni une ni deux, le projet est lancé.

La grande question qui fut longtemps source de rumeurs et de divagations sur le net était de savoir qui allait endosser le rôle du fameux prince. Tout comme le rôle de Captain America il y a quelques semaines, tout le monde ou presque y est passé, mais parmi les candidats les plus sérieux on peut retenir Orlando Bloom, habitué des grandes productions et Zac Efron de l’écurie Disney. Finalement, ce fut Jake Gyllenhaal qui trompa son monde en endossant l’armure perse. Gyllenhall qui nous avait habitué à des films plus indépendants et beaucoup moins commerciaux (Zodiac, Donnie Darko ou Brokeback Mountain).

Qui dit grosse production, dit casting à la hauteur, et c’est non moins Ben Kingsley et Alfred Molina qui encadrent Jake Gyllenhaal. Deux monstres du cinéma qui viennent donner un peu de cachet à ce projet, avec, en outre, Gemma Arterton qui va jouer de son charme dans le rôle de la princesse. La belle Arterton connaît d’ailleurs une montée fulgurante à Hollywood après un court mais intense passage dans Quantum of Solace, puis un rôle plus marquant dans Le choc des titans, version Leterrier.

Quant au reste, la bande annonce et les premières rumeurs font état d’un énorme produit hollywoodien. Entendre un scénario ultra usité, à coups de grands sentiments et de combats dantesques, servis par des effets spéciaux hallucinants et un humour bon enfant. Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire un pop corn movie. On a juste à espérer que Mike Newell (pas vraiment réputé pour ses qualités de réalisateur) arrive à assurer le minimum syndical pour boucler un bon divertissement dans les règles.

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PREVIEW CINE - The crazies

Seth Bullock meets Romero

Une série B correcte pour samedis soirs entre amis, plus palpitante que l’original de Romero (anxiogène mais lymphatique, n’en déplaise aux puristes), qui déroule son savoir-faire sans étincelles et véritables éclats créatifs. Standardisé et bien trop propre, avec un manque cruel de fougue et d’inspiration, un produit lissé à l’extrême, ce qui devient l’apanage de la majorité des remakes US contemporains.

Remake homonyme du film culte de George A. Romero (datant de 1973, on y décelait les prémisses de l’impérissable Dawn of the Dead, ainsi qu’un terreau thématique fertile et obsessionnel, qui imprégna par la suite toute la future production « zombiesque » du maestro), The Crazies du « yes man » Breck Eisner (pur produit des majors et responsable du calamiteux Sahara) gagne en efficacité et en rythme, ce qu’il perd en fond (sous-texte « politisé » du film) mais aussi en identité visuelle. Certes, la direction photo de Maxime Alexandre est réussie, toute en faibles contrastes et « délavage » colorimétrique pour capter cette portion d’americana ancrée dans un bled perdu du Midwest, mais force est de constater qu’il nous a déjà habitué à beaucoup mieux et de plus singulière manière (par exemple, sa propension à utiliser la dureté de la lumière des étendues désertiques de The Hills Have Eyes d’Alexandre Aja). Un travail propre et carré qui ne s’éloigne pas assez du tout venant des grosses machines hollywoodiennes.

Le spectacle est bel et bien présent pour le spectateur mais aurait demandé plus de « fièvre » et de fulgurances de réalisation, Eisner se contentant d’assurer le boulot et de dérouler sa mécanique bien réglée d’homme de studios. Une mise en scène en scène trop rigide et assurée avec le sérieux du plus intégriste des mormons, sans fioritures et standardisée à l’extrême. Autant dire que le réalisateur ne laisse pas respirer son sujet, sans en prendre pourtant le contre-pied via le potentiel claustrophobe et anxiogène de son scénario. Mais il y a plus gênant ; les moments de tension reposent sur des principes éculés (l’augmentation du niveau sonore) et se voient désamorcés par la platitude du traitement filmique, quand ils n’effleurent pas à peine la « monstruosité » de leur potentiel (la séquence de la moissonneuse-batteuse, qui se termine où l’on aurait voulu qu’elle commence et ne profite pas de l’iconographie de l’instant, induite par le décor et la belle direction photo d’Alexandre).

Au niveau du casting, on retrouve un peu les mêmes tares, via des acteurs solides mais sous-employés (pour ne pas dire peu impliqués), le tout manquant sérieusement de puissance d’incarnation. Timothy Olyphant (rappelez-moi d’ailleurs de consacrer un jour un billet d’humeur au grandiose jeu de sourcils de l’acteur) nous y campe un shérif droit et loyal (qui s’avère finalement une pâle copie de son Seth Bullock de la fabuleuse série Deadwood, créée par David Milch), tandis que la belle Radha Mitchell la joue profil bas dans son rôle irritant de faire-valoir (comme l’on parle souvent de « surjeu », ici l’on pourrait taxer sa prestation de « sousjeu »), parmi une belles brochettes de seconds rôles (Joe Anderson, aperçu dans le magnifique Control d’Anton Corbijn dans le rôle de Peter Hook, ou encore Larry Cedar, qui avait déjà croisé Olyphant dans Deadwood, pour ne citer qu’eux).

Bref, vous l’aurez compris, nous voilà face à une péloche loin d’être honteuse (dans le genre remakes d’œuvres cultes, la boîte Platinum Dunes de Michael Bay a déjà commis bien pire, je ne vous ferai pas l’affront d’en citer les noms), bien huilée mais prévisible, tout juste parfaite pour une soirée pop-corn et binouzes, pas transcendante ni désagréable (même si je sais de source sûre que d’autres chroniqueurs du site ne partagent pas mon avis). Eisner y va donc mollo sur le nanar, mais franco sur le ronron (comprenne qui pourra !).

LA BANDE-ANNONCE

Preview CINE - Fée Malgré Lui

The Rock en fée avec des ailes... Oui Messieurs !

Faire appel à de gros tas de muscles pour les besoins de comédies familiales gentillettes n’est pas une recette nouvelle. Dans les années 90, notre Schwarzy préféré s’y était attelé dans Un flic à la Maternelle et La Course aux Jouets et le succès de ces deux comédies a suffi à prouver aux producteurs que c’est une technique qui marche. Hulk Hogan jouera les baby-sitters dans Monsieur Nounou, Vin Diesel dans Baby-Sittor plus récemment. Il était évident qu’un jour où l’autre, le célèbre catcheur de la WWE The Rock tombe dans ce domaine, après avoir usé de ses forces dans Le Roi Scorpion ou encore Doom.

Fée malgré lui n’est d’ailleurs pas son premier essai dans le genre, Walt Disney Pictures avait déjà fait appel à lui dans Maxi Papa, où il incarnait un joueur de Football Américain qui se découvre du jour au lendemain une petite fille de huit ans, qui allait évidemment bouleverser sa vie d’athlète star. Une histoire classique qui avait su trouver son public outre-atlantique, et qui a sûrement décidé la Twentiieth Century Fox a en faire sa "Petite Souris".

Car oui, pour ceux qui n’étaient pas au courant, la Tooth Fairy du titre original du film désigne dans nos contrées francophones la Petite Souris, cet être génial qui nous poussait autrefois à s’arracher des molaires dans le but de se faire un peu de monnaie. D’ailleurs, si la méthode reste la même, on ne peut nier que l’idée des scénaristes de Walden Media (tiens, Narnia ne vous dit rien ?) n’est pas si stupide.

Dwayne Johnson, de son vrai nom, incarne ici Derek Thompson, un célèbre joueur de hockey, connu pour sa brutalité et sa fâcheuse tendance à édenter ses adversaires, d’où son surnom de Tooth Fairy. En plus d’être égocentrique et tricheur, Derek n’aime pas raconter des salades aux enfants, et préfère leur dire la vérité en face plutôt que de faire appel à leur imagination.
La dernière chose à laquelle il s’attendait, c’était d’être puni par le Royaume des Fées pour avoir brisé un rêve d’enfant, et de devenir lui-même une véritable fée des dents pendant une semaine. Une mission bien loin de ses prouesses sportives, et qui lui donnera beaucoup de fil à retordre.

Calibré pour faire esclaffer les enfants, et maintenir leur imagination intacte à travers un Royaume des Fées à l’apparence plus kitsch que magique, le film ne laissera apparemment passer aucun gag facile et bon enfant de côté... bref, très loin de l’image habituelle du Rock, devenu comme une sorte de gentil nounours baraqué - et ailé pour l’occasion. Mais si le catcheur repenti est bel et bien le héros du film, il est entouré d’un casting plutôt efficace.
La fée à l’origine de sa transformation est jouée par nulle autre que Julie Andrews, connue pour être une icône du cinéma familial, c’est à dire Mary Poppins. Tenant toujours la forme, l’actrice était également devenue une auteure de livre pour enfants, et c’est avec joie qu’elle a décidé de prendre ce rôle : "Le script me rappelle certains des romans que j’ai tenté d’écrire, et j’étais ravi parce qu’il laissait paraitre un important message. On ne devrait jamais détruire nos rêves. On devrait rester accrochés à eux, et j’étais on ne peut plus d’accord avec ça".

A leurs côtés se trouve également Stephen Marchant, co-créateur avec Ricky Gervais de la série britannique The Office, dont il s’agit de son second rôle américain, après une collaboration amicale avec Ricky dans The Invention of Lying, malheureusement passé inaperçu chez nous. Ici, il incarne une fée maladroite qui accompagne Derek dans son apprentissage à devenir une véritable fée. "Stephen était merveilleux, il est très talentueux" raconte Dwayne "Il y a des fois où nous venons sur le plateau pour demander "Lem (Michael Lembeck, le réalisateur du film), on a eu une idée. On va faire la scène de bagarre la plus ridicule et risible jamais tournée sans jamais se donner de coups de poing", ce quoi il répondait "Oui, on va voir...". Et évidemment, c’est une scène présente dans le film.".

En plus de Merchant, The Rock a pu devenir complice avec l’un des acteurs qui lui inspirent le plus de respect depuis les années 80, Billy Cristal. Le héros de Quand Harry rencontre Sally interprète ici une fée farfelue délivrant au héros divers objets lui permettant de remplir sa mission à merveille, dont l’indispensable poudre d’amnésie. Un personnage comique avec lequel il se sera vraiment amusé en donnant la réplique au catcheur, tout comme pour Seth McFarlane, créateur génial de Family Guy et American Dad !, et Ashley Judd.

Michael Lembeck signe ici son quatrième long-métrage, après avoir mis en boîte les deux suites de Super Noël (avec Tim Allen souvenez vous !), et Connie & Carla, une comédie policière plutôt méconnue. Cantonné dans le genre des yes men, il était donc le metteur en scène parfait pour donner vie à ce scénario "magique". D’ailleurs, qu’en est-il de la réception du film aux Etats-Unis ?
Les critiques sont majoritairement mauvaises. Si la prestation sympathique de Dwayne Johnson n’est pas à l’origine de ces avis négatifs, ces derniers insistent sur le fait que le film serait mou et le scénario tellement surfait qu’il en devient ridicule. Un film a réserver aux moins de 10 ans, autrement dit... et ça tombe bien, puisque c’est exactement ce pour quoi il a été fait !
Quant au box-office mondial, le film n’a fait pour l’instant que 101 million de dollars de recettes, ce qui est plutôt moins bon que les chiffres des deux dernières comédies du Rock.

Simpliste et sans prétention, Fée Malgré Lui semble n’avoir qu’une seule prétention, celle de divertir le spectateur, aussi jeune soit-il, et tombera probablement dans l’oubli, comme tout un tas d’autres films de cet acabit... Mais rien ne vous empêche de vous sacrifier et d’emmener vos enfants (ou l’inverse, plutôt ?)) passer un sympathique moment.

Bande-Annonce VF :

PREVIEW CINE - Shrek 4, Il était une fin

Il y a quelque chose de pourri au Royaume de Fort Fort Lointain.

9 ans... Ça fait déjà 9 ans que le sympathique ogre verdâtre de Dreamworks a débarqué dans les salles du monde entier et bouleversé l’ordre du film d’animation tout gentillet.
9 années couronnées de grands succès au Box-Office et d’une admiration sans bornes autant de la part des petits que des grands. C’est dire à quel point Shrek est un personnage auquel on a du mal à se détacher. Pourtant, il faut bien reconnaitre que depuis le troisième opus, la franchise a commencé à partir en cacahuètes, au grand dam des critiques et des fans. Que faire pour pardonner cet écart ? Revenir à zéro, et clôturer la saga une bonne fois pour toutes.

Shrek 4, Il était une Fin est donc, comme l’indique son titre, la dernière apparition à l’écran de l’ogre mal élevé, et c’est pour cela que les scénaristes, Josh Klausner et Darren Lemke se sont lâchés pour cette Ultime aventure. Désespéré par sa vie de Roi de Fort Fort Lointain et de jeune père auprès de sa bien-aimée Fiona, Shrek craque en plein anniversaire de ses rejetons et va à la rencontre du sournois Nain Tracassin, lequel lui propose un marché. Shrek désirait redevenir un ogre terrifiant le temps d’une journée, il va finalement se retrouver dans un Fort Fort Lointain parallèle où il n’a jamais rencontré Fiona et ses amis L’Âne et Le Chat Potté, mais le pire est à venir : les ogres sont désormais en guerre contre les humains, et le Nain Tracassin dirige ce Royaume alternatif... et il compte bien rester sur son trône. Shrek va devoir se faire aider par ses supposés amis pour renverser le nain traitre et revenir dans son monde d’origine.

Vous l’aurez compris, cette nouvelle intrigue s’apparente à un gros cadeau d’anniversaire dont le voyage dans le temps nous permettra de redécouvrir de façon inédite et plutôt drôle certains des personnages fétiches de la tétralogie. Fiona devient une ogresse guerrière loin de tomber sous le charme d’un Shrek plutôt pataud et flemmard... mais moins comparé à ce qu’est devenu Le Chat Potté. Ce dernier est devenu un chat de salon obèse passant son temps à boire du lait sous le regard de souris même pas menacées. "On connaissait le personnage autrement, donc cela crée un contraste. Et ce sont tous ces contrastes qui font la comédie" confie Antonio Banderas, qui prête toujours sa voix au matou, en s’appliquant le plus possible dans ce personnage qu’il aime beaucoup. Quant à L’Âne, ce dernier vit simplement sa vie de mammifère blagueur et survolté. Tous les personnages secondaires détournés sont de nouveau présent (et à nouveau détournés) : de ’Tit Biscuit, le petit bonhomme en pain d’épice qui s’improvise guerrier, aux Trois Petits Cochons. En réalité, on trouve peu de nouveautés dans ce quatrième épisode : même le Nain Tracassin, le méchant inspiré d’un conte des fameux Frères Grimm, et ses hordes de sorcières étaient déjà apparus dans les précédents opus sous des designs différents.

Niveau casting, les stars retrouvent avec plaisir leurs personnages numériques. L’hilarant Mike Myers donne à nouveau vie à l’Ogre Souverain, tandis que pour nous, Alain Chabat se fait également un plaisir de participer à nouveau à cette aventure. "Mes enfants m’ont dit que je lui ressemble beaucoup. déclare l’ex-Nul Pourtant, j’ai une hygiène irréprochable, je fais attention... mais je comprend bien ce personnage." Cameron Diaz, Antonio Banderas et Eddie Murphy, tous rempilent pour le plus grand plaisir des spectateurs américains, certains vantant les mérites du doublage comme ceci "Doubler n’est pas un challenge. [...] Sur un plateau normal, tu dois bouger ton cul dans différents départements. D’habitude je regarde ce que font le producteur et le réalisateur, je réécris quelques trucs, alors que là [lors d’un doublage], tu as juste à te pointer, et à faire ton truc, dixit Eddie Murphy.

Et la méthode paye ! Puisqu’avec son budget de 165 millions de dollars (un record pour la saga), et l’apport possiblement bénéfique de la 3D Reel, Shrek Il était une fin, le film obtient actuellement un certain succès plus ou moins attendu outre-Atlantique puisqu’il était encore en tête du Box-Office (d’ailleurs plutôt morose ces derniers temps) avant que ne débarque son grand rival, le mastodonte de Pixar, Toy Story 3. Pourtant, les critiques sont loin d’être joyeuses. S’ils reconnaissent que cet opus est légèrement meilleur que Shrek Le Troisième, ils s’accordent également sur le fait que la saga a perdu tout ce qui faisait le charme des deux premiers opus, la transgression, au profit d’une banale comédie d’aventures sans ironie.

Quoiqu’il en soit, Shrek, Il était une fin s’apprête tout de même à faire des ravages dans notre coin de l’Europe, en guise d’adieu peut-être nécessaire, mais néanmoins méritants. Adieu ? Pas tout à fait, puisque l’année prochaine, Dreamworks nous donne tous rendez-vous dans les salles avec un spin-off entièrement centré sur Le Chat Potté, dont la promotion vient tout juste de démarrer. On n’a donc pas encore fini d’entendre parler de Fort Fort Lointain, et ce pendant fort fort longtemps.

Bande-Annonce VF :

PREVIEW CINE - Millenium 2

La mort dans la peau

Par Dante

La genèse de la saga Millenium pourrait faire l’objet d’un film à part entière, et c’est également pour cela que cette fameuse trilogie policière est devenue un succès mondial, auréolé d’une étrange aura. A l’origine, il y a un écrivain et journaliste suédois, connu pour son engagement contre l’extrêmisme et le racisme : Stieg Larsson. Ce bon Larsson vient de terminer une trilogie policière intitulé Millenium, qu’il confie à un éditeur. Mais avant qu’il ait la moindre réponse, il décède d’une crise cardiaque. Les romans sortent et connaissent immédiatement un succès autant critique que public en Suède. Puis le succès devient mondial, et le cinéma ne tarde pas à s’intéresser à l’œuvre de Larsson. Trois ans plus tard, le tournage du premier tome est lancé et l’œuvre du romancier finit de s’installer dans la culture internationale.

Une succes story posthume, dont la complexité originelle n’a d’égal que les adaptations qui en suivirent. Surfant sur le succès de la trilogie et la foisonnance de ses intrigues, les adaptations s’enchaînent : à peine le premier film sorti, une série est annoncée et diffusée sur Canal +, reprenant exactement le déroulement de la série. Le deuxième épisode cinématographique est ensuite annoncé en juin. Pour s’y retrouver dans toutes ces adaptations, quelques précisions s’imposent. La série et les films racontent exactement la même chose, il y a même casting, les mêmes réalisateurs, la même histoire, sauf que la série propose 2 heures de scènes supplémentaires au fil des 6 épisodes. En bref, ce n’est qu’un énième coup de publicité, pour toucher au maximum de médias et donc multiplier les revenus. Mais le fait est que la série est terminée et que seulement un film sur trois est sorti. Il y a donc fort à parier que le petit écran fasse de l’ombre au grand.

Mais concentrons-nous sur ce second épisode. Après la rencontre entre les deux héros détaillés dans le premier tome, Mikael Blomkvist le journaliste et Lisbeth la hackeuse, et la résolution d’un mystère insoluble, la suite nous propose d’en connaître un peu plus sur la star de Millenium : Lisbeth la gothique, ici au cœur d’une machination qui l’accuse d’être une tueuse en série. On devrait donc en apprendre un peu plus sur ce personnage-clef de la trilogie qui est devenu une icône aussi bien littéraire que cinématographique, grâce notamment à une interprétation époustouflante de Noomi Rapace. On peut espérer retrouver dans ce nouvel opus les ingrédients qui ont fait le succès de la trilogie, à savoir une enquête complexe et sombre, des personnages torturés et une bonne dose de glauque nordique.

Malheureusement, les premiers échos, venus des épisodes correspondants à ce film, ne sont pas tous positifs. Puisqu’ils font souvent état du syndrome du ventre mou propre au trilogie, faisant de ce deuxième opus un épisode de transition, juste bon à en lancer un troisième. Un phénomène qui pourra coûter beaucoup à ce film quand on sait que la plupart des spectateurs l’ont déjà vu en version complète. Des erreurs commerciales, des étrangetés de producteurs et une tendance à traiter les épisodes centraux par-dessus la jambe, pourraient conduire Millenium 2 à connaître un cuisant échec. Parce que toutes les personnes de bon sens et tous les fans de la saga doivent déjà avoir vu la série beaucoup complète et rythmée. Mais peut-être que la complexité de tout cela et la fête du cinéma jouera en faveur du tome 2 réalisé par Daniel Alfredson (le frère du réalisateur de Morse). Allez savoir...

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Splice

Le génome du crime

Prochainement sur nos écrans, Splice de Vincenzo Natali revêt la forme d’un thriller horrifique sur fond de manipulations génétiques et de cette sempiternelle question : où doit-on fixer les limites de la recherche scientifique lorsque cette dernière touche à l’intégrité de l’humain ?

Sur la base d’un scénario écrit il y a plus de dix ans par Natali himself (jamais concrétisé jusqu’alors par manque de financement et d’avancées technologiques dans le rendu des SFX numériques), Splice nous propose de suivre les pas de Clive (Adrien Brody) et Elsa (Sarah Polley), scientifiques de haut vol spécialisés dans les combinaisons d’ADN, qui seront bien vite atteints du « syndrome de l’apprenti sorcier », lorsqu’ils décident de mêler des gênes d’animaux à d’autres issus du patrimoine humain, créant par ce biais une créature hybride et imprévisible, dont ils ne tarderont pas à perdre le contrôle…

Et l’on peut dire que ce qui a filtré du métrage attise notre attente ! Faisant suite à un fabuleux teaser, littéralement glaçant, qui retraçaient les avancées scientifiques (réelles) dans le domaine de la génétique (découverte du code génétique, clonage de la brebis Dolly, …) pour aboutir in fine aux images et au postulat du film, les trailers officiels nous dévoilent un monde médical et aseptisé, baignant dans une lumière bleutée ; univers qui ne tardera pas à se fissurer dans un déferlement « organique » et charnel (voir cette séquence où Sarah Polley plonge le bras dans le liquide amniotique engendrant la créature), venant éclabousser la propreté de façade de ces locaux médicaux, par bien trop immaculés… Un aspect clinique rapidement supplanté par la force d’incarnation de la chair, rappelant par là certaines obsessions du maître David Cronenberg

Au-delà du questionnement moral lié à la problématique soulevée par le métrage et en espérant qu’Adrien Brody s’y montre plus inspiré que dans le calamiteux Giallo du maestro (en disgrâce) Argento (2010 marquera indéniablement la carrière de l’acteur, Predators de Nimrod Antal opérant sa métamorphose en « action hero »), Splice devrait surtout faire office de manifeste esthétique, Natali ayant auparavant démontré une propension à la (sur)stylisation (le fabuleux et déroutant Cypher), parfois jusqu’à la rupture (le beau mais « vide » Nothing), autant qu’une « appréhension » de l’image profondément manipulatrice (les images n’étant jamais réellement ce qu’on pense y voir, thématique autant que parti-pris formel développés aussi par le Amenabar de Tesis et Ouvre les Yeux), qui recoupe l’impitoyable mécanique scénaristique développée dans le chef d’œuvre retors Cube.

Un des autres atouts du film, en plus du « formalisme » développé par Natali, devrait être le design de la créature « féminine », qui se révèle longiligne et androgyne. Celle-ci devrait rapidement développer de la jalousie envers le personnage d’Elsa (Polley), ainsi qu’un amour dévastateur et carnassier envers son créateur, Clive (Brody), que l’on espère rapidement en proie aux volutes vénéneuses d’un érotisme latent. Le tout reste maintenant de savoir jusqu’où Vincenzo Natali aura osé s’aventurer, en ce qui concerne la fusion entre créateur et créature (au premier abord fortement sexuée)…

Porté par une des meilleures actrices du cinéma « indé » américain (Sarah Polley) et un acteur principal (Adrien Brody) capable du pire (Giallo), comme du meilleur (Le Pianiste, Summer of Sam, …) lorsqu’il s’avère bien dirigé, Splice pourra aussi compter sur la très belle BO de Cyrille Aufort (Hell) et le savoir-faire du chef-opérateur Tetsuo Nagata (La Môme, Blueberry), entre autres réjouissances. Nous serons dans les salles obscures dès sa sortie, espérons que vous aussi (Vincenzo Natali éprouvant de plus en plus de difficultés à rassembler le budget nécessaire à la production de ses différents projets).

LE BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Centurion

Pour la gloire !

Par Dante

Neil Marshall est sûrement l’un des réalisateurs les plus intéressants de sa génération dans le domaine du cinoche de genre. Après un très fun Dog Soldiers, pas forcément apprécié de tous, il signa avec The Descent une véritable œuvre culte du 21ème siècle. Puis continuant dans sa lignée en dents de scie, il divisa les foules avec son Doomsday, hommage un peu trop appuyé aux Mad Max et consorts, pellicule qui reste quand même un sacré morceau de bravoure comme on en voit peu. Fort de cette réputation, il fut attaché à de nombreux projets avant que les premières images officielles de son prochain film n’apparaissent sur la toile : Centurion.

Après les loups-garous, les crawlers et les Ecossais en kilt dans un monde post-apocalyptique, le génie britannique s’attaque à l’empire romain et à leurs ennemis nordiques : les Pictes, ceux-là même qu’on a vu dans le reboot de la légende du Roi Arthur avec Clive Owen. Et plus précisément à la mythique 9ème légion et ses combats légendaires sur les terres saxonnes à la limite de l’Empire romain. Une histoire qui a été maintes fois reprises sur différents supports, jusqu’à un récent mais navrant Dernière légion. Mais Neil Marshall semble avoir pris le parti de livrer un film épique dans les règles de l’art, avec son lot de combats sanglants et acharnés, de grands sentiments et de décors grandioses. On n’atteindra peut-être pas le souffle dévastateur d’un Braveheart, mais on peut compter sur Marshall pour nous livrer un spectacle adulte et divertissant malgré un budget pas si conséquent que ça. Qui s’en plaindra, quand on sait que ce genre de moyennes productions peuvent se permettre des choses que les plus fortunées rechignent à placer. Entendre, du sang, de la violence à outrance et du sexe.

Côté casting, ce sont deux anciens spartiates de Snyder (Michael Fassbender et Dominic West) qui vont assurer le côté viril de l’œuvre, et pour ces messieurs c’est la belle Olga Kurylenko qui va endosser la légère tenue picte. On peut (non, non, on doit ! - ndlr) également signaler la présence d’Axelle Carolyn, la femme de Neil Marshall et la marraine de ce site. Pour le reste on ne sait pas grand-chose, le film ne bénéficiant pas des gros battages médiatiques propres aux grosses productions. Le film racontera donc la vengeance d’un soldat romain, prêt à tout pour sauver le général de la 9ème légion, prisonnier des Pictes. Les premières images font état d’un spectacle violent et esthétique, faisant de Centurion un digne descendant du 300 de Snyder.

Malgré les premiers échos plutôt négatifs de la presse, on peut espérer que Neil Marshall nous livre un spectacle sincère et plaisant, qui ferait de ce Centurion un compagnon de choix pour les 13ème guerrier et autres, au panthéon des films burnés mais mal-aimés. C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à ce cinéaste atypique.

PREVIEW CINE - Twilight Hesitation

Cullen contre Quileutes

Petit rappel des épisodes précédents : Bella est tombée amoureuse d’Edward Cullen, le vampire tandis que Jacob, le loup-garou, n’espère qu’une chose : flirter avec cette dernière. Ce triangle amoureux, plutôt effacé lors du premier film au profit de la naissance du couple Bella-Edward, occupe la place principale du deuxième film, sitôt qu’Edward, pour protéger son aimée, s’est volontairement éloigné d’elle. Les néophytes du fond, vous suivez toujours, là ? Dans Hésitation, troisième volet de la saga, tout le monde a retrouvé sa place : les tourtereaux coulent des jours heureux tandis que le loup-garou ronge son frein de son côté et astique, pour la quarante-sixième fois, la carrosserie de sa jolie moto pour se consoler de ne pouvoir effleurer la peau diaphane de celle qu’il idolâtre. Comme le souligne Robert Pattinson, "le premier volet de la saga twilight parle de la découverte de l’amour, le deuxième de la perte de l’être aimé et le troisième de la difficulté d’une relation amoureuse lorsque celle-ci se concrétise."

Condensée comme tel, la franchise ne semble pas se distinguer d’une série hollywoodienne lambda avec des djeunz qui s’allument, s’aiment, se trompent, se déchirent sur fond de plages ensoleillées, de mini-bikinis et de voitures de sport rutilantes. Pourtant, il faut avouer que, passé son argument évidemment pro-adolescent, la série émanant de la plume de la romancière américaine Stephenie Meyer a bien plus à offrir. Profondément romantique - voire fleur bleue, la saga Twilight fait florès en convoquant des créatures fantastiques à la mythologie séculaire et les déshabille de tous leurs apparats pour les revêtir d’un voile de naïveté. Les vilains suceurs de sang se transforment en des dandys cultivés aux canines méticuleusement aiguisées, les lycanthropes, après métamorphose, s’apparentent à de colossales boules de poils plus attachantes qu’effrayantes. Difficile dans ses conditions de croire une seule seconde au danger qui guette les héros. Peu importe en réalité car l’attention de la romancière ne se focalise nullement sur le potentiel "terreur" du récit. S’adressant à un public élargi, Twilight investit le territoire de la romance et travestit les monstres en agneaux aux sourires enjôleurs.

Pas étonnant dans ces conditions de voir chacun des épisodes se hisser l’un après l’autre au top du box-office mondial et s’accaparer un grand nombre de salles dans tous les complexes ciné. Hésitation, sorti ce 30 juin aux States, a ainsi dominé de la tête et des épaules le dernier Shyamalan (Le dernier maître de l’air) et Toy story 3 et a engrangé, rien que sur son territoire, quelque 160 millions de dollars, soit quasi le triple de son budget de départ. Pourtant, la production du film, entamé au lendemain de la sortie de New moon, ne s’est pas déroulée sans heurts. Le remplacement de l’actrice Rachelle Lefevre qui incarnait Victoria par Bryce Dallas Howard, les tensions entre Summit et le réalisateur David Slade, relayées par des fans de plus en plus anxieux suite aux déclarations maladroites du cinéaste lors d’une interview, les multiples rumeurs nées sur la Toile (retour de Catherine Hardwicke pour retourner certaines scènes ?), autant d’incidents qui ont rendu le tournage laborieux. Surtout pour les acteurs qui devaient surveiller chacun de leurs faits et gestes, des milliers de fans les traquant jusqu’à Vancouver pour pouvoir les approcher. "Tous les hôtels où résidaient les comédiens étaient remplis de fans. Il fallait que les comédiens fassent attention quand ils sortaient dans la rue.", explique ainsi le producteur Wyck Godfrey. "Par exemple, on se rendait sur le plateau en voiture et à la radio on entendait que nous allions tourner à Coquitlam. Sur le plateau, il y a avait des fans qui brandissaient des panneaux disant "Je ne repartirai pas d’ici sans rencontrer un Cullen." Ils ne savaient pas quoi faire pour obtenir un autographe de Taylor, Rob, Kristen et des interprètes des Cullen."

De plus en plus prisés, les personnages de la saga Twilight dévoileront leurs histoires de coeur devant des millions de jeunes Français, curieux de venir découvrir sur grand écran l’oeuvre que le monde entier a quasiment déjà eu la chance de voir. David Slade réussit le délicat pari de faire le film à sa manière tout en collant au plus près du script brossé par la dialoguiste Melissa Rosenberg, attachée à la franchise depuis ses origines. Twilight 3, s’il continue à s’intéresser essentiellement sur son triangle amoureux, fait montre également d’un véritable intérêt pour le genre fantastique, notamment par l’intronisation des vampires nouveau-nés, sauvages et incontrôlables créatures qui déciment Seattle et nourrissent le projet de s’en prendre à Bella (pour le coup, Rosenberg jumelle deux tomes de la saga vampirique et aborde déjà le spin-off de Meyer, "La seconde vie de Bree Tanner - L’appel du sang" à peine sorti dans les librairies). Ce qui donne lieu à une jolie dose d’action (complètement absente dans les deux premiers films) via quelques scènes de combats superbement chorégraphiées.

Orchestrée par Howard Shore, dirigée par un grand cinéaste en devenir (voir Hard candy et 30 jours de nuit pour s’en convaincre), décentralisée de son propos "romantique", cette troisième fournée constitue sans conteste la meilleure depuis la naissance de la franchise.

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Predators

The hunter’s how !

Produit par Robert Rodriguez (qui en est aussi superviseur des effets visuels et à la base de l’idée originale), Predators de Nimród Antal est l’aboutissement d’une ébauche de scénario commandée en 1994 par la 20th Century Fox au jeune réalisateur, alors fraichement sorti d’El Mariachi, autant qu’un exemple parfait du système de production éprouvé de Troublemaker Studios, infrastructure de production (sise à Austin, Texas) de Rodriguez et sa compagne Elizabeth Avellán (à l’origine de toutes les productions récentes du réalisateur, de Sin City et le diptyque Grindhouse, en passant par la saga Spy Kids).

Une concrétisation (16 ans après !) inespérée pour Rodriguez, qui pour cause d’emploi du temps chargé, décide d’en confier la réalisation à Nimród Antal, artisan chevronné, autant à l’aise dans le petit budget (Kontroll), que dans les commandes de studios (le thriller Motel, le film de guerre Blindés). Avec une volonté manifeste de redorer le blason de la « mythologie » Predator, en rendant hommage à l’original du génie John McTiernan (chef-d’œuvre inaltérable dont on ne vantera jamais assez les mérites), dont la majorité de l’équipe de Predators sont de grands admirateurs. En un mot, réaliser un film créé de toutes pièces « par des fans pour des fans » (dixit le dossier de presse) et essuyer les échecs artistiques retentissants que furent les Alien(s) Versus Predator (AVP) de Paul W.S. Anderson et des frères Strause. Trêve de suspense ; c’est peu de dire que le défi est relevé haut la main et transpire l’amour du film de genre !

Predators nous dévoile une belle galerie de personnages (parfaitement caractérisés), militaires et criminels de tous poils, qui sont parachutés sur une mystérieuse planète pour servir de gibier aux Predators. Les protagonistes nous sont directement présentés de façon musclée, plongeant de suite le spectateur dans le feu de l’action (via une séquence de chute libre du personnage d’Adrien Brody, qui restera dans les mémoires). L’acteur se révèle d’ailleurs contre toute attente fabuleux en « action hero » meneur d’hommes (ancien membre des forces spéciales), autant que nuancé dans son jeu ; une des belles surprises du métrage, qui fait oublier le pathétique Giallo (sans doute l’une des plus mauvaises interprétations de Brody, cabotinant à outrance dans le double-rôle de l’enquêteur et du tueur). Tandis que l’on pensait (à tord) qu’il ne possédait pas l’envergure nécessaire au rôle, c’est là un des premiers tours de force de Antal, qui l’imposa alors qu’on s’attendait à une montagne de muscles, réminiscence d’un des rôles cultes de Schwarzie.

Son personnage est néanmoins soutenu par une somptueuse brochette de seconds rôles ; des tronches burinées comme on les aime, avec en tête de proue la sublime Alice Braga (La Cité de Dieu et Blindness de Fernando Meirelles, Je suis une Légende de Francis Lawrence), qui rayonne à l’écran dans le rôle d’une femme forte « sévèrement burnée », militaire israélienne qui en remontre aux hommes dès qu’il s’agit d’action. Elle est entourée de l’inévitable Danny Trejo (Une Nuit en Enfer, Animal Factory, le fantasme pour geeks Machete), de Laurence Fishburne (Apocalypse Now, Event Horizon, Matrix), du combattant d’UFC (Ultimate Fighting) Oleg Taktarov (le remake de Rollerball, Bad Boys 2, We Own The Night), de Mahershalalhashbaz Ali (la série Les 4400, L’Etrange Histoire de Benjamin Button) ou encore Louis Ozawa Changchien (Fair Game de Doug Liman), dans le rôle mutique d’un homme de main yakuza. Mention spéciale à Walton Goggins (Miracle à Santa-Anna de Spike Lee), pilier de la série The Shield, parfait dans le rôle d’un serial-killer (violeur de surcroit) condamné à mort, plutôt bavard et « goguenard ».

Ces personnages furent choisis parce qu’ils sont redoutables et constituent le pendant « humain » des Predators. Des combattants aguerris et sans merci, prêts à tout pour survivre (qui abreuveront aussi le spectateur de réjouissantes « punchlines »). Seul ombre au tableau, la présence du fade Topher Grace (Traffic, Ocean’s Eleven) qui figure l’intrus dans le groupe (il est médecin !), contrepoint inutile du spectateur, qui sera à la base d’un twist « surfait » (artificiel) dans la dernière partie du métrage. Il est inutile de préciser qu’il récoltera sans doute une fois de plus l’ire des « fanboys », après avoir plombé le Spiderman 3 de Sam Raimi (en incarnant un pitoyable Venom).
Plongés tête la première dans une action haletante, accentuée par les accords épiques et les rythmiques martiales du compositeur John Debney (La Fin des Temps, Le Roi Scorpion, Relic, Sin City et une palanquée de productions grands publics navrantes), ces protagonistes, essentiellement cadrés en plans serrés par la réalisation précise et sans fioritures (d’une rigueur « sèche ») de Antal (avec l’intention de coller au plus proche des personnages), devront rapidement faire face à un nouveau bestiaire de Predators, encore plus évolués (dont des sortes de « chiens Predators », qui rappellent un peu la faune d’Avatar). Créatures qui bénéficient du savoir-faire de maquillage (SFX, costumes, prothèses) de Greg Nicotero et Howard Berger (Evil Dead 2 et 3, Une Nuit en Enfer, Pulp Fiction, …) et arpentent des décors magnifiques (tournage dans une forêt tropicale hawaïenne), enjolivés par le superbe boulot de production design.

Le Predator « classique » étant campé par Derek Mears (Jason Voorhees dans le récent remake de Vendredi 13 par Marcus Nispel), alors que Brian Steele et Carey Jones se partagent l’interprétation des autres « monstres ». L’arsenal déployé par le film vaut aussi son pesant d’or et contentera les amateurs de grosses pétoires, la production ayant même de nouveau fait appel à Jack Crane, armurier qui avait originellement conçu la machette portée par Arnold Schwarzenegger dans l’opus de McTiernan. Je me dois aussi de souligner une autre gourmandise qui flattera l’amateur de péloches asiatiques, Predators rendant un bel hommage décalé au chambara l’espace d’une séquence de duel au sabre entre le personnage d’Hanzo (référence à Hanzo The Razor ?) et un Predator.

En résumé, une série B décomplexée, humble et efficace (même si pas exempte de menus défauts), dérivé autant qu’hommage au Predator (1987) de John McTiernan, qui rend justice au travail « séminal » de Stan Winston sur le design original de la créature.

Un métrage qui devrait combler les aficionados et les néophytes, effaçant le souvenir tenace des purges abyssales que furent les deux AVP. Deux crans en-dessous du métrage de McT, Predators se révèle supérieur au Predator 2 (1990) de Stephen Hopkins.

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Toy Story 3

Ils sont nos amis, et ils sont de retour !

C’est avec une certaine joie et une impatience démesurée que votre chroniqueur préféré a écrit cette preview dédiée au troisième volet des aventures du shérif Woody et du ranger de l’espace Buzz L’éclair, icônes cultes des studios Pixar depuis 15 ans déjà. Sans vouloir paraître trop personnel, vu mon âge encore jeune et innocent, je n’avais évidemment pas pu passer à côté de la vague révolutionnaire que fut Toy Story dans les années 90, ce dernier étant même l’un des premiers films qui m’ont fait découvrir les joies du grand écran. C’est ainsi que je me range aux côtés des millions de personnes, aussi jeunes ou âgées à l’époque, à avoir attendu tel un enfant attend Noël ce dernier opus d’une saga animée irrésistiblement hilarante et émouvante comme seuls John Lasseter et sa bande d’artistes savent les faire.

Inutile de revenir longuement sur les deux précédents films, l’univers de Toy Story donne vie à une idée folle qui est obligatoirement passée à travers nos esprits enfantins : et si nos jouets favoris vivaient en communauté lorsque l’on a le dos tourné ? Ces jouets ont leurs propres vies, leurs propres joies et comme on a pu le voir, leurs propres réflexions, souvent en proie à une crise d’identité.
Dans le premier opus, Woody apprenait qu’il n’était qu’un jouet comme un autre, donc pas à l’abri de se faire détrôner dans le cœur de son maître Andy par un super jouet, Buzz L’Eclair, qui découvrira lui qu’il fut crée dans le seul but de divertir les enfants. Devenus des amis inséparables, Toy Story 2 abordait le thème de la valeur d’un jouet, en l’occurrence Woody, qui se retrouvait partagé entre vivre sa vie dans un sombre musée admiré en tant que pièce de collection ou en tant que jouet temporaire d’un gamin rempli d’amour, avant qu’il ne finisse dans le placard ou dans un vide-grenier. Des messages censés interpeller aussi bien les jeunes que les adultes, baignés dans un lot de références cinématographiques jouissives et de blagues succulentes.
Si cette excellente suite se finissait sur le retour du jouet chez son jeune propriétaire, ce dernier opus revient sur l’idée du temps qui passe et nous promet un certain dépaysement.

On a beau avoir été un enfant un jour, on ne le reste jamais bien assez longtemps... Et voilà qu’Andy a désormais 18 ans et s’apprête à partir à l’Université, monde d’adultes où il n’a pas besoin de ses idoles en caoutchouc et plastique. Ce qui devait arriver arriva... Woody, Buzz, Zigzag, Rex, Monsieur Patate et d’autres encore se voient contraints de quitter le coffre à jouets de la chambre pour déménager... dans une garderie. Votre âme enfantine en prend un coup ? Nous aussi.
Mais aussi bien pour les humains que pour les jouets, les temps changent et il faut s’y habituer. Ainsi, notre groupuscule va faire la rencontre d’une nouvelle communauté dirigée par Lotso, un ours en peluche rose qui cache bien des secrets.

Il aura fallu plus de 11 ans avant de pouvoir retrouver ces étranges personnages, mais pourtant le projet d’une suite remonte à déjà quelques temps. Des rumeurs circulaient un temps sur internet, nous confiant l’idée d’une histoire impliquant le retour de Buzz aux usines de Taïwan, ainsi que l’annonce du projet - heureusement - avorté d’un Direct To Video de faible budget réalisé par Bradley Raymond, auquel Pixar refuse de collaborer. Dans cette version, qui possède quelques similitudes avec le Toy Story 3 final que l’on pourra voir en salles, les jouets finissaient dans le terrifiant grenier de grand-mère suite à un grand rangement de la part de la mère d’Andy. Il aura fallu que les entreprises Disney rachètent Pixar en 2006 pour que les choses commencent réellement à bouger. Lee Unkrich prend la succession de Raymond au poste de metteur en scène, une expérience a laquelle il est déjà habitué après avoir co-dirigé Toy Story 2 et Le Monde de Némo et activement travaillé sur l’ensemble des travaux de Pixar. Annonçant une sortie en salles pour fin 2009, finalement décalée à l’été 2010, Toy Story 3 trouve enfin une pré-production digne de ce nom et les studios n’hésitent pas à mettre les bouchées doubles niveau budget. Le premier film avait coûté 30 millions de dollars, le second 50 de plus... et ce dernier effort a demandé pas moins de 200 Millions.

Il faut reconnaitre qu’au fil du temps, les studios Pixar s’affinent de plus en plus, comme peuvent en témoigner les magnifiques et émouvants Wall-E et Là-Haut), et ne cessent de révolutionner leurs décors et leur mise en scène, de plus en plus réalistes. L’apport de la 3D Reel, comme le prouvait leur dernière production, s’avère également très bénéfique quant à la qualité d’image des plans et au niveau de l’immersion totale.
En plus du retour en V.O de Tom Hanks et Tim Allen aux cordes vocales de Woody et Buzz, ainsi que de Joan Cusack pour la survoltée Jessie, Toy Story 3 marque l’arrivée de trois autres grandes voix. Ned Beatty (Délivrance, rôle qui lui collera au c... à la peau pendant longtemps) prête sa voix au câlin mais suspect Lotso, Timothy Dalton incarne Labrosse, un hérisson tout gentillet, tandis que Michael Keaton devient Ken, tout prêt à se jeter dans les bras de la Barbie débarquée de chez Andy. Le couple sera doublé par Benoît Magimel et Frédérique Bel de notre côté de l’océan, accompagnés du slammeur Grand Corps Malade, prêtant quant à lui sa prose et sa joie de vivre à un clown triste dénommé Rictus.

Sorti le 18 Juin dernier dans les salles américaines, le film triomphe sans surprise au Box-Office, cumulant plus de 41 millions de dollars le jour de son ouverture, détrônant le record pour un film d’animation jusqu’alors détenu par Shrek Le Troisième. Actuellement, le film a recueilli 553 millions de dollars à travers le monde, se plaçant directement derrière Les Indestructibles en terme de recettes.
Quant aux critiques, elles sont positives à l’unanimité, toutes priant la maîtrise parfaite de l’action et de l’humour dont fait preuve cette histoire, mais insistant particulièrement sur la force émotionnelle de cet opus, qualifié de loin comme le film le plus réaliste et mature de la saga, voire même de toutes les productions Pixar confondues.

Annoncé comme un film d’animation épique et drôle, mais néanmoins lucide, cet ultime volet est bien parti pour rester dans l’histoire du cinéma d’animation moderne et prouve d’ores et déjà que les artisans de Pixar restent indétrônables quand il s’agit de donner du rêve, qu’importe nos âges.

Bande Annonce VF :

PREVIEW CINE - Inception

Dreams are my reality

Fort des succès combinés des deux derniers Batman, Christopher Nolan peut actuellement se targuer d’être l’un des réal’ les plus bankables d’Hollywood, et pour de bonnes raisons. Outre les succès publics considérables qu’ont généré ses précédents films, il faut surtout noter la volonté du cinéaste d’intégrer aux blockbusters qu’il réalise, une dynamique véritablement humaniste – et esthétique. Au-delà du métrage de divertissement pur, inlassablement, Christopher Nolan veut voir dans le film à gros budget, un vecteur de réflexion sur l’homme, sur ses pulsions et ses angoisses. Il ne s’agit jamais pour lui de faire du grand pour du grand, mais plutôt de faire du grand pour servir une cause plus grande encore. Septième film du bonhomme, Inception ne semble pas échapper à la règle.

Cette histoire, dont on ne connait que depuis peu le fond puisque Nolan a tenu à garder l’intrigue secrète le plus longtemps possible, cela fait bientôt dix ans qu’elle murit dans la tête de son auteur. L’idée lui vient après le tournage d’Insomnia, bien avant les succès et la reconnaissance que lui ont apporté les deux Batman. "Les rêves m’intéressent depuis tout gosse, et cela faisait un moment que j’avais envie de faire un film sur le sujet. J’ai d’abord pensé à un film d’horreur, mais finalement, les choses ont tourné autrement. Je cherchais une intrigue dans laquelle les rêves aurait vraiment une importance, et l’idée que quelqu’un pourrait s’introduire dans vos rêves et vous en voler une partie résonnait beaucoup en moi." La première version du script fait environ 80 pages mais, parce que son auteur manque de temps et d’argent, elle finit dans un tiroir, à moisir (mûrir) quelque part. C’est sans compter bien sûr, sur la force du destin. Entre Batman begins et Le Prestige, l’écriture et la direction de Nolan évoluent – et son bankable ranking aussi. La sortie imminente d’Inception est donc un gros concours de circonstances, comme le souligne lui-même le réal’ : "Avec toute l’expérience acquise, nous étions prêts (lui, et sa femme Emma Thomas, qui est aussi son producteur nrlr). De plus, après le succès de The Dark Knight, les studios étaient prêts à nous soutenir. Ils attendaient quelque chose de vraiment spécial. Ce genre d’opportunité est assez rare dans la vie d’un réalisateur, et je me devais de la saisir et de la transformer en quelque chose de mémorable".

Au-delà du timing et du contexte, Inception est aussi le premier scénario que Christopher Nolan ait véritablement conçu, écrit et mis en scène. Cinéaste de l’introspection et de la manipulation, le bonhomme pond ici l’histoire démente d’une organisation de voleurs de rêves, dont l’un des membres, Dom Cobb (Leonardo DiCaprio), traqué à travers le monde entier, accepte une mission pour sauver sa peau : au lieu de voler l’esprit humain, il va devoir y implanter des idées, et ainsi créer le crime parfait. Outre la complexité d’une telle intrigue, et le casting prestigieux qui la sert (Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Cillian Murphy, Michael Caine, et les très jeunes et déjà géniaux Ellen Page et Joseph Gordon-Levitt), il faut aussi souligner, et saluer, le tissu d’influences sur lequel repose le projet. Pentagramme infini, Inception est un véritable carrefour de genres, que son auteur se plait à qualifier de ‘film en quatre dimensions’.

En guise de préliminaires, on peut citer l’influence des films d’espionnages, et particulièrement des James Bond, chers à Nolan - "James Bond est l’incarnation de l’exubérance au cinéma", et d’ajouter sur son film "Dès que l’on a assimilé ce que le cerveau peut voir, le monde qu’il peut créer, la démesure s’impose."- mais aussi la science-fiction de Verhoeven, l’inquiétante étrangeté de Lynch, la paranoïa vicieuse de Polanski, et surtout la démence de Parker et de The Wall, que Nolan a projeté à toute son équipe pendant le tournage. Plus qu’un rêve donc, Inception semble être l’incarnation rêvée d’un gigantesque fantasme de cinéphile. Jouissant d’un budget confortable de 200 millions de dollars, le film fait déjà office, auprès des critiques outre Atlantique, de classique immédiat, à la fois introspectif et spectaculaire, dont la portée devrait égaler celle de Blade Runner en son temps, ou de Matrix et Dark City, plus récemment. Indéniablement, Christopher Nolan signe là son projet le plus ambitieux ; il déclare d’ailleurs : "Je voulais créer une histoire et un monde qui englobaient toutes les expériences humaines, tous les films vertigineux que je m’attends à voir à l’écran quand je vais au cinéma."

Pari gagné ? Réponse le 21 juillet.

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Le dernier maître de l’air

Chacun son Avatar...

M. Night Shyamalan à la tête du premier épisode d’une trilogie, si tout se passe bien, basée sur un dessin animé destiné aux enfants. Si on m’avait dit ça, il y a quelques années, je ne l’aurais jamais cru. Et pourtant c’est bien ce qui est en train de se passer avec la sortie imminente du Dernier Maitre De L’Air. Anciennement Avatar avant que James Cameron, détenteur du nom, ne menace Shyamalan et la production de poursuites judiciaires. Exit Avatar, place à « The Last Airbender ». « Le Dernier Maitre De l’Air ». Un gros manque à gagner pour la production puisqu’en France et dans de nombreux autres pays, le dessin animé est connu et diffusé sous le nom d’Avatar. Bref, il en faut plus pour décourager la Paramount et le réalisateur qui a déjà subi ce genre de désagréments sur The Village qui, au départ, s’appelait « The Woods ».

Le Dernier Maitre de l’Air est donc l’adaptation d’une série animée mise en chantier par Nickelodeon et crée par deux Américains, Michael Dante Dimartino et Bryan Konietzko. La série compte 3 saisons pour 61 épisodes. L’histoire met en scène Aang, un jeune garçon découvrant qu’il est le nouvel Avatar, une personne capable de maitriser les 4 éléments : L’Eau, la Terre, l’Air et le Feu. « Le Dernier Maitre de l’Air » se base sur le livre 1, le livre de L’eau, laissant ainsi la possibilité de produire deux suites se basant sur les deux autres livres. L’histoire de cet épisode se déroule pendant la Guerre interminable lancée par la Nation du Feu contre les trois autres Nations. Mettant au défi son courage et son aptitude au combat, Aang découvre qu’il est le nouvel Avatar, seul être capable de maîtriser les quatre éléments. Il s’allie à Katara, un Maître de l’Eau, et à son frère aîné Sokka, afin de stopper la Nation du Feu, menée par Prince Zuko, bien décidée à remporter la bataille. Une histoire à la fois simple, classique, universelle et mythologique mais aussi très ambitieuse. Une des particularités d’Airbender est son inspiration asiatique avouée. Tant sur le point graphique, où les créateurs se sont inspirés du manga et du dessin animé japonais que sur le point historique car la série regorge de références culturelles et philosophiques asiatiques. En effet, l’histoire s’inspire de philosophie chinoise (Confucianisme), japonaise (Taôisme) et népalaise (Bouddhisme) mais aussi de toute un pan de cette culture, que ce soit au niveau du look des personnages (Aang a tout du parfait petit moine Shaolin), de leurs capacités martiales, de leurs langues et de leurs références culturelles. Une bonne façon pour le réalisateur de brasser toutes ces cultures et de les soumettre aux peuples occidentaux.

Dans les faits, si Shyamalan a accepté d’embarquer dans ce projet c’est avant tout grâce à l’insistance de ses filles, toutes deux fans du dessin animé. Sous l’insistance de celles-ci, il se laisse convaincre mais demande de pouvoir participer à l’écriture du scénario et à la production du film. Exigences bien évidemment acceptées par la Paramount qui fait de Night le scénariste, producteur et réalisateur d’une trilogie qu’il espère rentable. Malgré son talent, un film aussi ambitieux est une première pour le réalisateur, plus à l’aise dans les ambiances plus feutrées et intimistes de sa Pennsylvanie adorée. Sa réaction fut d’ailleurs surprenante lorsqu’il s’est rendu pour la première fois sur le plateau installé au Groenland : « Dès que nous avons commencé le tournage au Groënland. Quand nous avons posé les pieds au milieu d’un village reconstitué et que j’ai vu tous mes acteurs avec leurs armures, leurs casques... J’ai eu un choc et j’ai compris que c’était mon film le plus ambitieux que j’étais en train de tourner. » Outre ces impressionnants décors, Shyamalan doit pour la première fois composer avec la mise en place d’énormes scènes d’actions mêlant effets spéciaux et combats martiaux. Il était donc primordial que les comédiens principaux possèdent un talent non seulement pour le jeu mais aussi pour l’action et la baston. Le casting fut long mais finalement Shyamalan trouva la perle rare en la personne du débutant Noah Ringer, comédien de dix ans correspondant presque traits pour traits avec le héros animé mais aussi champion de taekwondo de l’Etat du Texas. Dev Patel possède quant à lui une longue expérience de taekwondoka puisqu’il est ceinture noire de ce sport. De quoi assurer de beaux combats bien réalistes.

Afin de doter le tout de davantage de réalisme, Shyamalan s’est entouré d’une belle brochette de techniciens puisqu’on retrouve Andrew Lesnie (chef opérateur oscarisé chez Peter Jackson), Judianna Markivsky (chef costumière sur la saga Harry Potter et X-Men) ainsi que Conrad Buff, monteur chez James Cameron. Des pointures entrainées à gérer l’action qui devraient grandement faciliter le travail du réalisateur. C’est aussi dans la capacité à bien s’entourer qu’on reconnait les plus grands. Signalons aussi que le film sera exploité en 3D en plus de son exploitation classique. Suite au sucées d’Avatar (encore lui) et autres, la production décida, lors de la post prod, de « gonfler » le film pour un passage à la 3D. Bon…espérons toutefois que cela ne nuise pas à la qualité de l’ensemble. Un gros blockbuster que le réalisateur veut « adulte » bien que basé sur une histoire destinée aux plus jeunes. Une belle façon de reconquérir un public qui le boude depuis quelques années.

LA BANDE ANNONCE

PREVIEW CINE - Cell 211

Un prophète en son pays

Par Caligari

Au pays cinématographique des transsexuels flamboyants à la sauce « almodovarienne », des orphelinats hantés ou encore des caméras tremblotantes mises en quarantaine pour cause de zombiïte aiguë, il restait encore une place à pourvoir, celle du petit thriller teigneux, sec et sans concession. Et quand ledit thriller se double d’un film de prison riche en personnages plus détraqués les uns que les autres, à une période où les vadrouilleurs de Prison Break et un certain prophète multi-césarisé sont encore dans tous les esprits, il se place d’emblée comme un succès en puissance (du moins, dans son pays d’origine).

Adapté d’un roman de Francisco Pérez Gandul, Cellule 211 narre les mésaventures de Juan Oliver, futur maton se retrouvant au cœur d’une mutinerie de prisonniers le jour où il est juste venu inspecter les lieux de son boulot prochain. Se voyant contraint de se faire passer pour l’un des leurs auprès des écorcheurs d’enfants en puissances, sous peine de finir en chair à pâté en moins de temps qui n’en faut pour dire « coup de la savonnette », il se retrouve vite au cœur d’un concours de « qui a la plus grosse » avec Malamadre, homme fort (bien que petit et trapu) de la communauté de délinquants. Le jeunot inexpérimenté se révèle au final avoir une âme de leader et se retrouve à la tête de la rébellion aux côtés de la « mauvaise mère ».

A l’instar d’Un prophète – dont il est un pendant plus ancré dans le genre du thriller – le film de Daniel Monzón a remporté une flopée de Goyas (Césars – ou Oscars – espagnols) et rencontré un franc succès dans les contrées ibériques. Si la proximité thématique et chronologique des deux films forcent à l’évocation du film-fleuve de Jacques Audiard, Cellule 211 s’en éloigne à bien des niveaux, se rapprochant plus, tant au niveau scénaristique qu’esthétique, d’une bonne saison (c’est-à-dire la première) de Prison Break. En dépeignant une galerie de personnages typés, voire stéréotypés, pour mieux retourner les codes attendus, le film privilégie les rebondissements à foison dans une intrigue se resserrant sur quelques heures à l’évolution progressives des personnages chère à Audiard. C’est en cela que Cellule 211, impeccablement réalisé et bénéficiant d’une interprétation irréprochable – notamment celle de Luis Tosar, éminemment « robertdeniresque » en Malamadre -, s’inscrit plus clairement dans un genre que son homologue français, plus ambitieux, mais pas forcément plus réussi.

Thriller nerveux construit sur le principe du huis clos et de la représentation de la société à travers une communauté ostracisé, Cellule 211, s’il peut donner l’illusion d’être formaté et calibré, tout comme pourrait l’être une série, réserve bon nombre de rebondissements disséminés tout du long du métrage, et s’achemine vers un final dur, violent et désespéré. Ayant clairement choisi un genre dans lequel s’inscrire, Monzón y insuffle une véritable dimension humaine, voire sociale, presque plus importante que dans le film d’Audiard, pris plus au sérieux par toute une frange de la critique.

PREVIEW CINE - Djinns

Les rats du désert

Par Dante

Le cinéma de genre en France, on y croit ou pas, mais voilà des années qu’on nous promet la perle qui va ressusciter une bonne fois pour toutes ce parent pauvre du cinéma hexagonal. Au fil des ans, quelques sorties françaises ont créé le buzz en raison de leur qualité, leur ingéniosité ou leur jusqu’au boutisme, mais aucune n’a encore acquis l’unanimité des critiques et du public pour s’imposer définitivement. Est-ce que Djinns changera la donne ? On peut en douter, malgré tous les bons échos qui nous en parviennent, la distribution risque d’être catastrophique et la publicité peu porteuse. Une habitude sur ces terres dévolues au drame social et à la comédie pataude.

Mais au lieu de ressasser ces sombres pensées, concentrons-nous sur ce film qui pourrait se révéler à la hauteur de nos attentes. Premier film d’Hugues et Sandra Martin, couple à la ville, connu pour avoir réalisé quelques clips et publicités, le parcours presque normal pour des jeunes réalisateurs de genre. Mais ces deux-là n’ont pas choisi la facilité pour leur premier film, car ils ont décidé de faire un film fantastique dans les règles du genre, le tout transposé en pleine guerre d’Algérie. Une double note d’intention qui peut s’avérer aussi prometteuse que ... désastreuse. Cependant, on ne peut que saluer le courage de ce tandem pas comme les autres, tant on connait les difficultés de monter un projet comme celui-ci et de le situer en outre dans un contexte historique que la France est loin de revendiquer. Et ce mélange des genres bien que souvent utilisé dans les séries Z ou B a aussi été le terreau de films plutôt jouissifs tels que Outpost ou La forteresse noire.

Côté casting, on retrouve toujours les mêmes têtes, les acteurs français qui n’ont pas peur de se mouiller dans ce genre de production. Et même si Philippe Nahon est absent de la distribution, c’est Thierry Fremont qui vient prêter sa « gueule » pour jouer au petit soldat dans le désert. Il est aidé par Said Taghmaoui (le seul français à avoir foulé l’île de Lost) et par une brochette de jeunes acteurs plus ou moins charismatiques parmi lesquels Aurélien Wiik, Grégoire Leprince Ringuet ou encore Cyril Raffaelli. Et d’autres moins connus mais pas moins talentueux tels qu’Emmanuel Bonami. Un casting qui sent la testostérone puisqu’ils interprètent une unité de paras français qui, suite à une mission à haut risque, trouvent refuge dans une citadelle abandonnée et y réveillent les djinns, des esprits du désert aux intentions peu amicales. On ne peut s’empêcher de penser à La Forteresse noire de Michael Mann, et on peut craindre que les auteurs aient un peu trop tendance à étaler leurs références comme le font bon nombre de leurs collègues.

Mais pour en juger, allez chercher une salle où le film sera diffusé à partir du 11 août prochain, et espérez que ce nouvel essai français apporte sa pierre à l’édifice du cinéma de genre hexagonal, ce dont nous rêvons tous.

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - L’apprenti sorcier

Fantasia chez les ploucs ?

L’apprenti sorcier naît en 1797 sous la plume du romancier allemand Johann Wolfgang von Goethe sous le titre original de Der Zauberlehrling. En bonne partie inspirée de Les Amis du mensonge ou l’incrédule de l’écrivain grec antique Lucien de Samosate, la ballade conte la mésaventure du disciple d’un grand magicien qui profite de l’absence de son maitre pour jouer avec ses pouvoirs magiques. Il anime ainsi un balai et le charge d’aller quérir des seaux au ruisseau afin de remplir une cuve. Mais l’apprenti perd le contrôle de l’objet animé et se voit contraint de le briser en deux. De ces deux parties renaissent deux balais qui repartent de plus belle et provoquent une inondation dans la maison.

Ce traité métaphorique et poétique sur la sagesse est repris un siècle plus tard par le compositeur français Paul Dukas qui, le soir même de la première représentation de ce scherzo symphonique, lors d’un concert de la Société nationale dirigé par le chef lui-même, est porté aux nues par le public et la critique. Il faut dire que son orchestration souligne à merveille les rythmes et mouvements de la frénétique course des balais, symbolisés par le basson qui s’anime de plus en plus énergiquement dans un rythme répétitif. Dukas matérialise musicalement le poème de Goethe et enivre l’assistance dans un étourdissant tourbillon de sonorités méticuleusement étudiées et aboutées.

Il faudra néanmoins attendre quarante années supplémentaires pour que la symphonie gagne définitivement ses lettres de noblesse. Dukas lui-même n’aurait pu prédire que sa composition conquerrait les oreilles du monde entier par l’intermédiaire d’une souris animée sur un écran. En 1937, alors que les studios Disney viennent de rencontrer leur premier succès au cinéma avec leur premier long métrage d’animation (Blanche-Neige et les sept nains), Walt décide de développer en parallèle un deuxième long, Pinocchio, et un court animé qui s’inspirerait de L’apprenti sorcier. Une oeuvre destinée à réconcilier la jeunesse avec la musique classique qui sera orchestrée par Leopold Stokowski accompagné en images par le nain Simplet, personnage à la maladresse touchante qui a su conquérir le coeur des têtes blondes. Finalement, Walt préfère remplacer le nabot aux longs cils par Mickey Mouse, souris déjà vue dans de nombreux courts dessins animés dont l’image décline depuis quelques temps. Achevé l’année suivante, le court incite les studios Disney à persévérer dans l’association musico-animée et de produire une oeuvre plus conséquente exploitant cette thématique. En 1940 sort sur les écrans, peu de temps après Pinocchio, Fantasia, film expérimental sans dialogue joué par l’orchestre de Philadelphie sous la direction de Stokowski. Au sein de cet ensemble de sept séquences animées illustrant huit extraits musicaux, on retrouve le ballet des balais orchestré par Mickey Mouse.

Soixante-dix ans plus tard, une nouvelle adaptation du poème original s’apprête à gagner les salles obscures. L’apprenti sorcier, nouvelle collaboration de Jerry Bruckheimer avec la major aux grandes oreilles (les sagas de Pirates des Caraïbes et de Benjamin Gates émanaient déjà de la fusion de ces deux maîtres en blockbusters familiaux), est une tentative à peine cachée de surfer sur le succès de la franchise Harry Potter (qui touche pourtant doucement à sa fin). La question est : comment ériger un long métrage à partir de la dizaine de minutes du segment originel ? Cette tâche incombe au départ au scénariste David Berenbaum (Les chroniques de Spiderwick) avant que le projet ne soit finalement abandonné vu le faible succès du Manoir hanté et ses 999 fantômes. L’idée ressurgit en 2007 à la suite des réussites financières des collaborations avec le producteur indépendant Bruckheimer. Du coup, le projet renaît et est confié à Jon Turtletaub, le réalisateur des deux volets de Benjamin Gates. L’écriture est quant à elle confiée à Mark Rosenthal (Star Trek épisode VI), Lawrence Konner (La planète des singes) et Matt Lopez (La montagne ensorcelée) à qui incombe la difficile tâche de tisser une histoire ensorcelante à partir de quelques fils épars. Naissent ainsi aux côtés de l’apprenti sorcier une série de personnages qui tous concourent à une guerre entre les forces du Bien et du Mal, entre la magie blanche et noire.

Rien de bien neuf sous le soleil. Pourtant, cette sorcellerie ambiante chère au binoclard de Gryffondor s’illustrera cette fois dans un décor réel et célèbre : New York. La Grosse Pomme s’est vue investie durant trois semaines par les équipes de tournage : des courses poursuites sur la 6ème Avenue et dans Times Square, un nouvel an chinois en plein Chinatown, une agression dans une station de métro de la 7ème Avenue. Autant d’épisodes qu’ont pu vivre en direct et en avant-première les New-Yorkais avant que les écrans internationaux n’accueillent cette nouvelle épopée du trio Bruckheimer-Turteltaub-Cage...

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Chatroom

Mdr kikoo lol.

C’est toujours un plaisir que d’apprendre le retour d’Hideo Nakata. Un plaisir mâtiné d’angoisse tant l’homme parait inconstant et capable du meilleur (Ring, Kaosu) comme du pire (Le Cercle II). Sur le papier, ce nouveau projet ne semble pas partir sous les meilleurs auspices. Un film anglais sur lequel Nakata est arrivé tardivement, un film horrifique clairement orienté teen avec casting de jeunes premier(e)s qui vont bien et le tout adapté d’une pièce de théâtre. A première vue, ce projet sent le sapin à plein nez mais si on se penche un peu plus sur la carrière du bonhomme, on remarque que, par le passé, il a déjà donné dans le teen movie avec L : The Last Word et l’adaptation de pièce de théâtre avec le très esthétique Kaidan. Que se cache donc derrière cet énigmatique Chatroom ? L’histoire simple et actuelle de William, un jeune adolescent mal dans sa peau, comme tous les ados, qui lance un forum de discussion virtuel. Bien vite rejoint par d’autres jeunes de sa ville se servant du chat pour parler de leurs problèmes et étaler leur mal-être. Au fur et à mesure des discussions William va exercer sur eux une influence néfastes, les forçant à cesser de se lamenter pour passer à l’action. Mais William est bien plus qu’un simple adolescent perturbé… Un sujet qui incite à la prudence tant les thriller 2.0 sortis jusqu’à présent sont loin d’avoir convaincu. Inutile de se souvenir des lamentables Traque Sur Internet, Terreur.Com ou The Card Player

Le film est basé sur une pièce anglaise destinée à un public adolescent écrite par la journaliste anglaise Enda Walsh. Elle s’est ensuite chargée de l’adaptation pour le grand écran. Il est évident que l’arrivée d’un réalisateur de la renommée de Nakata a boosté le projet, le sortant de l’ombre et l’amenant en pleine lumière. Mais qu’est-ce qui a bien pu titiller le réalisateur nippon dans cette histoire ? Certainement les nombreuses similitudes entre le scénario d’Enda Walsh et les problèmes de communication rencontrés par la jeunesse nippone. « Une Japonaise déprimée qui avait renoncé à vivre a contacté un homme sur un site web qui se vantait d’être à la disposition des autres et de réaliser leurs moindres désirs. Il l’a étranglée jusqu’à ce qu’elle meure. Une autre personne a trouvé un moyen "doux" et "indolore" de se suicider en ingurgitant du savon liquide à la kératine. Il a fait circuler l’information sur un site web et 26 Japonais se sont suicidés en un mois. Un employé de constructeur automobile croyant qu’il allait être renvoyé s’est épanché sur son sort sur un blog. Personne ne s’est intéressé à lui, ne l’a réconforté ou aidé. Lassé de sa solitude dans son malheur, il a loué un camion, a écrasé 4 personnes et en a poignardé 3 autres. Des exemples comme ceux-ci, il y en a eu beaucoup d’autres au Japon récemment. Chatroom fait écho à cette réalité que nous partageons. »

Une autre composante pouvant expliquer l’implication du nippon sur le projet réside dans l’utilisation et la mise en scène des nouvelles technologies de communication, élément que l’on retrouve, en filigrane, dans une bonne partie de l’œuvre du réalisateur. « Quand j’ai réalisé Ring par exemple, il y a 10 ans, les jeunes commençaient à avoir un magnétoscope dans leur chambre. A cette époque, c’était par la télé et le magnétoscope que les jeunes voyaient le monde. Dans Chatroom, on a la même approche : on est introduit dans le monde des jeunes, mais Internet a remplacé les anciens moyens de communication. » Le problème dans ce genre d’histoire réside dans la visualisation des scènes intra-numériques. Le rendu est rarement convaincant, Nakata et son équipe se sont donc mis dans la peau d’un jeune adolescent et ont parcouru des centaines de forums afin de récolter le maximum d’informations possible pour rendre crédible le look et le style des chatrooms au centre du film. Nakata s’est aussi focalisé sur les interactions entre les différents protagonistes qui se parlent et communiquent via un écran interposé. Il s’est donc centré sur la jeu des comédiens en privilégiant de jeunes acteurs déjà chevronnés puisqu’on retrouve Aaron Johnson, héros de Kick-Ass, Imogen Poots, aperçue dans le plus que sympathique Centurion de Neil Marshall, Hannah Murray et Daniel Kaluuya tous deux vus dans la série Skins.

Nakata s’est tourné vers des décors « en dur » pour visualiser les différentes chatrooms, pas loin de seize, au centre de l’action. La solution de facilité eut été de céder au tout numérique et de laisser l’équipe de post-production se charger du boulot mais Nakata, perfectionniste dans l’âme a placé sa confiance en Jon Henson, chef décorateur du projet qui fit preuve d’énormément d’inventivité sur le plateau. Voilà donc qui est plutôt rassurant, même si au premier abord le projet n’est pas des plus excitant. Pourtant on a là un réalisateur compétent officiant dans son genre de prédilection associé à un casting « hype » et une note d’intention des plus louable. Ajoutons à cela une sélection cannoise, qui n’est en rien un critère de qualité mais tout de même et Chatroom possède, finalement, suffisamment d’argument pour titiller le spectateur. Reste à savoir si le Nakata de Chatroom sera celui de Ring et Kaidan ou celui du Cercle II…la réponse en août, dans toutes les bonnes crémeries.

PREVIEW CINE - The killer inside me

‘I don’t care if it hurts just so long as it’s real.’

Cinéaste multiface, Michael Winterbottom est un mec qui aime secouer et déranger son public. Fort d’une filmographie déjà impressionnante – dont le très rock 9 Songs, censuré en France – le bonhomme laisse toujours trainer sa caméra du côté des vices et des penchants les plus sombres de l’esprit humain, du côté de l’absurde, de la violence et du réputé infaisable. Après s’être attaqué aux soi-disant impossibles adaptations de La Vie Invraisemblable de Tristam Shandy (Tournage Dans Un Jardin Anglais) et du Jude de Hardy, Winterbottom s’attèle cette fois à la transposition du célèbre Killer Inside Me de John Thompson, pulp fiction phare des années 50.

Ce fut bien entendu, un travail de longue haleine. A l’origine du projet, il y a surtout l’envie du réalisateur de s’essayer à un nouveau genre, à savoir le film noir. L’idée était d’abord de pondre un film de gangster en plein Manchester, qui se serait amplement inspiré de l’univers de Daniel Goodis, autre grande figure pulp des années 50. Malheureusement, Winterbottom se heurte à plusieurs problèmes de copyright et d’obtention des droits qui lui font repenser son projet. C’est à cette époque que le bouquin de Thompson lui tombe entre les mains. Il en tombe immédiatement amoureux et lance la machine pour en signer l’adaptation. « J’ai rencontré Chris Hanley, qui détenait avec deux producteurs, les droits du bouquin et j’ai découvert qu’ils essayaient de le porter à l’écran depuis près de 14 ans, et que différents réalisateurs ou scénaristes avaient déjà travaillé sur le projet. ». A l’époque, un scénario signé John Curran existe déjà. « J’ai dit à Chris que je tenais vraiment à ce que l’adaptation soit la plus proche possible du livre, car je le trouvais extrêmement parlant, d’un point de vue cinématographique et esthétique. Il m’a envoyé le script de Curran, qui était déjà très fidèle au bouquin, même si la chronologie de l’action était différente. Je m’en suis inspiré très largement, mais j’ai voulu respecter le déroulement narratif de Thompson. Finalement, le scénario est véritablement un mix du travail de John Curran et de John Thompson. ». Son scénar en poche, Michael W. s’entoure une bande d’acteurs surprenante, parmi lesquels Jessica Alba, Kate Hudson, et Casey Affleck, transfiguré, dont les critiques ont unanimement salué la performance. « Quand j’ai rencontré Casey, explique le réal’, il était très motivé pour faire le film, ce qui est assez rare. Je pense vraiment que Casez reçoit beaucoup de scripts qu’il n’a pas envie de faire. ».

Il faut dire qu’avec son physique de garçon sage et son timbre clair et trainant, le benjamin des Affleck intrigue au moins autant que le héros de l’histoire qu’il incarne. Ce héros, c’est Lou Ford, le shérif réputé tranquille d’un petit village du Texas, qui se découvre une véritable passion pour la violence et la mort. Marchant sur les dignes traces de Christian Bale (American Psycho) et Robert de Niro (Taxi Driver) avant lui, Casey Afleck fait une entrée remarquable dans les clubs très fermé des interprètes psychopathes. Car c’est sur ses frêles épaules que reposent tous les enjeux du film, à savoir dépeindre avec une cruauté et un réalisme poignants la vacuité et la vanité de la violence qui existe dans les rapports humains déjà, mais aussi dans le monde contemporain. « De mon point de vue, s’explique Winterbottom, The Killer Inside Me n’est pas vraiment une fiction. Il met en scène une réalité qui vous pousse à réfléchir à votre propre réalité. Ce n’est pas seulement le portrait introspectif d’un tueur en série (le meilleur selon Kubrick, ndlr), c’est aussi le portrait de notre société. Bien sûr, c’est exagéré et extrême, mais quand on y pense, on fait tous, un jour ou l’autre, du mal aux gens dont on est proches, que l’on aime, et qui nous aime. Les journaux racontent des choses semblables aux événements du film tous les jours, et nous en vivons tous les jours, à une autre échelle, de façon plus domestique. Vous savez, quand vous êtes horrible avec un proche, que ce que vous faites est autodéstructeur et vain, mais vous le faites quand même. Le film est l’expression, concentrée, violente, extrême, du comportement humain. ». Pourtant, aussi cohérente et intelligente que semble être la démarche du réalisateur, force est de constater que le public ne semble guère prêt à appréhender ce genre de discours. Objet de scandale au Sundance Festival de cette année, la force du rejet public devant la violence de certaines scènes – notamment le meurtre de Joyce, personnage de Jessica Alba – est presque instinctive et laisse Winterbottom pantois, désemparé, désarmé. Victime d’un buzz démesuré du fait de son sujet (l’homme et la violence quotidienne) et de son traitement (esthétisme chiadé et réalisme saisissant), le risque de voir The Killer Inside Me crever dans l’œuf avant d’avoir pu exploser dans son intégralité est finalement non négligeable – et bien entendu regrettable.

PREVIEW CINE - Piranha 3D

A l’aide, Captain Igloo !

Nouvel épisode de l’exil hollywoodien du prodige Alexandre Aja, après le calamiteux Mirrors (remake autant que recyclage maladroit de thématiques et de l’esthétisme d’œuvres horrifiques asiatiques, avec un Kiefer Sutherland en mode ronflant), Piranha 3D marquera sans conteste une date dans la carrière du frenchie, qui semble bel et bien avoir perdu une bonne partie de son âme à l’ombre des palmiers de l’usine à rêves, cédant à la débauche de moyens et au train de vie qui en découle (voir son intervention, véritablement symptomatique, dans le sympathique documentaire Viande d’origine française de Xavier Sayanoff et Tristan Schulmann, auteurs du non moins indispensable Suck My Geek !). En effet, la réussite ou l’insuccès du film conditionnera directement la suite de la carrière hollywoodienne du réalisateur (et c’est mal barré, vu l’accueil du film au box-office américain à sa sortie). On peut aussi ajouter que ce n’est pas avec Piranha 3D qu’Aja retrouvera un semblant de sincérité artistique (quoique…), le projet s’avérant une commande en bonne et due forme (même si contrairement aux idées reçues, ce n’est pas un remake de l’opus de Joe Dante ou de sa suite orchestrée dans la douleur par James Cameron). Néanmoins, même si l’on peut polémiquer en affirmant que le système Aja a atteint ses limites (transcendées par son remake de La Colline a des Yeux, qui demeure une réussite éclatante, série B d’une efficacité rare), le cinéaste est loin d’avoir abattu ses dernières cartes et ce serait l’enterrer beaucoup trop vite ; Piranha 3D se parant d’atouts plutôt alléchants…

Passons sur l’utilisation de la 3D dans le métrage, standardisée à outrance à Hollywood (en guise de nouvelle manne financière) et qui devrait essentiellement consister en des effets « up in your face » (l’attaque de poissons carnivores s’y prêtant tout particulièrement) et limiter le procédé à des gimmicks proches des attractions foraines ou de parcs à thème, bien loin de l’aspect « défricheur » du dernier film de James « j’adapte Les Schtroumpfs sans payer de droits à Peyo » Cameron). Autre (apparente) tare du film : une utilisation massive de CGI pas toujours convaincants (chargés de donner vie aux prédateurs marins), refuge du tout numérique qui nous ferait à force éprouver de la nostalgie pour les « gloumoutes caoutchouteuses » de nos bisseries adorées (style Le Retour de la Créature du Lagon et autres péloches pour almanachs de Frédéric Mitterand… ah ah ah).

Mais ce qui devrait réveiller le geek qui sommeille en nous, à en croire les propos d’Aja récoltés au dernier Comic-Con ou dans le Mad Movies de l’été, sera l’aspect purement référentiel et décomplexé de l’ensemble, qui ne manquera pas de caresser dans le sens du poil les cinéphiles déviants dont nous faisons partie. Au-delà du pitch du film, déjà prompt à susciter l’excitation (des teenagers décérébrés, en quête effrénée d’alcool et de sexe lors du Spring Break annuel, se font bouloter par des piranhas préhistoriques), le réalisateur nous garantit un spectacle riche en gore, allant même jusqu’à affirmer que Piranha 3D dévoilera un des plus grands « blood bath » jamais imprimés sur celluloïd (renvoyant le Peter Jackson de Brain Dead à ses divagations new-âge mortifères pour ados dépressives), ce qui sent un peu trop l’argument marketing… D’autre part, le film (défini par Aja comme son propre Gremlins) devrait offrir son lot de réjouissances sous forme d’exercice de style 80’s (passé à la moulinette des années 2000), entre caméo de la légende Richard Dreyfuss (en hommage à l’inaltérable Jaws), présence de Christopher « Retour Vers le Futur » Lloyd en second-rôle et distribution appétissante (Elisabeth Shue, Ving Rhames, Adam « Party Down » Scott, Jerry O’Connell, Dina « Starship Troopers » Meyer et même Eli Roth en organisateur de concours de tee-shirts mouillés !), relevée d’un sex-appeal indéniable par de nombreuses porn-stars, qu’on imagine méticuleusement choisies par Aja (Ashley Brooke, Riley Steele ou encore Gianna Michaels, loin d’être des manches dans l’art de manier la poutre… pardonnez-moi cette blague…).

Espérons surtout que Piranha 3D tienne ses promesses et face plus souvent utilisation aux magnifiques effets des magiciens de KNB (firme de maquillages SFX/prothèses/costumes/effets plateau de Greg Nicotero et Howard Berger) qu’aux effets numériques aperçus dans les divers trailers et teasers. Gageons aussi que le film se vêtira d’une patine « campy » du meilleur effet (n’en déplaise à Aja), entre humour parfois involontaire, gore à foison et petites pépées siliconées en bikini. Et puis, qui ne voudrait pas voir une cohorte de bimbos pulpeuses déchiquetées par des poissons préhistoriques ?

LA BANDE ANNONCE

PREVIEW CINE - Vampires

Dracula was my papa

Alors que l’on désespérait de voir revenir au cinéma des vampires dépouillés de toute surenchère romantique et gothique, arrive tel un preux chevalier campé sur ses gros sabots, Vincent Lannoo, et son auto-proclamé ‘documenteur’ Vampires, qui donne à l’archétype un nouveau visage. Paré de codes qui ont déjà fait leurs preuves dans le paysage audiovisuel belge – ceux de l’émission Strip Tease et du C’est Arrivé Près de Chez Vous de Poelvoorde – le réalisateur livre ici une comédie de mœurs socio-cynique et adopte pour se faire la forme d’un reportage, centré non pas sur le fameux Dr Lulu et autres adeptes du tuning, mais sur une communauté qu’on l’on connait finalement assez mal dans son milieu naturel, à savoir, les vampires belges.

Figure marquante du jeune cinéma francophone, Vincent Lannoo n’en est pas ici à son premier exercice de style. Déjà repéré à l’issu de son court métrage, J’adore Le Cinéma, le bonhomme s’est surtout fendu de l’honneur de réaliser Strass, seul film belge du mouvement initié par les nordiques Lars Von Trier et Vinterberg, le Dogme95. Après le plus classique Ordinary Man, Lannoo revient avec Vampires à ses premières amours : le faux documentaire. Il met ici en scène la vie d’une famille de vampires, qu’une soi-disant équipe de télévision va filmer pendant plusieurs jours. Cette immersion totale dans le quotidien des créatures des ténèbres les plus en vogue de la planète est partie prenante de la formation du nouveau visage du mythe, visage que s’acharne à réhabiliter les amoureux des monstres et des freaks du genre, à l’image de Guillermo Del Toro avec sa saga The Strain. Pour le réalisateur, ce lifting apparait comme grandement nécessaire : « Il était temps de s’interroger sur ce que sont vraiment les vampires, raconte-t-il, d’aller au-delà d’un bon vieux Bela Lugosi, mais surtout au-delà des films actuels qui nous dépeignent cette race de monstres comme de gentils schtroumpfs. Quoi de tel, pour connaître la vérité, qu’un documentaire d’immersion dans une famille de vampires ? ». La grande originalité du film est alors de rapprocher, de façon assez surprenante, la vie des deux races, humaine et surnaturelle. Lannoo l’avoue lui-même : «  À aucun moment je n’aurais imaginé que ces morts-vivants puissent dans leur quotidien nous ressembler à ce point, mais, je suis obligé d’admettre que leur part d’humanité est énorme. Je me suis vite retrouvé témoin des tracas d’une famille presque normale, avec ses problèmes de voisinages, de pouvoir, de respect des règles. Pourtant, nuit après nuit, le documentaire que j’étais en train de tourner devenait de plus en plus politique, de plus en plus incorrect. Car nous y voilà, Vampires est une comédie politique, une satire de l’humanité dans laquelle apparences et réalité sont en constante opposition. ».

L’enjeu du film est donc ici assez inédit. Si, incontestablement, le métrage de vampire a de tout temps servi de prétexte à la mise en scène de concepts et de métaphores tels que l’appréhension du désir charnel, les pulsions de mort et autres réjouissances, rarement une communauté de Buveurs n’aura servi de miroir aux déboires journaliers des pauvres humains que nous sommes. « Belges, Français, Canadiens, développe Vincent , nous connaissons tous des vampires, des hommes et femmes aux dents longues, capables de toutes les pirouettes rhétoriques pour nous sucer le sang. Je ne citerai pas de nom, pas de camp, mais lors des quelques projections publiques, les rires semblaient montrer qu’en chacun de nous un vampire sommeille. ». Dans cette optique de gentille dénonciation, le croisement de genres n’est pas que le résultat d’un quelconque délire psychédélique : « Le rire est une façon agréable de s’interroger, presque inconsciente. Ce fut pour moi le cas au cours de cette aventure parfois potache, parfois burlesque, et, je l’avoue, légèrement cynique. L’une des forces du cinéma de genre, c’est sa capacité à communiquer nos angoisses et nos démons sans réel espoir d’en partager les enseignements. Dans Vampires le mélange de trois genres - documentaire, série B et comédie - offre un terrain au divertissement mais propose aussi un regard critique sur nos contradictions, sur nos propres infamies. ».

Incontestablement original et caustique, Vampires, malgré son prix du public au BIFFF 2010, souffre cependant, depuis sa diffusion en festival, d’une presse plutôt tiède et assez peu enthousiaste. Si l’on salue la fraicheur et les supposés enjeux du projet, on regrette le manque de mordant d’une telle comédie, qui aurait dû cyniquement saigner à blanc l’ensemble de ses protagonistes.

PREVIEW DVD - Cold Souls

Quand une française se met à la science-fiction...

Présenté il y a peu en compétition internationale lors du 28ème BIFFF, Cold Souls aura eu le mérite de captiver une assistance pourtant d’habitude assez bruyante. Ne fût-ce que pour cela, le premier long-métrage mérite sans aucun doute d’être découvert lors d’une exploitation en salles en France que la réalisatrice n’espérait même pas à la base. Profitant de son excellent classement dans les 25 jeunes talents du cinéma outre-Atlantique par le renommé Filmmaker Magazine, la cinéaste française Sophie Barthes compte bien surprendre son monde dans son pays d’origine et faire de Cold Souls, appelé Ames en stock dans l’Hexagone, l’une des grandes révélations de l’année.

Sophie Barthes, que nous avons rencontrée à l’occasion de l’événement bruxellois, semble en tout cas émerveillée par tout ce qui lui arrive, elle qui, au départ, s’orientait plutôt vers le monde du documentaire avant de mettre sur pieds un premier court-métrage fictionnel, sorte de preuve envoyée aux producteurs d’un certain savoir-faire en la matière. Et du savoir-faire, la réalisatrice en a sans aucun doute puisque Cold Souls, à mi-chemin entre la science-fiction et l’hommage au théâtre de l’absurde, offre un spectacle littéralement bluffant sans jamais pourtant abonder en effets spéciaux et autres joyeusetés du genre.

Les amateurs de science-fiction classique en seront donc peut-être pour leurs frais en allant découvrir l’œuvre et ce, à cause d’un traitement assez éloigné des carcans habituels, Cold Souls se rapprochant plus du cinéma de Woody Allen (et notamment de Sleeper, l’une des principales influences pour Barthes). C’est d’ailleurs sans aucun doute le rire qui primera tout au long d’un ensemble pourtant riche en références psychanalytiques, telles que Jung.

Intellectuellement très abouti, Cold Souls risque avant tout de surprendre visuellement, Sophie Barthes ayant planché pendant des mois à la question avec son mari et producteur, Andrij Parekh, constituant au passage un portfolio véritablement impressionnant regroupant toutes les influences visuelles dont l’œuvre a pu bénéficier.

Les amateurs de beau verbe et d’esthétique raffinée seront donc sans aucun doute ravi de découvrir une film multiculturel réalisé par une cinéaste française avec, dans le premier rôle, le mythique Paul Giamatti. Irréprochable tout au long de sa carrière, notamment pour ses rôles dans American Splendor, L’illusionniste ouLa Jeune Fille de l’eau, le comédien excellera sans aucun doute dans l’interprétation d’un personnage construit sur mesure pour lui.

Le pitch de l’œuvre fait d’ailleurs ouvertement référence au comédien : Paul Giamatti, célèbre acteur américain, est en pleine crise existentielle. Il se cherche, peinant même à trouver le ton juste lors des répétitions de sa prochaine pièce, « Oncle Vania » de Tchekhov. Il entend alors parler de la « Banque des Ames », laboratoire privé proposant un service des plus intrigants : soulager les patients de leur âme. Séduit, il décide de procéder à l’ablation de son âme. S’en suivent des réactions en chaîne dont il n’imaginait pas l’ampleur...

Si certains pourraient trouver le concept même d’âme extrêmement religieux, il n’en est pourtant rien, Sophie Barthes se disant « totalement athée » mais proposant plutôt que les spectateurs perçoivent Cold Souls comme une œuvre empreint de mysticisme. S’il ne fait aucun doute que le métrage interpellera une bonne partie du public, reste à savoir si celui-ci adhèrera à la vision surréaliste de Barthes, un large partie des férus de ciné étant désormais moins habitués aux ensembles surréalistes.


BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Le Dernier Exorcisme

Oh Lord, you’d better get in touch with the Devil.

Alors que zombies, vampires et loups-garous, ont tous récemment bénéficié d’un lifting considérable, l’indomptable Prince des Ténèbres s’est fait plutôt discret sur les écrans, comme s’il s’était cinématographiquement et publiquement éteint avec la gracile et tristement célèbre Emily Rose. Mais le Diable est un menteur, c’est Friedkin himself qui le dit et pour preuve : il revient cette année dans un faux documentaire réalisé par l’inconnu Daniel Stamm avec le portefeuille des deux figures désormais incontournables du cinéma d’horreur, Eli Roth et Eric Newmann.

Qu’un réal’ allemand tout juste sorti de l’école de cinéma se retrouve à la tête d’un projet tenu par le Bear Jew himself tient presque du miracle. Avec un seul métrage à son actif, le désormais très hype A Necessary Death, Stamm a déjà fait l’expérience du faux documentaire à ambiance en mettant en scène un groupe de fanatiques ayant décidé de réaliser le film de leur suicide collectif. C’est cette atmosphère si particulière qui va séduire Eli Roth, producteur, qui à l’époque, cherche un réalisateur pour monter le script dont il vient de tomber amoureux. « Strike Entertainment travaillait sur le scénario de Huck Botko et Andrew Guarlands (les auteurs du Dernier Exorcisme ndlr) mais ne parvenait pas à réunir les fonds nécessaires jusqu’à ce qu’Eli Roth lise le script et en tombe amoureux, raconte Stamm. Le problème, c’est que le temps que cela se fasse, les deux auteurs se sont retrouvés pris par un autre projet et il n’y avait plus de réalisateur en course. Un de mes amis qui travaille à l’American Film Institute, a entendu dire qu’on recherchait quelqu’un pour faire un faux documentaire. Il a donc donné aux producteurs une copie de A Necessary Death. Deux jours plus tard, j’avais le job. » Au-delà du style qui a fait son bonheur, il n’en reste pas moins que Daniel Stamm est, au moment de la mise en place du projet, vierge de toute expérience horrifique. Outre un scénario chiadé qu’il a beaucoup retravaillé avec ses auteurs, c’est la documentation et l’appréhension qui est faite du sujet qui le sauvent. Eli Roth s’en explique : « L’exorciste est pour moi l’un des films les plus terrifiants de tous les temps. Je me suis demandé comment il était possible de faire quelque chose d’encore plus terrifiant, et c’est impossible ! Il fallait donc s’y prendre autrement pour rendre le sujet intéressant. En lisant le script du Dernier Exorcisme, j’ai aimé l’idée que le héros ne croie pas du tout à tout ça et pense qu’il peut prouver que les exorcismes ne sont que des fumisteries. »

En effet, c’est à un regard radicalement nouveau que va se heurter le public. En réactualisant le principe universel de l’arroseur arrosé, principe qui avait déjà été réhabilité par Terry Gilliam dans Brothers Grimm, Le Dernier Exorcisme nous montre un prêcheur haut en couleur qui pratique des exorcismes bidons pour arnaquer les foules et qui, suite à plusieurs dérapages ayant entrainé la mort de certains de ses ‘clients’, décide de révéler au grand public les secrets de sa mise en scène. C’est sans compter bien sûr sur l’arrivée de Nell Sweetzer, jeune fille innocente et recluse, victime de crise de somnambulisme au terme desquelles elle se réveille couverte de sang animal. Maltraitance, folie ou véritable possession, c’est la question que va tenter de résoudre le prêtre charlatan, quitte à faire, au sens propre comme au figuré, une croix sur ses convictions personnelles.

De fait, le choix de la caméra subjective n’est pas du au hasard. « Cette façon de tourner, explique le réal’, abolit le quatrième mur et provoque une peur plus réaliste. On peut effrayer avec ce que l’on ne voit pas car les gens acceptent que la caméra ne puisse pas tout capter. J’espère que ce style va perdurer, car à l’époque du Projet Blair Witch, les gens se plaignaient que le film n’était basé que sur un gimmick, ce qui n’est pas vrai. Ce genre de fiction existe depuis longtemps. Et pour les comédiens, c’est le pied, car on tourne de longues prises qui leur permettent d’approfondir les choses et de développer une certaine dynamique, un peu comme au théâtre ». Point central du métrage, sur lequel repose toute la tension et les enjeux du script, le casting était essentiel. En les personnes de Patrick Fabian et Ashley Bell, Stamm avoue avoir trouvé des perles rares – et ne pas les avoir épargnées. A l’image de Lars Von Trier, son idole, Daniel Stamm tient à mettre ses acteurs en danger : « Lors des essais, nous avons beaucoup improvisé pour essayer de trouver les personnages. Au moment du tournage, je disais aux comédiens de faire ce qu’ils voulaient, car je crois que leur donner des indications trop précises ne les aurait pas aidés. De cette manière, ils apportent tellement plus d’eux-mêmes que ça rend le résultat plus réaliste. Tourner sans s’en tenir au script permet de mettre les acteurs en état d’alerte permanent, car ils ne savent pas ce qui va se passer. Il faut les amener à leur point de rupture. J’aime faire 30 ou 35 prises d’une même scène, jusqu’à ce qu’ils se mettent en colère contre moi et que cette colère soit visible à l’écran. A ce moment là, ils ne jouent plus et on obtient de vrais grand moments de cinéma. ». Qu’est-on alors légitimement en droit d’attendre d’une production qui verrait se rencontrerEli Roth, Eric Newman et le naturalisme d’un héritier de Von Trier ? Une révolution, ou plus simplement, une sacré glauquerie ? Plutôt bien accueilli outre-Atlantique, et bénéficiant d’une accroche assez dingue signée Mad Movies, Le Dernier Exorcisme n’a pas fini de faire le malin. A vos bréviaires dès le 15 septembre.

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PREVIEW CINE - Laisse-moi entrer

Adaptation d’un livre intitulé Let the Right One In, de l’auteur suédois John Ajvide Lindqvist, l’histoire a déjà été transposée au cinéma en 2008 par un autre suédois, Tomas Alfredson. Devant le succès critique qu’engendre Morse (titre sous lequel il est sorti en Hexagone), le film fait l’objet, à peine quelques mois après sa sortie en 2008, d’un rachat des droits par les studios américains, qui aboutit à ce remake, deux ans seulement après l’original. Il faut souligner que le public ricain, peu friand des films étrangers en version originale, avaient quelque peu boycotté le film original. Une attitude que dénonçait voici quelques mois Tomas Alfredson : "C’est assez triste que le grand public américain soit incapable d’entendre des langues étrangères. Pour moi ça sera intéressant si leur remake est original, s’ils parviennent à ajouter quelque chose de nouveau dans l’histoire. Sinon, si c’est pour faire un film « mainstream », je pense que c’est déplorable."

Remake US oblige, la banlieue de Stockholm est abandonnée au profit d’un pavillon de moyenne banlieue aux States. La structure narrative est en revanche quasiment conservée intacte, à de rares exceptions près. L’histoire est centrée sur Owen, un adolescent fragile, élevé par sa mère alcoolique, qui subit quotidiennement les brimades de ses camarades de classe. Lorsqu’il découvre Amy, une voisine de son âge, Owen est d’emblée intrigué par la jeune fille et une indéfectible amitié se noue rapidement entre ces deux parias rejetés par leurs semblables. Il faut dire qu’Amy conserve un lourd secret : elle appartient à la classe des vampires et se nourrit de pauvres hères sitôt qu’elle a les crocs...

Ne se bornant pas à une simple reproduction plan par plan du métrage suédois, Laisse-moi entrer (Let me in en vo) en épouse néanmoins certains cadrages, certains artifices créant une relation intimiste avec les deux enfants héros de l’oeuvre. La recherche d’acteurs capables d’habiter ces deux personnages torturés a d’ailleurs constitué l’essentiel de la phase de production. Des castings menés sur trois continents sous la direction d’Avy Kaufman, aguerrie dans cette tâche ingrate puisqu’elle a notamment déniché Haley Joel Osment pour Sixième sens de M. Night Shyamalan, débouchent finalement sur deux jeunes acteurs talentueux : Kodi Smit-McPhee, le petit garçon de La route et Chloe Moretz, la botteuse d’arrière-trains de Kick Ass. Deux jeunes acteurs avec lesquels le réalisateur Matt Reeves (Cloverfield) a énormément discuté afin de les préparer à l’interprétation de leurs personnages sombres et complexes.

Captivé par ce conte vampirique, Matt Reeves, à peine sorti de son film de monstre géant sans monstre, s’implique énormément sur le projet et prépare minutieusement son travail afin de rester le plus fidèle possible à l’oeuvre de Lindqvist. Ce dernier tenait d’ailleurs en haute estime Reeves qui avait réussi, avec Cloverfield, à faire du nouveau à partir d’un thème très ancien, de la même façon que son roman revisite et réactualise le mythe du vampire. Il est d’ailleurs cocasse que la Hammer films, restée mutique en terme de production pendant une trentaine d’années, rempile avec des vampires, ceux-là même qui avaient établi sa renommée durant deux décennies.

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Paranormal activity 2

The monster meets the family

On prend –presque- les mêmes, et on recommence. Après les presque 70 millions de dollars de recette engendrés par le premier film, la Paramount n’a pas lésiné sur la production d’un deuxième volet au bébé d’Oren Peli. Cette fois, pas d’amateurisme forcé, de trucages cheap et de budget limité, mais un scénario, un nouveau réalisateur et surtout, des bénéfices.

Alors que certains noms des plus alléchants ont circulé quant à la réalisation de ce deuxième opus – Brian de Palma et Kevin Greutert notamment -, c’est finalement un dénommé Tod Williams qui hérite de projet. Inconnu au bataillon, ce dernier n’a pu faire ses armes qu’à la tête de deux longs métrages, The Adventures of Sebastien Cole et Door In The Floor - seul ce dernier a bénéficié d’une sortie direct to dvd dans nos contrées. Oren Peli, le créateur original du concept, reste quant à lui à la barre en tant que producteur. « Nous nous réjouissons que Kip (aka Tod Williams ndlr) travaille avec nous, déclare Peli. C’est le gars qu’il nous fallait à la direction, parce qu’il sait exactement ce qu’il veut offrir aux fans… Et je suis impatient de participer à ce qu’il prépare. Je ne veux pas gâcher le suspense mais je promets que vous serez surpris. » Et pour cause. Avare de l’entretien du suspense et du mystère autour de leur nouveau jouet, les mecs de la Paramount ont distillé leurs informations au compte goutte. Les uns après les autres, sept trailers ont vu le jour sur la toile, tous divulguant une nouvelle information. La plus démente d’entre elles concernerait le retour du Micah, supposé mort à la fin du premier PA…

Car il n’est pas question dans ce second film d’initier un nouveau départ et de partir à la rencontre de nouveaux protagonistes. Paranormal Activity 2 commence très exactement là où le premier s’était terminé. On y suit Katie, toujours possédée, ses errances et ses tourmentes, jusqu’à une nouvelle maison, qui se trouve en fait être la baraque de sa sœur chérie. Dès lors, après une série de soit disant cambriolage, la famille de cette dernière décide de faire installer un système de caméra de surveillance pour parer à des nouvelles intrusions – quelle bonne idée, n’est ce pas. Quelle n’est donc pas leur surprise lorsqu’ils découvrent que c’est en fait un démon, en la personne de leur tante, belle sœur et soeurette, qui fout le bordel, et qui en prime, se paye le luxe de s’attaquer à son neveu-nouveau-né ! Acculés, ne parvenant pas à chasser la Katie hantée de chez eux, ils sont condamnés à la tourmente et à la torture.

S’il est permis d’espérer que ce deuxième volet ne sera pas la déception totale qu’avait été en France son aîné, on ne peut s’empêcher de tiquer sur la teneur d’un tel recyclage de concept. Efficace ou non, Paranormal Activity avait au moins le mérite de tenter une reconstruction des formes classiques du docu horrifique, et proposait nombres d’idées sous exploitées, mais intéressantes. Le risque pour ce deuxième volet de n’être qu’une pale copie de son original, déjà peu reluisant, est plus qu’avéré. Reste à savoir si la jeunesse et la supposée originalité de Tod Williams suffiront à faire grimper la jauge d’innovation.

PREVIEW CINE - Le Royaume de Ga’Hoole - La Légende des Gardiens

L’envol de Zack Snyder.

Réalisateur à la fois détesté ou admiré des cinéphiles depuis les succès de L’Armée des Morts (2004), 300 (2007) et de Watchmen - Les Gardiens (2009), Zack Snyder nous revient cette année dans un registre pas si différent, celui de l’animation, avec l’adaptation de la saga littéraire de Kathryn Lasky Les Gardiens de Ga’Hoole. Retour sur un défi visuel que le metteur en scène avoue sans peine avoir accepté de mettre en scène pour ses propres enfants.

Pas loin d’être décrit comme un Seigneur des Anneaux pour plus jeunes, l’épopée de Lasky suit les aventures de Soren, jeune chouette fascinée par les légendes autour des gardiens de Ga’Hoole, des guerriers à plumes luttant contre les forces du mal, qui mettent en péril la communauté des chouettes de Sang-Pur.
Lorsque le terrible Bec d’Acier et son armée reviennent à la charge, Soren se voit obligé de suivre un apprentissage pour devenir à son tour l’un de ces gardiens, et sauver son espèce toute entière.

Initiée en 2003 et achevée en 2008, la série se divise en 15 tomes dont seuls les trois premiers ont servis de base à l’adaptation cinématographique, dont la production fut engendrée dès 2005.
Partant dès le départ sur l’idée d’un long-métrage entièrement en images de synthèse, la Warner Bros fit alors appel à l’auteure elle-même pour scénariser l’adaptation (avant d’être entièrement réécrit plus tard par John Orloff et John Collee).
Le projet stagnera alors durant 3 années, jusqu’au moment où Village Roadshow Pictures, connue pour avoir amplement contribué à la trilogie Matrix, engage officiellement Zack Snyder, alors à peine sorti du succès de l’aventure 300 qui a alors marqué les esprits pour sa violence graphique et son esthétisme particulière.
Conquis par les croquis du directeur artistique Grant Freckelton, Snyder voit en ce projet l’occasion de signer là où personne ne l’attendait, et se lance dans un défi risqué : signer un film d’animation qui conserve pourtant sa patte visuelle désormais reconnue (et décriée).

Pourtant, Snyder est loin d’être un mauvais choix pour diriger le long-métrage.
Alors qu’il étudiait la peinture en Angleterre et le design en Californie (par ailleurs, il avait pour camarades de classe Michael Bay et Tarsem, ça vous étonne ?), le futur cinéaste restait un féru de films d’animation, ne perdant pas une occasion de découvrir les nouveaux métrage des studios Disney, tel Le Roi Lion, sorte de descendant du Royaume de Ga’Hoole quand on y réfléchit.
Une passion venue assez tardivement, puisque enfant, ce sont plutôt des posters de feu Frank Frazetta, des revues sur La Guerre des Etoiles et des exemplaires de Métal Hurlant qui peuplaient sa chambre.

Faites un mélange de tout cela et vous obtiendrez exactement le résultat attendu pour ce film. Avec la contrainte d’enlever toute violence sanglante possible du film, tout en restant une aventure épique et sombre aux couleurs des dessins de Frazetta, Snyder se voit forcé de collaborer avec les artisans de Animal Logic, la société derrière l’excellent Happy Feet de George Miller pour rendre cette aventure crédible.
"Je voulais qu’on puisse s’immerger dans le film et qu’on le prenne sérieusement" affirme le cinéaste "Je ne voulais pas que l’idée que des chouettes portant des casques et ayant leur propre culture puisse faire sourire. Pour cela, il fallait que tout soit extrêmement réaliste (...) L’univers de Kathryn est sombre : dès le départ, on a compris que le film devait l’être aussi."

Clamant sans complexe que son métrage s’inscrit dans la lignée de Star Wars ou du Monde de Narnia (oui bon, à une échelle différente... on le saurait si "Niania" était aussi réussi que la saga de George Lucas - l’originale, bien sûr), le projet part donc sous de bonnes augures aussi bien pour l’équipe que pour les studios, lesquels décident d’en faire un film en 3D dès le débout des conversations.
"Je voulais que la 3D ouvre une fenêtre sur un autre monde, qu’elle nous emmène dans un univers inconnu, à l’instar d’Avatar" souligne Zack, lequel se met alors à expérimenter avec ce joujou aux règles parfois compliquées. Un long processus qui semble servir à merveille les graphismes photo-réalistes de Animal Logic tout en permettant à Snyder de perpétuer sa tradition, c’est à dire balancer des ralentis à tout va et sans cesse jouer avec les effets stylistiques. Pourtant, cette expérience enrichissante l’a également convaincu de ne pas convertir son prochain métrage, Sucker Punch, de crainte de bâcler son travail.

Si il admet que mettre en scène un film d’animation ne change pas vraiment de la réalisation d’un film live, le cinéaste reconnait volontiers qu’il a voulu faire attention aux moindres détails - même presque invisibles, telle la puissance de l’air lorsque nos protagonistes volent - afin de coller aux mieux aux illustrations et storyboards qui ont suivis le projet. Zack Snyder ne peut-il donc pas mettre en scène sans adapter à l’image près un support ? Je vois les détracteurs glousser derrière leurs écrans, mais reconnaissons que ce travail d’adaptation est tout de même bien différent que celui de coller à la puissance graphique des œuvres de Frank Milller, Alan Moore et Dave Gibbons.

Pour le film, Snyder s’est également entouré d’un casting vocal un peu fourre-tout mais d’une grande teneur, à commencer par Jim Sturgess, découvert dans Across The Universe, qui prête son timbre de voix au jeune héros ailé. Face à lui, le maléfique Bec d’Acier est doublé par Joel Edgerton, que l’on retrouvera prochainement dans le "prequel" (inutile) de The Thing. Mais c’est surtout les voix des personnages secondaires qui pourraient intriguer le cinéphile anglophone curieux, puisqu’on y retrouve Helen Mirren en méchante Reine chouette, mais aussi Sam Neill, Hugo Weaving, Geoffey Rush, David Wenham, Anthony LaPaglia et même Leigh Whannell, l’un des géniteurs de Saw. Et pour l’anecdote inutile de cet article, vous remarquerez que ces derniers ont tous pour point commun d’être originaire d’Océanie !

Sorti en Real3D et IMAX 3D le 24 Septembre dernier aux USA, il est malheureux de constater que Le Royaume de Ga’Hoole n’a semble t-il pas convaincu tout le monde : les critiques presses sont jusqu’alors très partagées, clamant que malgré sa beauté plastique et son ton assez noir pour un film pour enfants (après tout, c’est un film classé PG comme on en trouve de plus en plus), l’histoire ne prend jamais réellement son envol. Oh, même pas fait exprès, tiens.
Quant au Box-Office, le film a déjà remboursé son budget de 80 Millions de dollars en amassant, à l’échelle mondiale à ce jour, environ 91 Millions.

Autant dire que le défi a l’air assez bien relevé pour Zack Snyder, lequel se dit déjà prêt à retourner dans le domaine de l’animation... si il en trouve le temps !
Alors qu’il est encore plongé dans la post-production de Sucker Punch, son film d’action-fantasy déjanté qui nous laisse craindre - à la vue de la simple bande-annonce - une overdose du Zack Snyder’s style qui fait à la fois son charme et sa malédiction, ce dernier vient d’être officiellement nommé à la tête du reboot très attendu de Superman, produit sous l’égide des frères Nolan, nouveaux maîtres à penser des studios Warner.
En attendant, si vous voulez voir une aventure épique avec un héros qui vole, c’est dans les salles qu’il faudra vous ruer, avec ou sans vos bambins, le 27 Octobre prochain !

BANDE ANNONCE VF :

PREVIEW CINE - Rubber

Vroum vroum...

Sujet peu commun en ces pages où l’on est plus habitué à parler zombies, vampires, tripes, grosses pétoires et petite pépées mais aujourd’hui on va s’attarder sur les pneumatiques, gommes et caoutchoucs. L’hiver arrive, on est entre deux phases de départ en vacances, il est temps de vérifier ses pneus, surtout si ceux-ci sont possédés par l’âme d’un terrible tueur en série. C’est sur ce postulat de départ que se base Quentin Dupieux pour mettre en boite son dernier effort : Rubber.

Le bonhomme, créateur du tube intergalactique « Flat Beat », s’est depuis quelques années distingué par la nature totalement hors norme de son cinéma et de ses projets. En trois films, Dupieux s’est construit un univers totalement décalé, quelque part entre auteurisme exigeant, série B et surréalisme décalé. Après le totalement abscons Nonfilm et l’excellent Steak, Dupieux s’attaque au film de genre avec Rubber, l’histoire d’un pneu tueur en série mystérieusement attiré par une non moins étrange jeune fille. Baser tout un film sur un personnage omniprésent et non humain peut relever de la gageure pour toute personne normalement constituée mais pas pour l’homme qui a déjà relevé bien d’autres défis. Le challenge le plus compliqué était de le rendre vivant et d’accentuer l’humanité de son pneu. « Donner une personnalité à ce pneu était primordial, l’idée qu’il puisse se remémorer son passé et remonter le fil de son existence s’est imposée comme une évidence. Il y avait un langage à créer, qui a trait aux cadres, au découpage, à la mise en scène. Trouver le langage, c’est trouver une logique à suivre dans le découpage pour brouiller les pistes du spectateur, il fallait donc le montrer à plusieurs reprises évoluant tout seul dans plan, aller vaguement à droite, puis s’arrêter avant de redémarrer ». On le voit, Dupieux a dirigé son pneumatique comme il l’aurait fait avec un acteur de chair et d’os.

Soucieux de son esthétique empruntée au cinéma classique américain et à la série B, le réalisateur s’est tourné vers des effets spéciaux physiques plutôt que numériques. Le pneu se déplace donc grâce à un petit moteur planqué dans la gomme et manipulé via une télécommande par un technicien spécialisé. Les effets gore, dont de nombreuses têtes qui explosent, ont eux aussi été réalisés à l’aide de techniques old school que ne renieraient pas les productions Troma. En effet, les headshot sont montrés à l’écran via de bons vieux ballons de baudruche remplis d’hémoglobine synthétique. Une fois de plus, Dupieux fait preuve d’originalité en privilégiant une approche mécanique et sensorielle là où d’autres metteurs en scène moins scrupuleux seraient partis dans un gloubiboulga tout-en-numérique. Le réalisateur refuse les diktats de la modernité, du rythme effréné et du montage tronçonneuse et prend le temps de construire son film, de le laisser vivre selon son propre rythme, de poser ses enjeux et ses intrigues. Car réduire Rubber à une pantalonnade Z serait réducteur, comme l’affirme le créateur : « ce créneau de cinéma Z ne m’intéresse pas du tout. ». S’il réfute l’appartenance à la série Z et à la vague « Grindhouse » initiée par la paire Tarantino/Rodriguez, Dupieux ne renie pas ses influences fantastiques et cite deux grands noms du genre : David Lynch « a juste un esprit, il fait des films comme il l’entend et cette idée que les spectateurs se retrouvent à regarder un truc qu’ils ne peuvent voir qu’en faisant des efforts colossaux m’amuse beaucoup » et David Cronenberg. « Impossible de ne pas penser à Scanners de Cronenberg quand on filme des têtes qui explosent. C’est un des chocs de mon adolescence. J’aime beaucoup les scènes avec les types qui se regardent en face à face, qui se crispent jusqu’à ce qu’il y en ait un qui explose ». Pourtant, si le film est lent et presque contemplatif, à l’opposé des standards du bis et du Z, le tournage lui s’est déroulé sur les chapeaux de roue et en équipe réduite. Quatorze jours pour tourner l’intégralité du film, de quoi laisser rêver certains producteurs.

On a beaucoup parlé du pneu, héros du film et de tous les plans, mais il serait injuste de passer outre la performance des comédiens « humains » qui l’entoure. A commencer par Roxane Mesquida, égérie des réalisateurs « autres » et habituée aux projets différents puisqu’on l’a vue récemment dans Sheitan et Kaboom. Ici, elle jouera l’objet de l’attention d’un pneu : la mystérieuse et intrigante Sheila. A ses côtés, on retrouve aussi Stephen Spinella et Jack Plotnick. Signalons aussi qu’en bon autodidacte qu’il est, Dupieux, outre son rôle de réalisateur occupe aussi les postes de cadreur, monteur, chef opérateur et compositeur. Point de doute, le film portera la marque Dupieux et c’est bien ça qui rend ce projet tellement excitant. Pour une expérience de cinéma différent, il faudra se rendre en salles début novembre.

LA BANDE-ANNONCE DU FILM

PREVIEW CINE - Saw 3D

Episode final ?

Ca y est, après un an d’attente, voilà déjà la fin du mois d’octobre et le début du mois de novembre. Comme tous les ans, il va venir abreuver nos palais cinéphiliques. Comme tous les ans, les spécialistes le traiteront comme de la vulgaire piquette de supermarché alors que tout le monde se ruera sur lui pour analyser son goût, ses saveurs et sa qualité générale. On dissertera sur son millésime, sur ses arrières goûts. Plus ou moins ceci, plus ou moins cela. Enfin, comme tous les ans, on le comparera à son prédécesseur « moui cette année est meilleure que l’année dernière mais ne vaut pas le 2005 ou le 2008 ». Bien sûr, la qualité n‘est pas au rendez vous tous les ans. Il peut nous offrir d’excellentes surprises comme en 2004, 2007 ou 2009 ou de sacrées gueules façon 2005, 2006, 2008. Ce « il » dont je parle c’est bien entendu le SAW nouveau. Les nouvelles pérégrinations de Jigsaw, notre taré préféré ne vont pas tarder à envahir nos écrans pour un septième et probable dernier épisode. Du moins c’est ce qui se dit…

Le dernier Saw serait donc celui-ci ? On va tout savoir, plus aucune zone d’ombre ne planera sur aucun des personnages et le puzzle scénaristique sera enfin complet ! Permettez-moi d’en douter. Comme toute bonne franchise qui se respecte, sa pérennité se base sur les entrées salles et les recettes. L’épisode VI, malgré d’évidentes qualités, étant celui qui a, de loin, récolté le moins d’argent, les producteurs se sont dit que le suivant clôturerait la saga une bonne fois pour toutes. Mais un bon résultat au box-office de ce septième épisode relancerait bien évidemment la production d’une suite et compter sur les scénaristes Patrick Melton et Marcus Dunstan, auteurs officiels de la série depuis l’épisode IV, pour nous balancer un beau twist et une belle fin ouverte, histoire ne pas fermer définitivement la porte à un éventuel retour de Jigsaw. Tout espoir n’est donc pas perdu pour les fans de revoir Jigsaw franchir gaillardement le cap des 10 épisodes même si, officiellement, aucune mise en chantier d’un huitième film n’a été officiellement envisagée par la production.

Qu’attendre de ce Saw VII, judicieusement rebaptisé SAW 3D dans nos belles contrées francophones ? En premier lieu, vu qu’on retrouve les deux zozos Dunstan et Melton au scénario, on va certainement retrouver les grands ingrédients d’un bon Saw. Dont les flash-backs plus ou moins nébuleux nécessitant le revisionnage des six premiers films afin d’entraver quelque chose à ce qui se déroule sous nos yeux. Les fans hardcore apprécieront, les spectateurs occasionnels navigueront à vue. Du gore cracra réalistico-outrancier à foison. La saga a toujours été innovante dans l’art du meurtre et de la torture, on dirait bien que ce sera encore une fois le cas. On peut espérer une belle séance de menuiserie sur chair en public, un bel hommage au Opera de Dario Argento et tout un tas de jeux de lames, disques tranchants, cage rouillée ainsi qu’un pot pourri d’objets tranchants et contondants en tout genre. Niveau casting, on évolue dans la continuité puisque cette sale trogne de Costas Ken Le Survivant Mandylor sera une nouvelle fois de retour dans le rôle de l’Inspecteur Hoffman pour perpétuer l’œuvre de Jigsaw et se disputer son héritage avec Betsy Russell dans le rôle de Jill Tuck, veuve et légataire du savoir du tueur encapuchonné. Bien sûr, Tobin Bell reprend pour la septième fois le rôle du Tueur au Puzzle. Rappelons que celui-ci meurt à la fin du troisième épisode. On verra aussi le retour de Cary Elwes, héros du premier épisode ainsi que les nouveaux venus Sean Patrick Flannery et Chester Bennington entre autres…Enfin pour diriger tout ce petit monde, la production a choisi Kevin Greutert, un bon choix vu l’excellent travail réalisé sur le précédent opus.

Niveau nouveautés maintenant, comment ne pas parler de l’argument de vente numéro 1 de cet épisode final. Effet de mode oblige, Jigsaw franchit à son tour le cap de la 3D pour mieux nous éclabousser les rétines. Stratégie commerciale numéro 1 de Lion’s Gate, toute la campagne promotionnelle est basée sur cet argument. Un choix risqué vu la médiocrité des précédentes tentatives de cinéma en 3D et la désaffection du public pour les films projetés dans ce format. Les producteurs espèrent relancer la franchise en jouant sur la curiosité des spectateurs ayant délaissé le sixième film et l’attrait gagdet des lunettes 3D. N’oublions pas non plus que la location des binoculaires rapporte un petit supplément pas négligeable dans les caisses du film. Une façon de gonfler les recettes tut en appâtant le chaland de manière presque honteuse. Maintenant soyons claires, la 3D ne risque pas d’apporter grand-chose au schmilblick mais si elle permet des recettes suffisamment élevées justifiant la mise en œuvre d’un épisode VIII alors j’ai envie de dire pourquoi pas ?

PREVIEW CINE - Buried

Break on through

La claustrophobie, la prise d’otage et le manque totale d’échappatoire sont des thèmes récurrents du thriller, maintes et maintes fois exploités à travers les époques. En digne héritier d’Hitchcock et de son sens de la mise en scène, l’espagnol Rodrigo Cortés impose cependant son deuxième long métrage, Buried, comme une expérience unique, étouffante, sacrément brillante et perverse.

Avec son scénario casse gueule et son énorme buzz, Buried avait tout pour faire peur, tant il rappelait de par son déploiement médiatique l’immense déception du genre que fut l’année passée Paranormal Activity. Très vite pourtant, le bébé de Cortés est remarqué en festival et reçoit le Prix de la Critique à Deauville ainsi que le Prix du Nouveau Genre à l’Etrange Festival de Paris. Ce succès, Buried ne le tient pas tellement de son pitch, mais plutôt de l’intelligence de son réalisateur. Indéniablement cinéaste, Rodrigo Cortés pense d’emblée son film en termes cinématographiques, comme un objet où la forme doit coller au fond, sans épargner ni le personnage, ni le spectateur. « Buried n’est pas un film que l’on regarde passivement, explique-t-il. Il s’agit aussi de le ressentir. Le long métrage s’ouvre sur deux minutes d’écran noir, pendant lesquelles on n’entend rien d’autre qu’un homme respirer. Le spectateur commence le film avec Paul Conroy, vit ce qu’il vit et sait ce qu’il sait. Cette séquence était un bon moyen de prouver au public qu’il n’était pas devant un film noir, expérimental et introspectif, mais plutôt devant un thriller à haute tension, à la Hitchcok. Vous êtes dans un cercueil, certes. Mais c’est Indiana Jones qui est enfermé » Au-delà de l’expérience, Rodrigo Cortés prend surtout le pari de faire du spectaculaire avec du linéaire - soit rendre passionnante l’histoire d’un mec allongé dans un cercueil pendant 90 minutes, sans aucune séquence en extérieur. Aussi, concevoir et appréhender émotionnellement son scénario, c’est indubitablement le penser en terme de mise en scène. « Pour commencer, il faut renoncer au bon sens et ne pas se focaliser sur le décors, explique le réal‘. Si on utilise sa raison, on se rend compte qu’un tel film est impossible. Je ne voulais me rendre compte de ça qu’à la dernière minute, pour ne pas éprouver les contraintes de la logique. Je ne pensais qu’aux outils dont j’aurais besoin pour permettre aux gens de ressentir ce que je voulais qu’ils ressentent. Si j’avais besoin de tourner autour de mon acteur ou d’être caméra à l’épaule, je réfléchissais d’abord à l’outil à utiliser et à la façon dont je devais m’y prendre. Réfléchir autrement m‘aurait fait prisonnier des limites de mon sujet. »

Pour tenir la longueur, il fallait un acteur de taille. Il y a trois ans, Cortés prend dans la tronche The Nines, et tombe amoureux de son acteur principal, Ryan Reynolds, soit le Deadpool de Wolverine : « Ce mec est un véritable acteur. Il peut procurer des émotions très profondes par de tous petits gestes. Il est toujours authentique, pas seulement dans la façon dont il pleure ou hurle, mais dans la façon dont il écoute, dont il se tient ou dont il tient un objet. C’est dans des moments comme ceux-ci que la vérité transparait et que la magie se fait. Ryan a un sens parfait du timing. Il a un contrôle total des nuances et de la tonalité d’une scène. » Tourné en seulement 17 jours de quelques 30 à 50 plans chacun, Buried fut indéniablement une expérience physique et sensorielle pour son acteur qui, sous sa gueule d’héros de comédie romantique, cache une intelligence de jeu, assez rare si l’on en croit Cortés : « Ryan ne voulait pas répéter, et au départ, je n’étais pas trop d’accord avec ça. Mais il tenait absolument à tout découvrir en même tant que son personnage, sans préparation. Il voulait que ce soit aussi inconfortable que possible pour lui. On l’a renvoyé à LA le dos en sang, les doigts cramés par le briquet et la peau brûlée par le sable. Mais tout le travail émotionnel fut bien pire. Il a du développer un panel émotions dont la plupart des gens n’auront aucune expérience. Il va de la peur primale à la panique, en passant par la joie, la colère, le renoncement, l’espoir, la frustration… Buried est une valse. Ryan Reynolds a été le meilleur partenaire de danse qu’on puisse imaginer. » Quasi unanime, la critique salue bien sûr la performance de l’acteur, mais aussi et surtout la virtuosité de la mise en scène. Inconnu au bataillon il y a encore peu de temps, Rodrigo Cortés signe ici un objet culte, parce qu’unique, parce qu’ambitieux, parce qu’honnête. Rendez vous six pieds sous terre dès le 3 novembre.

PREVIEW CINE - Le village des ombres

Panique au village

Par Dante

Le cinéma de genre français on y croyait, mais force est d’avouer que l’attente du messie qui réunira succès critique et public et lancera définitivement le cinéma fantastique sur les starting block des productions françaises s’estompe de mois en mois. Si quelques irréductibles y croient encore, l’état actuel des choses laisse tout de même à penser que la fameuse nouvelle vague d’horreur hexgonale est sur le point de repartir de là où elle était venue. La faute à tous ces réalisateurs talentueux qui sont allés voir ailleurs s’il était plus facile de créer (Aja, Gens et cie) ? Peut-être. En attendant la relève n’a plus la même aura. Après Franck Richard et sa Meute passée complètement inaperçue voilà Fouad Benhammou et son Village des ombres qui est malheureusement bien parti pour suivre le même sillage.

Pourtant on y retrouve tous les ingrédients d’un film d’horreur à la française. Faiblesse ou marque de fabrique, on ne saurait dire. Mais ce Village des ombres n’augure rien de bien original, puisqu’on y suit un groupe d’amis qui se retrouve par hasard dans un petit village du nom de Ruiflec et qui se rend bientôt compte qu’il se passe quelque chose de pas très net. Rien de bien nouveau donc dans le paysage du survival sauf qu’ici le réalisateur a convoqué toute une imagerie fantastique piétinant aussi du côté du conte, et à Fouad Benhammou de lancer des références à La maison du diable de Robert Wise ou encore Les Autres d’Alejandro Amenabar.

Avec son casting de jeunes espoirs français où l’on retrouve la nouvelle égérie Christa Terret (révélée dans LOL, y a plus rock’n’roll) qui se balade la bouche ouverte et les yeux écarquillés dans un vieux village français à la recherche de fantômes. On y croise visiblement quelques nazis aussi, mais de là à atteindre l’atmosphère d’un Outpost où d’un Dead Snow, faut pas rêver non plus.

Mais en même temps, ce Village des ombres sera le premier film français à essayer de se la jouer cinéma fantastique espagnol, un nouveau croisement d’influence qui pourrait peut-être accoucher d’un film fréquentable mais qui n’est pas parti pour devenir le fer de lance du fantastique made in France. Mais après tout, il nous est toujours permis d’espérer, jusqu’à la prochaine tentative.

PREVIEW CINE - Harry Potter et les Reliques de la Mort - Partie 1

Vers le milliard en un coup de baguette magique ?

Avec près de 5,5 milliards de dollars récoltés lors de leurs diverses exploitations en salles, les six premiers opus de la franchise Harry Potter font de celle-ci la plus rémunératrice de tous les temps, avant même la sortie des deux derniers volets, dévolus tous deux à rendre grâce à la dernière œuvre littéraire de la désormais légendaire J.K. Rowling. Histoire de gros sous sans aucun doute, malgré les excuses d’un « récit trop dense » sorties par les producteurs, la division des Reliques de la Mort en deux adaptations cinématographiques aura pour effet d’encore gonfler ces chiffres incroyables. Doté de fans toujours aussi fidèle, le petit sorcier risque une nouvelle fois de s’imposer comme le roi du box-office et, surtout, comme l’empereur des billets verts.

A ce titre, l’exploitation 3D de l’œuvre, toujours très vendeuse auprès du grand public a néanmoins été post-posée, Warner Bros. Pictures ne désirant visiblement pas réitérer de suite la vaste blague que fut la conversion tridimensionnelle du Choc des Titans. Harry Potter et les Reliques de la Mort – Partie 1, qui est pour rappel déjà sorti en Belgique et sortira ce mercredi 24 novembre en France, sera donc vierge de tout effet relief, David Yates se concentrant sur la conversion et le tournage de scènes additionnelles pour la seconde partie.

Toujours est-il qu’au-delà de ces aspects purement commerciaux qui ont, trop souvent, transformé la franchise en machine industrielle d’un coup de baguette magique, Harry Potter est avant tout une histoire de passion, passion qui trouvera d’ailleurs son épilogue lors de la projection des dernières aventures du héros de toute une génération. La saga fantastique phare des années 2000 s’est, pour ce faire, parée d’un énorme budget et a joué la carte de la fidélité, David Yates, qui avait déjà sur l’Ordre du Phoenix et sur Le Prince de Sang-Mêlé, ayant été reconduit au poste de metteur en scène.

Dès lors, à quoi faut-il s’attendre au moment de pénétrer dans la salle et de découvrir ce très attendu Harry Potter et les Reliques de la Mort – Partie 1 ? Tout d’abord, à une fameuse dose de spectacle, Yates ne rechignant jamais à mettre en œuvre des séquences vertigineuses dès qu’il en a les moyens (et le moins que l’on puisse dire est que, dans ce cas-ci, il en a). Il ne reste dès lors plus qu’à espérer que le cinéaste ne se perde plus dans un dédale d’effets visuels pompeux et sans intérêt comme cela avait été le cas dans le final bien trop long d’Harry Potter et l’Ordre du Phoenix, où Yates s’était essayer à un exercice de style proche de ceux de Roland Emmerich et de ses méga-spectacles.

Ensuite ? il faut s’attendre à bon nombre de rebondissements et de révélations dans ce septième et avant-dernier opus cinématographique car, même si le récit original de J.K. Rowling a été divisé en deux parties, les masques risquent de tomber dès le départ et les disparitions de pleuvoir sur la bande. Ames sensibles attachées aux personnages, accrochez-vous car, à côté du décès de Dumbledore dans Le Prince de Sang-Mêlé, ces Reliques de la Mort recèlent encore bien plus d’émotions. A ce titre, si le récit de J.K. Rowling en impose dans la matière, il reste néanmoins dommageable que l’écrivain ne prenne que fort peu de risque et s’accroche aux fondamentaux qui ont fait le succès de sa saga livresque.

De ce fait, si le rythme s’annonce plus effréné qu’à l’habitude et que l’émotion sera bel et bien au rendez-vous, Harry Potter et les Reliques de la Mort – Partie 1 (et sa suite, qui sortira le 15 juillet 2011) demeurera sans doute avant tout un spectacle bon enfant, et ce, même si les fans de la première heure ont désormais grandi et désireraient sans doute un spectacle d’un autre calibre. Qu’à cela ne tienne, le film de David Yates sort sur nos écrans et devrait une nouvelle fois permettre à la franchise de briller et, pourquoi, à cette première partie des Reliques de la Mort, d’être le premier film de la saga à passer le cap du milliard de dollars de recettes. Verdict dans quelques semaines…

BANDE-ANNONCE

PREVIEW CINE - Mords-moi sans hésitation

Burn, motherfucker, burn.

Si la saga des Twilight a redonné au mythe vampirique une place de premier choix dans ce lac immense et insondable qu’est la culture populaire, elle a aussi contribué à le priver de sa part traditionnelle de subversivité. Aussi, une parodié du genre eut-elle été la bienvenue, à condition d’être suffisamment pertinente et intelligente pour rendre à la légende tout son mordant et son cynisme. C’était sans compter sur l’intervention des spécialistes du détournement que sont Jason Friedberg et Aaron Setltzer et qui, après les désastres critiques et commerciaux qu’ont été Big Movie, Sex Movie, Spartatouille et Disaster Movie, remettent ça avec Vampires Suck, aka Mords-moi Sans Hésitations.

De lifting en lifting, le vampire commence à tirer la gueule. L’avènement de Twilight et du portrait social qu’il sous tend pousse le mythe dans ses derniers retranchements. Désormais, semble-t-il, il n’y a pour lui que deux échappatoires : le refus du romantisme et le retour à la monstruosité de la goule, sous entendu dans le roman de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan La Lignée et visuellement exploité dans le récent Daybreakers des frères Spierig, ou le recours à la parodie, parti pris du belge Vincent Lannoo et de son mockumentary Vampires. S’il nous avait habitué à plus politiquement incorrect, ce dernier avait au moins le mérite d’avoir compris ce dont il se moquait et de s’attaquer aux clichés du genre de façon pertinente, et surtout sincère. Incontestablement, le réalisateur belge croyait en son sujet, ce qui, au regard des critiques, n’est pas le cas de Friedberg et Setlzer. « Mords-moi Sans Hésitation se plante en beauté, écrit Alistair Harkness du quotidien écossais Scotsman, du fait du principe appliqué par ses réalisateurs de simplement pasticher des scènes du film original, sans chercher à comprendre où et comment pourrait s’exprimer la satire. » En effet, là où il aurait pu frapper fort et embrasser en une seule et même parodie l’ensemble des codes du film de vampires, Mords-moi Sans Hésitation se contente lascivement de ne « s’attaquer » qu’à Twilight et son lot de scènes cultes auprès des fans. Grosso modo alors, ce sont les trois premiers films qu’on nous ressert, condensés en un seul où, à un romantisme échevelé, se substitue un humour des plus lourdingues et surtout, sans respect aucun pour le modèle original : la simple conception d’une scène gag où, parce qu’elle s’est coupé le doigt, Becca (aka Bella) saigne et se voit ainsi figurée en Big Mac par les vampires, en dit long sur l’attachement et l’intérêt des réalisateurs au mythe dont-ils se moquent.

Aussi n’est-on finalement pas étonné de constater l’échec cuisant du film au box office américain. La célèbre base de données de critiques rottentomatoes.com le répertorie comme le film le moins côté de cette année 2010. Car au-delà d’un manque flagrant de profondeur - ce qui, en soit, n’excluait pas que le film ne soit pas bêtement efficace - on souligne la platitude de l’interprétation et la non exploitation des quelques points forts du casting, tels que Ken Jeong et Dave Foley. A cela, vient s’ajouter le non fonctionnement de la majorité des scènes de gags ; Peter Bradshaw pour le Guardian va même jusqu’à écrire : « La dernière fois que j’ai vu une salle de cinéma aussi silencieuse, c’était pendant la projection de Winter Light de Ingmar Bergman ». En définitive donc, le film ne s’impose que comme une pâle comédie/copie visant à la fois à ne pas irriter les fans, mais aussi finalement à les contenter en leur resservant sur le mode de l’humour un film qu’ils connaissent déjà par cœur. Incontestablement, Mords-moi sans hésitation n’est pas la déflagration cynique et satirique qui pourra égratigner un peu le cercueil doré dont est prisonnier le mythe du vampire. On dit qu’on renait toujours de ces cendres ; faites sauter les salles dès le 24 novembre.

PREVIEW CINE - Le monde de Narnia chapitre 3 : L’odysée du passeur d’aurore

Pirates de Narnia

Par Dante

Il y a quelque temps, après les succès record du Seigneur des Anneaux et autres Harry Potter, les écrans avaient soudainement été envahis par des dizaines de films d’heroic fantasy, généralement orientés pour les enfants, chacun précurseur d’une nouvelle saga en puissance. Et alors qu’Harry Potter jette ses derniers sorts en s’offrant le luxe de sortir son dernier tome en deux films pour ainsi étirer l’aventure jusqu’à en juillet 2011, les survivants de cette vague de fantasy sont rares. Parmi eux, Le monde de Narnia, adaptation de la bible de C.S.Lewis, ami proche de Tolkien, qui a su exister pendant des années dans le monde littéraire malgré le succès tant critique que public de son rival/ami. Il en est de même pour le cinéma, où malgré des accueils pas forcement encourageants, la saga continue son chemin et nous livre son troisième opus en ce mois de décembre.

Après un premier opus qui a fait parler de lui pour son penchant plus ou moins assumé pour la symbolique chrétienne et son second tome plus guerrier qui était passé un peu inaperçu lors de sa sortie en juin 2008, L’Odyssée du Passeur d’Aurore prend les flots dans les complexes de l’Hexagone. Pour faire concurrence à Harry Potter, c’est à Noël que la petite fratrie repart sur les terres de Narnia pour de nouvelles aventures. Si on y retrouve les plus jeunes : Edmund et Lucy, les deux plus âgés seront absents de ce nouvel opus. On assiste sinon à l’arrivée d’un nouveau personnage : Eustache, cousin des précédemment cités qui vient apporter un peu de sang neuf et se confronter aux Narnians bien connus comme le Prince Caspian, le majestueux Aslan ou le valeureux Ripitchip.

Plus question cette fois de bataille entre le Bien et le Mal mais une odyssée à travers les mers de Narnia à la découverte du bout du monde. Une sorte de revisite du voyage d’Ulysse, parce que les protagonistes seront bien entendu soumis à de nombreuses aventures et épreuves. Mais si le film ne sera pas aussi épique et guerrier que le second opus, on peut tout de même s’attendre à quelques batailles et nouveaux monstres narniens. On pourra noter que Disney, producteur des deux précédents épisodes, a quitté le navire pour ce troisième, découragé par les scores pas forcément bandants des précédents. Une nouvelle liberté de ton s’offrirait à Narnia ? On ne peut que l’espérer. Surtout qu’Andrew Adamson, réalisateur attitré de la saga quitte lui aussi l’aventure pour laisser la place à Michael Apted, un vieux de la vieille du cinéma à qui l’on doit entre autres Le monde ne suffit pas, Gorille dans la brume et quelques épisodes de Rome.

Ces légers changements pourraient-il apporter le souffle épique qui manquait quelque peu à la saga Narnia ? Surtout que cette aventure par-delà les mers est souvent considérée comme l’un des meilleurs épisodes littéraires de l’œuvre de C.S.Lewis. Réponse dans les salles le 8 décembre et en 3D bien entendu.

PREVIEW CINE - X-men : le commencement

Premières classes

En 2000, avec la transposition de l’univers choral des X-men, Bryan Singer est loin de se douter qu’il enclenche une mécanique super-héroïque dont vont s’emparer toutes les majors américaines. Spider-man et sa trilogie bientôt suivie d’un reboot. Superman, son retour et son re-retour. Batman et sa trilogie dantesque signée Christopher Nolan. Captain America et son drapeau flambant neuf. Hulk et ses deux adaptations à rendre verts tous les amateurs. Iron man ressuscité par Jon Favreau. Thor aux allures d’Hamlet par le shakespearien Brannagh. Daredevil et son spin-off Elektra. Les quatre fantastiques et leurs aventures lourdaudes. Le nanar Catwoman (Pitof président !). Le revival Punisher. Jumper, avatar déguisé et cool du Marsupilami. Sans oublier l’explosion promise par le futur The avengers. Et la Toile de se voir engloutie par les teasers, trailers et photos exclusives, les majors de voir leur chiffre d’affaires exploser devant l’afflux de spectateurs qui se pressent pour se pâmer devant les super-pouvoirs d’encagoulés en lycra (ou en latex, c’est selon) et de capés notoires qui, irrémédiablement, bénéficient d’une humanisation d’influence psychanalytique. En proie au doute face aux pouvoirs dont ils sont affublés, les super-héros tombent le masque et dévoilent une psychologie souvent fragile, effritée par des traumas tenaces.

Recyclée à l’envi, la recette cartonne. La déferlante ne s’enraye jamais : rien que cette année, Green lantern, Captain America, Thor et X-men : le commencement passeront par les écrans hexgaonaux, tandis que 2012 s’apprête déjà à accueillir pas moins de quatre nouveaux blockbusters super-héroïques. Matthew Vaughn, décortiqueur du genre via son adaptation du comics Kick-Ass, préconise l’atomisation du genre. "C’est la fin des films de super-héros, ils sont destinés à mourir."

Rattaché un temps au troisième volet de la saga X-men, le réalisateur britannique jette l’éponge à cause du trop court délai accordé par le studio pour terminer le film. Le projet échoira dans les mains de Brett Ratner avec les conséquences que l’on connaît : un échec critique total compensé par des bénéfices pharaoniques, au point que X-men, L’affrontement final aura été l’épisode le plus lucratif de la saga. L’univers complexe tissé par Stan Lee et Jack Kirby semble intarissable : des spin-offs sont annoncés (pour Wolverine, Magneto) tandis que l’idée d’une préquelle fait son chemin. X-men : first class, inspiré des comics Uncanny X-Men (1963) et X-Men : First Class (2006), vole en plein dans la quête de psyché des personnages qui composent l’univers des mutants. Y seront notamment abordées les origines de la relation entre Charles Xavier et Erik Lehnsherr avant qu’ils ne deviennent le Professeur X et Magneto.

Le script empiète donc déjà sur les plates-bandes du futur spin-off consacré à Magneto, leader charismatique du mouvement de contestation anti-humains. Les films se chevauchent, les sous-intrigues s’entrecroisent, la mythologie X-men s’empâte au fil des multiples adaptations. A l’image de la genèse de ce volet-ci, plutôt chaotique. Confiée à Josh Schwartz, l’écriture du script débouche sur un premier traitement, jeté aux ordures par Bryan Singer fraîchement échu sur le projet. La franchise est sur le point de se voir dotée de vraies origines chapeautées par le créateur du phénomène qui retravaille le scénario avec Jamie Moss (Au bout de la nuit). Pourtant, le fantasme des aficionados ne sera que de courte durée : rappelé par Warner pour commencer le tournage de Jack and the giant killer, Singer bascule dans le siège de producteur et cède sa place à Matthew Vaughn. L’histoire se répète pour le so-british-in-vogue, qui avait refusé de réaliser le troisième volet pour des raisons de contraintes temporelles, puisque les producteurs ne lui accordent qu’une seule année pour boucler son film alors que le traitement scénaristique n’est pas encore terminé. A partir du premier jet de Singer, Zack Stentz et Ashley Miller (Thor), aidés par Jane Goldman (la complice de Vaughn sur Kick-Ass), ponctuent à la hâte le scénario du film, amputé en cours de route de quelques pages à cause de la sortie d’un certain Inception (un combat télépathique entre Xavier et Magneto est supprimé du script).

S’apprêtant à envahir la toile immaculée des salles françaises, les héros en herbe de l’univers X-men auront fort à faire pour faire oublier la gaudriole de Brett Ratner et le mi-figue mi-raisin Wolverine. L’occasion est donnée à Matthew Vaughn de porter à l’écran son adaptation super-héroïque ("Il ne reste plus beaucoup d’opportunités de faire un film de super-héros à gros budget" déclarait-il pour justifier son opportunisme) et de prouver à la planète Hollywood que son geek power est loin d’être écorné.

LE TRAILER


PREVIEW CINE - Balada triste de trompeta

Retour en solo pour de la Iglesia

Présenté lors de la séance d’ouverture du BIFFF 2011 avec tous les honneurs dus à son rang, Balada triste de trompeta, aka A Sad Trumpet Ballad, n’est donc pas un inconnu pour les membres de la rédaction. Aussi, l’écriture d’une préview sans parti pris n’est pas évidente, d’autant que le réalisateur de l’œuvre, Alex de la Iglesia, fait partie de ces cinéastes dont les trouvailles régalent tout fantasticophile qui se respecte. Mais que narre exactement le métrage ? Balada triste se présente comme une farce tragique où, en Espagne, pendant la guerre civile, un clown est contraint de combattre avec l’armée. Emprisonné puis tué, il laisse un fils, Javier. Celui-ci devient à son tour clown dans les années 70. Un clown triste. Il est alors embauché dans un cirque où il tombe amoureux de la compagne de son chef. Une sombre rivalité s’installe alors entre les deux hommes.

Si Crimes à Oxford avait été l’occasion pour de la Iglesia de trancher avec son répertoire habituel, plutôt humoristique, le thriller s’avérant particulièrement sérieux tant sur le fond que sur la forme, il est tout à fait normal de s’attendre à un véritable retour aux sources pour le réalisateur avec le Balada Triste qui nous occupe. Certes, les réminiscences franquistes qui sont assénées au début de l’œuvre (phénomène récurrent dans le cinéma ibère de qualité) aura l’occasion de plomber les plus sensibles, mais, pour tout un chacun, le film se présentera comme une comédie acide aux relents d’humour noir bien prononcés.

Ensemble de qualité, comme toute œuvre signée par le génie espagnol, Balada triste de trompeta est aussi le premier film que de la Iglesia livre en tant que seul scénariste. Se départissant de la présence récurrente du fidèle Jorge Guerricaechevarría, le cinéaste entend prouver qu’il peut évoluer seul et qu’il entend mener sa carrière de main de Maître de bout en bout. Si quelques imperfections, dues à son manque d’expérience dans le domaine de l’écriture en solitaire, risquent de se faire sentir, il pourra de plus compter sur le charisme de sa douce femme, Carolina Bang, pour époustoufler le spectateur.

La sculpturale jeune femme devrait émoustiller plus d’un spectateur lors des sorties belge et française, qui interviendront toutes deux le 22 juin prochain dans quelques salles dont les programmateurs éclairés auront eu la riche idée de diffuser (ce qui n’est pas donné à tout le monde, la conjoncture actuelle poussant nombre d’exploitants à préférer les films à gros budget).

SORTIE DANS LES SALLES LE 22 JUIN 2011

TRAILER

PREVIEW CINE - Transformers 3

The dark of the moon

“Tchuw tchuw tchuw tchuw tchuw tchuw” c’est par cette imitation foireuse du bruit que font les Transformers en se transformant que je commence cette preview d’un des films les plus attendus des amateurs de Fuck Yeah Movies. La saison des blockbusters est déjà lancée depuis quelques semaines et, comme tous les ans, la compétition pour s’attirer les faveurs du public s’annonce rude. L’été des popcorns movies sera placé sous le signe des super-héros de chez Marvel qui vont s’associer pour rafler la mise et préparer tout le monde à la venue des Vengeurs. Mais on ne la fait pas à Michael Bay, lui qui a ré-inventé le blockbuster pour le rendre encore plus bigger, louder, better est prêt à en découdre avec tous ces hommes en collant et à la sexualité trouble. Son arme de destruction rétinienne massive ? Des robots géants qui ont fait de la Terre leur champ de bataille. Michael Bay connait son sujet puisqu’il en est déjà au troisième film de sa saga. Si le premier était un modèle de blockbuster, le second cumulait toutes les tares de la suite ratée. Malgré quelque moments de grâce comme la bataille dans la clairière et la mort d’Optimus, on se souvient surtout d’un film totalement What The Fuck avec des couilles de robots géants et un chihuahua pervers. Le troisième épisode va sans conteste remettre le train sur de bons rails et promet encore plus de spectacle, de combats, d’action, de plans « awesome » et « epic as fuck » comme seul le beau Michael sait les faire.

Première bonne nouvelle, après un détour par l’Egypte, toute l’équipe du film est de retour aux States, où Bay se sent incontestablement chez lui. Plus précisément à Chicago. D’après les échos de tournage et le premier trailer totalement badaboum, la team Bay a vu les choses en grand et a décidé de mettre le Windy City à feu et à sang avec des bastons homériques et des poses iconiques en diable. Si les combats du premier film étaient inspirés par le catch et les techniques de combats libres, cette fois, il semblerait que Michael Bay se soit inspiré de divers arts martiaux et autres techniques de combat à l’arme blanche comme le laisse présager ce plan totalement bandulatoire d’un Optimus tournoyant, sabre au clerc, défouraillant du Decepticon avec une classe folle et un art de la lame que ne renierait pas un Zatoichi. Rien que ce plan enterre toute la concurrence blockbusterienne sous dix kilotonnes d’awesomeness ! Outre Chicago, où se concentrera toute la seconde partie du métrage, toute l’introduction prendra place sur le satellite naturel de notre bonne vielle Terre, j’ai nommé La Lune. Et là, encore, la Lune, Michael il connait depuis Armageddon. Quelques plans présagent eux aussi de séquences « out of this world » en termes d’action se passant exclusivement sur la Lune, avec notamment de nombreux Decepticons jaillissant du sol lunaire afin de faire du grabuge.

Comme Michael Bay, malgré son talent, ou plutôt, allez, j’ose le mot, son génie, ne peut pas tout faire tout seul, il a su s’encadrer d’une équipe de techniciens entièrement dévouée au film et au projet. Parmi les habitués, on retrouve, au scénario Ehren Kruger, déjà présent sur le deuxième film, au score Steve Jablonsky, tandis qu’aux effets spéciaux, toute l’équipe d’ILM est de nouveau sur le pont. Devant la caméra, on prend presque les mêmes et on recommence. Si Shia Labeouf, Tyrese Gibbson, Josh Duhamel et John Turturro rempilent, à leurs côtés on trouve du lourd avec des acteurs confirmés qui débutent dans la franchise : John Malkovich, Frances McDormand, Patrick Dempsey ou encore Alan Tudyk. Vous l’aurez remarqué la grande absente de ce troisième film n’est autre que l’atomique Megan Fox, évincée pour avoir contrarié Michael Bay à plusieurs reprises, elle a appris à ses dépens que « You don’t fuck with Michael Bay ». Jamais à cours d’arguments et de bonnes idées, le réalisateur a tout de suite réagi en la remplaçant par la non moins atomique Rosie Huntington-Whiteley a.k.a Madame Jason Statham à la ville. Donc, que les fans se rassurent, le quota de glamour sera toujours bien présent à l’écran.

Le dernier trailer en date, nous promet un épisode plus sombre, plus dark, presque plus désespéré, qui tranche avec le grand soleil des deux premiers films. Pas de traces d’humour non plus ni de ce petit côté eighties qui faisait tout le charme de Transformers premier du nom. Michael Bay et son crew ont resserré les rangs en vue de gommer les quelques tares du précédent épisode. L’autre mauvaise nouvelle qui entache ce projet, après la défection de Megan Fox, c’est la diffusion du film en 3D. Si même Michael Bay cède à cette mode inutile, on se demande bien qui sera encore capable de résister. Bay, autrefois réfractaire à la technique s’est laissé convaincre par James Cameron…Espérons que certains diffuseurs passeront le film en 2D et en 3D afin de ne léser personne. Le film sortira dans toutes les salles européennes le 29 juin prochain.

PREVIEW CINE - I saw the devil

Véritable bête de festivals, I saw the devil (J’ai rencontré le diable en vf) ne cesse d’accumuler les récompenses et dithyrambes. Dernièrement, le jury du BIFFF, mené de main de maître par Enzo Castellari lui a d’ailleurs décerné son précieux Corbeau d’Or. Il faut dire que Kim Jee-Woon (Deux sœurs, A bittersweet life) est un habitué de ces manifestations cinématographiques, ses précédents films ayant d’ailleurs rencontré davantage de succès avec le public des festivals qu’en salles où ceux-ci sont parfois très piètrement distribués (I saw the devil n’ayant d’ailleurs toujours pas de distributeur à ce jour en ce qui concerne le territoire belge). Un état de fait attristant, car I saw the devil est un film à voir à tout prix, et de préférence dans de bonnes conditions.

A la fois captivant et dérangeant (adjectif souvent galvaudé qui est pourtant ici parfaitement à sa place), le dernier film de Kim Jee-Woon explose les codes du revenge movie pour accéder à une dimension psychologique d’une rare puissance où victime et bourreau se confondent. Son histoire de quête vengeresse qui lâche un flic aux trousses d’un tueur en série ayant assassiné et violé sa fiancée est à priori des plus banales. Pourtant, le réalisateur du Bon, la brute et le cinglé détourne et enrichit le genre de par son approche psychologique, son ton froid et naturaliste, ainsi que par ses personnages tous plus borderline les uns que les autres. Dans I saw the devil, il nous montre une société coréenne gangrénée de violeurs, tueurs, pédophiles et autres cannibales tous plus sadiques les uns que les autres, dont Choi Min-Sik(Old Boy, Lady Vengeance) campe ici à la perfection l’un de ses plus haïssables représentants. Le « héros », magistralement interprété par Lee Byung-Hun (A bittersweet life, G.I. Joe), n’est quant à lui pas en reste, et même si ses circonstances sont atténuantes, ses agissements n’en sont pas moins extrêmes, bouleversant et interrogeant le spectateur quant à cette justice sauvage dont il fait preuve. Sans aucun doute, ce jeu du chat et de la souris version hard aurait pu se titrer "How to make a monster".

Et Kim Jee-Woon nous invite à être les témoins de cette abominable naissance dès le 6 juillet dans les salles française. Un rendez-vous corsé auquel il vaut mieux être bien préparé ! Mieux vaut se préserver de tout spoiler, mais si vous désirez en savoir plus sur ce joyau brut et noir comme l’Enfer, n’hésitez pas à aller jeter un œil à la critique avisée de notre expert « Made in Asia », AKA Evil Seb, déjà présente sur le site.


PREVIEW CINE - La traque

Un chasseur sachant chasser…

Après Pascal Laugier et son torture movie mystique Martyrs, Xavier Gens et son apocalyptique Frontières, Kim Chapiron et le diabolique Sheitan ou encore le duo Rocher/Dahan et leur zombiard La Horde, c’est au tour d’Antoine Blossier de s’attaquer au film de genre français avec son premier long métrage, La Traque (aka La Proie), survival forestier dans lequel une bande d’agriculteur partis défendre son territoire des méfaits d’un mystérieux prédateur se retrouve elle-même prise en chasse par le monstre, prisonnier des arbres et des ombres.

A l’origine de La Traque, il y a la rencontre de son réalisateur Antoine Blossier, avec Oliver Roussel, producteur audacieux auquel on doit notamment 13 Tzametti. Après un court métrage hommage au cinéma expressionniste très remarqué en festivals, L’Abomidable Malédiction du peintre Gray (2004), Blossierest en effet désireux de se frotter à la grammaire des films qui ont ravi son adolescence et façonné son univers de cinéaste. Lui et son co-scénariste Erich Vogel (qui travaille notamment sur Frisson Break) ont d’abord dans l’idée de signer une histoire de maison hantée, mais les conditions d’élaboration du script les font rapidement changer d’avis. Partis s’isoler en pleine campagne pour écrire, les deux auteurs décèlent dans les paysages ruraux typiques auxquels ils se confrontent l’équivalent d’un véritable personnage de cinéma, un cadre idéal et bizarrement sous-exploité au développement d’un film de genre. Pour eux, la campagne française automnale peut être « aussi flippante que le Texas de Massacre à la Tronçonneuse ou le Maine de Stephen King ». L’idée d’une chasse familiale qui tourne mal séduit Olivier Oursel, dont le nom se greffe au développement du projet, développement qui s’étend sur près de deux ans. Pour le trio, l’enjeu est de parvenir à créer un équilibre entre cinéma français et survival, entre fantasmes de réalisateur et réductions budgétaires. Il ne s’agit pas seulement d’écrire un film de monstres, mais plutôt d’emmener la chose du côté des conflits, des tensions familiales, d’ancrer la menace dans un mouvement d’aller-retour entre intérieur (du groupe) et extérieur (la forêt). De cette dynamique résulte donc de fait un univers diégétique dense avec lequel il a fallu composer pendant les trente-deux jours de tournage, tant sur le plan théorique (narration et visuel) que pratique. « Le rapport créateur/créature est un truc qui m’a toujours fait rêver au cinéma, déclare Erich Vogel. Faire ça en France était assez excitant, même si on a dû, pour des raisons budgétaires, se calmer sur la gestation, la mutation et l’exposition des monstres. Du coup, on s’est resserré sur les personnages, ce qui a permis de très bien les connaitre, ce qui n’est pas plus mal  ».

Ce souci d’équilibre se retrouve dans les influences citées par les deux hommes. Si l’on pense en premier lieu au célèbre Razorback de Russel Mulcahy (1984), Blossier et Vogel ont plutôt tendance à le réfuter, préférant invoquer le Cujo de Lewis Teague, les romans de Stephen King, The Descent de Neil Marshall, mais aussi La Traque de Serge Leroy et certains Claude Chabrol. A ce panel viennent bien sûr s’ajouter les noms de John Carpenter et Walter Hill, ainsi que l’incontournable Jaws de Steven Spielberg, comme le confirme le réalisateur : « Jaws est sans aucun doute le film que j’ai le plus regardé pour La Traque, notamment pour l’incroyable capacité de Spielberg à filmer des scènes d’agression et de tension sans jamais montrer le requin. Lors du scénario, Erich et moi tentions d’élaborer des scènes se déroulant dans des décors susceptibles de cacher les bêtes. En gros, nous avons remplacé la mer par la végétation de la forêt…  ».

L’intelligence de traitement de La Traque réside vraisemblablement dans l’ingestion de ces références. Il s’agissait de d’abord considérer ce qui était propre à la France et aux paysages investis avant d’y accoler les références américaines. Pour Erich Vogel : « L’idée, c’était avant tout de faire un film d’horreur français, pas un ersatz de film américain avec des adolescents qui courent pour échapper à un tueur. On l’aurait obligatoirement moins bien fait que les américains, parce qu’on n’aurait pu l’ancrer dans aucune réalité crédible.  ». De cette prise de distance, La Traque tire un potentiel certain qui n’a pas échappé au comité de sélection des festivals, puisque le film a cette année trainé ses guêtres à Gérardmer, au BIFFF, au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg et au Festival International du Film de Rome. A vos fusils le 13 juillet.

PREVIEW CINE - Super 8

Après avoir successivement redoré le blason de vieilles franchises cultes avec ses deux longs-métrages, Mission Impossible III en 2006 et Star Trek en 2009, et révolutionné le monde de la série télé avec les excellents Lost et Fringe, J.J. Abrams revient avec Super 8, film hommage, film d’enfant, film de monstre, marchant sur les traces d’un classique bien connu, E.T. du grand Steven Spielberg.

Un village de l’Ohio, en 1979. Alors qu’ils tournent un film de zomblards entre geeks et en super 8, des gosses sont témoins d’un accident de la route peu commun : leur prof’ de physique se jette en pleine vitesse sur un train en marche pour en libérer le mystérieux contenu. Peu de temps après le drame, les disparitions et autres événements inexplicables se multiplient et, si la police et les adultes mènent l’enquête, c’est aux enfants que la vérité va finalement apparaitre.

Trois choses s’entrechoquent donc au cœur de ce résumé. La magie de l’enfance, l’importance du passé et des références, et cette bobine magique qui a permis l’éclosion de nombre d’imaginaires, ceux de J.J Abrams, Matt Reeves et M. Night Shyamalan en tête. A l’imagerie culte des films de famille et de vacances muets dont étaient faites les enfances de ces réalisateurs, c’est substitué l’espace immense et inconnu des monstres et du ciel, que leur ont offert leurs pères de cinéma (Spielberg, Lucas et Carpenter entre autres) dans les années 80, et qu’ils se sont eux-mêmes réapproprié en grandissant. Héritier lucide de cette digestion, J.J. Abrams raconte : « Ca a été très étrange de faire ce film, à cause du ton général, du mélange des genres, et parce qu’il est une sorte d’écho à un cinéma des années 80 et à ma propre enfance tout en n’étant pas du tout un méta-film.  » La pellicule qui donne son nom au film, cependant, est bien à l’origine chez son auteur d’un basculement. En effet, le mythe raconte que c’est au cours d’un festival de courts métrages réalisés en super 8 qu’Abrams et Matt Reeves, tous deux alors âgés d’une quinzaine d’années, sont repérés par le Los Angeles Time, puis par Kathleen Kennedy, l’assistante de Spielberg, en plein tournage d’E.T. Les deux ados se voient proposer de restaurer les tous premiers films que le Parrain a réalisé dans son enfance en super 8, en font ainsi leur entrée dans le club très fermé des faiseurs de rêves et de magie. C’est très logiquement alors que l’on retrouve de nombreuses traces de l’influence de S.S. dans le travail de son poulain. J.J. Abrams s’en défend et s’en explique : « On m’a beaucoup parlé des influences des films des années 80, et surtout de ceux de Steven Spielberg sur Super 8. Bien sûr, Steven a accompagné le projet, il a eu une influence énorme, nous en avons longuement parlé. Parfois, au cours de l’écriture, je disais à Steven : ‘Nous sommes trop proches’. Mais il me répondait qu’il y avait là aussi beaucoup de conventions de genre dont il n’était pas l’inventeur, et que je devais simplement accepter. Le plus extraordinaire dans la collaboration avec Spielberg est qu’il m’a encouragé à suivre mes instructions.  ».

Pour autant, il ne s’agissait pas uniquement pour J.J. Abrams de faire de Super 8 un simple film de monstres old school, mais bien de combiner le genre avec le teen-movie ou encore le drame familial. « Je savais que je voulais faire un film sur ces enfants, et sur ce garçon qui avait perdu sa mère. Je savais aussi qu’il y avait un premier amour, et les deux pères à l’arrière-plan. Ce sont les éléments qui m’intéressaient, mais je manquais d’une image schématique, d’une métaphore visuelle. Pour moi, un film a besoin, d’une manière ou d’une autre, d’une manifestation physique de l’idée. J’ai compris ensuite qu’un autre de mes projets, un film de monstre très classique façon série B des années 50 pourrait servir de métaphore à l’expérience de la perte et au chagrin éprouvés par l’enfant. ». C’est donc au cœur de la souffrance et de la douleur que prend racine le nœud dramatique qui fonde Super 8, qui fait du monstre l’image fulgurante d’un deuil auquel il faut se confronter, en dépit de sa peur et de sa jeunesse, pour avancer. De ce face à face entre deux figures antagonistes (l’enfant et le monstre), mais aussi de deux cinémas opposées (le drame et le blockbuster : « D’un côté, explique Abrams, une histoire fondée sur des personnages sans effet choc. De l’autre, du pur spectacle qui pourrait se passer de personnages consistants. »), J.J. Abrams tire ce qu’il nomme lui-même « un vrai défi de cinéma », défi qui pourrait bien devenir le hit culte de la décennie. A vos caméscopes le 3 août.

PREVIEW CINE - Shark 3D

Lake placid ?

David R. Ellis s’envolait il y a cinq ans à bord d’un avion infesté de serpents venimeux que de vilains mafieux malintentionnés avaient fait embarquer dans le but de se débarrasser d’un témoin gênant. L’agréable surprise des Serpents dans l’avion attestait le pouvoir du cinéaste dans la facture de huis clos anxiogènes, lui qui s’était jusqu’alors plutôt illustré dans le thriller survitaminé chrono-excentique (Destination finale 2 et sa course-poursuite contre la Grande faucheuse, Cellular et sa lutte avec le temps). Depuis Destination finale 4, échec critique retentissant, les inclinaisons d’Ellis pour les bagnoles et aéroplanes semblent s’être émoussées au profit des milieux humides. Shark 3D (et ses redoutables squales), Hot water (et son championnat de jet-ski), The Briar Lake murders (Jason, où es-tu ?) ; les intitulés des projets du réalisateur ne dupent personne. Si certains bronzés préfèrent s’adonner aux joies de la montagne, Ellis jette son dévolu sur les p’tits culs en bikini qui se dandinent le long des plages.

Shark 3D (le "night" du titre original a mystérieusement disparu) constitue en somme l’aboutissement de la carrière d’Ellis. Ce dernier renoue avec la technologie stéréoscopique pour laquelle il a fait ses armes sur Destination finale 3D et avec les vilains squales qu’il a côtoyés sur le tournage de Peur bleue où il était réal de seconde équipe. A l’instar du récent Piranha 3D d’Alex Aja, l’accent est avant tout porté sur l’omniprésence des requins qui "infestent" littéralement le lac dans lequel sont piégés les personnages. Avec, toutefois, moins d’effusions sanglantes et de sexe que dans le défouloir du spring break qui voyait des nichons entièrement dévorés par une meute de piranhas préhistoriques puisque Shark 3D n’a reçu qu’une interdiction aux moins de 13 ans aux États-Unis. "C’est ce que nous voulions depuis le début. Nous voulions faire un film d’horreur et nous en avions les moyens [...], mais nous n’avions pas besoin de tonnes de sang, de paires de seins ou d’insultes à tout va. Nous voulions faire un film que les plus jeunes puissent également apprécier. Je me souviens avoir vu Les Oiseaux quand j’étais petit ; il n’y a pas de sang, pas de seins, mais la peur est là".

Côté originalité, ce thriller aquatique crie famine. Le scénario recycle une dynamique traditionnelle de l’animal attack movie balnéaire, à savoir une bande de jeunes dont le séjour idyllique tourne au cauchemar sitôt qu’un squale décide de se curer les chicots avec l’un des membres de l’équipe. Le trombinoscope affiche quelques trognes quasi imberbes issues pour la plupart du petit écran : Sara Paxton (vue dans La dernière maison sur la gauche et dans The Beautiful Life), Chris Carmack (NCIS, L’effet papillon 3), Dustin Milligan (L’effet papillon 2), Chris Zylka (10 things I hate about you, également au casting de Piranha 3DD), ou encore Katharine McPhee, l’American Idol. Et, pour compléter le tableau, celui qui fait ici office de vétéran, Ving Rhames (Piranha 3D), aguerri en matière de bêbêtes subaquatiques dentées.

Même si Shark 3D a pu refroidir les amateurs de sensations fortes depuis son estampillage PG-13, ça risque tout de même de sharkler en cette fin d’été...

PREVIEW CINE - We Need to Talk about Kevin

Véritable coup de cœur au sein de la rédaction de CinemaFantastique suite à sa projection lors du NIFFF 2011, We Need to Talk about Kevin n’en finit plus de créer la sensation au niveau mondial et bénéficiera dès ce 28 septembre d’une sortie dans nos contrées. Le film de Lynne Ramsay, qui peut être qualifié de « grosse surprise » de cette année 2011, devrait en tout cas permettre à de nombreux cinéphiles de renouer avec un thème généralement très apprécié : celui des enfants diaboliques.

Troisième long-métrage d’une cinéaste déjà largement primée, notamment grâce à quelques courts très inspirés, We Need to talk about Kevin se démarque néanmoins des nombreuses œuvres sur le thème (Les Révoltés de l’An 2000, The Children, The Omen,…) en adoptant un traitement aussi réaliste que son pitch, laissant entrevoir des relents simplement dramatiques et nullement fantastiques. Le métrage suit une femme bien sous tout rapport qui fait ce qu’elle peut pour élever son fils, un enfant difficile, non désiré, qui a finalement brisé son mariage. Kevin ne lui rend pas la vie facile et l’existence des membres de la famille va basculer à plusieurs reprises dans l’horreur.

S’appuyant donc sur un thème nullement fantastique, We Need to Talk about Kevin n’en demeure pas moins un thriller psychologique d’une puissance assez rare qui permettra aux spectateurs de se repaitre d’une violence avant tout mentale , eux qui se plairont sans doute à détester ce fichu Kevin, personnage aussi horripilant que froid.

Par ailleurs, le casting, rassemblant les pointures Tilda Swinton et John C. Reilly, constituera un argument de poids auprès du public. Impériale dans son rôle de mère bafouée, l’actrice déjà oscarisée trouve de plus un partenaire de choix en la personne d’Erza Miller, brillant interprète de Kevin. Connue pour ses choix de carrière toujours extrêmement réfléchis, Swinton devrait une nouvelle fois prouver tout son génie et son talent à la face du public francophone.

Plutôt long (112 minutes), We Need to Talk about Kevin, qui a suscité un engouement considérable lors du dernier Festival de Cannes, ce qui n’est jamais négligeable, devrait constituer une excellente surprise, notamment par sa mise en scène radicalement contemplative et son esthétique parfaite.

De quoi permettre au grand public de renouer avec un cinéma de genre trop souvent laissé aux mains des blockbusters dans nos salles…

PREVIEW CINE - Fright night

Vous avez vraiment dit vampire ?

En soi, l’annonce du remake de Fright night n’avait rien d’étonnant. Le projet se trouve même au confluent des tendances du cinéma de genre contemporain puisque s’y épousent la grande tradition mercantile du remake des canons de l’horreur eighties, le lifting du croisement des genres comico-gore (Shaun of the dead, Tucker and Dale vs evil) , la technologie stéréoscopique (se faire sucer en trois dimensions, ça vous dit ?) et l’attachement des productions pour les suceurs de sang depuis la déferlante fantastico-romantique Twilight.

En 1985, Tom Holland écrivait et réalisait Vampire, vous avez dit vampire ?, comédie horrifique qui convoquait toute l’imagerie traditionnelle des monstres à longs crocs et tournait à la dérision l’apanage du bon petit chasseur de vampires. Lancée par Dreamworks/Disney (le projet avait déjà connu une première tentative de concrétisation avec Screen Gems qui a finalement revendu les droits du film), l’entreprise du refaisage s’acoquine rapidement d’un nom. Celui de Craig Gillespie (Monsieur Woodcock, Une fiancée pas comme les autres), entretemps annoncé pour reprendre les rênes de la parodie Orgueil et préjudices et zombies produite pas Nathalie Portman. Le scénario échoit à Marti Noxon, scénariste émérite d’une autre création vampirique lorgnant sur les productions des années 80, à savoir la série Buffy contre les vampires. Egalement signataire des quelques épisodes des séries Mad men et Grey’s anatomy, la scénariste se voit confiée une tâche délicate : réactualiser un script fendard sans l’aseptiser.

Car, à l’origine, Fright night est une bande qui a rapidement accédé au statut d’oeuvre culte. Réalisé en 1985 par Tom Holland (Jeu d’enfants, La peau sur les os), Vampire, vous avez dit vampire ? (titre français contestable) provoque, dès sa sortie en salles, l’adhésion du public au point que l’investissement de départ de Columbia (9 millions de budget) est récupéré près de trois fois, rien que pour l’exploitation américaine. Chez nous, même constat : le film remporte le Prix Dario Argento au festival d’Avoriaz et réalise de très beaux scores au box-office hexagonal. Fidèle au matériau originel, le remake de Gillespie multiplie même les clins d’oeil en offrant notamment un caméo à Chris Sarandon, le Jerry Dandridge de 1985.

La relève est dignement assurée puisque le rôle de Sarandon incombe pour l’heure à Colin Farrell (Daredevil, Ondine) dont le pouvoir de séduction naturel sied parfaitement au personnage de gendre-parfait énigmatique qui lui revient. "Il personnifie littéralement le personnage. Il représente la version ténébreuse des vampires contemporains." confie le réalisateur. Et comme tout bon vampire doit être accompagné d’un tueur capable de lui limer les canines, le chasseur Peter Vincent (contraction référentielle des patronymes de Peter Cushing et Vincent Price) reprend du service sous les traits de David Tennant. Le chasseur a cependant subi une importante mutation avec les années puisqu’il s’est transformé en illusionniste dans la veine gothique, tout de cuir vêtu, tendance Criss Angel (le déplacement géographique sur les terres de Las Vegas expliqueraient ce morphing). Anton Yelchin (Chekov dans le Star Trek de JJ Abrams) campe quant à lui le rôle du jeune héros paranoïaque Charlie Brewster, qui tente de dérober sa jugulaire aux morsures mortelles de son inquiétant voisin. A ses côtés figurent Toni Collette (Le sixième sens), Christopher Mintz-Plasse (le délirant Red mist de Kick-Ass) et Imogen Poots (Eva dans le Chatroom de Nakata), interprétant respectivement la mère, le meilleur ami et la petite amie de Charlie.

Premier film de vampires intégralement tourné en 3D, avant les sorties de Twilight - Chapitre 4 : Révélation ainsi que Dracula 3D de Dario Argento, Fright night se montre aussi opportuniste que novateur. "Je pense que ce remake est plus effrayant que l’original" assure le producteur Mike De Luca (The social network, L’antre de la folie). "Niveau comédie, nous nous rapprochons de cette ironie qu’on pouvait découvrir dans Les Dents de la mer quand ils disent : "Vous allez avoir besoin d’un plus grand bateau." C’est plutôt cette perspective comique que nous souhaitions." explique-t-il avant de confesser qu’il y aurait quelques coups bas adressés à la franchise Twilight via la bouche de Chris Mintz-Plasse. Louable intention que celle de se détourner des suceurs de sang fleur bleue qui pullulent depuis le succès inespéré des bouquins de Stephenie Meyer. Fright night pourrait bien repaître définitivement les fans du cinéma d’horreur, assoiffés par une décennie de disette vampirique (si l’on excepte Let the right one in et le récent Stake land). Rendez-vous dans les salles le 14 septembre pour le découvrir en chair et en... chair.

PREVIEW CINE - L.A. Zombie

La bite ne fait pas le moine

Un étrange zombie émerge de l’océan Pacifique avant d’être recueilli par un surfeur. Tous deux sont victimes d’un grave accident qui laisse le surfeur pour mort au milieu de la route. Mais le zombie va trouver un moyen de ramener le jeune homme à la vie. La créature va dès lors se confondre avec un sans domicile fixe schizophrène et se mettre en quête de nouveaux morts à ressusciter...

La précédente bobine de Bruce LaBruce, à savoir Otto, or Up With Dead People, était un véritable ovni dans l’univers du film de zombies : il avait fait le tour des festivals, en dégoûtant certains, en fascinant d’autres. Ce qui est évident, c’est que la péloche ne laissait personne de marbre. De mon côté, après en avoir entendu parler dans la presse fantastique, j’avais eu la chance de le visionner lors de l’Etrange Festival de Strasbourg, en septembre 2009. Alors que je me délectais de l’univers onirique, mélancolique et foutrement érotique développé par Bruce LaBruce, mon voisin de droite n’arrêtait pas de s’exclamer comme quoi c’était dégueulasse. Encore un qui n’a pas lu le programme et qui a loupé le petit astérisque « film porno de zombies gays ». Mais les scènes homosexuelles ne me dérangeant pas le moins du monde, j’avais eu la chance de déceler les subtilités du personnage : un jeune homme un brin schizo, paumé dans un monde où il ne trouve plus ses racines, se rattachant désespérément aux bribes de ses souvenirs. Ce que certains percevaient comme de pures scènes de cul, et bien j’avais trouvé ça juste poétique, bien que ce ne soit pas le genre de porno que j’affectionne habituellement, sang et viande putrifiée en bonus.

Vous imaginez facilement mes attentes à l’égard de L.A Zombies. Par contre, y a pas de mots pour décrire ma déception. Si le personnage d’Otto était un zombie à peu près convaincant (démarche lente, gueule de mecs défoncés, vêtements en lambeaux), celui de L.A. Zombie est dans le genre bleuâtre, bien membré, une dentition en carton-pâte genre loup-garou : c’est un peu une version sous acide du Dr Manhattan de Watchmen, mis à part que la version de Bruce LaBruce ne brille pas dans la nuit…

La première scène montre le-dit zombie pris en stop par un jeune homme. Accident de la route, ce dernier se trouve éjecté de la voiture (sur le côté de la route, allongé sur le dos, faudra m’expliquer), et rends bien vite l’âme. Du coup la bestiole débarque, et lui fait un massage cardiaque, en pénétrant ses blessures ouvertes avec son pénis. Tout à fait normal, vous me l’accorderez ! Le défunt revient alors à la vie, et offre son corps en remerciement au mort-vivant. Puis ce dernier s’en va, sans remarquer le regard un peu triste et perdu du ressuscité. Bien que reprenant l’élément marquant de Otto, or Up With Dead People, à savoir le coït via une plaie béante, ce passage reste encore le meilleur du film, qui ne fera ensuite que multiplier les scènes de sexe gay, sans grande originalité, mis à part quelques éjacs faciales… de sang. Bruce LaBruce perds là l’essence même de son film précédent, tape dans la réédition simple sans le discours ouvertement politique de The Raspberry Reich. Les scènes se multiplient, l’intérêt est perdu, c’est bien dommage.

Film prometteur mais totalement raté, L.A. Zombies reprend les idées de son prédécesseur Otto or Up With Dead People sans jamais l’atteindre. En gros, un film de porn gay avec un schtroumpf bien membré assoiffé de sexe qui ressuscite les morts avec sa bite. On s’en passera.

PREVIEW CINÉ - The Avengers

Joss Whedon, porteur de bien des espoirs…

Alors que son travail de scénariste sur La Cabane dans les Bois est d’ores et déjà loué par l’entièreté de la critique, Joss Whedon sera plus que jamais l’homme de cette fin avril et du mois de mai puisque son très attendu The Avengers sortira sur les écrans ce mercredi. Conclusion de la première décennie de travaux cinématographiques de La Maison des Idées, le film devrait constituer la synthèse idéale à bon nombre de productions antérieures parmi lesquelles on retrouve Iron Man, Captain America, Thor et, dans une moindre mesure, Hulk.

Si 2012 sera à n’en point douter l’année des super-héros avec les sorties successives de The Avengers, The Dark Knight Rises et The Amazing Spider-Man, les studios Marvel n’ont pas voulu prendre de risques et ont permis à Whedon d’assurer un service cinq étoiles aux spectateurs. Avec un budget avoisinant les 200 millions de dollars auquel il faut encore ajouter la même somme en matière de promotion, la production ne peut guère se louper et a asséné ces dernières semaines nombre d’extraits enthousiasmants et a enchaîné les projections spéciales dans le but de se signaler par des reviews toutes positives.

Celles-ci l’étant sans conteste, il ne restera plus qu’à veiller à la continuité de la promotion et à la diffusion de l’excellent bouche-à-oreille dans les semaines à venir afin que The Avengers atteigne les sommets. Si la somme d’un milliard de recettes est largement envisageable, le métrage ne constitue pas qu’un simple objet commercial pour les nombreux fans de La Maison des Idées. En effet, l’œuvre est avant tout l’occasion de découvrir pour la première fois tous les héros ayant fait le succès de la firme au box-office ces dernières années et qui ont peuplé l’imaginaire de millions de spectateurs à travers le Monde. Passés du rang personnages de comic books connus avant tout des geeks au statut de stars internationales, les Vengeurs se doivent donc de justifier une nouvelle fois une aura relativement récente.

Avec le retour de presque tous les acteurs bankable des productions Marvel (Robert Downey Jr. pour Iron Man, Scarlett Johansson pour la Veuve Noire, Chris Evans pour Captain America, Tom Hiddelston pour Loki, Chris Hemsworth pour Thor, Samuel L. Jackson pour Nick Fury,…) et l’apparition de nouveaux venus (Mark Ruffalo dans le rôle d’Hulk et Jeremy Renner pour celui d’Oeil de Faucon), The Avengers se servira des bases posées par les nombreux succès de la firme mais surprendra aussi par le traitement de génie apporté par Whedon.

Pour rappel, le pitch de The Avengers, qui est tout de même resté extrêmement discret quant au sujet exact de son intrigue et l’implication de ses divers super-vilains, est le suivant : Suite à l’émergence d’un ennemi susceptible de menacer la sécurité mondiale, Nick Fury, directeur du SHIELD se voit forcé de mettre sur pied une équipe capable de sauver le monde de cette menace dévastatrice. Pour mettre en place cette équipe, il va faire appel à Tony Stark, alias Iron Man, Steve Rogers alias Captain America, Thor fils d’Odin et dieu du tonnerre, Natasha Romanoff alias La Veuve Noire, Clint Barton alias Œil-de-Faucon et au docteur Bruce Banner alias Hulk.

Vous pouvez par ailleurs vous procurer notre dossier super-héros 2012 en acquérant le premier numéro de notre CinemagFantastique dans notre Shop ou au sein des points de vente présentés ICI.

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