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En plein dans le Pifff
Une idée un peu folle qui se transforme en franc succès. C’est un peu le résumé qu’on peut tirer des cinq jours qu’ont duré cette première édition d’une longue série (on l’espère) du Paris International Fantastic Film Festival. Dans vingt ans, fièrement on pourra dire « Le premier PIFFF ? J’y étais, gamin. » L’idée de base est de replacer Paris sur la carte mondiale des festivals au cinéma fantastique dominée par des villes comme Bruxelles, Toronto, Londres ou Sitges. Le succès, c’est qu’en cinq petits jours, l’équipe d’organisation, coachée par Cyril Despontin, Gerard Cohen et Fausto Fasulo, a prouvé que c’était possible. Et de fort belle manière.
Mercredi 23 novembre 2011 : Le Premier Jour du Reste de Ta Vie.
C’est avec envie et excitation que je me rends en plein centre de Paris, local parmi les touristes pour enfin poser mes fesses dans les sièges douillets de la grande salle du Gaumont Opera Capucines. Mais avant de m’asseoir, je prends le temps de voir du monde, de (re)voir des têtes connues et de constater que le tout Paris du cinéma de genre est présent. Déjà, quand on sort du métro et qu’on déboule Place de L’Opera, on se dit que « merde ça a de la gueule quand même ». Je serre quelque pinces, je claque quelques bises, je prends des nouvelles de gens que je ne croise qu’en ce genre d’occasions. Puis je remarque que pour cette ouverture, il y a une belle foule de passionnés, d’habitués et aussi de curieux se mêlant à la foule de clients « normaux » du cinéma venus voir les derniers succès du moment. On rentre tôt dans la salle histoire d’être bien placés et on attend en s’imprégnant un peu de l’atmosphère même si, on va pas se mentir, l’ambiance festival ne se fait pas sentir, on a juste l’impression d’être dans une salle de cinéma pour une séance lambda. Il faut attendre l’arrivée des organisateurs et du jury suivis des speechs de rigueur pour enfin entrer en mode festival. Première
bonne surprise, moi qui habituellement ne suis pas friand du cinéma de Balaguero, Malveillance passe tout seul et plutôt bien, voire très bien par moment. Une belle ouverture donc qui met le PIFFF sur de bons rails. En fin de séance, on profite des avantages de la salle pour aller manger quelques petits fours en compagnie de Gaspar Noé et du who’s who de la cinéphilie fantastique parigote. Ouais, ça fait pas de mal de se la raconter un peu.
Jeudi 24 novembre 2011. Le Jour d’Après.
Hier, c’était l’ouverture mais aujourd’hui, c’est le vrai début du festival, c’est-à-dire un enquillement de films et plus question de petits fours ni de champagne, on est là pour le cinéma et rien que le cinéma. Deux films au programme : A Lonely Place To Die et Blind Alley. J’attendais le premier de pied ferme et je n’avais jamais entendu parler du second au préalable : au final, je sortirai déçu du premier et agréablement surpris par le second. J’arrive un peu en avance histoire de trainer mais, à part zoner devant le cinéma ou prendre un café au Starbucks d’en face, y a pas vraiment grand-chose à faire. C’est le principal défaut du PIFFF, ne pas avoir de vrai lieu lui étant totalement dédié comme c’est le cas pour le BIFFF par exemple où, dès qu’on pose un pied à Tours et Taxis, on est dans l’univers festivalier.
Je retrouve mes compagnons de festival pour voir A Lonely Place To Die, présenté par son réalisateur Julian Gilbey. Si le début du film est directement excitant avec ses décors majestueux et son ton sec et rugueux, passé la première demi-heure, la déception prend le pas et on sort frustré et déçu. Du coup, c’est chafouin qu’on va voir Blind Alley qui s’avérera plutôt réjouissant avec un esprit Contes De La Crypte et un côté pulp parfaitement assumé. Un petit film à la cool pour finir le dyptique de la journée ça fait toujours plaisir.
Vendredi 25 novembre 2011 : El Dia De La Bestia.
Deuxième vrai jour et tout le monde trouve son rythme de croisière et ses petites habitudes. Après quelques petits tâtonnements, l’organisation de l’événement roule parfaitement. On va récupérer ses places presse en deux coups de cuillères à pot, les bénévoles sont bien rodés et les organisateurs sont bien plus à la cool que lors du premier jour. Tout roule quoi. Le programme du jour n’était, sur papier, pas des plus alléchant avec une comédie fantastique espagnole (Extraterrestre) et un thriller paranoïaque angliche (Retreat).
Extraterrestre, pourtant, se révèle être une bonne surprise. Un film enlevé, drôle, touchant et remarquablement bien écrit et interprété. Pas un grand film mais un bon petit film qui fait office de
vraie bouffée d’oxygène dans le monde de la S-F. Après un petit passage dehors pour prendre un peu d’air frais, direction Retreat qui me laissera totalement indifférent et que je recevrai avec un ennui poli. Un thriller paranoïaque reprenant la vieux schéma du Théorème de Pasolini. Un casting solide sauve les meubles mais le reste sans le vu et le revu à plein nez. A la sortie, on pend conscience d’un des points forts du PIFFF, l’accessibilité des invités et des membres de l’organisation. On va leur parler très aisément à la fin des séances ou entre deux films pour échanger des avis sur les œuvres présentées ou des banalités sur le cinéma. Je discuterai cinéma martial et sport de combats avec Julien Sévéon avant que nous ne dissertions ensemble sur « les charmes » de ma belle ville de Charleroi. Rencontrer et discuter avec un de ses modèles, voilà un des nombreux petits plaisirs qu’offre le PIFFF. Puis ça permet de rentrer chez soi en se disant que finalement, on a encore passé une bonne soirée malgré la déception Retreat.
Samedi 26 novembre 2011. A Better Tomorow.
Arrivé dès potron-minet pour le premier gros marathon de cette première édition du PIFFF. Enfin 10h30, c’est pas vraiment l’aube pour les gens normaux mais pour les festivaliers, c’est plus que tôt. On voulait être là pour témoigner de la qualité des courts métrages français sélectionnés par Erwann « R-One » Chaffiot qu’on espère au moins aussi bonne que celle des courts internationaux choisis par Benjamin Leroy. Et la qualité était au rendez-vous pour une grosse majorité des dix films présentés. Inventivité, style, humour, fantastique, la sélection est aussi éclectique qu’originale et qualitative. Le milieu du court français se porte bien si on se fie à cette compétition. Parmi mes favoris, je retiendrai On Braque Pas Des Banques Avec Des Fourchettes En Plastique, Jusqu’Au Cou et Tous Les Hommes s’appellent Robert. On notera aussi la diffusion du Peter adapté de Régis Loisel qui fait montre d’une remarquable qualité technique et d’un casting digne d’un long métrage.
Un bel amuse bouche donc suivi d’une belle surprise. Je n’étais pas censé voir The dead vu que mon éminente collègue Maureen n’a pas pu se rendre à la séance pour une raison que je ne dévoilerai pas afin de conserver intacte sa réputation, c’est moi qui m’y suis collé avec le plus grand plaisir. La surprise sera double puisque The dead sera finalement mon film préféré de ce festival. Un zombie flick à l’ancienne avec une ambiance désenchantée et putride made in Italy et une mise en scène et des zombies à la Romero. Vraiment une grosse surprise même si le film divisait le public présent dans la salle. En plus, les frères Ford venus présenter le film sont prolixes et bavards, accentuant encore le retard pris par l’organisation. Mais tout festival digne de ce nom se doigt d’accumuler un retard conséquent. C’est comme ça.
On enchaine avec The Innkeepers de Ti West précédé d’une réputation flatteuse de film à l’ancienne à l’esthétique années 80. C’est exactement ça. West prend le temps de présenter ses personnages durant une longue exposition rythmée par un duo de comédiens vraiment attachants. Une relation qui fonctionne parfaitement et porte le film sur ses épaules. Le final recèle en outre de quelques belles montées de tension. Là encore un bon film qui se place dans la liste des petits favoris du festival. On fera l’impasse sur The ward (déjà vu et pas envie de le revoir) pour aller se faire un bon resto japonais donc le quartier regorge. La panse bien pleine on s’installe pour Cassadaga du réalisateur de Dread. Douche froide. Un gros retard déjà accumulé plus le bide plein de tofu ajouté à l’heure tardive et à la qualité médiocre du film, autant de facteurs qui me font sombrer dans le sommeil après une très longue première
heure de métrage. J’émerge trente minutes plus tard pour me rendre compte que la fin est encore pire que le début. Bref, la première vraie mauvaise surprise du festival. Vu que j’ai dormi, je garderai mon vote pour moi et ne le glisserai pas dans la petite urne prévue à la fin de chaque séance afin de rassembler le vote du public. Anéanti de fatigue, je fais l’impasse sur The violent kind que j’avais pourtant très envie de voir mais le retard accumulé m’empêchera de chopper le dernier métro pour rentrer chez moi à la fin du film des Butcher Bros. Je préfère donc m’en passer. A regret. C’est dans un demi-sommeil que je regagne mes pénates.
Dimanche 27 novembre 2011. Last Days
Pour cause d’obligation familiale, je loupe les deux premiers films du jour. Masks et Bellflower. Ca tombe bien, ces deux films vont rafler tous les prix…Bref, j’arrive devant le cinéma vers 17h30 et on tape la discute avec Gilles Esposito avant de rentrer bien au chaud pour découvrir le dernier Abel Ferrara, le film que j’attendais le plus de toute la sélection. Avant ça, j’apprends qu’un gros cafouillage a parasité la séance de The violent kind… ça n’était pas encore arrivé, cette fois, ça y est, le traditionnel incident technique sans lequel un festival de cinéma n’est pas un vrai festival de cinéma. La première demi-heure de 4 :44 fut d’une pénibilité sans pareil. Ferrara sombre dans tous les clichés du film bobo branchouille new-yorkais avec son couple de bourgeois bohèmes artistes, ex junkies et bouddhistes qui vivotent dans leur loft alors que l’Apocalypse s’apprête à frapper. Puis, imperceptiblement, une atmosphère se pose, une ambiance étrange enveloppe tout ça et Ferrara retrouve son mojo dès que Willem Dafoe quitte son loft pour arpenter les rues de New York et retrouver l’appartement de ses anciens potes, là on retrouve la patte du réalisateur et la folie qui hantait ses films par le passé. Le film se termine d’une bien meilleure manière qu’il n’avait commencé. On craignait le pire et, au final, on a le meilleur film de Ferrara depuis un moment même si évidemment, on reste loin des chefs-d’œuvre de son auteur.
Nouveau problème technique qui met une heure dans la vue de la cérémonie de clôture. Mais, beau joueur, l’orga offrira une entrée gratuite pour la séance de notre choix dans n’importe quel cinéma Pathé-Gaumont. La cérémonie de clôture se passe dans un très bon esprit avec une équipe bien plus détendue que pour l’ouverture, la remise des prix se fera dans la bonne humeur avec un jury expliquant ses choix via son porte parole Christophe Gans. Le quatuor récompensera Masks et Bellflower pour les longs métrages et A Function et Hope pour les courts-métrages. Le prix du c
ourt métrage français victorieux sera quant à lui décerné à Jusqu’au cou. Le film de fin débute, ça s’appelle Détention et c’est réalisé par Jospeh Kahn réalisateur du nanardesque Torque. Bon je ne vais pas m’éterniser et je me contenterai de dire que j’ai détesté chaque seconde de ce film. Mais, ce soir, l’essentiel était ailleurs. Dans la mine réjouie des organisateurs et des festivaliers et dans l’annonce d’une deuxième édition du PIFFF encore meilleure. Bref, on va remercier l’organisation pour une sélection très homogène qualitativement, variée et originale même si on aurait souhaité plus de fantastique pur, de nombreux films ne faisant qu’effleurer le genre ou ne le prenant que comme prétexte de départ. On aimerait aussi plus de radicalité dans le choix des films proposés avec des films extrêmes, des films qui divisent, etc etc…Le festival a manqué de l’une ou l’autre vraie grosse claque mettant tout le monde d’accord. Mais on mettra ça sur le compte d’une première édition qui aura autant servi à tâter le terrain qu’à installer le nom de l’évènement. Il reste du travail à accomplir de la part de l’équipe d’organisation et du public aussi mais le bébé marche à peine, on ne va pas lui demander de courir.
Bilan chiffré
| Nom | Note / 5 |
| Malveillance | 4 |
| A lonely place to die | 2 |
| Blind Alley | 3 |
| Extraterrestre | 3 |
| Retreat | 2 |
| The dead | 4 |
| Innkeepers | 3 |
| The ward | 2 |
| Cassadaga | 1 |
| 4:44 Last day... | 3 |
| Detention | 1 |
Les (fantastiques) fantômes de l’Opéra
Paris by night, un certain mercredi de novembre. Tout le monde se les pèle sévère, et sur la place de l’Opéra, se croisent, s’interpellent, se méprisent peut-être amateurs de pièces classiques et de robes couture. Aux lumières magiques du palace Garnier répondent, quelques mètres plus loin, les néons chauds et putassiers du Gaumont Capucine, les diamants de peau d’Edward Cullen, et surtout les clopes et smartphones de nombre de geeks et fanatiques du genre, venus braver le froid et les très riches pour assister, tickets en main, à l’ouverture presque historique de la première édition du PIFFF, initié par Mad Movies.
Une salle comble, un pupitre un peu approximatif à l’effigie du festival, et beaucoup de bonheur de la part des organisateurs, c’est le lot de cette cérémonie d’ouverture, qui s’achève doucement avec la projection du très attendu Malveillance de Jaume Balaguero, également membre du jury. Le film raconte l’histoire de César, un concierge profondément dépressif et malheureux qui, sous le vernis de la bonne humeur et de la serviabilité, cache une obsession
perverse pour Clara, habitante de l’immeuble où il travaille, et dont il va s’acharner à faire disparaitre le sourire. Passé une ouverture chiadée où se côtoient différents statuts d’images et de voix, mais aussi différentes temporalités, le long-métrage sombre doucement dans un académisme plombant, qui substitue au malaise une prévisibilité sans faille. Bien trop rôdé pour être redoutable, Malveillance souffre d’un manque flagrant de venin et de souffre, qui sans cesse vient illuminer les clair obscurs scénographiques, alors qu’il s’agirait précisément de les assombrir. Il n’y a pas ici d’escalade dramatique et, à mesure que se délie le récit, les soi-disant perversions de César se transforment et s’étiolent jusqu’à n’être plus que des gags sinistres que l’incroyable bêtise du personnage de Clara ne vient pas franchement relever. Cet archétype de fille, de féminité creuse, dont le statut de femme objet n’est jamais réfléchi, achève d’aplatir le long métrage, en faisant une piètre série b quand il aurait pu côtoyer les fièvres hitchcockiennes et depalmiennes.
Pourtant, c’est peu dire que les personnages féminins étaient mis à l’honneur par la sélection. Les trois films respectivement projetés le jeudi soir et le samedi soir, Blind Alley de Antonia Trashorras, The Ward de l’immense John Carpenter et Cassadaga d’Anthony DiBlasi, mettaient tous en scène des jeunes femmes bonasses aux prises avec quelque obscures transcendances par l’intermédiaire desquelles elles se confrontaient aux affres de leur esprit, aux profondeurs du deuil, aux gouffres du genre. Hommage au giallo, aux EC Comics et à l’esprit bon enfant des Contes de la Crypte, le sympathique Blind Alley revisite avec beaucoup d’humour et de savoir-faire l’imagerie pop des modèles dont il s’inspire. Dans cette relecture d’un peu plus d’une heure d’une scène culte de L’Oiseau au plumage de cristal, la frêle et sublime Ana de Armas porte sur ses épaules graciles le poids de la nuit et de ses mythes alors que s’éloignent peu à peu, pourris par l’humidité et la crasse de la vielle laverie dans laquelle elle est enfermée, ses rêves d’enfants, de danse et de prince charmant. A l’inverse, l’héroïne du John Carpenter, Kristen crache à grands coups dans le silence et le mystère qui ont fait la réussite du personnage qui a révélé son interprète (Amber Heard en Mandy Lane donc). Prisonnière d’un asile psychiatrique qui croule sous le poids du secret, la jeune femme affronte le fantôme d’une ex-internée pour faire éclater la vérité.
Adepte comme souvent d’une facture hyper classique et d’une imagerie traditionnelle, John Carpenter signe ici un film efficace et soigné, qui ne cède certes pas au vertige de l’innovation, mais qui, honnêtement, sait rendre compte de l’universalité d’un genre. La preuve par quinze mille que les vieux trucs sont toujours les meilleurs trucs. Cassadaga en revanche, entend clairement ouvrir son cercle d’influence. Entre drame humain, thriller et film d’horreur, la force du long métrage tient surtout à la rigueur de son scénario et à la puissance de l’imagerie véhiculée par les décors. Dans cette ville de Floride qui ressemble à la Louisiane, Lily, brisée par la mort de sa petite sœur, n’a pas de mal à entrer en contact avec l’esprit de cette dernière, et à réveiller les morts. Efficace sans être brillant, académique sans être ennuyeux, le long-métrage aurait cependant pu bénéficier d’un traitement un peu moins tape à l’œil, ou peut-être d’un allègement de ses lignes dramatiques et stylistiques. A force de vouloir conjuguer les genres et les réalisateurs cultes (Fincher et Argento en tête), on finit par ne plus rien conjuguer du tout.
C’est finalement le dimanche, à l’aube de l’achèvement, que surviendront les fulgurances promises par le festival. Entre le documentaire de Gilles Penso, Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, scolaire mais d’une grande richesse et suintant la passion, et le presque indigeste Detention de Joseph Khan, trop sucré, trop plein, trop tout, sont projetés Masks de l’allemand Andreas Marshall, Bellflower d’Evan Glodell et l’hyper attendu 4:44 Last Day On Earth d’Abel Ferrara, tous unis autour d’une même dialectique, celle de l’anéantissement
Lauréat de L’œil Fantastique et du prix Ciné Premier, Masks, néo-giallo déjanté, enfant boursouflé et monstrueux du Suspiria d’Argento, met en scène Stella, enfant stellaire, blonde pulpeuse et lisse, que les rêves d’actrice conduisent à intégrer une école mystérieuse aux méthodes particulièrement douteuses. C’est dans cette mise en abyme du statut de l’acteur, et donc de l’image, qu’Andreas Marschall puise la force rhétorique de son long-métrage. Se jouant des codes et des archétypes sur lesquels il travaille, le réalisateur mène sa réflexion à l’aune de l’imagerie d’un genre ultra balisé qu’il s’agit désormais de vriller, non pas pour le renouveler, mais pour justement toucher à la grâce, au sublime de son essence. Au centre du giallo, il y a toujours la chair, celle de la femme, et la pulsion scopique - de celui qui va tuer, de celui qui va mourir, et de celui qui est témoin. Le geste du cinéaste est ici de réunir les trois axes – ces trois masques - autour d’un même pôle, Stella donc, qui sous l’impulsion de La Méthode, devient œil absolu, à la fois physique et psychique, en tous points ouverte à la transe d’Artaud, au sacrifice du soi sur l’autel de l’œuvre. Spectacle de cinéma certes, Masks objective surtout le statut du film comme terrain de vie de ses personnages, et nous rend complices, coupables, nous spectateurs, de leur anéantissement.
A la destruction de l’objet personnage, répond la fin du monde d’Abel Ferrara, qui surfe avec 4:44, sur une thématique à la mode. Familier des états extrêmes (Bad Lieutenant ou The Addiction), c’est cette fois la chute de l’univers que filme le cinéaste, chute retenue et subtile que seuls viendront perturber quelques cris et ouvertures. Au centre du film, une scène magnifique : Cisco (William Dafoe), artiste et junkie repenti, quitte son appartement, décor presque unique du film, et sa compagne, Skye, une peintre à la ramasse (et en claquettes) pour arpenter les rues de New York et retrouver ses amis d’une autre vie dans un appartement quelconque auquel il accède par les toits. C’est au cœur de cette escapade que tient la puissance du long métrage car elle permet soudainement au personnage de prendre la mesure de la richesse de ce qu’il s’apprête à perdre, mais aussi du vertige et de la puissance de sa propre liberté. L’imminence de la mort figure en définitive la densité de l’indépendance, du libre arbitre le plus absolu, et permet alors à l’éternel dichotomie du bien et du mal de s’incarner à l’écran, non pas par le biais de figures ou de métaphores, mais bel et bien au cœur des personnages, dans leur chair et leur tripes. Dans ce vertige castrateur, fleurit la torpeur blême qui plane sur la ville. Chacun attend la fin du monde, résolu, résigné, effrayé non pas par la mort, mais par toutes les choses qu’il y aurait à faire. Ce qui domine, ce n’est pas la panique, mais l’urgence des gestes et des mots, ceux que l’on prononce la nuit avant de s’endormir, et dont le poids se mesure à l’aune du néant auquel ils font face. Finalement, Ferrara refuse l’apocalypse, mais prône le départ, faisant sienne une maxime de l’écrivain anglais Will Self : « La mort est d’abord et avant tout un changement de carrière ».
Grand Prix du Jury enfin, Bellflower, organique et tripal, un film d’enfants fous avec des gosses armés et trop amoureux qui carburent à la bière, à la Californie et aux rêves de guerre. L’apocalypse est là encore un thème central. Cette fois cependant, ce n’est pas celle à venir, mais bien celle qu’on attend, celle dont on rêve et grâce à
laquelle on pourra ressusciter. Au cœur du long métrage, deux amis d’enfance, Woodrow et Aiden, rêvent de vivre Mad Max. En attendant le cataclysme cathartique, ils geekent sur des voitures et construisent des lances flammes en prévision du jour où leur gang sera roi. La bombe qui survient alors n’est pas celle qu’ils attendent : elle est blonde et suave, elle boit du whisky et mange des cafards, et surtout, Woodrow en est dingue. A la fin du monde, répond donc la fin d’un monde, celui d’un homme dont la foi est brisée sur l’autel de l’amour, et qui pour survivre, n’a d’autre réponse que la purge. La violence sourde et magique qui gouverne le film n’a d’égal en soupape que le chagrin de son personnage principal, dont l’anéantissement rêvé sera finalement salvateur. Construit à la fois comme une tragédie et comme un film catastrophe, Bellflower fait se confronter deux imageries antagonistes, celle des indé US Greg Arraki et Larry Clark, et celle fétichiste et guerrière de George Miller, et ne se contente pas de les mettre en balance. Chacune contamine l’autre, suinte et transpire, jusqu’à en devenir le reflet le plus absolu, l’incarnation la plus totale, fusion que figurent à merveille les coups de lance flamme, ces fulgurances militaires de feu, de lumière, de vie qui hurlent dans la nuit la douleur et la force des trois personnages principaux. Evan Glodell a bien compris que le cinéma était le théâtre de toutes les passions, et les siennes, criardes, blindées, monstrueuses, en disent bien plus sur la jeunesse que n’importe quel teen-movie (et surtout plus que la satire mise en scène dans Detention). Une grande claque plein de larmes et de rage, de bière et de sperme, qui raconte l’urgence et la soif d’une génération de gosses – et de cinéastes – paumés qui, bien que désenchantés, continue de respirer, de crier, d’exister, en somme : de créer.
Bilan chiffré
| Nom | Note / 5 |
| Malveillance | 2 |
| Blind Alley | 3,5 |
| The ward | 3,5 |
| Cassadaga | 3 |
| Ray Harryhausen | 3,5 |
| Detention | 1 |
| Masks | 4 |
| Bellflower | 5 |
| 4:44 | 4 |
Fucking banana !
Les programmateurs du PIFFF avaient décidé de mettre les courts métrages à l’honneur. En leur consacrant une séance complète, le samedi matin, dans laquelle s’affronteraient dix courts métrages exclusivement français d’une part et en faisant précéder chaque long métrage d’un court métrage international. Une excellente idée surtout que la sélection était d’un niveau extraordinairement élevé. On ne va pas se mentir, on a découvert quelque perles et on a noté quelques noms dans son petit carnet des réalisateurs à tenir à l’œil car c’est peut-être là que se cache l’un des futurs cracks du cinéma mondial. Tour d’horizon.
LEYENDA de Pau Teixidor (Espagne)
Ambiance à l’espagnole pour ce court métrage mêlant fantastique, conte et quotidien et mettant en avant une fillette, sa famille et une légende à base de loups. D’emblée, on remarque l’élégance de la chose. Mise en scène chiadée, ambiance maitrisée et froideur impeccable. On ressent l’étrangeté plus qu’on ne la voit. Une famille, une voiture, une aire d’autoroute, il n’en faut pas plus à Teixidor pour poser une atmosphère fantastique. Bien joué, bien mis en scène mais top convenu, Leyenda convainc par sa facture technique irréprochable mais souffre de quelques petites longueurs et d’un manque d’originalité qui le fait ressembler à tous les autres films de ses petits copains ibères. On conseillera au réalisateur de ne plus copier sur ses voisins et de se créer un univers propre car le talent est bien là, reste à le polir.
A FUNCTION de Hyun-soo Lee (Corée du Sud)
Pour moi, le meilleur de cette sélection. On va encore me taxer de pro-asiatisme primaire mais qu’importe tant ce court était maitrisé de bout en bout. Mise en scène impeccable, gestion de l’espace (une toute petite salle de classe) parfaitement exploitée, une ambiance poisseuse à mi-chemin entre Silent Hill et Saw, une photographie à tomber et une tension à couper au couteau. En plus de ça, A function se permet de porter une critique sur la course à la réussite scolaire qui pourrit la vie de nombreux étudiants coréens. La Corée compte d’ailleurs le plus haut taux de suicide sur l’ensemble des pays développés. Le fond, la forme, la classe et le talent font de « A function » un vrai petit chef-d’œuvre horrifique de huit minutes que le jury aura apprécié à sa juste valeur en le récompensant. En plus, l’héroïne porte un très joli sailor suit. Oui, ça joue aussi.
DER FALL OF MAX MUSTERMANN de Achim Wendel (Allemagne)
Ambiance Brazil et kafkaïenne pour ce court métrage allemand mettant un homme lambda aux prises avec la bureaucratie locale. Un court métrage esthétiquement réussi, comme l’ambiance, la photo est très belle et l’atmosphère d’anticipation est parfaitement restituée mais il manque un truc, un petit quelque chose qui emmènerait le court dans une autre dimension. Là, on a un film maitrisé et tenu mais trop didactique et perclus d’influences évidentes. Ca manque un peu d’identité là aussi.
PICNIC de Gerardo Herrero (Espagne)
Changement radical d’atmosphère pour Picnic qui est basé sur un onirisme et une imagerie ultra chiadés. On y découvre une famille
revenant dans des lieux connus mais dont la guerre a légèrement modifié la topographie. Picnic surprend par la beauté de ses images et l’ambiance cotonneuse qui s’en dégage. Une jolie forêt, une famille Herta et soudain, le tout bascule vers l’horreur. Une mine, une explosion, du sang et des tripes. Gerardo Herrero tire parti de son décor et instille une tension via de nombreux détails et une mise en scène tout en douceur contrastant avec la violence sèche de certains plans. Un petit twist bien amené mais un poil attendu vient conclure en beauté ces treize minutes en apesanteur. Le décalage entre la forme et l’horreur de la situation amène une vraie identité à ce court métrage.
THE LEGEND OF BEAVER DAM de Jérome Sable (Canada)
Voici peut-être le film le plus réjouissant de cette sélection car totalement grindhouse dans l’esprit et très orienté années 80 dans l’esthétique. Une troupe de louveteaux campe au coin du feu et leur chef leur raconte la terrible histoire de Stumpy Sam. Ambiance campy, boogeyman et forêt, pas de doute on est là en face d’un vrai slasher mais en chanson. La majeure partie du film se déroule sous forme de comédie rock à la Tenacious D. Les chansons sont d’ailleurs excellemment bien écrites et les comédiens tous excellents. Le film rend hommage à tout un pan du cinéma d’horreur de vidéo club des années 80 et n’hésite pas à trucider ses enfants et à confronter un terrible boogeyman à un jeune gamin qui rappelle le Tommy de la saga Vendredi 13. Un court métrage rock’n’roll et survolté mais tenu de bout en bout l’empêchant de virer dans le nawak le plus total. Je regrette juste le petit twist final qui ternit très légèrement l’ensemble. Un excellent court en tout cas qui aura su toucher la majeure partie de la salle.
GHOST de Tobias Boesen (Danemark)
Ce film se démarque par ses velléités expérimentales évidentes et ses effets de montage et de mise en scène. On revient à l’essence du court métrage : faire passer un maximum d’idées en un minimum de temps. Et des idées, Ghost n’en manque pas, il en déborde même, rendant l’assimilation parfois complexe. Visuellement époustouflant mais très abscons, le court marche essentiellement par association d’idées, mise en scène impeccable et jeu de montage exemplaire. On ressent tout un tas de sensations diverses et variées et, peu à peu, en rassemblant les pièces du puzzle, on reconstitue l’histoire, touchante, de cette famille troublée par le deuil. Un film exigeant et hermétique qui en laissera peut-être certains sur le carreau. Mais retenez le nom de Tomas Boesen, on risque d’en entendre parler.
BANANA MOTHERFUCKER de Pedro Florencio (Portugal)
Voila un court métrage tout entier tourné vers le gore et le fun. Marchant sur les traces de Ruggero Deodato, un jeune réalisateur se rend dans des contrées sauvages et reculées afin de réaliser le film d’horreur ultime. Mais des bananes vont en décider autrement. Une petite exposition de cinq minutes et ensuite dix minutes de carnage, c’est ça, Banana motherfucker. Un film hyper référentiel, excessivement gore et très drôle. Un gore et une ambiance à la Troma destiné à la véritable horreur. Un film fait pour ce genre de manifestations qui chauffe à blanc une salle de goreux assoiffés de sang. Techniquement, ça sent bon l’amateurisme mais c’est tellement fun et bon esprit que ça passe tout seul. Les fanboys apprécieront les références à Freddy, aux Dents De La Mer et à Arachnophobie, entre autres.
LE LAC NOIR de Victor Jaquier (Suisse)
Le réalisateur opte ici pour l’atmosphère féérique et noire du conte.
Une réussite sur la plan visuel où chaque plan semble travaillé jusqu’à la gueule et que ce soit au niveau du costume, du décor, de la lumière ou de la mise en scène, tout respire le professionnalisme à plein nez. La réalisation est étudiée et maitrisée, ample et intimiste à la fois. On pense souvent aux contes de Grimm ou d’Andersen face à cette histoire de poisson, d‘enfant, de malédiction et de lourds secrets. Jaquier maitrise tous les aspects de son sujet, de l’écriture précise à la musique en passant par la production design, on a l’impression que chaque sous est à l’image. Maintenant, en tant que spectateur, on ne se sent pas suffisamment impliqué et il manque cette touche de personnalité et de vie pour vraiment emporter l’adhésion. L’ensemble est un peu froid et distant malgré des qualités techniques et esthétiques hallucinantes. Un excellent court métrage, hyper professionnel mais qui manque d’un petit je ne sais quoi afin d’être qualifier de chef-d’œuvre du style. Mais une fois de plus, un nom à suivre car Jaquier est manifestement à l’aise avec toute la machinerie que demande un tournage professionnel.
HOPE de Pedro Pires (Canada)
Grosse claque visuelle que ce Hope, justement récompensé par le jury. D’emblée, on pense au Dormeur du Val de Rimbaud puis on passe à des plans à la Stalker de Tarkovski. Esthétiquement magnifique, Hope rappelle le cinéma d’Anton Corbijn au niveau du grain et de la texture de l’image de cette histoire antimilitariste. La mort ne tient pas compte du grade, elle tue les gradés comme la bleusaille. La métaphore du barbier est parfaite et permet de bien comprendre les intentions du réalisateur qui maitrise son image à la perfection. Hope est un film purement sensitif, viscéral, d’une beauté à couper le souffle et d’une limpidité rarement vue. Pedro Pires est promis à une très belle carrière s’il persiste dans cette voie car il possède le talent, l’originalité et déjà, un vrai regard de metteur en scène. Une totale réussite.
La sélection des courts français
Les organisateurs du PIFFF se sont fait fort de mettre l’accent sur le format court hexagonal en lui réservant toute une séance, le samedi matin à 10h45. Malgré l’heure tardive, il était agréable de constater que la salle était bien remplie et que le public s’était déplacé pour se repaître de fantastique inédit, novateur et inventif. Focus.
ON BRAQUE PAS LES BANQUES AVEC DES FOURCHETTES EN PLASTIQUE de Julien Paolini
Un de mes petits préférés de cette sélection qui marque d’emblée des points grâce à une vraie imagerie urbaine, une image granuleuse en noir et blanc qui rappelle Tetsuo et Pi couplés à une bonne atmosphère post-apocalyptique et des plans assez stupéfiants d’une région parisienne vidée de toute vie. Un film qui rappelle La Route ou Le Livre d’Eli de par son sujet et ses héros, un père et son fils qui doivent survivre dans un Paris dévasté et soumis à mille dangers. Le réalisateur confère une vraie identité visuelle et conceptuelle à son film. Le casting est lui aussi remarquable et ramène quelques têtes connues comme Christophe Salengro (le fameux président de Groland
») et Anthony Sonigo (Kamel dans Les Beaux Gosses). Un très bon court métrage donc, pas exempt de défauts pour autant, mais qui possède énormément de personnalité et de vie malgré son sujet.
SCYLLA De Aurélien Poitrimoult et Jean Charles Gaudin
On est ébloui par la beauté des images et la technique digne d’un long métrage utilisée par le duo de réalisateur. On reste ébahi devant la créature créée par Jérémie Caravita, qui est tout simplement sublime. La créature, pas Jérémie Caravité. Par contre, on est beaucoup moins séduit par le reste. L’ensemble du film rappelle fortement les mauvais slashers des années 90 comme Promenons-nous Dans Les Bois avec sa bande de jeune ados assez insupportables, sa mise en scène incroyablement datée et sa bande-son beaucoup trop imposante. Les comédiens ne sont pas excellent eux non plus et apportent même une petite touche nanar involontaire au film. Pourtant, la créature est formidable et les deux réalisateurs parviennent à la mettre très bien en valeur. On a l’impression qu’ils ont bâclé tout ce qui ne conservait pas la créature. Dommage car le thème était intéressant et les effets spéciaux impeccable mais l’écriture et la mise en scène laisse vraiment à désirer avec ses airs de slasher de série B nineties.
DES TROUS DANS LE SILENCE de Vincent Lebrun
Des Trous Dans Le Silence aborde un fantastique plus feutré et psychologique à la Polanski en racontant la calvaire d’une femme dont l’appartement jouxte celui d’un couple en éternelle dispute. L’histoire prend le temps de poser ses bases : un immeuble, une femme seule dans son appartement et le bruit d’une dispute qui ne cesse de la troubler. Puis, imperceptiblement, les choses changent et une atmosphère pleine d’étrangeté se développe, entrainant son actrice, et le spectateur par la même occasion, au limite de la folie. Le concept est très intéressant mais malheureusement le film est trop long, aléatoire au niveau de l’écriture, dès les première minute on se demande pourquoi la femme ne va pas voire ce qui se passe dans l’appartement du haut. Le « twist » de fin est un peu téléphoné et pas forcément bienvenu lui non plus. Tout ça donne un court-métrage honnête possédant une belle ambiance et quelques bons moments mais l’ensemble n’est pas assez maitrisé que pour vraiment convaincre.
PETER de Nicolas Duval
Voici « le blockbuster » de la sélection. Le film de Nicolas Duval est déjà connu des gros amateurs de fantastique puisqu’il s’agit de
l’adaptation du Peter Pan de Regis Loisel et on peut dire qu’il y a mis les moyens. Effets spéciaux et mate paintings incroyables, casting quatre étoiles (François Levantal, Jules Sitruk, Michel Muller,…), mise en scène pleine d’ampleur et de maitrise presqu’à l’américaine. Peter bénéficie d’un écrin à tomber mais, mais on ne peut s’empêcher de trouver cette démo technique un peu vaine et sans vie malgré la qualité et le professionnalisme du truc. Peter ressemble plus à un début de long métrage, ce qu’il aimerait être semble-t-il, qu’à un vrai court métrage construit et conçu en tant que tel. On souhaite bonne chance à Nicolas Duval pour la suite et on reste ébahi devant la beauté des images mais voila, en tant que court-métrage, la mayonnaise ne prend pas et on reste sur sa faim.
DEADLINE de F. Manga
Un homme, en proie à la folie, est barricadé dans son appart abandonné, apparemment entouré de créatures étranges. Une fois de plus, le court-métrage prend place dans un univers post-apocalyptique, cette fois réduit à un simple appartement, et à un héros aux portes de la folie et de la schizophrénie. Le réalisateur use et abuse des ficelles grosses comme des cordes et multiplie les effets faciles pour simuler l’état mental de son personnage. L’ensemble sonne de manière trop amateure et se retrouve déjà daté par de nombreux effets, pour la plupart ratés. C’est dommageable parce que le comédien est convaincant et l’idée de base n’est pas mauvaise mais le traitement est beaucoup trop imparfait que pour donner un vrai socle esthétique et technique à cette histoire.
CTIЙ ! de Cyrille Drevon
Le film se place lui aussi dans un univers d’anticipation, très à la mode cette année et marche en plein sur les plates bande des univers de Brazil et du Festin Nu mâtiné d’une touche de Caro/Jeunet pour le style de mise en scène et l’esthétique. L’histoire fait rappelle celle de la scène du diner de « Massacre a la Tronçonneuse » version Gilliam, décors foutraque, casting de gueule hallucinante et ambiance de folie furieuse chapeautée par un médecin fou sur fond d’expérience génétique au fin fond de l’Ukraine. Un univers dont je l’avoue, je ne raffole pas mais il faut remarquer l’énorme travail de maquillage et de déco effectué par l’équipe du film qui crée un univers crédible et dérangeant, surtout pendant la scène de repas qui résonne d’une folie douce. La partie « médicale » est moins convaincante et reflète trop les influences du réalisateur. Une grosse réussite esthétique mais qui ne convainc qu’a moitié, la faute à un manque de véritable personnalité.
BLOCK 66 de Patrice Gablin
L’heure est plus grave avec ce film qui prend place dans un camp de déportés au début des années 40. La reconstitution est simple et efficace, la seule vue des costumes rappelle bien évidemment tout un pan d’une Histoire qu’on aimerait oublier. L’histoire, tragique et pleine de tristesse, n’a rien de fantastique au départ : on y découvre la détresse d’une femme enceinte piégée dans l’un des sinistres campements bien décidée à survivre avec l’enfant qu’elle porte. Puis, peu à peu, l’atmosphère se fait plus inquiétante, plus onirique et le fantastique se dévoile par petites touches, à la fois espagnoles et asiatiques. Le fameux Block 66 nous révèle toute son histoire et toute son âme via le spectre de ses anciens occupants. Le film est de très belle facture, très sombre et très classique au niveau de sa réalisation et de son esthétique. Un poil plombant d’ailleurs et peut-être top classique et impersonnel mais l’excellent travail de reconstitution est à souligner.
JUSQU’AU COU de Morgan S. Dalibert
Un autre des courts-métrages les plus intéressants de cette sélection et d’ailleurs doublement récompensé par le jury du festival. Jusqu’Au Cou est un modèle du genre. Une bonne idée, un concept exploité jusqu’au bout de manière inventive et originale. Le concept est très simple : dans un univers post-apo, un homme est enseveli dans le sol juqu’au cou et seul sa tête dépasse, un visiteur débarque et le dialogue s’installe. Une des forces du film est le naturel des deux comédiens et la force des dialogues naviguant entre gravité et humour, les deux comédiens se répondent du tac au tac. Le déco est dépouillée mais crédible, la mise en scène, simple, efficace, classique et sans chichis sied parfaitement à ce genre d’histoire courte. Jusqu’au bout, on ne connait pas la chute et on voit peu à peu la solution évoluer. On peut aussi y voir une petite critique sociale et une petite touche de politique dans l’attitude du personnage. Bref, du grand art et un modèle de film court. Un double prix bien mérité.
TOUS LES HOMMES S’APPELLENT ROBERT de Marc Henri Boulieri
Ce film suit les traces de Jusqu’Au Cou et part du même postulat de départ, un postulat de départ intriguant, un homme nu et couvert de blessures court à travers une forêt. Un déroulement malin distillant les informations au compte-gouttes, l’arrivée de personnages secondaires iconiques à souhait magnifiquement costumés et maquillés et enfin un twist formidable de finesse et d’intelligence. La mise en scène haletante et rythmée entretient le mystère, la photographie tire à fond parti des décors naturels pour mêler à le fois fond et forme dans six petites minutes exploitées à 100%. Une des autres excellentes surprises de cette sélection. Malin, maitrisé et parfaitement conscient de son potentiel, Robert s’avère être un des fleurons de cette sélection.
KANGOOTOMIK de Frédéric Gousset
Un kangourou humanoïde comme personnage principal d’une histoire ? Quelle drôle d’idée. Pourtant, ça fonctionne du tonnerre car d’une
part le comédien, malgré le costume, parvient à donner une vraie personnalité au personnage du kangourou et d’autre part, la mise en scène est enlevée, rythmée et presque punk, ce qui sied parfaitement à l’histoire racontée. Celle d’un kangourou qui vit sa vie sur une planète désolée et vidée de tous ses habitants. On pense souvent à du Spike Jonze pour le côté bricolo/système D de l’ensemble et pour la mise en scène qui fait la part belle à la camera portée. Le film se fend d’un bel hommage à Massacre A La Tronçonneuse et le kangourou est formidable et se rend attachant et intriguant en cinq petites minutes rythmées par une excellente chanson déclinée façon karaoké. A la fin du film, on ne demande qu’une seule chose : la suite des aventures de ce kangourou ! Et vite.
Here comes the devil
J’aurais dû me méfier dès la découverte du patronyme du réalisateur. En effet Adrian Garcia Bogliano n’est autre le géniteur de l’horriblement irritant I’ll Never Die Alone. Cette fois, plus de rape revenge voyeuriste au rabais mais sur le papier, une approche de l’horreur plus atmosphérique et occulte. Here Comes The Devil. Si Bogliano n’a pas vraiment progressé en matière de mise en scène, son film se montre par contre beaucoup moins insupportable que son No morire sola. Mais pas meilleur pour autant. L’Enfer est pavé de bonnes intentions comme le souligne l’adage qui résume parfaitement la situation : les intentions de départ de Bogliano sont on ne peut plus nobles mais, sur l’écran, leur mise en pratique est ratée dans les grandes largeurs. Là où le style demande de la finesse et du tact, Bogliano, pachydermique au possible, fait figure d’éléphant maladroit dans un magasin de porcelaine.
Le réalisateur argentin semble s’inspirer du travail de cinéastes comme Brillante Mendoza, Apichatpong Weerasatekhul au encore Amat Escalente mais sans avoir la moitié du quart du talent de ses confrères. Ses cadres sont bancals, le rendu de l’image amateur, le jeu des comédiens aléatoire et le scénario prend l’eau de toutes parts. Le film flirte même par moments avec la série Z lors de l’apparition d’un policier moustachu tout droit sorti d’une version argentine de
Samurai Cop ou Clash Of The Ninjas.
Pourtant, tout commençait sous de bons auspices avec une scène d’introduction sexuelle et pas mal shootée. Cette scène montrant des amours lesbiens posait les bases d’une histoire de possession charnelle, érotique et fort intrigante. Cette introduction saphique restera le point culminant d’un film raté. Le reste étant bien évidemment à l’avenant : mise en scène ultra-datée, cadres n’exprimant aucune angoisse, aucun malaise, absence totale d’étrangeté et de peur et, ce qui semble être la marque de fabrique du réalisateur, une vulgarité crasse lors des scènes de sexe ou de nu émaillant le récit sans la moindre justification. Si ce n’est, éventuellement, pour mettre en avant le côté tentateur du Malin. Here Comes The Devil ne sait jamais trop sur quel pied danser, se voulant introspectif et atmosphérique mais sombrant dans la plus pure exploitation à la première occasion. Invariablement, le réalisateur opère les mauvais choix. Une scène en particulier met en exergue le ratage de l’œuvre : lors d’une séquence, deux personnes séquestrent un méchant dans le but de le faire parler. La scène est pas mal shootée et distille une petite tension. Mais patatra, Bogliano gâche tout en sombrant dans le gore de bas étage.
Dans ce film, chaque début de bonne intention ou de bonne idée est ruiné par une exécution lamentable. C’est vraiment dommage car les intentions de départ étaient bonnes, sans toutefois être révolutionnaires et auraient pu donner une petite série B à la Ti West. Rarement le Malin aura semblé si peu... malin.
Pifff is the end…my only friend, the end.
Voilà, c’est fini. C’est la fin d’un monde. La fin de la seconde édition du Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF). On ne sait pas si les Mayas l’avait prévue ou pas mais, quoiqu’il en soit, pour tout cinéphage fantasticophile qui se respecte, c’est tout aussi déprimant que l’extinction complète de l’Humanité. Pourquoi ? Parce que le Pifff, c’est une programmation de qualité, une organisation presque parfaite, une équipe au taquet et surtout, c’est l’occasion de bouffer des films entre passionnés, de revoir les potes, de serrer des mains, de claquer des bises et de se faire plaisir. Mais bon on ne va pas se chatouiller le petit frère plus longtemps, et on va aller droit au but : elle était sacrément belle cette seconde édition.
Elle commençait d’ailleurs sous les meilleurs auspices avec une cérémonie d’ouverture tout en humilité et en simplicité. Mais avec sérieux. John Dies At The End a ravi les spectateurs et placé le festival sur les bons rails. Loufoque, cintré mais maitrisé et toujours cohérent, le film de Coscarelli est porté par un bel état d’esprit qui
plonge le spectateur dans un état d’euphorie assez jouissive. Tout le monde est rentré chez lui avec la banane. Bordel, il commence bien ce festival. Le lendemain démarre mal avec un Here Comes The Devil foiré dans les grandes largeurs mais la séance permet toutefois de remarquer que le festival grandit car il a investi une salle plus grande que lors de la précédente édition. Si la salle est plus grande, l’organisation est aussi plus fluide, plus souple. Tout le monde sait où il va, ce qu’il doit faire et le fait avec le sourire. Point de doute, le PIFFF est une affaire qui roule.
On enchaine ensuite avec une des séances très attendues du festival, l’anthologie ABC’s Of Death. On déplorera simplement la fastidieuse routine consistant à laisser son portable au vestiaire afin de ne rien enregistrer de la séance, condition sine qua none imposée par la production américaine. Mais une fois ce petit désagrément passé, on savoure le film pour ce qu’il est : un buffet garni de l’horreur. Y a du bon, de l’excellent, du moins bon et du carrément dégueulasse mais tout le monde trouvera au moins un plat à son gout. Dimanche, jour du Seigneur, on est de retour et d’attaque pour assister à l’une des plus belles surprise du festival : The Cleaner, un tout petit film réalisé par un gamin de vingt-trois ans qui fait preuve d’une maitrise de son sujet, d’une intelligence d’écriture et d’une science du cadrage hors pair. Adrian Saba, retenez ce nom car on devrait vite en entendre parler. D’ailleurs, le film sera très justement récompensé par une Mention Spéciale du jury. Mon coup de cœur du festival. A peine le temps de discuter avec les collègues pifffeurs qu’il faut se rendre à la projection exceptionnelle, dans une copie qui l’est tout autant, de Quatre Mouches de Velours Gris, le film le plus rare de Dario Argento. Un très beau coup de la part de l’organisation. La journée se
poursuit dans l’excellence avec Citadel et la projection, en 3D s’il vous plait, du dernier film du sifu Tsui Hark : Dragon Gate, la Légende des Sabres Volants. Un bon film du père Hark mais qui manque un peu de la folie visuelle et créatrice de ses plus grandes réussites.
Après ce week-end de folie, on retrouve un rythme plus humain, deux films par jour, en soirée, à la cool. De ce lundi, on retiendra Side By Side (bon, en fait, c’est le seul film que j’ai vu ce jour là…) un très bon documentaire, retraçant la révolution numérique dans le cinéma américain, des balbutiements de la DV aux toutes dernières cameras HD. J’en profite pour vous narrer l’anecdote fort ironique de la soirée. Le seul vrai gros pépin technique (une demi-heure de retard tout de même) du festival aura eu lieu avant la projection, en format DCP numérique donc, d’un documentaire ventant les mérites du numérique. Meilleur timing, tu meurs. Mardi c’est relâche pour ma part et la dernière séance du mercredi va se révéler totalement inattendue. Au programme, Universal Soldier : Day Of Reckoning, quatrième volet officiel de la saga. Je m’attendais à voir un dtv d’action sympa avec Jean Claude et Dolph se mettant sur la gueule mais, au final, j’ai vu un des meilleurs films du festival, voire plus. Une vraie grosse surprise réalisée par John Hyams, un mec avec des cojones grosses comme ça qui, signe un actioner d’auteur expérimental. Le Apocalypse Now de JeCVD que l’équipe du festival nous a permis de découvrir en version longue. Encore un joli coup à leur actif.
J’attendais la journée de jeudi, j’arrive donc bien à l’avance histoire de
discuter avec les habitués, les amis de festival, les têtes connues, de prendre la température auprès des bénévoles et ainsi de suite. Cette proximité est l’un des gros points forts du festival parisien. On trouvera toujours quelqu’un en début ou en fin de séance pour discuter, échanger ou débattre. Doomsday Book constituera une nette déception, on sent que le projet était bancal dés le départ et que le production fut mouvementée. Les deux réalisateurs moyennement concernés tentant vaille que vaille de se rattraper aux branches afin de livrer un film tout juste correct. Le temps passe quand on s’amuse et nous voila déjà en fin de semaine. L’évènement du jour est la projection en copie 35mm de Bad Taste. Oui Bad Taste, le Bad Taste de Peter Jackson. Au cinéma. En 35. Quelle plus belle manière de découvrir le film…car oui je l’avoue, jusqu’à ce vendredi 23 novembre 2012, je ne l’avais jamais vu. Mais chaque chose en son temps et le temps est, pour le moment à Modus Anomali, un petit film indonésien, tourné en huit jours, que j’attendais avec une grande impatience. Et cette impatience fut plus que récompensée tellement le film met la pression grâce à une mise en scène hyper immersive, une photographie naturaliste et un design sonore aux petits oignons. Enfin tout ça vaut pour la première heure du film de Joko Anwar car le dernier tiers vient remettre le film en perspective et annihile une bonne partie de la force des événements passés. Maintenant à nous deux bandes de P’tits Connards. J’ai découvert Bad Taste et comme on dit chez les jeunes : « Sa reum, j’ai kiffé ma race ». La meilleure ambiance du festival avec rires, applaudissements, vannes et tout ce qui va avec. Un bien belle séance culte qui, pour le coup, était vraiment culte.
Nouveau week-end ! On ouvre le samedi avec les courts-métrages français. Si l’année dernière, la sélection était de très bonne qualité, ce ne fut pas le cas pour cette année avec un niveau global très moyen d’où émergeait très aisément Nostalgic Z qui, c’est bien simple, repartit avec tous les prix (Jury, Public et Ciné+) ne laissant à Foodelle qu’une mention du jury. Un plébiscite mérité que personne ne remettra en cause tellement il était évident. Place à Clive Barker avec en ouverture de sa nuit Night Breed : The Cabal Cut. Pour moi, c’est LA séance du Pifff 2012, une vraie exclusivité, un véritable évènement. La version longue de CABAL, est quelque chose de vraiment monstrueux, dans tous les sens du terme : des bouts de vhs dégueulasses rajoutées au montage original, un film trop long (2h25) mais une puissance épique, amoureuse et visuelle de folie prenant le parti des monstres doublé une superbe histoire d’amour. Vivement la restauration bon sang ! Après le film, nous aurons droit à une séance de question réponses avec Russell Cherrington, restaurateur de cette version longue et Nicolas Vince, interprète de Kinki. Hellraiser sera introduit par Forbidden, un court métrage experimental de Barker et par le duo Pascal Laugier/Julien Maury qui narreront des anecdotes complètement folles sur le développement du film et leurs rencontres avec Bob Weinstein. Je suis rentré chez moi après ça parce que demain je ré-attaque de bonne heure avec la sélection des courts-métrages internationaux proposant des films d’une très bonne qualité parmi lesquels l’intriguant A Formal, l’esthétiquement étrange Crown, l’élégant Exit (qui sera récompensé par le jury) et le subtil Record/Play. Je profite de la pause entre les séances pour aller boire un petit café au Starbucks juste en face. La situation du cinéma Gaumont Opera est l’un des autres gros avantages du PIFFF, en plein centre de Paris, on a tout ce qu’il faut pour se déplacer, se restaurer et se désaltérer dans un rayon de 100m. C’est important lors des longues journées. Plus qu’un film avant la clôture, ce sera Horror Stories, film aàsketches coréen basé sur le principe des Mille et Une Nuits. Le film propose quatre segments tous très différents et présentant une facette différente de l’horreur à la coréenne.
Place maintenant à la cérémonie de clôture, animée par Naï La (pour toujours la toute première Scream Queen officielle de Cinemag
Fantastique, on en est très fier) en grande pompe avec décoration inspirée par l’univers de Silent Hill, invités et tout le tintouin. On apprend que le festival a doublé sa fréquentation par rapport à l’année dernière, preuve en est que le Pifff est une affaire qui roule. Je suis heureux et un peu ému aussi de voir qu’un festival que j’ai vu apprendre à se tenir debout l’année dernière marche désormais seul vers un avenir radieux. L’équipe organisatrice aura mis les petits plats dans les grands pour une belle dernière soirée. Après avoir découvert le palmarès du festival, nous aurons survécu à une invasion d’infirmières démoniaques et au jeu d’acteur de Cyril Despontin prouvant une fois de plus qu’on peut concilier bon esprit et professionnalisme. La soirée de clôture, basée sur l’univers de Silent Hill sera franchement réussie et spectaculaire ce que n’est pas le film. Silent Hill Révélations est pour rester courtois et poli un bon gros navet. C’est un peu dommage de finir de cette façon mais ça n’a que peu d’importance finalement car l’essentiel était dit : cette deuxième édition du festival parisien est un vrai et franc succès. En l’espace de douze mois le Pifff s’est rôdé, professionnalisé, amélioré sur tous les points. L’organisation est plus fluide, la sélection aventureuse, éclectique et de qualité, l’ambiance générale est sympathique mais studieuse, ce n’est ni l’esprit potache du Bifff ni l’ambiance un peu guindée de l’Etrange Festival. La qualité de projection est excellente, les salles confortables et les bénévoles efficaces. Le seul point un tant soit peu négatif vient du fait de partager un cinéma « grand public » qui empêche l’esprit « festival » mais mis à part ça le Pifff à tout ce qu’il faut pour devenir un incontournable de la scène européenne.
Avis Chiffrés.
JOHN DIES AT THE END : 4/5
Un film loufoque, qui part dans tous les sens mais parvient toujours à retomber sur ses pattes.
HERE COMES THE DEVIL : 1/5
L’Enfer est pavé de bonnes intentions. Tu l’a dis bouffi.
THE ABC’S OF DEATH : 3/5
Du bon, du très bon, du mauvais du très mauvais. A boire, à manger, y’en a pour tous les gouts.
THE CLEANER : 4/5
Un petit film intimiste et poétique porté par une mise en scène et une finesse incroyable. La belle découverte du festival
QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS : 3/5
Un giallo psychologique montrant la décomposition d’un couple. Beaucoup de défauts mais des moments de pure grâce
CITADEL : 4/5
Une histoire puissante, une tension palpable, une mise en scène qui met la pression, un personnage magnifique. Un grand film sur la peur et les peurs. Impressionnant.
DRAGON GATE : 3/5
Un bon Tsui Hark plein de fun mais qui manque de folie et d’inventivité visuelle. Un film trop calibré Chine Populaire pour être tout à fait honnête.
SIDE BY SIDE : 3/5
Un documentaire très intéressant mais un peu trop scolaire et porté sur l’aspect technique au détriment des considérations artistiques.
UNIVERSAL SOLDIER DAY OF RECKONING : 4/5
Un dtv d’action experimental d’auteur. LA surprise du festival.
DOOMSDAY BOOK : 2/5
Un film bancal, hétérogène et dilettante. Déception.
MODUS ANOMALI : 3/5
Une première partie incroyable de tension, une dernière partie beaucoup moins réussie.
BAD TASTE : 4/5
J’arive bande de P’tits Connards. Culte à mourir.
NIGHTBREED, THE CABAL CUT : 4/5
Un film monstrueux dans tous les sens du terme.
HORROR STORIES : 3/5
Quatre visions de l’horreur à la coréenne. Classique mais maitrisé et efficace.
SILENT HILL REVELATIONS : 1/5
Un bon gros navet. Des monstres croquignolets et un thème musical réussi le reste est à jeter à la poubelle.
Maureen Lepers
John Dies At The End – 3 étoiles
Retour du grand ponte de l’épouvante Don Coscarelli avec cette comédie horrifique gratinée, où l’absurde le dispute au grotesque, au génie, au portenawak apocalyptique. Il est impossible de résumer ou même de saisir en quelques mots le foisonnement que constitue John Dies At The End, tant les fulgurances de mise en scène, les retournements narratifs et l’extrême qualité d’écriture sont finalement bien peu au milieu de ce gros bordel. Maitrisé certes, assumé carrément, décomplexé encore plus, le film emprunte à chacun des genres qu’il côtoie ses codes les plus iconiques, et les réinvestit en un collage monstrueux dont la bizarrerie et l’opulence laissent coi.
In Their Skin – 2 étoiles
Premier long métrage du canadien Jeremy Power Regimbal, In Their Skin fait le traditionnel récit d’un couple en crise, partis se ressourcer avec leur fils dans leur maison de vacances et que des voisins peu commodes vont venir harceler et torturer. Un air de Funny Games et de Cape Fear et de tant d’autres films, me diriez-vous, et vous n’auriez pas tort. La minuscule autorité d’In Their Skin (initialement baptisé Replicas, de façon encore plus explicite) est cependant de substituer au couple de bourreau ou au tortionnaire une famille, en tous points identiques à la première dont il s’agit bien sûr de s’approprier les traits, les biens, le passé, l’identité. Cependant, et c’est précisément là où pèche le cinéaste, cette ombre de famille venue torturer les autres s’égraine finalement au profit d’un tourmenteur unique, la sempiternelle figure masculine dont les actes et décisions viennent rythmer le récit, reléguant en fond de champs les doubles de l’épouse/mère et du fils. En resserrant ainsi le cadre de son histoire sur une figure somme toute assez commune, Jeremy Power Regimbal cède sous le poids des modèles qu’il exploite, dont le spectre trop pesant hante chacune de ses images, et dont son film finalement, n’est qu’une bien pale réplique.
Side By Side – 3 étoiles
Documentaire très érudit sur les enjeux du passage au numérique pour le cinéma, en tant qu’art bien sûr, également en tant qu’industrie, Side By Side de Christopher Kenneally interroge quelques uns des très très grands d’Hollywood et d’ailleurs, qu’ils soient réalisateurs, chefs op, étalonneur ou acteur, de façon pertinente et éclairante. Emmené par Keanu Reeves que la situation visiblement passionne, le documentaire fait preuve d’une grande clarté et rend habilement compte des diverses positions et arguments des techniciens et artistes, dont les avis parfois tranchés font montre pour le cinéma d’une mutation dantesque, effrayante et fascinante, et dont les contours encore flous compromettent la totale lisibilité. D’un académisme certain, Side By Side, par souci d’intégrité et de clarté sûrement, souffre pourtant en creux d’un caractère un peu trop scolaire, qui vient entraver l’émerveillement que peuvent susciter les multiples possibilités du numérique. Ces dernières finalement ne sont que rarement mises en question par le réalisateur et son guide, qui recueillent moult témoignages et omettent de les mettre en miroir, de les faire dialoguer, condamnant le film à n’être qu’un simple compte rendu. Aussi, si les moins spécialistes (dont je fais partie) y apprendront forcément des choses, il n’est pas dit que les plus érudits y trouvent spécialement leur compte.
Crave – 4 étoiles
Issu du documentaire et du making-off (notamment pour Blade Runner), Charles de Lauzirika passe cette fois ci du côté de la fiction et livre avec Crave, un premier film qui se veut une relecture personnelle du cultissime Taxi Driver de Martin Scorsese. Photographe de scène de crime, Aiden est un jeune homme un chouia névrotique, fatigué de se faire marcher sur les pieds, de se considérer comme un lâche, et dont les pulsions de violence et de mort, tantôt contenues par son travail et le soutien d’un vieux roublard de flic, vont finalement se cristalliser jusqu’à l’explosion sur la jeune fille dont il tombe amoureux. Si Crave emprunte effectivement à Taxi Driver sa fascination pour la rue et le dégout qu’elle peut inspirer aux hommes les plus sensibles (certains diraient instables), force est cependant de constater que le film n’a finalement pas grand-chose à voir avec son modèle. Variation sur l’autodéfense, le long métrage s’impose surtout comme une variation sur le fantasme et ses concrétisations, et instaure un jeu bienvenu entre différents niveaux de narration.
The Butterfly Room – 1 étoile
L’italien Jonathan Zarantonello raconte ici l’histoire d’une grand-mère acariâtre, amoureuse des papillons, dont elle fait d’ailleurs collection au point de leur dédier l’une des pièces de son appartement. The Butterfly Room marque d’abord le retour à l’écran de deux géants de l’horreur, l’une gothique et fantastique, l’autre plus réelle, plus étrangement inquiétante dont la rencontre aurait du faire des étincelles. Autant le dire de suite, Barbara Steele et Ray Wise (Twin Peaks) ne transcendent du tout dans ce thriller d’épouvante hérité de Psycho, Vertigo et autres variations sur le maître, et qui joue un peu trop à se prendre pour Brian de Palma. Mal écrit, et pour la majeure partie, mal interprété, le long-métrage fait office, au milieu de la programmation du festival, de figure plate, dont l’arrogance tant graphique que dramatique n’a d’égale que l’extrême niaiserie. Film de femmes qui multiplie les clichés affligeants (mention spéciale au traumatisme de la fille du personnage principal), The Butterfly Room échoue à rendre compte du tout possible des figures féminines qu’il met en scène, et à traduire à l’image leur nature proprement épouvantable, en ce qu’elles fascinent et instaurent ainsi pour le regard un état paralysant.
Bad Taste – 4 étoiles
Plus que le film, c’est surtout l’histoire de la copie projetée qui laisse sans voix, et qu’a raconté l’émérite Professeur Thibaut. Retrouvée dans un entrepôt abandonné du côté de Toulouse au milieu de quelques autres 700 bobines de films qu’il a fallu reconstituer, la pelloche prend de fait d’emblée un statut d’objet culte, que viendra renforcer, pendant la projection, l’abominable double français. Objet geek d’une grande fantasquerie, Bad Taste serait, toujours selon le fameux Professeur, le premier film de fan boy, réalisé, à vingt ans près et dans des conditions similaires au génial La Nuit des Morts Vivants (1968). Ensemble, les deux films font état d’une mutation du cinéma de genre, qui passe de l’hyper politique à l’hyper référence. Outre son contexte et ses enjeux, Bad Taste est incontestablement moins percutant et effroyable que Meet The Feebles, mais s’impose néanmoins comme une série Z exemplaire qui transpire le fun et le nawak à plein nez, et dont les seuls objectifs sont finalement d’emmener le cinéma du côté du ludique, seulement du ludique.
The Body – 5 étoiles
Premier film en tant que réalisateur de l’espagnol Oriol Paulo (qui a notamment signé le scénario des Yeux De Julia), The Body réussit précisément là où The Butterfly Room échoue : dans le réinvestissement de motifs hitchcockiens avoués, sur le fil desquels dansent de bout en bout le long métrage. Avec une tenue et un classicisme fous, le film raconte l’histoire alambiquée d’un esprit brillant qui, ayant provoqué et mis en scène la mort de son épouse, se retrouve aux prises avec un inspecteur de police tenace alors que disparait mystérieusement le cadavre de la jeune femme. Thriller passionnant en ce qu’il offre à voir de maitrisé et de réfléchi, le film surfe sur l’essoufflement, voire la décadence de l’horreur à l’espagnol, et creuse également une brèche, un fossé presque, entre les genres et les temporalités : ce nouveau visage de l’horreur, il s’agit de le faire dialoguer avec des formes plus anciennes, héritées du film noir et de ses paires, dont on constate ainsi à la fois la mort, et l’indéniable persistance. Comme l’écrit James Ellroy dans Le Dahlia Noir, et comme le constate à ses dépends le personnage principal, qui cède au travers de la passion quant son plan, et le film au dessus de lui, n’exigeait que du contrôle, ‘nothing stays buried forever’. Nothing.
ABC’s of Death
Tu es plus gourmand que gastronome ? Oui ? Tu aimes t’en mettre plein le bide pour pas cher ? Encore oui ? Alors tu aimeras The ABC’S of Death tant ce film omnibus est semblable à ces restaurants offrant des formules de buffet à volonté. Tu paies une certaine somme, tu te sers à foison en ne prenant que ce que tu aimes et en laissant tout le reste de côté. C’est une bonne manière de contenter tout le monde et c’est ce qu’on ressent à la fin de cette anthologie couillue conviant pas moins de 26 réalisateurs de genre. Le manque d’homogénéité est souvent le problème majeur des films à sketches. Pas facile en effet de conserver une ligne directrice claire et un niveau qualitatif égal lorsqu’on assemble deux ou trois films réalisés par des cinéastes différents. Mais alors quand on propose une anthologie regroupant 26 films de 26 réalisateurs différents, c’est carrément mission impossible. Au final, après avoir vu l’entièreté des films, il en ressort une impression de zapping géant de l’horreur alternant le bon, le moins bon, l’excellent et le foutage de gueule intégral.
La note d’intention est ambitieuse : rassembler ce qui se fait de mieux dans la nouvelle génération de l’horreur mondiale et leur offrir une carte blanche totale. Avant d’entrer dans le vif du sujet nous saluerons la production qui a rassemblé un line-up issu des tous les continents. Un bon point. Maintenant examinons les forces en
présence. D’un côté, des réalisateurs déjà confirmés comme Xavier Gens, Ti West, Jake West, Noboru Iguchi, Yoshihiro Nishimura, Nacho Vigalondo, Srdan Spasojevic ou encore Ben Weathley. De l’autre, des jeunes réalisateurs issus de l’underground mondial ou du marché du dtv. Ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est la différence de niveau d’implication des différents réalisateurs. Certains ont saisi l’opportunité de présenter leur travail et de prouver leur savoir-faire en signant des films travaillés et pensés comme de véritables courts-métrages à part entière. D’autres ont décidé de bâcler leur segment et d’envoyer un film torché à la va comme j’te pousse. Au niveau des mecs qui ne se sont pas trop fait chier, on citera aisément Ti West qui, manifestement, n’avait rien à carrer du projet tellement son segment suinte l’amateurisme et le dilettantisme. Son court-métrage, M is For Miscarriage qui semble avoir été tourné chez lui en deux heures, n’avait tout simplement pas sa place au sein de ce florilège. Autres oisifs l’Aussie Andrew Traucki avec son G is For Gravity amateur, Angela Bettis avec E is For Extermination aux effets spéciaux tout droit sortis des années 80 ou Ben Wheatley avec son U is for Unearthed en caméra subjective. D’autres segments sont tellement anodins qu’ils sont aussi vite oubliés que vus.
Mais heureusement, plusieurs réalisateurs remontent le niveau global de plusieurs crans. Et en tête de cette petite bande, on retrouve avec plaisir et fierté le duo Cattet-Forzani qui livre un O is For Orgasm fétichiste et sexuel tout en stylisation. Le duo continue d’explorer la voie tracée avec Amer et privilégie les sensations à l’analyse avec toujours cette façon incroyable d’érotiser la mort et de rendre tangible l’intangible. Le duo signe un vrai mini giallo de cinq minutes, véritable déclaration d’amour au cinéma. Niveau bonne surprise, on citera sans conteste le R is for Removed de Srdan Spasojevic qui surprend positivement en scrutant une fois de plus les meurtrissures de son pays d’origine sans cette fois sombrer dans la violence insupportable et gratuite. En tout cas le Serbe confirme qu’il sait créer une ambiance et manier une caméra pour mettre en image la révolte d’un sujet d’expérimentations scientifique. Une courte histoire qui n’est pas sans rappeler les origines du patient de la chambre V dans le chef-d’œuvre d’Alan Moore, V For Vendetta. Pour les confirmations, on citera aussi Jason Eisener (Hobo With A Shotgun) qui signe avec Y is for Youngbuck un segment à l’esthétisme dérangeant basé sur une histoire de pédophilie et de vengeance emballée avec une maitrise formelle et une bande-son qui rappelle à la fois Drive pour le revival eighties et le cinéma de Kenneth Anger pour la symbolique. Le côté clip confère encore une dose d’étrangeté et de malaise même si cette forme peut en gêner certains.
Parmi les révélations, il faut absolument parler
de Marcel Sarmiento (DeadGirl) qui m’a véritablement séché avec D is for Dogfight, un film mettant en scène de façon extraordinairement graphique et esthétique le combat entre un chien et un homme retournant habilement les valeurs habituelles de ce genre de situation. Certainement le film le plus maitrisé et chiadé visuellement de la sélection. En vrac, on retiendra aussi le segment d’ouverture de Nacho Vigalondo, le très intéressant film de Simon Rumley, X is for XXL, le meilleur travail jamais livré par Xavier Gens et le culotté court de Thomas Malling.
Après les ratés et les réussites, il y a une dernière catégorie qui se dégage de l’anthologie. Celle de l’écurie Sushi Typhoon. Une fois de plus, les Japonais font exploser le baromètre du bon goût et de la folie anarchique avec leurs films totalement fous et encore plus improbables qu’à l’accoutumée. Noboru Iguchi offre une ode aux flatulences odorantes et aux collegirls avec l’incroyable F is for Fart (tout un programme), Yudaï Yamaguchi continue à explorer les voies de la comédie foldingue avec un hommage réussi, drôle et gore aux films de samouraïs (J is for Jidau-geki) pendant que Yoshihiro Nishimura réalise un grand moment de n’importe quoi subversivo-gore à base de pénis géant, de filles nues, de gore et d’éjaculation un peu spéciale. Avec toujours cette façon tellement unique et poétique de filmer une jeune fille se faisant asperger d’hémoglobine. Ce sont des films qui apportent une véritable plus-value à cette anthologie omnibus où on trouve à boire, à manger, à vomir et à déguster.
L’initiative était louable et est en bonne partie réussie car, au final, le plaisir procuré par les segments de qualité, une bonne moitié des travaux proposés valent la peine d’être vus, l’emporte largement sur le négatif. Enfin pour un film de près de deux heures, l’ensemble passe relativement vite, absorbé par le décompte des lettres, l’attente de découvrir son réalisateur fétiche et l’effet de surprise qui ne faiblit jamais.
Silent Hill Revelation
Le premier film, signé Christophe Gans, bien que tout sauf honteux, s’était fait houspiller par les fans du jeu lors de sa sortie et avait reçu un accueil mitigé. Pourtant, à la vue de cette suite, le film de Gans devrait bien vite être revu à la hausse. On va le dire tout net, le film de Michael J. Bassett est ce qu’on appelle dans le jargon un beau gros navet tendance nanar. Certes, le film original n’était pas parfait mais avait pour mérite de parvenir à se dépatouiller d’un univers complexe et d’être très correctement emballé. A la vision de sa suite, projetée en clôture du PIFFF 2012, on se rend bien vite compte que son réalisateur, Michael J. Bassett, n’a pas eu voix au chapitre sur le plateau tant le film respire la formule et le film de producteur. S’il y a quelqu’un à blâmer pour le naufrage de l’entreprise, c’est plutôt Samuel Haddida, producteur de la chose.
Dès la première scène, qui présente l’univers du film via un stratagème grossier (la fameuse scène de rêve…), la messe est
quasiment dite. Le premier acte suit Heather, une pauvre adolescente au passé compliqué, qui débarque dans une nouvelle ville, un nouveau lycée avec de nouveaux condisciples. Dans ce contexte surgit Vincent, jeune homme tout droit sorti de l’univers Twilight, qui va s’avérer fort utile pour raconter toute l’histoire et éclaircir chaque point de scénario. Une histoire de famille nébuleuse ? Hop voilà Vincent. Une étrange amulette ? Hop voici Vincent. Un lourd secret à expliciter ? Revoilou Vincent. C’est sa seule et unique fonction au sein du récit. Mais au lieu d’éclaircir quoi que ce soit, ce démiurge narratif involontaire met en exergue les failles du scénario et stigmatise l’incohérence de la chose. Finalement, il ne fait qu’embrumer encore plus les affaires. Comme il déclame tout ça le plus mollement possible et que l’ensemble est platement mis en image par un Bassett visiblement peu concerné, le spectateur décroche et peine par la suite à reprendre le chariot en route. Enfin, l’intrigue déboule dans la cité maudite, on va pouvoir un peu s’amuser. Et ben non, même pas…
Si le bestiaire du film est au rendez-vous, la mise en scène ne lui fait absolument pas honneur. Filmés sans la moindre profondeur, les monstres et créatures hantant l’univers de Silent Hill paraissent plus croquignolettes que véritablement flippantes. Le potentiel de chaque créature et de chaque scène de flippe est désamorcé par l’absence de mise en scène et une attitude totalement fantaisiste dans l’écriture et le découpage. Point de finesse, que de la lourdeur. Il n’y a souvent qu’un pas entre le génie et le ridicule et dans Silent Hill 2, ce pas est allègrement franchi, ruinant du coup le potentiel étrange et malsain de certaines scènes. La rencontre avec Malcolm McDowell ou le ballet des infirmières, qui aurait dû être un des temps forts du film, ne véhicule finalement que les frissons de la honte. Au niveau de
l’écriture c’est très mauvais et proprement insignifiant. Au niveau visuel, c’est à peine meilleur, le film se payant une vieille tronche de direct to vidéo. Côté 3D, constat identique : la stéréoscopie n’est présente que pour balancer quelques lames ou gerbes de sang dans la face de spectateurs assoupis.
Silent Hill Révélation 3D, malgré une fin plus qu’ouverte, signe la mort de toutes les ambitions artistiques de la saga. Bassett livre une suite inutile, boursouflée, ridicule et visuellement très vilaine. Reste quelques créatures inspirées, un bestiaire riche et varié auquel la mise en scène ne fait jamais honneur. Un beau naufrage artistique qui provoque même quelques rires gênés lors de certaines séquences mais qui a au moins l’honneur, en tant que navet, de contribuer à la campagne cinq fruits et légumes par jour. C’est toujours ça de pris.