PIFFF

EVENTS - Le PIFFF 2011

En plein dans le Pifff

Une idée un peu folle qui se transforme en franc succès. C’est un peu le résumé qu’on peut tirer des cinq jours qu’ont duré cette première édition d’une longue série (on l’espère) du Paris International Fantastic Film Festival. Dans vingt ans, fièrement on pourra dire « Le premier PIFFF ? J’y étais, gamin. » L’idée de base est de replacer Paris sur la carte mondiale des festivals au cinéma fantastique dominée par des villes comme Bruxelles, Toronto, Londres ou Sitges. Le succès, c’est qu’en cinq petits jours, l’équipe d’organisation, coachée par Cyril Despontin, Gerard Cohen et Fausto Fasulo, a prouvé que c’était possible. Et de fort belle manière.

Mercredi 23 novembre 2011 : Le Premier Jour du Reste de Ta Vie.

C’est avec envie et excitation que je me rends en plein centre de Paris, local parmi les touristes pour enfin poser mes fesses dans les sièges douillets de la grande salle du Gaumont Opera Capucines. Mais avant de m’asseoir, je prends le temps de voir du monde, de (re)voir des têtes connues et de constater que le tout Paris du cinéma de genre est présent. Déjà, quand on sort du métro et qu’on déboule Place de L’Opera, on se dit que « merde ça a de la gueule quand même ». Je serre quelque pinces, je claque quelques bises, je prends des nouvelles de gens que je ne croise qu’en ce genre d’occasions. Puis je remarque que pour cette ouverture, il y a une belle foule de passionnés, d’habitués et aussi de curieux se mêlant à la foule de clients « normaux » du cinéma venus voir les derniers succès du moment. On rentre tôt dans la salle histoire d’être bien placés et on attend en s’imprégnant un peu de l’atmosphère même si, on va pas se mentir, l’ambiance festival ne se fait pas sentir, on a juste l’impression d’être dans une salle de cinéma pour une séance lambda. Il faut attendre l’arrivée des organisateurs et du jury suivis des speechs de rigueur pour enfin entrer en mode festival. Première bonne surprise, moi qui habituellement ne suis pas friand du cinéma de Balaguero, Malveillance passe tout seul et plutôt bien, voire très bien par moment. Une belle ouverture donc qui met le PIFFF sur de bons rails. En fin de séance, on profite des avantages de la salle pour aller manger quelques petits fours en compagnie de Gaspar Noé et du who’s who de la cinéphilie fantastique parigote. Ouais, ça fait pas de mal de se la raconter un peu.

Jeudi 24 novembre 2011. Le Jour d’Après.

Hier, c’était l’ouverture mais aujourd’hui, c’est le vrai début du festival, c’est-à-dire un enquillement de films et plus question de petits fours ni de champagne, on est là pour le cinéma et rien que le cinéma. Deux films au programme : A Lonely Place To Die et Blind Alley. J’attendais le premier de pied ferme et je n’avais jamais entendu parler du second au préalable : au final, je sortirai déçu du premier et agréablement surpris par le second. J’arrive un peu en avance histoire de trainer mais, à part zoner devant le cinéma ou prendre un café au Starbucks d’en face, y a pas vraiment grand-chose à faire. C’est le principal défaut du PIFFF, ne pas avoir de vrai lieu lui étant totalement dédié comme c’est le cas pour le BIFFF par exemple où, dès qu’on pose un pied à Tours et Taxis, on est dans l’univers festivalier.

Je retrouve mes compagnons de festival pour voir A Lonely Place To Die, présenté par son réalisateur Julian Gilbey. Si le début du film est directement excitant avec ses décors majestueux et son ton sec et rugueux, passé la première demi-heure, la déception prend le pas et on sort frustré et déçu. Du coup, c’est chafouin qu’on va voir Blind Alley qui s’avérera plutôt réjouissant avec un esprit Contes De La Crypte et un côté pulp parfaitement assumé. Un petit film à la cool pour finir le dyptique de la journée ça fait toujours plaisir.

Vendredi 25 novembre 2011 : El Dia De La Bestia.

Deuxième vrai jour et tout le monde trouve son rythme de croisière et ses petites habitudes. Après quelques petits tâtonnements, l’organisation de l’événement roule parfaitement. On va récupérer ses places presse en deux coups de cuillères à pot, les bénévoles sont bien rodés et les organisateurs sont bien plus à la cool que lors du premier jour. Tout roule quoi. Le programme du jour n’était, sur papier, pas des plus alléchant avec une comédie fantastique espagnole (Extraterrestre) et un thriller paranoïaque angliche (Retreat).

Extraterrestre, pourtant, se révèle être une bonne surprise. Un film enlevé, drôle, touchant et remarquablement bien écrit et interprété. Pas un grand film mais un bon petit film qui fait office de vraie bouffée d’oxygène dans le monde de la S-F. Après un petit passage dehors pour prendre un peu d’air frais, direction Retreat qui me laissera totalement indifférent et que je recevrai avec un ennui poli. Un thriller paranoïaque reprenant la vieux schéma du Théorème de Pasolini. Un casting solide sauve les meubles mais le reste sans le vu et le revu à plein nez. A la sortie, on pend conscience d’un des points forts du PIFFF, l’accessibilité des invités et des membres de l’organisation. On va leur parler très aisément à la fin des séances ou entre deux films pour échanger des avis sur les œuvres présentées ou des banalités sur le cinéma. Je discuterai cinéma martial et sport de combats avec Julien Sévéon avant que nous ne dissertions ensemble sur « les charmes » de ma belle ville de Charleroi. Rencontrer et discuter avec un de ses modèles, voilà un des nombreux petits plaisirs qu’offre le PIFFF. Puis ça permet de rentrer chez soi en se disant que finalement, on a encore passé une bonne soirée malgré la déception Retreat.

Samedi 26 novembre 2011. A Better Tomorow.

Arrivé dès potron-minet pour le premier gros marathon de cette première édition du PIFFF. Enfin 10h30, c’est pas vraiment l’aube pour les gens normaux mais pour les festivaliers, c’est plus que tôt. On voulait être là pour témoigner de la qualité des courts métrages français sélectionnés par Erwann « R-One » Chaffiot qu’on espère au moins aussi bonne que celle des courts internationaux choisis par Benjamin Leroy. Et la qualité était au rendez-vous pour une grosse majorité des dix films présentés. Inventivité, style, humour, fantastique, la sélection est aussi éclectique qu’originale et qualitative. Le milieu du court français se porte bien si on se fie à cette compétition. Parmi mes favoris, je retiendrai On Braque Pas Des Banques Avec Des Fourchettes En Plastique, Jusqu’Au Cou et Tous Les Hommes s’appellent Robert. On notera aussi la diffusion du Peter adapté de Régis Loisel qui fait montre d’une remarquable qualité technique et d’un casting digne d’un long métrage.

Un bel amuse bouche donc suivi d’une belle surprise. Je n’étais pas censé voir The dead vu que mon éminente collègue Maureen n’a pas pu se rendre à la séance pour une raison que je ne dévoilerai pas afin de conserver intacte sa réputation, c’est moi qui m’y suis collé avec le plus grand plaisir. La surprise sera double puisque The dead sera finalement mon film préféré de ce festival. Un zombie flick à l’ancienne avec une ambiance désenchantée et putride made in Italy et une mise en scène et des zombies à la Romero. Vraiment une grosse surprise même si le film divisait le public présent dans la salle. En plus, les frères Ford venus présenter le film sont prolixes et bavards, accentuant encore le retard pris par l’organisation. Mais tout festival digne de ce nom se doigt d’accumuler un retard conséquent. C’est comme ça.

On enchaine avec The Innkeepers de Ti West précédé d’une réputation flatteuse de film à l’ancienne à l’esthétique années 80. C’est exactement ça. West prend le temps de présenter ses personnages durant une longue exposition rythmée par un duo de comédiens vraiment attachants. Une relation qui fonctionne parfaitement et porte le film sur ses épaules. Le final recèle en outre de quelques belles montées de tension. Là encore un bon film qui se place dans la liste des petits favoris du festival. On fera l’impasse sur The ward (déjà vu et pas envie de le revoir) pour aller se faire un bon resto japonais donc le quartier regorge. La panse bien pleine on s’installe pour Cassadaga du réalisateur de Dread. Douche froide. Un gros retard déjà accumulé plus le bide plein de tofu ajouté à l’heure tardive et à la qualité médiocre du film, autant de facteurs qui me font sombrer dans le sommeil après une très longue première heure de métrage. J’émerge trente minutes plus tard pour me rendre compte que la fin est encore pire que le début. Bref, la première vraie mauvaise surprise du festival. Vu que j’ai dormi, je garderai mon vote pour moi et ne le glisserai pas dans la petite urne prévue à la fin de chaque séance afin de rassembler le vote du public. Anéanti de fatigue, je fais l’impasse sur The violent kind que j’avais pourtant très envie de voir mais le retard accumulé m’empêchera de chopper le dernier métro pour rentrer chez moi à la fin du film des Butcher Bros. Je préfère donc m’en passer. A regret. C’est dans un demi-sommeil que je regagne mes pénates.

Dimanche 27 novembre 2011. Last Days

Pour cause d’obligation familiale, je loupe les deux premiers films du jour. Masks et Bellflower. Ca tombe bien, ces deux films vont rafler tous les prix…Bref, j’arrive devant le cinéma vers 17h30 et on tape la discute avec Gilles Esposito avant de rentrer bien au chaud pour découvrir le dernier Abel Ferrara, le film que j’attendais le plus de toute la sélection. Avant ça, j’apprends qu’un gros cafouillage a parasité la séance de The violent kind… ça n’était pas encore arrivé, cette fois, ça y est, le traditionnel incident technique sans lequel un festival de cinéma n’est pas un vrai festival de cinéma. La première demi-heure de 4 :44 fut d’une pénibilité sans pareil. Ferrara sombre dans tous les clichés du film bobo branchouille new-yorkais avec son couple de bourgeois bohèmes artistes, ex junkies et bouddhistes qui vivotent dans leur loft alors que l’Apocalypse s’apprête à frapper. Puis, imperceptiblement, une atmosphère se pose, une ambiance étrange enveloppe tout ça et Ferrara retrouve son mojo dès que Willem Dafoe quitte son loft pour arpenter les rues de New York et retrouver l’appartement de ses anciens potes, là on retrouve la patte du réalisateur et la folie qui hantait ses films par le passé. Le film se termine d’une bien meilleure manière qu’il n’avait commencé. On craignait le pire et, au final, on a le meilleur film de Ferrara depuis un moment même si évidemment, on reste loin des chefs-d’œuvre de son auteur.

Nouveau problème technique qui met une heure dans la vue de la cérémonie de clôture. Mais, beau joueur, l’orga offrira une entrée gratuite pour la séance de notre choix dans n’importe quel cinéma Pathé-Gaumont. La cérémonie de clôture se passe dans un très bon esprit avec une équipe bien plus détendue que pour l’ouverture, la remise des prix se fera dans la bonne humeur avec un jury expliquant ses choix via son porte parole Christophe Gans. Le quatuor récompensera Masks et Bellflower pour les longs métrages et A Function et Hope pour les courts-métrages. Le prix du c ourt métrage français victorieux sera quant à lui décerné à Jusqu’au cou. Le film de fin débute, ça s’appelle Détention et c’est réalisé par Jospeh Kahn réalisateur du nanardesque Torque. Bon je ne vais pas m’éterniser et je me contenterai de dire que j’ai détesté chaque seconde de ce film. Mais, ce soir, l’essentiel était ailleurs. Dans la mine réjouie des organisateurs et des festivaliers et dans l’annonce d’une deuxième édition du PIFFF encore meilleure. Bref, on va remercier l’organisation pour une sélection très homogène qualitativement, variée et originale même si on aurait souhaité plus de fantastique pur, de nombreux films ne faisant qu’effleurer le genre ou ne le prenant que comme prétexte de départ. On aimerait aussi plus de radicalité dans le choix des films proposés avec des films extrêmes, des films qui divisent, etc etc…Le festival a manqué de l’une ou l’autre vraie grosse claque mettant tout le monde d’accord. Mais on mettra ça sur le compte d’une première édition qui aura autant servi à tâter le terrain qu’à installer le nom de l’évènement. Il reste du travail à accomplir de la part de l’équipe d’organisation et du public aussi mais le bébé marche à peine, on ne va pas lui demander de courir.

Bilan chiffré

Nom Note / 5
Malveillance 4
A lonely place to die 2
Blind Alley 3
Extraterrestre 3
Retreat 2
The dead 4
Innkeepers 3
The ward 2
Cassadaga 1
4:44 Last day... 3
Detention 1

EVENTS - Le PIFFF 2011

Les (fantastiques) fantômes de l’Opéra

Paris by night, un certain mercredi de novembre. Tout le monde se les pèle sévère, et sur la place de l’Opéra, se croisent, s’interpellent, se méprisent peut-être amateurs de pièces classiques et de robes couture. Aux lumières magiques du palace Garnier répondent, quelques mètres plus loin, les néons chauds et putassiers du Gaumont Capucine, les diamants de peau d’Edward Cullen, et surtout les clopes et smartphones de nombre de geeks et fanatiques du genre, venus braver le froid et les très riches pour assister, tickets en main, à l’ouverture presque historique de la première édition du PIFFF, initié par Mad Movies.

Une salle comble, un pupitre un peu approximatif à l’effigie du festival, et beaucoup de bonheur de la part des organisateurs, c’est le lot de cette cérémonie d’ouverture, qui s’achève doucement avec la projection du très attendu Malveillance de Jaume Balaguero, également membre du jury. Le film raconte l’histoire de César, un concierge profondément dépressif et malheureux qui, sous le vernis de la bonne humeur et de la serviabilité, cache une obsession perverse pour Clara, habitante de l’immeuble où il travaille, et dont il va s’acharner à faire disparaitre le sourire. Passé une ouverture chiadée où se côtoient différents statuts d’images et de voix, mais aussi différentes temporalités, le long-métrage sombre doucement dans un académisme plombant, qui substitue au malaise une prévisibilité sans faille. Bien trop rôdé pour être redoutable, Malveillance souffre d’un manque flagrant de venin et de souffre, qui sans cesse vient illuminer les clair obscurs scénographiques, alors qu’il s’agirait précisément de les assombrir. Il n’y a pas ici d’escalade dramatique et, à mesure que se délie le récit, les soi-disant perversions de César se transforment et s’étiolent jusqu’à n’être plus que des gags sinistres que l’incroyable bêtise du personnage de Clara ne vient pas franchement relever. Cet archétype de fille, de féminité creuse, dont le statut de femme objet n’est jamais réfléchi, achève d’aplatir le long métrage, en faisant une piètre série b quand il aurait pu côtoyer les fièvres hitchcockiennes et depalmiennes.

Pourtant, c’est peu dire que les personnages féminins étaient mis à l’honneur par la sélection. Les trois films respectivement projetés le jeudi soir et le samedi soir, Blind Alley de Antonia Trashorras, The Ward de l’immense John Carpenter et Cassadaga d’Anthony DiBlasi, mettaient tous en scène des jeunes femmes bonasses aux prises avec quelque obscures transcendances par l’intermédiaire desquelles elles se confrontaient aux affres de leur esprit, aux profondeurs du deuil, aux gouffres du genre. Hommage au giallo, aux EC Comics et à l’esprit bon enfant des Contes de la Crypte, le sympathique Blind Alley revisite avec beaucoup d’humour et de savoir-faire l’imagerie pop des modèles dont il s’inspire. Dans cette relecture d’un peu plus d’une heure d’une scène culte de L’Oiseau au plumage de cristal, la frêle et sublime Ana de Armas porte sur ses épaules graciles le poids de la nuit et de ses mythes alors que s’éloignent peu à peu, pourris par l’humidité et la crasse de la vielle laverie dans laquelle elle est enfermée, ses rêves d’enfants, de danse et de prince charmant. A l’inverse, l’héroïne du John Carpenter, Kristen crache à grands coups dans le silence et le mystère qui ont fait la réussite du personnage qui a révélé son interprète (Amber Heard en Mandy Lane donc). Prisonnière d’un asile psychiatrique qui croule sous le poids du secret, la jeune femme affronte le fantôme d’une ex-internée pour faire éclater la vérité. Adepte comme souvent d’une facture hyper classique et d’une imagerie traditionnelle, John Carpenter signe ici un film efficace et soigné, qui ne cède certes pas au vertige de l’innovation, mais qui, honnêtement, sait rendre compte de l’universalité d’un genre. La preuve par quinze mille que les vieux trucs sont toujours les meilleurs trucs. Cassadaga en revanche, entend clairement ouvrir son cercle d’influence. Entre drame humain, thriller et film d’horreur, la force du long métrage tient surtout à la rigueur de son scénario et à la puissance de l’imagerie véhiculée par les décors. Dans cette ville de Floride qui ressemble à la Louisiane, Lily, brisée par la mort de sa petite sœur, n’a pas de mal à entrer en contact avec l’esprit de cette dernière, et à réveiller les morts. Efficace sans être brillant, académique sans être ennuyeux, le long-métrage aurait cependant pu bénéficier d’un traitement un peu moins tape à l’œil, ou peut-être d’un allègement de ses lignes dramatiques et stylistiques. A force de vouloir conjuguer les genres et les réalisateurs cultes (Fincher et Argento en tête), on finit par ne plus rien conjuguer du tout.

C’est finalement le dimanche, à l’aube de l’achèvement, que surviendront les fulgurances promises par le festival. Entre le documentaire de Gilles Penso, Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, scolaire mais d’une grande richesse et suintant la passion, et le presque indigeste Detention de Joseph Khan, trop sucré, trop plein, trop tout, sont projetés Masks de l’allemand Andreas Marshall, Bellflower d’Evan Glodell et l’hyper attendu 4:44 Last Day On Earth d’Abel Ferrara, tous unis autour d’une même dialectique, celle de l’anéantissement

Lauréat de L’œil Fantastique et du prix Ciné Premier, Masks, néo-giallo déjanté, enfant boursouflé et monstrueux du Suspiria d’Argento, met en scène Stella, enfant stellaire, blonde pulpeuse et lisse, que les rêves d’actrice conduisent à intégrer une école mystérieuse aux méthodes particulièrement douteuses. C’est dans cette mise en abyme du statut de l’acteur, et donc de l’image, qu’Andreas Marschall puise la force rhétorique de son long-métrage. Se jouant des codes et des archétypes sur lesquels il travaille, le réalisateur mène sa réflexion à l’aune de l’imagerie d’un genre ultra balisé qu’il s’agit désormais de vriller, non pas pour le renouveler, mais pour justement toucher à la grâce, au sublime de son essence. Au centre du giallo, il y a toujours la chair, celle de la femme, et la pulsion scopique - de celui qui va tuer, de celui qui va mourir, et de celui qui est témoin. Le geste du cinéaste est ici de réunir les trois axes – ces trois masques - autour d’un même pôle, Stella donc, qui sous l’impulsion de La Méthode, devient œil absolu, à la fois physique et psychique, en tous points ouverte à la transe d’Artaud, au sacrifice du soi sur l’autel de l’œuvre. Spectacle de cinéma certes, Masks objective surtout le statut du film comme terrain de vie de ses personnages, et nous rend complices, coupables, nous spectateurs, de leur anéantissement.

A la destruction de l’objet personnage, répond la fin du monde d’Abel Ferrara, qui surfe avec 4:44, sur une thématique à la mode. Familier des états extrêmes (Bad Lieutenant ou The Addiction), c’est cette fois la chute de l’univers que filme le cinéaste, chute retenue et subtile que seuls viendront perturber quelques cris et ouvertures. Au centre du film, une scène magnifique : Cisco (William Dafoe), artiste et junkie repenti, quitte son appartement, décor presque unique du film, et sa compagne, Skye, une peintre à la ramasse (et en claquettes) pour arpenter les rues de New York et retrouver ses amis d’une autre vie dans un appartement quelconque auquel il accède par les toits. C’est au cœur de cette escapade que tient la puissance du long métrage car elle permet soudainement au personnage de prendre la mesure de la richesse de ce qu’il s’apprête à perdre, mais aussi du vertige et de la puissance de sa propre liberté. L’imminence de la mort figure en définitive la densité de l’indépendance, du libre arbitre le plus absolu, et permet alors à l’éternel dichotomie du bien et du mal de s’incarner à l’écran, non pas par le biais de figures ou de métaphores, mais bel et bien au cœur des personnages, dans leur chair et leur tripes. Dans ce vertige castrateur, fleurit la torpeur blême qui plane sur la ville. Chacun attend la fin du monde, résolu, résigné, effrayé non pas par la mort, mais par toutes les choses qu’il y aurait à faire. Ce qui domine, ce n’est pas la panique, mais l’urgence des gestes et des mots, ceux que l’on prononce la nuit avant de s’endormir, et dont le poids se mesure à l’aune du néant auquel ils font face. Finalement, Ferrara refuse l’apocalypse, mais prône le départ, faisant sienne une maxime de l’écrivain anglais Will Self : « La mort est d’abord et avant tout un changement de carrière ».

Grand Prix du Jury enfin, Bellflower, organique et tripal, un film d’enfants fous avec des gosses armés et trop amoureux qui carburent à la bière, à la Californie et aux rêves de guerre. L’apocalypse est là encore un thème central. Cette fois cependant, ce n’est pas celle à venir, mais bien celle qu’on attend, celle dont on rêve et grâce à laquelle on pourra ressusciter. Au cœur du long métrage, deux amis d’enfance, Woodrow et Aiden, rêvent de vivre Mad Max. En attendant le cataclysme cathartique, ils geekent sur des voitures et construisent des lances flammes en prévision du jour où leur gang sera roi. La bombe qui survient alors n’est pas celle qu’ils attendent : elle est blonde et suave, elle boit du whisky et mange des cafards, et surtout, Woodrow en est dingue. A la fin du monde, répond donc la fin d’un monde, celui d’un homme dont la foi est brisée sur l’autel de l’amour, et qui pour survivre, n’a d’autre réponse que la purge. La violence sourde et magique qui gouverne le film n’a d’égal en soupape que le chagrin de son personnage principal, dont l’anéantissement rêvé sera finalement salvateur. Construit à la fois comme une tragédie et comme un film catastrophe, Bellflower fait se confronter deux imageries antagonistes, celle des indé US Greg Arraki et Larry Clark, et celle fétichiste et guerrière de George Miller, et ne se contente pas de les mettre en balance. Chacune contamine l’autre, suinte et transpire, jusqu’à en devenir le reflet le plus absolu, l’incarnation la plus totale, fusion que figurent à merveille les coups de lance flamme, ces fulgurances militaires de feu, de lumière, de vie qui hurlent dans la nuit la douleur et la force des trois personnages principaux. Evan Glodell a bien compris que le cinéma était le théâtre de toutes les passions, et les siennes, criardes, blindées, monstrueuses, en disent bien plus sur la jeunesse que n’importe quel teen-movie (et surtout plus que la satire mise en scène dans Detention). Une grande claque plein de larmes et de rage, de bière et de sperme, qui raconte l’urgence et la soif d’une génération de gosses – et de cinéastes – paumés qui, bien que désenchantés, continue de respirer, de crier, d’exister, en somme : de créer.

Bilan chiffré

Nom Note / 5
Malveillance 2
Blind Alley 3,5
The ward 3,5
Cassadaga 3
Ray Harryhausen 3,5
Detention 1
Masks 4
Bellflower 5
4:44 4

EVENTS - Les courts internationaux du PIFFF

Fucking banana !

Les programmateurs du PIFFF avaient décidé de mettre les courts métrages à l’honneur. En leur consacrant une séance complète, le samedi matin, dans laquelle s’affronteraient dix courts métrages exclusivement français d’une part et en faisant précéder chaque long métrage d’un court métrage international. Une excellente idée surtout que la sélection était d’un niveau extraordinairement élevé. On ne va pas se mentir, on a découvert quelque perles et on a noté quelques noms dans son petit carnet des réalisateurs à tenir à l’œil car c’est peut-être là que se cache l’un des futurs cracks du cinéma mondial. Tour d’horizon.

LEYENDA de Pau Teixidor (Espagne)

Ambiance à l’espagnole pour ce court métrage mêlant fantastique, conte et quotidien et mettant en avant une fillette, sa famille et une légende à base de loups. D’emblée, on remarque l’élégance de la chose. Mise en scène chiadée, ambiance maitrisée et froideur impeccable. On ressent l’étrangeté plus qu’on ne la voit. Une famille, une voiture, une aire d’autoroute, il n’en faut pas plus à Teixidor pour poser une atmosphère fantastique. Bien joué, bien mis en scène mais top convenu, Leyenda convainc par sa facture technique irréprochable mais souffre de quelques petites longueurs et d’un manque d’originalité qui le fait ressembler à tous les autres films de ses petits copains ibères. On conseillera au réalisateur de ne plus copier sur ses voisins et de se créer un univers propre car le talent est bien là, reste à le polir.

A FUNCTION de Hyun-soo Lee (Corée du Sud)

Pour moi, le meilleur de cette sélection. On va encore me taxer de pro-asiatisme primaire mais qu’importe tant ce court était maitrisé de bout en bout. Mise en scène impeccable, gestion de l’espace (une toute petite salle de classe) parfaitement exploitée, une ambiance poisseuse à mi-chemin entre Silent Hill et Saw, une photographie à tomber et une tension à couper au couteau. En plus de ça, A function se permet de porter une critique sur la course à la réussite scolaire qui pourrit la vie de nombreux étudiants coréens. La Corée compte d’ailleurs le plus haut taux de suicide sur l’ensemble des pays développés. Le fond, la forme, la classe et le talent font de « A function » un vrai petit chef-d’œuvre horrifique de huit minutes que le jury aura apprécié à sa juste valeur en le récompensant. En plus, l’héroïne porte un très joli sailor suit. Oui, ça joue aussi.

DER FALL OF MAX MUSTERMANN de Achim Wendel (Allemagne)

Ambiance Brazil et kafkaïenne pour ce court métrage allemand mettant un homme lambda aux prises avec la bureaucratie locale. Un court métrage esthétiquement réussi, comme l’ambiance, la photo est très belle et l’atmosphère d’anticipation est parfaitement restituée mais il manque un truc, un petit quelque chose qui emmènerait le court dans une autre dimension. Là, on a un film maitrisé et tenu mais trop didactique et perclus d’influences évidentes. Ca manque un peu d’identité là aussi.

PICNIC de Gerardo Herrero (Espagne)

Changement radical d’atmosphère pour Picnic qui est basé sur un onirisme et une imagerie ultra chiadés. On y découvre une famille revenant dans des lieux connus mais dont la guerre a légèrement modifié la topographie. Picnic surprend par la beauté de ses images et l’ambiance cotonneuse qui s’en dégage. Une jolie forêt, une famille Herta et soudain, le tout bascule vers l’horreur. Une mine, une explosion, du sang et des tripes. Gerardo Herrero tire parti de son décor et instille une tension via de nombreux détails et une mise en scène tout en douceur contrastant avec la violence sèche de certains plans. Un petit twist bien amené mais un poil attendu vient conclure en beauté ces treize minutes en apesanteur. Le décalage entre la forme et l’horreur de la situation amène une vraie identité à ce court métrage.

THE LEGEND OF BEAVER DAM de Jérome Sable (Canada)

Voici peut-être le film le plus réjouissant de cette sélection car totalement grindhouse dans l’esprit et très orienté années 80 dans l’esthétique. Une troupe de louveteaux campe au coin du feu et leur chef leur raconte la terrible histoire de Stumpy Sam. Ambiance campy, boogeyman et forêt, pas de doute on est là en face d’un vrai slasher mais en chanson. La majeure partie du film se déroule sous forme de comédie rock à la Tenacious D. Les chansons sont d’ailleurs excellemment bien écrites et les comédiens tous excellents. Le film rend hommage à tout un pan du cinéma d’horreur de vidéo club des années 80 et n’hésite pas à trucider ses enfants et à confronter un terrible boogeyman à un jeune gamin qui rappelle le Tommy de la saga Vendredi 13. Un court métrage rock’n’roll et survolté mais tenu de bout en bout l’empêchant de virer dans le nawak le plus total. Je regrette juste le petit twist final qui ternit très légèrement l’ensemble. Un excellent court en tout cas qui aura su toucher la majeure partie de la salle.

GHOST de Tobias Boesen (Danemark)

Ce film se démarque par ses velléités expérimentales évidentes et ses effets de montage et de mise en scène. On revient à l’essence du court métrage : faire passer un maximum d’idées en un minimum de temps. Et des idées, Ghost n’en manque pas, il en déborde même, rendant l’assimilation parfois complexe. Visuellement époustouflant mais très abscons, le court marche essentiellement par association d’idées, mise en scène impeccable et jeu de montage exemplaire. On ressent tout un tas de sensations diverses et variées et, peu à peu, en rassemblant les pièces du puzzle, on reconstitue l’histoire, touchante, de cette famille troublée par le deuil. Un film exigeant et hermétique qui en laissera peut-être certains sur le carreau. Mais retenez le nom de Tomas Boesen, on risque d’en entendre parler.

BANANA MOTHERFUCKER de Pedro Florencio (Portugal)

Voila un court métrage tout entier tourné vers le gore et le fun. Marchant sur les traces de Ruggero Deodato, un jeune réalisateur se rend dans des contrées sauvages et reculées afin de réaliser le film d’horreur ultime. Mais des bananes vont en décider autrement. Une petite exposition de cinq minutes et ensuite dix minutes de carnage, c’est ça, Banana motherfucker. Un film hyper référentiel, excessivement gore et très drôle. Un gore et une ambiance à la Troma destiné à la véritable horreur. Un film fait pour ce genre de manifestations qui chauffe à blanc une salle de goreux assoiffés de sang. Techniquement, ça sent bon l’amateurisme mais c’est tellement fun et bon esprit que ça passe tout seul. Les fanboys apprécieront les références à Freddy, aux Dents De La Mer et à Arachnophobie, entre autres.

LE LAC NOIR de Victor Jaquier (Suisse)

Le réalisateur opte ici pour l’atmosphère féérique et noire du conte. Une réussite sur la plan visuel où chaque plan semble travaillé jusqu’à la gueule et que ce soit au niveau du costume, du décor, de la lumière ou de la mise en scène, tout respire le professionnalisme à plein nez. La réalisation est étudiée et maitrisée, ample et intimiste à la fois. On pense souvent aux contes de Grimm ou d’Andersen face à cette histoire de poisson, d‘enfant, de malédiction et de lourds secrets. Jaquier maitrise tous les aspects de son sujet, de l’écriture précise à la musique en passant par la production design, on a l’impression que chaque sous est à l’image. Maintenant, en tant que spectateur, on ne se sent pas suffisamment impliqué et il manque cette touche de personnalité et de vie pour vraiment emporter l’adhésion. L’ensemble est un peu froid et distant malgré des qualités techniques et esthétiques hallucinantes. Un excellent court métrage, hyper professionnel mais qui manque d’un petit je ne sais quoi afin d’être qualifier de chef-d’œuvre du style. Mais une fois de plus, un nom à suivre car Jaquier est manifestement à l’aise avec toute la machinerie que demande un tournage professionnel.

HOPE de Pedro Pires (Canada)

Grosse claque visuelle que ce Hope, justement récompensé par le jury. D’emblée, on pense au Dormeur du Val de Rimbaud puis on passe à des plans à la Stalker de Tarkovski. Esthétiquement magnifique, Hope rappelle le cinéma d’Anton Corbijn au niveau du grain et de la texture de l’image de cette histoire antimilitariste. La mort ne tient pas compte du grade, elle tue les gradés comme la bleusaille. La métaphore du barbier est parfaite et permet de bien comprendre les intentions du réalisateur qui maitrise son image à la perfection. Hope est un film purement sensitif, viscéral, d’une beauté à couper le souffle et d’une limpidité rarement vue. Pedro Pires est promis à une très belle carrière s’il persiste dans cette voie car il possède le talent, l’originalité et déjà, un vrai regard de metteur en scène. Une totale réussite.

EVENTS - Le PIFFF 2011

La sélection des courts français

Les organisateurs du PIFFF se sont fait fort de mettre l’accent sur le format court hexagonal en lui réservant toute une séance, le samedi matin à 10h45. Malgré l’heure tardive, il était agréable de constater que la salle était bien remplie et que le public s’était déplacé pour se repaître de fantastique inédit, novateur et inventif. Focus.

ON BRAQUE PAS LES BANQUES AVEC DES FOURCHETTES EN PLASTIQUE de Julien Paolini

Un de mes petits préférés de cette sélection qui marque d’emblée des points grâce à une vraie imagerie urbaine, une image granuleuse en noir et blanc qui rappelle Tetsuo et Pi couplés à une bonne atmosphère post-apocalyptique et des plans assez stupéfiants d’une région parisienne vidée de toute vie. Un film qui rappelle La Route ou Le Livre d’Eli de par son sujet et ses héros, un père et son fils qui doivent survivre dans un Paris dévasté et soumis à mille dangers. Le réalisateur confère une vraie identité visuelle et conceptuelle à son film. Le casting est lui aussi remarquable et ramène quelques têtes connues comme Christophe Salengro (le fameux président de Groland  ») et Anthony Sonigo (Kamel dans Les Beaux Gosses). Un très bon court métrage donc, pas exempt de défauts pour autant, mais qui possède énormément de personnalité et de vie malgré son sujet.

SCYLLA De Aurélien Poitrimoult et Jean Charles Gaudin

On est ébloui par la beauté des images et la technique digne d’un long métrage utilisée par le duo de réalisateur. On reste ébahi devant la créature créée par Jérémie Caravita, qui est tout simplement sublime. La créature, pas Jérémie Caravité. Par contre, on est beaucoup moins séduit par le reste. L’ensemble du film rappelle fortement les mauvais slashers des années 90 comme Promenons-nous Dans Les Bois avec sa bande de jeune ados assez insupportables, sa mise en scène incroyablement datée et sa bande-son beaucoup trop imposante. Les comédiens ne sont pas excellent eux non plus et apportent même une petite touche nanar involontaire au film. Pourtant, la créature est formidable et les deux réalisateurs parviennent à la mettre très bien en valeur. On a l’impression qu’ils ont bâclé tout ce qui ne conservait pas la créature. Dommage car le thème était intéressant et les effets spéciaux impeccable mais l’écriture et la mise en scène laisse vraiment à désirer avec ses airs de slasher de série B nineties.

DES TROUS DANS LE SILENCE de Vincent Lebrun

Des Trous Dans Le Silence aborde un fantastique plus feutré et psychologique à la Polanski en racontant la calvaire d’une femme dont l’appartement jouxte celui d’un couple en éternelle dispute. L’histoire prend le temps de poser ses bases : un immeuble, une femme seule dans son appartement et le bruit d’une dispute qui ne cesse de la troubler. Puis, imperceptiblement, les choses changent et une atmosphère pleine d’étrangeté se développe, entrainant son actrice, et le spectateur par la même occasion, au limite de la folie. Le concept est très intéressant mais malheureusement le film est trop long, aléatoire au niveau de l’écriture, dès les première minute on se demande pourquoi la femme ne va pas voire ce qui se passe dans l’appartement du haut. Le « twist » de fin est un peu téléphoné et pas forcément bienvenu lui non plus. Tout ça donne un court-métrage honnête possédant une belle ambiance et quelques bons moments mais l’ensemble n’est pas assez maitrisé que pour vraiment convaincre.

PETER de Nicolas Duval

Voici « le blockbuster » de la sélection. Le film de Nicolas Duval est déjà connu des gros amateurs de fantastique puisqu’il s’agit de l’adaptation du Peter Pan de Regis Loisel et on peut dire qu’il y a mis les moyens. Effets spéciaux et mate paintings incroyables, casting quatre étoiles (François Levantal, Jules Sitruk, Michel Muller,…), mise en scène pleine d’ampleur et de maitrise presqu’à l’américaine. Peter bénéficie d’un écrin à tomber mais, mais on ne peut s’empêcher de trouver cette démo technique un peu vaine et sans vie malgré la qualité et le professionnalisme du truc. Peter ressemble plus à un début de long métrage, ce qu’il aimerait être semble-t-il, qu’à un vrai court métrage construit et conçu en tant que tel. On souhaite bonne chance à Nicolas Duval pour la suite et on reste ébahi devant la beauté des images mais voila, en tant que court-métrage, la mayonnaise ne prend pas et on reste sur sa faim.

DEADLINE de F. Manga

Un homme, en proie à la folie, est barricadé dans son appart abandonné, apparemment entouré de créatures étranges. Une fois de plus, le court-métrage prend place dans un univers post-apocalyptique, cette fois réduit à un simple appartement, et à un héros aux portes de la folie et de la schizophrénie. Le réalisateur use et abuse des ficelles grosses comme des cordes et multiplie les effets faciles pour simuler l’état mental de son personnage. L’ensemble sonne de manière trop amateure et se retrouve déjà daté par de nombreux effets, pour la plupart ratés. C’est dommageable parce que le comédien est convaincant et l’idée de base n’est pas mauvaise mais le traitement est beaucoup trop imparfait que pour donner un vrai socle esthétique et technique à cette histoire.

CTIЙ ! de Cyrille Drevon

Le film se place lui aussi dans un univers d’anticipation, très à la mode cette année et marche en plein sur les plates bande des univers de Brazil et du Festin Nu mâtiné d’une touche de Caro/Jeunet pour le style de mise en scène et l’esthétique. L’histoire fait rappelle celle de la scène du diner de « Massacre a la Tronçonneuse » version Gilliam, décors foutraque, casting de gueule hallucinante et ambiance de folie furieuse chapeautée par un médecin fou sur fond d’expérience génétique au fin fond de l’Ukraine. Un univers dont je l’avoue, je ne raffole pas mais il faut remarquer l’énorme travail de maquillage et de déco effectué par l’équipe du film qui crée un univers crédible et dérangeant, surtout pendant la scène de repas qui résonne d’une folie douce. La partie « médicale » est moins convaincante et reflète trop les influences du réalisateur. Une grosse réussite esthétique mais qui ne convainc qu’a moitié, la faute à un manque de véritable personnalité.

BLOCK 66 de Patrice Gablin

L’heure est plus grave avec ce film qui prend place dans un camp de déportés au début des années 40. La reconstitution est simple et efficace, la seule vue des costumes rappelle bien évidemment tout un pan d’une Histoire qu’on aimerait oublier. L’histoire, tragique et pleine de tristesse, n’a rien de fantastique au départ : on y découvre la détresse d’une femme enceinte piégée dans l’un des sinistres campements bien décidée à survivre avec l’enfant qu’elle porte. Puis, peu à peu, l’atmosphère se fait plus inquiétante, plus onirique et le fantastique se dévoile par petites touches, à la fois espagnoles et asiatiques. Le fameux Block 66 nous révèle toute son histoire et toute son âme via le spectre de ses anciens occupants. Le film est de très belle facture, très sombre et très classique au niveau de sa réalisation et de son esthétique. Un poil plombant d’ailleurs et peut-être top classique et impersonnel mais l’excellent travail de reconstitution est à souligner.

JUSQU’AU COU de Morgan S. Dalibert

Un autre des courts-métrages les plus intéressants de cette sélection et d’ailleurs doublement récompensé par le jury du festival. Jusqu’Au Cou est un modèle du genre. Une bonne idée, un concept exploité jusqu’au bout de manière inventive et originale. Le concept est très simple : dans un univers post-apo, un homme est enseveli dans le sol juqu’au cou et seul sa tête dépasse, un visiteur débarque et le dialogue s’installe. Une des forces du film est le naturel des deux comédiens et la force des dialogues naviguant entre gravité et humour, les deux comédiens se répondent du tac au tac. Le déco est dépouillée mais crédible, la mise en scène, simple, efficace, classique et sans chichis sied parfaitement à ce genre d’histoire courte. Jusqu’au bout, on ne connait pas la chute et on voit peu à peu la solution évoluer. On peut aussi y voir une petite critique sociale et une petite touche de politique dans l’attitude du personnage. Bref, du grand art et un modèle de film court. Un double prix bien mérité.

TOUS LES HOMMES S’APPELLENT ROBERT de Marc Henri Boulieri

Ce film suit les traces de Jusqu’Au Cou et part du même postulat de départ, un postulat de départ intriguant, un homme nu et couvert de blessures court à travers une forêt. Un déroulement malin distillant les informations au compte-gouttes, l’arrivée de personnages secondaires iconiques à souhait magnifiquement costumés et maquillés et enfin un twist formidable de finesse et d’intelligence. La mise en scène haletante et rythmée entretient le mystère, la photographie tire à fond parti des décors naturels pour mêler à le fois fond et forme dans six petites minutes exploitées à 100%. Une des autres excellentes surprises de cette sélection. Malin, maitrisé et parfaitement conscient de son potentiel, Robert s’avère être un des fleurons de cette sélection.

KANGOOTOMIK de Frédéric Gousset

Un kangourou humanoïde comme personnage principal d’une histoire ? Quelle drôle d’idée. Pourtant, ça fonctionne du tonnerre car d’une part le comédien, malgré le costume, parvient à donner une vraie personnalité au personnage du kangourou et d’autre part, la mise en scène est enlevée, rythmée et presque punk, ce qui sied parfaitement à l’histoire racontée. Celle d’un kangourou qui vit sa vie sur une planète désolée et vidée de tous ses habitants. On pense souvent à du Spike Jonze pour le côté bricolo/système D de l’ensemble et pour la mise en scène qui fait la part belle à la camera portée. Le film se fend d’un bel hommage à Massacre A La Tronçonneuse et le kangourou est formidable et se rend attachant et intriguant en cinq petites minutes rythmées par une excellente chanson déclinée façon karaoké. A la fin du film, on ne demande qu’une seule chose : la suite des aventures de ce kangourou ! Et vite.

FESTOCHE - PIFFF 2012

Here comes the devil

J’aurais dû me méfier dès la découverte du patronyme du réalisateur. En effet Adrian Garcia Bogliano n’est autre le géniteur de l’horriblement irritant I’ll Never Die Alone. Cette fois, plus de rape revenge voyeuriste au rabais mais sur le papier, une approche de l’horreur plus atmosphérique et occulte. Here Comes The Devil. Si Bogliano n’a pas vraiment progressé en matière de mise en scène, son film se montre par contre beaucoup moins insupportable que son No morire sola. Mais pas meilleur pour autant. L’Enfer est pavé de bonnes intentions comme le souligne l’adage qui résume parfaitement la situation : les intentions de départ de Bogliano sont on ne peut plus nobles mais, sur l’écran, leur mise en pratique est ratée dans les grandes largeurs. Là où le style demande de la finesse et du tact, Bogliano, pachydermique au possible, fait figure d’éléphant maladroit dans un magasin de porcelaine.

Le réalisateur argentin semble s’inspirer du travail de cinéastes comme Brillante Mendoza, Apichatpong Weerasatekhul au encore Amat Escalente mais sans avoir la moitié du quart du talent de ses confrères. Ses cadres sont bancals, le rendu de l’image amateur, le jeu des comédiens aléatoire et le scénario prend l’eau de toutes parts. Le film flirte même par moments avec la série Z lors de l’apparition d’un policier moustachu tout droit sorti d’une version argentine de Samurai Cop ou Clash Of The Ninjas.

Pourtant, tout commençait sous de bons auspices avec une scène d’introduction sexuelle et pas mal shootée. Cette scène montrant des amours lesbiens posait les bases d’une histoire de possession charnelle, érotique et fort intrigante. Cette introduction saphique restera le point culminant d’un film raté. Le reste étant bien évidemment à l’avenant : mise en scène ultra-datée, cadres n’exprimant aucune angoisse, aucun malaise, absence totale d’étrangeté et de peur et, ce qui semble être la marque de fabrique du réalisateur, une vulgarité crasse lors des scènes de sexe ou de nu émaillant le récit sans la moindre justification. Si ce n’est, éventuellement, pour mettre en avant le côté tentateur du Malin. Here Comes The Devil ne sait jamais trop sur quel pied danser, se voulant introspectif et atmosphérique mais sombrant dans la plus pure exploitation à la première occasion. Invariablement, le réalisateur opère les mauvais choix. Une scène en particulier met en exergue le ratage de l’œuvre : lors d’une séquence, deux personnes séquestrent un méchant dans le but de le faire parler. La scène est pas mal shootée et distille une petite tension. Mais patatra, Bogliano gâche tout en sombrant dans le gore de bas étage.

Dans ce film, chaque début de bonne intention ou de bonne idée est ruiné par une exécution lamentable. C’est vraiment dommage car les intentions de départ étaient bonnes, sans toutefois être révolutionnaires et auraient pu donner une petite série B à la Ti West. Rarement le Malin aura semblé si peu... malin.

PIFFF 2012 - Bilan

Pifff is the end…my only friend, the end.

Voilà, c’est fini. C’est la fin d’un monde. La fin de la seconde édition du Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF). On ne sait pas si les Mayas l’avait prévue ou pas mais, quoiqu’il en soit, pour tout cinéphage fantasticophile qui se respecte, c’est tout aussi déprimant que l’extinction complète de l’Humanité. Pourquoi ? Parce que le Pifff, c’est une programmation de qualité, une organisation presque parfaite, une équipe au taquet et surtout, c’est l’occasion de bouffer des films entre passionnés, de revoir les potes, de serrer des mains, de claquer des bises et de se faire plaisir. Mais bon on ne va pas se chatouiller le petit frère plus longtemps, et on va aller droit au but : elle était sacrément belle cette seconde édition.

Elle commençait d’ailleurs sous les meilleurs auspices avec une cérémonie d’ouverture tout en humilité et en simplicité. Mais avec sérieux. John Dies At The End a ravi les spectateurs et placé le festival sur les bons rails. Loufoque, cintré mais maitrisé et toujours cohérent, le film de Coscarelli est porté par un bel état d’esprit qui plonge le spectateur dans un état d’euphorie assez jouissive. Tout le monde est rentré chez lui avec la banane. Bordel, il commence bien ce festival. Le lendemain démarre mal avec un Here Comes The Devil foiré dans les grandes largeurs mais la séance permet toutefois de remarquer que le festival grandit car il a investi une salle plus grande que lors de la précédente édition. Si la salle est plus grande, l’organisation est aussi plus fluide, plus souple. Tout le monde sait où il va, ce qu’il doit faire et le fait avec le sourire. Point de doute, le PIFFF est une affaire qui roule.

On enchaine ensuite avec une des séances très attendues du festival, l’anthologie ABC’s Of Death. On déplorera simplement la fastidieuse routine consistant à laisser son portable au vestiaire afin de ne rien enregistrer de la séance, condition sine qua none imposée par la production américaine. Mais une fois ce petit désagrément passé, on savoure le film pour ce qu’il est : un buffet garni de l’horreur. Y a du bon, de l’excellent, du moins bon et du carrément dégueulasse mais tout le monde trouvera au moins un plat à son gout. Dimanche, jour du Seigneur, on est de retour et d’attaque pour assister à l’une des plus belles surprise du festival : The Cleaner, un tout petit film réalisé par un gamin de vingt-trois ans qui fait preuve d’une maitrise de son sujet, d’une intelligence d’écriture et d’une science du cadrage hors pair. Adrian Saba, retenez ce nom car on devrait vite en entendre parler. D’ailleurs, le film sera très justement récompensé par une Mention Spéciale du jury. Mon coup de cœur du festival. A peine le temps de discuter avec les collègues pifffeurs qu’il faut se rendre à la projection exceptionnelle, dans une copie qui l’est tout autant, de Quatre Mouches de Velours Gris, le film le plus rare de Dario Argento. Un très beau coup de la part de l’organisation. La journée se poursuit dans l’excellence avec Citadel et la projection, en 3D s’il vous plait, du dernier film du sifu Tsui Hark : Dragon Gate, la Légende des Sabres Volants. Un bon film du père Hark mais qui manque un peu de la folie visuelle et créatrice de ses plus grandes réussites.

Après ce week-end de folie, on retrouve un rythme plus humain, deux films par jour, en soirée, à la cool. De ce lundi, on retiendra Side By Side (bon, en fait, c’est le seul film que j’ai vu ce jour là…) un très bon documentaire, retraçant la révolution numérique dans le cinéma américain, des balbutiements de la DV aux toutes dernières cameras HD. J’en profite pour vous narrer l’anecdote fort ironique de la soirée. Le seul vrai gros pépin technique (une demi-heure de retard tout de même) du festival aura eu lieu avant la projection, en format DCP numérique donc, d’un documentaire ventant les mérites du numérique. Meilleur timing, tu meurs. Mardi c’est relâche pour ma part et la dernière séance du mercredi va se révéler totalement inattendue. Au programme, Universal Soldier : Day Of Reckoning, quatrième volet officiel de la saga. Je m’attendais à voir un dtv d’action sympa avec Jean Claude et Dolph se mettant sur la gueule mais, au final, j’ai vu un des meilleurs films du festival, voire plus. Une vraie grosse surprise réalisée par John Hyams, un mec avec des cojones grosses comme ça qui, signe un actioner d’auteur expérimental. Le Apocalypse Now de JeCVD que l’équipe du festival nous a permis de découvrir en version longue. Encore un joli coup à leur actif.

J’attendais la journée de jeudi, j’arrive donc bien à l’avance histoire de discuter avec les habitués, les amis de festival, les têtes connues, de prendre la température auprès des bénévoles et ainsi de suite. Cette proximité est l’un des gros points forts du festival parisien. On trouvera toujours quelqu’un en début ou en fin de séance pour discuter, échanger ou débattre. Doomsday Book constituera une nette déception, on sent que le projet était bancal dés le départ et que le production fut mouvementée. Les deux réalisateurs moyennement concernés tentant vaille que vaille de se rattraper aux branches afin de livrer un film tout juste correct. Le temps passe quand on s’amuse et nous voila déjà en fin de semaine. L’évènement du jour est la projection en copie 35mm de Bad Taste. Oui Bad Taste, le Bad Taste de Peter Jackson. Au cinéma. En 35. Quelle plus belle manière de découvrir le film…car oui je l’avoue, jusqu’à ce vendredi 23 novembre 2012, je ne l’avais jamais vu. Mais chaque chose en son temps et le temps est, pour le moment à Modus Anomali, un petit film indonésien, tourné en huit jours, que j’attendais avec une grande impatience. Et cette impatience fut plus que récompensée tellement le film met la pression grâce à une mise en scène hyper immersive, une photographie naturaliste et un design sonore aux petits oignons. Enfin tout ça vaut pour la première heure du film de Joko Anwar car le dernier tiers vient remettre le film en perspective et annihile une bonne partie de la force des événements passés. Maintenant à nous deux bandes de P’tits Connards. J’ai découvert Bad Taste et comme on dit chez les jeunes : « Sa reum, j’ai kiffé ma race ». La meilleure ambiance du festival avec rires, applaudissements, vannes et tout ce qui va avec. Un bien belle séance culte qui, pour le coup, était vraiment culte.

Nouveau week-end ! On ouvre le samedi avec les courts-métrages français. Si l’année dernière, la sélection était de très bonne qualité, ce ne fut pas le cas pour cette année avec un niveau global très moyen d’où émergeait très aisément Nostalgic Z qui, c’est bien simple, repartit avec tous les prix (Jury, Public et Ciné+) ne laissant à Foodelle qu’une mention du jury. Un plébiscite mérité que personne ne remettra en cause tellement il était évident. Place à Clive Barker avec en ouverture de sa nuit Night Breed : The Cabal Cut. Pour moi, c’est LA séance du Pifff 2012, une vraie exclusivité, un véritable évènement. La version longue de CABAL, est quelque chose de vraiment monstrueux, dans tous les sens du terme : des bouts de vhs dégueulasses rajoutées au montage original, un film trop long (2h25) mais une puissance épique, amoureuse et visuelle de folie prenant le parti des monstres doublé une superbe histoire d’amour. Vivement la restauration bon sang ! Après le film, nous aurons droit à une séance de question réponses avec Russell Cherrington, restaurateur de cette version longue et Nicolas Vince, interprète de Kinki. Hellraiser sera introduit par Forbidden, un court métrage experimental de Barker et par le duo Pascal Laugier/Julien Maury qui narreront des anecdotes complètement folles sur le développement du film et leurs rencontres avec Bob Weinstein. Je suis rentré chez moi après ça parce que demain je ré-attaque de bonne heure avec la sélection des courts-métrages internationaux proposant des films d’une très bonne qualité parmi lesquels l’intriguant A Formal, l’esthétiquement étrange Crown, l’élégant Exit (qui sera récompensé par le jury) et le subtil Record/Play. Je profite de la pause entre les séances pour aller boire un petit café au Starbucks juste en face. La situation du cinéma Gaumont Opera est l’un des autres gros avantages du PIFFF, en plein centre de Paris, on a tout ce qu’il faut pour se déplacer, se restaurer et se désaltérer dans un rayon de 100m. C’est important lors des longues journées. Plus qu’un film avant la clôture, ce sera Horror Stories, film aàsketches coréen basé sur le principe des Mille et Une Nuits. Le film propose quatre segments tous très différents et présentant une facette différente de l’horreur à la coréenne.

Place maintenant à la cérémonie de clôture, animée par Naï La (pour toujours la toute première Scream Queen officielle de Cinemag Fantastique, on en est très fier) en grande pompe avec décoration inspirée par l’univers de Silent Hill, invités et tout le tintouin. On apprend que le festival a doublé sa fréquentation par rapport à l’année dernière, preuve en est que le Pifff est une affaire qui roule. Je suis heureux et un peu ému aussi de voir qu’un festival que j’ai vu apprendre à se tenir debout l’année dernière marche désormais seul vers un avenir radieux. L’équipe organisatrice aura mis les petits plats dans les grands pour une belle dernière soirée. Après avoir découvert le palmarès du festival, nous aurons survécu à une invasion d’infirmières démoniaques et au jeu d’acteur de Cyril Despontin prouvant une fois de plus qu’on peut concilier bon esprit et professionnalisme. La soirée de clôture, basée sur l’univers de Silent Hill sera franchement réussie et spectaculaire ce que n’est pas le film. Silent Hill Révélations est pour rester courtois et poli un bon gros navet. C’est un peu dommage de finir de cette façon mais ça n’a que peu d’importance finalement car l’essentiel était dit : cette deuxième édition du festival parisien est un vrai et franc succès. En l’espace de douze mois le Pifff s’est rôdé, professionnalisé, amélioré sur tous les points. L’organisation est plus fluide, la sélection aventureuse, éclectique et de qualité, l’ambiance générale est sympathique mais studieuse, ce n’est ni l’esprit potache du Bifff ni l’ambiance un peu guindée de l’Etrange Festival. La qualité de projection est excellente, les salles confortables et les bénévoles efficaces. Le seul point un tant soit peu négatif vient du fait de partager un cinéma « grand public » qui empêche l’esprit « festival » mais mis à part ça le Pifff à tout ce qu’il faut pour devenir un incontournable de la scène européenne.

Avis Chiffrés.

JOHN DIES AT THE END : 4/5

Un film loufoque, qui part dans tous les sens mais parvient toujours à retomber sur ses pattes.

HERE COMES THE DEVIL : 1/5

L’Enfer est pavé de bonnes intentions. Tu l’a dis bouffi.

THE ABC’S OF DEATH : 3/5

Du bon, du très bon, du mauvais du très mauvais. A boire, à manger, y’en a pour tous les gouts.

THE CLEANER : 4/5

Un petit film intimiste et poétique porté par une mise en scène et une finesse incroyable. La belle découverte du festival

QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS : 3/5

Un giallo psychologique montrant la décomposition d’un couple. Beaucoup de défauts mais des moments de pure grâce

CITADEL : 4/5

Une histoire puissante, une tension palpable, une mise en scène qui met la pression, un personnage magnifique. Un grand film sur la peur et les peurs. Impressionnant.

DRAGON GATE : 3/5

Un bon Tsui Hark plein de fun mais qui manque de folie et d’inventivité visuelle. Un film trop calibré Chine Populaire pour être tout à fait honnête.

SIDE BY SIDE : 3/5

Un documentaire très intéressant mais un peu trop scolaire et porté sur l’aspect technique au détriment des considérations artistiques.

UNIVERSAL SOLDIER DAY OF RECKONING : 4/5

Un dtv d’action experimental d’auteur. LA surprise du festival.

DOOMSDAY BOOK : 2/5

Un film bancal, hétérogène et dilettante. Déception.

MODUS ANOMALI : 3/5

Une première partie incroyable de tension, une dernière partie beaucoup moins réussie.

BAD TASTE : 4/5

J’arive bande de P’tits Connards. Culte à mourir.

NIGHTBREED, THE CABAL CUT : 4/5

Un film monstrueux dans tous les sens du terme.

HORROR STORIES : 3/5

Quatre visions de l’horreur à la coréenne. Classique mais maitrisé et efficace.

SILENT HILL REVELATIONS : 1/5

Un bon gros navet. Des monstres croquignolets et un thème musical réussi le reste est à jeter à la poubelle.

Maureen Lepers

John Dies At The End – 3 étoiles

Retour du grand ponte de l’épouvante Don Coscarelli avec cette comédie horrifique gratinée, où l’absurde le dispute au grotesque, au génie, au portenawak apocalyptique. Il est impossible de résumer ou même de saisir en quelques mots le foisonnement que constitue John Dies At The End, tant les fulgurances de mise en scène, les retournements narratifs et l’extrême qualité d’écriture sont finalement bien peu au milieu de ce gros bordel. Maitrisé certes, assumé carrément, décomplexé encore plus, le film emprunte à chacun des genres qu’il côtoie ses codes les plus iconiques, et les réinvestit en un collage monstrueux dont la bizarrerie et l’opulence laissent coi.

In Their Skin – 2 étoiles

Premier long métrage du canadien Jeremy Power Regimbal, In Their Skin fait le traditionnel récit d’un couple en crise, partis se ressourcer avec leur fils dans leur maison de vacances et que des voisins peu commodes vont venir harceler et torturer. Un air de Funny Games et de Cape Fear et de tant d’autres films, me diriez-vous, et vous n’auriez pas tort. La minuscule autorité d’In Their Skin (initialement baptisé Replicas, de façon encore plus explicite) est cependant de substituer au couple de bourreau ou au tortionnaire une famille, en tous points identiques à la première dont il s’agit bien sûr de s’approprier les traits, les biens, le passé, l’identité. Cependant, et c’est précisément là où pèche le cinéaste, cette ombre de famille venue torturer les autres s’égraine finalement au profit d’un tourmenteur unique, la sempiternelle figure masculine dont les actes et décisions viennent rythmer le récit, reléguant en fond de champs les doubles de l’épouse/mère et du fils. En resserrant ainsi le cadre de son histoire sur une figure somme toute assez commune, Jeremy Power Regimbal cède sous le poids des modèles qu’il exploite, dont le spectre trop pesant hante chacune de ses images, et dont son film finalement, n’est qu’une bien pale réplique.

Side By Side – 3 étoiles

Documentaire très érudit sur les enjeux du passage au numérique pour le cinéma, en tant qu’art bien sûr, également en tant qu’industrie, Side By Side de Christopher Kenneally interroge quelques uns des très très grands d’Hollywood et d’ailleurs, qu’ils soient réalisateurs, chefs op, étalonneur ou acteur, de façon pertinente et éclairante. Emmené par Keanu Reeves que la situation visiblement passionne, le documentaire fait preuve d’une grande clarté et rend habilement compte des diverses positions et arguments des techniciens et artistes, dont les avis parfois tranchés font montre pour le cinéma d’une mutation dantesque, effrayante et fascinante, et dont les contours encore flous compromettent la totale lisibilité. D’un académisme certain, Side By Side, par souci d’intégrité et de clarté sûrement, souffre pourtant en creux d’un caractère un peu trop scolaire, qui vient entraver l’émerveillement que peuvent susciter les multiples possibilités du numérique. Ces dernières finalement ne sont que rarement mises en question par le réalisateur et son guide, qui recueillent moult témoignages et omettent de les mettre en miroir, de les faire dialoguer, condamnant le film à n’être qu’un simple compte rendu. Aussi, si les moins spécialistes (dont je fais partie) y apprendront forcément des choses, il n’est pas dit que les plus érudits y trouvent spécialement leur compte.

Crave – 4 étoiles

Issu du documentaire et du making-off (notamment pour Blade Runner), Charles de Lauzirika passe cette fois ci du côté de la fiction et livre avec Crave, un premier film qui se veut une relecture personnelle du cultissime Taxi Driver de Martin Scorsese. Photographe de scène de crime, Aiden est un jeune homme un chouia névrotique, fatigué de se faire marcher sur les pieds, de se considérer comme un lâche, et dont les pulsions de violence et de mort, tantôt contenues par son travail et le soutien d’un vieux roublard de flic, vont finalement se cristalliser jusqu’à l’explosion sur la jeune fille dont il tombe amoureux. Si Crave emprunte effectivement à Taxi Driver sa fascination pour la rue et le dégout qu’elle peut inspirer aux hommes les plus sensibles (certains diraient instables), force est cependant de constater que le film n’a finalement pas grand-chose à voir avec son modèle. Variation sur l’autodéfense, le long métrage s’impose surtout comme une variation sur le fantasme et ses concrétisations, et instaure un jeu bienvenu entre différents niveaux de narration.

The Butterfly Room – 1 étoile

L’italien Jonathan Zarantonello raconte ici l’histoire d’une grand-mère acariâtre, amoureuse des papillons, dont elle fait d’ailleurs collection au point de leur dédier l’une des pièces de son appartement. The Butterfly Room marque d’abord le retour à l’écran de deux géants de l’horreur, l’une gothique et fantastique, l’autre plus réelle, plus étrangement inquiétante dont la rencontre aurait du faire des étincelles. Autant le dire de suite, Barbara Steele et Ray Wise (Twin Peaks) ne transcendent du tout dans ce thriller d’épouvante hérité de Psycho, Vertigo et autres variations sur le maître, et qui joue un peu trop à se prendre pour Brian de Palma. Mal écrit, et pour la majeure partie, mal interprété, le long-métrage fait office, au milieu de la programmation du festival, de figure plate, dont l’arrogance tant graphique que dramatique n’a d’égale que l’extrême niaiserie. Film de femmes qui multiplie les clichés affligeants (mention spéciale au traumatisme de la fille du personnage principal), The Butterfly Room échoue à rendre compte du tout possible des figures féminines qu’il met en scène, et à traduire à l’image leur nature proprement épouvantable, en ce qu’elles fascinent et instaurent ainsi pour le regard un état paralysant.

Bad Taste – 4 étoiles

Plus que le film, c’est surtout l’histoire de la copie projetée qui laisse sans voix, et qu’a raconté l’émérite Professeur Thibaut. Retrouvée dans un entrepôt abandonné du côté de Toulouse au milieu de quelques autres 700 bobines de films qu’il a fallu reconstituer, la pelloche prend de fait d’emblée un statut d’objet culte, que viendra renforcer, pendant la projection, l’abominable double français. Objet geek d’une grande fantasquerie, Bad Taste serait, toujours selon le fameux Professeur, le premier film de fan boy, réalisé, à vingt ans près et dans des conditions similaires au génial La Nuit des Morts Vivants (1968). Ensemble, les deux films font état d’une mutation du cinéma de genre, qui passe de l’hyper politique à l’hyper référence. Outre son contexte et ses enjeux, Bad Taste est incontestablement moins percutant et effroyable que Meet The Feebles, mais s’impose néanmoins comme une série Z exemplaire qui transpire le fun et le nawak à plein nez, et dont les seuls objectifs sont finalement d’emmener le cinéma du côté du ludique, seulement du ludique.

The Body – 5 étoiles

Premier film en tant que réalisateur de l’espagnol Oriol Paulo (qui a notamment signé le scénario des Yeux De Julia), The Body réussit précisément là où The Butterfly Room échoue : dans le réinvestissement de motifs hitchcockiens avoués, sur le fil desquels dansent de bout en bout le long métrage. Avec une tenue et un classicisme fous, le film raconte l’histoire alambiquée d’un esprit brillant qui, ayant provoqué et mis en scène la mort de son épouse, se retrouve aux prises avec un inspecteur de police tenace alors que disparait mystérieusement le cadavre de la jeune femme. Thriller passionnant en ce qu’il offre à voir de maitrisé et de réfléchi, le film surfe sur l’essoufflement, voire la décadence de l’horreur à l’espagnol, et creuse également une brèche, un fossé presque, entre les genres et les temporalités : ce nouveau visage de l’horreur, il s’agit de le faire dialoguer avec des formes plus anciennes, héritées du film noir et de ses paires, dont on constate ainsi à la fois la mort, et l’indéniable persistance. Comme l’écrit James Ellroy dans Le Dahlia Noir, et comme le constate à ses dépends le personnage principal, qui cède au travers de la passion quant son plan, et le film au dessus de lui, n’exigeait que du contrôle, ‘nothing stays buried forever’. Nothing.


FESTOCHE - PIFFF 2012

ABC’s of Death

Tu es plus gourmand que gastronome ? Oui ? Tu aimes t’en mettre plein le bide pour pas cher ? Encore oui ? Alors tu aimeras The ABC’S of Death tant ce film omnibus est semblable à ces restaurants offrant des formules de buffet à volonté. Tu paies une certaine somme, tu te sers à foison en ne prenant que ce que tu aimes et en laissant tout le reste de côté. C’est une bonne manière de contenter tout le monde et c’est ce qu’on ressent à la fin de cette anthologie couillue conviant pas moins de 26 réalisateurs de genre. Le manque d’homogénéité est souvent le problème majeur des films à sketches. Pas facile en effet de conserver une ligne directrice claire et un niveau qualitatif égal lorsqu’on assemble deux ou trois films réalisés par des cinéastes différents. Mais alors quand on propose une anthologie regroupant 26 films de 26 réalisateurs différents, c’est carrément mission impossible. Au final, après avoir vu l’entièreté des films, il en ressort une impression de zapping géant de l’horreur alternant le bon, le moins bon, l’excellent et le foutage de gueule intégral.

La note d’intention est ambitieuse : rassembler ce qui se fait de mieux dans la nouvelle génération de l’horreur mondiale et leur offrir une carte blanche totale. Avant d’entrer dans le vif du sujet nous saluerons la production qui a rassemblé un line-up issu des tous les continents. Un bon point. Maintenant examinons les forces en présence. D’un côté, des réalisateurs déjà confirmés comme Xavier Gens, Ti West, Jake West, Noboru Iguchi, Yoshihiro Nishimura, Nacho Vigalondo, Srdan Spasojevic ou encore Ben Weathley. De l’autre, des jeunes réalisateurs issus de l’underground mondial ou du marché du dtv. Ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est la différence de niveau d’implication des différents réalisateurs. Certains ont saisi l’opportunité de présenter leur travail et de prouver leur savoir-faire en signant des films travaillés et pensés comme de véritables courts-métrages à part entière. D’autres ont décidé de bâcler leur segment et d’envoyer un film torché à la va comme j’te pousse. Au niveau des mecs qui ne se sont pas trop fait chier, on citera aisément Ti West qui, manifestement, n’avait rien à carrer du projet tellement son segment suinte l’amateurisme et le dilettantisme. Son court-métrage, M is For Miscarriage qui semble avoir été tourné chez lui en deux heures, n’avait tout simplement pas sa place au sein de ce florilège. Autres oisifs l’Aussie Andrew Traucki avec son G is For Gravity amateur, Angela Bettis avec E is For Extermination aux effets spéciaux tout droit sortis des années 80 ou Ben Wheatley avec son U is for Unearthed en caméra subjective. D’autres segments sont tellement anodins qu’ils sont aussi vite oubliés que vus.

Mais heureusement, plusieurs réalisateurs remontent le niveau global de plusieurs crans. Et en tête de cette petite bande, on retrouve avec plaisir et fierté le duo Cattet-Forzani qui livre un O is For Orgasm fétichiste et sexuel tout en stylisation. Le duo continue d’explorer la voie tracée avec Amer et privilégie les sensations à l’analyse avec toujours cette façon incroyable d’érotiser la mort et de rendre tangible l’intangible. Le duo signe un vrai mini giallo de cinq minutes, véritable déclaration d’amour au cinéma. Niveau bonne surprise, on citera sans conteste le R is for Removed de Srdan Spasojevic qui surprend positivement en scrutant une fois de plus les meurtrissures de son pays d’origine sans cette fois sombrer dans la violence insupportable et gratuite. En tout cas le Serbe confirme qu’il sait créer une ambiance et manier une caméra pour mettre en image la révolte d’un sujet d’expérimentations scientifique. Une courte histoire qui n’est pas sans rappeler les origines du patient de la chambre V dans le chef-d’œuvre d’Alan Moore, V For Vendetta. Pour les confirmations, on citera aussi Jason Eisener (Hobo With A Shotgun) qui signe avec Y is for Youngbuck un segment à l’esthétisme dérangeant basé sur une histoire de pédophilie et de vengeance emballée avec une maitrise formelle et une bande-son qui rappelle à la fois Drive pour le revival eighties et le cinéma de Kenneth Anger pour la symbolique. Le côté clip confère encore une dose d’étrangeté et de malaise même si cette forme peut en gêner certains.

Parmi les révélations, il faut absolument parler de Marcel Sarmiento (DeadGirl) qui m’a véritablement séché avec D is for Dogfight, un film mettant en scène de façon extraordinairement graphique et esthétique le combat entre un chien et un homme retournant habilement les valeurs habituelles de ce genre de situation. Certainement le film le plus maitrisé et chiadé visuellement de la sélection. En vrac, on retiendra aussi le segment d’ouverture de Nacho Vigalondo, le très intéressant film de Simon Rumley, X is for XXL, le meilleur travail jamais livré par Xavier Gens et le culotté court de Thomas Malling.

Après les ratés et les réussites, il y a une dernière catégorie qui se dégage de l’anthologie. Celle de l’écurie Sushi Typhoon. Une fois de plus, les Japonais font exploser le baromètre du bon goût et de la folie anarchique avec leurs films totalement fous et encore plus improbables qu’à l’accoutumée. Noboru Iguchi offre une ode aux flatulences odorantes et aux collegirls avec l’incroyable F is for Fart (tout un programme), Yudaï Yamaguchi continue à explorer les voies de la comédie foldingue avec un hommage réussi, drôle et gore aux films de samouraïs (J is for Jidau-geki) pendant que Yoshihiro Nishimura réalise un grand moment de n’importe quoi subversivo-gore à base de pénis géant, de filles nues, de gore et d’éjaculation un peu spéciale. Avec toujours cette façon tellement unique et poétique de filmer une jeune fille se faisant asperger d’hémoglobine. Ce sont des films qui apportent une véritable plus-value à cette anthologie omnibus où on trouve à boire, à manger, à vomir et à déguster.

L’initiative était louable et est en bonne partie réussie car, au final, le plaisir procuré par les segments de qualité, une bonne moitié des travaux proposés valent la peine d’être vus, l’emporte largement sur le négatif. Enfin pour un film de près de deux heures, l’ensemble passe relativement vite, absorbé par le décompte des lettres, l’attente de découvrir son réalisateur fétiche et l’effet de surprise qui ne faiblit jamais.

FESTOCHE - PIFFF 2012

Silent Hill Revelation

Le premier film, signé Christophe Gans, bien que tout sauf honteux, s’était fait houspiller par les fans du jeu lors de sa sortie et avait reçu un accueil mitigé. Pourtant, à la vue de cette suite, le film de Gans devrait bien vite être revu à la hausse. On va le dire tout net, le film de Michael J. Bassett est ce qu’on appelle dans le jargon un beau gros navet tendance nanar. Certes, le film original n’était pas parfait mais avait pour mérite de parvenir à se dépatouiller d’un univers complexe et d’être très correctement emballé. A la vision de sa suite, projetée en clôture du PIFFF 2012, on se rend bien vite compte que son réalisateur, Michael J. Bassett, n’a pas eu voix au chapitre sur le plateau tant le film respire la formule et le film de producteur. S’il y a quelqu’un à blâmer pour le naufrage de l’entreprise, c’est plutôt Samuel Haddida, producteur de la chose.

Dès la première scène, qui présente l’univers du film via un stratagème grossier (la fameuse scène de rêve…), la messe est quasiment dite. Le premier acte suit Heather, une pauvre adolescente au passé compliqué, qui débarque dans une nouvelle ville, un nouveau lycée avec de nouveaux condisciples. Dans ce contexte surgit Vincent, jeune homme tout droit sorti de l’univers Twilight, qui va s’avérer fort utile pour raconter toute l’histoire et éclaircir chaque point de scénario. Une histoire de famille nébuleuse ? Hop voilà Vincent. Une étrange amulette ? Hop voici Vincent. Un lourd secret à expliciter ? Revoilou Vincent. C’est sa seule et unique fonction au sein du récit. Mais au lieu d’éclaircir quoi que ce soit, ce démiurge narratif involontaire met en exergue les failles du scénario et stigmatise l’incohérence de la chose. Finalement, il ne fait qu’embrumer encore plus les affaires. Comme il déclame tout ça le plus mollement possible et que l’ensemble est platement mis en image par un Bassett visiblement peu concerné, le spectateur décroche et peine par la suite à reprendre le chariot en route. Enfin, l’intrigue déboule dans la cité maudite, on va pouvoir un peu s’amuser. Et ben non, même pas…

Si le bestiaire du film est au rendez-vous, la mise en scène ne lui fait absolument pas honneur. Filmés sans la moindre profondeur, les monstres et créatures hantant l’univers de Silent Hill paraissent plus croquignolettes que véritablement flippantes. Le potentiel de chaque créature et de chaque scène de flippe est désamorcé par l’absence de mise en scène et une attitude totalement fantaisiste dans l’écriture et le découpage. Point de finesse, que de la lourdeur. Il n’y a souvent qu’un pas entre le génie et le ridicule et dans Silent Hill 2, ce pas est allègrement franchi, ruinant du coup le potentiel étrange et malsain de certaines scènes. La rencontre avec Malcolm McDowell ou le ballet des infirmières, qui aurait dû être un des temps forts du film, ne véhicule finalement que les frissons de la honte. Au niveau de l’écriture c’est très mauvais et proprement insignifiant. Au niveau visuel, c’est à peine meilleur, le film se payant une vieille tronche de direct to vidéo. Côté 3D, constat identique : la stéréoscopie n’est présente que pour balancer quelques lames ou gerbes de sang dans la face de spectateurs assoupis.

Silent Hill Révélation 3D, malgré une fin plus qu’ouverte, signe la mort de toutes les ambitions artistiques de la saga. Bassett livre une suite inutile, boursouflée, ridicule et visuellement très vilaine. Reste quelques créatures inspirées, un bestiaire riche et varié auquel la mise en scène ne fait jamais honneur. Un beau naufrage artistique qui provoque même quelques rires gênés lors de certaines séquences mais qui a au moins l’honneur, en tant que navet, de contribuer à la campagne cinq fruits et légumes par jour. C’est toujours ça de pris.

PIFFF 2013 - Les Sorcières de Zugarramurdi

Black Sabbath

Les organisateurs du PIFFF ont frappé fort en proposant, en ouverture de l’édition 2013, le dernier film d’Alex De La Iglesia, Les Sorcières de Zugarramurdi qui renoue avec la veine iconoclaste et comique qui lui a offert ses meilleurs films. Le film, gros succès en Espagne, débarque donc en France. Le résultat est pour le moins mitigé car si le métrage possède de très bons moments - on rit beaucoup, surtout dans la première moitié - il n’est pas avare en petits défauts qui le rendent bancal, voire par moments insupportable.

On sent que sous couvert d’une vraie trame fantastique qui n’est pas sans rappeler la Lords of Salem de Rob Zombie, le réalisateur espagnol veut nous parler de lui, des hommes et des femmes. Et là, déjà, ça coince car à vouloir ménager la chèvre et le chou, de La Iglesia se perd un peu et se retrouve le cul entre deux chaises. Les femmes en prennent pour leur grade, les hommes en prennent pour leur matricule mais tout ça est amené de façon artificielle, comme s’il avait eu peur de trop brocarder la gent féminine. De fait, il se sent obligé de taper aussi sur les hommes mais avec moins de conviction et de talent, il faut bien l’avouer. Ca se remarque dès l’écriture où les personnages masculins, qui occupent toute la première partie du récit, se révèlent truculents et attachants en losers magnifiques soumis à de véritables harpies castratrices. De La Iglesia est à l’aise dans ce registre et épingle les petits travers de ces dames sur le ton de la caricature et de la farce. Ce n’est donc pas un hasard si c’est cette partie du film qui s’avère la plus réussie et surtout la plus jubilatoire.

L’œuvre démarre par une scène de braquage qui s’impose comme une des scènes les plus réussie de la carrière de l’Espagnol. Mise en scène, écriture, mise en place et exécution, tout dans cette séquence frise la perfection. Et que dire de la joie ressentie lorsque Mickey, Minnie et Bob l’Eponge se font allégrement flinguer par notre bande de braqueurs eux-mêmes grimés en Jésus et en Soldat de plomb. Une scène de casse, à l’ambiance finalement assez sèche, magnifiée par une camera à l’épaule, nerveuse, rythmée mais toujours fluide. Avec, en prime, le nappage iconoclaste et punk qui fait la patte de l’Ibère. Une mise en bouche du meilleur acabit qui malheureusement s’avérera la meilleure séquence d’un film long de près de deux heures qui, par la suite, s’abîme dans ses propres circonvolutions narratives. En effet, le réalisateur et son fidèle scénariste Jorge Guericaechevarria vont au cours du film ajouter de nombreux éléments à l’intrigue qui, plutôt que de lui donner de l’épaisseur, ne vont faire que l’alourdir jusqu’à l’indigeste. De La Iglesia échoue dans le film « 2 en 1 » là où Robert Rodriguez, bien aidé par Tarantino, excellait avec son culte Une Nuit En Enfer.

Trop de personnages, trop de pistes narratives jetés sur l’écran et abandonnés aussi sec qui viennent rallonger inutilement un film qui, dans sa deuxième heure, s’enlise dans un hystérisme gratuit, une vaine agitation telle celle d’une oie sans tête qui continue de courir sans but, de façon désordonnée. Peu à peu, l’humour hyperactif laisse place à l’agacement. Privé de moyens plus conséquent qu’a l’accoutumée, l’Espagnol n’hésite pas à se faire plaisir et à faire plaisir à ses fans, notamment via un large casting parmi lequel plusieurs comiques espagnols (Carlos Areces et Santiago Segura entres autres) venus se faire plaisir devant la camera dans des rôles qui, malheureusement, n’apportent rien au film. Le clin d’œil est sympathique mais trop appuyé. L’envie de bien faire est louable, la générosité de l’ensemble aussi mais le film finit par s’écrouler sous son propre poids lors d’un final aussi épique qu’énervant car beaucoup, mais alors beaucoup, trop long. Comme si on avait filé des hormones de croissance au film de Rob Zombie.

De La Iglesia livre une œuvre qui fourmille d’idées (bonnes ou mauvaises), d’inventivité et de scènes mémorables mais qui, dans le même temps, semble en pilotage automatique. Les Sorcières de Zugarramurdi souffre d’un trop plein d’énergie et offre une impression de work in progress comme si son réalisateur n’avait pas eu le temps de clôturer son montage alors que, délesté d’une bonne vingtaine de minutes, le film aurait gagné en rythme et en efficacité. Un film hybride, bancal bourré de générosité, porté par une vraie volonté de faire du fantastique ésotérique, de proposer une imagerie occulte et grotesque mais parasité par tout un tas de menus défauts que le rendent vraiment agaçant. Du de La Iglesia dans le texte, dans la générosité et dans l’excès mais qui ne possèdent pas la maîtrise dont il a pu faire preuve dans Le Jour de La Bête ou 800 Balles. Et, on le sait tous, sans maîtrise, la puissance n’est rien

PIFFF 2013 - The Battery

La dernière marche

L’essence d’un festival de cinéma, qui plus est dans le fantastique, est de défricher et de proposer aux spectateurs des découvertes, des propositions de cinéma originales, intéressantes qui nous rappellent pourquoi, nous spectateurs, l’aimons tellement. Cette année, sans trop s’avancer, on peut d’ores et déjà affirmer que LA découverte du PIFFF sera The Battery. Un tout petit film, minuscule en terme de budget et de logistique, mais avec un cœur, des tripes et un esprit gros comme ça. On peut faire beaucoup de choses avec 6.000$ (soit 20.000 fois mois que World War Z), Jérémy Gardner lui a réalisé un petit chef-d’œuvre. Rien que ça. The Battery prouve qu’une poignée de dollars, six personnes dévouées qui composent l’équipe de tournage, deux semaines et des idées, beaucoup d’idées suffisent pour faire du cinéma.

Le film écrit, joué et réalisé par Jeremy Gardner s’ancre dans différents genres : le zombie flick, le post-apo, le road movie, le buddy movie, la comédie et évidemment, l’horreur. Mais quelque soit le genre abordé ou simplement effleuré, on sent poindre la patte d’un auteur. Dans son écriture, sa façon de dépeindre un univers, des lieux, ses personnages, son ambiance sonore, son jeu même, tout transpire d’une homogénéité de tous les instants. Pourtant basiquement, The Battery n’est rien d’autre qu’une énième histoire de survivants, livrés à eux-mêmes dans un monde revenu à l’état sauvage. Ce duo improbable de joueurs de base-ball est le centre, le cœur du récit. Tout le reste n’est que détails : les zombies, les menaces, le monde qui les entoure. Plus que tous les genres évoqués, The Battery est un film d’amour et d’amitié. Les deux personnages parfaitement définis, très différents forment un duo irrésistible que l’on a envie d’aimer, de soutenir, avec lequel on veut rire mais aussi frissonner.

The Battery est une succession de moments anodins, de scènes de vie dans un monde dévasté, abandonné mais qui, finalement, quand on prend garde, prend plus des allures de gigantesque terrain de jeu plus que d’Enfer. Mickey et Ben jouent au base-ball, pêchent, se baladent, écoutent de la musique, discutent, se baignent dans des rivières, rient, s’engueulent, chantent, dansent, fument des clopes et parfois, dégomment l’un ou l’autre zombie au détour d’une maison abandonnée. Les deux comédiens, formidables au demeurant, insufflent une vie, un souffle encore jamais vu dans le cinéma d’horreur. Le film est lumineux, donne la pêche avec ses airs de "feel good movie" mais c’est pour mieux surprendre lors de moments de tension aussi puissants qu’inattendus. Une habile façon pour Jérémy Gardner de montrer que la menace est omniprésente et qu’il ne suffit que d’une seconde d’inattention pour se mettre en danger. Dans son dernier tiers, l’intrigue bascule dans une longue, très longue mais jamais trop, scène de tension et se resserre encore plus ses deux personnages centraux afin de livrer un anti-climax qui met la pression sans jamais user d’artifices inutiles ou d’astuces narratives. La séquence fonctionne simplement grâce aux acteurs, à leur talent et à la relation qui s’est construite durant tout le film comme si tout devait se terminer ici.

Porté par une musique formidable aux airs de coutry-folk-blues-rock, The Battery dégage une vraie atmosphère qui fait toute la différence. Esthétiquement, le film maximise chaque dollar, chaque centime de son budget, l’image est naturaliste, très crue mais très belle en même temps. Le soleil irradie la campagne et crée une ambiance irréelle qui pose un regard bienveillant sur l’Amérique profonde. Celle de petites bourgades entourées de forêts. Christian Stella, le chef opérateur, parvient à faire des miracles avec pas grand-chose en démultipliant les possibilités offertes par la lumière naturelle. La mise en scène et parfaitement adaptée au format et à l’histoire que veut raconter le réalisateur, elle se joue elle aussi des contraintes budgétaires pour coller aux personnages sans donner cette impression cheap ou hasardeuse. Le réalisateur sait parfaitement ce qu’il veut, cadre parfaitement et prend le temps de poser sa caméra quand il faut pour composer de magnifiques cadres. Gardner a compris que le peur sera toujours mieux évoquée par le regard d’un acteur que par une horde de zombies numériques. La longue séquence finale dont l’apparente simplicité n’a d’égal que la puissance visuelle l’illustre parfaitement

Jeremy Gardner évite l’écueil du petit film trop malin et livre une relecture du film de morts-vivants éminemment personnelle qui repose sur les fondamentaux du cinéma : l’écriture, le jeu et la mise en scène. Et une sacrée dose de culot pour se lancer dans l’aventure du long métrage avec seulement quelques billets en poche. Le gaillard ne s’est pas dégonflé, ne s’est laissé aller à aucune facilité et a tourné le film qu’il voulait faire. Une œuvre personnelle, juste, qui ne ressemble à aucune autre, qui respire la vie, la poésie mais n’oublie pas non plus qu’elle s’inscrit dans le genre horrifique.

PIFFF 2013 - All Cheerleaders die

Dangereuse alliance

L’adolescence est une période de merde, l’âge ingrat. Les collèges et lycées sont une jungle quotidienne qu’il faut affronter totalement désarmé, sans même une petite machette pour défricher la cour de récré, lieu hamlettien où se nouent et dénouent les intrigues en tout genre. Amitié, trahison, amour, haine, toute la vie de millions d’adolescents se jouent dans ces quelque mètres carré de béton. Plus encore, beaucoup plus, aux Etats-Unis que chez nous où les établissements scolaires sont les lieux de vies principaux, pratiquement uniques, de tous ces jeunes adultes coincés dans un corps et un monde en constante révolution. C’est dans cet univers impitoyable que le duo McKee-Sivertson a décidé de situer l’intrigue de son film, inspiré par un premier film de jeunesse qui se voit upgradé et updaté aujourd’hui.

Le duo de réalisateurs puise son inspiration dans les innombrables séries télés des années 90 qui dépeignaient les affres de l’adolescence type Hartley cœur à vif, Les Années Collège, Angela 15 ans ou Sauvés par le gong pour le côté plus léger. Sauf qu’ici les héro(ïne)s sont stéréotypés, creux et sans aucune épaisseur. Identifiable au premier coup d’œil. Les joueurs de football sont forcément des décérébrés, les cheerleaders des pimbêches superficielles et la jeune fille un peu différente est elle, une sorcière. D’entrée de jeu, les metteurs en scène nous plongent au cœur du lycée via un reportage vidéo « en immersion » qui présente de façon succincte la vie et la mort de la capitaine de l’équipe des pom pom girls, ce qui permet en filigrane de rencontrer une bonne partie des personnages principaux. Le tout sur fond de langage djeunz, de musique assourdissante et de frime attitude. Bienvenue en Enfer.

A partir de là, les choses se gâtent, tant au niveau de l’intrigue où les meurtres et trahisons se succèdent, que du film lui-même où l’indigence finit par prendre le dessus sur tout le reste. Si les intentions de la paire McKee-Sivertson sont bonnes, l’exécution l’est beaucoup moins. Les réalisateurs ont beau être deux, il n’y a guère plus d’idées dans leurs deux têtes que dans une seule, même si on reconnaît leur touche respective au détour de plusieurs scènes. La scène des pierres rappelle par moment The Woods tandis que les scènes de fête avec les ados frondeurs et frimeurs évoquent The Lost, la poésie et le côté vénéneux en moins remplacés ici par une fascination pour l’univers bling-bling du hip-hop américain. Sur l’écran, malgré les tentatives d’insuffler rythme et vie, de façon souvent artificielle, l’ennui se fait de plus en plus présent et on est vite saoulés par les incessants bavardages des pintades en petite jupette d’un côté et des pittbuls en rut de l’autre. Mais, à intervalle régulier, des passages sympathiques ; les meurtres notamment avec leur côté cheesy très années 90 remonte la côte de sympathie de l’ensemble. Puis niveau poulette sexy en petite tenue et beaux gosses tout en muscle, il y en aura pour tous les goûts.

Sur le fond, c’est un peu plus intéressant. McKee et son acolyte n’épargnent personne et une fois de plus la société américaine, représentée ici via le microcosme du lycée, en prend pour son grade. La superficialité, le culte de l’apparence et la recherche de la popularité sont sévèrement brocardés. Sur ce point-là, au moins le film fonctionne. On remarque vite que c’est dans les quelques passages les plus sombres où les ados se livrent un peu que les réalisateurs sont le plus à l’aise, toujours au bon endroit pour capter les tourments adolescents qui au fond ne sont encore que des enfants. Avec des seins, des fesses et des muscles certes. Un film qui un samedi soir, avec des amis, des pizzas se savoure gentiment.

Le tandem McKee-Sivertson livre un film en demi-teinte, quelque part entre Charmed, Buffy et Dangereuse Alliance. Les parties censément fun sont les moins passionnantes, sans grande ampleur et rarement mises en valeur par une réalisation plutôt plate. All Cheerleaders die remonte quelque peu la pente grâce à son premier degré assumé, son casting et les quelques passages plus sombres qui pointent sous cette surface criarde et toute en apparence. Une fois de plus, c’est dans les tourments et dans l’ombre que les deux compères se sentent le plus à l’aise. Maintenant faut-il vraiment deux films pour raconter cette histoire somme toute insignifiante ? Poser la question, c’est en quelque sorte y répondre...

PIFFF 2013 - Odd Thomas

Stephen Sommers effectue un retour aux sources avec ce « petit » film tiré d’un roman de Dean Koontz, souvent présenté comme le Stephen King du pauvre. Véritable envie de revenir à la série B ? Besoin de s’aérer et de retrouver des projets à taille humaine après ses derniers gros mastodontes que sont G.I Joe et Van Hesling ? On ne sait pas vraiment, mais on peut effectuer un parallèle avec Michael Bay qui clamait son envie de mettre en scène des projets plus personnels et de simplement diriger des comédiens. Le parcours des deux hommes possède pas mal de similitudes et cet Odd Thomas pourrait être son Pain&Gain. Toutes proportions gardées bien sur car Stephen Sommers n’est pas Michael Bay.

On n’attendait pas forcément Sommers aux commandes d’un film comme Odd Thomas, un petit polar fantastique décalé et finalement assez touchant qui s’inspire beaucoup de l’univers des super-héros afin de mettre en images les tourments de son personnage principal. Odd Thomas (Anton Yelchin, excellent) est un type sympa, un peu étrange (« odd » signifiant « étrange » en anglais), qui vit dans la petite ville de Pico Mundo, travaille au « diner » du coin et vit une relation parfaite avec sa petite amie, la ravissante Stormy, jouée par la non moins ravissante Addison Timlin, l’atout charme du film. Mais Odd Thomas possède des dons de clairvoyance peut voir les morts qui le préviennent de dangers imminents. Odd utilise ses dons afin de protéger sa petite ville alors qu’il aspire simplement à vivre une vie normale avec Stormy.

Sommers s’est visiblement bien amusé avec le personnage de Dean Koontz qui lui offre un tout nouveau terrain de jeu avec la ville fictive de Pico Mundo sentant bon la Californie des années 50 et 60. Dès le départ, sa mise en scène est ludique, inventive et donne une vraie ambiance « cool » à son film. Fluide, bourrée de mouvements et d’effets rarement gratuits, elle colle parfaitement au personnage d’Odd. On sent que, comme Bay, Sommers retrouve le goût de simplement filmer des acteurs et du jeu. Mais Sommers reste Sommers : il ne peut s’empêcher de coller des monstres au sein de son récit, les Bodachs, sorts de fantômes sortis des Enfers afin de se repaître du sang des victimes de morts violentes. Graphiquement et techniquement très réussies, les créatures assurent la partie fantastique/horreur du film. La partie comédie policière revient aux acteurs, notamment Willem Dafoe et Anton Yelchin qui donnent le ton et le rythme à l’histoire.

Scénaristiquement, on est plongés en pleine série B mais l’ensemble est bien écrit, l’enquête n’est jamais redondante ni cousue de film blanc, on prend du plaisir à suivre Thomas et à la voir dérouler les pistes. Un fonctionnement relatif dû principalement à l’alchimie du couple Odd/Stormy qui déroule à plein gaz. Les deux se complètent parfaitement et permettent une identification immédiate au spectateur qui prend énormément de plaisir à les voir évoluer. Cette relation fait le sel du film et apporte une vraie touche de sensibilité à cette oeuvrette qui ne cesse de surprendre son auditoire. On pense souvent au Maitre des Illusions ou à Dylan Dog mais en version plus amusante, ludique et décalée (Odd Thomas n’hésite jamais à flirter avec la comédie). Polar, fantastique, comédie, sentiments : Sommers jongle avec un égal bonheur entre tous les genres et livre un film qui au final lui ressemble assez. Et, comme dans tout bon Stephen Sommers, on retrouve Arnold Vosloo dans un sympathique et désopilant caméo.

Sans être une œuvre majeure, Odd Thomas s’impose comme une solide série B, très plaisante, décalée et bourrée de charme, portée par une brochette d’acteurs qui prend du plaisir et un couple vraiment très attachant. Sommers retrouve le plaisir des choses simples, sait faire monter la pression lors des scènes d’horreur mais aussi faire rire et émouvoir. Il démontre son amour pour les monstres et prouve que la série B reste son terrain de jeu favori et qu’il se plaît visiblement à l’arpenter de long en large. Le personnage apparaissant dans plusieurs histoires de Koontz, on peut espérer retrouver Odd Thomas dans d’autres réjouissantes aventures.

PIFFF 2013 - Real

Mine de rien, ça faisait cinq ans que le metteur en scène japonais n’avait plus tourné pour le cinéma, depuis Tokyo Sonata sorti en 2008 plus exactement. Entre temps, Kurosawa est retourné à ses premières amours : la télévision pour laquelle il a tourné Shokuzai, une série de cinq épisodes finalement scindée en deux films pour être présenté au festival de Venise et ensuite bassement exploité en salles en Europe. Mais la facture visuelle de l’œuvre ne laissait aucunement planer de doute sur sa véritable origine. C’est avec le PIFFF 2013 que Kyoshi Kurosawa signe son retour sur les écrans français avec ce Real adapté du roman de Rokurô Inui, The Day Of The Perfect Pleiosaur. Un titre bien étrange pour une histoire qui ne l’est pas moins.

Real s’inscrit parfaitement dans la filmographie du réalisateur qui a toujours aimé appréhender le genre sous une dimension psychologique et métaphorique. Le fantastique, l’horreur ou la science-fiction, comme c’est le cas ici, s’inscrit toujours dans un quotidien urbain et banal de la culture japonaise. Kurosawa est un cinéaste du basculement, c’est-à-dire que peu à peu, détail après détail, l’inexplicable prend le pas sur la réalité concrète des personnages et de l’intrigue. Cette fois, il brouille les pistes dès les premières images de son œuvre : une scène banale dans la vie banale d’un banal couple japonais. Ensuite, une ellipse et un carton annonçant un saut dans le temps d’une année, une tentative de suicide et la possibilité pour l’homme d’entrer en contact avec l’esprit de sa belle via la technologie médicale. Vont s’en suivre deux longues heures d’allers et retours entre la réalité concrète, le subconscient et le passé des personnages. Avec toujours cette faculté que possède le réalisateur de brouiller les pistes, d’intimement mêler les différents niveaux d’intrigues et aussi, malheureusement, de perdre le spectateur en route.

En effet, si la mise en scène est soignée, sobre mais élégante, on sent l’influence d’Ozu omniprésente chez Kurosawa : la lumière plate, sans relief et le jeu des comédiens secondaires laissent perplexe et n’aident pas vraiment le spectateur à se rattraper aux branches d’un rythme très lent, indolent qui, dans le cadre d’un festival, est souvent fatal aux spectateurs qui doivent lutter pour garder l’esprit clair et les sens en éveil. D’autant plus que Kyoshi aime prendre son temps afin d’installer correctement chaque élément de son histoire si bien qu’il faut presque une bonne heure pour vraiment comprendre où il veut en venir. Mais à ce moment-là, on a déjà décroché et on n’a plus vraiment envie de comprendre le pourquoi du comment du scénario et des retournements. Paradoxalement, le film est à la fois trop nébuleux et trop explicatif. On comprend bien que la clé de tout ça se situe dans le passé des personnages mais au final à quoi bon puisque le réalisateur ne parvient pas à conserver l’attention de son auditoire. Il faut attendre la dernière demi-heure pour que l’inquiétante étrangeté chère à Kurosawa fasse son apparition et provoque un sursaut d’intérêt dans cet océan d’ennui qu’a constitué Real. Peu à peu, les choses s’éclaircissent et les zones d’ombre du scénar’ disparaissent mais l’intérêt du spectateur pour cette histoire s’est lui déjà évaporé. Si ça n‘était pas le cas, les innombrables fins, à ce titre le film rivalise aisément avec Le Retour du Roi, auront eu raison du courage et de l’abnégation des plus braves.

Real reflète bien le cinéma de son auteur. Des histoires ennuyeuses portées par une mise en scène élégante et fine. L’homme sait filmer, ça ne fait aucun doute mais il a aussi le chic pour rendre inintéressantes et ennuyeuses des histoires qui sur le papier ne le sont pas forcément. Real montre que le genre n’est pour Kurosawa qu’un prétexte à mettre en scène les tourments humains avec une touche auteurisante, dans le mauvais sens du terme, qui rend son cinéma très hermétique et dénué de vie, d’émotions. Certes l’homme a mis en scène quelques excellents films de flippe comme Kaîro et Cure, sans oublier le très beau Charisma, mais cette époque semble bel et bien révolue. Aujourd’hui, Kurosawa est surtout synonyme d’ennui, de froideur stylistique et de cinéma désincarné. Alors oui, Real est bel et bien un film de son auteur.

PIFFF 2013 - Wolf Creek 2

Man vs Wild

C’est après s’être fait remarquer à Sitges, que la suite du premier film de Greg McLean s’est assurée une place dans la sélection de cette édition 2013 du PIFFF. Pas n’importe quelle place puisque Wolf Creek II avait la lourde tâche de clôturer les débats en beauté. Et contrairement aux années précédentes où Détention et Silent Hill 3D avaient quelque peu gâché la fête, il a relevé le défi haut la main, offrant aux spectateurs une dernière décharge d’adrénaline accompagnée d’une bonne giclée d’hémoglobine. McLean a fait sien la devise « bigger, stronger, faster » chère à toutes les suites qui se respectent.

Si Wolf Creek prenait le temps d’installer son univers, le sauvage outback australien et son méchant, le patibulaire Mick Taylor, cette suite rentre directement dans le vif du sujet via la meurtre sauvage et brutal de deux flics trop zélés qui ont voulu jouer aux petits malins avec la mauvaise personne : Mick Taylor, autoproclamé tueur de porcs et légende de l’outback. Le réalisateur marque des points d’emblée car dès les premiers plans, on se retrouve en terrain connu, le désert, la chaleur, les longues routes désertes et l’effrayante silhouette au chapeau sortant d’une camionnette déglinguée. Dès lors, le massacre peut commencer. Et quel massacre ! Après avoir dézingué les deux flics, l’inimitable Mick va prendre en chasse un couple de touristes allemands. En même temps comment lui en vouloir quand on sait de quel degré de nuisance sont capables les voyageurs teutons.

Cette séquelle enfile à nouveau le costume de son prédécesseur mais a visiblement grandi et la veste est devenue trop étroite, les coutures explosent, le survival se mue en une hybridation monstrueuse mêlant road movie, survival, torutre porn et comédie noire. Mick Taylor lui aussi délaisse son fusil à lunette et son couteau pour se constituer un arsenal plus méchant et se lancer dans une relecture australienne du Duel de Spielberg lord d’une longue séquence de poursuite entre une voiture et un camion. Wolf Creek II surprend par ses nombreuses références et emprunts au cinéma de genre. Duel donc mais aussi Mad Max ou Hitcher. L’un des deux touristes allemands ne s’appelle pas Rutger pour rien. McLean décide de se faire plaisir, de s’amuser, le film est très brutal, riche en headshots hyper gore et en sévices de toute sorte.

Fidèle à lui-même le réalisateur signe un film à la facture visuelle soignée, les plans sont magnifiques, le montage énergique mais lisible et la photographie riche en tonalités chaudes qui ajoutent encore quelques degrés à la canicule ambiante. McLean confirme une fois pour toutes qu’il est un solide metteur en scène. Si le premier opus pouvait pêcher par une trop longue exposition et quelques passages passablement ennuyeux, celui-ci souffre de l’excès inverse. Trop riche, trop généreux, il prend par moments des allures de one-man show foutraque et légèrement bordélique passant du coq à l’âne sans coup férir. En outre, le métrage est porté par la bon vouloir de son comédien principal qui livre encore une fois une performance incroyable qui rend attachant une des pires ordures du cinéma d’horreur contemporain. Et puis le film est drôle, un humour noir et très cynique, ce qui provoque d’étranges rupture sde ton, lors notamment d’une hallucinante partie de Question pour Un Champion entre le bourreau et sa victime, véritable ride d’horreur qui réussit à passer de l’hilarité grasse à une extrême tension en une fraction de seconde. Un vrai tour de force de la part de McLean.

Centré sur le personnage de Mick Taylor, l’oeuvre nous plonge plus encore au cœur de la Bête et dévoile son antre qui n’est pas sans rappeler celle du Creeper de Victor Salva. Souterraine, labyrinthique, elle respire la mort et la souffrance. Là, le film pèche par excès de facilité en récitant les poncifs les plus grossiers du torture porn : lumière blafarde, victimes attachées, dénudées et torturées. Un terrier qui ne correspond pas vraiment au caractère jovial et exubérant du boogeyman australien. La fin du film est un peu plus décevante car il ne possède pas de clôture à proprement parler, le dénouement est expédié via un carton explicatif qui relate les faits de façon très froide. Une petite déception car jusque-là, Wolf Creek II était un réjouissant ride horrifique tendu du slip, brutal, sauvage et drôle, à l’image de son assassin qui vampirise chaque millimètre de pellicule. Mais après un court fondu au noir, une image vient nous mettre l’eau à la bouche. Une image qui promet un hypothétique troisième épisode dantesque. Une suite réussie qui transcende son cahier des charges puis franchement comment pourrait-on en vouloir à un homme qui a simplement envie de débarrasser son pays des touristes allemands et anglais ?

PIFFF 2014 - The Mole Song

On ne va pas refaire toute la biographie ni passer en revue la filmographie de Takashi Miike. Tous les amateurs de fantastique ont déjà entendu parler du metteur en scène nippon et vu au moins un de la presque centaine de films qu’il a réalisés. Avec un rythme de croisière de trois ou quatre métrages annuels, le cinéaste n’est jamais à cours de projets et nous autres, fans de la première heure, ne souffrons jamais de la terrible attente de découvrir la nouvelle œuvre d’un metteur en scène que l’on aime. Si on est impatients, il vaut mieux pour sa santé être fan du stakhanoviste Miike que de Terrence Malick. Bien qu’habitué des festivals prestigieux, le Japonais violent ne s’est jamais renié et retrouve l’audience plus confidentielle, mais plus passionnée du PIFFF pour présenter son nouveau film aux spectateurs francophones qui vont, encore une fois en prendre plein les yeux.

La filmographie de Miike est comme la vie selon la maman de Forrest Gump : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Après un blockbuster calibré mais sympathique (Shield Of Straw), une œuvre d’horreur psychologique implacable (Over Your Dead Body) et un néo-slasher brutal et violent (Lesson Of The Evil), le voici qui revient avec une comédie policière déjantée et foutraque comme il en a le secret. The Mole Song : Undercover Agent Reiji est l’adaptation du manga du même nom de Noboru Takahashi. Ce n’est pas une première pour Miike qui avait déjà porté à l’écran Ichi The Killer et Crows Zero. The Mole Song s’insère parfaitement dans la filmographie de son metteur en scène. On y retrouve tout ce qu’on aime chez lui : une certaine dose de folie, du n’importe quoi assumé, une faculté à créer des scènes instantanément cultes, une petite dose de violence et une louchée d’humour non-sensique. Malheureusement, de temps à autre surgit également un peu de dilettantisme, des longueurs et une mayonnaise qui ne prend pas toujours.

The Mole Song démarre en trombe, porté par un humour décapant et une pluie de gags tous plus hilarants les uns que les autres. On découvre Reiji, flic incompétent, qui se fait virer avant d’infiltrer un gang de yakuza. Miike multiplie les techniques pour mêler film traditionnel et une certaine forme de collage et d’animation. Le métrage file à 100 à l’heure et rappelle les dernières œuvres dantesques de Sion Sono ; mais là ou les films de Sono se tenaient de A à Z et parvenaient à dépasser leur postulat de départ pour raconter autre chose, The Mole Song souffre de nombreux trous d’air, d’une durée trop conséquente et d’une incapacité à dépasser son sujet. Le mélange des genres, cher à Miike, ne fonctionne que moyennement, les passages de comédie et les séquences plus sombres et violentes se heurtent sans transition plutôt que de s’enrichir harmonieusement. Le métrage manque aussi fortement de scènes paroxystiques et le climax s’avère beaucoup trop classique que pour vraiment marquer le spectateur affaibli par plus de deux heures de film.

Malgré ces défauts, le talent de Miike et de ses comédiens suffit à faire de The Mole Song un bon moment de cinéma. L’esprit manga est respecté. Le timing de la comédie fonctionne parfaitement, la première demi-heure est un vrai régal qui doit énormément à ses acteurs ne reculant devant rien pour le bien du récit. La mise en scène est riche et variée sans pour autant en faire des tonnes. Le réalisateur maîtrise sa caméra, son image et sait comment filmer chaque séquence comme elle doit l’être même si on ne peut s’empêcher de penser qu’il retombe dans ses anciens travers. Muni d’un budget conséquent, il est plus à l’aise pour composer des plans riches en effets spéciaux. Il se permet même de citer le final cultissime de Dead Or Alive au détour d’une scène d’action. L’œuvre se repose beaucoup sur son casting délirant qui rassemblent des vieilles trognes du yakuza eiga et la fine fleur de la comédie nippone.

Au final, The Mole Song Undercover Agent Reiji est une œuvre réjouissante et sympathique qui peut faire figure de porte d’entrée à l’univers du metteur en scène. Un grand spectacle qui mêle comédie et action, porté par de solides comédiens et une mise en scène spectaculaires. Le métrage souffre d’une longueur excessive et d’un manque d’harmonie qui gâche un peu le plaisir mais pas suffisamment toutefois que pour ne pas passer un bon moment devant ce qui reste une cuvée très correcte du Château Miike. S’il n’est pas une vulgaire piquette comme a pu en produire le réalisateur, il ne fait pas non plus partie de ses grands crus. Simplement un petit plaisir de spectateur. Et c’est déjà pas mal.


PIFFF 2014 - The Duke Of Burgundy

Peter Strickland réalise des films qui ne ressemblent à aucun autre. Son précédent film, Berberian Sound Studio revisitait le giallo de façon très originale et sensitive mais plutôt que de traditionnellement jouer sur le sens de la vue, Strickland a pris le parti de jouer sur l’ouïe pour embarquer le spectateur dans son monde et de tout miser sur le hors champ et l’imagination. Cette fois encore, le hors champ est roi et tout se passe en dehors de l’œil de la caméra. Strickland montre l’essentiel en ne le filmant jamais. The Duke Of Burgundy se révèle être une histoire d’amour, de domination et de soumission. Un amour entre deux femmes sur laquelle se superpose une relation de maître à esclave. Entre érotique soft et domination psychologique, le metteur en scène anglais imagine les pires vices, l’ondinisme et le bondage notamment sans n’en jamais rien montrer, laissant au spectateur le soin d’imaginer ce qui se passe derrière les portes, les serrures et les murs de cette vieille demeure victorienne. Seul le son donne quelques indices sur les pratiques auxquelles s’adonnent Cynthia et Evelyn, le couple au centre d’une intrigue purement féminine qu’aucune présence masculine, même fugace, ne viendra tromper.

Basiquement, le métrage raconte l’histoire de deux femmes dans une maison et rien d’autre. Leur relation que l‘on croit solidement posée dans la première séquence du récit ne cessera d’évoluer de façon pratiquement intangible, invisible, imperceptible mais tellement évidente. C’est un regard, un changement d’attitude, de focale, de lumière. Un grésillement, un changement de tonalité dans le « chant » d’un papillon. C’est à ce niveau de précision et d’exigence que se situe le cœur du cinéma de Peter Strickland qui se permet une analogie entre les papillons et son couple de femmes amoureuses.

Dans Duke Of Burgundy, les apparences sont trompeuses, la relation qui unit ces deux femmes est constamment remise en cause par des détails, des petites choses finement esquissées mais qui signifient beaucoup. Les non-dits, les faux semblants sont constamment de la partie, comme dans toute relation de couple, aussi originale et déviante soit-elle. Ce que filme le réalisateur britannique, c’est la lassitude, la routine, la monotonie qui s’installent dans un couple hors norme. Par sa mise en scène, la répétition du quotidien, des jeux, de l’ennui qui peu à peu s’immiscent dans cette relation, il fait peser un malaise sourd qui se combine à une perversité toute contenue qui donne au film une vraie identité noire et vénéneuse.

L’autre idée de génie de Strickland est de situer son œuvre dans une époque indéterminée, entre le début du vingtième siècle et aujourd’hui mais sans autre indication temporelle. Cette intemporalité apporte au film l’éclat d’un songe, d’un conte, tout y est éthéré, irréel, surréaliste, ce qui participe à créer cette atmosphère tellement particulière. Le rythme est lent, presque apathique, marqué par le temps qui passe inlassablement rythmé par les conférences de lépidopterologie peuplées de mannequins, les séances d’études en bibliothèque, les jeux érotiques des héroïnes et quelques disputes, de plus en plus franches mais toujours contenues. Il y a du Bergman dans cette observation des tourments du couples. Du Peter Greenaway aussi dans cette esthétique tellement prégnante qui fait presque partie intégrante de l’histoire.

L’esthétique de The Duke Of Burgundy est d’une justesse incroyable. Tout y est pensé, réfléchi, étudié mais jamais austère. C’est dans ce cadre strict et parfaitement délimité que surgit une émotion à fleur de peau amenée par la prestation exceptionnelle des deux comédiennes qui se livrent corps et âme et se mettent à nu psychologiquement parlant pour donner vie à cette histoire. Un jeu lui aussi tout en retenue mais d’une fabuleuse intensité. L’ambiance sonore est, encore une fois chez Strickland, d’une finesse rarement vue. De nombreuses émotions ou éléments de scénario sont introduits et offerts au spectateur par le son, les bruits, l’habillage sonore. Un cinéma exceptionnel au niveau de la forme et d’une grande richesse thématique. The Duke Of Burgundy est d’une telle profondeur et d’une telle précision que plusieurs visions sont nécessaires afin d’appréhender totalement le sens de l’œuvre.

Peter Strickland pose un nouveau jalon essentiel dans sa filmographie qui s’impose, film après film, comme l’une des plus intéressantes de ce début de siècle. Strickland possède sa vision, son style qui en laissera certainement quelques-uns sur le bas côté mais l’exigence est à ce prix. Exigeant sans être austère ni pédant, il déconstruit le genre pour le reformer à sa sauce, avec sa vision, son regard et surtout sa voix. The Burgundy est un grand film classique, gothique, érotique, vénéneux mais surtout un grand film d’amour qui nous dit que l’important n’est pas la façon dont on aime mais la force avec laquelle on aime et que le plaisir est avant tout une question de partage. Peter Strickland signe un film d’orfèvre aussi magnifique esthétiquement qu’insaisissable thématiquement. Beau et fragile comme les ailes d’un papillon.


PIFFF 2015 - Scream Girl

Les temps sont durs en ce moment dans la Ville Lumière, troublés, sombres. L’atmosphère est lourde et pesante mais les Parisiens n’en n’ont cure. La vie reprend ses droits, le cinéma aussi. Les organisateurs du PIFFF ont eu la belle idée de maintenir le festival et le public a répondu présent pour cette ouverture, en tout point réussie, afin de, pour citer Cyril Despontin, tête pensante du festival : « Emmerder les terroristes ». On était là, nombreux, on a ri et on a frissonné devant Scream Girl. Bien entendu, la peine est encore présente pour beaucoup, mais le temps de cette soirée, pour les personnes présentes dans la magnifique salle du Rex, la seule chose qui comptait était le cinéma. Pour ouvrir la soirée, Gérard Cohen a très justement rappelé que la force du cinéma était de « rendre moins cons ». Il a parfaitement raison et cette soirée d’ouverture du Ve PIFFF l’a une fois de plus démontré.

Cette année, c’est Scream Girl aka The Final Girls de Todd Strauss-Schulson qui avait la lourde tâche d’ouvrir le festival mais avant le long-métrage, les orgas ont pour habitude de présenter un court-métrage à leur public. Et cette année, nous serons gâtés avec Portal To Hell, un sympathique court hommage à l’univers de Lovecraft et des Grands Anciens mais surtout, l’occasion de voir une dernière fois, et de lui faire honneur, le regretté Roddy Pipper dans son ultime rôle, celui d’un concierge moins idiot qu’il n’y paraît. Un bon mix de comédie et d’horreur qui anticipait parfaitement le film qui allait suivre et officiellement débuter le festoche.

Scream Girl a tout du slasher volontairement méta et analytique qui aime à se jouer des codes du genre pour les déconstruire et les utiliser dans un tout autre but : établir une nouvelle narration dans la narration. Lors d’une projection d’un slasher, les spectateurs, après avoir déchiré l’écran, se retrouvent propulsés à l’intérieur même du film, acteurs de l’histoire et non plus spectateurs. De là, la nouvelle bande de spectateurs/acteurs va tout faire pour sauver la bande d’acteurs du film dans lequel ils ont été projetés. On pourrait se trouver face à une KevinWilliamsonerie de plus mais le metteur en scène se joue de ces codes et y injecte une jolie réflexion sur le deuil et la transmission mère/fille via une astuce scénaristique exposée en tout début de métrage.

Scream Girl est un slasher enlevé et malin qui se plait à jouer des codes à la fois narratifs et stylistiques. Todd Strauss-Schulson, s’il s’amuse avec le fond, n’oublie pas la forme pour autant. Sa mise en scène fourmille d’idées, on citera par exemple l’utilisation intradiégétique du flash-back ou des inscriptions informatives affichées sur l’écran qui se matérialisent physiquement dans l’histoire. Scream Girl séduit aussi par ses vraies scènes de meurtres et son ambiance ouvertement fantastique qui s’exprime notamment dans un final aussi cinégénique que surréaliste. La mise en scène est propre et déjantée juste ce qu’il faut pour éviter au film de sombrer dans le WTF. Le rythme est bien tenu, on ne s’ennuie jamais et on ne décèle aucune longueur à l’horizon.

Qui dit slasher dit règles bien codifiées, ce qui, lorsqu’on connaît bien le genre, implique qu’on prend un malin plaisir à les détourner. La première de ces règles est d’introduire un boogieman emblématique, ici Bobby Murphy, copie presque conforme de Jason Voorhees qui est d’ailleurs introduit par le thème musical d’Harry Manfredini dont les souffles et les notes rythment l’ensemble de l’œuvre. Vendredi 13 sert d’ailleurs de calque à Scream Girl, s’il n’est jamais ouvertement cité, son ombre menaçante plane sur l’intégralité du film. La bande de jeunes est bien sûr composée non pas de personnages mais d’archétypes scénaristiques typiques du slasher. Malgré ça, Todd Strauss-Schulson parvient à les faire exister grâce à une écriture simple mais efficace qui apporte aussi son lot de sentiments et d’émotions quand on s’y attend le moins. C’est cette émotion vraie et non feinte qui tire le métrage le haut, le séparant du reste des thriller « meta » qui pullulent depuis une bonne quinzaine d’années maintenant.

Scream Girl n’est pas tant un film d’horreur qu’une oeuvre sur les films d’horreur, à la nuance près que celle-ci existe au-delà de son statut de simple pastiche comme avait su le faire Last Action Hero par exemple. Sans comparer qualitativement les deux films, ne soyons pas fous, Scream Girl s’inscrit dans la mouvance du film de John McTiernan. On est là face à une bonne série B, efficace et bien écrite, maligne sans prendre le genre ou le spectateur de haut.

PIFFF 2015 - Le Complexe de Frankenstein

Lors des précédentes éditions du PIFFF, on avait eu droit à un premier trailer, puis quelques extraits diffusés, enfin, pour cette cinquième édition on aura eu l’honneur d’être les premiers spectateurs dans le monde à voir le deuxième documentaire, consacré encore une fois aux monstres des effets spéciaux, d’Alexandre Poncet et Gilles Penso.

Ce qui frappe dès qu’on sort de la salle, en fin de projection, c’est la passion qui suinte de chaque image, de chaque mot, de chaque note de ce film. Le Complexe de Frankenstein est un documentaire d’amoureux des monstres sur des amoureux des monstres. Le genre d’oeuvre qui donne envie à chaque spectateur d’inventer, créer, gribouiller, dessiner, colorier, pétrir, modeler, sculpter, bricoler, animer, retoucher, rotoscoper. On est face à un véritable plaidoyer pour les effets spéciaux et les artistes, insistons sur le terme, qui les créent.

Ces artistes qui se succèdent devant la caméra du duo sont tout aussi passionnés que les réalisateurs qui les filment. Loquaces, amoureux, passionnants, on les sent heureux d’être mis en lumière afin de pouvoir enfin s’exprimer devant un objectif, non pas pour se mettre eux-mêmes en valeur mais pour mettre la lumière sur leurs créations, leurs monstres, leurs créatures, leur travail, leur passion. Ils sont intarissables et balancent de nombreuses anecdotes de tournages inédites et souvent cocasses. Leur regard brille comme celui d’un enfant qui découvre un dinosaure vivant sur un écran de cinéma pour la première fois. Car là est leur métier : créer la vie, rendre l’impossible possible. Les effets spéciaux sont la base, le socle sur lequel se repose le cinéma fantastique. Sans les premiers maquillages de Lon Chaney, rien de tout ceci n’aurait été possible. L’homme aux mille visages qui se chargeait lui-même de son maquillage a débroussaillé la route et permis de vraiment faire entrer le fantastique et l‘horreur dans la monde du cinéma et inversement.

S’il transpire la joie et distille une bonne humeur communicative, en grande partie grâce à certains des intervenants « on fire », Le Complexe de Frankenstein souffre également de ce trop-plein. On se doute qu’il a dû être incroyablement difficile de couper dans ces dizaines d’heures de rushs pour en tirer un montage cohérent mais le documentaire souffre d’une absence d’écriture et de rigueur, comme si le duo Poncet/Penso n’avait pas su tenir la barque et laissait le gouvernail aux divers intervenants qui, finalement ont littéralement fait de ce documentaire leur chose. Ce sont eux, et pas les réalisateurs, qui dictent le rythme global du métrage. La masse d’informations et d’anecdotes est certes conséquente et on serait bien ma lvenus de faire la fine bouche mais il faut reconnaître que Le Complexe souffre de quelques longueurs et d’un manque de structure lors de sa deuxième heure et tarde à retrouver un second souffle.

On sent que les metteurs en scène ont souhaité laisser libre cours à l’inspiration et au flow des protagonistes et certains en profitent pour voler le show mais on ne leur en tiendra pas trop rigueur. Ceci dit, au vu du casting qui défile devant la caméra (Phil Tippett, Rob Bottin, Rick Baker, Steve Johnson, Guillermo Del Toro, les frères Chiodo, Joe Dante, John Landis…) et des créatures présentées, Le Complexe de Frankenstein en fournit au spectateur pour son argent et n’a certainement pas envie de rendre la monnaie de leur pièce aux réalisateurs.

Le Complexe est une œuvre plus que généreuse, ultra-communicative et nécessaire car elle donne la parole à des génies et des artistes souvent dans l’ombre et beaucoup trop méconnus alors que, sans eux, beaucoup de nos films de chevets ne posséderaient pas cet impact. Comment, par exemple, imaginer The Thing de Big John sans la créature de Rob Bottin ou Gremlins sans les monstres de Rick Baker ? Alexandre Poncet et Gilles Penso leur rendent hommage de la plus belle des manières. On sent le duo passionné et amoureux, peut-être un peu trop d’ailleurs, de son sujet et de leurs intervenants, ce qui est à la fois la plus grande qualité et le plus gros défaut du film. Mais on a connu pire défaut qu’un excès d’amour, non ?

PIFFF 2015 - The Virgin Psychics

Ici, on aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie Sono Sion. On l’aime tellement qu’on a envie de lui dire « stop ». On souhaite le voir prendre quelques congés, s’écarter du cinéma pour un petit moment, se ressourcer et nous revenir en forme. Parce que sa frénésie filmique de 2015 ne lui a pas fait du bien. Cette année a vu Sono sortir pas moins de cinq films, ce qui donne une moyenne d’un film toute les dix semaines. C’est trop, beaucoup trop, surtout lorsque la qualité s’en ressent. On a connu Sono Sion exigent, pointu, pointilleux, novateur, on le découvre boulimique, yes man et indigne de son nom, de sa signature, de son talent. A ce rythme-là, on va le retrouver à mettre en scène une panouille avec Christian Slater qui finira dans les bacs à soldes de chez Cash Converter.

The Virgin Psychics ressemble à du Miike. Le Miike agaçant, celui qui laisse tourner sa caméra pendant des plombes et va se boire un petit noir au bar d’en face avant de revenir couper pour passer à la scène suivante. Virgin Psychics, c’est la même rengaine : un concept fou qui perd toute sa saveur car étiré sur près de deux heures. Sur le papier, Eiga Minna Esupâ Da Yo (son titre original) possède tous les atouts du chef-d’œuvre : « Un lycéen encore vierge se découvre des dons télékinésiques. Mais il n’est pas seul et va être rejoint par d’autres « super-puceaux et pucelles » prêts à faire exploser leurs pouvoirs et... leur libido ! » Adapté du manga de Kiminori Wakasug, auteur de Detroit Metal City, le film promet un délire érotico-comique dans la plus pure tradition du V-Cinéma nippon. Et la première heure de film est à l’avenant, toutes les promesses sont tenues tandis que les actrices sont, elles, en (très) petites tenues. On se trouve face à un déluge de fan service et de panty-shot. Sono se fait plaisir et nous fait plaisir en filmant des culottes, des soutiens-gorges, des fesses rebondies et des poitrines généreuses. Les sourires se dessinent sur nos visages joufflus de petits coquins à la vue de ce festival de joufflus féminins juste couverts d’un bout de coton immaculé.

Malgré une facture technique très pauvre, la mise en scène est inexistante, la photographie plate, digne d’un drama bas de gamme et le casting constamment en surjeu outré, la bonne humeur ambiante, la lubricité bon enfant et la loufoquerie de l’ensemble emportent la mise. On lâche prise et on repose ses neurones face à ce plaisir coupable aux allures de Benny Hill lycéen qui s’adresse à nos plus bas instincts. Oui on rit beaucoup devant les mésaventures de ces X-Men frippons nippons. On en prend plein les yeux grâce au casting qui rassemble la crème des idoles à la fesse leste et autres av stars du moment à la poitrine lourde. Que les plus prudes se rassurent et que les plus pervers se désespèrent, le métrage baigne clairement dans l’esprit shônen basique, une pluie de sous-vêtements s’abat sur notre héros mais pas un bout de tétons ne sera dévoilé de toute l’œuvre.

Cependant l’humour et l’érotisme soft finissent par lasser, surtout lorsque le film se traîne et tire sacrément en longueur lors de sa deuxième partie. Sur une grosse heure, The Virgin Psychics aurait pu faire l’effet d’un excellent divertissement coquin et fou mais, étiré sur près de deux heures, il en dévient lourdingue et pénible. Surtout que plus le temps passe moins Sono Sion semble concerné, certainement déjà occupé à bosser sur son prochain film. Le spectateur finit par subir ce qui lui est donné à voir, assommé par la longueur, l’indigence de l’ensemble, l’absence totale de rythme et d’implication de son metteur en scène.

Avec Eiga Minna Esupâ Da Yo, Sono Sion bande mou et joue les allumeurs qui se dérobe au moment de conclure. Pourtant les actrices donnent de leur personne et offrent tous leur atouts de poids mais rien n’y fait. S’il vous plait, reprenez le Sono Sion de 2015 et rendez-nous celui de Love Exposure, de Guilty Of Romance, de The Land Of Hope, de Why Don’t Yoy Play In Hell ? ou de Tokyo Tribe. En l’état, The Virgin Pyschics n’est rien de plus qu’une belle débandade

PIFFF 2015 - The Survivalist

Difficile de taper dans le post-apo en 2015. Pas parce que l’époque ne s’y prête pas, au contraire, elle s’y prête plus que jamais mais bien parce qu’en début d’année, George Miller a mis en scène ce que beaucoup considèrent comme le parangon du genre pour les décennies à venir, à savoir Mad Max : Fury Road. Une odyssée de violence, de bruit et de fureur. Que faire donc pour ne pas souffrir de la comparaison ? Comme l’Irlandais Stephen Fingleton : prendre le contrepied total du géniteur de Max Rockatansky. Livrer un film post-apocalyptique intimiste, humain, basé sur les émotions, les sentiments, les non-dits et le quotidien. Là où Max et Furiosa sont de vrais personnages de cinéma, bigger than life, notre antihéros est lui un type comme tout le monde qui a su s’adapter à la nouvelle donne du monde, de la société humaine.

The Survivalist conte l’histoire d’un homme qui survit, seul, dans la forêt, dernier refuge d’un monde qu’on imagine aisément désolé, en proie aux troubles, à la dévastation, à la fin des temps et de l’humanité. Il est forcément l’un des derniers et ne doit sa survie qu’à une routine ascétique et spartiate. Il n’a qu’un seul but : survivre. La bonne idée de Fingleton consiste à jouer sur la connaissance du spectateur, sur son intelligence cinéphilique. Pas besoin de montrer la Terre en flammes, soumise aux gangs de rôdeurs, aux zombies, désolée avec ses villes en ruines et la nature qui reprend ses droits. Le spectateur connaît tout ça parfaitement et se chargera seul, comme un grand, de puiser dans ses souvenirs pour imaginer le background de The Survivalist. Fingleton n’a besoin de rien faire, tout est déjà clair dans l’esprit de tout le monde. Il peut tranquillement rentrer directement dans le vif du sujet : la survie à n’importe quel prix.

Werner Herzog est convoqué dans ce Survivalist, comme Jim Mickle, Carlos Reygadas aussi et un peu de Luc et Jean-Pierre Dardenne. L’ambiance se veut minérale, naturaliste, un homme dans toute sa brutalité est filmé au plus près dans un quotidien réglé comme du papier à musique. Il n’y a guère de menace, seulement l’habitude, l’ennui et l’instinct de vie comme si tout était normal. Cultiver son jardin, récolter de l’eau, manger, consolider sa baraque, dormir. Fingleton met en lumière ce qui est d’habitude cantonné dans l’invisible : l’essence même de la survie. Il y a un peu de The Afterman dans cette péloche, on y retrouve cette même volonté d’aller à l’essentiel, de brosser un portrait sans fard, réaliste dans son irréalité, à la différence près que Fingleton sublime cette brutalité toute naturelle par la force de sa mise en scène. Une mise en image qui habite le film et fait front avec son comédien principal, aussi minéral que son environnement. Noueux, taillé à la serpe, dans un jeu proche de celui d’un Michael Fassbender, Martin McCann fait plus qu’incarner son personnage, il est le Survivaliste.

Sa routine va être bouleversée par l’intrusion de deux demoiselles dans sa ferme. Suivant son personnage au poil de barbe près, le cinéaste bouleverse lui aussi sa mise en image, le cadre s’élargit pour laisser pénétrer les deux intruses, les plans serrés, au corps laissent la place à quelques prise de vue plus larges afin de rassembler l’ensemble de la très petite communauté qui se forme, un semblant de famille. Le film ne quittant jamais le point de vue de son protagoniste, l’arrivée du duo féminin est perçue comme une menace qui n’est plus extérieure mais intérieure.

Le réalisateur refuse le spectaculaire pour couvrir son histoire du voile d’un drame presque Bergmanien, ce qui peut en laisser certains sur le carreau. Cette retenue aura pour conséquence de rendre l’irruption de la violence plus brute, plus abrupte. Il a beau placer les conflits humains au centre de son œuvre, il n’oublie pas pour autant qu’il officie dans le genre post-apocalyptique et que, de fait, la violence peut surgir à tout moment. The Survivalist est un film âpre et rugueux, comme le physique de son acteur principal. Fingleton ose un parti-pris qui frise la radicalité mais s’y accroche et offre une grande cohérence à son film et à l’univers dépeint. « Less is more » semble avoir été son credo lors de l’écriture. Il réussit à rejouer la devenir de l’humanité dans un huis-clos forestier de trois personnages. Malgré ses énormes qualités, on aurait souhaité voir la nature jouer un rôle plus prégnant ainsi qu’un jusqu’au-boutisme plus poussé lors de certaines séquences mais en l’état The Survivalist est une excellente surprise, une œuvre envoûtante et surprenante qui happe le spectateur pour l’emmener dans sa petite comédie humaine. Un film, un metteur en scène et un comédien à suivre.

PIFFF 2015 - Green Room

Encore inconnu il y a quelque mois, Jeremy Saulnier fait aujourd’hui partie, au même titre que Jim Mickle, Jeff Nichols ou David Robert Mitchell, des cinéastes américains issus du cinéma indépendant sur lesquels les fans « de genre » misent énormément. Après avoir frappé un grand coup avec un Blue Ruin aussi simple qu’ambitieux, le cinéaste assure son retour avec un autre « petit » film, Green Room qui repose également sur un pitch simple mais ouvert à tous les possibles : un groupe de punk rock se trouve au mauvais endroit au mauvais moment et se voit par une bande de skinheads néo-nazis. Simple, direct, efficace. Un pitch carpenterien en somme.

Green Room avait la lourde tâche de clôturer la cinquième édition du PIFFF et c’est peu dire que la mission est plus que réussie. L’œuvre de Saulnier est le genre de petit film que rêve de réaliser Eli Roth depuis toujours. Un petit huis clos qui commence tranquillement, dans la légèreté, une sorte de comédie se muant progressivement en descente aux enfers qui prend aux tripes et fout la pression jusqu’au dernier plan.

Jeremy Saulnier a l’art de créer des atmosphères avec quelques petits éléments : une voiture et un sdf dans Blue Ruin, une bande de punks sur la route dans Green Room. De ce postulat, il compose un récit admirable, grâce à une écriture fine et novatrice qui renouvelle des schémas d’un absolu classicisme sans tomber dans l’hommage et le plagiat gratuit. Saulnier, avant d’être un excellent metteur en scène, est un scénariste très compétent capable de créer une galerie de personnages crédibles et cinématographiques en quelques plans, quelques lignes de dialogues, quelques regards. La force de ce scénario repose sur la véracité de ses personnages. Ayant fréquenté le milieu punk hardcore dans sa jeunesse, notamment en participant à de nombreux concerts comme ceux montrés dans le film, il possède une solide culture et une connaissance aiguë du milieu qu’il dépeint. Ses personnages sont donc bien loin des clichés habituels du punk à chien d’un côté et du skin nazillon bas-du-front de l’autre. D’ailleurs, choisir Patrick Stewart dans un rôle de grand méchant relève du génie. La confrontation entre les deux clans va apporter beaucoup de nuances à des personnages qui vont s’avérer beaucoup plus riches et contrastés que ce que l’on pourrait croire.

Green Room est un thriller par moment vraiment étouffant et d’une tension à couper à la tronçonneuse tout autant qu’un film d’horreur, à la différence près qu’ici, les boogeymen sont bel et bien humains, ce qui accroît considérablement le sentiment d’effroi. D’un concert foireux, la situation, suite à quelques détails insignifiants comme l’oubli d’un téléphone portable, va vite dégénérer en meurtres et en séquestrations. Dans une petite pièce de quelques mètres carrés va se jouer la grande comédie de la vie et de la mort pour un groupe de jeunes personnes animées par la simple passion de la musique. Saulnier profite de cette situation pour conférer à sa mise en scène une vraie sensation d’enfermement. On sent que tout peut dégénérer à tout moment, que le massacre sera inéluctable. Il y a quelque chose du Assaut de John Carpenter dans ce Green Room ainsi que du Massacre à la tronçonneuse. Remplacez les rednecks cannibales par des crânes rasés un peu trop à droite et vous ne serez pas loin du compte. Évidemment, Green Room est plus que ça. Ce qui n’aurait pu être qu’un survival bas de gamme devient, grâce à la force de la mise en scène, un vrai drame humain bestial et tendu comme une corde de guitare.

La violence, sèche, brutale, inattendue claque sans crier gare. Résolument violent et graphique, Green Room ne sombre pas pour autant dans le torture porn et le gore outrancier. La violence est ici doublement nécessaire. Elle est l’un des moteurs narratifs du film et est utilisée en dernier recours par les deux camps, lorsque toute diplomatie se voit vouée à l’échec, poings et armes sortent alors comme pour illustrer un constat d’échec total et inéluctable. En cela, Green Room poursuit la route entamée avec Blue Ruin qui étudie les causes et conséquences de l’irruption de la violence dans la vie de personnes tout à fait lambdas et absolument préparées à ça.

Green Room fait mal aux spectateurs autant qu’aux personnages. Sans en faire trop, toujours sobrement et efficacement, Saulnier livre là un film en forme de direct au bide et à la face. On en sort avec le goût du sang en bouche et les muscles crispés d’avoir trop trituré les sièges de sa salle de cinéma. Jeremy Saulnier est bel est bien un réalisateur passionnant avec une approche novatrice et une vision propre du genre qui a l’avenir devant lui

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