Le Festival Européen du Film fantastique de Strasbourg

Les courts européens qui cartonnent

Courts mais bons

Arbeit für alle (Full Employment)

Allemagne – 2008 – Mockumentary/Gore – 12’

Director :Thomas Oberlies et Matthias Vogel

Sous forme de documentaire télévisé, ce court allemand présente une entreprise qui emploie des jeunes afin d’accompagner des seniors dans leur travail. La caméra suit donc une journée ordinaire d’un employé qui s’en va aider une septuagénaire. En apparence, rien de bien dérangeant ni original. Or les choses tournent différemment quand on réalise qu’ils s’occupent du dégommage de zombies dans une entreprise…

Tourné à la dérision et au troisième degré, Arbeit Für Alle est une belle surprise, dix minutes de pure rigolade dans une ambiance totalement décalée et très do it yourself, à croire qu’on a affaire à des employés de bureau qui s’emmerdaient sacrement et décidèrent de se transformer en zomblards pour s’occuper ! Un bon coup de cœur, joliment gorasse et décalé.

Brother’s Keeper

The Netherlands – 2008 – Horror – 15’

Director : Martijn Smits

Les rapports entre deux frères ne sont pas toujours faciles, et ce particulièrement quand l’un est beau et a du succès auprès des femmes, tandis que l’autre vit reclus dans une cave afin de dissimuler sa difformité. Présenté avec une ambiance très proche de celle des Contes de la Crypte, le court de Martijn Smits fait dans le classique, mais reste efficace. Une version quelque peu remasterisée de la Belle et la Bête, version new-age, avec le dit monstre portant le doux nom de… Romero ! Le make up de ce dernier est particulièrement réussi, tout comme les effets sanglants. Du travail soigné, avec une préférence pour les derniers plans après la vengeance de celui qui se révèle être bien plus humain que ne le sous entends l’apparence…

Devil’s Wedding

UK – 2009 – Fantasy/Comedy – 14’

Director : Dan Cadan

Le diable va se marier. Il a jeté son dévolu sur une sorcière au charme diabolique et au caractère bien trempé. Mais il n’a pas d’invités car il a oublié d’envoyer les invitations, sa chère et tendre est furieuse contre lui. Il se met encore plus dans le pétrin quand il fait un pacte avec le réceptionniste de l’hôtel afin que celui-ci lui fournisse des hôtes… Tourné dans une ambiance très proche de celle des nouvelles d’Edgar Allan Poe, Devil’s Wedding use de la langue de Shakespeare avec talent, en transformant les dialogues en une poésie constante, les personnages se donnant la réplique en versifiant leurs paroles. Et il faut avouer que Satan a une beauté particulièrement diabolique, avec sa chemise pâle et sa cravate rouge sang, qui lui donnerai presque les traits d’un vampire (Edward Cullen, sort de ce corps…), tout comme son épouse ! Sans oublier le projectionniste, dont la peur tourne bien vite au délire démoniaque suite au don de l’âme du diable… A réserver aux fans d’ambiance gothique et lyrique, mais à ne pas rater !

El Ataque de los Robots de Nebulosa-5

Spain – 2008 – Sci Fi – 7’

Director : Chema Garcia Ibarra

L’attaque des robots de la planète Nebulosa 5 est imminente. Une seule personne est au courant mais personne ne l’écoute. Du coup, il reste assis dans son parc à attendre l’arrivée des aliens, quand il ne se déguise pas en extra-terrestre fait en carton pâte ou dessine ses futurs envahisseurs pour effrayer sa môman. Première déception des courts métrages. Au vu des nombreux prix récoltés par Chema Garcia Ibarra, il était normal de s’attendre à une œuvre d’art miniature. Mais à vrai dire, c’est comme se balader dans un musée d’art moderne : on comprends rien, on regarde des traits dignes d’un enfant de cinq ans mais on appelle ça de l’art quand même. L’idée du court est bonne, mais la manière de la mettre en scène est des plus fades. Pas de rythme, rien qui accroche, pas de chute. L’électrocardiogramme est ultra plat, et c’est particulièrement dommage.

Le Petit Dragon

Swiss/France – 2009 – Animation/Kung Fu – 8’

Director : Bruno Collet

L’esprit du dragon pénètre à l’intérieur de la figurine de Bruce Lee détenue par un fan de kung-fu. Elle ne va pas tarder à s’animer et va devoir affronter de redoutables adversaires ! Assez énorme comme court. Ca ne dure pas même dix minutes, mais mon Dieu, ce que c’est excellent ! Voir une figurine en mousse de Bruce Lee se castagner contre un robot à bras articulé, sans dialogues mais régulièrement ponctué des cris de guerre de l’asiat’, c’est du pur bonheur, de quoi bien se fendre la poire. Difficile de ne pas se sentir atteint par ces quelques minutes de délire, et de ne pas passer le générique de fin sans pousser un petit cri de combat…

Maquetas (Miniatures)

Spain – 2009 – Sci Fi/Drama – 3’30

Director : Carlos Vermut

Trois personnes sont interviewés au sujet d’un tragique accident où ils ont tous perdu un être cher. Un documentaire façon Striptease qui, à l’image de Arbeit Für Alle, se révèle être totalement décalé, avec une bonne chute. En effet, chacun personne témoignant a en fait été victime… d’un monstre géant à la Godzilla ou King Kong. Et oui, c’est bien beau de vouloir visiter Manhattan (cela dit, dans le cadre de Maquetas, ce serai plutôt Madrid…), mais évidemment, quand on dispose de grosses pattes et de nageoires caudales bien dimensionnées, il faut songer à faire attention dans les virages, les infrastructures humaines n’étant hélas pas adoptés aux varans mutants et autres joyeusetés radioactives. Si Cthulhu avait décidé d’être de la partie, le délire aurai été total. Et il est loin d’être faiblard !

The Knot (Liten Knute)

Norway – 2009 – Comedy/Fantastic – 13’

Director : Kjersti Steins

Kåre est né avec son cordon ombilical relié de manière permanente à sa mère. Ils vivent en présence l’un de l’autre de manière permanente. Une sorte de Tanguy à double sens, où les deux personnages ne peuvent ni ne veulent se quitter. L’adolescence est délicate, et oui, comment fumer ses joints et débuter une vie sexuelle avec maman à côté ? Mais malgré tout, fils et mère restent très intimement liés, complices jusqu’au bout, et ce par ce cordon ombilical que même la scie circulaire ne parvient pas à trancher ! Une des rares comédies du paquet ce courts européens présentés au festival, une petite fable qui se finit par le partage éternel entre la mère et le fils, qui finit par s’installer dans une cabane aux côtés d’elle dans le cimetière, quand elle finit par mourir… Drôle mais léger.

Undead Union : The Making Of

UK – 2008 – Gore/Comedy – 10’

Director : Jamie Stanton

Comme l’indique le titre, ce court se révèle être un making of d’un film de zombies avec évidemment une star féminine particulièrement sexy, un premier rôle masculin très rock’n’roll, et un réalisateur qui pète les plombs. Une ambiance bien portée sur les blagues salaces (avec une balade finale à la guitare qui ferai pâlir bien des chansons paillardes…), le sexe et les répliques cultissimes dignes de la pire des séries B. Et, cerise sur le gâteau, le court se finit avec LA BANDE ANNONCE de Undead Union : du pur délire grindhouse, pellicule de mauvaise qualité et gros calibres à l’appui. Suis-je la seule à avoir vue une allusion à Machete lorsque le héros menace un zombie de son fusil à pompe en contre plongée ?

Virtual Dating

Belgique – 2009 – Horror – 10’

Director : Katia Oliver

Une jeune femme en manque d’amour trouve son bonheur en achetant un robot « Prince Charmant ». Il réalise tout ses fantasmes jusqu’au jour où la machine devient incontrôlable et se transforme en son pire cauchemar… Du coup, il ressemble davantage à un T800 qu’à une reproduction version humaine de Wall-E ! L’idée ne manque pas d’originalité, une variante féminine du vagina dendata peut être… A quand le rébellion du godemiché ? Il en existe d’ailleurs une version soft joliment nommé Le petit ami vibromasseur !

CHRONIQUE - Esther

Présenté hors compétition à l’ouverture du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, et ce en première française, le film de Jaume Collet-Serra plonge directement dans une ambiance teintée de psychose enfantine mais bien plus tordue qu’on ne l’imagine. Si la jeune Esther apparaît, au premier abord, comme étant une petite fille particulièrement attachante et mûre, il se trouve que sa personnalité est plus proche du miroir éclaté en morceaux que de celle des habituelles mômes en crise d’identité, se prenant pour une princesse ou une star de la chanson. Bien des mystères se cachent sous ces robes à froufrous, ces rubans très old-school et ces discours particulièrement précoces, qui ne manquèrent pas de toucher la mère, interprétée par Vera Farmiga. Personnage central, elle demeure touchante tout au long du film, de par sa fragilité sous-jacente et la hargne avec laquelle elle s’acharne à prouver à son entourage que quelque chose cloche avec la nouvelle venue…

Si les films d’enfants démoniaques vous troublent ou vous perturbent, passez votre chemin, car Esther offre au public deux heures d’une tension délectable, qui monte crescendo, et ce grâce à la prestation d’Isabelle Fuhrman, littéralement hallucinante dans le rôle de l’orpheline, manipulatrice à souhait, emmenant dans son jeu enfants comme adultes. Son arrivée brise progressivement le tableau idyllique de la famille unie, qui va au-delà des épreuves (la toute jeune cadette est sourde-muette, Kate est une ancienne alcoolique qui peine à faire le deuil de son enfant mort-né) et cherche à étendre son bonheur en ouvrant ses bras à un troisième enfant. Une étape qui fut délicate à passer pour Kate, poursuivie par sa crainte d’être une mauvaise mère, et par son douloureux passé qui ne manque jamais de remonter à la surface au mauvais moment, évidemment…

Malgré des jeux de caméra pour détourner les plans habituels suscitant sursauts ou angoisse (la porte qui se referme ou le personnage qui se baisse et laisse entr’apercevoir le boogeyman, les jeux de cache-cache), Esther reste un film au spitch relativement classique et peu innovant, l’histoire de l’enfant psychosée pour on ne sait quelle raison (je ne spoilerai pas, mais le twist du film est particulièrement tordu !) étant reprise plus d’une fois. Cependant, il mérite largement d’être vu, ne serait-ce que pour le jeu d’Isabelle Fuhrman, dont les traits semblent s’assombrir et se creuser au fur et à mesure que sa véritable identité se délivre au public. Bien que Jaume Collet-Serra joue davantage dans la suggestion que dans le gore tape-à-l’œil, angoisse par de simples ralentis, des tendances à jouer au chat et à la souris… Sans compter une scène finale relativement glauque où la gamine tente de se faire son père… Tout comme une référence plus que probable au Shining de Stephen King, où Esther se brise le bras dans un étau pour faire croire que sa mère (ancienne alcoolique comme Jack Torrance !) l’a grièvement blessé lors d’une dispute qui tourna mal. Désirer faire des gosses après un tel film tient certainement du masochisme.

Un film jouant sur les mythes de l’enfant détruisant mentalement et physiquement ses parents, au pitch improbable et tordu, mais un bon moment en perspective.

CHRONIQUE - Trick’r’treat

Diffusé en clôture du FEFFS, Trick’r’Treat est le genre de bobine littéralement jouissive pour le spectateur féru de cinéma d’horreur, puisqu’elle se base sur un des mythes fondateurs de la culture bis : Halloween. Jouant les clichés pour mieux les détourner, le film de Michael Dougherty insuffle une énergie nouvelle à un pitch pourtant ultra-classique et repris des centaines de fois. Ici, pas de psycho-killer masqué à la Mike Myers, le boogeyman principal étant plutôt considérable comme un lointain cousin du Leprechaun, les trèfles en moins.

Si l’action se déroule dans les environs d’une même ville, celle-ci ne s’axe pas autour d’un unique personnage, mais d’une dizaine de personnes aux vies et aux attitudes totalement opposées, qui finiront cependant par se retrouver de manière fortuite dans des situations dignes des meilleures histoires des Contes de la Crypte. Le mot est donné dès le générique, qui rappelle celui du particulièrement original Repo ! The Genetic Opera pour son atmosphère très comic book : Trick’r’Treat est une véritable bande dessinée, ancrée dans le fantastique jusqu’à la moelle. S’il débute par la mise en scène d’une angoisse assez classique, à savoir celle du jeu du chat et de la souris, il se trouve que chaque histoire se voit dotée d’une fin plus ou moins barrée.

Dans cette ville paisible où tout le monde semble festoyer et s’amuser, il y a un bon nombre de personnes qui ne partagent pas cette bonne humeur. Il y a les vieux aigris, les jeunes blasés et ceux qui sont carrément lassés par le folklore, ne respectant aucun des rituels, soi-disant élaborés dans le but de protéger la populace des démons en liberté. Et si les générations précédentes étaient bien plus ouvertes à ces principes, les nouvelles s’en foutent carrément… et tout finit par leur tomber dessus. C’est l’enjeu même du film de Michael Dougherty. Sous des allures de teen-movie, la nuit d’Halloween devient l’occasion rêvée pour picoler, occuper sa nuit… sans compter les intentions moins innocentes !

Si, évidemment, un croque-mitaine se faufile dans la foule pour faire couler du sang de pseudo vierge, non factice cette fois-ci (petite pensée pour Thanksgiving, le trailer fake d’Eli Roth), les créatures qui profitent de l’occasion ne sont pas de simples métaphores, et, à la différence de leurs imitateurs, savent se montrer plus discrètes, mais non moins efficaces ! De cette idée résultera une scène surprenante et délurée, où loups-garous et vampires ôtent leurs « robes » de soirée pour se tailler un steak, dans une ambiance très proche du Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez. Et rien que pour ce putain de plan totalement décalé, le film mérite d’être vu !

Comment faire un film sur Halloween sans aborder les mythes urbains et autres racontars à narrer au coin du feu ? Michael Dougherty a revisité de fond en comble la fête de Jack’O’Lantern, nous servant également une histoire d’enfants attardés tués par le chauffeur d’un bus. Et ce ne sont pas les quelques ados avec leurs citrouilles qui réussiront à les apaiser… Bien au contraire, ce deviendra l’occasion rêvée pour orchestrer leur retour, épaulés par une bestiole farfadesque qui n’hésitera pas à sévir plusieurs fois…

Trick’r’treat est une sorte de film-labyrinthe, chaque cliché et chaque personnage ouvrant sur une nouvelle histoire, qui se recoupe dans une autre, et ce via un astucieux procédé de changement de point de vue. Le genre de série B qui permet de passer un bon moment, et qu’on regrette de ne pas voir en salle plus souvent, car étant certainement autant appréciable par un fana du genre qu’une personne moins excitée par le genre.

CHRONIQUE - The Children

Deux couples partent pour les fêtes de Noël avec leurs cinq enfants, quatre bambins et la grande sœur en pleine crise d’adolescente tendance gothique. Dans une maison de campagne idyllique, les enfants réclament de plus en plus d’attention pour que les parents jouent avec eux. Alternance de pleurs et de consolation, de cris et de rires, jusqu’à l’accident, ou plutôt ce que les parents croient être un accident…

Attention, événement ! Dans la lignée des films d’horreur sur les enfants maléfiques tels que Damien : la malédiction ou Les Révoltés de l’An 2000, le réalisateur anglais Tom Shankland nous offre, après WAZ, thriller horrifique dans la lignée de Saw, une bobine faisant passer la soit-disant pureté de l’enfant pour utopique en mettant au centre de l’action une sauvagerie immaculée et inattendue, ne semblant présenter aucune frontière…

Si, pour vous, les films d’infectés sont synonymes de créatures zombiesques, visages blafards et yeux injectés de sang, vous allez devoir revoir votre définition avant de visionner The Children. L’atmosphère horrifique que propage le film de Tom Shankland va de paire avec la frappante dichotomie entre la barbarie des meurtres et la pureté apparente de ceux qui les commettent. Si les occupations initiales des enfants paraissent innocentes au premier abord, elles deviennent progressivement empreintes d’une touche perturbante, qui tourne rapidement au malsain. Crayon planté dans l’œil, luge jetée avec puissance dans les tibias, poupée profondément enfoncée dans les tripes, rien ne semble avoir de limites pour les quatre marmots qui semblent davantage dignes d’une création diabolique que d’une publicité haut en couleur pour Benetton.

Les causes du brusque changement comportemental des enfants restent relativement obscures : les quelques plans de germes et de cellules infectées laissent sous-entendre une contamination virale. « Paul Andrew Williams (NdlR : scénariste et metteur en scène de Bienvenue au Cottage) avait écrit un script traitant du passage d’une comète, et de l’arrivée d’aliens sur Terre. » déclare Tom Shankland. « Ils auraient créé des embryons qu’ils auraient implantés dans les enfants. Ces derniers ayant une immunité plus faible que celle des adultes, ils seraient donc devenus des sortes de zombies, et auraient commencé à tuer leurs parents. » Pourtant, nulle présence d’extra-terrestres ou autre créature from outer space. Ici, l’horreur est belle et bien réelle, davantage proche d’un soudain revirement schizophrénique que de la science-fiction. « J’aimais l’idée des enfants tueurs plutôt que celle des morts-vivants et des météorites. Je voulais quelque chose de plus réaliste, je savais que ça serai plus effrayant si ça restait dans une atmosphère plus familière, sans explication. Il y a pas mal d’allusions au film Les Oiseaux de Hitchcock. Ce que j’aime, c’est qu’on ne sait jamais vraiment d’où vient le mal qui touche les oiseaux, c’est irrationnel. »

Se déroulant en huis-clos, la cellule familiale se trouve fissurée et torturée jusqu’à l’implosion. Symbolique de pureté, le décor hivernal révèle finalement que la blancheur de la neige se dégrade au contact du sang, tout comme la candeur apparente des bambins. « Dès le moment où j’ai décidé de tourner le film dans la neige, j’ai eu envie d’en faire une métaphore de la violence cachée sous l’innocence. J’aimais cette idée de vouloir jouer avec l’idéalisation des enfants dans la société actuelle. On se sent facilement mal à l’aise quand on songe à la sauvagerie dont ils sont capables s’ils ne sont pas éduqués. » C’est d’ailleurs en dehors de la maison que se dérouleront les premiers évènements, taxés « d’accidents » par les parents, qui ne pensent pas une seconde à remettre en question la responsabilité de leurs rejetons. Comme dans Les Révoltés de l’An 2000, du réalisateur espagnol Narciso Ibanez Serrador, une question revient sans arrêt au cours du film : qui peut tuer un enfant (le titre original du film espagnol étant d’ailleurs ¿Quien puede matar a un nino ?) Incapables de voir la réalité en face, les adultes iront même jusqu’à accuser Cassie de leur étrange comportement. Adolescente rebelle, elle se dit « rescapée » de l’avortement, arborant le tatouage d’un fœtus au niveau du nombril, se démarquant des adultes de par son comportement, et des enfants de par son âge. Si elle ne semble proche d’aucun d’entre eux (excepté de son oncle pour qui elle semble avoir le béguin), c’est vers sa personne que se tourneront les premiers reproches. Il faudra attendre que le cercle familial se resserre progressivement pour que les parents cessent de nier la dure réalité : dès que les attaques commencent à se dérouler dans le sein même du cottage, il ne leur restera plus qu’à faire face à la situation, laissant l’horreur s’immiscer librement dans leur conscience. Pamphlet anti-avortement ou rébellion de l’enfant-roi ? Tom Shankland laisse planer le doute, préférant laisser à chacun sa vision de la chose, plutôt que de chercher à tout prix à justifier faits et gestes.

Le rapport qu’entretient le film de Shankland avec l’horreur est le fruit d’un travail ingénieux entre l’image, le son et les situations classiques habilement détournées. A l’instar du film de Narcisco Ibanez Serrador, The Children se déroule uniquement de jour. Si les plans extérieurs sont lumineux voire éblouissants (la neige pose bien des soucis du point de vue de l’éclairage d’une scène), ils font ressortir avec talent la montée d’une tension qui se fait de plus en plus palpable, véhiculée par de très brefs inserts d’yeux crevés et de corps éventrés. A ce sujet, le réalisateur dit : « J’avais l’idée d’alterner les points de vue. […] Lors du dîner de Noël, les enfants ont une sorte de flash sur ce qui va arriver. Je voulais que le public soit proche de leurs pensées, pour ressentir leur évolution. D’autre part, dès le moment où j’ai su qu’il y aurait cette scène où Rachel Shelley se prend un crayon dans l’œil, j’ai pensé que placer de courts plans sur des yeux aurait amené le public à penser, inconsciemment, à l’œil et à sa vulnérabilité ! » Une méthode qui se révèle particulièrement efficace ! D’autre part, The Children ne tranche pas totalement au niveau du comportement des marmots, faisant aisément passer une crise d’hystérie pré-massacre pour la turbulence propre aux gosses, lors de la scène du repas notamment. La bande-son se résume principalement au parallèle entre le bruit (rires cristallins des enfants, hurlements des parents) et la quiétude (bruit feutré des pas sur la neige, soufflement du vent, silence). A première vue, cela passerait aisément pour un détail, mais The Children est un film qui réveille les plus simples angoisses aussi bien que les instincts primitifs.

Oscillant entre innocence et monstruosité, les enfants jouent dans le film de Shankland des tueurs plus efficaces que n’importe quel croque-mitaine, oeuvrant dans une bobine brève (85 minutes) mais diablement efficace.


L’INTERVIEW DE TOM SHANKLAND

"C’est vraiment une bonne chose que ce film soit projeté en France. Comme ça vous pouvez tous avoir une idée de la manière dont se déroulent les vacances en famille en Angleterre. Aucun enfant n’a été blessé durant le tournage de ce film. Par contre, ce sont peut-être les parents qui ont été marqués à vie…"

Avez-vous une dent contre les enfants ?

J’ai beaucoup d’amis qui ont des enfants. C’est une sorte de revanche vis-à-vis de mes amis, en fait. Ils m’ont emmené aux anniversaires de leurs gosses. Ca criait de partout, ils donnaient des coups, vomissaient… Les parents disaient toujours « c’est pas grave, ils sont juste un peu fatigués ! » Une fois, je suis parti en vacances avec ces amis-là, et l’un d’entre eux, père de famille, avait organisé un jeu compétitif avec les enfants. Un des adultes a triché pendant le jeu, et une fille a piqué une crise d’hystérie, c’était vraiment effrayant. Et l’explication du père était la suivante : « Diana a un fort sens de la justice ! » Mais non, en fait c’est juste une petite peste !!

Rachel Shelley est une actrice que l’on voit assez peu en France, et qui ne semble pas prédestinée à ce genre de films… Qu’est-ce qui vous a amené à la choisir ?

Je ne connaissais pas Rachel Shelley auparavant. Je savais qu’elle était en tournage à Vancouver, alors je lui ai envoyé un DVD. J’avais aussi appelé une actrice, que je ne nommerai pas, avec qui j’avais travaillé, et qui, au premier abord, semblait être une maman poule. Je me suis rendu compte qu’en fait elle était complètement folle ! Rachel Shelley était vraiment belle, chaleureuse. Beaucoup d’actrices lui ressemblent. On les fait tourner dans des films historiques, avec de beaux costumes, et c’était là l’occasion pour Rachel de faire quelque chose de totalement différent. Par contre, elle a commencé à avoir peur de la fille qui jouait Léa. Quand celle-ci a entendu qu’elle devait jouer une scène où elle mettait un crayon dans l’œil de Rachel, elle n’arrêtait pas de faire ça pendant le déjeuner (il répète le geste d’une main qui plante un objet pointu dans quelque chose), et ce dès qu’elle la voyait. C’était une petite fille très gentille, elle ne disait pas grand-chose durant cette période. Au début c’était marrant, mais à la fin Rachel avait vraiment peur…

On pourrait presque considérer votre film comme étant contre l’avortement, dans un sens ! Il y a le cas de Cassie, son tatouage, le fait qu’elle se déclare comme étant une « rescapée », et sa mère qui finit par se faire attaquer par le fruit de sa chair… Les enfants qui apparaissent dans le plan final seraient-ils le symbole de la vengeance de toutes ces vies ôtées par leur propre génitrice lors de l’avortement ?

Pour moi, cette histoire entre le tatouage et l’avortement n’est qu’un détail du film, comme je l’ai dit précédemment. Mais j’aime le fait que chacun l’interprète différemment !

Est-ce difficile de tourner avec des enfants et d’inverser l’image classique de leur innocence ?

Les enfants savent parfaitement faire la différence entre la fiction et la réalité. Je ne leur ai pas donné la script, mais la plus âgée l’a lu et a raconté toute l’histoire aux autres ! Nous avions vraiment peur qu’ils soient choqués, mais en fait ils ont adoré, et ils avaient hâte de tuer les adultes ! Cela ne leur posait pas le moindre souci. Au début, ils avaient des doutes quant au réalisme de leur jeu, ce n’était pas convaincant. Pour moi, c’est comme travailler avec un adulte. Il y a toujours cette recherche de naturel.

Comment avez-vous choisi tels enfants plutôt que d’autres ?

C’était un peu comme Pop Idol, ou des émissions de ce genre… On a fait des centaines et des centaines d’auditions avant de trouver ces quatre fabuleux enfants. Nous recherchions une véritable force, qu’ils ne prennent pas trop la situation au sérieux, mais qu’ils comprennent que ce n’était qu’un jeu. Les jeunes acteurs du film ont d’ailleurs commencé à tourner leur propre version de The Children durant le film, qui est bien plus violente que la mienne !

Dans un genre un peu différent, il y a Eden Lake, du réalisateur anglais James Watkins. Qu’en avez-vous pensé ?

Je l’aime beaucoup. C’est un peu différent, vu que les acteurs sont plus âgés. Eden Lake est très ancré dans la réalité. The Children est plus fictionnel, mais il est vrai que plusieurs films sur le même thème sont sortis en même temps.

The Children est assez proche d’un film de zombies, les enfants ayant été touchés par un virus d’origine inconnue. Mais si on retourne en arrière, on remarque que le fond de l’histoire d’un film de morts-vivants est souvent celui d’une critique de l’univers contemporain du réalisateur. Par exemple, Zombie était une satire de la société de consommation. Avez-vous le sentiment d’avoir ajouté une pierre à l’édifice avec The Children, qui pourrait être perçu comme une critique de l’enfant roi ?

Je ne sais pas si c’est aussi le cas en France, mais en Grande-Bretagne, il y a beaucoup de programmes de reality-show comme Super Nanny, qui donnent des conseils pour éduquer des enfants. Bien que je n’en aie pas, j’adore cette émission. Un film comme Les Révoltés de l’An 2000 représente bien notre obsession vis-à-vis des enfants, et notre tendance à vouloir expliquer leur violence. Mais c’est le comportement des parents qui m’intéresse et m’interpelle. On pourrait presque dire que leurs névroses sont représentées par ces rejetons monstrueux.

Il y a beaucoup de gros plans sur des yeux dans votre film… Y a-t-il une signification particulière ?

A vrai dire je pense qu’il y a deux explications. Tout d’abord, pendant que je tournais, j’avais l’idée d’alterner les points de vue, entre celui des enfants et celui des adultes, qui doivent faire face aux évènements. Lors du dîner de Noël, les enfants ont une sorte de flash sur ce qui va arriver. Je voulais que le public soit proche de leurs pensées, pour ressentir leur évolution. D’autre part, dès le moment où j’ai su qu’il y aurait cette scène où Rachel Shelley se prend un crayon dans l’œil, j’ai pensé que placer de courts plans sur des yeux aurait amené le public à penser, inconsciemment, à l’œil et à sa vulnérabilité !

Au niveau des scènes de meurtres, on ne voit pas vraiment les enfants assassinent les parents. Par contre, quand c’est l’inverse, les plans sont beaucoup plus clairs et directs. Est-ce une volonté que de ne pas montrer la violence des enfants ?

Je n’ai pas un problème moral concernant le fait de montrer des enfants tuer des adultes. Je pensais seulement que la différence de taille entre les deux ne serait pas très effrayante. Le public serait toujours en train de penser qu’il suffirait d’un revers de main et l’affaire serait réglée ! Les enfants devaient assassiner les adultes d’une manière assez créative, les manipuler afin de les pousser à se sacrifier plutôt que de commettre un meurtre. Ce côté suggéré est assez délibéré. Durant le film, quand les adultes tuent les enfants, c’est toujours par accident. Je voulais amener les spectateurs à désirer ardemment leurs morts. En Grande-Bretagne, quand j’ai projeté le film pour la première fois, il y a eu des applaudissements dans la salle ! J’aimerais que le public dise : « Oui, tuez le monstre ! » Mais en fait ici ce sont les enfants, ces monstres ! Dès que les jeunes acteurs ont appris qu’ils devaient tuer les adultes, ils ne tenaient plus en place. Ils avaient vraiment hâte de tourner ces scènes !

N’avez-vous pas eu la crainte de voir votre film censuré ?

Nous en avions peur, mais en Angleterre il a seulement été interdit aux moins de quinze ans ! Si on avait tué des animaux, ça aurait été moins de dix-huit ans, mais apparemment en Angleterre, ça ne les dérange pas de tuer les enfants… (rires) Nous préférions faire un film intelligent, avec beaucoup de suspens, plutôt qu’un film d’exploitation… Je savais dès le début que je ne voulais pas montrer trop de violence.

La plupart des scènes de violences se déroulent en dehors du cadre familial : dans la forêt, la neige… Est-ce une manière de montrer le lien qui existe entre la sauvagerie de la nature et celle des enfants, avant qu’ils ne soient éduqués ?

Dès le moment où j’ai décidé de tourner le film dans la neige, j’ai eu envie d’en faire une métaphore de la violence cachée sous l’innocence. J’aimais cette idée de vouloir jouer avec l’idéalisation des enfants dans la société actuelle. On se sent facilement mal à l’aise quand on songe à la sauvagerie dont ils sont capables s’ils ne sont pas éduqués. Mais il y a aussi le fait que les adultes dénient, inconsciemment, ce qui se passe. A la fin du film, la violence arrive au sein même de la maison, alors qu’auparavant, elle était à l’extérieur, dans le paysage. A partir de cet instant, ils ne peuvent plus refuser ce qui se passe, ou dire que c’est de la faute de Cassie. Ca pénètre vraiment dans leur conscience, et ils doivent finalement faire face à ce qui se passe réellement.

Comment s’est déroulée votre collaboration avec Paul Andrew Williams, le scénariste et réalisateur de Bienvenue au Cottage ?

Paul avait un script intitulé Miria, qui est un anagramme du nom d’un célèbre metteur en scène américain. Il s’agissait, à l’origine, d’un scénario mettant en scène le passage d’une comète, et l’arrivée d’aliens sur Terre. Ils auraient créé des embryons qu’ils auraient implantés dans les enfants. Ces derniers ayant une immunité plus faible que celle des adultes, ils seraient donc devenus des sortes de zombies, et auraient commencé à tuer leurs parents. J’aimais l’idée des enfants tueurs plutôt que celle des morts-vivants et des météorites. Je voulais quelque chose de plus réaliste, je savais que ça serait plus effrayant si ça restait dans une atmosphère plus familière, sans explication. Il y a pas mal d’allusions au film Les Oiseaux de Hitchcock. Ce que j’aime, c’est qu’on ne sait jamais vraiment d’où vient le mal qui touche les oiseaux, c’est irrationnel. Je trouvais que Miria était un titre ridicule, ça faisait trop Disney. Nous avons donc décidé de le renommer The Day. Le public-test aimait beaucoup le film mais détestait ce titre. J’y tenais, mais on a finalement décidé de suivre le conseil du producteur, qui nous disait de le changer. Paul m’a permis de réécrire le scénario. J’ai toujours d’excellentes relations avec lui, et c’est d’ailleurs un excellent metteur en scène.

Avez-vous d’autres projets en tête ?

Oui, j’en ai quelques-uns ! Une de mes idées serait, qu’à chaque film, il y ait une personne de moins qui meurt. Au final, j’en arriverais à réaliser des comédies… Donc dans mon prochain film, il n’y aura qu’une personne qui mourra ! Mais ça restera effrayant, avec du suspens…

(Propos recueillis et traduits par Metzgerin)

CHRONIQUE - Triangle

Jess, mère d’un enfant autiste, confie son fils à une baby-sitter et décide de passer la journée à faire de la voile avec des amis. Mais dès le départ, elle se sent mal à l’aise et anxieuse pour des raisons qu’elle ne peut expliquer. Quand le bateau se retourne après une violente tempête, le groupe réussit à monter sur un navire qui passait par là. Une fois à bord, ils se rendent compte que le navire est pratiquement désert, et le groupe se trouve coincé dans un vortex de violents évènements qui défient notre notion du temps et de l’espace. Seul Jess comprend ce qui passe réellement… enfin presque.

Après s’être attelé à la réalisation d’un survival bien rodé et d’une comédie horrifique gavée à l’humour noir, Christopher Smith nous offre son troisième film, Triangle, bobine bien différentes de ses deux autres créations, car ne s’apparentant à aucune logique narrative classique. Les vingt premières minutes ne présentent pas d’ambiguïté particulière. Jess (Melissa George vue dans 30 Jours de Nuit) est une jeune mère vivant seule avec son fils autiste. Alors qu’elle arrive au port, ses amis trouvent son comportement étrange : elle-même ignore pourquoi ses pas l’ont amené à cet endroit, ne semblant initialement pas projeter de rejoindre ses amis pour faire de la voile durant le week-end. L’arrivée du paquebot, perdu en pleine mer, semble être l’occasion rêvée de quitter leur navire qui s’est retourné après une violente tempête. Il deviendra l’élément central du film, doté d’une aura particulièrement étrange. A l’image de l’hôtel de Shining, il est totalement vide, ses couloirs et sa salle principale rappelant étrangement celles chères au livre de Stephen King, adapté sur le grand écran par Stanley Kubrick. Cet intriguant bateau semble lui aussi abriter un esprit maléfique, qui se révèle n’être qu’une représentation des troubles qui perturbent Jesse.

En effet, la personne qui les poursuit, elle et ses amis, ne se révèle être qu’elle même, entraînant le spectateur dans une incessante et troublante tautologie. Le film se répète à l’infini dès l’instant où Jess regarde la mer et s’aperçoit, en compagnie de ses amis, sur la coque de leur bateau. La mise en abyme, un véritable cercle infernal a débuté. Cependant, pourquoi Christopher Smith a-t-il décidé d’appeler son film Triangle ? Est-ce en raison du nom du bateau ? Une référence au triangle des Bermudes ? Ou parce qu’il s’agit d’un troisième film ? A ce sujet, le réalisateur déclare : « A la base, le point de départ du film m’est venu avec l’image de la jeune femme regardant la mer depuis le pont du bateau, et se voyant en contrebas, sur la coque du voilier. Je voulais faire un twist final avec un triangle permuté avec les trois personnages, mais le film est parti dans une optique totalement différente. J’ai cependant gardé le titre initial. C’est un peu stupide, mais j’étais bloqué sur ce nom, je ne pouvais pas m’en séparer. J’aurais pu l’appeler Cercle mais ça n’aurait pas été terrible…Il n’y a pas vraiment d’explication narrative concernant ce film, mais je me disais que Triangle résumait plutôt bien l’histoire. » Une sorte de version horrifique de la comédie Un Jour Sans Fin, où Melissa George remplace Bill Murray, et où la marmotte est transformée… en mouette.

Inutile, donc, de désirer à tout prix de vouloir rationaliser ce film, dont l’histoire tient plutôt de la métaphore de la maladie mentale, du trouble incessant qui prend part dans l’esprit de Jess. Si elle semble, au premier abord, présenter une puissance psychologique, le mythe se fissure bien vite et laisse transparaître la fragilité d’une mère de famille qui élève seul son enfant, ce dernier étant, de surcroît, autiste. Difficile, dans une telle situation, de faire face avec force à un quotidien éreintant. Visiblement au bout du rouleau, Jess maltraite son fils, plus par épuisement que volontairement. « On peut dire que le bateau est une sorte de cauchemar que seule Jess peut comprendre » dit Christopher Smith. « C’est une sorte de punition envers son comportement. » La jeune femme semble partager les particularités mentales de son enfant, s’emmurant elle aussi dans le silence et l’incompréhension.

Triangle joue sur les faiblesses de son personnage principal, faisant du film de Christopher Smith une tautologie troublante, mais bien rodée et particulièrement efficace.

FEFFS 2012

The bilan

1er jour – Samedi 15 septembre 2012

14h, première journée de festival. Les aficionados de gueules amochées et de membres en putréfaction se regroupent lentement aux alentours de la place Broglie, le visage en lambeaux et la bouche couverte de sang… artificiel, bien évidemment. Comme chaque année depuis 2009, les zombies en herbe se retrouvent dans les rues de Strasbourg pour participer au traditionnel défilé, qui a pris une belle ampleur avec le temps, offrant toujours l’occasion de découvrir des déguisements sympathiques et originaux. Mais pendant que les maquilleuses de Candice Mack s’affairent pour préparer les zomblards, le festival commence déjà sur les chapeaux de roues ! Ma première projection fut celle de The Fourth Dimension, triptyque un brin expérimental mettant en scène une nouvelle dimension capable de projeter l’être à un niveau supérieur d’existence. Le thème est difficile à cerner, chaque réalisateur voguant à son gré sur sa propre vision de la quatrième dimension. La première partie, dirigée par Harmony Korine (Gummo, Mister Lonely), est malheureusement décevante, un peu fade, manquant de ces regards marginaux et riches de vie qui enchantent et fascinent dans chacune de ses créations. Rare élément réjouissant pour la geek amatrice de vidéos virales qui sommeille en moi : la reprise de la version autotune de Double Rainbow dans le générique de fin… Le second segment offert par Alexy Fedorchenko (Silent Souls, The Railway) est intrigant. Il y a cet homme, scientifique blasé et acariâtre, tentant de voyager dans le temps, mais les images s’offrant sur son écran ne lui semblent que peu satisfaisantes… jusqu’à ce que les indices s’unissent et deviennent alors vraisemblables. Surprenant mais envoûtant, tout comme le dernier élément de Fourth Dimension, qui clôt ce film avec réussite : la création de Jan Kwiecinksi (Cigarette Break, Incident). Une bande de jeunes désillusionnés, errant dans les rues d’un village exempt de toute vie, en raison de l’annonce imminente d’une catastrophe naturelle. Il y a quelque chose de fascinant dans ce court-là, qui plonge le spectateur dans une dimension parallèle, un brin malsaine mais onirique, une sorte de rêve de gosse. En bref, un film de qualité inégale car par moments trop brouillon, mais le visionnage des deux dernières parties est bien moins décevant que celle d’Harmony Korine.

Continuons ensuite avec le film de Boris Rodriguez, au titre intrigant mais non moins alléchant : Eddie, the Sleep Walking Cannibal. Celui-ci parle de Lars, artiste de renommé mondiale, mais incapable de peindre depuis des années : il ne ressent tout simplement plus d’inspiration. Au bout du rouleau, il trouve néanmoins un job de professeur dans un lycée canadien, et fait la rencontre d’un élève un peu particulier, du nom d’Eddie. Grand gaillard un peu simple d’esprit mais doux comme un agneau, ce dernier échappe au placement en institut en raison de la fortune léguée au lycée par sa tante. Lars le prend sous son aile et découvre du coup le terrible secret d’Eddie… qui lui permet de retrouver goût à la création ! Original, viscéral et a-moral, Eddie the Sleep Walking Cannibal est une petite perle de comédie noire, qui se regarde avec plaisir. Boris Rodriguez part d’une idée simple mais originale, et offre sans détour ni complexité une pelloche sympathique. Ce lien fusionnel entre destruction et création s’intensifie à chaque seconde, la culpabilité se lisant dans les yeux de ces deux personnages peinant à assumer une nature qu’ils aimeraient dissimuler, mais qu’ils se doivent d’accepter pour subsister.

Vient ensuite Maniac, de Franck Khalfoun, très attendu du public pour plusieurs raisons : il s’agit du remake du film éponyme de William Lustig, écrit et produit par le talentueux Alexandre Aja (Haute Tension, Piranhas 3D), puis il y a la présence d’Elijah Wood (Le Seigneur des Anneaux, Sin City) au casting, dans le rôle du tueur en série en quête de scalps… Sanglant, bandant, effrayant, pas assez de mots pour décrire cette tuerie, pleine de fantasmes inavoués et refoulés. Le film est trash, jusqu’au-boutiste, à tel point que certains spectateurs ont quitté la salle durant les scènes les plus violentes, et durant un festival du film fantastique diffusant quand même un paquet de pelloches horrifiques, c’est très rare. Elijah Wood est tout simplement hallucinant, aux antipodes de son personnage dans l’amusante série Wilfred, où il campe un type paumé mais sympathique se liant d’amitié à un chien qu’il est le seul à voir comme un homme déguisé en clébard. C’est une joie de se dire que Maniac sortira sur grand écran d’ici la fin de l’année, car en matière de création horrifique, ça faisait longtemps que je n’avais pas vu quelque chose d’aussi impressionnant.

Après une telle baffe, difficile de faire le poids : le visionnage de V/H/S s’avère difficile. L’idée est pourtant intéressante : il s’agit d’une compilation de courts-métrages tournés en found footage, à l’image d’un Projet Blair Witch, où des groupes d’amis se font tous zigouiller dans des conditions étranges : retour d’un tueur en série faisant bugger les caméras, soirée drague dans un bar qui finit en bain de sang, poltergeist plus qu’agressifs et autres meurtres glauques… Malgré une réputation sulfureuse, V/H/S ne laisse pas une impression très positive : sérieusement, apprenez à filmer. Ok, vous réussissez à faire sursauter le spectateur, mais c’est d’une fadeur monstrueuse : aucune inventivité, on dirait juste un énième remake caméra à l’épaule et low budget de Cannibal Holocaust. Et même avec le peu de moyen dont il a disposé, Ruggero Deodato fait encore trembler l’audience, vingt-deux ans après. Je doute fort que V/H/S ne demeure dans les mémoires, ne serait-ce que quelques semaines…

2eme jour – Dimanche 16 septembre 2012

Il est venu l’un de mes moments préférés en festival (outre la bonne bière du Village Fantastique, entourée de gens sympas !) : la projection de courts-métrages. C’est toujours l’occasion de découvrir des créations tournées dans un format bref, mais disposant souvent d’idées fantastiques. Cette projection présentant une sélection de courts internationaux débuta avec A Curious Conjunction of Coincidences, du néerlandais Jost Reijmers. Il s’agit des histoires de trois personnes vivant à des époques différentes et traversant une sale journée. Chacune de leur maladresse semble être sans conséquence immédiate… jusqu’à l’instant où une simple canette tombant dans un égout provoque une réaction en chaîne désastreuse ! Humour, légèreté, une véritable réussite.

The Best Pickpocket in the World, de l’américain Jerry Koukol, présente un voleur de portefeuille persuadé de maîtriser son métier à la perfection. Il est alors provoqué en duel par une mystérieuse femme, prête à lui prouver que ses talents sont plus grands que les siens. D’une idée simple naît un mockumentary sympathique, très bref mais non moins efficace !

C’est ensuite au tour de l’Espagne de prendre place dans la sélection, avec The Bird Spider, de Jaime Dezcallar. Souffrant terriblement de sa séparation avec sa compagne, un homme arachnophobe décide de vivre en compagnie d’une espèce de mygale au poison mortel, car il est persuadé que la cohabitation avec l’être qui le terrorise le plus ne pourra être plus difficile que la perte de l’être aimé. Le désespoir de cet homme doit être immense pour qu’il juge que sa vie ne mérite pas d’être mise en jeu par la présence de la Mort dans ses appartements. Car The Bird Spider représente, à mes yeux, le choix de l’être face à sa propre destruction, tellement prêt à en finir que le suicide semble être l’unique solution. Et même quand on estime être prêt à aller de l’avant (l’homme s’apprête à revoir celle qu’il a aimé dans), et que tout semble se porter pour le mieux, c’est à cet instant précis qu’il s’agit d’être fort et de survivre. Et c’est à ce moment même que l’araignée sort de sa cachette et ôte la vie à son propriétaire. Une leçon de vie, en somme, cinglante et angoissante.

Blinky TM, film irlandais de Ruairi Robinson, met en scène un enfant perturbé par les incessantes disputes entre ses parents. En regardant la télévision, il voit une publicité pour un robot, et le demande pour Noël, persuadé que la présence de l’androïde résoudra les problèmes familiaux. Mais est-ce que Blinky est réellement sans danger ? La désillusion de l’enfance et le robot qui pète un câble, croustillant ! Un ending qui ne fait pas dans la dentelle ou dans une surenchère d’explications, et c’est ce qui fait sa qualité !

Dans un domaine plus onirique et mystérieux, il y a The Captured Bird du canadien Jovanka Vuckovic, où une fillette échappe à l’attention de ses parents et s’immisce dans un manoir où évoluent des créatures effrayantes. D’une beauté éblouissante et fascinante, ce court a le mérite de scotcher son public en l’espace de quelques minutes : les monstres sont d’un esthétisme à couper le souffle, effrayants mais captivants. Pas pour rien que The Captured Bird bénéficie du soutien de Guillermo del Toro, qui l’a produit !

Toujours dans le fantastique, The Halloween Kid, réalisé par l’anglaise Axelle Carolyn, narre l’histoire d’un garçon isolé, car étant manifestement le seul à voir les monstres qui l’entourent. Heureusement, il y a Halloween, seul jour de l’année où il trouve du réconfort ! Touchant et poétique, dans l’esprit d’un livre pour enfants.

Tout aussi lyrique mais dans une atmosphère plus mélancolique : The Last Bus, des Slovaques Ivana Laucikova et Martin Snopek. La saison des chasses ayant débuté, les animaux de la forêt craignent pour leurs vies et s’enfuient à bord d’un bus. Mais ils se font vite rattraper par les chasseurs… Mélancolique et doublé d’une très belle musique (Idem Si de Teatro Fatal, qui tourne en boucle sur mon Ipod), l’histoire évolue dans une aura d’une rare tristesse, probablement due à ces personnages aux corps humains mais aux têtes d’animaux empaillés, aux mouvements saccadés et aux couleurs à l’ancienne.

Créé par le belge Thierry Uyttenhoven, Motorhome est un court où un couple part au volant de son camping-car un jour de canicule pour prendre quelques vacances. Pas transcendant mais bien tenté, les hallucinations du conducteur seraient-elles liées à la chaleur étouffante du van ?

La Mystérieuse Disparition de Robert Ebb, collaboration franco-anglaise entre Clément Balla, François-Xavier Goby et Matthieu Landour, est un de mes favoris : un veilleur de nuit dans un studio de cinéma décide de faire une blague à son collègue lors de leur ronde. Enfiler un déguisement de poulpe lui semble être une idée parfaite : la farce tourne cependant au vinaigre quand il se rend compte qu’il ne peut retirer son costume, et que son acolyte, terrorisé, est allé prévenir tout le village qu’il vient de se faire attaquer par le monstre marin qui fait trembler tous les habitants des alentours… Hilarant et au final magistral, La Mystérieuse Disparition de Robert Ebb offre un bon moment de rigolade, dans une atmosphère rappelant, rétrospectivement, celle de Grabbers, la beuverie en moins.

Le dernier court, Tram, de Michaela Pavlatova (réalisation franco-tchèque), raconte la journée d’une conductrice de tramway, qui verra le véhicule s’érotiser au rythme des secousses et des tickets introduits dans le composteur. J’ignore si ma haine des transports en commun ou le côté un peu ridicule de cette femme ventripotente m’ont prédisposé à ne me sentir que très peu inspiré par Tram, qui m’a semblé bien fade en comparaison aux autres courts de la sélection.

The Life and Time of Paul the Psychic Octopus est un documentaire sympathique traitant du poulpe le plus célèbre de la culture populaire. En multipliant les points de vues et les témoignages de ceux qui ont côtoyé la star tentaculesque, Alexandre O. Philippe retrace la vie de Paul, de sa naissance à Weymouth à sa fin, en passant par ses heures de gloire dues à son mystérieux talent de prédicteur, sans oublier les menaces de morts et autres recettes à base de pieuvre envoyées anonymement à l’aquarium d’Oberhausen. Alexandre O. Philippe, ayant auparavant réalisé The People vs. Georges Lucas, projette de s’atteler à la création d’un documentaire sur la culture zombie, des films de Romero aux Zombie Walk, sans oublier les récentes actualités sur les bath salts, drogues étranges dotant son consommateur d’une force surhumaine, en ayant même amené certains à bouffer leurs semblables. Relisez les bouquins de Max Brooks, rechargez vos shotguns et améliorez votre cardio, l’invasion est proche !

Laissons place au cinéma asiatique avec Doomsday Book. A l’image de The Fourth Dimension, il s’agit d’un triptyque centré sur l’apocalypse. La première partie, A Brave New World, créé par Yim Pil-sung, présente le développement d’une infection zombiesque suite à la consommation de viande infectée. Les asiatiques sont connus pour avoir des idées bien What the Fuck, cependant les Coréens demeurent en général plus sages que les Japonais : A Brave New World regorge de petites scènes un brin déjantées, mais le dernier segment, Happy Birthday, du même réalisateur, en est encore plus riche : imaginez une enfant commandant sur Internet une boule de billard. Jusque-là, rien d’anormal. Le seul souci est qu’elle a involontairement passé commande sur un équivalent extraterrestre d’Amazon, et l’inquiétante météorite fonçant sur la Terre s’avère être ladite boule noire, aux dimensions dantesques. Ces deux courts s’avèrent être les plus aboutis et les plus amusants. Celui du milieu, The Heavenly Creature, de Kim Jee-Woon (I saw the Devil, A Bittersweet Life), déçoit un peu. Le thème, vu et revu, est celui d’un robot vivant au milieu de moines bouddhistes, qui sont persuadés qu’il est la réincarnation de Bouddha. The Heavenly Creature tire trop en longueur, cette réflexion philosophique se perdant un peu au milieu des idées délirantes de Yim Pil-Sung.

3eme jour – Lundi 17 septembre 2012

When the Lights Went Out, long métrage anglais réalisé par Pat Holden, est mon coup de cœur de cette édition du festival. Dans le milieu des années soixante-dix, une famille s’installe dans une maison qui suscite les rêves et envies de la maîtresse de maison depuis un moment. A leur arrivée, des poltergeists commencent à se manifester, semblant menacer tout particulièrement leur fille... Si le film commence sans grande prétention, sa qualité et le plaisir naissant de son visionnage grandissent au fur et à mesure que la tension grimpe au sein du foyer fraîchement installé. Les premiers agissements paranormaux sont classiques, de ceux facilement assimilables à une blague de mauvais goût, à tel point que la mère ne prend pas sa fille au sérieux, trop obsédée par l’acquisition de sa nouvelle maison. La terreur va crescendo, délicieusement, faisant de When the Light Went Out une petite pépite, bien flippante, jusqu’à la dernière seconde.

Bag of Bones, présenté pour la dernière séance de la journée, est le dernier film de Mick Garris, président du jury et créateur des Master of Horrors. Adaptation du roman éponyme de Stephen King (Sac d’Os en version française), Bag of Bones a été conçu en deux parties pour la télévision, et narre l’histoire d’un romancier accablé par le chagrin suite à la mort de sa femme. Il s’installe dans leur maison de vacances pour reprendre des forces, et se trouvera impliqué dans une lutte féroce pour la garde d’un enfant entre sa mère et son ex-beau-père, millionnaire tyrannique. En parallèle, l’écrivain commence à ressentir une présence mystérieuse dans la maison… Un peu long, mais évoluant avec fidélité et dextérité dans les pensées créatives du maître King.

4eme jour – Mardi 18 septembre 2012

Le quatrième jour de festival débute avec un film anglais réalisé par Ryan Andrews, qui signe là son premier long métrage. Elfie Hopkins est une histoire de détective menée par deux adolescents : Elfie, punkette hippie blasée fan de détectives à l’ancienne et son meilleur ami geek Dylan. Vivant dans un village paumé en plein Pays de Galles, ils tentent d’occuper leur quotidien en cherchant à résoudre des crimes, mais n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Jusqu’à l’arrivée de nouveaux voisins, voyageurs fascinants et sophistiqués suscitant l’admiration de bien des villageois. Mais Elfie va vite se douter que quelque chose ne tourne pas rond… Si les deux adolescents se révèlent être plutôt attachants, surtout la jeune fille qui n’a pas sa langue dans la poche, les décors magnifiques et bien que l’histoire s’annonce intéressante, il manque à ce film un élément primordial : le rythme. L’action peine à prendre forme, et d’ici à ce qu’on réalise que les nouveaux venus ont des goûts culinaires originaux (Armin Meiwes, si tu me lis, je te passe le bonjour !), le public a le temps de piquer du nez. C’est bien dommage, car le personnage d’Elfie a du caractère, du style, et la disparition de sa mère mériterait plus de détails. En somme, on a vu pire, mais on a aussi vu bien mieux.

Faire un festival, c’est accepter de voir des films qu’on n’aurait peut-être pas visionnés dans d’autres circonstances, faire de bonnes découvertes, rencontrer des réalisateurs prometteurs, mais c’est aussi, malheureusement, l’occasion de visionner de sacrées bouses : The Pact est l’une de ces bobines au potentiel tristement gâché. Sans parler des longs SANS potentiel, mais ce sera pour le 19 septembre, avec Victimes. Le film de l’américain Nicholas McCarthy commence comme bien des films de cette dernière édition du FEFFS : une maison hantée et un secret du passé. Là où When the Lights Went Out brillait, The Pact déçoit : il n’y a juste pas de rythme. Le personnage principal ne suscite aucun attachement, alors que ce qui fait, à mes yeux, la richesse d’un film d’horreur, c’est la capacité de s’identifier, même inconsciemment, aux victimes. Si les pelloches de psychopathes à la Patrick Bateman ou les tortures porn me font généralement sourire, je dois avouer que j’ai toujours une trouille monumentale devant les histoires de poltergeist et autres possessions. Mais par contre, The Pact, c’est peanuts. L’action met quinze ans à venir, et l’actrice a autant d’expressions faciales que Kristen Stewart. Donc, non. Beaucoup d’idées, mais aucune originalité.

Antiviral part d’une idée croustillante, pour ne pas dire absolument géniale : Syd March est employé dans une clinique injectant à des fans hardcore les virus de leurs stars favorites. Il revends illégalement des échantillons des maladies après se les être administré : mais il devient la cible des collectionneurs après s’être inoculé celui de la célébrité Hannah Geist, qui causa sa mort. Amusant détail, son nom de famille signifie « fantôme » en allemand, ce qui concorde étrangement avec cette icône qui, durant tout le film, n’apparaît qu’en fond pixelisé sur des grands écrans ou, silencieuse derrière son masque de nuit, sur son lit de mort… Si le film de Brandon Cronenberg commence magistralement, à l’image d’un des premiers films de son père, la suite de l’action retombe. Non sans rappeler les obsessions charnelles du Cronenberg version senior, la première création du fiston n’atteint pas le niveau d’un Videodrome. Cependant l’idée est juste bluffante, dans cette société de consommation où tellement de fanboys seraient prêt à se damner pour s’approcher un peu plus de leur idole, l’avoir dans leur sang et leur chair ! Mais si Antiviral s’avère être une déception, la carrière de Brandon Cronenberg mérite d’être suivie, car même indépendamment de son père, le réalisateur montre qu’il est digne qu’on lui prête de l’attention.

Ce n’est pas au FEFFS que j’ai visionné ce film, mais devant le choc et l’enthousiasme presque maladif que m’a procuré sa projection à l’Etrange Festival de Paris, il FALLAIT que j’écrive quelques lignes à son sujet : j’ai nommé Cockney vs. Zombies. Le terme cockney désigne les Londoniens issus de la classe ouvrière et vivant dans l’Est de la ville, ainsi que leur accent. Et là vous me dites : mais quel est le point commun entre ces Britishs et les morts-vivants ? Et bien deux de ces cockneys décident de braquer une banque pour que la maison de retraite de leur grand-père ne soit pas transformé en appartements. Bon, entre nous, je doute que ce soit la véritable raison du hold-up, parce que le grand-père, il en tient une couche, c’est carrément un Rambo du troisième âge : ancien tueur de nazis qui aurait terrorisé Hitler, le papy est dans le genre badass qui donne des cours de fracassage de zombies dans la maison de retraites. Après avoir récolté le pactole, les deux apprentis braqueurs et leur équipe se rendent compte que la ville est infestée de morts-vivants, du coup ils partent sauver les vieux, leur butin, et tenter de se barrer de la ville vite fait. Alors les vieux fanboys de Romero ont beau râler comme quoi y a trop de films du genre qui sortent en ce moment, que ça en perd son intérêt, et tout. Mais là, dites non aux hipsters de l’horreur qui se plaignent que leurs bestioles préférées deviennent trop mainstream, sinon vous passeriez à côté d’une tuerie ! Le film semble ne durer qu’une dizaine de minutes, tellement les gags se suivent sans laisser place au moindre temps mort. Le réalisateur Matthias Hoene a créé une de ces péloches qu’on regarde entre potes, avec un Cornetto à la main (high five à celui qui capte la référence !), qui fait toujours autant marrer même au second visionnage, et qui mets de bonne humeur. Du Shaun of the Dead sublimé, délirant, juste délectable. Merci les Britishs !

5eme jour – Mercredi 19 septembre 2012

Scalene, film de l’Américain (et très sympathique, au passage !) Zack Parker, est un thriller fascinant, raconté à travers trois points de vue différents. Paige, une jeune étudiante, travaillant en tant qu’aide-soignante auprès de Jakob, jeune homme atteint d’une déficience mentale, accuse ce dernier de viol, ce qui le conduit à être interné en hôpital psychiatrique. L’intrigue évolue entre le regard de la mère de Jakob, Paige et le jeune homme, allant au-delà des simples faits, dévoilant les émotions et le vécu de chaque personnage. Chaque point de vue diverge, le vécu de chacun intensifiant l’histoire, liant les évènements entre eux : de cette idée de souvenirs et de réactions déséquilibrées naît le nom de ce film, en référence au triangle scalène, dont les trois côtés sont de longueurs différentes. Le film de Zack Parker est impressionnant, débutant avec le meurtre de Paige par la mère de Jakob : une première scène plongeant le spectateur dans une grande interrogation, lui donnant l’envie de comprendre. Et l’attente est méritée : l’ending est hallucinant, d’une violence psychologique inouïe. Une grosse, grosse baffe.

Room 237 est un documentaire de Rodney Ascher sur Shining de Stanley Kubrick, monument du film d’horreur. Certains l’adorent, le jugeant comme étant un chef d’œuvre du genre, alors que d’autres déplorent une adaptation trop libre de l’ouvrage de Stephen King. Room 237 regroupe les témoignages des aficionados du métrage, exposant ses messages cachés et autres théories nées d’un visionnage pour le moins poussé de Shining. Les analyses sont doublées d’images de la filmographie de Kubrick, correspondant aux dires des cinéphiles interviewés : aucun visage de témoins n’apparaît, le documentaire est monté d’une manière personnelle et originale. Si l’avis à froid de certains spectateurs laissait sous-entendre que les théories étaient trop poussées, j’avoue avoir été scotchée par cette foule de message secrets, à la limite du subliminal. Room 237 m’a définitivement donné envie de re-visionner l’œuvre de Kubrick.

Réalisé par le français Robin Entreigner, Victimes présente François, jeune homme solitaire consultant un psychiatre en raison de son mal-être. Au fur et à mesure des séances, il dévoilera ses envies de meurtres. Niveau scénario, on peut difficilement trouver plus simple : ce n’est pas pour autant un signe systématique de médiocrité… Or, c’en est un pour Victimes ! Le synopsis promet un film plein de suspens, un personnage subtil et effrayant. Il n’en est rien ! Le jeu des acteurs est insupportable dès les premières séances : le dialogue entre François et le psy s’éternisent, n’offrant rien d’intéressant, la même phrase semblant se répéter inlassablement : « que cela vous a-t-il fait ressentir ? » Difficile de faire plus cliché, d’autant que dès les premières minutes du métrage, on se doute que François va passer à l’acte et qu’il sera trop tard pour l’arrêter. En somme, un échec cuisant.

6eme jour – Jeudi 20 septembre 2012

Dans un festival où la mascotte est un poulpe, au sein d’une ville qui aime boire de la bonne bière, un film comme Grabbers trouve forcément sa place et son public. Des monstres marins semi aliens, semi pieuvres attaquent les habitants d’une île au large des côtes irlandaises. Les deux policiers du village ont pour mission de protéger la population locale, et grâce à l’aide du scientifique des environs, ils découvrent que le point faible de ces voraces bestioles… est l’alcool. Et oui, l’une d’elle a tenté de bouffer l’ivrogne de service, et ce fut un cuisant échec : au lieu d’enchaîner la barbaque, le poulpe extraterrestre a rendu l’âme comme un vulgaire poisson desséché. Du coup, pour lutter contre l’envahisseur, les flics organisent une grosse, grosse beuverie. Et le meilleur dans l’histoire, c’est que Grabbers est encore plus fendard que ce que laissait sous-entendre ce scénario déjà totalement barré ! Les dialogues sont hilarants, le réalisateur Jon Wright (il serait de la famille d’Edgar que ça ne m’étonnerai même pas) évite les clichés et livre une bobine ultra-fun, efficace et visuellement satisfaisante : entre les magnifiques plans des décors irlandais et l’originalité des monstres, il n’y a pas de quoi se plaindre !

Iron Sky, du Finlandais Ttimo Vuorensola, est le genre de films qui chat,ouille là où il faut à la simple vue du trailer : des nazis cachés sur la face cachée de la lune, sur fond de Laibach. Wait, what ? Et oui, vous l’avez bien entendu : les salopards se sont cachés depuis soixante-dix ans en construisant des soucoupes volantes dans l’attente du moment où ils pourront reconquérir la Terre. Personnellement, en voyant ça, je trépignais d’impatience sur mon siège tellement j’avais envie de voir ça. Un ovni dans ce genre, ça ne se rate pas, surtout que Dead Snow et ses zombies nazis m’avaient bien fait marrer. Le film commence bien, il y a un bon rythme, les costumes sont fous, et le scientifique nazi qui découvre l’Iphone, c’est priceless. Par contre, par la suite… j’ai du mal à retenir ma déception. L’intégralité de la salle est en train de se bidonner (j’avais rarement vu une salle aussi blindée), et moi, je suis là, à attendre l’explosion de fun. Alors certes, il y a certains gags bien tournés, le lieutenant nazi a le côté badass d’un Hugo Stiglitz (mais personne ne devancera Till Schweiger !), la prof nazie un peu niaise est über sexy (à souligner vingt-cinq fois). Mais pour le reste, ça vole au ras des pâquerettes, et le coup de la candidate à la présidentielle qui voit débarquer deux nazis dans son salon, et qui écoute sans broncher leur discours, c’est middle. Surtout qu’elle décide de s’approprier leur gestuelle et leurs slogans… Et quand à la musique de Laibach, il y aurait eu de nombreuses scènes où leurs rythmes martiaux et la voix grave du chanteur auraient pu trouver leur place. Mais impossible de déceler cette touche slovène et militaire si délectable. Dommage !

7eme jour – Vendredi 21 septembre 2012

Excision, première réalisation de l’américain Richard Bates Jr., est une tragicomédie horrifique traitant de l’adolescence et des angoisses qui en naissent... mais poussées à l’extrême. Pauline est une jeune fille mal dans sa peau, mal intégrée dans son école et au sein de sa famille, entre sa mère coincée (Traci Lords !), son père peinant à s’imposer, et sa sœur parfaite mais atteinte de la mucoviscidose. L’adolescente a un rapport maladif à la chair, au sang, rêvant de devenir chirurgienne. Elle entreprend de guérir sa petite sœur de ses propres mains... La transformation d’AnnaLynne McCord (Nip/Tuck), interprétant Pauline, est impressionnante, son personnage rappelant celui de May, dans le film éponyme de Lucky McKee. Les fantasmes de Pauline se glissent au sein du film, par courtes séquences, dotés d’une certaine beauté visuelle, mais atteignant des sommets en matière de glauque et de malsain. Ces images ont un côté artistique particulièrement poussé, à l’image d’une publicité artistique, mais prennent rapidement une dimension sanglante. En somme, un bon film sur une adolescente obsédée par la mort. Gardez l’oeil ouvert pour repérer les caméos, entre autres, de John Waters et Malcolm McDowell !

En bref, une cinquième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg pleine de films intéressants, de bonnes idées et de créativité. Un grand merci à l’équipe de m’avoir accueilli aussi chaleureusement, et au passage un petit coucou à Stéphane Dubois ! (et à Gilles Esposito… ;) )

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