INDIE EYE

INDIE EYE - Amateur porn star killer 3

Snuff à la coke

Remis sur le devant de la scène par les succès successifs de Témoin muet (Anthony Waller), de 8mm (Joël Schumacher) et de Tesis (Alejandro Amenabar), le snuff movie reste plus que jamais un tabou inavouable, même dans les milieux les plus pervers de la pornographie brute et crasse. Pourtant, ces uniques plans-séquences filmés de manière instable au fond d’une cave continuent d’alimenter les légendes urbaines et de hanter les marchés clandestins de la vidéo pour trouducuteux en quête d’extrême. Evidemment, le cinéma d’exploitation horrifique ne pouvait passer à côté du phénomène et les pellicules comportant de pseudo meurtres et de vraies exécutions animales pullulent sur les rayons empoussiérés des vidéoclubs insalubres. Plus grand exemple, la série des Guinea pig a fait son chou gras de ces fausses mises à mort aux détails anatomiques macabres. Plus accessibles et moins onéreuses, les plate-formes vidéo regorgent de morceaux amateurs présentant tantôt des lynchages publics, tantôt des exécutions écoeurantes (Nick Berg et Saddam Hussein, en tête) tantôt de vagues humiliations de rues tout aussi abjectes puisqu’elles flirtent avec une semblable soif de voyeurisme.

Conscient de ce changement de mentalité, le réalisateur Shane Ryan réalise en 2007 son premier long-métrage, intitulé Amateur porn star Killer, plus connu sous l’acronyme APSK. Complètement amateure, la bande propose un spectacle extrêmement réaliste qui s’inscrit complètement dans la lignée du snuff puisque l’essentiel du métrage offre en pâture une jolie donzelle qui entretient un dialogue avec un caméraman invisible qui l’insulte, l’humilie et la châtie à tour de bras. Une œuvre qui se veut le reflet d’une société en pleine dérive qui salive devant l’intensité de l’expérience, une main dans le caleçon, tout en vêlant, l’autre poing tendu, sa haine à l’égard des téléréalités et des journaux à scandale. Depuis la création d’Internet, les vidéastes amateurs qui mettent en avant les galbes de leur chérie ou d’obscures inconnues a décuplé et la crédulité des futures stars de l’écran ne cesse d’atteindre des abysses devenues depuis insondables. Amateur star porn killer, malgré sa construction lassante, possédait au moins ce mérite de révélation, tout en entretenant une impression de réalité d’autant plus efficace que la pellicule ne se voyait jamais obscurcie par des effets gore outranciers. Malgré un succès quasi immédiat sur la Toile, le film de Shane Ryan ne trouve dans un premier temps pas de distributeur pour le marché DVD auquel l’œuvre était pourtant initialement destinée. Injustement estampillé porno (l’érotisme ne dépasse pas le cadre d’Aphrodisia) ou étiqueté horreur (autant de sang déversé que dans le Massacre à la tronçonneuse de Hooper), Amateur porn star killer franchit finalement doucement le cap, au point qu’un deuxième volet soit mis en chantier courant 2008. Un deuxième volet qui explore plus profondément encore le personnage de la séquestrée au détriment de l’inaltérable "tueur invisible" incarné par le réalisateur.

Invariablement, des actrices inconnues et inexpérimentées, des connaissances du cinéaste, relèvent le défi proposé par Shane Ryan et subissent ses outrages durant quelques heures non-stop sous l’œil avide de la caméra qui continue de tourner quoiqu’il advienne. Aux Michiko Jimenez et Kai Lanette des deux premiers opus succède, pour cette nouvelle cuvée 2009, l’actrice adulte professionnelle Regan Reese, vue dans une cinquantaine de films de boules auparavant. Une véritable aubaine pour Ryan, alors en plein désarroi devant le refus perpétuel d’actrices qui craignent que la pellicule nuise à leur image. « Cela prend deux heures de tourner un de ces films mais des mois pour trouver des gens qui veulent y figurer » avoue le réalisateur, bien conscient de la difficulté de l’entreprise et de la bizarrerie du projet pour les néophytes. Car son étiquette de « spécialiste du viol » lui colle à la peau et l’idée de rester enfermée pendant des heures dans une pièce avec un tel « obsédé », qui simule viols et corrections et tourne en rond, sa caméra à l’épaule ne réjouit généralement pas les postulantes. Le déclic aura finalement lieu lors d’une partie Troma au cours de laquelle Ryan rencontre le producteur Ron Jeremy qui le met en contact avec Matt Zane, autre messie du cinéma adulte, lequel lui présente Regan Reese.

Cerise sur la gâteau, la jeune actrice aux formes ravageuses figurera également dans le dernier volet de la franchise, intitulé Amateur porn star killer 3D. Cette dernière volée se posera comme une parodie de la trilogie dans son entièreté sous forme d’expérience stéréoscopique qui compte sur son gimmick du relief pour engranger un beau score au niveau des ventes (les lunettes accompagneront le DVD). Le voyeur n’aurait-il donc pas encore tout vu ?

INDIE EYE - Distortion

Cinéaste en roue libre

George, un monteur de vidéo lambda, découvre des images effarantes sur son poste de télévision : plusieurs personnes sont assassinées par un tueur mystérieux d’une manière assez brutale. A mesure que les images s’intensifient et qu’elles gagnent en clarté, le héros découvre que l’assassin n’est autre qu’un tueur surnaturel, revenu d’outre-tombe pour liquider les futurs soldats de la lutte entre le Bien et le Mal. Sauf que, pour pouvoir les estourbir en toute impunité, le sadique doit s’exécuter avant que ses victimes ne soient au courant de leur engagement futur. George est désormais le seul à posséder la clé de l’intrigue et à pouvoir enrayer cette vague de meurtres…

Ancien routinier du cinéma indépendant qu’il fréquente depuis plus de dix ans (il a notamment réalisé, écrit et monté Drop Off, un thriller fauché dans lequel apparaissait Reggie Bannister, l’acteur fétiche de Don Coscarelli), Richard Diaz réalise avec Distortion son premier film sang pour sang indépendant qui ne comptera au générique que celui du casting et … son propre patronyme. Producteur, metteur en scène, scénariste, monteur de sa propre pellicule, Diaz cumule les fonctions et s’en réjouit. « Je sais que je n’ai personne en train de regarder par-dessus mon épaule, le fouet à la main, pour regarder la manière dont je monte mon film. Techniquement, je pourrais mettre cinq ans à le monter. Mais je veux me fixer une limite. », explique-t-il afin de mettre en avant la liberté totale qu’il s’est lui-même fixée. Une liberté qui ne comporte pas que des avantages. Tourné en lieux réels, le film accuse lors du tournage quelques retards dus aux conditions du plateau « bricolé » à la hâte : la première scène shootée prend place dans un bar aux heures d’ouverture et il faut, pour le cinéaste, calculer habilement chacune des prises pour que les bruits extérieurs (clients qui bavardent, sonneries du téléphone) et les mouvements des clients ne viennent pas polluer ses rushs. "Les plus grandes difficultés de créer un film intégralement indépendant sont les plus logiques : le temps et l’argent. J’ai réalisé ce film avec l’équivalent de ce qu’un blockbuster peut dépenser en bouffe sur une seule journée. Evidemment, le temps, c’est de l’argent : il y a des choses que je n’ai pas pu tourner ou que j’ai dû minimiser étant donné que je n’avais pas le temps de les tourner."

Le projet s’étale en tout sur six années. En 2003, Diaz commence à coucher les premières idées sur papier et entre en pré-production dès l’automne 2007. Suit l’étape du casting qui prend quelques mois et est complètement finalisé en mai 2008. A l’affiche, que des inconnus dont c’est pour la plupart, la première apparition à l’écran (seul Shon Lange, le tueur de l’œuvre, a déjà œuvré dans deux petites productions auparavant). Tourné à la hâte à Chicago (à l’exception de quelques shoots dans l’Indiana) dans des emplacements réels, le métrage accapare l’essence même de la métropole et utilise adroitement ces mises en scènes réalistes sans pour autant se coltiner l’apanage habituel des œuvres indépendantes aux budgets faméliques. Soigneux et minutieux, le réal filme en HD à l’aide d’une Panasonic HVX200 et retouche ensuite son image, tel un puriste, afin de ne laisser transparaitre aucune trace attestant de la pauvreté financière de l’ensemble. Epurée de tout amateurisme pictural, la pellicule a d’ailleurs tapé dans l’œil de Fangoria qui en a présenté le trailer au prestigieux Week-End of Horrors. Actuellement en post-prod’, le métrage devrait connaître une sortie en DTV aux States avant d’arriver sur notre continent avec quelques mois (ou années ?) de retard. A suivre…

LE TRAILER

INDIE EYE - Camp kill

Les jolies colonies de vacances...

« Les jolies colonies de vacances » chantait gaiment Pierre Perret, comme prémisse avantageuse à la réalité, moins rose et jolie que prévu. Par l’entremise de l’expérience enfantine, Perret dressait un constat éloquent : les colonies en question sont le lieu de toutes les atrocités pour un marmot innocent qui y courtise les premières minettes, pisse et défèque en pleine nature et subit les brimades de chefs de colo omnipotents. Lieu béni pour les dégommages en bonne et due forme d’enfants prépubères et d’adolescents acnéiques, ces camps d’été, sorte de mélange poisseux entre des camps de concentration et un pitoyable EuroDisney, n’ont cessé d’être exploités dans le genre horrifique. Du camp de Cristal Lake cher à Jason Vorhees à l’Arawak de Sleepway camp en passant par celui de Carnage (The Burning), le combat est le même : une tripotée de jeunots, explorant nocturnement les parties génitales du sexe opposé, se font dézinguer par un psychopathe sanguinaire.

Fervent admirateur des slashers des eighties, Nate Hainley reprend une recette similaire pour son premier long métrage « pro » et renvoie ainsi à l’âge d’or du cinéma d’exploitation, époque où les réalisateurs usaient de tous les moyens possibles et imaginables pour susciter, chez leurs spectateurs, un féroce mélange d’inquiétude et d’amusement. A coups de sexe sadique et écoeurant et de blagues potaches inoffensives, Hainley entrevoit la nostalgie de l’enfance à travers le prisme d’un kaléidoscope ensanglanté. Une façon de dédramatiser une mélancolie bien réelle : « Nous faisions du canoë », raconte le réalisateur, « des feux de camp et nous racontions des histoires de fantômes. Je n’oublierai jamais cette expérience. C’était un grand moment. » Avant de terminer sur une note moins édifiante : « Mais les camps d’été réveillent l’animal qui est en nous : vous êtes en pleine nature et vous revisitez vos origines de primate, sans parler des filles qui passent leur temps à bronzer. » Emulsion de testostérone et bestialité totalement en phase avec le tueur assoiffé de sang, planqué dans les bosquets pour mieux surprendre ses victimes.

Fan de la première heure des films d’horreur, Hainley n’est pourtant pas un amoureux du gore qui tache et du sexe sirupeux. Son attention se porte surtout et avant tout sur l’atmosphère qu’il désire aussi tendue qu’un string et aussi poisseuse que les fesses de Maité sous un soleil de plomb. Un soleil qui s’est fait attendre et qui a contraint le cinéaste à repousser son tournage, initialement prévu en 2007. La météo, tout comme une écriture plus longue que prévue, fut l’un des aléas traditionnels de cette pauvrette production que l’auteur affectionne. Cumulant les postes de réalisateur, scénariste, producteur, monteur, chef opérateur et responsable des effets spéciaux, Hainley jouit de sa liberté totale et ne manque pas de souligner à quel point budget famélique rime avec créativité et originalité. « Tout ce dont vous avez besoin, c’est d’une bonne idée, d’une caméra, d’un casting sérieux et de plus d’un tour dans votre sac. » Question casting, le réal’ a d’ailleurs débauché une fine équipe aguerrie aux prods indie parmi lesquels figurent la séduisante Rachel Grubb, la non-moins intéressante Scarlet Salem et Landyn Banx, trois acteurs déjà réunis dans Tales of the Dead et Terror Overload, deux péloches horrifiques flirtant déjà avec le slasher flick.

Actuellement toujours en phase de production, Camp kill devrait décourager une nouvelle fois la jeunesse de se terrer dans des camps estivaux. Ou comme le résume la tagline : « Live. Camp. Die. »

INDIE EYE - The Crypt

Chasse aux trésors souterraine

Depuis le déjà cultissime The Descent de Neil Marshall, sorti en 2005 et provoquant un engouement énorme auprès des fantasticophiles de la planète entière, nombre de cinéastes tentent tant bien que mal, à coups de budgets réduits, de profiter de la vague initiée par l’Anglais. Alors que Osunsanmi Olatunde fut le premier à se planter dans le sillage de Marshall avec son dispensable et crétin The Cavern, un autre réal du pays de l’Oncle Sam va tenter sa chance en envoyant ses héros tout droit dans les entrailles de notre belle planète : Craig McMahon.

A ce titre, le cinéaste lui-même ne dément pas que l’inspiration lui est venue « en regardant The Descent et, aussi, en étant intrigué par The Cave, The Cavern et autres œuvres horrifico-souterraines. » Cette information, qui n’est pas de nature à rassurer les fans du genre, est néanmoins tempérée par un pitch un brin plus original que les simples copiés-collés de l’œuvre de Marshall. The Crypt prend place dans les catacombes d’une ville où six délinquants pénètrent en plein nuit pour y dérober bijoux et or, cachés durant la Grande Dépression. Malheureusement pour ces gros durs, l’aspect labyrithique des lieux n’est rien à côté d’habitants avides de chair humaine.

S’il est certain que The Crypt ne risque pas de révolutionner le cinéma de genre, son ancrage historique pourrait rendre le propos un peu plus lourd de sens. McMahon compte en tout cas jouer « sur l’obscurité et l’aspect claustrophobique de l’endroit où se déroule l’action » car il a « toujours été intéressé par les lieux suffocants » mis en image dans les œuvres précitées. Et pour ce qui est des occupants des catacombes, là aussi le cinéaste a tout de suite eu une idée précise de ce qu’il désirait. « Les criminels trouvent les habitants des lieux qui sont un mélange entre fantômes et zombies, qui protègent leurs richesses. Le film commence dès lors comme une chasse aux trésors avant de se transformer en un survival.Le but était de rendre le décor aussi dangereux que les habitants des lieux. »

Les criminelles, essentiellement de sexe féminin, vont donc avoir du mal à se sortir de ce mauvais pas, d’autant que toutes les actrices employées à cet effet sont des… quasi-néophytes. Qu’à cela ne tienne, McMahon est sûr de son fait : les donzelles « ont fait tout leur possible et ont donné le meilleur d’elles-mêmes. C’était un véritable challenge. »

McMahon paraît dès lors confiant, d’autant que, depuis cinq ans, ce jeune réal est distribué par Lionsgate. Il faut repéré à l’occasion de « Machined et ensuite, Lionsgate a, à chaque fois, travaillé avec moi pour la distribution d’Orville, de SportKill et Machined 2 ». Preuve s’il en est que la firme a confiance en lui, The Crypt est sorti dans quelques salles américaines le 25 juin dernier, entraînant quelques échos laissant entendre que le résultat final était passable.

Cela devrait donc encourager un cinéaste qui pense déjà à la sortie DVD de The Crypt, dans laquelle il y aura notamment les scène coupées. « Je ne voulais qu’on les fasse figurer sur le DVD mais les distributeurs ont affirmé qu’ils en avaient besoin. Vous pourrez notamment découvrir en détail l’endroit fort particulier dans lequel on a tourné. Ca, ça vaut vraiment la peine ! »

En plus de cette sortie, très attendu par les amateurs de fiilms un brin fauchés, Craig McMahon s’attèle désormais à d’autres projets par le biais de sa firme Post Reel Pictures. « C’est ma compagnie, je l’ai créée parce que les autres réals avaient besoind’une firme qui travaillait sur la post-production de leur œuvre. Post Reel Pictures s’occupe ainsi notamment de montages, de trailers, de CGI,… » Bref, McMahon est un vrai touche à tout, un passionné qui, espérons-le, a tout donné avec son The Crypt. Si l’originalité ne devrait pas être au rendez-vous, le résultat visuel semble en tout cas satisfaisant. A quand une sortie européenne pour The Crypt ?

(Propos recueillis par Mae-Nak)

LA BANDE-ANNONCE

INDIE EYE - Ghost house et The coffin

Louisiane : deux pour le prix d’un

Lieu de villégiature privilégié des admirateurs des oreilles de Mickey, la Floride est également un berceau reconnu pour le cinéma depuis la naissance de Jacksonville. Aujourd’hui essentiellement prisé pour son climat subtropical ainsi que pour ses installations balnéaires et astronautiques, l’Etat pullule en talents potentiels qui s’unissent et pactisent afin de coucher sur pellicule leurs fantasmes éhontés.

La production Glass Asylum témoigne de cette volonté de donner leur chance aux réalistes en herbe, nourris au téton bien ferme et à l’horror flick dégoulinant d’hémoglobine. Rory T. Penland, scénariste de Deadly species, récidive dans le domaine de l’horreur en scénarisant et réalisant Ghost house, une histoire de maison hantée (comme l’indique son intitulé) tout ce qu’il y a de plus traditionnelle, enrobée dans un style documentaire. Auteur de quelques scénarii d’animes (parmi lesquels trône le Dr Piranha auquel il a donné vie lors de représentations au festival de Floride) et de nouvelles vampiriques, Penland enfile le dossard du first-time director et offre sa version personnelle du lieu fantomatique.

En mai 2001, un medium reconnu tient une séance de spiritisme dans une véritable maison hantée, située sur la côte de la Floride. La séance tourne au drame et toutes les personnes qui ont osé franchir le seuil de la maudite bicoque se voient transformés en chair à pâté. Deux ans plus tard, une équipe tente de réaliser un documentaire sur le tragique charnier. Composée d’un réalisateur, d’un scénariste, d’un professeur, d’un medium, d’un chasseur d’esprits, de deux cameramen, d’un technicien-son et de deux étudiants, l’équipée entend éclaircir le mystère et expliquer au mieux le déroulement de cette nuit fatale. Mais, à mesure que l’aiguille de l’horloge se rapproche de minuit, les corps continuent de s’amonceler…

Ghost house s’appuie donc un script d’une banalité exemplaire que le cinéaste entend contrebalancer en imprimant la rétine du spectateur avide de sensations fortes. D’ailleurs, avec une ironie difficilement perceptible, qualifie-t-il son travail d’ « expérience choquante » pour ceux qui se risqueraient à le regarder jusqu’au bout. Actuellement en recherche de distribution (et toujours pas présent sur IMDb), Ghost House sent la bande gentiment Z filmée avec un sérieux qui confine à l’austérité, source d’hilarité privilégiée des potes de chambrée gavés à l’alcool de cerise. En un mot, une expérience inoubliable…

Au style « reality show », The coffin préfère le non-style gonflant de la fable serinée par une voix-off omnisciente. Réalisée par les néophytes Mickey M. Bonura (qui est apparue dans Dracula 2000 et The Waterboy) et Daniel H. Ingraham (responsable du maquillage du Deadly species précité et acteur de Zombies ! Zombies ! Zombies), la pellicule retrace l’histoire, depuis ses origines, d’un cercueil construit en pin (alors que le chêne redevient abordable) qui est le berceau de nombreuses malédictions. A l’origine dernière demeure d’une sorcière brûlée vive, la bière devient tour à tour porte d’entrée du royaume des vivants pour une poignée de zombies, une boîte maléfique pour plusieurs jeunes et lieu de repos d’un vampire. Et papy Mad Jake de conter l’historique complet de cet amas de planches maudit à la petite Bobbie Sue qui, l’œil hagard et l’air hébété, phagocyte les fabuleuses histoires de son conteur d’un soir.

Musée d’histoire de la bière grandeur nature, The coffin possède les atours d’un guide touristique (peu enchanteur, il est vrai) du Southland puisque le récit vagabonde dans toute la Louisiane, peuplé de figures connues de l’horreur. Se bousculent ainsi dans le casting Scott Schwartz (A Christmas story), James Hampton (Teen wolf), Brinke Stevens (Hybrid et le futur remake du Plan 9 d’Ed Wood), la scream queen Kimberly L. Cole (vêtue pour l’occasion en gothique), Mike Christopher (le zombie Hare Krishna du Dawn of the dead romerien) et, potentiellement, Lloyd Kaufman (qui devient itinérant puisqu’on le verra également dans le Ouvert 24/7 de Vettier et Paya).

The coffin stagne quant à lui dans sa phase de pré-production et attend que de charitables âmes investissent à son endroit. Et, pendant ce temps, des millions s’écoulent pour un nouveau Transformers. Triste monde...

LE TRAILER DE GHOST HOUSE

INDIE EYE - Nun of that

Pray for your death

Dans le registre « genre poussés à leur paroxysme », Richard Griffin tape très fort. Signataire de quelques délires bis tirant sur le Z (Pretty Dead things, Necroville), Griffin exploite cette fois le filon de la « nunsploitation », sous-genre méga-codifié qui a accouché de quelques délicieuses bandes parmi lesquelles le mexicain Satanico pandemonium ou le rital Malabimba, deux films qui bafouent avec allégresse le politiquement correct en compilant de nombreuses séquences voyeuristes et violentes, qui détonnent forcément avec un environnement inondé de signes et symboles religieux.

Nun of that délaisse les habituelles tortures infligées à une bande de nonnettes en chaleur et adopte un contrepied vachement intéressant, transformant la nonne en un vigilante revanchard qui revient régler ses comptes sur Terre. Abattue dans une allée, la sœur Kelly Wrath monte au ciel et y reçoit l’entrainement de certaines grandes figures de la mythologie religieuse (Bouddha, Moïse, …). Elle est ensuite renvoyée sur Terre où elle rejoint l’Ordre des Habits noirs, un groupe de nonnes vengeresses qui sont au service du Tout-puissant… Suivant l’exemple des extrapolations grindhouse de Rodriguez et Tarantino, Griffin s’est d’abord attelé à proposer de ce projet foldingue une fausse bande-annonce :

Devant l’engouement des internautes et du public face à ce trailer caricaturant à l’excès le genre traité, Griffin mit en route la machine pour que le projet devienne un long métrage dans lequel une myriade de religieuses high tech (l’habit de laine est troqué contre des équipements en latex, héritage d’un fétichisme de plus en plus présent dans le genre). Aujourd’hui en post-production, Nun of that comporte une affiche pour le moins alléchante puisque se bousculent au sein des castings les fidèles ouailles du cinéaste indépendant (Sarah Nicklin et Alexandra Cipolla, déjà présentes dans Beyond the Dunwich Horror et Splatter Disco du même réalisateur) et quelques gloires du cinéma de genre comme la scream queen Debbie Rochon (Poultrygeist, Chicago Massacre) ou le Pape du ciné indie Lloyd Kaufman (également à l’affiche de Poultrygeist, son propre film et d’Ouvert 24/7) qui, par analogie, interprète le rôle du Pape… catholique (et non cathodique).

Parachevant une peinture très crue des béguines entamée depuis longtemps déjà, Nun of that leur colle cette fois entre les mains des flingues phalliques et termine de détruire le semblant de moral qu’il leur restait en les propulsant au centre de gunfights destructrices. Un film bad-ass en somme qui égraine un à un chacun des éléments propres au genre au prix d’une parodie assurément jouissive.

LE TRAILER OFFICIEL

GALERIE PHOTOS

INDIE EYE - Lynch Mob

Quand les zombies s’attaquent à la mafia...

Quel rapport entre des parrains de la mafia et des morts-vivants ? A priori aucun. Pourtant, ces deux communautés, qui n’ont en commun qu’un insatiable amour du sang et un fumet pestilentiel propre à la chair en putréfaction, partagent l’affiche d’une petite pellicule indépendante made in US intitulée Lynch Mob (littéralement, le gang des lyncheurs).

Weasel, balance invétérée qui a fait d’importantes révélations au FBI à propos du clan Giavanni, famille de mafieux réputée pour ses méthodes expéditives, bénéficie du programme de protection des témoins et espère couler des jours paisibles dans la petite communauté de Lynchburg, village engoncé dans le sud de l’Amérique qui ne compte qu’une minorité d’âmes. Mais ce bled en rase campagne recèle un secret inavouable : il est frappé par une malédiction séculaire qui a condamné les citoyens à se repaître des touristes égarés. En apparence paisible, ce lieu de villégiature prétendument idyllique est en réalité le pendant de l’Enfer sur Terre et Weasel et les mafiosi qui le traquent vont l’apprendre à leurs dépens.

Roulez genèse

La genèse du projet diffère selon les géniteurs. Chacun y va de sa petite légende pour édifier autour de l’œuvre un nébuleux mystère. Toujours est-il que si le producteur John J. Cornetta, magnat de l’industrie du sexe (il est le propriétaire de dizaines de compagnies dans le domaine comme Xcitement magazine et le Stroerotica Tradeshow), affirme que chacune des idées découle de recherches opérées sur Google, recherches destinées à déterminer quels étaient les pôles les plus vendables (les réponses sont sans appel : sang, meurtre, sexe, horreur et mafia), le lien tissé entre le milieu mafioso et celui du film d’horreur résulte principalement du casting opéré par la production. Paul Borghese, ami d’enfance de Cornetta, est le premier guest à rejoindre l’équipe. L’effet boule de neige ne se fait pas attendre : Paul contacte l’une de ses connaissances, l’acteur Tony Darrow. Surtout connu pour son rôle de proprio du resto dans Les Affranchis de Martin Scorsese, cette gueule mafieuse s’est aussi illustrée dans la série Les Sopranos essentiellement centrée sur ce milieu porteur de talents de la gachette. Face à cette prolifération de mafiosi, la production se doit d’opter pour un cap particulier et d’incorporer un gang mafieux au sein du chaos anthropophagique qui règne à Lynchburg.

Vendre l’invendable…

« Quand La nuit des morts-vivants rencontre Les Sopranos » indique le trailer avant d’ajouter que la fin est tellement incroyable que personne ne peut la sentir venir (« An incredible ending you won’t see coming »), deux taglines évocatrices censées charmer un public assez ingénu pour gober de telles balivernes. Le prosélytisme publicitaire façon n’a pas évolué d’un iota depuis des décennies. La formule est simple, directe : il s’agit de présenter le produit comme le meilleur depuis du millésime afin de drainer dans les salles une majorité d’amoureux du genre ou de devins de pacotille, persuadés de l’impact de cette nouvelle simili-révolution. Mieux, optant pour le principe « kingien » du marketing (des tas de séries B possèdent sur leur cover une appréciation du maître de l’horreur), la promo de Lynch Mob se pare de messages attractifs déclarés par des membres de l’équipe du film, procédé vachement casse-gueule s’il en est. Ainsi, le réalisateur du métrage argue-t-il que son film est l’un des « Meilleurs films d’horreur de l’année » ou encore « Destiné à devenir un classique » seriné par Tony Darrow, l’un des acteurs principaux.

Autant de déclarations douteuses qui desservent plus la pellicule qu’elles ne la servent, tandis que la restriction imposée par la MPAA (classement R pour violence et sexualité abusives) pourrait séduire les fanas du trash et de l’horreur séminale. Lynch Mob surprend par sa capacité à cultiver la contradiction de bout en bout en s’empâtant dans l’auto-éloge et en se réjouissant des filtres de la censure...

TRAILER

INDIE EYE - The violent kind

Une nouvelle fournée de barbaque signée Butcher brothers

Mitchell Altieri et Phil Flores, les faux frangins qui composent le tandem des Butcher brothers, s’étaient fait remarquer grâce à leur second film commun, The Hamiltons, leur premier essai intitulé Long Cut ayant fait l’effet d’un pavé dans la mare. Fauché comme pas deux (le budget avoisine les 100 000 dollars, de quoi payer le café pour les acteurs du Choc des Titans), The Hamiltons marque par son réalisme carnassier, ancrant son action dans un foutoir anonyme où vit une famille de dégénérés qui pourraient bien être nos voisins, pour peu qu’on crèche loin des quartiers résidentiels de Desperate housewives. Minimaliste mais terriblement efficace, la pellicule des Butcher bros tire indéniablement profit de son budget resserré et de ses moyens logistiques limités qui lui valent une pluie de critiques élogieuses et de sélections en festivals.

Prompt à pervertir les cinéastes les plus prometteurs (Chris Sivertson se voit refilé le projet I know who killed me), Frank Mancuso Jr., à la tête de la boîte 360 pictures, débauche les réalisateurs et leur confie le remake de Week-end de terreur, slasher de Fred Walton qu’il avait lui-même chapeauté dans les années 80, exploitant le filon du meurtrier anonyme jusqu’à la corde dès le second massacre de Jason Vorhees. Contraints de revoir leur script à la demande de la production, visiblement trop frileuse, les Butcher brothers signent avec Avril sanglant une œuvre dénuée du moindre intérêt. L’aventure hollywoodienne tourne au désastre et le duo part se refaire une jeunesse dans le cinéma indie qui lui a permis d’atteindre un vedettariat mérité.

Leur nouveau projet se pose à la croisée entre leur précédent opus et le délire de Robert Rodriguez, Une nuit en enfer, titre que n’aurait certainement pas usurpé cette nouvelle bande énergique. Produit par Andy Gould et Malek Akkad (à l’origine du Halloween de Rob Zombie) et Jeffrey Allard (exécutif sur les reboots de Massacre à la tronçonneuse), The violent kind (tout est dans le titre) s’attache à une bande de bikers-voyous qui, partis avec leurs pépées faire la fête dans une cabane isolée dans les bois, s’apprêtent sans le savoir à passer une nuit cauchemardesque sitôt que l’une de leurs minettes se voit possédée par un esprit diabolique.

Ce huis clos tendance survival, tourné dans le nord de la Californie, fait d’ores et déjà parler de lui, ne serait-ce que pour sa sélection en compétition au festival de Sundance 2010. Mais également pour son casting, peuplé de trognes connues du cinéma de genre comme la délicieuse Tiffany Shepis (Night of the demons, Zombies ! Zombies ! Zombies !), Taylor Cole (Avril sanglant, Clones) ou encore Cory Knauf, vu dans The Hamiltons des mêmes réalisateurs.

INDIE EYE - Psycho Ex-Girlfriend

Le fantôme de mon ex-fiancée

Un organisateur de festival qui fait du cinéma. La transition est tellement rare qu’elle méritait incontestablement d’être soulignée. Matt Acosta, à l’origine du festival de genre Deadmonton, entame actuellement la pré-production de Psycho Ex-Girlfriend, son premier film qui, comme son nom l’indique, met en scène une ex-petite-amie plutôt violente, créant autour d’elle un véritable carnage. Du vécu pour le cinéaste ? Evidemment, atteste ce dernier. Et je pense que chaque homme a sa propre histoire d’ex psychotique. C’est d’ailleurs commun aux hommes et aux femmes et ce de manière universelle, en fait je pense que quand des personnes se séparent, ça peut donner des idées extrêmement étranges. Et peut-être que ce garçon ou cette fille peut dériver dans la folie et me tuer ainsi que mes amis. Encourageant ! De quoi rester à l’écart de ses futures possibles ex pendant un bon bout de temps.

Rassemblant petit à petit ses collaborateurs, Matt Acosta fournit fréquemment sur son site internet des nouvelles sur les phases de production de son film, conviant au bavardage Youtubisé tantôt une maquilleuse, tantôt un producteur. Le site de partage de vidéos qui sera d’ailleurs mis à contribution puisqu’il entend demander aux visiteurs de son site qu’ils livrent leurs témoignages sur leurs propres ex. Les meilleures histoires (ou élucubrations mythomanes, c’est selon) seront ensuite postées sur le site officiel de la production. Préparez vos webcams les gars au lieu d’aller poser votre cul sur les sièges rouges de Delarue...

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Vous avez établi le festival du film d’horreur de Deadmonton. Quelques mots à propos de cette expérience...

Deadmonton constituait une expérience vraiment folle que j’ai entreprise quand j’avais 23 ans. Je n’avais aucune idée ce que je faisais, mais comme j’aimais les films d’horreur, je voulais leur offrir une vitrine. J’ai contacté un cinéma indépendant appelé le "Metro Cinema" et leur ai proposé mon idée de festival de film d’horreur. Il n’y avait aucune infrastructure pour un festival et il n’y avait aucun financement non plus. Donc j’ai vidé mon compte bancaire et ai financé le festival entièrement de ma poche. Tout le monde pensait que je me plantais, mais je savais si j’arrivais à créer un endroit magique, le public se manifesterait et soutiendrait le festival. J’ai conçu Deadmonton dans l’esprit des rassemblements punk et métal. Mon meilleur souvenir reste le projection de "Night of the Creeps", assis sur le sol étant donné lque la salle était bondée ... de gens qui n’avaient jamais vu un tel film auparavant. Après la projection, les spectateurs ont afflué pour me dire ce qu’ils avaient pensé du film et à quel point ils ne pouvaient pas croire de ne l’avoir jamais vu avant. J’en ai eu la larme à l’oeil... Autant que lors de la séance d’Aftermath de Nacho Cerda.

Votre court-métrage, Love Hate, tragedy, est une sorte de reprise de Romeo et Juliette et aborde également la problématique de la relation amoureuse. Vous êtes obsédé par cette idée de mélange l’amour et la mort ?

"Love, Hate, Tragedy" était supposée devenir une version horrifique de la pièce de Shakespeare, mais c’est finalement devenu une sorte de film d’horreur artistique, étant donné que c’était financé par la fondation Alberta pour l’Art. Je dirais plutôt que je suis fasciné par le mélange de vengeance et d’anti-héros, davantage que par l’association amour/mort. Je crois que ces deux thématiques ajoutent une sorte d’atmosphère morbide à une histoire. Je pense que le public a besoin de se sentir en terrain connu pour apprécier un film et l’amour et la mort constituent des thèmes universels que les plus grands maîtres ont d’ailleurs mêler à chaque fois.

La vidéo mise sur Youtube met en avant quelques passages sanglants. Devons-nous attendre un film vraiment gore ?

"Psycho Ex-Girlfriend" n’est rien d’autre qu’une bonne dose de gore ! C’est pourquoi nous avons regardé de nombreux slashers, nous voulions des scènes de mort inventives. Je n’ai pas écrit un film à suspense, "Psycho Ex-Girlfriend" constitue un amusement, une sorte de John Hughes violé par un film d’horreur.

Quand j’étais enfant, je regardais "Jason va en enfer" et je me souviens distinctement de la scène de la tente, dans laquelle deux campeurs se rapprochent. Jason donne un coup de couteau, coupe la fille en deux et le sang se répand pendant que le mec (qui ressemble à Mario Lopez) a toujours son pénis à l’intérieur de la gonzesse. Le Matt, alors âgé de 10 ans, s’est écrié "Oh my god, c’est ridiculeusement terrifiant ! Regardons-la encore huit fois !". Je souhaitais faire ce film pour les enfants et les adolescents actuels, ceux qui aiment regarder ce genre de films le méritent.

Deux grands éléments dominent votre film : la neige et le meurtre. Pensez-vous que le sang est plus terrifiant une fois qu’il se déverse sur la neige immaculée ?

Je pense que nous ne sommes plus sensibles à la vue du sang mais quand celui-ci se répand sur quelque chose de blanc, ça prend une dimension plus réelle. Ce n’est plus seulement un liquide rouge qui éclabousse et finalement disparaît, ça reste visible et ravive ce trauma de l’hémoglobine devenu obsolète avec le temps. L’impact est plus grand et les pupilles des spectateurs en sortent marqués.

Avez-vous connu personnellement des problèmes avec vos ex ?

Evidemment. Et je pense que chaque homme a sa propre histoire d’ex psychotique. C’est d’ailleurs commun aux hommes et aux femmes et ce de manière universelle, en fait je pense que quand des personnes se séparent, ça peut donner des idées extrêmement étranges. Et peut-être que ce garçon ou cette fille peut dériver dans la folie et me tuer ainsi que mes amis.

A combien s’élève le budget du film ? Et quand pensez-vous qu’il sera terminé ?

Le budget de "Psycho-Ex" dépend de la compagnie qui va l’acheter pour le distribuer. En étant réaliste, nous devrions avoir un budget qui se situe entre 100 000 et 500 000 dollars. Si tout se déroule comme prévu, nous tournerons durant l’automne et le film sortira en 2011.

Pouvez-vous nous livrer une exclusivité à propos de Pyscho Ex Girlfriend ?

Et comment ! J’ai prévu d’inclure quelques-uns de mes réalisateurs favoris qui viendront faire des caméos. J’ai déjà parlé à Stuart Gordon qui semble partant pour l’expérience. J’ai cette fâcheuse tendance à vouloir voir figurer mes réalisateurs favoris dans mes films, attendez-vous ainsi à en voir quelques-uns. Nous sommes également en projet de récolter des témoignages de gens sur You-Tube où ils pourront parler de leurs expériences personnelles en matière d’ex-petites-copines, nous posterons les meilleures sur notre site officiel. Le grand prix ira à celui qui aura décrit la meilleure histoire et il deviendra une des victimes de mon film.

(Interview réalisée par Damien)

LA BANDE-ANNONCE

PSYCHO EX-GIRLFRIEND TEASER from Shaindel Kolnoa on Vimeo.

INDIE EYE - Tucker and Dale vs Evil

Deux nigauds dans les bois

Héritiers malgré eux d’Abbott et Costello, Simon Pegg et Nick Frost ont contribué, avec l’hilarant Shaun of the dead, à ressusciter un genre tombé en désuétude, la comédie horrifique. Dans l’oeuvre d’Edgar Wright, deux nigauds étaient confrontés à des morts-vivants et échafaudaient des plans acadabrantesques pour se sortir du pétrin : lancer de disques, imitation des mimiques et démarches zombiesques, autant de stratégies promptes à provoquer l’euphorie dans le camp des amateurs de zombiards. Tandis que le tandem rejoue une mélodie similaire - mais avec beaucoup moins de tonus - avec un extraterrestre cool dans le mi-figue mi-raisin Paul, d’autres s’emparent de la formule outre-Atlantique.

Avec Tucker & Dale vs. Evil, Eli Craig met le grappin sur un autre sous-genre, indissociable de l’épouvante actuelle, le survival. Localisé dans le Sud profond de préférence avec son lot de rednecks locaux. Ce stéréotype s’est progressivement ancré dans la psyché des films d’horreur par l’intermédiaire de Délivrance ou de Massacre à la tronçonneuse, ou plus récemment Détour mortel ou Cabin fever. Ce sous-genre, baptisé Hellbilly sur le nouveau continent, devenu désormais assez mûr pour se voir décortiqué et parodié (à l’instar du slasher via Scream ou de la parodie de slasher avec Scary movie) se plie au jeu de l’analyse et au décodage stricto sensu.

Tucker et Dale, ce sont deux autochtones un brin bourrin qui louent une cabane dans les bois pour le Spring break. Sur leur route, ils croisent de jeunes collégiens qui, rassasiés par les méfaits de l’effrayante équipée de cannibales de La colline a des yeux, prennent les zigotos pour des rednecks dégénérés et consanguins, aux tendances alimentaires cannibales et sexuellement branchés par la nécrophilie. Difficile de leur donner tort, surtout que le compteur des disparitions mystérieuses s’est enclenché et que les deux nigauds se trouvent souvent au mauvais endroit au mauvais moment. Pourtant, la réalité est toute autre puisque les djeunz en question décèdent les uns après les autres à cause d’accidents improbables.

"Le film a été inspiré par la litanie des films d’horreur qui recyclent continuellement le même argument vieillot" explique le réalisateur Eli Craig. "La voiture des collégiens tombe en panne en plein milieu des bois, ensuite le massacre commence. Morgan Jurgenson, mon co-scénariste, et moi trouvions hilarants d’imaginer que Freddy Krueger, Leatherface ou les monstres de La colline a des yeux soient juste le fruit de quiproquos successifs." Décrit comme une sorte de rencontre entre Dumb and Dumber et Massacre à la tronçonneuse, T&D vs Evil sent la comédie potache et absurde, remplie de malentendus désopilants et de morts invraisemblables, portée par un tandem d’arriérés en salopette charismatiques, campés par Tyler Labine (Reaper) et Alan Tudyk (Serenity, I, robot).

Présenté à Sundance début 2010, Tucker & Dale vs Evil sera certainement parachuté directement dans les bacs chez nous après avoir fait une escale par le festival lyonnais Hallucinations collectives.

LE TRAILER

INDIE EYE - Colin

Guide de survie en territoire zombie

Dans cette rubrique destinée aux films de genre indépendants, nous nous attachons à ne parler que de pellicules fauchées comme les blés, faisant appel au système D et à la débrouillardise ou shootés au portable dans les toilettes d’une pompe à essence autoroutière. Colin entre de plein pied dans cette perspective puisque cette péloche britannique a été montée entièrement pour la coquette somme de ... 45 livres sterling. "De quoi nous acheter des cassettes et un pied de biche" confesse le réalisateur, Marc Price.

Alors, évidemment, quand un tel low-budget - le mot est faible - débarque au milieu du faste de la Croisette pour investir le marché du film cannois, le buzz est immédiat. Un an et demi plus tard, Colin n’a toujours pas trouvé de distributeur européen. Triste constat pour cette bande au concept pourtant original. Plutôt que de s’intéresser à un groupe de survivants humains en lutte contre des morts-vivants, Colin adopte le point de vue d’un zombie, fraîchement mordu, qui tente de comprendre l’affection qui le gangrène lentement. "Nous préférions susciter l’empathie du spectateur plutôt que la terreur" explique Price.

Tourné avec une Panasonic mini-DV dans les rues de Londres et Swansea sur une durée de 18 mois, le film n’a pu exister que grâce aux artisans qui ont accepté de bosser bénévolement. Des maquilleurs aux acteurs, personne n’aura été rétribué et chacun aura mis la main à la pâte pour le fun ou par simple amour du cinéma. Présenté depuis au festival de Malaga et sur quelques écrans américains, Colin prouve que le cinéma n’est pas uniquement une affaire de gros sous et que la créativité peut suffire à émerger de la masse. Reste à espérer avec le cinéaste que certains autres créateurs franchissent le cap et qu’ils se disent en voyant son film : "S’il a pu le faire, je le peux aussi..."

LE TRAILER

INDIE EYE - Paranormal calamity

Bordello of ghost

Avec à son catalogue des titres tels que Not Another B MOVIE, Michael Morlock’s Supernatural World ou Doctor Spine, Boomstick Films tape clairement dans le divertissement horrifique bas de gamme monté à l’arrache à l’aide du caméscope d’un voisin dans une vieille bicoque abandonnée. Un peu comme The speak, quoi ? Ah ben non, les malotrus surfant sur la vague du documenteur ont quand même pu réunir assez de biftons que pour enrôler Tom Sizemore pour un méga caméo à trois répliques.

Paranormal calamity se détache du peloton Boomstick depuis qu’il a raflé deux récompenses, pour la Meilleure actrice et la Meilleur comédie, au festival du film d’horreur indépendant qui a eu lieu dans l’Illinois au mois de mars dernier. Décalque évidente de la récente vague des films-de-trouille-à-deux-kopecs initiée par Oren Peli et son Paranormal activity, Paranormal calamity investit le terrain de la parodie pure des films de maisons hantées. Pour preuve, les héros (un couple, évidemment) résident dans une petits maison de banlieue édifiée sur les ruines d’un ancien bordel dont les anciens pensionnaires se montrent plutôt envahissants.

"A sexy new comedy with... Spirit" indique la tagline du film de John Wesley Norton (également réalisateur, scénariste et producteur de tous les films de l’écurie) qui promet, pour appâter le chaland, un mélange de scènes coquines et de vrais morceaux désopilants. Fun et sexy, deux qualificatifs qui, conjugués au sein d’un pied-de-nez relatif à la tendance documenteuse et mockbusterienne (put***, les néologismes qui défrisent !), suffisent à rendre l’entreprise a priori sympathique. Puis, si le résultat s’avère très peu bandant, l’affiche elle, rattrape franchement le coup, non ?

INDIE EYE - Back to the Beyond

Du pareil au Maine

Le Maine, région natale du romancier Stephen King. État recelant une kyrielle d’endroits suffisamment étranges que pour nourrir l’imagination fertile d’un gamin fasciné par l’horreur qui en deviendra le maître incontesté quelques années plus tard. Patrie de l’épouvante par excellence, le domaine du King reste encore aujourd’hui un vivier de jeunes talents éduqués dans la peur qui espèrent secrètement pouvoir imprimer leurs propres cauchemars sur pellicule. Les frères DiBacco y ont d’ailleurs tourné leur second long métrage de fiction, Back to the Beyond. Inspirés par les récents éclats financiers de quelques documenteurs, les frangins échafaudent une histoire fortement influencée par Paranormal activity, film le plus rentable de l’histoire du cinéma qui s’apprête à voir sa saga à nouveau agrandie. La péloche fantomatique d’Oren Peli est en effet l’une des rares bandes indépendantes à s’être installée durablement dans les salles obscures du monde entier, grâce à un buzz et une distribution admirablement orchestrés.

Ce nouveau "found footage" croise les univers thématique et formel de PA et narratif de Cannibal holocaust ou le plus récent Yellowbrickroad. Dans Back to the Beyond, une équipe de vidéastes amateurs investit une maison hantée et se voit confrontée à des phénomènes inexplicables qui leur coûtent la vie. Appelés par les propriétaires de la maison, les investigateurs paranormaux professionnels de la brigade du P. A. R. A. Force sont chargés de découvrir ce qui est arrivé aux aventuriers écervelés qui leur ont précédé. Ce pitch assez convenu constitue pourtant la principale force du film des DiBocca. "Notre film utilise un angle qui n’a encore jamais été exploré", expliquent-ils. "Il ne s’agit pas d’une histoire que l’on a déjà vu un million de fois." Complètement novateur, Back to the Beyond ? Apparemment pas, d’autant que le métrage est présenté comme une adaptation moderne de la série télévisée des années 50, One step beyond. En tout cas, suffisamment efficace pour que Maxim Media International, distributeur qui s’est fait une spécialité des low budget horrifiques (dont quelques bien bisseux, qui ne dépareilleraient pas dans le catalogue de Charles Band, comme Clownstrophobia, Cannibal suburbia ou Destined to be ingested), se charge de son exploitation internationale. Probablement destiné à être édité en DTV chez nous, le film des DiBocca sortira sur les écrans américains en septembre 2011 en circuit limité. Une véritable aubaine pour ces réalisateurs qui, de leur propre aveu, pensaient encore voici cinq ans que l’accès au cinéma resterait à jamais un rêve inatteignable. Comme le déclare Kevin, "la plupart des films indépendants échouent sur une étagère et ne sont visionnés que par les amis ou la famille, rarement par d’autres personnes." En l’occurrence, sans atteindre les scores du film de Peli, Back to the Beyond devrait au moins drainer dans les salles des spectateurs n’ayant aucun lien de parenté avec les membres de l’équipe technique du film.

INDIE EYE - Yorktown

"J’étais dans une soirée et nous voulions absolument réaliser un film d’horreur typé seventies. Une de mes potes était bénévole au Yorktown Memorial Hospital et m’a raconté que le lieu était réellement hanté et que ce serait un lieu de tournage parfait pour mon projet." Michael Felts, first-time director, entreprend donc de capter avec sa Canon XH-A1 cet endroit vétuste que le commun des mortels répugne à pénétrer. Les légendes ont la peau dure, principalement au Texas. A telle enseigne qu’un site Internet recense toutes les places-fortes des amateurs de sensations paranormales du Lone Star State.

"Durant le tournage, nous filmions à l’extérieur du bâtiment aux alentours de 4 heures du matin, quand la lumière du vestibule central s’est soudain allumée. L’hôpital avait l’air réouvert. Il y avait une demi-douzaine d’ombres qui traversaient les couloirs, rentraient et sortaient des chambres.", raconte le réalisateur qui décrit le tournage comme l’une des expériences les plus troublantes de son existence. L’atmosphère anxiogène de l’œuvre correspond ainsi à l’ambiance délétère qui règne sur le plateau. L’intrigue d’ailleurs est calquée sur la production de Yorktown puisque le film met en scène un groupe de huit amis qui, suivant le conseil d’un patron de bar de la région, investissent cet antre des manifestations fantomatiques et se retrouvent confrontés aux résidents qui les exterminent l’un après l’autre.

Pourtant, comme le promet Felts, Yorktown ne reconstitue pas la frénésie gore des bandes actuelles. Priorité est ici donnée aux interactions entre les personnages afin de renouer avec la tradition suggestive et empathique du cinéma des 70’s. Des intentions louables quand la majorité des vidéastes indépendants contemporains empruntent la voie de leurs aînés et se cantonnent à reproduire à l’envi les formules en vogue (pour un Paranormal activity déjà contestable, combien de décalques ?). Yorktown, torché pour 15 000 dollars, connaîtra sa première ce 7 septembre 2011 à San Antonio (Texas), à quelques kilomètres seulement du fameux hôpital hanté. Et si les spectres s’invitaient à la projo ?

INDIE EYE - I am Nancy

L’ombre de Freddy Krueger

Unité barémique du trouillomètre, le monstre du cinéma d’épouvante est constamment jaugé par les critiques et analystes. Background fouillé, trauma mis en exergue, modus operandi disséqués, le vilain est sondé de haut en bas par le truchement d’une diaboloscopie minutieusement instrumentée. Diabolisés par des générations de jeunes vacanciers enrôlés pour souffrir le martyre sous les armes, déifiés par des meutes de fanatiques qui s’entassent de conventions en conventions pour voir les pères de leurs fantasmes coucher leur seing sur des jaquettes, les boogeymans monopolisent le devant de la scène au détriment de leurs proies. Combien d’hagiographies et d’œuvres consacrées au hockeyeur Jason Vorhees quand ses victimes se voient étêtées l’une après l’autre dans l’anonymat le plus complet ? Combien de copies reproduisent la démarche mécanique du mythique Michael Myers tandis que Laurie Strode s’époumone à fuir ce frère indésirable ?

Constat identique dans le chef du brûlé le plus célèbre du cinéma d’épouvante. L’homme au chapeau mou, au pull rayé et au gant dont les extrémités tranchantes sont plus aiguisées que le couteau de Myers, est indéniablement devenu une légende, au même titre que des monstres séculaires comme le comte Dracula ou la créature de Frankenstein. Sa mythologie s’est développée de film en film : bâtard d’Amanda Krueger et d’une horde d’aliénés, le jeune Freddy fait montre très tôt de déviances sexuelles qui le transformeront en l’adulte le plus redouté de la petite ville de Springwood. Capturé par les parents endeuillés et brûlé vif, Freddy Krueger se vengera en envahissant les cauchemars des enfants d’Elm street dans lesquels il les décime l’un après l’autre. Dans cet accession à la renommée, Freddy n’était donc pas seul. Il pouvait compter, dès sa première apparition à l’écran, sur une némésis des plus intrépide en la personne de Nancy Thompson.

Nancy Thompson, adolescente héroïque tout autant que tragique, combat Freddy sur son propre terrain et l’aide in fine à entrer dans la légende. "A vaincre sans péril on triomphe sans gloire" rappelait encore Corneille (le dramaturge, pas le chanteur éploré). Incarnée par l’actrice Heather Langenkamp, Nancy était l’une des plus énergiques à lutter contre un tueur dans un film d’horreur. Archétype de la "final girl", Nancy Thompson étudie les méthodes du tortionnaire de ses songes afin de le combattre le plus adéquatement possible. Au point de l’anéantir définitivement à la fin du premier film... jusqu’à sa résurrection sous la houlette de Jack Sholder l’année suivante. En matière de background, Nancy concurrence sérieusement Krueger : fille d’alcoolique notoire, elle a été molestée par Krueger durant son enfance tourmentée de surcroît par la séparation de ses parents.

Heather, face à l’engouement des multiples fans de la franchise pour son personnage, décide de rendre hommage à l’héroïne qui a assis sa célébrité en trois temps (Les griffes de la nuit, Les griffes du cauchemar et Freddy sort de la nuit). "Il y a deux ans, Arlene Marechal et moi décidions qu’il était grand temps de réaliser un documentaire à propos de Nancy Thompson. Il y avait à l’époque beaucoup d’excitation à propos de Freddy au moment où le monde de l’horreur célébrait le 25ème anniversaire du film originel et Warner bros préparait le reboot de la franchise." explique l’actrice. Le documentaire I am Nancy arrive à point nommé à une période où le pull rouge et vert à rayures du croquemitaine revient à la mode. Mais les motivations de Langenkamp dépassent le simple effet de mode. "En réalité, j’étais jalouse des gens qui avaient eu la chance de connaître Freddy d’une autre manière que la mienne. C’était difficile d’être effrayée par Freddy Krueger quand je voyais Robert se faire maquiller chaque jour et que, juste avant de me poursuivre dans la salle des chaudières, il me parlait des Red Hot Chili Peppers ou de son meilleur souvenir gastronomique thaïlandais."

I am Nancy est une compilation des meilleurs moments vécus durant une année de conventions en compagnie des aficionados d’A nightmare on Elm street. Des témoignages captés sur le vif, agrémentés de conversations à bâton rompu avec Wes Craven ou Robert Englund, servent de fil rouge à cette ode à la plus délurée des scream queens. "Trois générations d’enfants et d’adultes ont eu la chance de me raconter leur histoire. I am Nancy est une lettre d’amour qui leur est adressée." ponctue Heather Langenkamp, stigmatisant ainsi le côté passionnel de son projet. Tout comme de ces conventions à répétition qui risquent de paraître bien exotiques aux spectateurs hexagonaux.

INDIE EYE - The other of us

Répulsion ibérique

The other of us (Além de Ti, en langue originale) est une production indépendante signée par la compagnie naissante Fury n’Dust. Le film a connu sa première projection à Faro, dans le Portugal méridional, le 28 janvier et entame son tour des festivals nationaux et internationaux. « Je me sers de certains mécanismes, le trafic, la métropole pour faire apparaître un imaginaire du cinéma américain, qui est celui que les gens sont habitués à voir. Du moins pour le début du film qui peut être collé à l’industrie du cinéma. Par la suite, le film se développe selon un point de vue d’auteur, qui est aussi celui dans lequel je crois », explique le réalisateur João Marco. « L’objectif est avant tout que le film soit vu », continue-t-il. Ce qui est en voie d’aboutissement puisqu’Além de Ti vient d’être sélectionné au Festival du Cinéma Itinérant de langue portugaise (Festin) et se paie quelques projections dans des ciné clubs lusitaniens.

Le tournage, long de 24 jours (21 jours pour le film et 3 de plus pour les danses), a commencé le 1er août 2011 dans l’Algarve et s’est clôturé fin septembre avec une équipe des plus réduite (10 comédiens dont la plupart sont professionnels, comme Sofia Reis, habituée du petit écran portugais, et quatre techniciens) qui carbure à l’amour du cinéma et accepte une implication totalement bénévole dans ce projet dont le budget s’élève à 25 000 euros. Além de Ti se focalise sur Tomas et Sofia, un couple marié depuis un lustre à peine.

Il est dessinateur pour la presse locale, elle travaille dans un hôtel. Tomas rêve de devenir un artiste mais il ne trouve pas la force intérieure pour y parvenir. Raul, son meilleur ami et ange gardien, insiste sur la qualité des peintures de son ami. Mais il entre dans une crise émotionnelle qui l’éloigne progressivement de Sofia qui ne le reconnaît plus.

Sofia commence à perdre la tête. Elle vit dans l’isolement et sent que le Mal se rapproche de plus en plus d’elle. Sa vie, elle ne la contrôle plus. Les histoires parallèles de deux personnes qui se cherchent mutuellement, et en même temps s’inquiètent l’une pour l’autre.

La pellicule de João Marco, plutôt que de privilégier des effusions de raisiné ou des effets de mise en scène éculés, opte pour une terreur plus insidieuse qui sourd du déséquilibre des deux personnages et de leur enlisement dans l’aliénation mentale. A la croisée du drame psychologique et de l’épouvante, Além de Ti suggère plus qu’il ne montre et repose unilatéralement sur son couple de personnages pour faire naître l’angoisse. Du Polanski au Portugal, qui l’eût cru ?

INDIE EYE - Piranhaconda

Une équipe chevronnée à la tête d’un nanar...

Jamais dans l’histoire du cinéma, la poissecaille n’avait donné lieu à autant d’étalage d’horreurs. Pourtant, ces dernières années, c’est en véritable champ de bataille que s’est transformé le domaine, les producteurs et scénaristes multipliant les tentatives, souvent très rémunératrices. Si la sharksploitation reste le véritable chantre de l’exploitation, nombre de versions s’intéressent à d’autres animaux aquatiques comme les piranhas et les anacondas.

Ainsi, Piranhaconda fait la jonction inédite entre ces deux derniers univers au cours d’une oeuvre qui pourrait bien être assez significative puisqu’elle constitue la réunion de nombre de "cerveaux" du sous-genre. En effet, le projet a été lancé par le scénariste Mike MacLean, qui, ces dernières années, s’est rendu coupable des méfaits Dinocroc vs. Supergator et Sharktopus, qui s’écoulent de manière impressionnante sur le marché DTV, et qui travaille désormais à la finition de la très attendue relecture 3D d’Attack of the 50ft Cheerleader, dirigée par Kevin O’Neill et chapeautée par la légende vivante Roger Corman, maître des petites productions depuis des décennies.

Ce dernier fait d’ailleurs partie du projet Piranhaconda puisqu’il en est l’un des initiateurs et qu’il a rapidement endossé la responsabilité de producteurs exécutif aux côtés de William Dever, producteur associé, qui s’intéresse depuis fort longtemps à ce sous-genre de l’horreur et qui a pris la bonne habitude de travailler avec Corman. Dever a ainsi déjà participé au "succès" de Camel Spiders, confié il y a peu à Jim Wynorski, illustre faiseur dans le domaine.

A ce titre, c’est ce dernier qui signe ici la réalisation de Piranhaconda qui, pour un budget plus que frêle, devrait valoir aux spectateurs quelques minutes d’un spectacle inégal mais forcément foutrement excitant. Passé maître dans l’art de la confection d’oeuvre fauchées et bancales, celui qui fut à un moment un réel espoir du cinéma de genre américain (son fameux Chopping Mall est plus que recommandable) a pris la mauvaise habitude de ne plus prêter attention à la qualité des scripts qui lui étaient soumis et à simplement tourner des oeuvrettes à la pelle.

Qu’à cela ne tienne, l’homme sait tout de même s’entourer et c’est sans doute en cela que Piranhaconda risque d’être un peu plus remarquable que les habituelles réalisations du Monsieur. Ainsi, les présences conjuguées de Tate Steinsiek, auteur des effets spéciaux de maquillage sur l’excellent Zombie Honeymoon et récemment assistant maquilleur sur The Amazing Spider-Man, qui s’est ici occupé du design de la créature, et d’Holli Martinez, responsable des effets spéciaux du convaincant Plague Town de David Gregory, ne pourront qu’être bénéfiques.

Piranhaconda fera donc étalage d’un certain savoir-faire lors de sa première grande diffusion sur les écrans américains le 16 juin prochain (sur Syfy), d’autant que la présence du génial Michael Madsen, qui a délaissé les grosses productions ces dernières années pour enchaîner les nanars à la pelle, sera un argument vendeur plus qu’appréciable pour le film de Wynorski. Comme son titre l’indique, Piranhaconda suivra les méfaits d’une créature hybride piranha/anaconda qui est traquée par un professeur expert en reptiles (Michael Madsen) et une troupe de chasseurs mal informés.

TRAILER DE PIRANHACONDA :

REPORTAGE SUR LE TOURNAGE DE PIRANHACONDA :

AFFICHES DE PIRANHACONDA :

INDIE EYE - RAGE de Christopher R. Witherspoon

Par Christophe Triollet

Portland en Oregon, au Nord-Ouest des États-Unis. Dennis Twist (Rick Crawford) est un américain plutôt beau gosse, qui aime son pays et roule en Chevrolet. Il vit dans une banlieue construite pour les classes moyennes et déroule sa vie paisiblement. Alors qu’il décide de rompre avec sa maîtresse, il croise au détour d’un parking un motard au comportement plutôt étrange. Une rencontre apparemment fortuite qui va bouleverser sa journée et plus encore, le reste de son existence. Une incompréhension qui dégénère en altercation. Une rayure posée sur une carrosserie va se transformer en une course poursuite infernale entre un motard impassible et un automobiliste désemparé. On ne peut évidemment pas s’empêcher de faire le rapprochement avec Duel (1971). Comme le routier du film, le biker reste mystérieux jusqu’au bout, efficacement dissimulé derrière un casque et une combinaison qui ne laissent rien percevoir. Mais à la différence du film de Steven Spielberg, la course et le règlement de compte entre les deux conducteurs se passent en plein centre-ville, au milieu d’une population indifférente. Une tranche de vie plutôt banale dans une ville qui compte plus de 600 000 habitants.

Christopher R. Witherspoon signe avec Rage (2010) son second long métrage indépendant après Middle Man réalisé en 2004. Un thriller bien monté, bourré de références au cinéma des années 80. Du choix de Portland en Oregon – sans doute un clin d’œil à l’autre Portland, la ville natale de Stephen King, dans l’État du Maine – aux déplacements lents et déterminés du biker killer traquant et poursuivant ses proies, un couteau à la main, comme l’ont fait avant lui Michael Myers dans Halloween (1978) ou encore Jason Voorhees dans Friday 13th (1980), tout dans Rage nous plonge dans un cinéma de genre qui fit les belles journées des adolescents boutonneux du monde entier.

Avec Rage, Christopher R. Witherspoon franchit une étape importante depuis ses premiers films réalisés en super 8 et son poste d’assistant de production sur des séries B inconnues en France telles Ghost Soldiers, Angel ou encore Hollywood Cop Vice. Il travaille ensuite sur les effets spéciaux de Reanimator (1985) et From Beyond (1986) de Brian Yuzna, sans pour autant réussir à percer dans un milieu où les prétendants à la gloire sont légion. Si Rage n’est vraisemblablement pas encore le film qui fera de Christopher R. Witherspoon un réalisateur demandé par Hollywood, cinemafantastique.net devait être l’un des premiers médias francophones à parler de ce jeune réalisateur américain qui, tôt ou tard, verra sa ténacité récompensée. Le rendez-vous est donc pris pour les prochaines années.

Rage (2010), de Christopher R. Witherspoon n’est pas encore distribué en France.

Plus de renseignements sur le site : http://www.ragethemovie.net/

INDIE EYE - The Morningside Monster

The Morningside Monster , dont le tournage a commencé au mois de septembre 2012, se distingue déjà par son casting : sous la houlette de Chris Ethridge (réalisateur mais aussi monteur, scénariste, producteur et responsable des effets spéciaux... quand on vous dit que c’est de l’indé !), on retrouve Tiffany Shepis, reine de l’horreur indépendante ricaine (The Violent Kind, The Frankenstein Syndrome), Robert Pralgo, habitué du petit écran où il apparaît de temps à autre dans les séries Teen Wolf et Vampire Diaries, et Catherine Tabier (Star Wars : The Clone Wars). L’histoire, quant à elle, plante ses roues dans les ornières laissées par des centaines de véhicules DTV avant elle : un corps affreusement mutilé est retrouvé dans la petite ville de Morningside, dans le New Jersey. A mesure que les cadavres commencent à s’empiler, le shérif du coin et son adjointe (la fameuse Tiffany) entrent dans une course contre la montre face au "monstre" sanguinaire qui décime la population pas tellement fournie de la bourgade.

Et pour bien entériner les appétits développés du film en matière de cisaillages humains, un petit puzzle vous est proposé sur le Facebook officiel du film afin de reconstituer l’image entière. En attendant de faire joujou, regardez d’ores et déjà quelques images de l’ensemble via ce trailer...

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