Hallucinations Collectives

EVENTS - Hallucinations collectives

Une programmation... hallucinante !

Au programme de cette septième édition, un menu gargantuesque !

Notre thématique principale est centrée sur le New York des années 70/80, celui de la 42e rue et de ses cinémas de quartier, celui de la guerres des gangs et des métros tagués, celui ou l’on risquait sa vie en sortant tard. Un New York organique et putride auquel le festival rend hommage le temps de 4 films emblématiques de cette époque ainsi que d’une soirée versant dans le trash et le gore le plus jovial.

Dans la continuité de la précédente édition, une carte blanche est offerte à un réalisateur que nous apprécions. C’est Pascal Laugier, (venu en 2008 avec Martyrs ) qui nous propose cette année 3 films de son choix. Sa sélection est ambitieuse et il introduira, avec la verve qui le caractérise, chacun de ces films.

C’est à la compagnie « Empire » et à son célèbre directeur Charles Band que nous souhaitons rendre hommage cette année en vous offrant, dans de superbes copies restaurées, trois perles parmi les moins connues produites par la firme dans les années 80.
Amoureux du latex et des idées folles vous serez comblés.

Enfin, grande nouveauté cette année, c’est au public que revient l’ultime privilège de décerner le grand prix du Festival pour la compétition longs et courts métrages internationaux.

Une semaine de films complètement fous, d’avants-premières inédites et de rencontres avec de nombreux invités : c’est ça l’esprit Hallucinations Collectives.

Entre autres dégustations, le plus bel événement culturel lyonnais vous offre d’incroyables avant-premières : Young Detective Dee : Rise of the Sea Dragon de Tsui Hark, Shield of Straw de Takashi Miike, R100 de Hitoshi Matsumoto ou encore The Double de Richard Ayoade. Un menu hallucinant qu’on vous disait !

Plus d’infos ici

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - Young Detective Dee

La tête et les jambes

Le premier Detective Dee avait, après les deux ratages qu’étaient Missing et All About Women, réconcilié Tsui Hark et ses fans. Detective Dee renouait avec les racines fantastiques et wu-xi-pian du sifu hongkongais et initiait ce qui pourrait bien être, après la saga Il était une fois en Chine, une nouvelle franchise à succès. Après un premier épisode réussi mais un chouïa trop classique, Tsui Hark découvre la 3D et retrouve l’enthousiasme de ses jeunes années. Young Detective Dee vient concrétiser toutes les attentes placées en lui et prouve que le maître est toujours bel et bien dans la place. Puis, comme il n’a jamais rien fait comme les autres, plutôt que de capitaliser sur une suite avec Andy Lau, il préfère mettre en scène une préquelle nous présentant les jeunes années du Détective Dee qui va mettre en lumière certains éléments de sa mythologie : l’origine de son célèbre bâton et sa rencontre avec Shatuo entre autre.

Cette fois, ce n’est plus sur d’étranges meurtres que va devoir enquêter Dee mais sur des cas de mutations et sur l’apparition d’un mystérieux dragon des mers. Le film démarre sur les chapeaux de roue avec une entrée en matière aussi musclée que spectaculaire : la destruction totale d’une flotte entière par une étrange phénomène marin, quelque part entre le tsunami et la tempête tropicale. De par sa mise en scène hyper dynamique, l’utilisation intelligente de la trois dimensions et quelques petites astuces toutes bêtes (l’incrustation de gouttelettes d’eau sur la caméra par exemple), Tsui Hark ouvre son film de la manière la plus épique et immersive qui soit. Une bonne façon de présenter les choses et de happer le spectateur. Et le bougre réussit plus que parfaitement son coup car, à partir de cet instant, on ne décrochera plus jamais les yeux de l’écran, sauf, soyons honnête, lors d’un petit quart d’heure de flottement en début de troisième acte dans lequel une petite, toute petite, pointe d’ennui se fait sentir. Le reste du métrage est un condensé de ce que fait Tsui Hark depuis tout juste trente-cinq ans. Mais le cinéaste, s’il n’hésite pas à s’autociter allégrement (Green Snake, Il Etait Une Fois en Chine, Zu,…), ne se contente pas de dérouler son savoir-faire, il n’a de cesse, revigoré par l’utilisation de la 3D, de réinventer son cinéma et de l’emmener toujours plus loin.

Comme souvent avec Hark, le film est d’une telle richesse qu’il faut s’accrocher pour saisir toutes les subtilités de l’intrigue et ne pas décrocher au bout de la première ellipse. Toutefois, le scénario est clair et une fois personnages et enjeux établis, il suffit de se laisser griser par les nombreuses scènes d’action et le rythme effréné de cette nouvelle aventure du Detective Dee très bien campé par Mark Chao qui rend justice au charisme et à la classe naturelle d’Andy Lau et fait honneur au personnage. L’atout charme du film est sans conteste la ravissante Angelababy, découverte dans le diptyque Tai Chi Hero-Tai Chi Zero, qui illumine le métrage lors de chacune de ses apparitions. Un casting rajeuni entoure la toujours divine Carina Lau qui rempile dans le rôle de l’Impératrice Wu. Tsui démontre une fois de plus qu’il n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il revisite de façon fantastique et fantaisiste l’histoire de son pays d’adoption (rappelons que Tsui Hark est d’origine vietnamienne)

Young Detective Dee est bourrée de scènes d’action plus folles les unes que les autres ainsi que de petites détails totalement improbables qui ont toujours fait le sel du cinéma hongkongais. Niveau action, on retiendra plusieurs scènes de combat dynamiques qui carburent à cent idées à la seconde. Notamment l’incroyable climax qui met en scène le détective Dee, un cheval et un monstre marin très réussi. Une scène de clôture qui laisse le spectateur bouche bée, les yeux écarquillés et un sourire jusqu’aux oreilles devant tant de générosité. Le film est très riche en scènes aériennes et câblées dans la plus pure tradition du wu-xia-pian. Soulignons aussi le très bon travail de Kenji Kawai qui compose un score épique et justifie à lui seul le fait de rester jusqu’à la dernière seconde du générique de fin. Bien évidemment, tout n’est pas parfait, on pourrait citer des effets spéciaux perfectibles, l’utilisation de la 3D qui assombrit l’image et un monstre tout droit sorti des années quatre-vingts mais ceci ne gâche en rien la vision du film.

Young Detective Dee : La légende du dragon des mers est ce qu’on pourrait appeler un film somme de la part de Tsui Hark qui renoue avec la féerie et la touche fantastique de ses débuts tout en rendant hommage à de grandes figures du genre que sont les kaijus et le film de monstres grâce à une relecture astucieuse du mythe de la Créature du Lac Noir. Hark régale par ses nombreuses scènes d’action, la générosité de son film, le rythme, la folie qui s’en dégage et surtout, par sa maestria en matière de mise en scène. Avec ce film, il prouve qu’il est toujours le maître du cinéma d’action chinois et signe un idéal de blockbuster fun, enlevé, rythmé, foldingue, drôle, inventif, moderne et visuellement chiadé. Le film est par moment excessif, trop riche, trop foisonnant mais ce trop plein fait partie intégrante du génie de son créateur. Et, une fois encore, il nous en met plein la gueule. Quitte à se taper un petit mal de bide ou de crâne le lendemain, ce serait vraiment trop con de se priver de deux heures quinze de pur plaisir.

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - Terrorvision

Revolution will not be televised

La famille Putterman est une famille ordinaire qui vient de faire l’acquisition d’une antenne parabolique. Pendant ce temps, sur Pluton, l’extraterrestre Pluthar laisse échapper un monstre qui vient se réfugier dans l’antenne parabolique des Putterman. Commence alors une nuit d’horreur dans la maison…

Charles Band est ce que l’on peut appeler une légende de la série B. L’homme a produit des centaines de films à petits budgets (parmi lesquels la série des Puppet Masters) dont la qualité oscille entre le navet embarrassant et le chef-d’œuvre du genre. Terrorvision n’entre dans aucune de ces deux catégories. Ni embarrassant, ni révolutionnaire, c’est une honnête série B pleine de fun baignée par un esprit typiquement eighties. Un bon exemple de ce que pouvait produire le sieur.

Comédie horrifique, Terrorvision, premier film du metteur en scène Ted Nicolaou, ancien monteur pour la firme de Charles Band, marche sur les plates-bandes de la Troma. Comme les produits de la firme new-yorkaise, Terrorvision ne fait ni dans la finesse ni dans l’élégance mais est porté par un message gentiment iconoclaste et un propos qui égratigne la société hédoniste américaine des années quatre-vingt. Le métrage débute par un court prologue qui montre la planète Pluton, reconstituée à l’aide de maquettes achetées au MaxiToys du coin, envoyer un étrange rayon électrico-magnétique sur la Terre. Au même moment, Stanley Putterman (incarné par Gerrit Graham, une vieille trogne bien connue des amateurs de séries B et de télévision américaine) installe sa toute nouvelle antenne parabolique. Après quelques infructueux essais, l’antenne est frappée par l’étrange rayon, dont les plus perspicaces auront deviné la provenance. Dès lors, la télévision va fonctionner mais se montrer capricieuse. En cinq minute le décor est planté, les enjeux sont exposés et les personnages présentés. Emballé, c’est pesé. Plat du pied, sécurité.

Terrorvision prend la forme, dans sa première partie du moins, d’une parodie acerbe des sitcoms américaines qui envahissaient les téléviseurs du monde entier. Les familles parfaites dont s’abreuvaient les téléspectateurs sont ici remplacées par une famille totalement dysfonctionnelle. Les parents obsédés sexuels et échangistes notoires, la grande sœur rebelle et son petit ami décérébré et le grand-père va-t’en-guerre. Seul le jeune fils semble conserver un semblant d’équilibre malgré une passion pour les films d’horreur et une tendance au somnambulisme. Nicolaou choisit clairement l’axe de la parodie au vitriol et exhorte son casting à surjouer à la manière des acteurs de sitcoms. Il en découle une première demi-heure enlevée, drôle, grotesque et iconoclaste à la manière des œuvres made in Troma. Bien vite, le gore s’invite à table mais toujours de manière joyeuse et rigolarde, Nicolaou ne perdant jamais de vue le fait qu’il réalise une comédie familiale. Vraisemblablement shootée au LSD, mais une comédie familiale tout de même. Outre les valeurs familiales, le réalisateur envoie d’autres petites piques à la télévision et à ses programmes débilitants, qui semblaient pourtant hautement culturels par rapport aux immondices diffusées aujourd’hui, via la monstre tout droit sorti de la télévision. Ce monstre dévoreur d’humains symbolise bien évidemment l’omniprésence des écrans à l’intérieur des foyers du monde entier.

De facture classique dans son déroulement (on marche sur les traces du slaher, les invités se faisant dézinguer un par un) et sa mise en scène qui ne brille pas par son inventivité, Terrorvision s’avère être un honorable divertissement malheureusement tiré vers le bas par un dernier acte beaucoup trop lent et bavard. Amputé d’un bon quart d’heure, Terrorvision aurait gagné en efficacité et son capital sympathie n’en aurait été que plus élevé. En l’état, il demeure une agréable friandise piquante et légèrement acide qui ravira les grands mais aussi les petits qui pourront jouer à se faire (un peu) peur et à (beaucoup) rire grâce au look volontairement grotesque du monstre. Une certaine idée du cinéma bis made in années 80.

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - Wolfen

Of Wolf And Men

Certains films sont voués à être mal compris ou, du moins, mal catégorisés. C’est le cas de Wolfen de Michael Wadleigh souvent rattaché au sous-genre du film de loups-garous alors qu’il n’y est aucunement question de lycanthropie. On y trouve certes des hommes et des loups mais rien de plus. A sa décharge, lors de sa sortie en 1981, les producteurs avaient axé la promotion de l’œuvre dans cette direction afin de surfer sur le vague canine initiée par la sortie la même année du Loup-garou de Londres et de Hurlements. Une erreur de jugement qui, pendant longtemps, porta préjudice au film. Heureusement que le festival Hallucinations Collectives est là pour remettre les choses au clair. Ou plutôt, vu la teneur du film, au clair-obscur.

S’il est, effectivement, question de loups dans Wolfen, la première heure de film, la meilleure, ne nous les montre pas, tout au plus, pouvons-nous les deviner. Le film de Michael Wadleigh adopte la forme du polar ou de la fresque urbaine. L’histoire prend place dans un New-York dévasté, crapoteux, véritable zone de guerre urbaine. Les décors tous naturels, exception faite de l’église construite par l’équipe du film, sont saisissants de brutalité et de délabrement, Wolfen dépeint un New-York de fin du monde qui n’a plus grand-chose avc l’image d’Epinal que renvoie la Grosse Pomme. Le premier plan nous montre d’ailleurs les deux tours du World Trade Center qui s’érigeaient fièrement sur ce qui avait des allures de décharges à ciel ouvert. Tout un symbole. Au milieu de tous ces décombres, de ces immeubles condamnés et des rues encombrées de déchets en tout genre, un promoteur immobilier, sa femme et son garde du corps se font sauvagement assassiner au beau milieu d’un parc. Une scène montrée en vue subjective qui conserve toute son efficacité et lui donne un sacré dynamisme malgré un choix esthétique contestable qui affiche ses trente années au compteur. Cette particularité de mise en scène inspirera d’ailleurs John McTiernan pour son Predator.

Plus qu’un film urbain, Wolfen est un quasi documentaire sur le New-York de l’époque, la fin des années 70 et le tout début des années 80. Ce background esthétique et sociologique donne toute sa force au métrage qui détonne autant qu’il étonne. Détonne par la vivacité de sa mise en scène et la façon de dépeindre la jungle urbaine qui rappelle par moment le cinéma de William Friedkin. Au milieu de cette ville vérolée erre le débonnaire Albert Finney, coaché par le new-yorkais Al Pacino et préféré à Dustin Hoffman, dans la rôle d’un inspecteur revenu de tout et plus perspicace qu’il n’y paraît. Wolfen est empreint d’une part d’une forte critique sociale et de l’autre d’un fort regard écologiste qui n’hésite pas à prendre de la hauteur pour observer l’histoire passée et brutale de l’Amérique. En ce sens, l’œuvre propose une belle métaphore sur la disparition des Indiens, vrai peuple natif du territoire américain, délogé sans aucune scrupule par l’homme blanc tout comme le promoteur immobilier assassiné a pour projet de déloger la faune interlope du Bronx pour y construire de luxueux complexes d’appartements. L’Amérique une fois de plus égratignée de sérieux coups de griffes et de crocs.

La seconde partie de l’œuvre, légèrement moins intéressante, navigue dans des contrées plus fantastiques avec l’apparition d’une meute de loups assassins. Jusque-là rien de bien neuf : Wolfen s’inscrit dès lors dans le genre du film d’attaque animale et en est un représentant très efficace grâce à la mise en scène de ces séquences qui shootées au steadycam et à la louma possèdent une atmosphère et un style visuel aussi réalistes qu’élégants. Mais quand Wadleigh fait de cette meute de loups la réincarnation des esprits indiens, il entre de plein pied dans le pamphlet politique. Le message est sans équivoque. Prends ça, colosse aux pieds d’argile.

Wolfen est un excellent film fantastique. Protéiforme, riche et construit suivant plusieurs niveaux de lectures, l’œuvre de Michael Wadleigh est d’une très grande richesse. Bien entendu, on sent que la production a été compliquée, le premier montage durait 4h30, ce qui a poussé la production à appeler John Hancock pour tailler dans le gras et tourner des séquences additionnelles axées sur le fantastique. Le rythme est parfois bancal, certaines scènes sont reliées par des tunnels dialogués et on décèle quelques raccourcis ou trous narratifs mais qu’importe, Wolfen emporte la mise grâce à ses indéniables qualités de mise en scène, son esprit tellement particulier, ses décors hors du commun et l’atmosphère de décrépitude urbaine qui s’en dégage. Une grande ville malade pour un grand film malade.

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - R100

Parfois, en tant que critique de cinéma, que fan, que passionné ou tout simplement qu’amateur, il faut savoir se mouiller et laisser parler son cœur. Je l’affirme : Hitoshi Matsumoto est un génie. J’ose le terme. Un génie, un homme qui repousse sans cesse les limites de son cinéma. Du cinéma. De la narration, de la mise en scène, de l’écriture, du jeu. En quatre films, il s’est imposé comme un cinéaste majeur, comme le plus grand cinéaste japonais depuis Takeshi Kitano. Matsumoto a réalisé quatre films extrêmement différents dans le fond comme dans la forme, dans les sujets, les genres abordés, l’esthétisme,…mais pourtant tellement semblables. Matsumoto est unique, son cinéma est pratiquement impossible à décrire, à expliquer, à raconter. R100 ne déroge pas à la règle.

Pour apprécier R100 à sa juste valeur, il faut impérativement en savoir le moins possible et se contenter de ce simple pitch : « Takafumi, terne vendeur, vit seul avec son fils alors que sa femme est depuis trois ans dans le coma. Pour pimenter son existence, il s’inscrit secrètement au Club Bondage, un club SM, dont on ne peut résilier sa carte d’adhérent avant une année. En le rejoignant, il accepte que des dominatrices puisse faire irruption dans sa vie quotidienne, au moment le plus inattendu, pour lui procurer souffrance, humiliation et jouissance. » Tout ce qu’il faut savoir en entrant dans la salle. Mais ceci n’occupera que la première demi-heure de film. Une fois « l’intrigue », les enjeux et les personnages plantés, Matsumoto peut lâcher les chevaux et vraiment faire du Matsumoto. Décrire ce qui suit est pratiquement impossible. Sachez simplement qu’on y trouve des ninjas, la femme la plus grande du monde, un petit salivant, des grenades, des dominatrices et tout un tas d’autres choses aussi incongrues que celles-là.

Le titre R100 est un pied de nez au système de classification japonais qui signifie que le film devrait être interdit au moins de cent ans. D’ailleurs Matsumoto lui-même, via un metteur en scène fictif présent dans l’intrigue, déclare que pour comprendre ce film il faut être au moins centenaire. Et l’homme dit vrai. On peut appréhender certains concepts, deviner les intentions du réalisateur, repérer certaines thématiques mais comprendre parfaitement ce film est peine perdue. Plusieurs années après sa vision, je cherche toujours la signification de certaines séquences de Symbol. Je pense que dans dix ans, je cogiterai encore sur le pourquoi du comment de certaines scènes de ce R100. Pourtant, si la compréhension globale du film est difficile, sa vision est aisée. On entre facilement dans son univers grâce à un premier acte finalement assez sobre, si l’on excepte ce pitch dont l’efficacité n’a d’égale que l’incongruité, et presque classique malgré quelques digressions d’une ubuesque absurdité.

R100 est avant toute chose une comédie, une excellente comédie au cours de laquelle on rit énormément et à gorge déployée. Mais c’est aussi tellement d’autres choses. Matsumoto, comme toujours profite de son film pour parler du Japon et de ses travers mais aussi et surtout de l’Homme, de l’humain. Le personnage central est un père de famille courageux qui lutte avec son fils et sa femme plongée dans le coma. Tout ce qu’il cherche, c’est un peu de bonheur et un moyen d’oublier le morne univers qui est le sien. Pour cela, il va se lancer dans la recherche vaine d’un éphémère bonheur qu’il ne trouvera jamais. Ou du moins pas sous la forme à laquelle il s’attendait. Comme tous les autres films matsumotiens, R100 a pour héros un personnage de loser qui va se révéler dans l’action, sauf que cette fois, le réalisateur pousse encore plus loin son concept en en faisant un homme dominé soumis volontairement au bon vouloir des dominatrices du club Bondage. Une manière de repousser les limites thématiques de son cinéma et de composer une judicieuse déconstruction et mise en abyme. Le titre n’apparaît qu’après une bonne demi-heure de film avant de s’imprimer sur la pellicule à intervalles réguliers comme pour insister sur le caractère « interdit aux moins de cent ans » de son histoire. Tout ceci est absolument autre, absurde, surréaliste et what the fuck mais pourtant il s’en dégage une maîtrise de tous les instants. Chaque plan a été pensé et créé à dessein afin de trouver sa place dans un grand tout cohérent et logique pour son auteur.

R100 déborde d’ingéniosité et d’idées plus démentes les unes que les autres et ceci tant au niveau de la mise en scène pure que de l’écriture, du montage ou du rythme (les running gags sont hilarants). Certains séquences, cadrées au millimètre dans une grande symétrie sur fond de musique classique rappellent étrangement le cinéma de Kubrick par exemple, tout en conservant cette touche absurde et totalement autre qui n’appartient qu’à son auteur. R100 est une œuvre folle, insaisissable, d’une inventivité de tous les instante qui monte dans un crescendo dantesque pour se finir sur un dernier quart d’heure de pure grâce et qui culmine dans une séquence finale inoubliable. En tous points, R100 est véritablement une œuvre que les moins de cent ans ne peuvent pas saisir. On pourrait résumer le cinéma d’Hitoshi Matsumoto en ce simple aphorisme : « Ca n’a aucun sens mais ça fait sens. »

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - The Babadook

Allô maman bobo

Mister Babadook est l’effrayant héros d’un conte pour enfants qui va causer bien des misères à Amélia, veuve et mère célibataire du petit Samuel, un enfant hyperactif à l’imagination débordante. Mister Babadook semble, à première vue, être l’un des amis imaginaires du petit garçon sauf que, comme Harry, cet ami ne lui veut pas que du bien. Loin de là. Par bien des aspects, Babadook rejoint l’excellent Citadel dans une espèce de version plus classiquement féminine. Ici, on retrouve l’histoire attendue d’une mère courage et de son fils livré à des forces surnaturelles matérialisées par Babadook justement, un monstre représenté sous forme de papier au travers un livre vraiment effrayant avant de prendre vie dans la réalité afin de venir déranger le sommeil de la pauvre Amélia qui va peu à peu perdre tout contact avec la réalité.

Dans sa forme et son déroulement, le film de Jennifer Kent est on ne peut plus classique. Introduction, présentation des personnages et scène de la vie quotidienne qui viennent poser le contexte. Tout cela est très classiquement mais bien amené. On croit d’emblée à la matérialité des protagonistes que la réalisatrice a voulu ancrer dans une réalité tangible et socialement crédible. Comme dans tout bon film d’épouvante c’est par petites touches que le fil ténu de la réalité va se distendre sous le coup de l’incursion du fantastique dans la banalité quotidienne. Les propos de Samuel vont devenir un peu plus inquiétants, son comportement de plus en plus étrange, ses peurs de plus en plus irrationnelles et terrifiantes. Débordée, Amélia perd pied elle aussi. Le schéma est connu de tous et calqué sur de nombreux classiques du genre, en particulier ceux issus de la tradition du film de fantômes japonais à la Dark Water. Mais, Kent connaît son sujet, tient son film et sa mise en scène. Quand on a été formée à l’école Lars Von Trier, dont elle fut l’assistante, l’intransigeance est une notion bien connue.

Si Babadook ne se distingue pas de ses collègues sur le point de la flippe et de son originalité, là ou le film marque des points c’est dans son atmosphère et le design de l’univers du livre et du monstre Babadook. La grande et vieille maison est clairement influencée par le cinéma de genre italien seventies tandis que le style du livre pour enfants, vraiment effrayant et malsain, et de la créature doit énormément à l’expressionnisme allemand et ses jeux d’ombres surréalistes à la imite du grotesque. Les sons exprimés par le monstre, eux, sortent tout droit de la bouche des fantômes Kayako et Toshio Saeki, terrifiantes créatures du Ju-On de Takashi Shimizu. Kent multiplie les influences et les emprunts pour booster l’efficacité de son film. En vain, les routiniers du genre ne trouveront pas leur quota de frissons dans cette pellicule de bonne facture mais trop balisée dans son déroulement et ses effets que pour vraiment foutre la frousse. Dommage car le personnage de Babadook, très absent finalement, est porteur d’un potentiel de flippe non négligeable.

Là où le métrage marque les esprits et monte en gamme, c’est dans l’analyse de son sous-texte et sa composante dramatique. Film sur le deuil et l’absence de père, Babadook distille un sentiment étrange d’abandon et une atmosphère un peu aigre avec l’histoire de cette mère de famille brisée par la mort de son mari le jour même de la naissance de son enfant. Le monstre symbolise ce lourd passé encombrant, effrayant qui a posé une chape de plomb sur la vie des personnages et les empêche d’avancer. Babadook est cette créature née de l’absence de deuil qui grandit et se nourrit de la tristesse qu’elle engendre jusqu’à plonger les protagonistes dans la folie. Cette composante dramatique prend tout son sens lors des dernières scènes du film, symboliquement très parlantes et finalement représentantes de la seule issue logique à cette histoire.

S’il échoue à totalement convaincre en tant que film d’horreur, le métrage de Jennifer Kent séduit par son aspect drame familial et le portrait d’une femme en détresse joliment brossé par la réalisatrice. On notera aussi la performance convaincante du jeune Samuel, cet enfant au visage lunaire aussi adorable que profondément étrange. Un film à moitié réussi donc qui, au contraire de Citadel, échoue à lier avec la même puissance angoisse et drame humain. Il en reste un film très correct, maîtrisé techniquement, bien rythmé mais trop classique, beaucoup trop classique.

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - Super 8 Madness

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Super 8. Un terme bien nébuleux dont seuls les vieux machins dans notre genre connaissent le sens. Le super 8 est un format vidéo remis au goût du jour par le film de J.J Abrams portant le même nom. C’est aussi sur ce format que furent imprimées les premières images tournées par des réalisateurs aussi prestigieux que Steven Spielberg, Peter Jackson ou Sam Raimi. Un format certes noble mais bourré de contraintes techniques ingérables. Le documentaire de Fabrice Blin retrace, via le désormais culte Festival du Film Super 8 Fantastique, l’épopée picaresque et improbable de quelques têtes brûlées de la pellicule qui utilisèrent ce format pour réaliser des œuvres aussi improbable que « Massacre Au Débouche-Chiotte », « Handicap Man » ou « Handicap Man II ». Via ce documentaire, le réalisateur Fabrice Blin, qui faisait lui-même partie de cette bande, retrace aussi le portrait d’une époque bénie pour le cinéma de genre que nous aimons : les années 80.

Aujourd’hui, avec la course en avant technologique, il n’a jamais été aussi simple de réaliser des films sans dépenser le moindre sou. Un cinéaste comme Park Chan-wook peut se permettre de tourner un moyen-métrage à l’aide d’un téléphone portable et il existe un festival qui présente des œuvres tournées à l’aide de ces mêmes appareils. Pourtant il y a à peine trente ans - hier donc -, mettre en scène un court-métrage s’apparentait à un véritable parcours du combattant tant la pellicule super 8 était difficile à manier et à travailler. Malgré cela, nombreux sont les jeunes cinéastes qui se sont lancés dans la bataille du court-métrage. C’est en 1984 que Jean-Pierre Putters, qu’on ne présente plus, et Jean-Marc Toussaint eurent l’idée de créer le festival du film Super 8 fantastique. Une manifestation qui ne connut que 6 édition mais qui est encore bien présente dans toutes les têtes de ceux qui y participèrent et qui est source de nombreux fantasmes pour ceux qui n’y étaient pas. Blindé d’images d’archives, Super 8 Madness retranscrit parfaitement la folie furieuse qui animait le public lors de ces soirées. Une espèce de BIFFF puissance 10 concentrée en une seule et même soirée. Un public qui ne se privait pas de huer ou siffler les films qu’il jugeait indignes de lui être montrés mais qui réservait moult vivas et acclamations à ses héros.

Parmi la dizaine de cinéastes cités et interviewés, on mettra en exergue le destin de Bruno Lermechin, prodige surdoué du super 8, qui disparut tragiquement après avoir remporté les deux premières éditions du festival grâce à des œuvres en stop-motion d’une étonnante maîtrise technique et d’une grande poésie. Les quelques séquences montrées dans le film ne laissent planer aucun doute sur le talent de Lermechin qui recréait la genèse de l’humanité à l’aide d’allumettes et de bouchons de liège. Des images véritablement stupéfiantes. D’autres œuvres furent nettement moins ambitieuses mais toujours animées par la passion du cinéma et l’amour du genre. On note que le système D était présent à tous les niveaux. Parents, voisins et amis furent tous mis à contribution pour mener à bien les projets de cette bande d’adolescents doux dingues. Récupération d’objets divers, guenilles, matériaux en tout genre et déchets de boucherie trouvèrent grâce aux yeux de ces apprentis metteurs en scène parmi lesquels on trouve des noms tels que Fabrice Blin, Gilles Penso, François Cognard, Jean-Christophe Spadaccini ou Jacques-Olivier Molon pour ne citer que ceux-là.

Super 8 Madness se veut le témoignage d’une époque révolue durant laquelle naquit de nombreuses vocations. Le festival et ses habitués grandirent ensemble dans cette atmosphère de douce folie totalement incompréhensible pour les non–initiés. Le festival dut fermer boutique après sa sixième édition, les jeunes cinéastes furent amener à voler de leurs propres ailes par la suite.

Le documentaire, franchement réussi, fait la part belle aux images d’époques (de nombreux extraits de films sont présentés) et brille par la richesse de ses intervenants parmi lequel notre ami et confrère, le sémillant Christophe Triollet. Fabrice Blin fournit un travail remarquable et documenté. Très rythmé, instructif, joliment construit, témoin de son époque sans tomber dans la nostalgie basique et le « c’était mieux avant », Super 8 Madness retranscrit très bien la passion dévorante qu’a suscité le festival qui a fait naître de nombreuses vocations. Pour résumer tout cela je vais reprendre approximativement les mots de Christophe Lemaire : « Faire un documentaire sur le Super 8, c’est comme faire un documentaire sur le fait d’ouvrir un robinet où l’eau coule toute seule alors qu’avant il fallait marcher pour aller chercher l’eau au puits. »


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