Festival Offscreen

OFFSCREEN - Female Prisoner : Scorpion

Il était une fois... la vengeance

Premier volet de la série où l’on retrouve Meiko Kaji en indomptable "Scorpion". Envoyée en prison après avoir été trahie par un détective véreux dont elle s’est éprise, elle subit les pires tortures et humiliations dans une prison insalubre.

Après une précédente édition du style jouissive, consacrée entre autres au giallo et au poliziottesco, le festival OFFSCREEN nous revient avec une sélection des plus alléchante mettant à l’honneur les pinku eiga et les westerns spaghettis. Une bénédiction pour les bisseux de la pire espèce n’ayant pas peur de se choper des ulcères au contact des hordes de spectateurs hilares venus se gausser de ce qu’ils prennent, à tort, pour de simples kitcheries. Ils se foutent le doigt dans l’oeil les petits canaillous et la projection de la formidable trilogie de Shunya Ito nous l’a prouvé hier soir.

Alors qu’elle a été trahie par l’homme qu’elle aimait plus que tout au monde, un salopard de flic ripou prompt à jeter sa nana dans les pattes de yakuzas nerveux de la braguette pour s’en foutre illégalement plein les fouilles, Matsu, alias Sasori, va tout tenter pour se tirer des geôles infâmes du pénitencier où elle croupit, histoire de faire la peau aux crapuleux qui l’ont prise pour une truffe.

Oeuvre de commande tentant de prendre un max de fric en donnant dans la misogynie de base et mettant en scène des nuées de prisonnières devant faire face aux humiliations chroniques et aux ratonnades, les WIP très en vogue à l’époque, ont pour habitude de racoler sévère en capitalisant un maximum sur tout ce qui excite le spectateur mâle nippon. Les scènes de viols collectifs y sont légion, les petites culottes d’un blanc immaculé des starlettes constellent l’écran et les ébats saphiques se déroulent sous le regard lubrique des matons. De là à parier que ces films aient suscité des vocations en leur temps, il n’y a qu’un pas. Seulement voilà, la série des La Femme Scorpion se détache largement des motivations bassement mercantiles des grands manitous du cinoche d’exploitation, bien qu’elle comporte elle aussi son lot de scènes de douches grivoises et voyeuristes ainsi que tous les codes du genre précité.

Car derrière les apparats de pur film de genre de son métrage, où toutes les raisons sont bonnes pour balancer à l’écran des nénés et des popotins copieusement éclaboussés par des geysers de raisiné, le réalisateur profite de cette toile de fond des plus bis pour dénoncer -immense paradoxe - la répression masculine, totalement acceptée par l’ensemble d’une société japonaise avilissant constamment des femmes considérées uniquement comme des objets de plaisir voués à contenter les désirs de la gente masculine dominante. Sasori, interprétée par une Meiko Kaji magistrale en femme brisée et détruite se transformant en ange exterminateur glacial et mutique armé d’un couteau à la lame plus tranchante qu’un rasoir (bonjour le symbole phallique), ne trouvera la paix intérieure qu’une fois qu’elle aura fait la peau aux responsables de son calvaire : des hommes manipulateurs et cruels à l’image d’un monde n’ayant de cesse de rabaisser le "sexe faible".

Mêlant les codes du théâtre Kabuki aux couleurs criardes de la vague pop, les cadrages foutraques et alambiqués du cinéma de genre transalpin aux compositions musicales dignes de l’immense Shunsuke Kikuchi (le monsieur BO des Dragon Ball, Goldorak et Kamen Rider) et préfigurant les délires visuels de Gondry, Shunya Ito marque le coup magistralement dans sa façon d’allier une thématique riche en symboles forts et une mise en scène virtuose, à la fois théâtrale et grand-guignolesque, étrange et arty, en nous délivrant une pelloche sous acide qui en a à la fois dans le froc et dans le citron.

OFFSCREEN - Female Convict Scorpion : Jailhouse 41

Elle s’appelait Scorpion...

Ca y est. Elle l’a fait la vilaine. La légendaire prisonnière n°701 a finalement réussi à mettre les bouts. C’est qu’elle en avait ras le bol du gnouf, des uniformes ringardos et de la bouffe à faire tourner de l’oeil à toute la clique de Jackass. En cavale, avec une tripotée de gonzesses au bord de la crise de nerfs, Sasori va devoir survivre au courroux dévastateur du big boss de la prison, un sadique tout énervé de voir celle qui lui a crevé un oeil se faire la malle avec ses petites camarades.

On prend les mêmes - à l’exception de ceux qui se sont faits zigouiller dans le premier épisode - et on recommence. Mais attention, Ito ne se contente pas de vulgairement remplir le cahier des charges imposé par des producteurs assoiffés de yens. Que du contraire même. Thématiquement, le film diverge quelque peu de son prédécesseur en se détournant du WIP et du pamphlet social pour mieux stigmatiser les dérives politiques et philosophiques d’un Japon au passé guerrier et colonial peu reluisant. A ce titre, la scène du bus à touristes est éloquente : dans cette scène à la fois drôle et glaçante, Shunya Ito met à l’honneur un vétéran de guerre regrettant la belle époque des exactions de la Seconde Guerre Mondiale à l’encontre de la population chinoise. C’est vrai quoi, c’était mieux avant, quand on pouvait allègrement trousser d’la chinoise quand ça démangeait du côté du calbute… c’est pas moi qui le dit hein, mais l’autre grand nostalgique, j’vous vois déjà venir.

Porté par une Meiko Kaji au charisme hypnotique et ne l’ouvrant que deux fois sur une heure trente de métrage, cette suite est une claque, un trip hallucinatoire débordant d’idées, qui surprend le spectateur à chaque séquence par son inventivité et la richesse mythologique de son bestiaire. Impossible de ne pas penser au travaux de Suzuki devant les expérimentations narratives, les formidables décors extérieurs de studio, l’utilisation d’éclairage flashy et artificiels et les nombreuses références au théâtre Kabuki. Le réalisateur profite aussi de cette séquelle pour faire évoluer le personnage de Sasori, faisant passer son personnage de "femme normale" en quête de vengeance à celui d’exterminatrice fantomatique, en tablant sur une iconographie christique héritée au cinéma fantastique. Un mélange des genres et des apparitions surnaturelles de l’héroïne qui ne sont pas sans rappeler le E Dio disse a Caino d’ Antonio Margheriti et les allées et venues d’un Klaus Kinski ectoplasmique.

Formellement plus extrême que son prédécesseur, Elle s’appelait Scorpion l’est aussi dans son traitement de la violence beaucoup plus grand-guignolesque et graphique. Dans ce film le sang ne coule pas, il jaillit des plaies dans des fontaines d’hémoglobine. Ici les gardiens trop zélés ne finissent pas embrochés sur des sabres mais émasculés maison, une bouillie informe à la place du service trois pièces.

Véritable coup de boule visuel, Elle s’appelait Scorpion est un chef-d’oeuvre du pinku eiga, supérieur au premier opus de la franchise qu’il dépasse haut la main grâce à la rigueur de sa mise en scène, inventive et virtuose, et le traitement radical de sa narration. Et puis allez, on se lâche : MEIKO KAJI FOREVER !!!

OFFSCREEN - Female Convict Scorpion : Beast Stable

La tanière de la bête

Encore et toujours traquée par les flics pourris et les matons, Sasori s’enfonce dans les entrailles des bas-fonds pour enfin vivre en femme libre.

Après deux épisodes riches en poursuites, fusillades, combats à l’arme blanche et bastons en tous genres, Ito s’éloigne définitivement du genre matriciel, le WIP, pour plonger son héroïne dans un drame social, souvent à la lisière du documentaire. Pour échapper à la justice et goûter à nouveau à la liberté, Sasori va devoir s’enfoncer au plus profond de la misère humaine et des bordels où les gars de la haute viennent faire mumuse loin de bobonne et des conventions en vigueur. Liberté toute relative dans un monde où les maquereaux règnent en maîtres et où les femmes ne sont que marchandises. La prisonnière 701 se retrouve donc à esquiver les coups aux côtés de femmes enfermées derrière les barreaux invisibles de cette prison sociale beaucoup plus pernicieuse que le pénitencier où Sasori séjournait en pension complète depuis deux films.

Se déroulant essentiellement dans les quartiers de plaisirs, La Tanière de la Bête est un épisode beaucoup plus calme et posé que ses grands frères. Reflet de ce changement de cap : la mise en scène, beaucoup moins flamboyante et théâtrale qu’à l’accoutumée, Ito faisant le choix de la sobriété en troquant l’action presque non-stop contre un portrait en retenue de ses personnages. Retenue pour lui hein. C’est pas du Romher non plus, faut pas déconner. Les bras pleuvent encore, les hordes de mâles testostéronés ont toujours recours aux viols collectifs, les chirurgiens avortent de pauvres filles en mode cradingue, les yakuzas ont la tronche à Ringo, le jules à Sheila, et se font ébouillanter sur un fond de pop acidulée, Sasori troque le couteau pour le scalpel et le théâtre de ses aventures est un bidon-ville s’enfonçant dans une mer de boue tout droit sorti du Django de Sergio Corbucci. Si visuellement le cinéaste s’est un peu assagit, son venin a par contre gagné en mordant. Preuve de cette hargne, le personnage de Yuki, la prostituée protectrice de Sasori, subissant sans révolte les parties de touche-pipi que son frangin retardé lui inflige. Un personnage à l’image d’une société à la dérive préférant fermer les yeux sur certains agissements du genre sordide.

Si La Tanière de la Bête est un film de facture plus classique s’écartant du pur produit d’exploitation, il n’en reste pas moins un foutu brûlot, une sorte de cheval de Troie féministe au pays des pinku eiga, comptant son lot de fulgurances visuelles et de situations surréalistes, le tout porté pour l’ avant-dernière fois par la somptueuse Meiko kaji.

OFFSCREEN - Sex and Fury

La vengeance nue

Ocho Inoshika est une petite fille tout ce qu’il y a de plus normale et heureuse. Le hic c’est que son papa est un flic, et les yakuzas, y sont pas trop copains avec les représentants de la loi (si si, y paraît), ce qui fait qu’une petite balade familiale tout ce qu’il y a de plus banale se transforme en véritable massacre où la petite assiste au meurtre de son paternel par une bande de tueurs bien zélés de la lame. Alors qu’il passe l’arme à gauche, son père lui remet trois petites cartes à jouer. Trois indices devant mettre Ocho sur la piste des assassins.

Après pas mal de bandes orientées ninkyou eiga, genre méga-codé et classique dans sa grammaire visuelle, Norifumi Susuki s’attaque au pink en y mêlant les excentricités psychédéliques et érotiques du genre aux thèmes des "films de chevalerie" qu’il traitait jusque-là. Le réalisateur se trouve donc tiraillé entre ses désirs de classicisme et le traitement visuel iconoclaste de cette histoire de vengeance d’un côté et de complot visant à faire péter le gouvernement en place de l’autre. Et c’est là qu’est l’os : un script faussement complexe que Suzuki peine à emballer. Car ils sont longs, trop longs, les moments d’attente entre deux fulgurances de mise en scène permettant enfin au spectateur de sortir d’une torpeur liée à la tiédeur d’un scénario maladroit et à la niaiserie de dialogues qui tombent souvent à plat.

On attend inlassablement de retrouver la folie et l’audace de cette incroyable séquence où Ocho, assaillie dans son bain par une tripotée de gugus, bondit hors de sa baignoire pour les exécuter un par un, nue et virevoltante, terminant sa besogne à l’extérieur et sous une douce pluie de flocons de neige, le tout emballé au ralenti et sur une mélodie endiablée que n’auraient pas renié les plus talentueux compositeurs de la Cinecittà.

Sous ses dehors de thriller historique, Sex & Fury est avant tout un film érotique où toutes les occasions sont bonnes pour dessaper Ike et consorts. Pas que cela pose problème, houlalaaa que non, mais l’aspect répétitif de ces séquences lasse très vite - surtout qu’elle s’amuse pas toute seule la Ocho, mais avec des pendants nippons du professeur Choron - et ce ne sont pas quelques petites touches exotiques, dont la participation de Christina Lindberg, l’exterminatrice venue du froid de Thriller, qui en mode encéphalogramme plat émotionnel fait preuve ici d’un charisme d’huitre au bout du rouleau, qui viendront changer la donne. A la décharge de l’actrice suédoise, les dialogues anglais bêtifiants que les scénaristes ont daigné lui consacrer ne sont pas là pour l’aider. Vraiment triste à voir… et dur à supporter par moments. Dommage quand on pense que la demoiselle personnifia la vengeance made in Sweden en incarnant avec une conviction toute meikokajienne le mythique personnage de One-Eye.

Par contre, on retiendra la partoche tout en anachronismes de Ichiro Araki, qui ne recule devant aucune prise de risque en jouant en permanence sur les décalages, alternant allègrement entre des sonorités psychédéliques et funky, et des morceaux old school directement inspirés de la musique traditionnelles japonaise. Mention spéciale à un thème principal d’une nonchalance latine dont la douceur cotonnée contraste avec la rage de certains affrontements.

Reste le soin porté aux magnifiques décors, aux chorégraphies inventives, ainsi qu’au design des kimonos et tatouages, qui font de Sex and Fury une oeuvre fétichiste et picturalement splendide et qui, malgré ses nombreuses lacunes scénaristiques, parvient à tirer une intrigue pataude et soporifique vers le haut lors d’instants de grâce et de poésie qui eux resteront à jamais gravés dans nos mémoires, nos pupilles de cinéphages déviants éternellement marquées au fer rouge par une Reiko Ike genou à terre, kimono baissé jusqu’au nombril et découvrant une poitrine tatouée, le sabre prêt à rayer de la carte tous les ennemis se mettant en travers de sa route.

OFFSCREEN - Il mercenario

Corbucci d’Or

Aujourd’hui, on était mardi et c’était pas ravioli…mais spaghetti (oué je sais, chuis un virtuose de la blagounette et j’en ai d’autres en rayons si vous êtes sages). Pour introduire la fable révolutionnaire de Corbucci, nous avions la chance d’avoir le grand Gian Lhassa, la bible vivante du western transalpin ("Seul au monde dans le Western Italien"), pour nous présenter Il Mercenario avec toute sa science. Ca rend heureux, la vie des fois.

Paco Roman en a ras les bonbons. Faut le comprendre. Etre un pauvre peone à la botte des hauts gradés de l’état major mexicain et de la clique de noblions fin de race gérant le business, c’est pas une sinécure. Dans un accès de colère, il se rebelle et inflige une belle humiliation au général Alfonso Garcia. Les nouvelles vont vite et le petit Paco devient une sorte de Pancho Villa en herbe adulé par la populace. L’ennui, c’est qu’il y connaît que dalle à la révolution Paco, et il va devoir faire appel à celui qui pourra, grâce à ses savants conseils, le propulser au firmament des guérilleros : le mercenaire Sergeï Kowalski dit le Polak !!!

" - Dis donc, toi qui sait tout, explique-moi une chose. Ca veut dire quoi, faire la révolution ?

- C’est difficile à expliquer. La tête, c’est les riches, les chefs, ceux qui font travailler les autres. Les fesses, c’est les pauvres, la partie basse. La révolution vise à l’unité. Réunir le haut et le bas.

- Mais comment peut-on réunir la tête et les fesses ? C’est impossible, comme tu le vois, il y a le dos qui sépare les riches et les pauvres.

- Je vois…je suis avec les pauvres !"

Sergio Corbucci n’est pas seulement un réalisateur talentueux ayant bouffé à tous les râteliers cinématographiques que lui offrait une Cinecità alors en plein essor, passant aisément du péplum au western tout en bifurquant çà et là du côté du poliziottesco et de la sexy comédie, mais il reste une véritable légende pour les amateurs de cinéma de genre italien. Après avoir essuyé un bide retentissant six mois plus tôt avec Le Grand Silence, son chef-d’oeuvre nihiliste au dénouement capable de flinguer le moral des Marx Brothers, Corbucci change radicalement de cap en s’attaquant à la farce politique.

Pour le père de Django, le concept de révolution est indissociable de celui de mercantilisme et Il Mercenario, premier volet d’un triptyque consacré aux soulèvements populaires, opère d’entrée de jeu une prise de distance désabusée devant prouver l’absurdité des révoltes en tous genres : participer à la révolution, c’est avant tout essayer de se faire un max de blé en un minimum de temps. En particulier pour ces gens sans idéal, sans foi ni loi, uniquement motivés par l’argent et qu’on appelle des mercenaires, prêtant, moyennant finances, leur concours à la révolution. Un peuple est toujours concerné par la révolution, si pauvre ou… si fortuné soit-il. Il suffit de quelques manipulateurs habiles et avides, de quelques politiciens véreux bien secondés, pour les pousser à la révolution, chacun étant à la merci de la bonne ou de la mauvaise foi des dirigeants politiques. L’histoire présentée par Sergio Cobucci, avec Il Mercenario, est une mise en garde édifiante, un pamphlet à la fois mordant et divertissant, maître-étalon, avec le El Chuncho de Damiano Damiani, du western Zapata.

C’est que Corbucci s’est entouré des meilleurs pour confectionner un script de haute volée. Aux commandes, Franco Solinas, le spécialiste ès western Zapata et cinéma prolétaire (El Chuncho, Tepepa, La resa dei conti, Queimada, Etat de siège, La bataille d’Alger,…) et Luciano Vincenzoni, le papa des mythiques Le Bon, la Brute et le Truand, Et pour quelques dollars de plus et Il était une fois…la révolution. Excusez du peu. Les deux compères, aidés par trois autres scénaristes, emballent un script à la rythmique implacable, où les temps morts se dorent la pilule au Club Med et où chaque réplique tend à mieux croquer les personnages et leurs perceptions, toutes personnelles, de la situation. Contrairement à beaucoup d’autres westerns, Il Mercenario ne tombe jamais dans les pièges du film de révolutionnaires, ayant trop souvent tendance à verser dans la sensiblerie gerbatoire. Ici les Robins des bois made in Mexico ne sont pas des héros pleins de vertu et au service d’une population brimée mais des hommes et des femmes tiraillés entre leur soif de luxe, de pouvoir et leur idéaux révolutionnaires.

"- Paco… Ensemble, on ferait du joli travail ; on pourrait former une association : Roman et Kowalski : mercenaires !!! Y a toujours des guerres en ce bas monde, ou une révolution ou une contre-révolution. Le travail ne nous manquera pas, sois tranquille, tu verras qu’à nous deux, on peut gagner pas mal d’argent. Qu’en dis-tu ?

- Que toi et moi on s’associe Polak, ce serait chouette, oui… Oui, mais ma révolution est au Mexique… Adios amigo !!!

- Ca te sera difficile d’être seul !!!

- C’est possible, mais je possède une chose que tu n’as jamais eu toi : j’ai un idéal, et j’en rêve Polac !!! Et ça, tu ne sais pas ce que c’est, toi !!"

Comme on ne change pas une recette ayant fait ses preuves, les auteurs échafaudent leur récit sur une structure classique et maintes fois éprouvée dans une foultitude de westerns transalpins : la relation triangulaire. En gros, nous avons nos deux héros, sortes de potes prenant leur pied à constamment se tirer dans les pattes, opposés au vrai gros méchant, ennemi sanguinaire et sans pitié, personnifiant à lui seul le mal dans toute sa splendeur et se baladant dans le récit tel un électron libre.

Pour synthétiser son analyse peu reluisante de la société, Corbucci, en grand anar devant l’éternel, oppose ses deux héros comme s’il mettait face à face deux incarnations idéologiques en totale inadéquation. Franco Nero, plus beau et charismatique que jamais, est Sergeï Kowalski, un mercenaire cynique et pince sans rire prenant un malin plaisir à ridiculiser dès qu’il le peut le pauvre Paco Ramon, un péon naïf devenant du jour au lendemain un meneur d’hommes ne sachant absolument pas qu’est ce qu’il fout là, interprété avec justesse par un Tony Musante truculent et qui malheureusement ne reproduira plus jamais une prestation de ce niveau. Ajoutez à ce duo de haute volée un Jack Palance, absolument délicieux en tueur froid et maniéré, adepte du signe de croix quand il fait passer des pauvres types de vie à trépas, et une galerie de trognes bien connues des amateurs (Raf Baldassare, Franco Ressel, Eduardo Fajardo,…) et vous obtenez le casting idéal d’une aventure picaresque regorgeant de punchlines qui font toujours mouche et de séquences d’anthologie dont un duel final dantesque typique des débordements fantaisistes de Corbucci : Un sifflement funéraire(Ennio Morricone de compète). Une arène de corrida. Des gradins vidés de leurs spectateurs. Trois hommes. Paco, looké en torero clownesque, Curly(Jack Palance)plus distingué que jamais avec son costume noir taillé sur mesure, un oeillet d’un blanc immaculé épinglé sur le coeur, et Sergeï en arbitre du duel (à la façon du Clint Eastwood de Et pour quelques dollars de plus) bien décidé à ce que celui-ci soit juste. Paco et Curly sont dos à dos attendant le troisième coup de cloche de Sergeï. La tension est à son comble. Le polack sonne la cloche, les deux hommes pivotent et tirent. Paco s’écrase, touché à l’épaule. Curly jubile, mais son sourire fait vite place à un rictus de douleur. Il baisse son regard et remarque avec effroi que la fleur blanche qu’il porte en boutonnière se teint tout doucement de rouge. Un dernier signe de croix et puis s’en va. La messe est dite, Paco a gagné et le Polak est content…le spectateur aussi.

" - Rêve Paco, ne cesse pas de rêver... toutefois, rêve les yeux ouverts !"

Corbucci réussit, là où des dizaines d’autres westerns spaghettis loupent le coche, un parfait dosage où les idées de génie ne sont pas sabordées par des détails foireux, où les vannes ne tombent pas à plat à cause d’acteurs cabotins à côté de la plaque et où la fable politique n’est pas juste un prétexte commercial. Si Il Mercenario n’est pas une oeuvre aussi forte que Le Grand Silence, il n’en reste pas moins un western zapata à grand spectacle jubilatoire, plein de finesse et de fantaisie, où Sergio Corbucci s’amuse à prendre ses distances avec le discours politique et engagé de son scénario. Alors tous en coeur : VAMOS A MATAR COMPANEROOOOOS !!!

OFFSCREEN - Amer

L’amerditude des choses

Il est des films qui foutent les boules et donnent très envie à la fois…et Amer fait partie de cette catégorie de longs métrages. Excitant car, véritables objets de fantasme cinéphilique rien qu’à l’évocation de leur pitch. Flippant car, comme bon nombre de fantasmes, ils finissent la plupart du temps par laisser un goût de trop peu après consommation. Vous voyez hein, le syndrome Doomsday ? Le truc à rendre parano de chez parano, une tripotée de geeks fébriles à l’approche des sorties hebdomadaires cochées en gras sur leur calendrier des "Dieux du Stade". Enfin tout ça pour dire que Amer ne rentre pas dans cette maudite espèce d’acétate de cellulose chimérique. Hooo que non.

Amer est un vibrant hommage à un cinéma perdu, une déclaration d’amour aux Argento, Bava, Lado et consorts, une pelloche ovniesque sortie de nulle part, les réalisateurs réussissant leur pari casse-gueule de dépasser le simple exercice de style, la célébration postmoderne du giallo, grâce à un traitement inédit au jusqu’au-boutisme d’une rare cohérence. Car c’est là que Cattet & Forzani font la différence sur nombres de leurs petits camarades : la logique.

Narrativement d’abord, les réalisateurs réussissant haut la main leur pari burné de tenir les spectateurs en haleine avec un film presque muet, les dialogues devenus une race en voie d’extinction, plongeant les spectateurs en plein trip sensitif où la parole fait place aux respirations, où les couleurs en disent plus sur la psyché des personnages que de longs et vains discours, et où les sons se muent en clés permettant de mieux ressentir l’histoire. Au final, rien ne dépasse, aucun plan n’étant de trop, le duo ne reculant devant aucune prise de risque pour garder leur périlleuse ligne de conduite jusqu’au générique final.

Visuellement ensuite, les trois segments du film poussant la relecture référentielle à son paroxysme, le tout sans tomber toutefois dans les pièges du copier/coller rébarbatif et sans substance, du clin d’oeil d’initié, du pastiche condescendant. Rarement un zoom n’aura été aussi beau que dans Amer, jamais les cadrages verticaux n’auront été aussi justifiés, les trucs et gimmicks à la mode à l’époque dépassant leur statut de vulgaires gadgets stylistiques pour enfin accéder au panthéon de la grammaire narrative.

Autre coup de force, le fait de ne pas avoir traité leurs trois chapitres comme trois sketches, mais bien comme trois moments clés de la vie de leur héroïne, séparé par des ellipses la faisant passer de petite fille à l’adolescence, puis d’ado à l’âge adulte. Le tout en conférant à chaque époque, chaque période, une sensibilité propre, une identité.

On pense bien sûr au pink et au bosozoku-eiga, aux Riccardo Freda, Giorgio Ferroni, et Mario Caiano du gothique transalpin, ainsi que Mario Bava et Dario Argento face à la beauté des décors, le soin maniaque porté aux accessoires, la qualité des cadrages et le raffinement visuel confinant à l’ensemble une ambiance onirique et morbide, où la frontière entre les fantasmes et la réalité est ténue, le talentueux duo nous offrant un cauchemar éveillé nourri des plus terrifiantes angoisses enfantines.

Malgré un budget violemment inférieur à bon nombre de productions de genre hexagonales, Amer est un film d’une beauté rare, une expérience physique, un grand huit sensoriel, maîtrisé de bout en bout et d’une maturité exceptionnelle pour un baptême de l’air. Poétique, éprouvant, tactile, sensuel, épidermique et rigoureux, le premier film de Bruno Forzani et Hélène Cattet est une ode au bis, la preuve que cinéma de genre ne rime pas spécialement avec "exploitation", les deux réalisateurs ne se limitant jamais au petit jeu des références. De quoi attendre le rasoir entre les dents leur prochain méfait giallesque. Alors un seul mot les gars : FORZA !!!

OFFSCREEN 2011

The Boxer’s omen

Projeté en clôture du cycle consacré à la Shaw Brothers (avant la master class de Tony Rayns au RITS, dédiée à la firme et un de ses maîtres, King Hu, suivie de la projection de son chef d’œuvre Come Drink With Me), The Boxer’s Omen (Mo) de Kuei Chih-Hung (Camps d’amour pour chiens jaunes, Karatékas contre trafiquants d’or, avec Bruce Li, sosie célèbre de Lee, à la source de nombre de péloches étiquetées « bruceploitation », Hex, Corpse Mania, …) faisait office d’idéal de film de minuit.

Véritable « OFNI », Mo est un pur trip visuel hyper réjouissant (même s’il aurait gagné à être réduit d’une petite demi-heure), aux hautes vertus psychotropes (même « clean » ou à jeun) ; festival de couleurs saturées et d’expérimentations.

Un shoot d’absurde et de non-sens, où les situations n’ont vraisemblablement (presque) aucun lien entre elles et encore moins de suite logique, prenant ancrage dans un combat de boxe à l’issue tragique, pour déboucher sur une fumeuse histoire de malédiction/magie noire.

Esotérique et empli de visions dantesques/surréalistes (le héros vomissant des murènes vivantes dans le lavabo ou étranglé par les viscères d’une tête coupée flottant dans les airs, femme nue extirpée des entrailles poisseuses d’un crocodile, …), The Boxer’s Omen (1983) se pose en grand bordel foutraque qui marque durablement la rétine.

Le film s’offre en têtes d’affiche Phillip Ko (La terreur des hommes de bronze, Fearless Dragons, Mission Thunderbolt & Ninja Terminator de Godfrey Ho, …) et l’ultra charismatique Bolo Yeung (Les 13 fils du dragon d’or de Chang Cheh, La main de fer, Opération dragon, aux côtés de Bruce Lee, et deux madeleines de Proust, avec notre impayable JCVD national ; Double Impact & Bloodsport… « Dis-le ! Dis-le ! Ma…té ! »… pardonnez cette éruption acnéique…), accompagnés de Somjai Boomsong (dont ce sera l’unique apparition à l’écran), Chin Tien-Chu (Blood Brothers de Chang Cheh, Infra-Man, Dirty Ho & Le singe fou du kung-fu de Liu Chia-Liang, …), ou encore l’incontournable Elvis Tsui (City on Fire de Ringo Lam, A Chinese Ghost Story de Ching Siu-Tung, Sex and Zen I, II & III, A Chinese Torture Chamber Story, Trilogy of Lust II de Julie Lee, The Storm Riders d’Andrew Lau, …).

Nudité généreuse (et gratuite), effets gore à foison, « craspec » à tous les étages, « marionnettes animatroniques » (c’est un bien grand mot pour ce qu’on voit à l’écran !) grossières (raaaah, ces chauve-souris aux yeux rouges, dont on distingue les câbles qui les meuvent dans les airs), sont les ingrédients du cocktail qui assurera un agréable moment (et une bonne tranche de rigolade) aux bisseux de tous poils.

L’art du « nawak » poussé à son paroxysme. Férocement inclassable, donc forcément indispensable. Tout simplement grandiose !

OFFSCREEN 2011

Steak de Quentin Dupieux

Offscreen, c’est trop de la balle !!!! Oh que oui madame. C’est vraiment d’la giga maousse braguette pour les amateurs de raretés en tous genres et la programmation de cette quatrième édition ne déroge pas à la règle. Sauf que cette année mézigue il l’a juste profond dans l’os. C’est pas avec plus de quarante de fièvre et une amanite tue mouche en lieu et place de la luette qu’il va pouvoir se pignoler à la Cinematek et se choper des escarres au valseur sur les strapontins du Nova. Heureusement qu’il connait par coeur une chiée de films diffusés lors du festi le Sartana, sinon il se serait fait sérieusement bourrer le chignon par l’autre sans coeur de rédac chef. Il a l’air sympa comme ça, avec son regard torve, sa barbe de Village people taillée à la serpe et sa grosse voix de ténor tubizien, mais moi il me fout trop les miquettes. J’l’entends déjà m’rouscailler dans les bronches.

STEAK

Il y a des pelloches comme ça qu’on loupe connement soit parce qu’on est un péquenaud borné et réfractaire à l’idée de supporter ne serait-ce qu’une heure trente la frime d’un acteur qu’on peut pas encaisser, soit parce qu’on a été trop moule de lire jusqu’au bout la fiche signalétique du film, tellement impatient que l’on est de l’enterrer sans aucune autre forme de procès que le mépris et l’oubli presque instantané. Et bien Steak est l’exemple type de ce genre d’ovni cinématographique laissant tout le monde sur le carreau à sa sortie et gagnant à peine quelques années plus tard ses galons de film culte. Alors oui, j’avoue, à la vision de l’affiche j’ai tourné les talons, sans me rendre compte que le gus aux commandes n’était autre que le brillantissime Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, et surtout, honte à moi, sans lire le résumé à la fois absurde, poétique et délirant de cette histoire presque impossible à pitcher sans passer pour un évadé de Fond’Roy.

Georges (Ramzy Bédia) est un lycéen au physique ingrat, à la démarche maladroite et constamment maltraité par ses petits camarades de classe. Un ringard quoi. Un matin, alors qu’il se rend en skate au bahut, il passe à côté d’un hummer retourné sur la route. A l’intérieur un macchabée et une mitraillette. Georges planque l’arme dans son sac et reprend sa route. Comme on change pas les bonnes vieilles habitudes, ses tortionnaires reprennent leur travail de sape. Seulement aujourd’hui Georges il en a ras les macarons de supporter les vilénies quotidiennes que ces p’tits merdeux lui font voir depuis beaucoup trop longtemps. Sans oublier qu’une sulfateuse pieute encore au fond de son sac. Sentant pas l’épée de Damoclès planant au dessus de leurs mouilles, les pines d’huitres commettent l’impair de trop et se retrouvent plombé, flingué, zigouillé, mort. Il les portait pas dans son coeur ces minables, mais ça lui fait quand même quelque chose à Georges, qui erre hagard dans les rues de la ville en trainant sa mitraillette sur le bitume.

C’est dans cet état second qu’il croise Blaise(Eric Judor) son super giga potzo. Impressionné par la qualité de reproduction de ce qu’il prend pour un joujou, Blaise s’éclate à mimer des fusillades arme à la main pendant que Georges s’éloigne doucement. Quand les cognes rallègent ils se posent pas trente mille questions et ils coffrent ce pauvre Blaise qui va devoir passer huit longues années dans un asile psychiatrique à subir les méthodes old school et peu folichonnes prodiguées par le docteur Brown (Vincent Tavier). Sa famille ayant décarré à la british pour plus avoir à supporter les bassesses des pékins locaux, Blaise n’a plus personne à qui se fier dans cette maudite ville hormis ce bon vieux Georges. Le binz c’est qu’il a la mémoire plutôt courte le Georges, et qu’il rejette violemment son ancien camarade pour pas ruiner ses chances d’enfin faire partie de la bande la plus hype du lycée : les Chivers. C’est que c’est pas de la myrtille de rentrer dans ce clan hyper sélect ou pour mériter son passeport faut s’être fait refaire la pomme. Furieux de la réaction de son ancien ami, Blaise décide de lui aussi devenir un Chivers.

Avant de parler du boulot de Quentin Dupieux, je vais vite essayer de dissiper les éventuels doutes planant autour du duo comique se partageant l’affiche de Steak. Car faut pas être bien malin pour piger que le fiasco du film en salles (même pas 300 000 entrées sur le territoire français) est dû, d’une façon ou d’une autre, à la présence de Eric & Ramzy. Paradoxal quand on sait qu’à l’époque les gus trustaient régulièrement les sommets du box-office frenchie avec des comédies couillonnes comme La Tour Montparnasse Infernale. Pas tellement que ça en fait. Il devait être là les fans de la première heure, le premier mercredi d’exploitation du film dans les salles obscures, prêt à se gausser des pitreries de leurs chouchous et à se taper la cuisse de bonheur. Pas de chance pour eux, sur l’écran c’étaient pas Les Daltons ou Double Zero, bien que Dupieux repose en partie lui aussi ses effets comiques sur les mêmes axes humoristiques que son duo : la crétinerie, le non sens et l’absurde.

Seulement à la différence des films précités, Dupieux ne se contente pas de taper la soupe et plonge les deux acteurs dans un univers étrange, à la fois loufoque et sans pitié, sorte de vision fantasmée de l’americana par un petit français gavé de séries B ricaines lors de son adolescence. Autant être clair. Steak ne met pas en scène un duo (Judor et Bédia ne jouant que très peu de scènes ensemble) et force est de constater que si la formule met en exergue les qualités d’Eric Judor, elle prouve aussi les limites d’un Ramzy Bédia peu enclin à dépasser le personnage qu’il s’est forgé au fil des années, répétant sans variation aucune, les mêmes tics de jeu d’une scène à l’autre, de film en film, de plateaux télé en plateaux télé. J’vous dis pas non plus qu’Eric Judor se la joue Marlon Brando hein. Il nous fait son numéro, lui aussi, sauf qu’à la différence de son comparse, il se casse nettement plus le cul en donnant une réelle profondeur à son personnage, se permettant même aux détours de quelques scènes de jouer franchement la carte de l’émotion en dépeignant un personnage détruit, trahit et terriblement seul. Pas couillon le mec, il entoure les duo d’une clique d’acteurs foutrement choucarde, Vincent Belorgey(en chef suffisant et intransigeant des Chivers) et Sebastien Tellier(en Sebastien Tellier paraplégique) en tête. Dupieux réussit là ou ses prédécesseurs avaient pêché par facilité, en ne réalisant pas le nouveau film d’Eric & Ramzy, mais bien un film avec Eric & Ramzy.

Quentin Dupieux est un formidable créateur d’univers. Il l’avait déjà prouvé avec ses clips musicaux mettant en scène la célèbre marionnette jaune de Flat Eric et en réalisant son premier moyen métrage, « Non film », une brillante mise en abîme azimutée du cinéma. Le réalisateur est aussi un adepte du contre-pied scénaristique et visuel. Là où beaucoup dynamiseraient une scène en la surdécoupant ou en s’acharnant à se la toucher sur des champs/contres-champs téléfilmiques, Dupieux se borne à cadrer sur pied, fixe, lors d’interminables plans séquences, laissant ses personnages se débattre dans leur incompréhension d’un monde qu’ils ne reconnaissent plus, ou dont ils peinent à définir les modifications de moeurs. L’aspect fantasmagorique du film, sorte de rêve zarbi et inconfortable, est renforcé par le superbe boulot de Riego Van Wersch qui s’inspire des lumières clinquantes, outrageusement chaleureuses et ensoleillées des spots publicitaires, donnant l’impression que les personnages squattent une pub Kinder. Un travail au diapason d’une des problématique du film, cadrant au poil avec ce monde superficiel où il ne fait plus bon être un « naturell », où règne le toc et où les gueules sont en plastoc. Dupieux enfonce le clou du fake pour le fake en shootant les passages en bagnoles sur fond de retroprojections et en emballant l’ensemble sur une musique à la croisée d’une B.O de boulards eighties, de new ave sirupeuse et d’éléctro tranchante. Résultat d’une collaboration entre trois pointures de la scène électro made in France, Sebastian, Sebastien Tellier et Mister Oizo himself, le score de STEAK est, sans aucun doute, un des points forts du film, ajoutant encore au métrage cette sensation de rêve éveillé qu’il suscite à chaque visionnage.

Dommage que Dupieux ait choisit l’option de finir son film en optant pour l’option « pirouette -boucle bouclée » donnant au final un aspect blagounnette un peu fastoche à l’ensemble d’un film qui méritait bien mieux que cela aux vus des nombreuses qualités que je me suis ruiné le croupion à vous énoncer sur quatre-vingt quatre lignes en arial 10.

OFFSCREEN 2011

Double programme Phil Mulloy

En cette deuxième journée de festival, nous fûmes gratifiés par les organisateurs du Offscreen d’un événement de taille ; un double programme Phil Mulloy (présenté par le réalisateur himself, qui régala l’assistance de nombreuses anecdotes sur son « modus operandi » si particulier), articulé en deux temps : projection de son dernier film (le plutôt « radical » Goodbye, Mr. Christie) et des multi-primés Intolerance (courts-métrages, segments I à III). De quoi se familiariser (pour les non-initiés) avec l’œuvre de cet artiste iconoclaste.

Phil Mulloy est un des principaux francs tireurs de l’animation, une « tête brûlée » (qui autofinance en majeure partie ses films), à classer aux côtés (bien que leurs styles respectifs soient sensiblement différents) du génie Bill Plympton (dont les œuvres sont un peu moins « politisées », plus « camp » ; I Married a Strange Person !, Mutant Aliens, Hair High, …).

Une approche presque « artisanale » de l’animation (Mulloy occupe la quasi totalité des postes techniques sur ses films), alliée à une esthétique « brut » (voire minimaliste), le discours prenant le pas sur l’animation. Le réalisateur (selon ses propres propos) ne se considère d’ailleurs pas comme un animateur, mais plutôt comme un artiste, qui cherche toujours la manière la plus simple de concrétiser les choses. Explicitant une métaphore musicale, Mulloy avoue qu’il se voit plus comme un « one man band », pas comme un orchestre, et rapprocherait son art du blues (côté dépouillé, qui va à l’essentiel), dans une volonté de communiquer ses idées de la façon la plus directe possible.

Goodbye, Mr. Christie

Concrétisé en 2010, Goodbye, Mr. Christie est une sorte de « family drama » (tel The Simpsons), nous présentant les relations au sein d’une famille dysfonctionnelle (les Christie), qui implosera suite à l’arrivée inopinée d’un marin français à l’accent truculent, Ramon.

Ce dernier ne trouvera rien de mieux à faire que coucher avec mari et femme, mystérieusement envoûtés par un morceau romantique (téléchargé sur le net !).
En parallèle, le film s’ancre sur un reportage consacré à Mr. Christie (même si de prime abord dédié au cabot de la famille, Buster, authentique chien parlant !), un moyen comme un autre pour Mulloy de dénoncer les agissements des chaînes de télé, dans leur quête effrénée de l’audimat, et de stigmatiser différentes tares de l’humanité (avidité, capitalisme, infos simplifiées par les médias en direction du public de masse, etc.). Avec une grande ironie et sans se départir d’un humour british pince-sans-rire (parfois très noir).

Cet itinéraire « absurde » (rappelant par certains côtés les œuvres de Beckett & Ionesco) d’un homme (le Mr. Christie du titre) égoïste au dernier degré et amer, ne fait aucune concession, revêtant la forme simplifiée (que d’aucuns trouveront rebutante) d’un univers brut, géométrique (décors, arrière-plan), où les personnages sont « grossièrement » esquissés (de grands aplats noirs) ; ce qui donne au film cette esthétique singulière.

Très bien dialogué (les nombreuses « facéties linguistiques » des protagonistes, où les accents déclenchent une multiplicité de ressorts comiques), on peut aussi aisément accoler à Goodbye, Mr. Christie les termes « expérimental », « désenchanté », « épuré » ou « minimaliste ».

Une expérience à vivre, qui semblera hermétique pour certains, mais récompensera doublement ceux qui prendront la peine de s’y plonger (le film sera exploité sur une courte période au Cinéma Nova, sitôt le festival terminé).

Intolerance I-III

Intolerance (2000 à 2004) est quant à lui composé de trois segments, formant au final une seule et même trame narrative : l’hypothétique découverte par les humains d’une race d’extraterrestres (qui, fait notable, ont la tête et le sexe inversés !), les relations épidermiques qui en découlent (déclaration de guerre des deux parties, constitution de divers groupuscules religieux, …) et autres dommages collatéraux.

L’occasion pour Phil Mulloy de développer une vaste métaphore politique, brassant une multitude de thèmes (propagande politique et religieuse, obscurantisme, intolérance, non-respect de la différence, …) ; satire féroce de l’establishment et du « bellicisme » américains.
La forme s’apparente (presque) à de l’Art Brut, le visage des personnages rappelant un peu certaines œuvres des peintres Edvard Munch et James Ensor.

L’univers des trois segments a ici un aspect « gouaché », où l’on sent les traits de pinceau, une esthétique qui accentue la portée de cette charge contestataire, jusqu’au-boutiste et nihiliste, bien que ne se déparant jamais d’un humour grinçant (acerbe).

L’ensemble est de grande qualité, mais pris individuellement, certains segments souffrent de longueurs (ça peut sembler paradoxal vu leur courte durée).
Néanmoins, cela ne doit pas émousser votre enthousiasme pour ces œuvres, où l’artiste se permet tout ; on y torture les prisonniers avec des extraits de films Disney et un droïde, imitant le look d’Elvis, ainsi que sa voix dans G.I. Blues (Norman Taurog, 1960, chanson du théâtre de marionnettes), fait office de faux messie !

En quelques mots, rafraichissant et d’utilité publique !

OFFSCREEN 2011

First Offscreening : Red, white and blue

Aux côtés du Rubber de Quentin Dupieux figurait sur la liste des "First Offscreenings" de cette édition 2011 le nouveau film du britannique Simon Rumley qui s’était distingué précédemment avec The living and the dead, film indépendant plutôt éprouvant (sorti en DTV chez nous par le biais d’Emylia) dans lequel un jeune attardé mental, schizophrène à ses heures, tentait de prouver à son paternel qu’il était capable de s’occuper seul de sa mère malade... Du drame psychologico-social à l’horreur pure et dure, il n’y a qu’un pas que Rumley s’est à l’époque plu à franchir pour réitérer finalement l’expérience dans son deuxième long métrage, Red, white and blue.

Des queues s’agitent, frappent des boules. Une émanation d’un film de boules viscéral ? Plutôt une métaphore détournée de la gynocratie à venir. Erica, jeune âme perdue au sein d’un Austin suintant de testostérone, végète de jour dans un entrepôt de bricolage et vagit la nuit dans les toilettes poisseuses de bars infréquentables. Sex addict, l’anti-héroïne résorbe son mal-être en écartant les cuisses et en prêtant son con - et les affections qui vont avec - à des mâles en quête de sensations fortes. Un seul être semble capable de l’extirper de ce sinistre quotidien, Nate, un ancien soldat ayant combattu en Irak adepte de la torture animalière. Mais leur liaison platonique (ah bon, même Platon ?) risque bientôt de se terminer avec l’intervention de Frankie, un obscur rockeur désireux de mettre fin à l’éveil des sens que propose Erica...

Du drame social à la Ken Loach à l’horreur en huis clos, en passant par la peinture obscure et déviante de paumés mélomanes à la Koen Mortier (la virtuosité en moins), Red, white and blue explore de nombreux genres, sans la moindre variation de ton, piégeant le spectateur dans cette ambiance glauque où s’entremêlent sans vergogne l’amour d’un fils pour sa mère cancéreuse (une thématique déjà au coeur de The living and the dead) et les idylles unissant une nymphomane vengeresse et un dur à cuire taciturne aux allures de biker. Un trio dominé par la soif de vengeance dont les membres passent à l’acte - sexuel ou physique - dans le but de transférer et d’inscrire leurs frustrations dans la chair de l’autre. Charnel et psychologique, chargé émotionnellement, le film de Rumley imprime durement la rétine -et les esgourdes, au détour de scènes psychédéliques lourdement appuyées par une cacophonie stridente. Au point que durant une heure, l’oeuvre ressemble à l’un de ces périples dans les dédales d’un créateur fou...

Progressivement, les pièces de ce puzzle se mettent en place. Non sans mal. Les zones d’ombre et incohérences s’accumulent au sein d’un script desservi par une multitude de plans inutiles se succédant anarchiquement au gré d’un montage aussi lourd que l’atmosphère pesante de ces bas-fonds d’Austin. La seule touche de légèreté réside finalement dans la prestation d’une Amanda Fuller à fleur de peau qui hypnotise dès l’entame l’assistance (saluons également un autre contre-emploi réussi, celui de Noah Taylor, à mille lieues de son rôle dans The proposition) avant de disparaître dans les affres de cette oeuvre au final pas tout à fait convaincante.

OFFSCREEN 2011

Starcrash

Evénement incontournable de ce début de festival, la projection (en copie 35mm, s’il vous plaît !) du cultissime Starcrash de Luigi Cozzi (Contamination, Il gatto nero), passé en coup de vent pour présenter le film, devant une audience acquise à la cause (bien que par trop souvent hilare, dans le mauvais sens du terme, ce public adoptant une posture condescendante, moqueuse vis à vis du genre ; une des plaies du festival… bref, passons…).

Et quel intense plaisir de redécouvrir le film en 35mm ; le signe d’une approche cinéphile, respectueuse, qui caractérise le Offscreen Film Festival, remuant ciel et terre pour dénicher des copies rares (la majorité des œuvres sont projetées de cette façon et au format, tel le magnifique Le Grand Silence de Corbucci, programmé l’année dernière, avec une présentation érudite d’Alex Cox… le must absolu !).
Je ne vais pas vous la refaire à l’envers, il va de soi que si vous êtes un lecteur régulier du site, vous devez connaître Starcrash (alias Le Choc des étoiles), délire science-fictionnel pop et acidulé, qui récolta un franc succès l’année de sa sortie (1978) et fut rapidement l’objet d’un culte grandissant.

Ce projet avait été soumis par le réalisateur à un producteur français, qui l’avait tout d’abord refusé, pour finalement se rétracter et décider de le financer ; le succès de Star Wars (George Lucas, 1977) n’y étant bien sûr pas étranger…

Cozzi (s’acquittant du film sous le pseudo de Lewis Coates) affirme qu’il n’a jamais voulu que ce soit un « démarquage » de ce dernier (le manque de moyens financiers ne jouant définitivement pas en son avantage), mais force est de constater que, pour la peine, on taxerait bien ce cher Luigi de langue de bois ; de nombreux emprunts à l’œuvre pré-citée prouvant l’exact contraire (texte défilant en début de film, sur fond de voie lactée, sabres laser, …).

Hommage à la littérature « pulp », très « camp » dans l’esprit, Starcrash demeure (33 ans après) un festin pour les yeux, entre couleurs éclatantes (expressionnistes, selon Cozzi), univers au kitsch assumé, effets spéciaux sommaires (parfois gravés à même la pellicule…), incrustations foirées, stop motion (NB : animation image par image) du pauvre (à ce titre, les créatures sont plus que rudimentaires), situations « non-sensiques » et invraisemblances en tous genres. Mais ces apparents défauts, ce côté « cheap », bancal, bricolé et daté (il l’était déjà à l’époque à cause du manque de ressources), loin de jouer en défaveur du film, lui donne une saveur (aura) particulière, qui sustentera parfaitement les « bisseux » de tous poils.

Ce feu d’artifice « psychédélique », aux hautes vertus hypnotiques, porté par une BO mineure du regretté John Barry (Cozzi dit qu’il aurait composé le même genre de BO pour Out of Africa et là, pour le coup, gagna l’Oscar !), offrit à la sublime Caroline Munro (Captain Kronos - Vampire Hunter, L’Espion qui m’aimait, Maniac, …) le rôle qui la propulsa dans la stratosphère geek, au rang d’icône et fantasme absolu. Il faut dire qu’elle y est sexy en diable et vêtue de tenues plus affriolantes les une que les autres… Une plastique de rêve qu’elle dévoila généreusement de film en film…

Le casting de Starcrash, grand bordel foutraque, compte parmi ses principaux atouts, où un Christopher Plummer « mono-expressif » (visiblement venu cachetonner dans le rôle de l’Empereur) croise le grand Joe Spinell (The Godfather : Part II, Taxi Driver, Rocky I & II, Maniac et Vigilante de William Lustig, …), survolté et cabotin dans le rôle du grand méchant éructant de l’histoire, le fielleux Zarth Arn (où vont-ils chercher ces noms !), ou encore un tout jeune David Hasselhoff (Alerte à Malibu, K 2000), alors minet glabre de bon aloi.

Entre autres curiosités, l’amateur éclairé se délectera aussi de la prestation indescriptible du croquignolet Marjoe Gortner (ancien prédicateur itinérant, reconverti en piètre acteur ; un documentaire controversé lui fut d’ailleurs consacré : Marjoe, 1972, de Sarah Kernochan & Howard Smith), de l’apparition de la divine Nadia Cassini (héroïne de moult comédies polissonnes italiennes, comme L’infirmière du régiment) en chef des amazones et de la vision furtive de Salvatore Baccaro parmi les cro-magnons (homme singe et préhistorique attitré de pléthore de péloches bis : Le Château de Frankenstein de Robert Oliver, Mondo candido de Jacopetti & Prosperi, Salon Kitty, Ator l’invincibile 2 de Joe D’Amato, …)

Starcrash est une œuvre à laquelle l’auteur de ces lignes prête bien plus d’âme qu’à celles du business man George Lucas (n’en déplaise à la majorité).

Une sucrerie à laquelle il est très difficile de résister…

OFFSCREEN 2011

Aelita

Dans le cadre du cycle "Outer space", Offscreen programmait à la Cinematek Aelita, superproduction muette de l’URSS aux décors futuristes particulièrement attractifs...

Après avoir assassiné son épouse dans un accès de furie, Los décide de fuir la Terre à bord d’un aéronef construit par ses soins. Accompagné de Gussev et de Kravtsov (élu mister Chokotoff en 1922), son voyage le conduit sur la mystérieuse planète Mars où règne mollement Aelita, plus intéressée par les langoureux baisers terriens que par la direction politique que prend sa planète. D’autant qu’au moment où débarque le trio d’hominidés, la situation politique martienne s’avère instable, détruite par des guerres intestines...

« Anta… Odeli… Uta… », première allocution martienne au cinéma composée de termes intraduisibles et mystérieusement ponctuée. Trois mots qui reflètent l’incompréhension humaine face à ce message subliminal édifié par une société capitaliste dont le cinéaste épingle les potentielles dérives sociales et liberticides. En pleine relâche d’un communisme qui se prépare à revenir de manière encore plus radicale, la Mezrabpom-Rus fait appel à Jakov Protazanov, l’un des plus illustres metteurs en scène de l’époque, pour adapter cette histoire aux atours science-fictionnels qui nécessite un mélange des genres assez abrupt. S’y côtoient ainsi un mélodrame tragique (les relations tumultueuses entre Los et Natasha, sa femme) suivie d’une enquête policière et de la découverte SF de la planète martienne, le tout étant relié par une trame burlesque qui contraint au détachement de cette œuvre foncièrement fictionnelle.

En outre, le cinéaste quitte ses tendances prérévolutionnaires pour s’harnacher de considérations pro-révolutionnaires à l’instar de ces exilés martiens qui convainquent comme ils peuvent les esclaves autochtones de s’embrigader dans une révolution armée afin de conquérir le pouvoir. Car Mars se pose comme un homologue moscovite sidéral et sidérant, les avancées technologiques ayant apparemment empiété sur la cohérence sociale eu égard des classes prolétariennes assujetties à des despotes éclairés (ceux qui gouvernent) au détriment de la rêveuse régente Aelita. Des mutineries menant inexorablement à la déconfiture, l’homme symbolisant le félon qui trahit son camp pour d’obscures raisons. Aelita s’obscurcit au fil de l’œuvre d’un discours politique naïf qui s’avère cependant révélateur des conceptions de l’URSS post-révolution. Par extension, le cinéaste se fait le porte-parole d’une population résolument tournée vers des eaux plus limpides à l’image de son trio (ou de son duo, l’embarcation du policier découlant d’une coïncidence) qui voit en Mars l’ultime alternative à leurs problèmes terrestres. La planète rouge (ici à défaut grisâtre) constitue en l’occurrence une utopie désenchantée rappelant chacun des protagonistes vers leur terre d’origine, sorte de « meilleur des mondes » dont les multiples corruptions et la bourgeoisie pique-assiette dépeints par l’auteur ne se résument finalement qu’à leur nécessité fondamentalement ontologique et sociologique.

Aelita, superproduction accusée par une critique virulente de trop miser sur ses décors martiens et de réaliser un indigeste mélange des genres (« La montagne a accouché d’une souris », dixit ladite presse), propose un spectacle singulier (surtout pour l’époque) fortement empreint de discours sociopolitiques souvent naïfs que l’omniprésence d’un humour potache désamorce fréquemment. En résulte une œuvre protéiforme, disparate et éminemment intéressante.

OFFSCREEN 2011 - Dune

God created Arrakis to train the faithful !

En cette 6ème journée de festival, direction la Cinematek (ancien Musée du Cinéma) et sa grande salle (encore) flambant neuve. Autre lieu, autre ambiance, plus « studieuse » (voire « feutrée »), pour cette projection de Dune (David Lynch, 1984), dans un silence presque « monacal ». On ne va pas s’en plaindre, surtout que les conditions de projection étaient au rendez-vous (copie 35mm, belle ampleur de l’écran de la nouvelle salle, …).

Indéniablement, le public était peu (ou prou) celui du Offscreen, mais plutôt le cercle d’habitués du lieu (hormis quelques bastions de geeks, disséminés ça et là). Adapté du roman culte de Frank Herbert (publié aux USA en 1965) par Lynch, Dune fait partie de ces projets sur lesquels nombre de réalisateurs se cassèrent les dents.

L’histoire retiendra surtout la tentative d’Alejandro Jodorowsky, complètement folle et vouée dès le début à l’échec, de par son ambition démesurée et son absence de limites (Jodo désirait Salvador Dali dans le rôle de l’Empereur, cachet mirifique à l’appui, qui ferait presque rougir le Johnny Depp de Pirates des Caraïbes 4 !). Une adaptation qui devait aussi rassembler les talents de Mœbius, Giger et Pink Floyd à la BO. Je vous renvoie vers le magazine Mad Movies, qui s’était magnifiquement épanché sur ce projet mort-né, donc ressortez vos anciens numéros…

Réalisé 4 ans après The Elephant Man (1980, grand succès, d’un « classicisme » rarement l’apanage du réalisateur), Dune, produit par Raffaella de Laurentiis et son père Dino (ici producteur exécutif, mogul hollywoodien & ogre au caractère bien trempé), se révéla une expérience douloureuse pour Lynch, peu habitué aux entreprises cinématographiques de cet acabit. Il refusera ensuite les rênes de toute grosse production, comme traumatisé par l’expérience (auparavant, il s’était permis de décliner l’offre de George Lucas, qui lui proposait Le Retour du Jedi… avouez que conçu par Lynch, ça aurait eu plus de gueule !).

Dino De Laurentiis, pour se faire pardonner, produisit Blue Velvet de Lynch, qui demeure (selon l’auteur de ces lignes) le joyau brut de sa filmographie… Mais ceci est une autre histoire…

The sleeper has awakened !

Réputé inadaptable, condenser le pavé de Frank Herbert en un seul film n’était pas une gageure pour le scénariste. Lynch s’acquitta plutôt adroitement de la tâche, même si force est de constater que certains enjeux narratifs restent troubles, la mythologie du roman (innervée de manœuvres politiques un tantinet obscures pour le néophyte) rentrant « au chausse-pied » dans cette adaptation pelliculée (pas non plus exempte de longueurs).

Mais contrairement aux idées reçues (et ce que clame le principal intéressé), Dune trouve parfaitement sa place dans la carrière du réalisateur, loin d’un côté lisse ou impersonnel qu’auraient pu lui imprimer les conditions de tournage (lourdes pour un artiste farouchement indépendant, Lynch peinant à s’épanouir sous la contrainte).

On y décèle aisément de multiples saillies « surréalistes » propres à son univers (un certain sens du « baroque » et de l’outrance, cf. les lubies « sexuelles » & culinaires du Baron, entre autres réjouissances) et facéties (fulgurances) formelles (très gros plans sur les lèvres des acteurs, que l’on retrouvera de film en film, fondus enchaînés aux signifiants métaphoriques, « surjeu » et mimiques grotesques des acteurs ; l’absurde étant bien souvent transmis chez le réalisateur par ce biais, etc.).

Lynch s’y montre aussi plus à l’aise dans les scènes d’action que l’on aurait pu le penser, les effets spéciaux datés (tout comme la BO « croquignolette » composée par Toto) conférant à l’œuvre une patine non-négligeable (mention spéciale à l’armure très « géométrie appliquée » des guerriers atréides).

Cerise sur le gâteau, Dune s’offre un casting 5 étoiles : le rôle principal (Paul Atréides) est tenu par Kyle MacLachlan (Blue Velvet, la série Twin Peaks, Showgirls de Verhoeven, …), dont c’était la première apparition à l’écran et qui porte de bout en bout le film de sa fougue juvénile. Parmi les habitués de l’œuvre du réalisateur, on peut compter sur la présence de Jack Nance (premier rôle du fabuleux Eraserhead, Blue Velvet, Twin Peaks, Wild at Heart, Lost Highway), Jürgen Prochnow (Twin Peaks : Fire Walk with Me, Das Boot, In the Mouth of Madness de Carpenter, Le Patient Anglais), Dean Stockwell (prestation d’anthologie dans Blue Velvet, la série 80’s Code Quantum, The Player d’Altman, …), Everett McGill (Twin Peaks, Brubaker, La guerre du feu, License to kill), ou encore Brad « Lord of the Rings » Dourif (Blue Velvet, Child’s Play, Trauma d’Argento, la série Deadwood).

Les autres rôles sont dévolus à la mythique Silvana Mangano (Œdipe roi, Le Décaméron et Théorème de Pasolini, Ludwig de Visconti), José Ferrer (Lawrence d’Arabie de David Lean, The Fifth Musketeer, la série The Love Boat), Patrick Stewart (Lifeforce de Tobe Hooper, la série Star Trek : Deep Space Nine, X-Men & X2), Max von Sydow (Le Septième Sceau de Bergman, L’Exorciste de Friedkin, Les Trois Jours du Condor de Pollack, Flash Gordon, Minority Report, …), Virginia Madsen (Candyman, Sideways, The Number 23, Red Riding Hood) et un Sting ultra charismatique (Les Aventures du Baron de Munchausen de Terry Gilliam), exalté, icône “gay friendly” (cf. séquence de la “douche”), au look (coiffure) rappelant le trublion underground Nick Zedd (un des principaux artistes de ce que les critiques nommèrent le « cinéma de la transgression » new-yorkais). La crème de la crème…

Dune reste (27 ans après) une œuvre atypique, mal aimée par son géniteur, mais un des fleurons de la S-F 80’s, au charme particulier. Une adaptation fidèle et bien plus aboutie que d’aucuns la considèrent…

OFFSCREEN 2011

Ouverture du cycle Shaw Brothers - “double bill” Liu Chia-Liang

Le public s’était déplacé en masse pour l’ouverture de ce tant attendu cycle Shaw Brothers, en majorité des invités du festival ; petites sommités et gens du métier, parmi lesquels on reconnut Bruno Forzani, co-réalisateur du sublime « néo-giallo » Amer.

L’assistance eut droit à deux introductions : l’une par la représentante de l’ambassade de Hong-Kong, au débit mitraillette et affirmant fièrement l’appui de l’ancienne colonie britannique aux réalisateurs, s’épanouissant dans une totale liberté (en voilà une qui fait mine de ne pas connaître les tabous inamovibles de l’industrie ciné locale et ne doit pas avoir entendu parler de la rétrocession…).

L’autre, par l’érudit Tony Rayns, cinéphile précieux et grand spécialiste du cinéma asiatique (il travaille régulièrement sur les bonus DVD de l’éditeur Criterion et pour la collection british Masters of Cinema). Pour l’anecdote, Rayns scénarisa le 1er long-métrage réalisé par Christopher Doyle (chef-op attitré de Wong Kar Wai), A Way with Words (1999), même si ce dernier n’aurait pas pris la peine de lire le script avant de tourner (Tony Rayns : « Vous savez, travailler avec Chris Doyle est particulier, il est sérieusement porté sur la bouteille ; quelques canettes de Heineken le matin, qui à midi se comptent au nombre de 16, une bouteille de vodka pendant le repas, … »).

Selon Rayns, The 36th Chamber of Shaolin (1978) s’ancre véritablement dans la révolution que les films de Bruce Lee avaient imprimée au genre, conférant un aspect plus « brutal », direct aux scènes de combat ; L’homme aux mains d’aciers, La fureur du dragon et Opération Dragon étant passés par là (1972 & 1973 ; je ne reviendrai pas sur l’animalité inhérente au corps filmique de Lee, se déplaçant tel un fauve, pour cela, reportez-vous à la belle analyse de Opération Dragon par Bernard Benoliel, aux éditions Yellow Now).

A l’époque, la Shaw Brothers (dirigée d’une main de fer par Run Run Shaw, qui fut solidement épaulé par ses trois frères) était en plein âge d’or, une multitude de productions se tournant à une cadence infernale. La légende veut qu’un nouveau tournage démarrait tous les 9 jours, les différentes équipes techniques logeant directement sur les terrains du studio, de façon à être le plus réactif possible…

La 36ème Chambre de Shaolin est pour Tony Rayns « more than a classic ».

33 ans après, on constate que l’objet n’a pas pris une ride…

The 36th Chamber of Shaolin

Réalisé par Liu Chia-Liang (alias Lau Kar-Leung en cantonais ; Retour à la 36ème Chambre, Les Disciples de la 36ème Chambre, Drunken Master 3, …), longtemps chorégraphe des œuvres du maître Chang Cheh (The One-Armed Swordsman, Le retour de l’hirondelle d’or, Frères de sang, …), La 36ème Chambre de Shaolin est une histoire de vengeance (des félons ont assassiné le père du héros et détruit son commerce), qui se mue en parcours d’apprentissage/initiation (le personnage principal se rendant au temple Shaolin pour y apprendre le kung-fu et, au fil de diverses épreuves, récolter leurs enseignements).

San Te (campé par le grand Gordon Liu : Les Exécuteurs de Shaolin, Les Démons du Karaté & Drunken Monkey de Liu Chia-Liang, Clan of the White Lotus de Lo Lieh, Kill Bill de Tarantino, …) verra son parcours personnel et spirituel s’enrichir en parcourant les diverses salles du temple, chacune dévouée à une épreuve particulière (de la plus terre à terre à la plus « absurde », bien qu’elles se caractérisent toutes par des visées spécifiques).

Le film, d’une exubérance généralisée ; outrance des situations relayée par le jeu « exotique » (pour le public occidental) des acteurs et la forme intrinsèque de l’œuvre (technique : découpage dynamique, nombreux « arrachés » et tirages brusques de focale, …), se pare (souvent) de ralentis « icônisants » lors des scènes d’action, autant que d’accents comiques (burlesques), intensifiés par la nature (apparente) des épreuves (cf. celle où le héros doit traverser un chemin jonché de sacs de sable suspendus, qu’il doit taper de la tête, jusqu’à l’étourdissement !).

A ce titre, il serait intéressant de se répandre plus longuement sur le film, qui orchestre une sorte de « dialectique des corps », captant merveilleusement les mouvements et « incidences » liés (effets sur le corps des épreuves endurées, « hypnotisme » des corps en mouvement, … l’intro stylisée du film ne raconte rien d’autre).
Chorégraphié par Liu Chia-Liang (qui porte les deux casquettes : réalisateur/chorégraphe des combats), The 36th Chamber of Shaolin (Shao Lin san shi liu fang) est un classique impérissable du « kung fu pian », de ceux qui marquent la vie d’un cinéphile…

Eight Diagram Pole Fighter

Réalisé 5 ans après The 36th Chamber of Shaolin par le même Liu Chia-Liang, Eight Diagram Pole Fighter (Wu Lang ba gua gun) se révèle moins mesuré que celui-ci, plus « théâtral » (cf. l’ouverture guerrière, devant des décors « abstraits »), opératique et grandiloquent.

Ce film est dédié à Fu Sheng, qui aurait du en tenir le rôle principal, mais décéda pendant le tournage des suites d’un accident de la route (à 28 ans…). En l’état, il tient le rôle du frère de Gordon Liu (une fois de plus en tête d’affiche), traumatisé par la guerre et complètement déphasé au retour de celle-ci.

Des scènes d’action décomplexées (ne se refusant pas cette fois des effusions sanguinolentes du plus bel effet), qui occupent d’ailleurs une majeure partie du film, lui confèrent un rythme soutenu (sans cesse renouvelé), le spectateur étant littéralement emporté dans un « tourbillon visuel ».

Les chorégraphies de combat sont brillantes et inventives, Tony Rayns soulignant aussi que l’on peut envisager le film comme féministe ; les femmes y tenant un rôle prépondérant (crucial pour la narration) et participant ardemment aux scènes d’action.

Parmi ce superbe casting de femmes fortes, l’amateur éclairé remarquera Lily Li (Les 13 fils du dragon d’or de Chang Cheh, La Danse du Lion de Jackie Chan, Le Combat des Maîtres de Liu Chia-Liang, …), Kara Hui (Les 18 armes légendaires du Kung Fu de Liu Chia-Liang, Big Brother de Jackie Chan, Infernal Affairs II, …), ou encore Yeung Ching-Ching (Shaolin contre Wu Tang de Chang Cheh, Retour à la 36ème Chambre de Liu Chia-Liang, Swordsman 2 de Ching Siu-Tung, Royal Tramp 1 & 2 de Wong Jing, …).

In fine, on se dit que Eight Diagram pourrait être un semblant de mise en abyme du genre (comme pas mal d’autres péloches de ce type), réduit à son essence-même : l’art de la tatane (avec classe).
La 36ème Chambre de Shaolin et Les 8 Diagrammes de Wu-Lang (titre français) font office d’incontournables, comme deux facettes du film de kung-fu traditionnel made in Shaw Brothers, pillés (comme beaucoup d’autres) par Tarantino pour son diptyque Kill Bill (Quentin, passeur du cinéma des marges en direction du public de masse, mais surtout « pompeur » devant l’éternel).

Merci le Offscreen ! Vivement la suite !

OFFSCREEN 2011 - Cycle Shaw brothers

"Double bill” Sun Chung

Avant-propos

En projection de 20h, dans une salle beaucoup plus clairsemée que la veille, se déroulait la suite du cycle consacré à la mythique Shaw Brothers, avec la projection de deux œuvres d’un modeste artisan, Sun Chung, longtemps resté dans l’ombre des grands maîtres du studio (King Hu, Liu Chia-Liang, Chang Cheh, …).

Chung (Le Mac de Hong Kong, Very Bad Girls, Le professeur de kung fu, Angel Hunter, …) se spécialisa en quelque sorte dans la conception de films « hybrides », tentatives de mélange des genres, caractéristique des deux œuvres projetées ce soir : The Avenging Eagle (Long xie shi san ying) et Human Lanterns (Ren pi deng long).

The Avenging Eagle (La vengeance de l’aigle de Shaolin)

Sorti en 1978, The Avenging Eagle orchestre une fusion du western spaghetti et film de kung-fu, qui aurait gagné à être plus poussée.
Le film nous relate l’odyssée d’un duo improbable (deux étrangers, qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam, mais dont l’un est lié à la tragédie familiale de l’autre), poursuivi par un gang de hors-la-loi et émaillée de flashs-back (éclairant la vie passée d’un des protagonistes).

Plutôt « classique » et convenu, La vengeance de l’aigle de Shaolin est sauvé par le charisme de ses interprètes principaux, Fu Sheng (Man of Iron, Five Shaolin Masters & Shaolin Temple de Chang Cheh, Eight Diagram Pole Fighter de Liu Chia-Liang, …) et Ti Lung (Vengeance, La Rage du Tigre & Frères de sang de Chang Cheh, Le Tigre de Jade de Chu Yuan, Le Syndicat du Crime 1 & 2 de John Woo, …), un bad guy impressionnant aux griffes d’acier (Ku Feng, aux 283 entrées sur IMDb, s’étendant de 1963 à 2010 ! : Come Drink with Me de King Hu, The One-Armed Swordsman de Chang Cheh, Master of the Flying Guillotine de Ho Meng-Hua, l’engagé Cageman de Jacob Cheung, …) et un combat final d’anthologie.

Cerise sur le gâteau, le film offre une apparition (en guest star) de la sublime Szu Shih (The Black Tavern, The Champion, la co-production horrifique Hammer Film-Shaw Brothers The Legend of the 7 Golden Vampires, Clan of Amazons de Chor Yuen, …).

Human Lanterns

Les organisateurs du Offscreen avaient encore fait des miracles, nous projetant Human Lanterns (1982) depuis une copie de collection (35mm).

Ce film est un hybride réussi entre le film d’horreur et le film de kung-fu, avec le légendaire Lo Lieh (Temple of the Red Lotus, Golden Swallow & The Flying Dagger de Chang Cheh, The Magic Blade de Chor Yuen, The 36th Chamber of Shaolin de Liu Chia-Liang, Clan of the White Lotus, qu’il réalisa, City War de Sun Chung, Sex and Zen, The Untold Story 3 d’Herman Yau, …).

Formaliste, Human Lanterns opère une mise en avant du macabre, appuyée par une très belle direction photo, rappelant par moments le style de Mario Bava et de certaines œuvres de Dario Argento (Suspiria ou Inferno, pour ne citer qu’elles) ; esthétique mortifère aux couleurs éclatantes (fortes tonalités bleues et rouges).
Si on y ajoute un soupçon d’érotisme du meilleur effet, une générosité dans les effets gore (les jeunes jouvencelles étant écorchées de façon très « stylisée ») et un « boogeyman » irrésistible (ici, le tueur en série confectionnant des lanternes à partir de peaux humaines), aux apparitions « virevoltantes » flirtant avec le grotesque (y sombrant même parfois), nous voici face à une péloche hautement recommandable.

Et je pense que le public présent hier, vu ses réactions, ne me contredira pas !
Pour plus d’informations sur ce petit bijou, je vous conseille vivement de vous plonger dans le bel article que lui a consacré mon collègue Evil Seb sur le site, dans le cadre de sa rubrique Orient Express : http://www.cinemafantastique.net/ORIENT-EXPRESS-The-Human-Lanterns.html

Et à très vite pour de nouvelles aventures !

OFFSCREEN 2011

Dark star de John Carpenter

Projeté dans le cadre du cycle de s-f « Out of Space », Dark Star s’offrait en séance de minuit et copie 35mm, devant un public acquis à la cause.

Réalisé par le maître John Carpenter (Assaut, Halloween, Fog, The Thing, New York 1997, …), alors âgé de 25 ans, sur un scénario co-écrit par Dan O’Bannon (futur géniteur d’Alien, dont il est à l’origine du script, et réalisateur du culte The Return of the Living Dead), Dark Star (1974) était à la base le film de fin d’étude à l’USC (University of Southern California) des deux compères, exploité par la suite dans le réseau professionnel.

D’une durée originale de 45 minutes, le film fut rallongé pour le circuit des salles obscures (jusqu’à la durée « standard » de 83 min.), avec un budget final s’élevant à 60 000 dollars.

Dark Star - L’étoile noire (titre français) nous conte les péripéties de l’équipage du vaisseau éponyme (designé par Ron Cobb, que Dan O’Bannon retrouvera sur Alien - le huitième passager), spécialisé dans la destruction de planètes instables.

Décrit par Big John comme « En attendant Godot dans l’espace », le film nous entraîne doucement par la petite musique des « aventures » de ces astronautes « hippies » (dont Dan O’Bannon, dans le rôle de Pinback) et belle galerie de bras cassés (qui cherchent pendant une bonne partie du film à tuer le temps, vaquant à des activités anodines).

D’une réalisation plutôt simple (« minimaliste »), mais dévoilant des trésors d’ingéniosité, Dark Star laisse augurer de ce qui fera le sel de la suite de la carrière de Carpenter (efficacité « sèche » de la mise en scène, sens de l’espace et de la temporalité, personnages au statut d’outsiders, en marge de la société, … en passant par une BO synthétique entêtante, composée par Big John himself, ici réduite à sa plus simple expression) et ce qui sera la grande œuvre d’une vie pour O’Bannon ; la séquence de poursuite de l’E.T. dans les traverses du vaisseau constituant les prémices d’Alien.

Eclairé par Douglas Knapp (futur chef-op d’Assaut et des séries Star Trek : Voyager & Enterprise), le film s’appuie sur des effets spéciaux fauchés mais au charme certain (tel cet E.T. au look de ballon de plage, doublé par Nick Castle, immortel Michael Myers - The Shape de Halloween, aka La nuit des masques) et de nombreux ressorts comiques (comique de situation et burlesque), figurant une sorte de pastiche du 2001, l’odyssée de l’espace (1968) de Kubrick.
On le décèle à travers les échanges savoureux (voire absurdes) entre l’ordinateur de bord (la jolie voix de Cookie Knapp, originellement assistante de production sur le film) et le système de déclenchement de la bombe (rappelant la prise de conscience de HAL 9000 dans 2001), cet astronaute (Talby) fasciné/hypnotisé par l’immensité du cosmos, ou encore le système du vaisseau s’avérant finalement la source de sa propre annihilation.

Les puristes ne pourront pas non plus s’empêcher de relier la (courte) scène du « petit couteau » (Boiler s’ennuie dans la chambre, joue avec celui-ci et se plante vite la main) à celle mettant en scène Lance Henriksen (Bishop) dans le Aliens (1986) de James Cameron.
Dark Star, en plus de son importance dans le parcours des artistes pré-cités (tout y était en germe), se révèle touchant par son côté « lo-fi » et bricolé. Une sucrerie, qui se doit de fondre dans la bouche de chaque cinéphile qui se respecte.

OFFSCREEN 2011

Rubber de Quentin Dupieux

Une décharge publique. Parmi des montagnes de déchets, un pneu. La masse de caoutchouc noir, jusque-là inerte, se met à gigoter, trembler, prendre vie. Après des premiers « pas » malhabiles, le pneu se lance dans un périple durant lequel il sèmera la mort en faisant exploser dans des geysers de raisiné et de bidoche une tripotée de caboches et tombera raide dingue d’une souris aux courbes à faire se damner un pneu. Le tout sous le regard incrédule d’une smala de spectateurs matant jumelles vissées aux billes, le spectacle offert par Robert le pneu.

Echaudé par l’expérience Steak où tout prenait trop de temps à ses yeux, Quentin Dupieux reprend le chemin des plateaux avec la ferme intention de tourner avec une team über light pour shooter vite, puissant et efficace sans qu’aucun exécutif ne vienne lui pomper l’air sur son set pour cause de budget maousse. Cumulant les postes de réalisateur, chef opérateur et monteur, le père de Flat Eric se donne quatre semaines pour réaliser un thriller sans suspens, un film expérimental bouffon, un film libre. La preuve en est le choix délibéré de Dupieux d’opter dès les premières secondes de son métrage pour un rythme lent le détournant instantanément des codes bisseux et zèdards que pouvait augurer le synopsis du film, ainsi que sa volonté de briseur de peanuts de pousser le spectateur dans ses derniers retranchements en le forçant à faire sa part du boulot comme un grand.

Premier challenge pour Dupieux : rendre crédible son pneu, sans que le spectateur ne puisse un quart de seconde comprendre le stratagème donnant vie à son héros de caoutchouc et force est de constater que le bonhomme et sa clique de concepteurs ne se loupent pas dans leur mission casse-gueule. Si techniquement l’effet est saisissant, on ne peut pas véritablement dire que Dupieux réussisse à donner une âme à son pneu de héros. En gros, Robert existe mais ne vit pas. Dommage, car l’absence d’émotion découlant du pneu, ainsi que la distanciation narrative du récit due à un concept de mise en abyme astucieux et jusqu’au-boutiste, rendent le film à la fois fascinant et ludique mais hermétique à toute forme d’empathie pour les personnages. Plutôt ballot pour un film d’une heure et demie. Mais on va pas rouscailler pour si peu. Ne boudons pas notre plaisir. Car hormis cette pénurie de sentiments, le reste du film est une merveille de trouvailles, d’astuces et de surréalisme. Et puis c’est beau, ça en jette, ça a d’la foutue gueule quoi ! Et comment ne pas se pallucher face à un film se terminant sur une scène finale hallucinante, mettant en scène l’âme de Robert le pneu passant de sa carcasse de caoutchouc à celle d’un petit tricycle ralliant une cité lointaine avec une armée de congénères, métaphore de Dupieux le Rebelle partant à l’assaut de Hollywood avec la ferme intention d’y foutre un Bronx pas possible du côté des p’tits frileux de la cité des anges.

Trop long d’une bonne demi-heure, Rubber réussit malgré tout son pari de captiver de bout en bout et de rentrer dans le club très sélect des films instantanément cultes, grâce à des images donnant parfois l’impression de sortir tout droit d’une vidéo de Matthew Barney, une musique à la croisée des compositions indus de Carpenter et des mélodie barpapapesques du François de Roubais de Chapi-Chapo, à un casting tout minouch rempli de tout plein de gus cachetonnant dans des soaps made in USA, de la charmante Roxanne Mequida qui remue à merveille du croupion et des excès de cabotinage de cette bonne vielle gueule burinée de Wings Hauser et à des références qui titillent le cinéphile déviant là où ça lui fait du bien.

OFFSCREEN 2011

Silent running de Douglas Trumbull

Ce mercredi, j’ai bravé les flocons de neige, la morsure du froid et les embouteillages, pour me rendre en plein après-midi à la projection du fabuleux Silent Running (1972) de Douglas Trumbull, dans l’enceinte de la vénérable Cinematek. Le festival touche bientôt à sa fin et ce sera donc le dernier film issu du cyle « Out of Space » que je visionnerai pour vous, chers lecteurs.

Réalisé par l’artisan Douglas Trumbull (responsable des SFX optiques de 2001, l’odyssée de l’espace, Le mystère Andromède de Robert Wise, Rencontres du troisième type, ou encore Blade Runner), Silent Running est un modèle de sci-fi « écolo » ; poème visuel dont une intense mélancolie se dégage des images.

Scénarisé par trois futures pointures du genre - Michael Cimino (sous le nom de Mike Cimino, réalisateur du sublime Voyage au bout de l’enfer alias The Deer Hunter, La porte du paradis, L’année du dragon, Sunchaser, …), Deric Washburn (co-scénariste de Voyage au bout de l’enfer, The Border & Extreme Prejudice de Walter Hill) et Steven Bochco (géniteur du « cop drama » séminal New York Police Blues) - et s’appuyant sur une belle BO de Peter Schickele (enjolivée de deux chansons de Joan Baez, dont la superbe « Rejoice in the Sun »), le film nous relate le travail de l’équipage d’une station orbitale, dont Freeman Lowell (Bruce Dern) est chargé de l’entretien et la préservation d’un écosystème (faune + flore) reconstitué sous dôme. En effet, toute trace de vie végétale et animale a disparu de la surface de la Terre, des suites de la folie des hommes (guerre nucléaire) ; l’atmosphère polluée de la planète bleue ayant petit à petit détruit toute manifestation (dons) de Mère Nature… Jusqu’au jour où le gouvernement américain décide de rapatrier l’équipage sur Terre et leur ordonne de détruire la totalité des serres. Mais Lowell ne l’entend pas de la sorte…

Silent Running démarre par une succession de plans serrés (macros) sur la faune et la flore de la serre, figurant une sorte de Jardin d’Eden, au calme vite brisé par l’irruption des collègues de Lowell (ce dernier finissait de se baigner dans la mare de son paradis re-créé), qui font la course en « buggies lunaires », écrasant sans vergogne les parterres floraux de leur « ami ». Tout le film réside dans cette matrice formelle, qui cristallise les enjeux et thématiques à venir, en plus de stigmatiser le manque de respect des hommes envers la nature.

Douglas Trumbull peut dès lors dérouler son intrigue, sise dans un univers parfaitement ciselé (de superbes maquettes spatiales, dont celle du vaisseau principal Valley Forge faisait environ 8,5 m de long, alternées avec des plans de l’intérieur d’un véhicule militaire de transport aérien, réquisitionné pour l’occasion), et toujours aussi pertinente (40 après !), au regard de notre exploitation irraisonnée des ressources naturelles et du réchauffement climatique…

Le film se permet aussi une dénonciation en règle des dérives et de l’absurdité de certaines décisions gouvernementales (l’Etat américain développe des écosystèmes dans l’espace, pour « reboiser » la Terre, mais décrète subitement de détruire toutes les serres ; lorsque le sort de Lowell s’avérera incertain, ils lui conseilleront à demi-mot de se suicider en bon américain !, etc.), en plus d’offrir une des représentations les plus réussies de la « solitude de l’astronaute », guidant le spectateur vers un final « nihiliste » (tétanisant).
Silent Running est idéalement servi par un Bruce Dern habité (The Trip de Roger Corman, On achève bien les chevaux de Sydney Pollack, Monster, The Hole de Joe Dante) dans le rôle central de Lowell, aux côtés de Cliff Potts (les séries Falcon Crest & Dallas, Sahara de Andrew V. McLaglen, l’érotico-horrifique Embrace the Darkness), Ron Rifkin (Maris et femmes de Woody Allen, Wolf, The Majestic de Frank Darabont, les séries Urgences & Alias) et Jesse Vint (Chinatown de Polanski, Earthquake, Les gladiateurs de l’an 2000).

Les droïdes (préfigurant le R2D2 de Star Wars) sont quant à eux incarnés par des acteurs amputés de plusieurs membres…
Dans les profondeurs du générique, on remarquera les noms de deux magiciens des SFX visuels (alors étudiants) : John Dykstra (le « crypto-gay » Batman Forever, Stuart Little, Spiderman 1 & 2, Hancock, …) et Richard Yuricich (Blade Runner, Event Horizon, Mission Impossible 1 & 2, Resident Evil, …).

Silent Running n’a pas vieilli et demeure d’une formidable acuité par rapport à l’évolution de notre chère planète. Sa vision se révèle beaucoup plus efficace pour éveiller les consciences que les charges opportunistes du démago Yann Arthus-Bertrand (et son « ambigu » Home, produit par les grands groupes dont il dénonce les agissements !).

En un mot : visionnaire ! Un classique oublié à redécouvrir.

OFFSCREEN 2011

Dark passage

Avant-propos

Deuxième film projeté dans le cadre du module « Face/Off » (qui explore les rapports entre intériorité/extériorité, ainsi que le thème de l’identité et des variations de personnalité), après le classique du fantastique français Les yeux sans visage (1960, Georges Franju), Dark Passage (en v.f. : Les passagers de la nuit), grand classique du film noir, s’offrait en séance de 20h.
Petit bémol : pourquoi présenter ce film dans une copie non sous-titrée ? Dans ces conditions, difficile de comprendre les moindres détails de l’intrigue ; le débit caractéristique de Bogart et son grain de voix n’aidant pas…

Face/Off

Adapté du roman Cauchemar de David Goodis, auteur majeur de « pulps » américains (La Garce, La police est accusée, L’Allumette facile, …) qui vit pléthore de ses œuvres adaptées au cinéma (Epaves deviendra Rue barbare, La lune dans le caniveau sera porté à l’écran par Beineix, Tirez sur le pianiste par Truffaut, …), Dark Passage s’articule autour d’un couple archétypal du genre : Humphrey Bogart (Up the River de John Ford, Dead End de William Wyler, Angels with Dirty Faces & Casablanca de Michael Curtiz, Le faucon maltais, Le trésor de la Sierra Madre & The African Queen de John Huston, Ouragan sur le Caine, Sabrina de Billy Wilder, La comtesse aux pieds nus de Joseph Mankiewicz… excusez du peu !) et la divine Lauren Bacall (La femme aux chimères & Le roi du tabac de Michael Curtiz, Comment épouser un millionaire, La toile d’araignée de Vincente Minnelli, Written on the Wind de Douglas Sirk, Le crime de l’Orient-Express de Sidney Lumet, Le dernier des géants de Don Siegel, ultime film du grand John Wayne, Misery, Prêt-à-porter de Altman, ou encore Dogville & Manderlay de notre ami Lars Von Trier). Ce duo « magique » anime aussi Le Port de l’angoisse (1944) et Le grand sommeil (1946, tous deux d’Howard Hawks), ainsi que Key Largo (1948) de John Huston. Difficile d’éviter le « name dropping » quand on s’attaque à pareilles légendes du 7ème Art… Me plaisant à torturer le lecteur, je vais de ce pas allonger l’exercice…

Produit par le nabab Jack Warner et réalisé par le solide artisan Delmer Daves (le superbe western La flèche brisée, avec James Stewart, Never Let Me Go, romance entre Clark Gable & Gene Tierney, 3h10 pour Yuma, Diables au soleil, porté par le trio Frank Sinatra-Tony Curtis-Natalie Wood), Dark Passage se paye les services du directeur photo Sidney Hickox (plus de 160 entrées sur IMDb à ce poste ! : L’ange des ténèbres de Lewis Milestone, Le Port de l’angoisse, La fille du désert & L’enfer est à lui de Walsh, …), ainsi que des (fameux) « seconds-rôles » Agnes Moorehead (Citizen Kane & La splendeur des Amberson de Welles, le film à segments La conquête de l’Ouest, la série Ma sorcière bien aimée) et Bruce Bennett (L’amant sans visage, Crépuscule d’Irving Pichel, Love Me Tender, où il croisa Elvis Presley, The Alligator People, la série Perry Mason), dans le rôle du vil manipulateur. Mais fini de palabrer, venons-en au fait !

Plutôt réussi, le film repose surtout sur des artifices formels (que je vous exposerai plus bas), plutôt que sur son intrigue, qui s’avère somme toute classique pour un film noir. A vous de juger : « Un homme (Bogart), faussement accusé du meurtre de sa femme, s’évade de prison et est aidé par une mystérieuse femme (Bacall), qu’il ne connaît pas, mais qui lui offre néanmoins asile et protection. Acculé et l’objet d’une traque acharnée, orchestrée par les forces de l’ordre, il décide, sur les conseils d’un taximan loquace (Tom D’Andrea), de se faire opérer du visage, changeant à jamais d’identité… »

Première « audace » du film : tourner la première partie de celui-ci (presque) entièrement en caméra subjective, selon le point de vue de l’évadé « Bogey », le procédé s’étalant sur environ un tiers du métrage. Les passagers de la nuit restera célèbre pour cela (c’était assez osé pour l’époque) et ne dérogera à son dispositif que l’espace de quelques plans.

Deuxième tour de force : se permettre de cacher le visage de sa star (Bogart, à la hauteur du mythe) jusqu’à ce que l’opération de chirurgie plastique soit effective, pour ensuite lui ôter la parole (donc priver le public de la voix de l’acteur, reconnaissable entre toutes) durant un bon moment (il ne la recouvrera que quand il sortira de convalescence et que Lauren Bacall lui enlèvera ses bandelettes).
Bogey (toujours aussi charismatique et magnétique, même muet), sera dès lors forcé de ne s’exprimer qu’avec le regard, se montrant subtil dans l’intériorisation des tourments de son personnage. On décèle aisément les émotions poindre derrière les bandages. Ce qui n’aurait pas été donné au premier aspirant acteur venu…

Tout le film se cristallisera autour de ce postulat, transcendé par les échanges de regard entre Lauren Bacall (éminemment touchante, dans le rôle de cette femme passionnée, belle à mourir) et Humphrey Bogart (mutique & imposant), couple hollywoodien mythique s’il en est.
Dark Passage dévoilera aussi certains passages obligés du genre, finement troussés (empoignades et poursuites diverses, dont le must reste la fuite de Bogart depuis le toit d’un immeuble, consécutive à la chute mortelle - fortuite - d’une connaissance féminine, pas étrangère au meurtre de sa femme…) et emballés avec le savoir-faire éprouvé de Delmer Daves.

Un film noir que d’aucuns trouveront « mineur », mais qui s’avère hautement recommandable.

OFFSCREEN 2011

The face of another

Avant-propos

Le festival Offscreen touche à sa fin et ceci sera mon dernier papier, dédié au film de 20h The Face of Another (Tanin no kao, 1966), toujours extrait du module « Face/Off » (clôturé ce dimanche 27 avec le rare Seconds de John Frankenheimer (starring Rock Hudson et connu en v.f. sous le titre croquignolet de L’opération diabolique).
La vision de The Face of Another s’avère une expérience inclassable, exigeante et déroutante pour le spectateur ; de ces films dans lesquels il faut se laisser sombrer pour en apprécier les (nombreuses) qualités.

Le visage est la porte de l’esprit

Réalisé par Hiroshi Teshigahara (La femme des dunes, Prix du Jury au Festival de Cannes 1964, La fleur de l’âge, ou les adolescentes, Summer Soldiers, Rikyu) , un des piliers de ce que les critiques ont nommé la « Nouvelle Vague japonaise » (dont les plus fiers représentants sont Nagisa Oshima et Masahiro Shinoda), The Face of Another dévoile un intense pouvoir de fascination, relayé par la forme expérimentale du film (abstraite par moments).

Entièrement porté par la prestation fiévreuse de Tatsuya Nakadai (Les Sept Samuraïs & Kagemusha d’Akira Kurosawa, Kwaidan de Masaki Kobayashi, Goyokin d’Hideo Gosha, …) et serti d’un beau noir et blanc contrasté, le film se démarque du tout venant par son utilisation « non classique »/singulière des techniques cinématographiques : image qui se fige en photogrammes (rappelant en cela le dispositif adopté par Chris Marker pour La Jetée), découpage & enchaînement de plans inattendus (prépondérance des plans serrés, contournement de la règle des 30°, jeu sur les réflections via l’image morcelée des acteurs, bande-son qui s’atténue pour laisser place au silence, …).

Une esthétique et des partis pris transcendés par des cadrages originaux, conférant une grande place aux transparences et aux éléments de décor (très stylisés, intégrés en amorce ou « scindant » les acteurs, fractionnés par ceux-ci), mais aussi par une BO « dissonante » de Tôru Takemitsu (L’amour à vingt ans, Kwaidan, Fleur pâle de Masahiro Shinoda, Dodeskaden & Ran de Kurosawa, Soleil levant, …).

L’intrigue, brillante, est au diapason, nous contant les péripéties d’un homme (Tatsuya Nakadai, au look de Darkman japonais, à qui il emprunte les bandelettes recouvrant le visage), défiguré des suites d’un accident de travail (la foule le voit comme un monstre, même sa femme est « dégoûtée » par son aspect) et qui se voit offrir par un médecin (Mikijiro Hira : Le révolté de Nagisa Oshima, Sword of the Beast d’Hideo Gosha, Rampo, Azumi 2 : Death or Love de Shusuke Kaneko, …) la possibilité de changer de visage. Une seconde peau, taillée sur mesure, qui influera sur la personnalité du patient et modifiera son comportement en profondeur…

The Face of Another se montre troublant, soulève de nombreuses questions morales/éthiques (sur les limites des libertés individuelles, l’impunité offerte par l’anonymat, le regard des autres, la stigmatisation de la différence, les bassesses propres à l’âme humaine, …) et se permet une dénonciation en règle de la société japonaise, où l’individu se trouve bien souvent étouffé par la masse (à travers cette foule sans visage, que fendent les protagonistes en fin de métrage).

Une œuvre riche, osée, parfois trop « verbeuse » et sujette à cette fâcheuse tendance à prendre la pose « auteurisante » (que n’arrange pas la longueur du film).

The Face of Another offre néanmoins au spectateur une expérience envoûtante, voire hypnotique, pour autant que l’on ne s’arrête pas à ses menus défauts.

OFFSCREEN 2011

La planète des vampires de Mario Bava

C’est terrible l’Offscreen. Vraiment, y a pas à tortiller d’la soutane. La sélection assure comme c’est pas permis et y a même des invités que ça arrache une larme de les voir. Paraît carrément que des fois y en a chez qui ça se raidit illico du côté d’la coquette. Et pas du genre demi-molle hein. Z’en tiennent une sévère, les malfaisants. Enfin j’dis ça mais mézigue aussi il a eu droit à ses salves répétées d’afflux sanguin. On est que des hommes en même temps, MERDE !!! D’ailleurs hier soir ça se la jouait chaud cacao dans mon boxer jusqu’à ce que le duo de « présentateurs » vedettes du Nova ne viennent ruiner mes belles ardeurs avec leurs calembours dignes des pires blaireaux d’la Classe à Fabrice. J’vous laisse juger : « Ce ne fût pas un tournage facile. Il paraît même que Mario en Bava »... attention, calfeutrez vos urètres les mecs, sinon on va en foutre partout que ça va flairer la saint V jusqu’à La Mort Subite !!! Le charlot enchaine : « C’est grâce à ce film que Bava devint roi »...Hahaha !!! Zêtes chié les mecs !!! Ca y est, à cause de vous j’me suis marré à m’en beurrer l’calcife. En gros, soit ça se moque des films, soit ça fait des blagounettes à deux balles. J’vous jure. Parfois j’me demande si j’muterais pas en vieille chieuse en devenir ou en rabat-joie casse-noisettes, mais j’pense que le vérité, la vraie de vraie, c’est que je suis tellement content d’être là que tous ces trucs, ces p’tits à-côtés à la con, ben ils me gonflent plus qu’ils ne devraient. Parce que si y a bien un truc de sûr dans ce foutu monde, c’est que l’Offscreen est la plus belle période cinématographique bruxelloise de l’année pour les amateurs de cinéma en tous genres. Celui qui dit le contraire, ça fait pas un pli, j’lui fais bouffer ses macarons !!!

LA PLANETE DES VAMPIRES

Hyper espace. Deux vaisseaux, l’Argos et le Galliott, trimballent placidement leurs lourdes carcasses dans les contrées inexplorées de l’Univers. Un signal inconnu, provenant de la planète Aura, pousse les équipages respectifs des deux embarcations à aller se payer une bonne bourre sur place, des fois qu’il y aurait des trucs pas nets qui s’trameraient sur ce maudit cailloux. Le binz c’est que l’approche d’Aura se fait pas dans la joie et la bonne humeur. On peut même dire que c’est carrément pas d’la purée mousseline ce foutu atterrissage, les charlots de l’Argos tombant tous dans les vapes pour cause de gravité maousse costaude. Au réveil, les gus se bondissent dessus et se distribuent gratos beignets et gaufres maisons, suivit d’autres tentatives d’agressions, beaucoup plus mortelles pour le coup. Après avoir repris leurs esprits, les membres d’équipage de l’Argos décident d’explorer les alentours peu jouasses et de localiser le Galliott dont ils ont perdu le contact peu avant d’arriver sur Aura. Pas de bol, leurs potzos sont passé ad patrès quand ils retrouvent leurs dépouilles chouettement mutilées dans la salle de pilotage de leur vaisseau. Peu enclin à se coltiner le même sort que leurs camarades, le capitaine Mark et ses sbires se posent la question à mille balles : « Pourquoi critique-t-on à ce point la dianétique ? »...ha non merde, j’me suis planté. Celle-là c’est la question à un million. Heeuuu...attendez...ha voilà. On reprend en faisant comme si j’avais rien dis. Soyez pas vache. Bon. Le capitain Mark et son équipage se posent la question à mille balles : « Mais qui a bien pu zigouiller les copains et comment faire pour éviter d’finir de façon aussi peu reluisante ? ». Sale temps hein.

His name is Bava, Mario Bava

Lorsqu’il s’attaque au pari burné de shooter un film de science-fiction made in Cinecittà avec peau de zob comme budget, Mario Bava a déjà réalisé le chef-d’oeuvre du cinéma gothique italien (Le masque du démon), posé les base du giallo (Six femmes pour l’assassin),chipoté une tripotée de péplums (Hercule contre les vampires), un western (Arizona Bill), un film de Vikings (La ruée des Vikings) et il s’apprête à mettre en boîte une comédie couillonne avec Ciccio & Franco, le duo de bouffons siciliens (L’espion qui venait du surgelé), un film de super-héros psychédélique adapté du plus célèbre fumetti du moment (Danger : Diabolik) et le premier véritable slasher homologué de l’histoire du cinoche (La baie sanglante).

Directeur photo de formation ayant servi sous les ordres des kings du film de gros castards barbus en mode jupette-sandalette et des fliperies ritales fifties (Pietro Francisci, Steno, Ricardo Freda, Jacques Tourneur,...), Mario Bava est ce qu’on peut appeler un touche à tout génial, doublé d’un débrouillard abonné au système D. Stylistiquement reconnaissable entre mille, la patte à Mario marque de son empreinte chaque genre abordé avec la même efficacité de pelloche en pelloche et avec un jusqu’au-boutisme forçant l’admiration des adeptes raide dingo de ses éclairages psychédéliques, de ses travellings lents et racés, ses zooms alambiqués et d’une direction d’acteur donnant un air aussi expressif que celui d’un ragondin crevé sur le bord de la route aux pantins qui lui servaient de comédiens. Là vous vous demandez pourquoi j’vous raconte tout ça. Et bien parce qu’avant d’être un film de SF, « La planète des vampires » est avant tout un film de Mario Bava avec tout ce que ça implique comme effets, figures de styles et laissé aller narratifs.

Believe or not believe ?

N’ayant même pas de quoi se payer un clou pour se gratter le cul, Bava doit avant tout parvenir à rendre crédible son univers avec bien peu de chose sous le coude pour magnifier la tambouille. Mais faut pas le prendre pour une brelle le Mario. Il en a des tagadas dans l’futal, et des sucrées. Peu enclin à se laisser abattre, il décide de se la jouer récup et recycle des vieux rochers en carton-pâte ayant déjà servit sur des adaptations cinématographiques d’Hercule, Maciste, Ursus et autre bodybuildés antiques. Y va chercher la bonne vieille machine à fumigènes, balance la purée franco de porc et tape quelques spots colorés par-ci, par-là pour conférer à l’ensemble une atmosphère étrange et fantasmagorique. Et croyez moi ou pas les amiches, mais le résultat à sévèrement d’la gueule, Bava réussissant le tour de force de faire croire dans sa planète Aura. Par contre du côté des vaisseaux c’est une autre paire de jartelles. Cheapos de chez cheapos, vide comme un rayon de supermarché soviétique, l’intérieur de l’Argos ferait presque pitié à côté des salles de pilotages d’un sentaï eighties lambda, avec ses tableaux de contrôle sans commandes et ses quelques petits clignotants tapé là juste pour donner l’impression qu’on est trop dans le futur et que c’est devenu grave technologique sa mère. Et que dire de la déco du Galliott, si ce n’est qu’elle n’existe pas, vu que les sets du vaisseau sont ceux de l’Argos, sans différence aucune, ce qui ne facilite pas toujours la compréhension de l’intrigue. Pas aidé non plus, le spectateur, dans le processus immersif par des dialogues pseudos scientifiques débité en mode pilote automatique par des acteurs échappé de Waco. Rayon direction artistique y a encore du gros dossier dans le secteur stylisme et c’est pas les pauvres acteurs qui ont du s’trimballer ces frusques sur le râble qui diront le contraire. Visiblement aussi confortable qu’une fouille anale à la douane afghane, les combinaisons de l’avenir trouveraient facilement leur place au musée Klaus Barbie. Car à part faire de biens disgracieux croupions aux frangines et suer les zizis des bonshommes, on se demande bien à quoi peuvent servir ces foutus équipements.

Mario and the italian connection

Moi zaime bien le cinoche bis rital. Trop trop trop. Même que oui. Et « La Planète des vampires » répond à toutes les attentes et fantasmes de l’amateur d’exploitation transalpine, grâce à une mise en scène inventive, voire excentrique, des idées en veux tu en voilà, un casting rempli de vieux briscards de la Cinecittà, et un kitch assumé de bout en bout. Comment ne pas l’avoir en monde majeur en découvrant ces bonnes vieilles frimes d’Ivan Rassimov, psycho-killer dans une flopée de gialli, et de Rick Boyd, alias Frederico Boido, un abonné du western spaghetti habituellement zigouillé dans les quinze premières minutes du film ? Comment ne pas balancer la compote lors des scènes de résurrections annonciatrices des délires zombiesques de Lucio Fulci ? Comment rester de marbre à la découverte de la maquette de l’Argos, presque aussi rudimentaire que les soucoupes du sieur Ed Wood ? Comment ne pas prendre un panard XXL quand Bava s’amuse à transposer « L’invasion des profanateurs de sépultures » sur une planète lointaine et hostile ?Et bien y a pas moyen, voilà tout. On est pas de bois !!!! A bien y regarder de plus prêt y en à d’autres qui ont trouvé ça choucard, Dan O’Bannon et Ridley Scott en premiers. Y peuvent nier, jurer sur la têtes de leur hamster, ne parler qu’en présence de leurs avocats, moi j’m’en tape. Je sais qu’ils ont vu et revu le film de Bava avant de créer le monument « Alien  ». Du design intérieur de certaines parties des vaisseaux, aux attitudes étrangement détachées des principaux protagonistes, en passant par la découverte d’une base spatiale d’origine inconnue, au look zarbi et à la technologie particulière, sans oublier celle du squelette d’une saloperie d’origine non identifiée, impossible de nier l’évidence : les auteurs d’Alien semblent avoir aimé autant que bibi l’incartade « esseffistique » de Bava.

OFFSCREEN 2014

Le festoche qui envoie du steak !

Pour sa septième édition qui prendra lieu du 5 au 23 mars au Cinéma Nova, à Cinematek, Bozar et Cinema Rits, l’Offscreen envoie du méga steak et propose des rétros bandulatoires (on n’a pas peur des mots !) et des avants-premières plus que succulentes (Sono Sion, Cattet-Forzani et Matsumoto, waaaw !).

Cette année, leur équipe d’archéologues du bizarre ont décidé de mettre le cap sur l’Angleterre, où ils ont exhumé quelques perles du genre issues des années 60 à 80, parmi lesquelles le Stonehenge du fantastique grand-britton, "The Wicker Man", présenté par son réalisateur Robin Hardy en personne dans une nouvelle version "director’s cut" inédite. Ce programme sera l’occasion de rendre hommage au plus iconoclaste des cinéastes d’Outre-Manche, Ken Russell, ainsi qu’à l’actrice et Bond-Girl Martine Beswick.

Offscreenings

La programmation sera également enrichie d’un bataillon de pas moins de dix films en avant-première, qui forment, au sein de la sélection Offscreenings, l’avant-garde du cinéma culte de demain. Parmi eux, citons "L’étrange couleur des larmes de ton corps", nouvelle plongée dans le genre italien pour les auteurs d’ "Amer" Hélène Cattet et Bruno Forzani, "Her", le film de science-fiction romantique de Spike Jonze ou "A Field in England", nouvel opus du prodige de la jeune garde anglaise, Ben Wheatley. Offscreen offrira l’occasion unique de découvrir des oeuvres inédites incomparables, comme les dernières folies des nippons Sion Sono ("Why Don’t You Play In Hell ?"), et Hitoshi Matsumoto ("R100"), le rétrofuturiste "Computer Chess" d’Andrew Bujalski, ou l’intrigant "Les rencontres d’après minuit" de Yann Gonzalez.

Mind the Gap : British Cult Cinema

Mind The Gap est non seulement le célèbre avertissement que l’on retrouve dans le métro londonien, il est aussi l’expression favorite du cannibale sévissant dans ce même métro dans "Raw Meat". L’expression correspond aussi parfaitement à la sélection que nous présentons cette année : le contraste entre cette production s’attaquant à toutes les conventions et le cinéma mainstream de l’époque est saisissant. 17 films, certains devenus des classiques ("Village of the Damned" de Wolf Rilla, "Bunny Lake is Missing" d’Otto Preminger), d’autres de véritables découvertes ("Psychomania" de Don Sharp, "The Reckoning" de Jack Gold), décrivent une Angleterre dont l’insolente modernité tourne lentement au cauchemar.

Retrospective et conférence Ken Russell

Cette virée en Albion sera pour nous également l’occasion de rendre un hommage appuyé au regretté Ken Russell, que ce soit à travers ses oeuvres les plus emblématiques comme "The Devils", "Tommy", "Altered States", ou ses biopics moins connus tels "Mahler", "Valentino" ou le rarissime "Clouds of Glory", dramatique télé longtemps considérée comme perdue. Le cinema Rits se joindra à la commémoration à travers un double événement : la programmation de ses premières oeuvres réalisées pour la BBC, soit cinq films avec lesquels il réinventa la forme documentaire ; et un colloque réunissant les meilleurs spécialistes mondiaux du cinéaste, s’étendant sur pas moins de 3 jours, qui ne seront certes pas de trop pour faire le tour d’un filmographie aussi colossale.

Hommage Martine Beswick

Enfin, nous rendrons hommage, en sa présence, à une actrice qui a traversé toute cette période du cinéma populaire anglais, lui offrant autant ses talents que ses charmes : Martine Beswick. James Bond-Girl dans "From Russia With Love" et "Thunderball", elle sera ensuite l’une des deux héroïnes, aux côtés de Raquel Welch, de "One Million Years BC" et continuera dans le film préhistorique avec "Slave Girls". Elle accompagnera les derniers jours de la Hammer avec l’emblématique "Dr Jekyll & Sister Hyde".

Invité d’honneur : Radley Metzger, pape du porno chic

Face à la tournure mécaniste et hygiéniste de la production pornographique contemporaine, il n’y a plus de place pour le raffinement et l’élégance de cinéastes comme Radley Metzger. Influencé par Bergman et Antonioni dont il a monté les bandes-annonces des films pour le marché américain dans les années ’60, Metzger traduit l’ambiance libertine des swinging sixties à travers des drame érotiques comme "The Lickerish Quartet" et "Camille 2000". Dans les années 70, il négocie le virage vers la pornographie avec le transgressif "Score". Il officiera ensuite sous le pseudo de Henry Paris, toujours avec ce même souci de la mise en scène. Radley Metzger viendra présenter en personne la rétrospective qui lui est consacrée et donnera une Masterclass au Nova le 8 mars à 17h00.

Gisaburo Sugii, l’autre maître de l’animation japonaise

Moins célébré mondialement que son homologue Miyazaki, Gisaburo Sugii est à 73 ans l’autre vétéran de l’animation japonaise. A travers deux purs chefs-d’oeuvre, "The Belladonna of Sadness" (1973 – animateur en chef) et "Night on the Galactic Railroad" (1985 – réalisateur) Sugii a posé de véritables jalons artistiques du genre. Offscreen proposera une courte rétrospective de l’auteur injustement méconnu.

Offscreen a beau mettre en avant le cinéma britannique culte cette année, la Belgique n’est pas en reste côté excentricité et inventivité. Nous consacrons toute la soirée du 13 mars à des réalisations belges récentes auxquelles il manque une case. Sous la dénomination Ceci n’est pas ... België / Belgique / Belgium, le festival proposera sept courts métrages sélectionnés en collaboration avec Kortfilm.be et un long métrage ("The Miracle of Life", de Joël Rabijns et Yves Sondermeier) qui nous démontreront que la Belgique reste toujours le pays de la transgression et du surréalisme.

Toutes les infos sur ce festival à ne pas rater sont ici : http://www.offscreen.be/fr/home

OFFSCREEN 2012

On vous attend...

Un film ça se voit, non pas devant sa télévision, mais au cinéma où ensemble, avec une salle comble, on attend avec impatience le moment magique où les lumières s’éteignent, où la pellicule crépite dans le projecteur et où l’écran illumine la salle obscure.

Venez vivre avec nous ces instants magiques cette année encore au festival Offscreen et laisser vous surprendre par des classiques du cinéma bis, des chefs-d’œuvre sous-estimés et des films récents hors du commun.

Mercredi soir nous investirons à nouveau le cinéma Nova pour notre cinquième édition que nous ouvrirons avec le dernier film du réalisateur culte Guy Maddin, Keyhole, dans ce film néo-noir onirique, l’auteur crée un monde étrange peuplé de gangsters philosophes , de chambres secrètes et de vieux tout nus dont ….la « belle » Isabella Rossellini. Le film sera précédé de Maska , nouveau chef-d’œuvre des frères Quay, tiré d’une nouvelle de Stanislaw Lem, l’écrivain polonais connu pour son roman de science-fiction Solaris.

Jeudi, la cinéaste américaine Susan Pitt, viendra personnellement présenter ses films d’animation dont le court-métrage Asparagus , un tableau surréaliste portant sur la sexualité féminine qui a tourné pendant deux ans dans le circuits des Midnight movies en avant-programme du Eraserhead de David Lynch.

Jeudi soir toujours, nous débuterons avec le plus grand module thématique de cette cinquième édition : sous le titre de Home Sweet Home, une trentaine de films te feront réaliser qu’il est plus sécurisant de passer les soirées des trois prochaines semaines dans nos salles obscures qu’à la maison, ce cocon si familier et sécurisant, qui risque à tous moments d’être hanté par des esprits malfaisants ou envahi par des agresseurs psychotiques. Au programme : Le Locataire, Hausu, Les Chiens de Paille, Le Hanté, Evil Dead II, Lady in a Cage et plein d’autres pépites du genre.

On vous attend…..

Offscreen 2012 : soirée Ruggero Deodato

Une soirée avec le maître des cannibales

Se poursuivant jusqu’au 25 mars dans l’antre du cinéma Nova ainsi qu’à la Cinematek et au Bozar de Bruxelles, le Festival Offscreen nous a proposé le week-end dernier l’une de ses plus grosses soirées avec la venue du cinéaste Ruggero Deodato, présent pour nous accompagner lors de projections particulièrement épicées et hautes en couleurs.
Samedi 17 mars, donc, de 18h jusqu’à l’entame de la nuit, le réalisateur était au Nova pour tout d’abord découvrir auprès des spectateurs le documentaire The Long Road Back from Hell de Xavier Mendik (également présent pour l’occasion) qui revient sur les circonstances et le contexte dans lequel s’est tourné Cannibal Holocaust. Du haut de ses 40 minutes, le reportage fait intervenir Deodato en personne (qui y affirme adorer les animaux), une partie du casting (dont Francesca Ciardi, qui ne s’en est vraisemblablement jamais très bien remise) ainsi que des critiques et autres experts s’exprimant sur l’importance et l’impact du film jusqu’à notre époque. Ne montrant aucune image d’archive et dévoilant très peu d’images choc du célèbre métrage, The Long Road Back from Hell s’avère un poil bavard. Intéressant sans être indispensable, l’œuvre sert néanmoins parfaitement d’entrée avant le plat de consistance que fut Cannibal Holocaust, la projection suivante. Passée la rencontre entre Mendik, Deodato et le public de l’Offscreen (étonnamment peu nombreux pour cet évènement de taille), son œuvre-choc fut donc montrée à une assemblée qui, pour la majorité, ne l’avait jamais vue. Si quelques ricanements s’entendirent de-ci de-là au début de la projection, ceux-ci firent rapidement place à un silence royal et ce, dès la première séquence de viol. Le film allant crescendo, certains spectateurs étaient juste bons à ramasser à la petite cuillère à la sortie de la séance, tandis que ceux qui l’avaient découvert à l’époque en VHS ou en DVD furent ravis de se reprendre une baffe, cette fois décuplée par le pouvoir du grand écran. Dommage que Deodato ne fit que présenter la séance, car il aurait été intéressant qu’il reviennent ensuite pour entendre les réactions des spectateurs et, pourquoi pas, débattre avec eux sur ce film qui, plus que n’importe quel autre film, suscite un vrai débat. Avis aux organisateurs : pour un tel évènement, une plage de rencontre supplémentaire n’aurait pas été de trop !
Mais à peine le temps de s’en remettre que le dessert était déjà servi avec Deodato de retour pour nous présenter The Barbarians, ersatz de Conan au budget inadapté avec les jumeaux Peter et David Paul qui jouent comme des sagouins. Véritable plaisir coupable, cette parodie totalement assumée par le réalisateur devait être au départ, comme il nous l’a précisé, un film dur et sombre selon les désirs de ses producteurs (la Canon). Mais, découvrant la personnalité des frères jumeaux, Deodato ne pouvait décemment pas faire quelque chose de sérieux, et il a donc opté pour la parodie, sans véritablement en avertir quiconque. Résultat : si le film mérite bien sa place sur le site Nanarland (ses décors dépourvus, ses monstres hilarants et la « sobriété » de Michael Berryman enfoncent un peu plus le clou), il atteint parfaitement son but : divertir et nous faire hurler de rire non-stop durant presque 1h30.
Pour les insatiables, la soirée s’est terminée avec, en guise de digestif de minuit, The House on the Edge of the Park, home invasion (ça tombe bien, c’est le fil rouge du festival cette année) froid et brutal où un pervers sexuel (David Hess, dans un rôle proche de celui qu’il tenait dans La dernière maison sur la gauche) va troubler une soirée mondaine. Un film également fort décrié à l’époque, notamment pour une fameuse scène de viol où la victime finit par prendre du plaisir lors de son agression. Le film idéal pour finir en beauté une soirée riche en scènes fortes, autant d’images qui nous resteront en tête jusqu’à notre sommeil, et bien au-delà…


EVENTS - Offscreen 2013

Dans moins d’un mois, l’Offscreen Film Festival, le rendez-vous annuel des amoureux du cinéma de l’étrange et des films-cultes, ouvrira à nouveau ses portes. Du 6 au 24 mars 2013, nous mettrons à nouveau à l’honneur les œuvres de cinéastes indépendants, les classiques du cinéma bis et décalé venus des quatre coins du monde. Riche de plus de 60 représentations réparties entre le Cinéma Nova, Bozar, Cinematek et le Cinema Rits, d’une exposition de photos et de dessins, d’un “live soundtrack” et d’une projection en Odorama, ces trois semaines de festival se présentent comme un vrai festin pour tous les sens !

Berberian Sound Studio, le film d’ouverture, est un plaisir aussi bien visuel que sonore. Cette histoire d’un timide ingénieur du son Anglais (Toby Jones) engagé pour la postproduction d’un film d’horreur italien à petit budget, est un hommage ingénieux aux giallo italiens, renvoyant autant aux oeuvres-phares de Dario Argento et Mario Bava qu’au chef-d’oeuvre claustrophobe de Brian de Palma, Blow Out. Cette avant-première belge se déroulera en présence de son réalisateur Peter Strickland (Katalin Varga) et de l’artiste vocal bruxellois Jean-Michel Van Schouwburg.

Egalement dans la section Offscreenings, notre sélection de films étranges et inédits : The Final Member, un documentaire sur le seul musée au monde consacré au... pénis, le surréaliste Sadourni’s Butterflies de Dario Nardi, réalisateur argentin des plus prometteurs, Eega, un OVNI indien délirant venu tout droit de “Tollywood” et racontant les mésaventures d’un homme se réincarnant en mouche domestique, ou encore I Am Divine, le biopic ultime sur Harris Glenn Milstead, mieux connu pour son avatar travesti Divine dans les films de John Waters.

Le Pape du Trash, le réalisateur américain culte John Waters sera par ailleurs notre invité d’honneur de cette édition. Il sera à Bruxelles pour y présenter son one-man-show hilarant This Filthy World et pour une masterclass. Mais notre hommage ne s’arrêtera pas là : une rétrospective, de Pink Flamingos à A Dirty Shame, une séance spéciale de Polyester en Odorama et une sélection opérée par John Waters lui-même de ses 5 films camp et trash favoris viendront compléter notre programme dédié au “Baron du Mauvais Goût”.

Dès ses premiers films, John Waters s’est efforcé de jeter des ponts entre les esthétiques camp et trash. Lui et des réalisateurs comme Mike & George Kuchar ou Russ Meyer se sont servis du camp comme outil de rébellion contre les normes et conventions socio-culturelles de l’époque et contre la notion de “bon goût”. Raisons qui nous ont donné envie d’explorer plus avant ce phénomène du cinéma camp & trash à travers, d’une part, une conférence et d’autre part une sélection pointue de films B ou Z : du kitsch Hollywoodien des années ’50 (La blonde et moi avec Jayne Mansfield présenté en « Matinee » et en CinemaScope), aux fameux classiques de drive-in et grindhouse (Blood Feast, Glen or Glenda d’Ed Wood) en passant par les films de sexploitation trash à petit budget comme Deadly Weapons ou la collection Trash Show From Hell du collectionneur Jack Stevenson.

Tout aussi trash, les films d’animation expérimentaux en cut-out de Martha Colburn proposent un mélange dément entre les oeuvres de Jérome Bosch, Max Fleischer et les Monty Python. Cette artiste underground Américaine viendra présenter une sélection de son travail et donnera un workshop aux étudiants en animation du Rits.

Aujourd’hui âgé de 84 ans, José Ramón Larraz reste une figure à part du cinéma de genre espagnol des années ’70. Il viendra présenter ses films étranges parmi lesquels le rarement présenté Symptoms ou le classique du cinéma bis Vampyres. A cette occasion, Hors Série et La Crypte Tonique proposeront pendant tout le mois de mars deux expositions thématiques sur les œuvres de Larraz, l’une sur son travail photographique, l’autre sur ses dessins.

Histoire de fêter dignement le centième anniversaire de la Nikkatsu, Offscreen proposera une sélection des films les plus remarquables de leur riche catalogue. Comptant parmi les plus grands studios japonais, la Nikkatsu a été le berceau, dans les années soixante, de la Nouvelle Vague Japonaise, hébergeant entre autres les expérimentations visionnaires de Seijun Suzuki. Confrontée ensuite à la chute drastique de la fréquentation des années ’70, elle décide d’opérer un virage radical en ne produisant exclusivement que des films érotiques, les célèbres ’roman porno’. La projection de quelques copies uniques sera complétée par une conférence du spécialiste mondialement reconnu Jasper Sharp, cofondateur du site de référence en matière de cinéma japonais Midnight Eye.

Enfin, le programme ne serait pas complet sans les désormais traditionnelles séances Cineketje réservées aux enfants, la soirée Shortscreen consacrée aux courts-métrages et concoctée en collaboration avec Kortfilm.be, un live soundtrack autour du film expérimental des frères hongrois Buharov, Rudderless, accompagné par le groupe The Pastorz, un décor de pur mauvais goût camp & trash au Nova, des tables d’hôte et bien plus encore.

Les tickets pour les séances au Cinema Nova sont dès à présent disponibles en prévente sur notre site. A bientôt !

EVENTS - Offscreen 2013

Ouverture : Berberian Sound Studio

Gilderoy, timide ingénieur du son anglais, se voit engagé sur la post-production d’un giallo dans un studio italien. Perdu dans un univers qu’il ne connaît pas (son truc à lui, c’est plutôt les documentaires sur les jolis paysages fleuris) et confronté à un univers froid bien loin de la maison maternelle, il va bientôt perdre pied à mesure que la tension grimpe dans le studio et que la situation prend une tournure de plus en plus étrange.

Pour sa seconde réalisation, le Britannique Peter Strickland rend hommage au giallo, genre italien populaire durant les années 70, période qui sert de cadre à l’action du film. Plongeant au cœur de la fabrication d’un film de genre, Berberian Sound Studio apparaît tout d’abord comme une vision sombre et gorgée d’humour noir du choc des cultures. Gilderoy (Toby Jones, fabuleux), fifils à sa maman coincé qui s’attendait à bosser sur une histoire gentillette à base d’équitation, éprouve énormément de difficulté à s’adapter aux coutumes italiennes et à l’atmosphère glauque qui se dégage du métrage. Ce décalage donne lieu à des scènes à la fois étranges et drôles, comme ce massacre de pastèques utilisées pour simuler le son d’un corps qui se fracasse, sous les yeux ébahis du héros, qui se voit ensuite offrir un morceau dudit fruit.

Grâce à une utilisation ingénieuse du son, le film nous plonge très rapidement dans une ambiance inquiétante et parfois malsaine. Ainsi, en superposant les cris émis par les actrices du film fictif à des séances de bruitage effectuées par le personnage principal, casque vissé sur les oreilles, les ingénieurs du son ont réussi à créer un décalage étonnant et franchement prenant, et c’est ainsi qu’on se surprend à être captivé par le massacre de légumes.

La forme visuelle a également été soignée, le film multipliant les gros plans sur les outils de mixage et les bobines, collant au plus près à tous les détails du studio en le considérant comme un personnage à part entière. Le réalisateur a également eu le bon goût de ne montrer aucune image du fameux giallo, excepté son générique, en présentant sa trame à travers le jeu des comédiens et la lecture du contexte de quelques scènes, entre autres. L’idée est excellente et permet de limiter la violence visuelle à son strict minimum en restant concentré sur l’horreur psychologique subie par ses personnages, interprétés de manière impeccable par un casting de très grande qualité (le formidable Toby Jones en tête).

Fort de son ambiance incroyablement prenante, le film aurait pu s’imposer comme une œuvre de référence si Strickland ne s’était pas borné à rendre sa dernière partie indéchiffrable. Durant ses 20 dernières minutes, le film pousse ainsi son étrangeté à l’extrême, multipliant les scènes cryptiques jusqu’à aboutir sur une fin ouverte vraiment confuse, laissant le spectateur sur le carreau avec la désagréable impression d’avoir perdu son temps, malgré le plaisir ressenti durant la majeure partie du visionnage.

Si l’on excepte son final déroutant, Berberian Sound Studio se révèle être une excellente surprise suintant l’amour du cinéma, très travaillée sur la forme et magnifiée par un excellent jeu d’acteur. On tient visiblement en Peter Strickland un prometteur réalisateur britannique (un de plus !) à suivre de très très près.

EVENTS - OFFSCREEN 2013

Double D bill Supervixens + Deadly Weapons

JPEG - 31.2 ko

Double programme “mammaire” au Offscreen, via des films de choc : Supervixens - un des fleurons Russ Meyeriens - et l’inénarrable Deadly Weapons.

Ce vendredi 8 mars 2013, à l’occasion de la Journée de la Femme, les trublions anars du Offscreen Film Festival avaient décidé de rendre hommage à ces demoiselles d’une façon toute particulière ; en étalant sur grand écran (et en 35 mm, s’il vous plaît !) les aventures d’amazones aux poitrines proéminantes.

Ce “double bill” proposait un duo d’œuvres à même de contenter les esprits éclairés de l’association Promouvoir (sic). Des péloches que la morale réprouve, mais qui ont réjoui une audience hétéroclite, chauffée à blanc par la thématique “camp” induite par le grand manitou John Waters (invité d’honneur de cette édition).

La soirée démarrait à 22h00 par l’excellent Supervixens (1975) de l’icône Russ Meyer, qui - en grand connaisseur - consacra toute sa vie à son obsession mazophile. Situé juste après Black Snake (1973), Supervixens forme une sorte de quadrilogie avec Vixen ! (1968), Megavixens (1976) et Ultra Vixens (1979).

Inscrit dans la dernière partie de carrière du cinéaste - décédé en 2004 -, le film marque un certain “durcissement” dans la représentation de l’érotisme à l’écran, qui se montre bien plus échevelé. Les nudités sont gracieusement offertes au spectateur, enveloppées de ce sens du burlesque et de l’absurde inhérent à la “geste Meyerienne”.

Cette tendance était indubitablement en phase avec l’époque, qui voyait surgir les premières grandes productions hardcore américaines et surfait sur le succès des incontournables Derrière la porte verte (Behind The Green Door, Jim & Artie Mitchell) et Gorge profonde (Deep Throat, Gerard Damiano) - datant tous deux de 1972.

Uschi Digard se la donne dans la paille.

Pour le reste, on y retrouve “of course” une galerie de tronches impayables, dont le regretté Charles Napier, éternel second rôle d’un paquet de séries B et productions hollywoodiennes, le néo-bellâtre Charles Pitts (Moving Target, Vincent et moi), ou encore John Lazar (Orgissimo - alias Beyond the Valley of the Dolls - de Russ Meyer, Attack of the 60 Foot Centerfolds et Maximum Revenge du bisseux Fred Olen Ray).

Au rayon “merveilles pulmonaires”, les érotomanes de tous poils ne pourront que remarquer les girondes Shari Eubank (qui n’est autrement apparue que dans Chesty Anderson U.S. Navy), Uschi Digard (coutumière des productions pour adultes - découvrez le “Scream Queen of the Week” que je lui ai consacré), Colleen Brennan (habituée du hard des 80’s - Corrupt Desires, Sexorama, Taboo V, Club Ecstasy, …) et Christy Hartburg (SuperLorna restera son seul rôle crédité).

Le tout au service d’un scénario anecdotique (l’échappée belle d’un gars faussement suspecté du meurtre de sa petite amie), se révélant idéal à l’exposition d’obus et tétons turgescents. On ne soulignera d’ailleurs jamais assez la maîtrise technique de Russ Meyer ; son sens du rythme, du timing comique et du montage au cordeau étant systématiquement masqués par les atouts impressionnants de ses égéries…

Non, ceci n'est pas un gode !

A 22h00, les plus courageux pouvaient, abasourdis, découvrir Deadly Weapons (Mamell’s story, 1974), aberration filmique des plus réjouissante commise par la tâcheronne Doris Wishman. Cette dernière n’en restera pas là, signant par la suite - sous pseudo Louis Silverman, Kenyon Wintel ou Luigi Manicottale - des œuvres impérissables telles Supernichons contre mafia (Double Agent 73, 1974) ou Satan Was a Lady (2001).

L’héroïne hébétée de cette péloche totalement autre se nomme Chesty Morgan (déjà présente dans Supernichons contre mafia, ses scènes pour Le Casanova de Fellini ont sauté au montage). Pulpeuse à outrance, elle n’est jamais parvenue à capitaliser sur ses dons (?) de la nature et sa maigre filmographie est synonyme d’échec. Il faut dire que ses talents d’actrice plus que limités - source de crises de rire incontrôlées - et son air perpétuellement ailleurs n’arrange rien à son cas… En voilà une qui ne devait pas marcher qu’à l’eau…

Elle se débat ici dans une intrigue croquignolesque et incompréhensible, où elle décide de venger les assassins de son amant, truand notoire qui projetait de la demander en mariage, mais finit sa course truffé de balles, après avoir tenté de doubler ses associés.

Chesty Morgan et ses boobs atomiques !

Parmi les exécutants du meutre, on remarque Harry Reems et sa moustache fournie (il n’y a pas que ça de gros chez lui…), qui déambule tant bien que mal dans cette pantalonnade. Flirtant ouvertement avec le ridicule, la performance du Docteur de Gorge profonde est jubilatoire, ringarde comme il faut et rejoignant étonnamment par instants la fièvre qui caractérisait son jeu outré dans le sulfureux Forced Entry (Shaun Costello, 1973).

Décidément, les arcanes du nanar sont parfois bien impénétrables…

Sauf par Harry, bien sûr !

Harry Reems séclate dans Deadly Weapons.

EVENTS - OFFSCREEN 2013

This Filthy World, Polyester (en Odorama !) et master class de John Waters

Samedi soir, sur le coup de 20h00, John Waters s’imposait en véritable rock star, régalant de son one-man-show This Filthy World la faune bigarrée présente au Bozar et toute acquise à sa cause.

Doté de talents dignes d’un comique de stand-up, le pape du trash s’est emparé du micro pendant un peu moins d’1h30 et n’a pas failli à sa réputation. Son débit mitraillette a fait merveille, soliloquant avec la prestance distanciée qu’on lui connait sur des sujets aussi variés que son enfance (parcours scolaire marginal), l’amour indéfectible qu’il éprouve pour son fief Baltimore, les titres absurdes de films pornos dont il se délecte, les dangers du fist anal, le blanchissement des poils du cul, divers fétichismes cocasses (ces hommes préférant la masturbation à tout acte sexuel “collectif” et qui sont véritablement amoureux de leur main !), son soutien aux communautés transgenres ou encore… sa passion envers Justin Bieber !

Dans un même mouvement, John Waters en profita pour parler des jalons de sa carrière (Pink Flamingos, Female Trouble, Hairspray, Cry-Baby, …) - anecdotes truculentes à l’appui (tel ce tournage improvisé dans l’immonde élevage de porcs d’un fermier baltimorien) - et réaffirma sa profonde admiration pour l’artisan du B William Castle, ainsi que pour l’OFNI belge Vase de noces (Thierry Zéno, 1975) ou l’éprouvant Irréversible (2002) de Gaspar Noé.

Et que dire de la somptueuse tenue du maestro, débarquant sur scène vêtu de son plus beau costard rose…

Ensuite, après une séance de dédicace bondée (j’ai personnellement jeté l’éponge…), la soirée continuait de plus belle avec la projection de Polyester (1981), assorti du procédé Odorama : une carte avec 10 cases à gratter (des signaux retentissant pendant le film), exhalant des parfums divers, du plus agréable (la senteur d’une rose) aux plus déstabilisants (pets et odeur de brûlé).

Ceci rendit l’expérience encore plus ludique et amusante, bien que l’œuvre se suffise en elle-même.

Polyester est un renversement en règle des valeurs de l’american way of life, via sa famille white trash des plus dégénérée. Le père (David Samson) est un pornocrate de bas étage, qui trompe sa femme alcooliquo-dépressive (Divine, impérial(e)) avec sa secrétaire bien gaulée. Les enfants ne valent pas mieux ; la fille (Mary Garlington) gesticule constamment comme un ouistiti “coké” et sort avec un loubard de bas étage (le chanteur punk Stiv Bators), tandis que le fils (Ken King), défoncé à l’angel dust, fantasme sur les pieds féminins portant escarpins ou talons hauts, puis devient une sorte de “sérial piétineur” de petons (!).

Polyester est d’un mauvais goût réjouissant et se pare d’un humour grinçant pour effleurer des débats encore d’actualité (opposants à l’avortement, croisés anti-porno, …), qui secouent encore le pays de l’Oncle Sam. Tournant au bordel généralisé et foutraque, le film écorne joyeusement l’image proprette des suburbs, plongée dans un bain de trash attitude. Et Dieu, que c’est bon…

Ce dimanche, la petite salle de la Cinematek était pleine à craquer et John Waters combla l’assistance, répondant à leurs questions avec sa suavité légendaire. Il énuméra les circonstances dans lesquelles ses œuvres furent financées, adressa de nombreux clins d’œil et conseils aux réalisateurs en herbe. Une occasion supplémentaire de découvrir la gouaille du bonhomme et d’apprécier ses dons d’orateur. Un esprit brillant et tellement anticonformiste…

John Waters est grand !

EVENTS - OFFSCREEN 2013

Jack Stevenson’s Trash from Hell Show

Au cinéma Nova, dans le cadre du festival Offscreen, ce vendredi 8 mars était placé sous le signe du trash, comme une grande partie de la programmation de cette édition. Mais attention, ici on parle de trash au sens propre (ou sale, c’est selon) : l’invité du soir se nomme Jack Stevenson, collectionneur de pellicules dénichées au fond de poubelles, de caves ou de bâtiments désaffectés. « En gros, je fouinais dans les mêmes endroits que les junkies et les clochards », comme il l’avoue lui-même durant la présentation du programme de la soirée. S’il est là ce soir, c’est pour présenter Trash from hell, une compilation d’une durée de plus ou moins une heure, qu’il a concoctée à partir de ses archives et qu’il décrit comme « une célébration de l’illégitime, de l’indésirable et de l’incompris ».

Si trash est donc le mot d’ordre, ça n’empêche pas ce pot-pourri de faire dans l’éclectisme. On commence ainsi doucement avec deux petites bandes kitsch à souhait : Tomorrow’s headline, une vidéo de prévention routière présentant les pires clichés du genre et The man who comes around, gentillet numéro musical sur thème d’adultère datant des années 40, offert à Stevenson par un autre collectionneur qui considérait l’objet comme étant sans valeur. Comme quoi, les déchets des uns font le bonheur des autres.

On enchaînait directement avec la bande-annonce de Glen or Glenda de ce cher Ed Wood, film qui sera projeté le dimanche 17 mars lors du festival. Le principal intérêt de ce trailer intervient à la toute fin, lorsque Wood himself explique au spectateur les différences fondamentales qui existent entre un homosexuel et un travesti. Nanar jusqu’au bout des ongles.

Les pellicules suivantes étaient l’occasion pour Jack Stevenson de présenter deux montages réalisés par ses soins. Le premier, War Movie, regroupe des extraits de films de propagande soviétiques ainsi que diverses archives datant de la seconde guerre mondiale. Sur fond de musique rock tournant en boucle, les images défilent sans tenir compte d’aucun fil narratif, comme pour semer la confusion dans l’esprit du spectateur quant à la vraie nature de ce qu’il est en train de voir.

De la confusion, il en est aussi question dans 2069 : A space odyssy, l’autre création de Stevenson, créée à partir d’extraits de sources aussi variés qu’un film de Noël pour enfants et un porno. Contrairement à War Movie, 2069 tente une narration, en présentant des enfants allant se coucher la veille de Noël plongés en pleins rêves. L’occasion d’enchaîner sans besoin de cohérence et sans avertissement un cosmonaute perdu dans l’espace avec un gros plan sur une pénétration.

Comme il serait dommage de s’arrêter en si bon chemin, les spectateurs ont alors droit à la bande-annonce de Get that sailor, un obscur porno hardcore gay des années 70. Une voix off passionnée, des positions diverses et variées voire improbables, des trognes impayables et une bande-son désuète : il n’en faut pas plus pour soutirer quelques fous rires et applaudissements du public.

Journée de la femme oblige, la compilation se termine sur Evil of Dracula, un montage hallucinogène concocté par Martha Colburn, d’ailleurs invitée à l’Offscreen pour présenter une série de courts-métrages, et par une sélection de bandes-annonces de productions mettant en scène l’actrice Maria Montez, surnommée la « High queen of camp » ou « Queen of technicolor », au minois charmant mais aux talents d’actrice affreusement limités.

Au final, ce qu’on retiendra de cette petite heure passée devant une infime partie de la collection de Jack Stevenson est cette passion qui unit cet homme et tant d’autres au cinéma, aussi mauvais fut-il, et qui les pousse à consumer leur temps et leur argent pour dénicher des « trésors » oubliés en n’oubliant pas d’en faire profiter un public avide de découvertes. Et c’est tant mieux : les mets trash, ça a toujours meilleur goût à plusieurs.

EVENTS - OFFSCREEN 2013

The Final Member

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le zizi : visiblement fan de Pierre Perret, l’Islandais Sigurdur Hjartarson a fait du pénis son obsession et sa profession. Fier fondateur de l’ « Icelandic Phallological Museum of Iceland », qui héberge la plus grosse collection d’ « engins mammifériques » du monde, le bonhomme se trouve tout de même face à un problème de taille (et oui, ça compte) : pour parachever cette impressionnante collecte, il lui manque un spécimen précieux : un pénis humain. Très vite, deux volontaires vont se faire connaître…

Décidément, le festival Offscreen est le repaire idéal pour les amateurs de bizarreries filmiques, qu’elles soient fictionnelles ou non. Et ne vous leurrez pas : malgré son point de départ ahurissant, The Final Member est un documentaire pur jus. Les Canadiens Jonah Bekhor et Zach Math sont partis à la rencontre de personnalités hors du commun, nourris par des obsessions toutes personnelles. D’un côté, on a ce conservateur de musée dont la fascination pour les pénis a commencé par une collection exposée dans son domicile (ça fait toujours un sujet de conversation avec les invités), avant d’ouvrir un lieu qui lui est exclusivement dédiée. Ne cherchant ni la gloire ni la fortune, il se montre passionné par le sujet et cherche visiblement à supprimer un tabou qu’il juge ridicule.

Du côté des prétendants, le premier à se manifester est Pall Arason, un vieil homme bien connu en Islande, ancien aventurier objet de nombreux ouvrages et séducteur auto-proclamé (il garde un carnet contenant toutes les traces de ses ébats passés). Il est prêt à donner de sa personne une fois la mort venue, considérant que son outil ne lui servirait plus à rien dans l’au-delà.

Si le conservateur se montre d’abord séduit par la candidature de cet Islandais respecté par ses semblables, une autre proposition vient lui faire de l’œil : l’Américain Tom Mitchell est tellement intéressé par l’offre qu’il est prêt à céder son pénis, qu’il surnomme affectueusement Elmo. Immédiatement.

Les deux réalisateurs trouvent en ces trois personnages singuliers une source idéale de rire, mais également d’une certaine dose d’émotion. Le côté humoristique émerge principalement du comportement totalement imprévisible de l’Américain Tom Mitchell. Bien allumé, le bonhomme nous régale de ses frasques : tatouage du drapeau américain sur le gland, envoi de photographies d’Elmo en costume au conservateur du musée (bien fatigué par ses excentricités), conception d’un comic book mettant en valeur son zigouigoui vêtu d’une cape… C’est simple, chacune de ses apparitions est à la fois une source d’amusement et d’inquiétude, tant on se demande quelle sera sa prochaine folie phallique.

A contrario, et aussi surprenant que cela puisse paraître d’un film contenant un nombre impressionnant d’utilisations du mot « pénis » à la minute, The Final Member sait se montrer touchant (sans mauvais jeu de mot) , notamment lorsqu’il s’attarde sur les états d’âme d’un Sigurdur Hjartason affaibli par les années et effrayé par la peur de rendre l’âme avant d’avoir pu voir son œuvre aboutir.

The Final Member est à l’image de ses protagonistes : à la fois repoussant et attachant, drôle et attendrissant, le film est un documentaire diablement efficace, qui prouve que même un point de départ aussi absurde peut donner lieu à une œuvre réussie, sincère et tendre, pour peu qu’elle soit animée par un vrai respect pour ses sujets. Par contre, fans de Rue Sésame, apprêtez-vous à voir vos souvenirs d’enfance souillés à jamais et votre esprit fameusement perturbé la prochaine fois que vous apercevrez une peluche « Elmo chatouille-moi ». Merci, Tom Mitchell.

EVENTS - OFFSCREEN 2013

Eega

Sourire Colgate, beau garçon, le jeune Nani n’a d’yeux que pour la magnifique Bindu. Quand celle-ci daigne enfin montrer de l’intérêt à ses avances, place aux feux d’artifices, à la chansonnette et au numéro de danse improvisé. Le bonheur est de courte durée : le brutal Sudeep, riche patron et criminel à ses heures, n’a pas l’habitude qu’une jolie femme lui dise non, et ne supporte pas le rateau qui lui est infligé par Bindu. Le pauvre Nani subit son courroux et trépasse, mais l’impensable se produit : le voilà qui se réincarne…en mouche ! L’heure de la vengeance a sonné…

Partant d’un pitch totalement barré, S.S. Rajamouli nous pond un divertissement incroyable dont seuls les Indiens semblent avoir le secret. Issu de l’industrie Tollywood (à ne pas confondre avec Bollywood), Eega est un plaisir de tous les instants. Tous les ingrédients d’un bon blockbuster sont réunis, cuisinés à la sauce locale : le film est ainsi ponctué de chansons et même d’une (seule, dommage) scène de danse. Mais c’est lorsqu’il met en scène les stratagèmes utilisés par sa mouche pour mettre en place sa vengeance qu’il devient radicalement jouissif.

Digne d’un super-héros, mimiques victorieuses à l’appui, la bestiole va en faire voir de toutes les couleurs à son ennemi juré, l’occasion pour le réalisateur de faire pleuvoir les séquences les plus folles. Généreux, le film va jusqu’au bout de son concept et tire tout ce qu’on pouvait espérer d’un tel point de départ, l’apogée étant atteinte lors d’un final d’anthologie opposant Sudeep (incarné par l’acteur du même nom de manière magistrale, tout en regards assassins) armé jusqu’aux dents à la réincarnation de Nani. Malgré des effets spéciaux parfois datés, cette séquence, comme le reste du métrage, est un condensé de fun et de maîtrise visuelle qui met au tapis bon nombre de grosses productions hollywoodiennes sans âme.

Durant ses 2H25 filant comme l’éclair, Eega ne bat jamais de l’aile et fait mouche à tous les étages. Drôle, rythmé, généreux, on est face à un divertissement de haute volée, qui colle instantanément un sourire idiot au spectateur réceptif à ce genre de délires sauce curry. Une suite, vite !

EVENTS - OFFSCREEN 2014

Échangisme, gay-friendliness, gorges profondes et juke-box sensoriel

Kate Moran, Julie Brémond et Niels Schneider dans "Les rencontres d'après minuit".

En ce vendredi 7 mars, le trio de films projetés en soirée était placé sous le signe de la chair joyeuse, de la sophistication formelle et de l’hédonisme. Le récent Les rencontres d’après minuit (2013) ouvrait la voie à deux œuvres essentielles du maestro Radley Metzger (présent en personne pour les présenter !), emballées en 1974 mais sensiblement différentes : Score et The Private Afternoons of Pamela Mann. Le public du Offscreen Film Festival ne s’y est pas trompé et la salle du Nova n’a pas désempli, les derniers spectateurs ne quittant les lieux qu’après 2h00…

Les rencontres d’après minuit est de la race de ces films qui divisent les spectateurs : on y adhère sans compromis ou on le rejette en bloc. Classez-moi dans la première catégorie ! Fantasmagorie queer aux doux effluves d’Euro Trash (avec les regrettés Jean Rollin et Jess Franco en figures tutélaires), l’œuvre de Yann Gonzalez peut irriter par sa prétention arty et son parisianisme de façade, mais ce serait passer à côté de l’essentiel : une ode envoûtante au mélangisme, transcendée par un beau score électro de M83 (Anthony Gonzalez, frère du réalisateur). Très stylisé, Les rencontres d’après minuit se ménage un créneau entre les expérimentations du Bis - plongeant de facto dans une artificialité assumée -, le théâtre filmé et le film d’auteur germanopratin.

Nicolas Maury, Eric Cantona et Julie Brémond dans "Les rencontres d'après minuit".

Heureusement, cette tendance ne ferme pas la porte à l’émotion et à la sensibilité. Dans un registre que l’on qualifierait presque de romanesque, Niels Schneider (vu chez le chouchou cannois Xavier Dolan) rayonne dans la peau de Matthias, superbe figure de héros tragique. On se souviendra aussi du naturel de la newcomeuse Julie Brémond - dans le rôle de La Chienne, à la dégaine de Blondie 80’s - et de la prestation inattendue d’Eric Cantona (jolie prise de risque !) : étalon au braquemart joufflu et à l’âme de poète. Mention spéciale à cette séquence hallucinée où il est jeté en cellule et offert en pâture à Madame La Commissaire (Béatrice Dalle), domina lubrique rappelant la Dyanne Thorne des Ilsa

Metzger, de la suggestion à la frontalité

Toujours fringant, en dépit de ses 85 ans (!), Radley Metzger était bien là pour introduire ce 1er double programme dédié à sa riche filmographie. Et pour ne rien gâcher, les deux films étaient entrecoupés d’une surprise : un show sensuel d’une effeuilleuse à la chute de reins délicieusement bombée.

Ravissante effeuilleuse entre les 2 Metzger.

Diffusé à 22h00, Score était la porte d’accès idéale aux œuvres d’Henry Paris (pseudo de Metzger lorsqu’il livre des péloches explicites), car il marque véritablement la transition du softcore au hardcore ; dans sa version intégrale, le film s’y résigne via des étreintes homoérotiques tout ce qu’il y a de plus frontales.

Score est en quelque sorte le point de non-retour pour le cinéaste, qui se verra forcé de suivre l’évolution des mœurs (libération sexuelle) et de l’industrie du film pour adultes, emportée par la déferlante Gorge profonde (Deep Throat, Gerard Damiano, 1972) et son succès inouï. Très plaisant, l’erotic flick de Metzger expose les chassés-croisés de deux couples : l’un, libertin, cherche à dévergonder l’autre - des nouveaux mariés en apparence coincés et aux pulsions refoulées… La supposée oie blanche du lot est d’ailleurs incarnée par la belle Lynn Lowry, qui s’érigea en diva du genre chez Romero (The Crazies), Cronenberg (Frissons), Jonathan Demme (Colère froide) et Paul Schrader (La féline).

Lynn Lowry minaude dans "Score".

Cette ouverture d’esprit et cet enthousiasme dans l’acte (pour Metzger, le processus de séduction « n’a pas à être conditionné par des histoires de genre » - dédicace à l’association Promouvoir) sont aussi ceux de son 1er film hard, le très réussi The Private Afternoons of Pamela Mann. Le scénario est on ne peut plus limpide et propice aux ébats : un mari (Alan Marlow) engage un détective pour espionner son épouse nymphomane. Dans le rôle, la sublime blonde Barbara Bourbon irradie et imprègne chaque image de sa beauté solaire. L’actrice avait été recommandée par Georgina Spelvin, qui hérite du rôle de la meilleure amie-prostituée et d’une excitante scène saphique avec sa protégée.

Au final et malgré la multiplicité des scènes de baise, la beauté de Barbara Bourbon reste intacte et préservée, presque irréelle, même après avoir subi un viol (consenti ?) perpétré par Darby Lloyd Rains (Chorus Call) et un Jamie Gillis fielleux en diable.

Barbara Bourbon et Jamie Gillis dans "The Private Afternoons of Pamela Mann".

EVENTS - OFFSCREEN 2014

The Image et Misty Beethoven : soumission et Art du 5 à 7

Le Offscreen Film Festival n’a lieu que depuis 6 jours, mais il est déjà l’heure de faire ses adieux au maître de l’érotisme Radley Metzger, après un dernier double programme : The Image (L’esclave, 1975) et The Opening of Misty Beethoven (1976). Toutes les bonnes choses ont une fin…

Fort heureusement pour nous, le cycle Metzger de ce Offscreen 2014 se concluait par deux œuvres imparables et The Image ouvrait le bal. Radley Metzger, qui n’en était pas à sa 1ère tentative (il a souvent travaillé sur base d’écrits préexistants), y adapte un des grands classiques de la littérature rose : L’Image de Catherine Robbe-Grillet (signé du pseudo Jean de Berg). Il en conserve la structure en chapitres, pour aboutir - comme prévu - à un résultat raffiné et esthétisant, contrastant avec la dureté de façade du rituel SM.

Marilyn Roberts a les yeux revolver...

Comme le cinéaste l’a judicieusement rappelé hier, les enjeux narratifs du film ne reposent pas sur de la maltraitance envers autrui (on avait osé le lui reprocher après une projection du film), mais sur des rapports librement consentis et un jeu de rôles formant le socle du BDSM. The Image voit ses enjeux narratifs conditionnés par la relation ambivalente entre 3 personnages : un homme (Carl Parker, déjà à l’affiche de Score dans la peau du dépanneur débonnaire à la casquette rouge) s’immisce dans la relation sadomasochiste très poussée entre une de ses anciennes amies (Marilyn Roberts, très convaincante en domina) et une jeune esclave (la blonde à l’allure virginale Mary Mendum, connue sous le nom de Rebecca Brooke et que l’on reverra dans Laura’s Toys du pionnier de la sexploitation Joseph W. Sarno).

Dans sa version uncut, le film outrepasse son statut de softcore, en se complaisant dans des actes fellatoires et uros non simulés. Un caractère explicite qui pourrait choquer, mais n’est guère étonnant quand on resitue le chef-d’œuvre vénéneux de Metzger ; The Image succédant en effet à ses deux premiers hard (The Private Afternoons of Pamela Mann et Naked Came the Stranger). L’œuvre alterne entre séduction et répulsion, excitation et brutalité, formant un alliage aux nombreux et sombres reflets. Le résultat est remarquable à plus d’un titre, soufflant le chaud et le froid, en digne reflet de la « doctrine » BDSM. Tout simplement.

Du rire à l’orgasme

The Opening of Misty Beethoven - LE chef-d’œuvre porno d’Henry Paris (pseudo habituel de Metzger lorsqu’il s’adonne au hardcore) - mettait un terme à la soirée. Il peut-être considéré comme un des rares avatars de films pour adultes à l’humour juif décalé et sarcastique (Radley Metzger ne s’en était rendu compte que sitôt le montage terminé), qui lui ménage une place à part dans la production explicite de l’époque.

Le Dr. Seymour Love (Jamie Gillis, parfait), sexologue des plus réputés, s’y octroie le rôle de pygmalion d’une prostituée (Constance Money, qu’on retrouvera dans le Maraschino Cherry de Metzger), qu’il se met en tête de coacher pour qu’elle devienne le meilleur coup au monde. Une fois de plus, l’ex-théâtreux off-Broadway qu’était Gillis a saisi sa chance : celle de prouver l’étendue de sa palette d’acteur, alors que beaucoup en circonscrirait volontiers le talent à son seul chibre dodu…

Constance Money perfectionne sa technique !

Les scènes de baise de cette version coquine de My Fair Lady, loin d’être à unique visée branlatoire, catalysent les affects des personnages et font évoluer l’intrigue. Ces péripéties sont mises en valeur par des décors finement travaillés, entre stylisation (mobilier design et géométrique) et opulence de la bourgeoisie (le domaine du Docteur, où se passe une bonne partie du film).

Ce ne sont pas les seuls mérites de Misty Beethoven, qui a le bon goût de réunir le couple mythique du somptueux The Story of Joanna (Terri Hall et Jamie Water Power Gillis) et d’avoir révélé Gloria Leonard. Cette dernière deviendra rapidement une des grandes stars du hard US de l’Âge d’Or (70’s-early 80’s) et une personnalité-phare du féminisme au pays de l’Oncle Sam. Entre autres choses, on se souviendra aussi que le film offre un coït entre Calvin Culver (alias Casey Donovan) - cowboy gay de Score (1974) - et Constance Money, ainsi qu’un plan à trois où Ras Kean (Ras King, vu dans Candy Lips) entreprend Gloria Leonard, tout en se faisant visiter l’entrée des artistes par un strap-on…

Gillis, le seul, l'unique...

A cette époque, un esprit libertaire planait dans l’air et il n’était pas rare de retrouver des scènes homos (masculines, le saphisme étant une figure presque imposée-ndr) au sein d’une production hétéro, à l’exemple du majordome Zebedy Colt gratifiant son patron Jamie Gillis d’une gâterie dans The Story of Joanna (1975). Ce serait impensable de nos jours, où les pratiques et tendances sexuelles sont sagement compartimentées en niches…

EVENTS - OFFSCREEN 2014

Soirée belge : du sang dans les frites et un placenta en crise d’adolescence !

Ce jeudi dès 20h00, le Offscreen Film Festival revendiquait fièrement sa belgitude avec une soirée tout entière dédiée au Plat Pays : « Ceci n’est pas… België/Belgique/Belgium ».

En association avec le site spécialisé Kortfilm.be, les courts-métrages du Shortscreen - originaires de multiples régions de la contrée des boulets sauce lapin - ouvraient les hostilités, suivis à 22h00 du film d’étudiants (!) The Miracle of Life (2013) : œuvrette confectionnée à quatre mains par Joël Rabijns et Yves Sondermeier. Soit un Flamand et un Teuton (tout dur ?)… vive la diversité !

Appétissant, ce waterzooï ! Afin de préserver la paix communautaire, le film était précédé du court-métrage Voisins, emballé par le collectif liégeois Mefamo : un amusant jeu de massacre, qui effleure la thématique de l’aliénation des classes moyennes propre à certains récits de S-F, mais pêche un tantinet par manque de maîtrise et de moyens. Néanmoins, le nom de notre cher Quentin Meignant est cité dans les remerciements, donc en toute logique, Voisins ne peut pas être un mauvais film ! Quoi qu’il en soit, on sera curieux de voir ce qu’ils nous réservent pour la suite.

Luke la main froide

En point d’orgue de la soirée, The Miracle of Life n’a pas déçu. S’inscrivant dans la mouvance trash du cinéma d’exploitation, l’œuvre des sympathiques Rabijns et Sondermeier surfent sur des influences allant des classiques de Frank Henenlotter (Basket Case - Frère de sang - en tête) au Eraserhead de David Lynch (la progéniture monstrueuse), en passant par les teenage movies (le groupe d’ados martyrisant Luke, le personnage principal) et les dérapages camp façon John Waters (la mère, transexuel MTF accro à la gonflette et défoncé aux hormones).

The Miracle of Life est une ode à la débrouille et au système D qui force l’admiration : nos deux jeunots étudiants en cinéma (depuis, ils ont terminé leur cursus-ndr) ont en effet réalisé leur long avec un maigre budget de court-métrage de fin d’études… Mais au-delà de ses secrets de fabrication, le film reste avant tout un gros délire potache qui tient ses promesses : de la rigolade et du mauvais goût à tous les étages. Ni plus ni moins… De l’Art de ne pas péter plus haut que son cul !

Michael Fromowicz fout la merde ! Difficile dès lors d’émettre le moindre reproche (pour le plaisir de chicaner, on pourrait souligner la caractérisation hâtive d’une poignée de personnages et une maladresse somme toute normale dans ces conditions de production) ou de garder son sérieux devant cette histoire d’une mère bodybuildeuse, qui donne naissance à un enfant mort-né mais projette son amour maternel sur le placenta, lui donnant miraculeusement la vie…

En bonus, on se délectera du personnage borderline de prêtre pervers (euphémisme) et des truculents clochards squatteurs de palier, dont un est joué par le « lunaire » Michael Fromowicz. A ce rythme, l’acteur belge - éternel habitué des tournages au pays du Grand Jojo - pourrait bien s’avérer la mascotte officieuse de ce Offscreen 2014, lui qui est aussi à l’affiche du somptueux L’étrange couleur des larmes de ton corps, dans la défroque d’un des locataires hauts en couleur de la bâtisse Art Nouveau abritant l’intrigue du film (qui, je le rappelle, a fait l’ouverture du festival).

Pour ceux qui voudraient découvrir The Miracle of Life, il est disponible dans une édition VHS collector à commander ici.

Le parfait diner en amoureux...

EVENTS - OFFSCREEN 2014

Triple dose de Martine Beswick !

Cette année au Offscreen, Radley Metzger et Robin Hardy n’étaient pas les seuls à être à l’honneur : Dirk van Extergem et ses fidèles avaient réservé une place de choix à l’amazone Martine Beswick, qui présentait en personne trois œuvres glanées dans le catalogue de la Hammer Films. Le samedi 15 mars, un double bill lui était donc entièrement dédié, avec Slave Girls (22h00), suivi à minuit du joyau Dr Jekyll & Sister Hyde.

Martine Beswick se prosterne devant le Rhinocéros Blanc de "Slave Girls".

Réalisé par Michael Carreras (The Curse of the Mummy’s Tomb), un des tauliers de la maison Hammer, Slave Girls (Les femmes préhistoriques, 1967) est le 2ème film du genre « petites pépées en peaux de bête » tourné par la belle Martine Bestwick (le 1er étant Un million d’années avant J.C.). A l’époque, c’était un filon très juteux pour la Hammer et la Préhistoire leur fournissait l’alibi idéal pour montrer de charmantes demoiselles peu vêtues.

Slave Girls est le plaisir coupable par excellence et son scénario des plus minces (David Marchand - garde-chasse d’un coin de savane - est propulsé dans le passé, après avoir subi la menace d’une mystérieuse tribu) n’est qu’un prétexte à l’illustration très bis de rites tribaux (la danse des esclaves est un sommet de kitscherie) et à l’exacerbation d’un exotisme de pacotille (le mythe du rhinocéros blanc). Contre toute attente, le mélange de ces ingrédients forme un cocktail dense et savoureux.

Les brunes comptent pas pour des prunes !

Martine Beswick n’y est certes pas étrangère, elle qui incarne avec fougue Kari, souveraine despotique d’un groupe de guerrières brunes ayant réduit en esclavage les hommes et leurs consœurs blondes. Mais la révolte gronde, bientôt menée par Saria (la craquante Edina Ronay, vue dans Le spectre maudit et Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur) avec l’appui de l’étranger qui a fait irruption dans leur monde et dont elle est tombée amoureuse (Michael Latimer, transparent…).

Slave Girls se poserait presque en manifeste du girl power : une série B féministe, plaisante mais sans grand génie, exception faite de la scène de danse à la sensualité animale où Martine Beswick expose son art du déhanché, hérité de ses racines jamaïcaines et des longues soirées passées dans les boîtes de nuit londoniennes.

Ralph Bates et Martine Beswick dans "Dr Jekyll & Sister Hyde".

Dr. Jeckyll et sister Hyde (Dr Jekyll & Sister Hyde, 1971), emballé par le solide artisan Roy Ward Baker (The Vampire Lovers) est d’un tout autre éclat. Ce chef-d’œuvre tardif de la Hammer s’articule autour d’une réappropriation transgenre du roman de Robert Louis Stevenson, lié ici aux meurtres de Jack l’Éventreur et aux méfaits de Burke & Hare, les West Port murderers (au début du film, les deux compères fournissent Jekyll en cadavres frais).

Cherchant un remède à la majorité des maladies existantes, le Dr. Jekyll (le suave Ralph Bates, au générique des Horreurs de Frankenstein et de Lust for a Vampire) voit ses expérimentations le mener au bord du gouffre : sa psyché vacille et son apparence physique change irrémédiablement. Sous l’action conjuguée de substances douteuses, il laisse place à son alter ego féminin Hyde. Martine Beswick trouve là son plus beau rôle, lui conférant prestance racée, beauté ténébreuse et un potentiel sexy très appréciable (l’actrice avait accepté la nudité requise par le scénario, alors que Caroline Munro avait décliné la proposition pour la même raison).

Miss Beswick manie le couteau comme le déhanché !

Dr Jekyll & Sister Hyde s’impose avec aisance parmi les classiques de l’horreur british, fort de son gothisme flamboyant (minutie des décors et des costumes) et de son sens du décalage (les attitudes de plus en plus efféminées de Jekyll, qu’on imaginerait presque proche du coming out !).

Yabba Dabba Doo ! Des dinos, des lances et des « friskos » !

One Million Years B.C. (Un million d’années avant J.C., 1966) de Don Chaffey était pour sa part diffusé le dimanche 16 mars à 14h00, dans un cadre original : une séance Matinée à la nostalgie prégnante, où le public était accueilli par des ouvreuses en tenue d’antan (uniforme blanc et rouge), qui lui proposaient des chocolats glacés et autres douceurs.

Le film était précédé de trailers (Le choc des titans, Le voyage fantastique de Sinbad, A Bullet for the General aka El chuncho, …), d’un épisode animé des Flintstones (l’humour du duo Hanna-Barbera n’a décidément pas pris une ride !) et de spots publicitaires d’époque, parfois assez croquignolets. Un constat : ils recelaient certainement plus de poésie et de créativité que 99 % des pubs actuelles !

Raquel Watch, fantasme ambulant de "One Million Years B.C.".

Tout ce décorum et l’avant-programme amoureusement constitué par les petites mains du Offscreen ne détournant pas notre attention de l’essentiel : 48 ans après, One Million Years B.C. reste un divertissement efficace et de haute volée, toujours susceptible de plaire aux mômes (Fabrice Du Welz ne s’y était pas trompé, lui qui était présent à la séance avec ses bambins).

L’œuvre de Don Chaffey est une merveille pour les yeux, doublée d’un grand spectacle magnifié par les superbes créatures en stop motion du regretté Ray Harryhausen. C’est aussi l’écrin rêvé pour les courbes gracieuses et le joli minois de la divine Raquel Welch (une des attractions du Voyage fantastique de Richard Fleischer), tout autant que pour le tempérament incendiaire de Martine Beswick, qui sortait alors du succès du Bondien Opération Tonnerre et du tournage d’un épisode de la série Court Martial. Et puis, franchement, il faudrait être idiot pour refuser d’admirer une baston entre Welch et Beswick

Martine Beswick et Raquel Welch se crêpent le chignon !

EVENTS - OFFSCREEN 2014

Dans sa section Offscreenings, cette cuvée 2014 comptait, avec Why don’t you play in Hell ? et R100, deux pellicules d’origine nippone qui attestaient que le pays du Soleil Levant demeure encore et toujours l’empire de la cinématographie la plus déjantée de la planète. Et tandis que d’autres productions s’attaquent au surréalisme, l’Empire contre-attaque, de la plus belle des manières. En envoyant en mission de reconnaissance rien de moins que son Empereur : Hitoshi Matsumoto. Après avoir trituré les codes du super-héros (Big Man Japan), exploré à sa sauce le Japon féodal (Saya Samurai) et expérimenté la mécanique du surréel avec un cartoon abracadabrantesque (Symbol), le cinéaste s’attache cette fois à des sujets plus terre-à-terre, plus sociétaux même comme la prostitution, le culte de l’humiliation, la recherche du plaisir par l’action du fantasme, en l’occurrence le sadomasochisme. Avec, en guise de toile de fond, un cadre des plus morose : un salary-man désabusé dont l’épouse est plongée dans le coma depuis trois ans, tente d’éduquer seul son enfant. Matsumoto aurait donc troqué ses excentricités pour un cinoche plus "mainstream" ? Aurait-il rejoint le "Maussade" ? Que nenni...

La toile de fond n’est qu’un leurre qui, sitôt éventrée, accueille en son sein une foultitude de personnages déjantés et de situations loufoques. Sitôt que Takafumi, modeste employé du rayon literie, décide de passer la porte "Bondage", il voit sa terne existence basculer dans la folie la plus sauvage, la plus régressive, la plus jouissive aussi. Enfourchant un équidé de plastique sur un manège présentant la galerie de maîtresses SM, il se lance dans une chevauchée fantastique qui, de coups de fouets en coups de cuissardes subtilement placés, l’entraîne dans le tourbillon de l’humiliation menant elle-même à la jouissance, symbolisée chez Matsumoto par un gonflement cartoonesque du visage et des ondes qui se propagent autours du personnage. Plongeant pieds et poings liés dans le bain du non-sense, le créateur se permet toutes les expérimentations, narratives (un découpage feuilletonesque qui s’affranchit de toute linéarité) ou visuelles (ce clip musical durant lequel la dominatrice-cracheuse danse autour de sa victime) et s’offre même une savoureuse méta-réflexion sur sa propre œuvre et la production japonaise. Ponctuellement, une équipe de financiers se réunit pour débattre sur le sens du métrage et son intérêt commercial étant donné qu’il est destiné à un public-cible centenaire (d’où le titre R100, imposant une restriction au public de moins de 100 ans).

A force de cultiver le décalage, Matsumoto parvient même, dans d’ultimes fulgurances audacieuses, à amener le rire avec la pire des ignominies, à faire la nique à la bienséance, malgré un carton liminaire indiquant qu’aucun animal ni enfant n’a été malmené durant le tournage. Avec R100, le cinéaste flagelle à tout-va, y compris sa propre création, devenant du coup, à l’instar de son héros, un masochiste aux tendances sadiques. Une nouvelle œuvre inclassable qui provoquera l’orgasme ou l’incrédulité. Chez nous, on continue à crier au génie !

OFFSCREEN 2015 : un très grand cru !

Une programmation une nouvelle fois énorme...

S’il passe sans doute après quelques autres festivals au niveau de sa notoriété, le festival OFFSCREEN n’en demeure pas moins l’un des plus intéressants d’Europe, voire du Monde, en matière de programmation.

La cuvée 2015 de l’événement ne fera pas défaut à la belle tradition instaurée par les organisateurs avec quelques très très grands moments et des thématiques passionnantes qui se déclineront tout au long de cette huitième édition qui se déroulera du 4 au 22 mars prochains.

Si un événement est à cocher dans vos calendriers, il s’agit sans nul doute de la Masterclass que donnera Tobe Hooper, invité d’honneur du festival, qui aura lieu le 7 mars sur le coup de 18h30. Cette masterclass va d’ailleurs de pair avec une programmation qui fera la part belle aux oeuvre du réalisateur (voir ICI).

Autre moment de nostalgie : Tribute to Jean-Jacques Rousseau, qui rendra hommage au cinéaste de l’Absurde le 19 mars, lui qui nous a quittés voici quelques mois, laissant de nombreux cinéphiles belges orphelins.

Ceux-ci se frotteront par ailleurs les mains avec l’hommage au cinéma ABC par l’entremise d’une thématique très hot : "When Porno was Chic", pour une séance immanquable le 20 mars.

La Cannon Films sera par ailleurs mise à l’honneur avec quelques uns de ses fleurons, de Cobra à Bloodsport en passant par The Delta Force, autant d’oeuvres qui ont marqué les esprits au fil des années.

Les nouveaux ne seront pas non plus en reste avec, outre des séances de courts métrages, quelques unes des pépites qui ont déjà égayé quelques festivals du genre. L’excellent Honeymoon concurrencera l’incontournable Tokyo Tribe, du sieur Sion Sono, ainsi que The Duke of Burgundi ou encore le documentaire Electric Boogaloo, lui aussi dédié à la Cannon.

DÉCOUVRIR LA PROGRAMMATION COMPLÈTE SUR LE SITE OFFICIEL

Offscreen 2015 – Tobe Hooper

Invité d’honneur de cette 8ème édition, Tobe Hooper est toujours présent dans la capitale belge pour présenter la plupart des films de la rétrospective qui lui est consacrée. Mais le premier gros morceau de ce programme est déjà derrière nous car samedi dernier, le 7 mars, le texan s’est prêté au jeu de la Masterclass afin d’évoquer film par film sa consistante carrière. Trop conséquente au vu du temps imparti (deux heures) puisque la rencontre s’est achevée avec Massacres dans le train fantôme, soit à peine la moitié de sa filmo ! Néanmoins ce film et les précédents, y compris ses premiers courts, ont été passés en revue, le réalisateur n’étant pas avare en anecdotes et ne pratiquant pas la langue de bois. Dommage que l’on ne soit pas arrivé au cas Poltergeist ! Disponible pour ses fans, le « Master of Horror » a pris le temps pour délivrer de nombreuses dédicaces et photos à l’issue de cette conférence avant d’enchaîner la présentation de l’expérimental Eggshells et du bordélique Lifeforce. Mais d’autres réjouissances sont prévues puisqu’il présentera ce week-end le gorissime Massacre à la tronçonneuse 2, Poltergeist (l’occasion de se rattraper sur des questions brulantes), Invaders from Mars et, clou de sa venue, la version restaurée 4K de Massacre à la tronçonneuse le mardi 17 mars à Bozar.
D’ici là, on aura pu découvrir en avant-première quelques offscreenings de choix avec le pervers The Duke of Burgundy de Peter Strickland (on vous en parlera plus amplement dans le Cinemag’7), le radicalement muet et percutant The Tribe ou encore Tokyo Tribe de l’enfant terrible du cinéma japonais Sion Sono. Sans oublier l’explosive rétro Cannon, la section Botanicals où c’est l’herbe qui te fume et pas l’inverse ou encore l’hommage au regretté cinéaste-trublion Jean-Jacques Rousseau. Promis, on essaie d’y retourner d’ici le 22 mars (date de clôture) pour vous ramener quelques nouvelles impressions et clichés cocasses (vivement la torride soirée-hommage au cinéma porno bruxellois ABC le vendredi 20 !)

Programme complet : http://www.offscreen.be/fr

© photos - SamT


EVENTS - OFFSCREEN 2015

De Tobe Hooper à Sono Sion

Le Offscreen bat son plein depuis 11 jours et les festivaliers ont déjà pu se mettre sous la dent des tas d’œuvres de qualité. Parmi le riche programme concocté par Dirk van Extergem et ses fidèles, le focus dédié à Tobe Hooper fait figure d’incontournable. Après la master class du maestro, suivie de la projection de l’expérimental Eggshells (1969) - accompagné de courts-métrages très rares de l’auteur de Mortuary (2005) -, de Lifeforce (Lifeforce - L’étoile du mal, 1985) et sa Mathilda May en tenue d’Eve, ou encore de Eaten Alive (Le crocodile de la mort, 1977), nous avons eu le plaisir de redécouvrir Salem’s Lot (Les vampires de Salem, 1979) et The Funhouse (Massacres dans le train fantôme, 1981) (Massacre à la tronçonneuse 2 était aussi programmé ce samedi 14 mars-ndr).

D’autres jalons de la filmo de Hooper prendront le relais, pour la plupart diffusés à partir de copies 35 mm : Poltergeist (1982), Invaders from Mars (L’invasion vient de Mars, 1986) et The Mangler (1995). Même si l’on sait tous que le gros morceau de ce cycle restera l’inoxydable The Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la tronçonneuse, 1974), prévu ce mardi 17 mars au BOZAR dans l’éclatante copie 4K tirée d’un master tout neuf, qui a fait le bonheur du Palais des Festivals de Cannes.

David Soul et James Mason dans "Les vampires de Salem".

Le saigneur a la peau bleue (Les vampires de Salem)

Adapté de Salem (1975), un des bijoux sortis de l’imagination de Stephen King (son 2ème roman et le premier adapté pour la télévision-ndr), Les vampires de Salem avait été conçu comme une mini-série d’horreur en deux parties et s’étalant sur pas moins de 184 minutes dans sa version uncut. L’œuvre avait été considérablement raccourcie pour une diffusion salles. C’est ce cut de 112 min. (107 min. au Royaume-Uni-ndr) qui nous a été proposé.

Les vampires de Salem orchestre le retour d’un écrivain (le bellâtre David Soul, connu des télévores comme le Hutch de la série Starsky et Hutch) dans sa ville natale du Maine. Il ne tarde pas à être confronté à des événements étranges, pouvant être liés à la possible arrivée d’un saigneur dans le voisinage et à des cas de possession vampirique. Le film multiplie les péripéties sur un rythme inégal - pour ne pas dire soporifique - et en ne se montrant que très peu graphique dans les exactions de ses créatures de la nuit.

Il a les crocs !

Raccord avec le format télévisuel, la mise en scène manque cruellement d’ampleur et ne peut éviter les écueils d’une réalisation plan-plan (quand elle ne sombre pas dans les astuces de bas étage pour susciter l’effroi), heureusement sauvée par la qualité de ses interprètes. Le monstre sacré James Mason (Une étoile est née, La mort aux trousses, Lolita, …) tire aisément son épingle du jeu, sans forcer son talent, tout comme le sympathique George Dzundza (Basic Instinct, Esprits rebelles) et Reggie Nalder (La marque du diable, L’oiseau au plumage de cristal), toujours parfait dans les rôles troubles auxquels son physique le prédisposait. Inutile de le rappeler, mais c’est cadeau.

Au final, même si Les vampires de Salem est éloigné de l’image terrifiante que l’enfant que l’on était en avait gardé, il se suit sans déplaisir ; son parfum de madeleine de Proust n’y étant pas pour rien, tout comme l’allure réussie de son vampire, que l’on pourrait décrire comme un Nosferatu à la peau bleuâtre, aux canines acérées et aux yeux jaunes. Un grand échalas à la maigreur maladive, qui sauve quelque peu le film, mais ne peut l’empêcher de figurer parmi les œuvres mineures enfantées par Tobe Hooper.

The Funhouse ou les secrets inavouables du milieu forain

Plus percutant, Massacres dans le train fantôme adopte les atours du slasher et catapulte son tueur dans les coulisses du train fantôme d’une foire, de passage dans un bled d’Amérique profonde. Des ados ont la mauvaise idée de se faire enfermer dans l’attraction, pour y passer la nuit et céder à l’appel de leurs hormones. Mal leur en a pris, car ils seront témoin du meurtre d’une diseuse de bonne aventure par le fils monstrueux du propriétaire du manège et ensuite, pris en chasse, parce que l’un d’eux a fait main basse sur le contenu de la caisse…

The Funhouse rend justice au format Scope, l’utilisant à merveille dans les couloirs exigus du décor forain, ainsi que pour accentuer le sentiment d’enfermement et d’impuissance vécu par les protagonistes. Par ailleurs, l’essentiel des méfaits du boogeyman sont rapidement expédiés ou relégués hors champ, mais la gueule du monstre - tout simplement incroyable ! - designé par le grand Rick Baker atténue ces quelques défauts (auxquels on peut ajouter un bodycount plutôt faiblard). Pour cela et d’autres raisons, Massacres dans le train fantôme trône parmi les œuvres les plus attachantes de son auteur.

Ces jeunes vont bientôt connaître leur funeste destin...

Guerre des gangs à Tokyo (Tokyo Tribe)

Trop sage ou pas assez démonstratif sont des qualificatifs que l’on ne pourrait guère attribuer à Tokyo Tribe (2014), tiré du manga éponyme de Santa Inoue. Issu de la sélection Offscreenings, le film du Japonais fou-fou Sono Sion (Guilty of Romance, Why Don’t You Play in Hell ? - tous deux programmés lors de précédentes éditions du Offscreen) colle aux basques de bandes tokyoïtes, qui défendent ardemment leur territoire et s’affrontent à coups de flows hip-hop.

La séance était préfacée par Akro du - désormais classique - groupe de rap belge Starflam, qui s’est amusé à chauffer le public. Il s’agissait de le préparer pour ce déluge de couleurs (tenues vestimentaires, décors, …) à l’énergie communicative, qui n’a pour suprême objectif que le divertissement des spectateurs. Branchée sur du 12.000 volts, la réalisation virevolte et ne s’empare du genre de la comédie musicale que pour le dynamiter de l’intérieur, sous perfusion des cultures urbaines observées dans les rues de la capitale nippone.

"Non, c'est moi qui ai la plus grosse !"

Tokyo Tribe s’invente une grammaire cinématographique à mi-chemin entre le clip vidéo, le film de gangs et l’esthétique publicitaire dans ce qu’elle a de plus bling-bling. Seul petit bémol : à l’image d’autres œuvres de Sion, Tokyo Tribe s’avère un chouïa trop long et aurait peut-être été plus efficace sur une durée ramassée. Mais là, on chicane… De toute manière, ce n’est pas la longueur qui compte, mais plutôt la grosseur. N’est-ce pas mesdames ? Quoi qu’il en soit, difficile de faire bigger and louder que ce Tokyo Tribe !

EVENTS - OFFSCREEN 2015

Hommage à Jean-Jacques Rousseau

D'où qu'il se trouve, Jean-Jacques Rousseau vous salue bien !

Hier, avait lieu l’hommage à Jean-Jacques Rousseau, concocté par l’équipe du Offscreen Film Festival et scindé en deux parties : une première période consacrée aux œuvres tournées en pellicule (c’est sur celle-ci que nous nous attarderons) et la seconde, plus tardive, dont les nombreux faits d’armes ont peu à peu dérivé du format analogique vers la vidéo puis le numérique. Une évolution qui, comme vous le lirez, a modifié en profondeur l’art du cinéaste de l’absurde. (notre chroniqueur n’a assisté qu’au premier cycle-ndr)

Débutant sur le coup de 20h00, la première salve de films s’étalait de L’abstrait (1967) à L’histoire du cinéma 16 (1982) (nous y reviendrons-ndr), tandis que la deuxième (prévue dès 22h15) comptait en ses rangs L’œil du cyclone : La belge histoire (1997), le célèbre Furor Teutonicus (1999) - jadis diffusé sur Canal + -, l’excellent Le goulag de la terreur (aka Irkutz 88, 2001) - avec un Noël Godin délicieusement pervers et cabotin en scientifique aux méthodes douteuses - et Docteur Loiseau, 4ème partie : La solution finale (2013), dans lequel les habitués du BIFFF reconnaîtront Rémy Satan Legrand (l’homme aux seins en personne !). Heureusement que le film n’était pas projeté en Odorama…

"Germaine Grandier", un des sommets de la filmo de JJR.

La troupe de fidèles du réalisateur s’était empressée de remplir la salle du Nova - y compris Amaury (alias Cimon), son éternel bras droit, qui débarquait sur place chargé de superbes tee-shirts à l’effigie du trublion encagoulé -, à l’exception notable de sa fille Frédérique (compositrice de quelques méfaits de son illustre paternel), retenue par des obligations professionnelles. L’émotion était palpable et l’occasion, trop belle de perpétuer la mémoire de celui dont les circonstances improbables du décès pourraient rappeler la trame d’une de ses œuvres. JJR s’était en effet éteint en plein coma, consécutif à un accident ubuesque : il se trouvait en devanture d’un bar de son fief de Courcelles et s’était interposé lors d’une querelle de bistrot (qui ne le concernait pas le moins du monde), finissant fauché par une voiture. L’auteur de cet « attentat » en voulait aux deux autres personnes pour une sombre histoire passionnelle, qui avait fini par lui faire perdre raison…

JJR Superstar !

La soirée était préfacée par Eveline Scrève (assistante de production de Rousseau, elle a remasterisé quelques-uns de ses films) - replaçant chaque œuvre dans le contexte de l’époque - et introduite par Noël Godin, qui a dû provoquer des acouphènes chez les spectateurs tant il s’égosillait dans le micro (!).

Le croquignolet "Catalepsie".

Le top départ des réjouissances était donné par la projection d’une véritable rareté. Entièrement muet (du 8 mm, sans ajout sonore), L’abstrait porte en lui les germes de tout ce qui fera le sel du cinéma de JJR : une naïveté touchante et une forme de poésie liée à une croyance indéfectible en ce qu’il fait, nullement tempérée par le manque de moyens et l’absurdité des situations dépeintes. L’abstrait donne à voir un groupe de rock (dont on n’entendra donc jamais la moindre note !) sous les ordres d’un photographe un peu savant fou, qui les filme et les drogue (par ici la piquouze !) pour que leur performance soit encore plus fiévreuse. Le tout finira en film de morts-vivants dépouillé et (involontairement ?) comique. (ceci est une interprétation qui n’implique que l’auteur de ces lignes-ndr)

Lui succédait Germaine Grandier (1972), qui peut être considéré - avec Furor Teutonicus - comme l’opus magnum de la filmographie de JJR. Tourné en 16 mm et en noir et blanc, le film relate la déchéance d’un homme, qui s’isole dans son imposante bâtisse, se murant dans la souffrance et la solitude depuis le décès de sa femme… survenu le jour de leur mariage et avant que leur amour ne soit consommé ! Nimbé d’un romantisme noir - que l’on n’aurait pas forcément imaginé venant du réalisateur de Karminsky-Grad (2011) - et narré en voix off par un Rousseau des grands jours, Germaine Grandier impressionne par la qualité d’interprétation de Vincent Scroppo (intense) et surtout, par sa facture technique.

René Cuba est plus fort que deux voitures dans "L'histoire du cinéma 16"... JCVD peut aller se rhabiller !

On y dénombre beaucoup de jolis cadres et de raccords parfaitement effectués, alors que l’on ne peut dire que les œuvres récentes de Rousseau aient brillé par leur sens du cadrage ou leur science du montage. Loin de nous l’envie de rabâcher les idées préconçues véhiculées par les critiques bien-pensants à l’encontre du cinéaste de l’absurde (amateurisme, ridicule avéré, …), mais il n’est pas innocent de constater que l’usage de la pellicule forçait JJR à plus de rigueur et de formalisme (j’avoue que le mot est fort…-ndr), alors que l’avènement des petites caméras compactes et du numérique l’ont plus ou moins fait sombrer dans la fainéantise. Entendons-nous bien que sa production tardive recèle d’autres atouts (intrigues psychotroniques, folie contagieuse, …), même si son enrobage se révélait de plus en plus décousu.

Décousu, Catalepsie (1976) l’est à plus d’un titre. Assez courte (8 minutes), l’œuvre est née sous l’impulsion de Victor Sergeant, qui voulait développer une histoire dédiée à cet état médical méconnu (pour le Larousse, la catalepsie est un “état physique transitoire caractérisé par une rigidité des muscles du visage, du tronc et des membres, qui restent figés dans leur attitude d’origine”-ndr). En l’état, Catalepsie s’avère brouillon mais très rigolo, relatant l’itinéraire d’un fou du volant (campé par Sergeant), dont les embardées sur la route sont pour beaucoup issues de stock-shots… qui ne raccordent en rien avec les plans tournés ! Ces éléments forment un mélange foutraque, renforcé par le jeu d’acteur pour le moins approximatif des « tronches » dénichées par Rousseau. Mais ce n’est pas tout, car Catalepsie nous offre un loooooong écran noir lorsque son protagoniste est enterré vivant - relevé d’une voix off croquignolette - et ménage une chute très abrupte, redoublant le caractère nonsensique de l’ensemble.

René Cuba (alias Belface) saisi dans l'éclat de sa jeunesse.

L’histoire du cinéma 16 était quant à lui présenté par le sympathique René Cuba (à l’origine, Jean-Jacques Rousseau avait remarqué ses bras musclés pendant une ducasse !), qui n’a pu réprimer les larmes lui montant aux yeux. Il faisait partie du noyau dur de JJR, lui qui tenait la caméra de certains de ses films (cinq, pour être précis, en comptant le making of de La revanche du Sacristain cannibale, avec un Philippe Otlet déchaîné) et a joué dans huit autres. Une fructueuse collaboration, qui a (presque) duré l’espace de 30 ans…

René Cuba prête sa fougue juvénile et sa passion des arts martiaux à cette Histoire du cinéma 16. Il est le redresseur de torts Belface (un « karatéboxeur », selon JJR) - que l’on pourrait décrire comme… un Bruce Lee wallon ! - et qui s’oppose aux Devils, des malfrats payés par la multinationale Vidéo New pour détruire les salles de cinéma des environs et causer la fin de Jean-Jacques Rousseau. Et pour cause, cette œuvre protéiforme est une mise en abyme du cinéma de JJR, qui confie son rôle au moustachu Frans Badot. L’histoire du cinéma 16 tutoie les cimes de l’absurdité et tourne à la régalade. René Cuba multiplie les kicks (belle souplesse !) et les poses appuyées, vaguement inspirées de celles du Petit Dragon, tandis que les chômeurs y sont vilipendés et que les cascades en bagnoles feraient passer le très bis 2019 après la chute de New York pour Mad Max ! Que demander de plus ?

Pour plus d’infos sur le cinéma de Jean-Jacques Rousseau, faites un détour par son site officiel.

EVENTS - OFFSCREEN 2015

Tribute to ABC Cinema

John Leslie et Desiree West dans "SexWorld".

Au Offscreen Film Festival, le soir du vendredi 20 mars 2015 était placé sous le signe du sexe et de l’hédonisme. Le cinéma ABC (mythique cinéma porno bruxellois fermé en 2013 et sis au boulevard Adolphe Max-ndr) y avait les honneurs d’un tribute, dans le sillage de sa campagne de sauvetage lancée en mars 2014 par la fondation Cinéact, née des efforts conjugués du Offscreen, du Cinéma Nova et de La Rétine de Plateau. L’objectif était clair : préserver et archiver le matériel disséminé sur place (bobines de films 35 mm, affiches, photos promotionnelles, …) - ce qui a été fait en collaboration avec la Cinematek -, mais aussi maintenir l’affectation de la salle, qui présente un profil architectural singulier et à nul autre pareil dans la capitale belge.

Johnnie Keyes entreprend Sharon Thorpe dans "SexWorld".

L’opération s’est compliquée à la suite du soudain décès du propriétaire des lieux (le mystérieux Monsieur Scott) et pour l’heure, deux procès sont toujours en cours, afin que l’endroit ne se transforme pas en restaurant ou en magasin de vêtements… On se souviendra que les festivités prévues à l’ABC pendant la Nuit Blanche 2014 avaient tourné court, puisque l’équipe du Offscreen s’était retrouvée face à une porte cadenassée ; le fils du propriétaire ayant décidé d’en interdire l’accès et, plus grave, de débuter certains travaux de démolition à l’intérieur, faisant fi des accords que son père avaient passés… Le combat continue et je ne peux que vous enjoindre à faire un tour sur la page de l’ABC Cinema rescue mission.

Par respect pour les donateurs et les nombreux sympathisants du projet, les forces vives du Offscreen avaient donc décidé de postposer ces réjouissances pendant l’édition 2015 du festival. La soirée était hostée par le sémillant Julian Marsh, aussi à l’aise au micro que dans son rôle de fondateur de l’Erotic Film Society (une association de personnes de goût, jetez donc un œil - même deux - à leur site !), et réservait son lot de surprises. En sus des trois films projetés et entrecoupés des shows de striptease de ravissantes créatures (comme à la grande époque du cinéma ABC !), le programme comptait la vidéo d’une visite de l’ABC par trois membres du Nova (visiblement, Gilles Vranckx s’est régalé !), un reportage sur les fidèles spectateurs de l’endroit, ainsi qu’un florilège de trailers hard issus des archives du cinéma (dont celui de Forbidden Pleasures - alias Slips fendus et porte-jarretelles -, avec Marilyn Jess et Jean-Pierre Armand) et un concours de topless hula hoop, pendant lequel un Rémy Satan Legrand en transe a forcé l’accès à la scène, pour finir par s’enfiler une carotte en plastique dans le cul… La consternation du public était grande, pour ceux qui ne connaissaient pas l’énergumène. En voilà un qui ne changera jamais. « L’homme aux seins est dans la salle… fuyez ! »

Ouvrons la boîte à coquineries

Les trois longs-métrages en copies 35 mm, autour desquels s’articulait la soirée, étaient SexWorld (1978), New Wave Hookers (Le diable par la queue, 1985) et Skintight (1981). Déjà chroniqué de long en large par le Loup derrière la Bergerie (pour l’article, c’est par ici), New Wave Hookers marque une nette transition entre le hardcore des 70’s - centré sur les personnages et les situations - et celui des 80’s, ouvertement clinquant (style, coiffures, maquillages, …) et offrant une part plus grande à la performance. L’œuvre de Gregory Dark (qui s’est peu à peu reconverti dans la télé, la pub et les vidéoclips) peut être considérée comme une source d’inspiration à laquelle sont continuellement venus puiser les « éroto-formalistes » Andrew Blake (Night Trips, House of Dreams) et Michael Ninn (Latex, Forever Night).

Premier long-métrage de la soirée, SexWorld est dû à Anthony Spinelli, l’homme derrière le classique pour adultes Talk Dirty to Me (1980), qui offrit sans doute l’un de ses plus beaux rôles à Richard Pacheco, un des hardeurs les plus à l’aise dans la comédie. Dans un même ordre d’idées, puisque SexWorld repose entièrement sur sa galerie de personnages aux profils variés (un businessman macho, une opératrice de téléphone rose aliénée à son boulot, etc.), c’est donc en toute logique que Spinelli avait décidé de ne caster que des personnalités pouvant allier performance sexuelle et acting (sur le plateau, connaître ses dialogues était fondamental). Il a donc porté son dévolu sur la Barbara Broadcast de Radley Metzger : la divine Annette Haven (Desires Within Young Girls, Dracula Sucks, Soft Places), qui se révèle toute en fragilité dans la peau d’une lesbienne sortant d’une histoire d’amour douloureuse et désirant se reconnecter à son hétérosexualité passée.

Les autres caractères sont campés par des visages connus des amateurs : l’omniprésent John Leslie (plus de 300 apparitions dans le genre, de 1975 à 2011 !) prête son charisme à l’homme d’affaires précité, qui s’ébroue en compagnie de la volcanique Desiree West (Devil’s Playground, Love Slaves), une des toutes premières stars afros de la Porn Valley, alors que le reste de la distribution est complété par la craquante brunette Lesllie Bovee (Maraschino Cherry, The Ecstasy Girls), mais aussi Sharon Thorpe (Femmes de Sade - chroniqué dans le CinémagFantastique N°4) - qui se ménage un cinq à sept avec l’étalon black Johnnie Keyes, rendu célèbre par le Derrière la porte verte (Behind The Green Door, 1972) des frères Mitchell - et la pulpeuse Kay Parker, dont la série des Taboo (du roleplay sur fond d’inceste) fera la renommée. SexWorld nous plonge dans les activités d’une société qui propose, durant un weekend, de régler les problèmes de libido de ses clients et d’assouvir leurs fantasmes. Un pitch idéal pour ce mélange entre humour grivois et sexe échevelé, qui nous a été servi en version soft.

Au petit matin, juste après New Wave Hookers (en allemand non sous-titré !), les spectateurs endurants ont pu découvrir Skintight (Ed De Priest, 1981), à la sexualité plus frontale et dont le scénario minimaliste est propice à l’étalage de chair. Il dépeint la vie d’une clinique spécialisée dans les troubles érectiles, où les séduisantes doctoresses (la plus douée ? Annette Haven, alias Samantha) sont prêtes à tous les sacrifices pour guérir leurs patients. Ces professionnelles de la santé - parmi lesquelles on reconnaît la méconnue Maria Tortuga, vue dans Plato’s : The Movie (Joe Sherman, 1980) ou Never So Deep (Gerard Damiano, 1981) - officient sous la direction du Dr. Chambers (la star Paul Thomas) et comptent parmi leurs protégés le musculeux Randy West (Frisky Business, Backside to the Future) et son affreux mulet.

Mais de cette constellation de stars, on retiendra surtout les apparitions fantasmatiques de Lisa De Leeuw (800 Fantasy Lane, Co-Ed Fever, divers Swedish Erotica), chère aux fans pour son appétit sexuel vorace, ses performances anales et ses formes voluptueuses. Cette dernière a connu une fin tragique : après avoir sombré dans la toxicodépendance, elle succomba au sida à l’âge de 35 ans. Elle aurait contracté le virus du fait de son addiction aux drogues dures, bien que certains chuchotent que c’est John Holmes qui l’aurait infectée. Malheureusement, ce genre de destins n’est pas rare dans la galaxie du hard…

La pulpeuse - euphémisme - Lisa De Leeuw.

EVENTS - OFFSCREEN 2016

Les courts de Lucile Hadzihalilovic

Lucile Hadzihalilovic fait partie des invités phares de cette cuvée 2016 du Offscreen Film Festival, qu’elle a inaugurée avec son sublime Évolution (2015), rêverie comateuse aux accents horrifico-organiques, sise dans une communauté insulaire et matriarcale, où les jeunes garçons sont l’objet de mystérieuses expériences.

Avant la projection d’Innocence (2004) - autre petit bijou « ouateux » -, le festival dédiait le début de soirée du vendredi 4 février aux courts-métrages de cette cinéaste rare et précieuse (à plus forte raison si l’on envisage son parcours à l’aune du cinéma français-ndr). L’occasion était trop belle de (re)découvrir trois œuvres disparates, correspondant à diverses périodes de son parcours artistique.

La bouche de Jean-Pierre (1996)

Produit par Les Cinémas de la Zone (la boîte que Lucile Hadzihalilovic a fondée avec Gaspar Noé-ndr), La bouche de Jean-Pierre se situe nettement à la croisée des influences de Noé et de celle qui était alors sa partenaire, à la vie comme derrière la caméra.

À l’époque, ils enchaînaient la pré-production (repérages, découpage, …) de Carne (1991) et du premier effort de Lucile Hadzihalilovic, avant d’embrayer sur Seul contre tous (1998). Dans ces conditions, il n’est guère étonnant de constater que La bouche de Jean-Pierre forme un ensemble organique, mixant leurs univers respectifs et des éléments constitutifs de leur patte.

De Gaspar Noé, on retrouve une certaine frontalité et ces bandeaux titres qui tombent comme des couperets et finissent d’enfoncer le clou du quotidien morose des personnages. Elle est belle, la France ! Cette afféterie formelle, confinant un peu à l’artifice, sera partie prenante du style défini par Seul contre tous et nullement étrangère à l’impact de l’œuvre sur les cinéphiles, qui ne s’attendaient peut-être pas à se prendre un tel parpaing sur le coin de la gueule. L’auteur d’Irréversible (2002) s’est par ailleurs chargé de la majorité des cadres de La bouche de Jean-Pierre . Comme une signature, on y retrouve donc par moments cette caméra en mouvement, fiévreuse, tournant sur elle-même et accentuant le malaise, lorsqu’elle ne permet pas des ellipses plutôt osées (cf. ces instants où Mimi vient d’ingérer une surdose de médicaments).

De Lucile Hadzihalilovic, on distingue cette faculté à procéder par petites touches « impressionnistes », à se rapprocher des personnages sans surligner leurs intentions et avec subtilité. À titre d’exemple, la séquence où Jean-Pierre (Michel Trillot) fait des avances à Mimi (Sandra Sammartino, que l’on n’a malheureusement plus revue à l’écran) se cristallise autour de non-dits, d’actes manqués (Jean-Pierre ne suscite qu’indifférence chez la petite fille) et d’un jeu de regards avorté (leur yeux ne se croiseront jamais). C’est de ces instants « en suspension » que naît le trouble. On remarque aussi l’attention portée aux détails (certains objets ont une réelle importance) et à des parties du corps (les lèvres, les yeux, les oreilles, …). Un corps qui apparaît fragmenté, saisi par de (très) gros plans, qui isolent ces zones du reste et tendent presque vers l’abstraction, rappelant en cela la « plastique » des gialli ou d’œuvres érotiques japonaises (pinku eiga).

Sandra Sammartino et Michel Trillot dans "La bouche de Jean-Pierre"

Pour l’anecdote, il fut un temps envisagé d’allonger la sauce pour que La bouche de Jean-Pierre puisse être exploité comme un long-métrage classique et Gaspar Noé avait émis l’idée de clôturer le film par une vengeance (de la mère de Mimi et son nouveau compagnon à l’encontre de Jean-Pierre). Lucile Hadzihalilovic a préféré rester sur cette fin un peu abrupte (rien n’est réglé) et laisser l’œuvre à son format de moyen-métrage (52 minutes), qui ne l’a pas empêchée d’être exploitée en salles. Autre époque, autres mœurs…

Good Boys Use Condoms (1998)

Conçu dans le cadre d’une campagne pour le préservatif menée par Canal +, où il était demandé à des cinéastes « traditionnels » (comme Gaspar Noé - le délirant Sodomites - ou Cédric Klapisch) d’illustrer des actes pornographiques (introduction d’objets, sexe anal, …) à leur façon, Good Boys Use Condoms était diffusé avant le sempiternel porno de la chaîne cryptée. En effet, vers la fin des années 90, l’utilisation du préservatif n’était pas systématique dans la production pour adultes. Cette action de Canal + avait pour objectif de sensibiliser le public et les professionnels à ce sujet (é)pineux.

En l’état, Good Boys Use Condoms semble un peu hermétique, mais n’en est pas moins réussi, si on l’appréhende comme un objet théorique, proche de l’Art Contemporain. La mécanique des corps entre le garçon (Francesco Malcom) et les jumelles (Sofianne & Viviann) paraît très désincarnée et se limite à de simples « emboîtements » à tour de rôle. C’est sans doute dû au manque d’investissement des hardeuses, peu concernées par le projet de Lucile Hadzihalilovic (dixit l’intéressée). Il en résulte quelque chose de curieux, quasiment « protocolaire » et peu sensuel, mais qui appuie le slogan « changement de partenaire, changement de préservatif » de la meilleure des manières, lui conférant presque un aspect absurdo-comique, en plus de réhabiliter le port du tee-shirt blanc pendant l’amour (!).

Olga Riazanova dans "Nectar"

Nectar (2014)

À l’origine, le court-métrage Nectar devait s’inscrire dans une série de vignettes érotiques. Il est né d’une période où Lucile Hadzihalilovic en avait marre de voir certains projets stagner et de rester inactive, soit juste avant que les fonds nécessaires au tournage d’Évolution ne se débloquent. Nectar est en quelque sorte un reflet déformé d’Innocence, avec lequel il partage cette faculté à dépeindre des personnages féminins plein de grâce et vivant en communauté fermée. Ici, il s’agit de jeunes femmes qui, telles des abeilles, entourent une reine (l’impressionnante Olga Riazanova, vue dans le court La permission de Joyce A. Nashawati). Elles la caressent et la frictionnent pour que, de son excitation, perle un nectar qu’elles récoltent à même sa peau.

Cette substance est transférée dans de petits pots ; elle sert de puissant aphrodisiaque aux habitants d’imposantes tours, dont l’architecture rappelle les alvéoles d’une ruche (séquences tournées dans le quartier parisien de La Défense et à Créteil)… La boucle est bouclée, tout en finesse et en suggestion. Nectar est une merveille d’élégance et d’érotisme, un genre qui sied décidément bien à Lucile Hadzihalilovic. Il serait intéressant de la voir un jour s’atteler à une œuvre 100 % érotique.

Les "abeilles" s'affairent autour de leur reine ("Nectar")

OFFSCREEN 2016 - Mais ne nous délivrez pas du mal

L’âge de déraison

Les initiés le savaient : un des événements de ce Offscreen Film Festival 2016 était la projection sur grand écran du sublime Mais ne nous délivrez pas du mal (1971), premier long-métrage de l’iconoclaste Joël Séria (oui, l’auteur « gouailleur » des Galettes de Pont-Aven). Une œuvre rare et précieuse, comme un petit précis d’érotisation du corps adolescent.

Malheureusement, Joël Séria n’a pu être présent pour introduire la séance, mais cela n’a en rien atténué notre enthousiasme, seulement tempéré par une poignée de spectateurs-ricaneurs, qui s’esclaffaient pour tout et n’importe quoi (l’expression d’une des actrices, une bagnole d’époque, une robe à fleurs, …). Honte sur vous ! Mais ne nous délivrez pas du mal vaut bien mieux que votre approche condescendante ; un peu comme si vous vous trouviez face à une péloche conseillée par le site Nanarland pour une soirée bières et pizzas. Et encore, je n’ai même pas mentionné la personne qui a laissé sonner son smartphone pendant 10 minutes… Vous êtes une plaie et nullement à l’image du public habituel du festival. Fin du coup de gueule.

Anne (Jeanne Goupil) prend conscience de son pouvoir de séduction

Un doux parfum de cruauté

En dépit des années, Mais ne nous délivrez pas du mal n’a rien perdu de son odeur de soufre et de son impression tenace laissée dans l’inconscient cinéphilique. On y suit un duo d’adolescentes (délicieuses Jeanne Goupil et Catherine Wagener) qui, pour tuer le temps et rompre la monotonie de leur quotidien provincial, s’amusent à faire souffrir les membres de leur entourage. Leur cruauté n’a pas de limites - atteignant son apogée dans la séquence de « torture » du canari - et ces lolitas sont parfaitement conscientes de leur sex-appeal, dont elles usent volontiers pour aguicher les adultes.

De nos jours, ce qui frappe toujours autant est cette façon qu’a Séria d’exposer les physiques juvéniles des comédiennes (pourtant majeures à l’époque du tournage), fortement érotisés et source des convoitises. Plus qu’empreint de tendresse ou d’un réflexe protecteur assez élémentaire, le regard des adultes à leur égard se fait volontiers lubrique. Il faut dire qu’elles apparaissent parfois dans toute leur nudité triomphante, saisies dans l’éclat insolent de la jeunesse. Ces caractéristiques n’ont pas été sans provoquer des accrocs avec la censure, puisque Mais ne nous délivrez pas du mal fut totalement interdit pendant 9 mois, pour cause de « perversité et de sadisme » (cf. Darkness fanzine N°13).

Lore (Catherine Wagener) se joue d'un garçon de ferme

Les carrières du tandem d’actrices autour duquel s’articule le film - elles sont le vecteur idéal des idées transgressives du réalisateur de Comme la lune (1977) - ont connu des réussites diverses. D’un tempérament incendiaire, la brunette Jeanne Goupil n’a pas tardé à s’affirmer comme l’égérie de Joël Séria, avec qui elle enchaîna sur Charlie et ses deux nénettes (1973), Marie-poupée (1976) (un autre bijou !-ndr) ou encore San-Antonio ne pense qu’à ça (1981). Tandis que la fragile blondinette Catherine Wagener ne figurera plus que dans l’impayable Je suis frigide… pourquoi ? (Max Pécas, 1972), Les enjambées (Jeanne Chaix, 1974) et le très explicite La grande culbute (Yves Prigent, 1976), avant de sombrer dans l’oubli (elle décédera en 2011, dans l’anonymat le plus total).

L’amour du clergé

En matière de provocation, Mais ne nous délivrez pas du mal ne se limite pas aux effluves d’inceste exhalées par ses « démons à socquettes », puisqu’il se pare d’un anticléricalisme assez rafraîchissant. Les garants de la parole divine en prennent pour leur grade : ils sont volontairement ridiculisés ou relégués à leurs pulsions charnelles, face à la frontalité des attitudes des jeunes filles. Les préceptes religieux et les valeurs d’une éducation rigoristes implosent à la faveur des rites païens et des exactions perpétrés par Anne et Lore, qui n’aiment rien tant qu’à effacer la couche de vernis social des relations humaines. Cette volonté de révolte propre à l’adolescence est ici poussée à son paroxysme, vers des abîmes de sadisme raffiné, de violence gratuite et de nihilisme.

À trop jouer avec le feu, on finit par se brûler...

Mais plus que par le trouble induit par un mélange des tons explosif, Mais ne nous délivrez pas du mal se démarque surtout par son romantisme morbide ; celui de deux êtres se réfugiant dans la littérature (Les chants de Maldoror, Les fleurs du mal, …) pour se protéger du monde extérieur et qui refusent d’être séparés, même dans la mort... L’écrin offert à leur destinée par Joël Séria et Marcel Combes (chef opérateur du Deuxième souffle et des Galettes de Pont-Aven) est au diapason (ambiance cotonneuse, cadres superbement composés, ...) ; ce n’est donc pas pour rien que l’auteur de ces lignes en a fait l’un de ses films de chevet (voilà l’instant nombriliste !). C’est ce qu’on appelle un chef-d’œuvre.


Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Ouija: les origines
2016
affiche du film
Synchronicity
2015
affiche du film
Les animaux fantastiques
2016
affiche du film
Mademoiselle
2016
affiche du film
Second Origin
2015
affiche du film
Independence Day: Resurgence
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage