Festival Fantasia (Canada)

Preview 2008

Gros plan sur le festival FanTasia du Canada

Par Beatroce

Fantasia est un festival orienté vers le cinéma de l’imaginaire en provenance du monde entier. La programmation est diversifiée et va du cinéma d’auteur au cinéma de divertissement pur.

Le festival est né l’été 1996 et a connu immédiatement un succès populaire immense ainsi qu’une couverture médiatique locale et internationale considérable. Leader sur la scène internationale, Fantasia est devenu une manifestation majeure et unique de la scène culturelle canadienne.

Le Festival International Fantasia aura lieu cette année du 3 au 21 juillet 2008 dans trois salles différentes pour sa douzième édition, pour le plus grand plaisir de son public toujours croissant.

En attendant de vous en coller plein la vue avec des previews détonantes, voici déjà un aperçu des grosses pointures du festival...

Les pointures

Côté previews, quelques gros morceaux sont à se mettre sous la dent.

Après des dizaines de rumeurs annonçant une potentielle adaptation sur grand écran et des tonnes de rebondissements négatifs, la nouvelle de Clive Barker Meat train connait enfin une naissance cinématographique bien méritée. A la baguette, le Japonais Ryuhei Kitamura, créateur de l’amphétaminé Versus, tente de rester fidèle à l’univers barkerien pour offrir une transposition digne de ce nom au paternel de Pinhead. Midnight meat train promet d’être un vrai régal...

Symbole de cette nouvelle vague du gore français, Lady blood débarque au festival en avant-première mondiale. Suite du Baby blood de Robak, cette oeuvre goresque suivra à nouveau les mésaventures de la névrosée Yanka toujours interprétée par Emmanuelle Escourrou. Ca va saigner dans les chaumières...

Le retour de Darren Lynn Bousman avec son tant attendu Repo ! The Genetic Opera avec un cast composé de Paul Sorvino et Paris Hilton (ben oui, fallait de la cuisse). Confirmation ou vaste blague de la part de Bousman ? Reste à voir si l’inspiration filmique du réalisateur se retrouvera au sein de cette oeuvre lourdement préméditée. A défaut, sa vision permettra sans doute de prendre un peu de Repo...

Les Asiats mènent le bal

Festival centré sur l’imaginaire, le FanTasia n’en est pas moins l’un de ceux qui privilégient le plus le cinéma oriental en proposant chaque année des tas de petits bijoux émanant d’Extrême-Orient pour le plus grand bonheur des fantasticophiles sinisés et des admirateurs du cinéma décalé.

Alors, quitte à livrer sa ration de riz, les organisateurs vous en fournissent une épaisse couche tendance basmati. Parmi les plus grosses attentes, on pointera :

* Akanbo shôjo de Yûdai Yamaguchi (Meatball machine)

* Alone de Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom (Shutter)

* L : Change the World d’Hideo Nakata (Ring)

* Sukiyaki Western Django de Takashi Miike (Audition)

* The Sparrow de Johnnie To (Mad Detective)

Les futures pépites

En marge de ces grosses attentes, comment passer sous silence les potentielles pépites du cinéma de demain, ces films qui resteront sans doute dans les annales du cinéma (sans être vulgaire) et deviendront culte au lendemain de leur visionnement ? Quelques titres résonnent aux oreilles comme le Jack Brooks Monster Slayer déjà présenté au BIFFF 2008, le déjà cultissime Machine girl de Noboru Iguchi, le Red de Lucky McKee ou encore Dance of the dead de Gregg Bishop... Et surtout, surtout le Truffe québécois qui ouvre les festivités et promet bien du spectacle...

En définitive, la cuvée 2008 du FanTasia se veut aussi bonne que celle des années précédentes. Habillé d’une robe flamboyante, affublé d’un bouquet extrêmement délicat, ce millésime devrait enivrer à coup sûr les amoureux du genre et les cinéphiles avertis...

Festival FanTasia : 1ère semaine

Une première semaine truculente

Montréal, le mardi 1er juillet 2008 – Le Festival international de films Fantasia débutera sa 12e édition le 3 juillet avec la première mondiale de TRUFFE, une délirante vision du futur signée Kim Nguyen. L’incomparable célébration cinématographique se déroulera jusqu’au 21 juillet, ce qui équivaut à 18 jours de films audacieux et orignaux, de premières mondiales et d’invités de marque. Cette année seront présentés plus d’une centaine de longs métrages provenant de partout à travers le monde, quatre blocs thématiques, une quinzaine de programmes de courts métrages ainsi que des projections extérieures. Le Festival Fantasia inaugure également cette année le Fantastique week-end du court-métrage québécois, un événement de taille consacré entièrement aux productions de genre locales.

Les cinéphiles auront l’embarras du choix lors de la semaine d’ouverture. En plus de TRUFFE, ils pourront découvrir SUKIYAKI WESTERN DJANGO, l’indescriptible pastiche de spaghetti western du prolifique Takashi Miike ; le brillant collectif d’animation japonaise GENIUS PARTY ; et, en première nord-américaine, le diabolique WHO’S THAT KNOCKING AT MY DOOR, un premier film sud-coréen que l’on compare déjà à SYMPATHY FOR MR. VENGEANCE de Park Chan-Wook. Également de la Corée du Sud, le délicieux drame de compétition culinaire LE GRAND CHEF de Jeon Yun-su sera présenté en première nord-américaine et EPITAPH, une somptueuse anthologie d’horreur, sera projeté en première canadienne. Le cinéaste hongkongais Johnnie To (EXILED) revient cette année avec le très attendu MAD DETECTIVE, le cadavre exquis TRIANGLE (un projet auquel ont également participé Tsui Hark et Ringo Lam) ainsi que la première canadienne de SPARROW, une exploration fascinante de l’univers des pickpockets.

Du côté international, il ne faut absolument pas manquer la première nord-américaine de [REC] de Jaume Balagueró et Paco Plaza. Depuis sa première à la Mostra de Venise, ce terrifiant film de morts-vivants en style cinéma-vérité a fait hurler de terreur les festivaliers du monde entier. Intense et effrayant, il poussera jusqu’au bout votre endurance psychologique. L’Espagne aura également comme représentants TIMECRIMES (première canadienne), un thriller acclamé sur le voyage dans le temps, et BEFORE THE FALL (première nord-américaine), un haletant suspense se déroulant trois jours avant la fin du monde. Récipiendaire d’un prix à Tribeca, le suédois LET THE RIGHT ONE IN apporte un nouveau souffle au mythe du vampire en racontant la subversive histoire d’amour entre un jeune garçon timide et sa mystérieuse voisine. Avec ses effets spéciaux juteux, son anti-héros sympathique et une performance grandguignolesque de Robert Englund, JACK BROOKS : MONSTER SLAYER sera assurément un grand succès auprès du public de Fantasia. À noter que la projection de JACK BROOKS sera précédée par la première mondiale de TREEVENGE, le nouveau court métrage de Jason Eisener (HOBO WITH A SHOTGUN). Une œuvre pleine de bruit et de fureur, WHAT WE DO IS SECRET de l’Américain Rodger Grossman dépeint avec une précision scientifique l’ascension et l’immolation de Darby Crash et de sa formation The Germs, essentiellement le premier groupe hardcore. Ce film biographique met en vedette Shane West, tout simplement exceptionnel dans le rôle de Crash. Dans le cadre du programme ANIMATED AUTEUR VISIONS, Le Festival Fantasia est très heureux d’accueillir la première canadienne d’IDIOTS AND ANGELS, le nouveau délire animé de Bill Plympton qui, en suivant les exploits d’un marchand d’armes ayant des ailes d’anges vissées au dos, retrouve l’esthétique minimaliste de ses courts métrages. Dans le même bloc se trouve PEUR(S) DU NOIR, un omnibus rassemblant les esprits visionnaires de six artistes visuels à qui l’on a demandé de mettre en image leur interprétation personnelle de la « peur du noir ». Grand succès auprès du public l’année dernière, le bloc DOCUMENTARIES FROM THE EDGE revient avec une série de documentaires gravitant autour du thème de l’obsession. Le film ayant l’honneur d’ouvrir le bal est SECOND SKIN de l’Américain Juan Carlos Pineiro-Escoriaza, un film tragique, drôle et, surtout, humain, qui va à la rencontre de diverses personnes ayant l’existence marquée par une participation abusive à des jeux vidéo en ligne. Dans un registre complètement différent, LA CRÈME de Reynald Bertrand est une hilarante comédie fantaisiste qui se moque malicieusement de notre obsession pour la célébrité. Finalement, mentionnons la première canadienne de THE OBJECTIVE de Daniel Myrick (co-réalisateur de THE BLAIR WITCH PROJECT), un terrifiant drame fantastique qui mêle habilement opaque atmosphère de mystère et éloquente critique du conflit en Afghanistan.

Source : Communiqué de presse officiel

Chronique du FanTasia 4 juillet 2008

De notre envoyée spéciale à Montréal

Par Beatroce

Ça y est, je suis en route pour FanTasia. On est à Montréal, il y a grand soleil et 23 degrés Celsius. Probabilité de pluie selon MétéoMédia : 0%. Voilà qui présage une fort belle journée en perspective.

Je sors du métro à la station Guy Concordia, ligne verte, en plein centre des affaires. Très peu d’indications ou de décorations, à part deux jolies banderoles en rue qui annoncent timidement la présence du festival. Je demande une info au stand de chips et je finis par trouver l’endroit pour obtenir mon merveilleux Passe Presse.

Munie de ce précieux outil, j’entre dans la salle S, une des trois salles du Festival : salle J.A. De Sève, super sympa, toute petite, environ 180 sièges vieillots en velours rouge, avec très peu d’espace - mais une dénivellation - entre les rangées.

Quelques minutes avant le début de la séance, prévue pour 15h, un monsieur entre et dit avec bonhomie :
" Il y en a qui sont ici pour Machine Girl ? c’est pas à 15h icitte (« ici » en québécois). C’est à 17h en face. Le film à 15h c’est… (il sort, va se renseigner) …le film à 15h c’est Atena (sic). Ceux qui ont des billets pour Machine Girl, ils doivent sortir."

A part ça, une ambiance de calme total, mais il faut dire qu’on est vendredi après-midi et qu’on attend le tout Montréal pour la projo de Rec ce soir, film annoncé comme l’un des plus gros chocs de cette année horrifique.

En attendant, il faut se coltiner La Antena, film argentin que Damien m’a recommandé étant donné le succès rencontré au BIFFF grâce à l’obtention de son prix du 7ème Parallèle.

Quelle patience ! Quand Amélie Poulain rencontre La Vita E Bella... le charme, la simplicité et l’émotion en moins. Le film ouvre sur une ville dominée par la télévision. Les personnages mangent des céréales portant le nom de la chaîne de télé et le message est donc qu’ils se nourrissent complètement d’elle. Réussira-t-on à sauver la ville et ses habitants de cette domination ? L’enfant aveugle retrouvera-t-il la vue ?
Je ne sais pas parce que j’ai quitté la salle.

La Antena est un film en noir et blanc partiellement muet, moyennement bien joué, saupoudré de clichés tant au niveau du genre visuel (on essaie de faire ‘vieux film muet’) qu’au niveau émotionnel (petit garçon aveugle, papa au chômage, petite fille qui admire des origamis etc). Ampoulé et sans la moindre originalité, bercé par une musique lancinante, le métrage ne semble tirer sa gloire que par son affiliation au cinéma transcendant de Fritz Lang et son appartenance à un cinéma oublié, celui émanant de l’Amérique latine. Hormis la métaphore destructrice à l’égard de l’omnipotence télévisuelle, La Antena ne propose qu’un bien triste spectacle trop convenu pour retenir réellement l’attention...

Dommage, parce que ce film a visiblement été fait avec soin. En attendant, je languis d’impatience devant les magnifiques affiches de Midnight Meat Train en attendant de reprendre mes séances avec Tunnel Rats, Tokyo Gore Police et autres Let The Right One In...

A bientôt...

Béatroce, envoyée spéciale à Montréal

Chronique du FanTasia 6 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

Montréal, 6 juillet

19h15.

25 degrés.

Probabilité de pluie : -100%.

Mes nouveaux amis m’ont laissé un message pour me dire qu’ils allaient au parc Lafontaine. Armée de mes plus belles intentions, je me mets en route vers Let the Right One In avec la ferme résolution de me jeter hors la salle pour les rejoindre si le film est nul... L’affiche ne donne que peu d’envies : des petits vampires suédois, sortes de reliquats dentés façon IKEA, je sens que ça va meubler... Mets-en me disent mes amis ("tu parles" en québécois dans le texte).

Le film est cette fois dans la salle H = Théâtre Hall Concordia, située dans un bâtiment juste en face de celui qui abrite la salle S. Dans ce théâtre, première surprise, se trouvent :

• Des toilettes publiques propres et, cherchez la différence avec celles du Bifff, personne ne se tient assis sur une chaise devant la porte en présentant un petit panier pour recueillir votre argent (notez que j’ai réussi à prendre une photo politiquement correcte des toilettes féminines, ce qui n’est pas une mince affaire)

• Des robinets à eau fraîche (ça aussi, c’est assez rare que pour être souligné)

• Des téléphones publics (moins fondamental peut-être mais ça fait la petite touche US)

• Un petit stand de bouffe (comme on dit ici, pour vrai, comme on dit aussi ici)

La salle fait la moitié du Grand Eldorado (UGC de Brouckère), soit les 2/3 de la regrettée salle du Passage 44 de Bruxelles (snif, snif).
Presque comble. Moyenne d’âge 25 ans. Des métaleux, des cheveux roses, d’autres personnes d’aspect plus classique (ce sont peut-être gouré de salle). Hard rock en fond musical. Les gens attendent le début du film, on est debout, on bavarde, mon jeune voisin mange un repas à emporter du Mac Do (en clair, une tranche de salade super bien cachée par 99% de graisse). Il y a une ambiance teenager américain + la simplicité sympathique québécoise + l’accent québécois + des accents anglophones. Mélangez le tout et vous obtenez... ben le FanTasia pardi, vous êtes lourds là !

A l’heure prévue, on passe directement aux bandes de présentation du festival, qui sont bilingues français-anglais : personne ne vient vous dire pendant plusieurs minutes ce que vous savez déjà sur le film, vu que vous y êtes et que vous avez toutes les infos dans votre programme. J’apprécie.

Il n’y a plus un bruit, ça commence.

Le film s’ouvre sur la cour de ce qui semble être des logements sociaux en Suède, dans les années 90. C’est l’hiver, Oskar s’ennuie, délicat début adolescent, il a douze ans. Il rencontre Eli, une gamine de son âge, d’une beauté fascinante. Malgré la neige et l’heure tardive, elle ne porte qu’un jean et une chemise, mais elle ne paraît pas avoir froid… (quelle hardiesse ces Suédois !)

Dans un contexte d’adolescence typique - racket, parents divorcés, solitude – commence alors une histoire d’amitié et d’amour, toute simple mais émouvante. En somme, c’est sûr qu’on s’aperçoit petit à petit que la jeune fille est un vampire, mais quelle différence finalement ? ’est sans doute une des forces du film.

Rempli d’images magnifiques et de paysages enivrants (le côté exotique des étendues neigeuses doit y être pour beaucoup), le métrage est porté par des acteurs d’une rare efficacité. La musique joue parfaitement son rôle, tour à tour discrète ou amplificatrice d’émotion.

Ne se bornant pas à reproduire à l’envi les clichés habituels du nauséabond mélange teen movie et blood sukers movie, Let The Right One In peut se targuer de présenter son histoire de manière originale baignée par une multiplicité d’influences et de références tout en conservant sa propre personnalité cinématographique.

Que se passe-t-il quand un vampire entre chez quelqu’un sans y avoir été invité ? Il y a de l’humour. Et puis surtout, il y a aussi de la véritable horreur (vous ne serez plus jamais embarrassé des bruits que fait votre estomac quand vous avez faim, lorsque vous aurez entendu ceux que font celui d’Eli). Il y a du gore (défiguration à l’acide, bain de sang…), copieusement applaudi par toute la salle à plusieurs reprises (vive les connaisseurs !).

Let the Right one In est un film extraordinaire, tout en subtilité, effrayant, innovant, intriguant et attachant, qui réussit son coup, et qui frappe fort, et qui reste imprégné dans votre esprit. Horrifiant et subversif, choquant et émouvant, le film d’Alfredson frappe un grand coup tout en faisant oublier les produits américanisés à la Frosbitten. Let the Right offre une âme horrifique au cinéma suédois.

Festival FanTasia : 2ème semaine

Le public se remet tranquillement du choc qu’était [REC], sans se douter que le Festival Fantasia n’a définitivement pas dit son dernier mot. La deuxième semaine de l’édition 2008 promet d’être riche en émotions avec une programmation éclatée qui inclut une femme à la libido explosive, la chanteuse pop Tiffany et Faye Dunaway aux trousses d’un mort-vivant. Le festival pourra également compter sur la présence de plusieurs invités de marque dont Tak Sakaguchi, David Blyth, Frank Henenlotter, la comédienne Eihi Shiina et l’écrivain Eric Shapiro.

Entamé la semaine dernière avec THE OBJECTIVE, le bloc Bloody Radical : Unconventional American Horror se poursuit avec trois additions notables. Un grand favori sur le circuit festivalier, ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE de Jonathan Levine reprend les éléments-clé du slasher traditionnel, les actualise dans un contexte post-9/11 et résulte avec le film d’horreur idéal pour le 21e siècle. Présenté en première internationale, le stupéfiant FROM WITHIN de Phedon Papamichael, le directeur photo de WALK THE LINE et 3 :10 TO YUMA, nous entraîne dans un petit village catholique frappé par une mystérieuse vague de suicides. Bénéficiant d’une distribution branchée, ce thriller évite tous les chantiers battus et n’hésite pas choquer son auditoire grâce à son esprit de subversion. Finalement, nous sommes très heureux d’accueillir la première canadienne de BAD BIOLOGY, le très attendu retour au grand écran de Frank Henenlotter, le maître des films de minuit. Difficile à croire, mais cette juteuse histoire d’amour entre une femme à l’insatiable appétit sexuel et un homme au membre mutant est son film le plus cinglé à ce jour.

Playback in black, le bloc dédié aux films « d’horreur-réalité, » se conclut avec l’inclusion de deux titres incontournables. Vous aurez ainsi la chance d’être les premiers à découvrir HOME MOVIE, l’angoissant premier film de Chritopher Denham. Lorsque deux parents décident de documenter le comportement de leurs enfants, ils découvrent avec stupeur que ces derniers sont habités d’une cruauté qui prend tranquillement d’épouvantables proportions. Diaboliquement intelligent et terrifiant, ce film égratignera votre rétine. De Corée du Sud nous vient THE BUTCHER de Kim Jin-won (première canadienne), l’un des très rares films réalisés en-dehors des studios locaux. Critique déroutante et sanglante de l’industrie cinématographique et de notre propre fascination pour l’horreur à l’écran, cette première œuvre se montre finalement plus près des réflexions de Michael Haneke que d’HOSTEL d’Eli Roth.

Du côté de Documentaries from the Edge, I THINK WE’RE ALONE NOW de Sean Donnelly offre le portrait tragique de deux fanatiques de Tiffany, une vedette-éclair des années 80. Alors que Jeff Turner croit que la chanteuse lui envoie des messages codés par le biais de ses chansons, l’hermaphrodite Kelly McCormick voit en son idole rien de moins que l’amour de sa vie. Absolument prenant et inoubliable, il s’agit ici d’un véritable exploit cinématographique qui nous entraîne au coeur des fantaisies de deux êtres en proie au délire. Avec BOUND FOR PLEASURE, David Blyth, le réalisateur du film-culte DEATH WARMED UP, s’intéresse à l’aspect industriel de la culture fétichiste et nous permet même s’assister à diverses séances en compagnie d’une dominatrice. Ce moyen métrage est présenté en programme double avec TRANSFIGURED NIGHTS, un documentaire expérimental troublant d’honnêteté. Blyth capture ici les confessions secrètes d’internautes obsédés par les masques et les costumes. Présenté au Festival de Cannes, ce film remettra en doute votre ouverture d’esprit en vous propulsant bien au-delà des frontières de la sexualité alternative.

Finalement, notre bloc dédié au cinéma d’animation se termine en grand avec la première mondiale de FROM INSIDE, époustouflant premier film du bédéiste John Bergin. Sorte de version post-apocalyptique de L’HOMME QUI PLANTAIT DES ARBRES, ce festin visuel vous hantera longtemps après la projection.

Les défendeurs du cinéma asiatique seront rassasiés avec plusieurs titres ayant fait leur preuve sur la scène internationale. Mettant en vedette Eihi Shiina (AUDITION), TOKYO GORE POLICE de Yoshihiro Nishimura est probablement le film le plus violent à être présenté dans le cadre de Fantasia 2008. Superbe morceau de cinéma tordu, cette œuvre audacieuse regorge d’idées gores et imaginatives et de chorégraphies orchestrées par Tak Sakaguchi (VERSUS). Ce dernier signe d’ailleurs sa première réalisation, BE A MAN ! SAMURAÏ SCHOOL, une hilarante incursion dans les écoles de samuraïs qui sera présenté en première nord-américaine. Également du Japon, ADRIFT IN TOKYO est un sublime road movie à pied qui, grâce à une visite de quartiers de Tokyo rarement vus à l’écran, propose une réflexion sur les relations troubles entre tradition millénaire et ouverture sur le monde contemporain. Les amateurs de DEATH NOTE se régaleront avec ACCURACY OF DEATH, un poétique récit en trois temps mettant en scène nul autre que la Mort en personne, et ceux recherchant quelque chose d’inclassable ne voudront pas manquer X-CROSS, un véritable délire mettant en scène des fétichistes de pied et une structure rappelant RASHOMON d’Akira Kurosawa. Le Festival Fantasia est également fier d’accueillir en grande première canadienne la rétrospective NO BORDERS, NO LIMITS : 1960’S NIKKATSU ACTION CINEMA qui permettra aux cinéphiles de découvrir un trio de rares films policiers présentés en copie 35mm. La Corée du Sud permettra un retour vers le passé avec la première canadienne de SHADOWS IN THE PALACE de Kim Mee-jung, une tragédie historique féministe se déroulant dans un palais royal au Moyen-Âge, et MAY 18th, la reconstitution prenante d’une sombre date de l’histoire du pays. Oxide Pang, le co-réalisateur de THE EYE, signe en solo THE DETECTIVE (première nord-américaine), un drame policier sardonique et affreusement amusant avec la vedette hongkongaise Aaron Kwok dans le rôle-titre. Également de HongKong, le drame de cape et d’épée AN EMPRESS AND THE WARRIORS marque le retour de Tony Ching Siu-Tung, le grand cinéaste derrière la trilogie A CHINESE GHOST STORY. Les cinéphiles auront également la chance de voir THE REBEL, seul film vietnamien de la programmation, qui mêle habilement combats d’arts martiaux magnifiquement exécutés, minutieuse reconstitution historique et commentaire politique.

Sur la scène internationale, le britannique FLICK (première nord-américaine) est un improbable hommage aux films séries B des année 50 qui, en plus d’apporter une tournure dramatique au mythe du zombie, met en scène la grande Faye Dunaway dans le rôle d’une policière au bras amputé qui pourchasse sans relâche un jeune homme revenu des morts pour se venger des responsables de son décès. La deuxième semaine marque également le retour à Fantasia de Stuart Gordon avec STUCK, une comédie noire inspirée d’un fait réel et mettant en vedette Mena Suvari, et de Lucky McKee avec RED, une adaptation du roman éponyme de Jack Ketchum réalisée à quatre mains avec Trygve Allister Diesen. Présenté en première canadienne, Steven Goldmann, un réalisateur d’origine montréalaise, transpose à l’écran TRAILER PARK OF TERROR, une comédie d’horreur mettant en scène un parc de roulottes infesté d’hilarants morts-vivants. L’écrivain Eric Shapiro s’essaie à la réalisation et s’élève gracieusement aux rangs de Steven Soderbergh et PT Anderson. RULE OF THREE (première mondiale) est un sombre huis clôt se déroulant en trois temporalités parallèles qui vous glacera le sang. Dans un tout autre registre, la production indépendante THE END de Jeremy Thomas s’avère si audacieuse et expérimentale qu’elle se mérite la mention de film canadien le plus original de l’année.

Il s’agit d’un bref survol puisque Fantasia possède plusieurs autres surprises à découvrir dans le noir en compagnie du meilleur public au monde !

(Source : FanTasia)

Chronique du Fantasia 10 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

Par Beatroce

Montréal, Mercredi 9 juillet, 16h30, légère pluie, 25 degrés.

Une longue file dehors pour entrer voir Sukiyaki. Les gens attendent tout le long du bâtiment, et également après avoir tourné le coin. La grande salle sera d’ailleurs comble. Par curiosité, je me présente directement aux portes et je montre mon Passe : je peux entrer tout de suite ! quelle chance ! Ambiance super sympa avant le début du film, ils ont apparemment fait une bande de fond sonore de circonstances ; je reconnais Kill Bill, Il était une fois dans l’Ouest, Johnny Cash, bref tout ce qui fait un peu western au sens large.

Ce qui frappe très fort aussi, c’est la courtoisie des gens. Ils s’excusent quand ils entrent dans la rangée où vous êtes déjà assis, ou ils disent merci. Comble de l’incroyable : ils s’excusent quand ils réalisent qu’ils étaient distraits et que vous attendez poliment pour passer alors que eux sont assis. Plein de métaleux, mais c’est normal : on est à Montréal. Mes voisins de devant arrivent et dégagent la même odeur qu’un rack complet de petits pots d’herbes à cuisine de chez Delhaize : ça promet. Mais c’est normal aussi : on est, encore une fois, à Montréal.

Sukiyaki Western Django

Film Japonais de Takashi MIIKE

Ma cote : 1 sur 5

Sukiyaki Western Django s’ouvre sur une saynette kitsch dans l’ouest américain, au décor volontairement carton-pâte. Tarantino y joue son petit rôle, celui d’un super cowboy qui a la gâchette agile. Puis, on nous amène plusieurs années après, et commence une histoire hallucinante de clans rivaux (les Rouges et les Blancs) et de lutte de chefs, d’épouse-égérie séduisante, d’enfant issu des deux cultures et de grand-mère mythique (qui fait allusion au personnage féminin de Kill Bill). Parsemé de monde loufoque allant du travesti asiatique cowboy au soldat multi-schizophrène, le film change tout le temps de style et oscille entre film de tradition et de combat asiatique, un western, et une épopée romantique.

La musique est puissante et débridée. Franchement ça part un peu dans tous les sens, mais, au-delà de l’imagination délirante de ce film, son humour fait qu’on passe un très bon moment même si on aime moins ce genre a priori. A plusieurs moments on ne peut s’empêcher d’éclater franchement de rire. Par exemple quand un Indien anasazi joue de la trompette au-dessus d’une montagne, ou quand l’un des chefs de bande décide, avec son accent à couper au couteau, qu’il faut désormais l’appeler Henry en hommage à la pièce de Shakespeare, ou quand un des personnages poursuit une jeune femme avec de très mauvaises intentions, mais ils n’arrêtent pas de glisser dans la boue ; plein de petites choses ridicules et désopilantes comme ça.

Il y a une très belle scène de danse sensuelle sur fond de didgeridoo, intercalée au milieu de toute cette folie. Beaucoup de combats, une belle scène de dos plié en deux dans le mauvais sens, presqu’une scène de nécrophilie… La salle réagissait bien, applaudissant régulièrement et allant jusqu’à faire une ou deux timides interventions biffiennes. La finale est excellente et se moque bien des fins kitsch et se voulant émouvantes, comme on en voit tant. Donc un film qui fatigue par son excès mais réjouit par son côté extraordinairement burlesque.

Le temps de traverser la rue je me rends à la petite salle S.
Dans la file, j’écoute la conversation de deux Canadiens anglophones derrière moi. L’opinion sur Sukiyaki : « bizarre, mais avec pas mal de moments [intéressants] ». (« weird, but it’s got a lot of moments ») C’est exactement mon opinion...

Puis le gars donne son avis sur Let the Right one In, que sa copine n’a pas vu. C’est son préféré du festival, il a adoré. Elle dit que ça a l’air très sombre tout ce côté nordique et dark, et qu’elle verra plutôt et préférera d’ailleurs le remake (euh ! elle n’a pas vu l’original ! comment peut-elle se prononcer ?!). Je frémis de dégoût, un remake est donc déjà en projet. Sur quoi le gars dit : « bah, ça se passe en hiver, ça parle de vampires, c’est dans le Nord, quelque part ça peut être un peu sombre ». Bien dit.

Les gens respectent la file (je la fais, cette fois). Ils n’essaient pas de dépasser. Ni ne font semblant qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils dépassent.
Un couple :
- C’est la ligne ? c’est ben niaiseux ! c’est pas intelligent !
- Bah, c’est la vie !
Et voilà comment on prend une râlerie, on la tord et on l’élimine d’un seul coup.

Je suis installée au premier rang. Il fait un peu caillant, l’air conditionné est à fond. Le film est sold out.

Epitaph

Corée, Jeong Beom-Sik et Jeong Sik

Ma cote : 1/5

Un excellent début de film montre en noir et blanc une opération à crâne ouvert, dans les années 40. Les compresses foncent les unes après les autres et sont jetées au sol, où coule de l’eau, sans doute dans un souci d’hygiène. Puis, on débarque en 1979, le présent du film. Un chirurgien apprend que l’hôpital où il a exercé ses stages d’étudiant en médecine va être abattu. Il s’y rend, pour récupérer quelque chose qu’il y a laissé pendant tout ce temps…

Mais avant cela, on retourne en arrière et on suit les débuts étudiants de ce médecin. Il est posté à la morgue quand, une nuit, on livre le corps d’une très jeune femme… elle n’a aucune marque, pas la moindre égratignure. Que s’est-il passé ?

Il y a comme deux histoires en une, et la leçon serait qu’il n’est peut-être pas trop bon de laisser vivre les fantômes du passé. Les décors sont très bruts, et à part le fameux hôpital abandonné si alléchant qu’on finit par voir dans les trois dernières minutes du film, ils se limitent à un appartement, un hôpital et quelques scènes en rue. On se croirait au théâtre, c’est ennuyeux. La musique sera une sorte de flûte de pan ou de l’opérette, en tout et pour tout. Inutile, lassante, moche. La fin est surprenante et belle.

En résumé, un film soigné, mais confus. On a vraiment peur, mais seulement à trois reprises. Il y a quelques bonnes idées et quelques belles images.

Voilà, moi j’vous quitte, suis trop comateuse là... Vive Fantasia qu’il disait...

Chronique du FanTasia 12 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

Par Beatroce

Samedi 12 juillet, 13H

28° et 0% de chance de pluie (décidément)

Black Sabbath en fond sonore dans la salle H, la grande, qui est comble. Les gens faisaient la file dehors depuis plus d’une heure, et le présentateur les remercie au micro : « Des gens qui dont la file en plein soleil à 13h pour voir des films, moi ça me touche ».
Puis il annonce une représentation en plein air au soir et il propose qu’on en profite puisqu’il fait beau et que c’est au parc, « Faites juste attention aux seringues au sol » (hé oui, on est à Montréal).

Puis c’est la vente aux enchères de casquettes à l’effigie d’un sponsor, Z-Télé. Si une fille enlève son chandail, elle reçoit une casquette. En la lançant, le représentant de Z-Télé dit qu’il espère éborgner quelqu’un parce que ce serait chouette de voir un œil énucléé. Cool ambiance !
Puis arrive au micro Daniel, un organisateur apparemment mythique ici qui est là depuis des années, et dès qu’il a la parole, la salle crie : « Tout nu Daniel, tout nu ! » mmmh… relents biffiens, là où d’autres crient : «  Quel talent » !

L Change the World

Japon, Hideo Nakata

2/5

Le film s’ouvre sur un village thaï qui est la proie d’une maladie hideuse et bizarre : les gens sont recouverts de pustules purulentes qui éclatent (oui oui comme l’acné juvénile), et meurent rapidement dans d’atroces souffrances.

Le schéma est vite clair : on a testé un virus sur un village. Puis on détruit totalement ce village : pas de témoins, pas de survivants.
Sauf un petit garçon qui a à peu près 7 ans au compteur et qui s’avèrera être un génie mathématique (on l’apprend lors d’une excellente scène où une gamine se moque de lui, croyant qu’il est bizarre parce qu’il semble jouer avec sa nourriture alors qu’il réalise des calculs excessivement sérieux).

Ce garçonnet a pour mission de contacter L, le non-moins brillant jeune homme fou de nourriture sucrée (en particulier les brochettes de bonbons) déjà rencontré dans Death Note 1 et 2. L est toujours aussi fascinant – et attachant avec ses côtés bizarroïdes comme sa façon d’écrire sur un ordinateur ou de se tenir complètement voûté-, il passe son temps à résoudre des énigmes dont on lui fait part depuis le monde entier (et même via internet), en français, en italien, en japonais, en anglais (manque plus que le sumérien primaire et il sera polyglotte)…

Le Death Note apparaît dans L Change the World, doublé de l’Ange de la Mort, et si on ne l’utilise que très peu, c’est par contre dans un rôle crucial puisque L planifie sa propre mort pour une quinzaine de jours plus tard. S’ensuit une course contre la montre afin de trouver une antidote au virus par pur exercice intellectuel/éliminer cet antidote afin qu’on ne puisse pas vendre le virus à des mauvais/le refabriquer puisque la fille de l’inventeur décédé est infectée et risque en même temps de contaminer tout le pays…

Un scénario à la fois classique et emberlificoté, mais on connaît l’intelligence efficace des auteurs du manga Death Note qui ont aussi créé le manga L Change the World et dont les scénaristes se sont inspirés ici ; et donc même si le côté fantastique disparaît (tout est vraisemblable, en gros), on passe tout de même un moment stimulant.

Wicked Lake

USA, Zach Passero

0/5

Ce navet aussi inintéressant qu’inutile est 90 minutes trop long.
Malgré une musique sympa (le chanteur de Ministry of Death y a contribué), on ne trouve aucune recherche esthétique, aucun scénario digne de ce nom. Le film est inégal, amateur, et est rempli de mauvaises allusions à Massacre à la Tronçonneuse et aux métrages de Rob Zombie dont il refait des scènes de manière pathétiquement nulle. Irrévérencieux, Wicked Lake ? Certainement pas. Il s’assimile bien plus à une gerbe involontaire d’un pseudo-réalisateur nauséeux qu’à une véritable oeuvre cinématographique.

Profondément mysogine, Wicked Lake tente de bouleverser en empilant des visions perverses qui sont en définitive moins choquantes que le montage foireux et le ton faussement morbide de l’ensemble. Bref, c’est mou, nullissime et moins jubilatoire que "Papy regarde sous les jupons 2", c’est tout dire !

Chronique du FanTasia 11 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

Par Beatroce

Montréal, 11 juillet, 9.55

24 degrés, soleil

Quel glorieux matin que celui qui s’ouvre sur une projection de Midnight Meat Train !
Nous sommes au Cinéma du Parc, un petit ciné situé au sous-sol d’une galerie commerçante, genre cinéma de la rue des bouchers à Bruxelles.
Nous qui représentons la presse et les medias sommes super bien accueillis et recevons bouteilles d’eau et café. Et quel café ! il est biologique, équitable, et il coûte $30 le paquet. Pourquoi ? C’est du café David Lynch !!! Mon Dieu David, que nous fais-tu ? « C’est son branding ! » me dit-on, comme si ça justifiait automatiquement le prix hallucinant. J’essaie de savoir s’il l’a moulu lui-même, mais apparemment ce n’est pas le cas. Cette émergence breuvagière a coïncidé avec la sortie de Inland Empire, donc tout s’explique, puisque c’est à mon avis le seul film détestable d’un réalisateur que je continue cependant de vénérer. Mais reconnaissons une chose : il est très bon, ce café.
Ma tasse en main, je me faufile avec l’aide de mon écran de cellulaire super lumineux dans une salle totalement obscure et qui s’avèrera très grande (comparable à la grande salle du rez-de-chaussée de l’Arenberg galeries).

Nous sommes six, il est 10.00 pile.

Midnight Meat Train

Film américain de Ryuhei Kitamura

3/5

New York, la nuit, un wagon de métro - un ‘train’ comme on dit aux USA. Un homme au physique de rêve cinématographique (croisement entre un boucher et un Mafioso, costume aussi luxueux qu’impeccable et traits d’une dureté implacable) porte une belle sacoche noire qui semble bien lourde. Soudain, il se lève d’un bloc et abat une masse de métal sur la tête d’un pauvre voyageur. Le sang gicle, un œil sort de son orbite. Le film a commencé.

Scène suivante, on fait la connaissance d’un jeune couple insipide, Maya et Leon. La super petite amie Mannequin, Intelligente et Gentille décroche pour son copain complexé et mou un rendez-vous avec une artiste de renom interprétée par Brooke Shields, sorte de talent-scout pour les peintres et photographes new-yorkais. Mais Brooke n’aime pas les clichés de Leon. Il doit continuer de prendre ses photos après le moment où lui-même a jugé bon d’arrêter. Il ne faut pas photographier le sans-abri qui bascule sur le business man dans le métro, mais l’expression du business man au moment où le ‘filth’ (immondice) le touche. Il n’en faut pas plus pour pousser le jeune homme un peu plus loin dans son exploration de la vie, sur un schéma lynchien (encore lui) : on est beau et propre mais un jour on met un doigt où il ne faut pas et on ne s’en remettra jamais complètement… Il n’y a pas l’atmosphère mystérieuse et les personnages mythiques de Lynch, mais par contre, on va nettement plus loin en matière de violence et d’horreur. En fait, Leon ira jusqu’au bout de la route.

Armé de son petit appareil, il fouille le métro de nuit à la recherche de clichés intéressants et se lance peu à peu dans une passionnante traque : qui est cet homme en costume qui semble toujours prendre le dernier train de nuit mais travaille dans un centre de découpage et distribution de viande la journée ? L’enquête de Léon progresse, parallèlement à sa fascination pour la violence, et cette fois, ses clichés fonctionnent.

Justement dans ce film, la photographie est superbe. Chaque image est soignée, la lumière et les décors sont somptueux (le métro, les couloirs de l’hôtel où séjourne le boucher ainsi que sa suite, l’appartement du jeune couple, le café où ils semblent perpétuellement tous se retrouver) ; visuellement on se croirait dans un film d’Adrian Lyne et c’est extrêmement agréable. De magnifiques vues sur la viande, animale et humaine ; sa préparation, son découpage - enlèvement des ongles, des yeux ; quelques scènes de pulvérisations de crânes humains ; et un moment exquis d’automutilation que je ne suis pas prête d’oublier : MERCI !

La musique est diversifiée. Excellente, audacieuse, ajustée, elle magnifie les scènes sanglantes.

À noter la présence de Roger Bart, vu dans Hostel 2, Stepford Wives et Desperate Housewifes.

Pourtant, il y a deux gros bemols :

1) Il y a plusieurs moments longuets, entre autres ceux consacrés à l’évolution du couple. Bien sûr Maya a peur des sorties nocturnes de Leon et après lui avoir ordonné de s’améliorer photographiquement et de prendre des risques, elle exige qu’il revienne à ses habitudes anciennes ; bien sûr Leon se rebiffe et s’identifie au fascinant boucher à qui on ne la fait pas ; et ensuite ils se retrouvent pour affronter ensemble les méchants. Mais la fin sera originale.

2) C’est un beau film mais un peu classique dans son histoire ainsi que dans sa forme, malgré les scènes sanglantes. On sent la marque des films d’horreur holywoodiens récents, genre l’excellent remake de Massacre à la Tronçonneuse, qui a le défaut d’être un peu ‘propre’. Exemple pour MMT : les humains déchiquetés sont nus, mais leurs mains sont chaque fois réunies de façon bien commode devant les parties génitales. On est loin du nu frontal sur la gamine vampire de Let the Right One In - et je ne vous dis pas ce qu’on voit mais c’est surprenant, choquant, et certainement pas gratuit. Si l’image est censurée, je vous la décrirai !

A bientôt les amis, votre dévouée Béatroce vous retrouve très bientôt...

Chronique du FanTasia 17 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

Par Beatroce

Montréal, Jeudi 17 juillet, 17h00

31°, légèrement gris dehors

Musique décidément excellente. Symphony X ? un retard de projection dans ces conditions est presqu’espéré.
Puis ils passent Hard Rock Alleluia : Lordi ! parce que nous allons voir Dark Floors, un film basé sur une idée de Lordi, souvenez-vous, le groupe scandinave sympa qui avait gagné l’Eurovision voici peu.

Avant cela cependant, le présentateur nous remercie une nouvelle fois d’être là. « 300 personnes à 5 heures de l’après-midi pour un film finlandais, je dis merci ben (‘bin’) gros tout le monde »

Suit un tirage au sort pour gagner des figurines. Pour cela, trois questions. Un titre de film joué en plein air samedi soir dans le cadre du festival ? « Santo contre le trésor de Dracula »
et c’est vrai, comme ils le font remarquer, que c’est un titre extraordinaire ! comment peut-on se battre contre un trésor ?
Deuxième question : « qui peut nommer le pire réalisateur de film de Batman ? » la réponse étant Joel Schumacher, en rapport avec la sortie, la veille, de Dark Knight. C’est vrai que l’homme a mieux vieilli physiquement que cinématographiquement. De Lost Boys au Fantôme de l’opéra quelle différence…
Troisème question : qui est le fondateur de Fantasia ? quelqu’un hurle : « ce n’est pas Daniel ! ».
Puis, Daniel arrive par faire son mot et quelqu’un crie : « Daniel, chante ! » il répond : « jamais ! »
(une chanson !!! on finira par y arriver…)

Je pense m’être trompée de salle (on est dans la grande) mais ce n’est que le trailer de A Tale of Legendary Libido. Une dame asiatique qui boit un alcool fort à même la bouteille prie devant une statue et se lamente d’être veuve depuis trente années, sans homme… la statue, clémente, lui lance une grosse pierre taillée de la forme d’un gigantesque membre masculin… puis, des dizaines de superbes jeunes garçons arrivent, presque nus, et entourent la dame…
ça promet !

Puis un court métrage allemand de vingt minutes, Kingz, un excellent et surprenant petit plaidoyer alienien contre la drogue. Où l’on cite à la fin le dealer : « moi, j’aime l’argent facile » alors qu’il gît dans son sang, transpercé de partout par la créature extra terrestre, super bien faite au demeurant.

Ca y est, c’est le film maintenant.
Quelqu’un cherche une place, la salle est déjà plongée dans l’obscurité. On lui dit : « sit down ! », l’équivalent canadien de “assis !”.

Dark Floors

Finlande, Pete Riski

3/5

Une jolie gamine d’une dizaine d’années subit un scanner, mais elle se met à gémir, elle a mal. On finit par la retirer précipitamment, juste avant que la machine prenne feu. On réinstalle la jeune fille dans sa chaise roulante, et c’est là qu’on réalise qu’elle est à la fois autiste et incapable de marcher. Pendant que son Papa la rassure, elle se met à demander sans arrêt son crayon rouge, qui est tombé sur le sol… on lui en donne un noir et elle se met à faire des dessins inquiétants…
Pendant ce temps, dans le couloir de l’hôpital toujours, on propose au père de placer sa fille en institution. Il refuse.

- Mais Monsieur, vous devez comprendre que c’est une décision importante à prendre…
- Toutes les décisions qui concernent ma fille sont importantes.

Clac ! pas besoin de discours, film efficace.
Le père décide de changer sa fille d’hôpital plutôt que de changer encore une fois sa médication. Ils prennent l’ascenseur. Mais celui-ci tombe en panne, et quand ils ressortent, la père, sa fille, l’infirmière, un homme d’affaires, une sorte de sans abri et un garde, il n’y a plus personne à l’étage de l’hôpital… une photocopieuse crache des dizaines de pages… en les faisant tourner comme les pages d’un livre, l’infirmière découvre un sombre visage hurlant. Ça donne froid dans le dos. En explorant l’étage déserté, le petit groupe tombe sur une dame énucléée… que s’est-il passé ici ?

Le groupe va tenter de rejoindre le rez-de-chaussée pour s’échapper de cet hôpital, dont chaque étage semble avoir été le témoin d’une nouvelle tragédie. Dehors, le temps s’est comme arrêté, renvoyant aux Langoliers de Stephen King.

Les décors sont splendides. Couloirs sombres, cadavres empêtrés, monstres effrayants et somptueux à vestes de cuir clouté, cheveux longs et piercing dans le nez (dans la droite ligne du groupe Lordi. C’est original mais ça passe bien).

Le film fait rêver et laisse beaucoup de place à l’interprétation : tout n’est pas expliqué, loin de là. Est-ce pour cela qu’une portion du public hue le film, à la fin ? ok, c’est sûr que cela peut avoir un côté frustrant. Mais la poésie effrayante des images, les multiples bonnes idées du scénario, la part glorieuse à l’univers mal connu de ceux avec qui il est difficile de communiquer, et qui ont dans Dark Floors (bon titre) un rôle puissant, occulte et visionnaire, font de ce film un moment fort plaisant et intelligent.

19h15. Nous voyons un court métrage du créateur de Rue Morgue. Un peu lent et des couleurs sépia fatigantes, mais une série d’allées et venues originales sur une sorte de photo présentant une scène étrange ; à mesure que l’on regarde la photo, les détails sont révélés.

The Echo

USA, Yam Laranas

2/5

Pour cette première mondiale, Yam Laranas est présent.

On rentre dans l’action directement avec un beau générique de vues d’appartement style new-yorkais et des voix étouffées, effrayées au point de glacer le sang.

Bobby sort de prison et se réinstalle chez sa mère, dans l’East Village à New York, là où « tout le monde est un peu twisted (bizarre) ». Sauf que sa maman est décédée. Il apprend qu’elle s’est enfermée chez elle plusieurs semaines avant de mourir… il découvrira plus loin des preuves peu agréables de cet étrange repli. L’appartement est resté tel quel. Dans la chambre, il y a du sang sur l’oreiller…

Très vite, le spacieux logement s’emplit de bruits comme provenant de chez les voisins. Meubles qu’on déplace, voix, bruits de pas… c’est abrutissant. Le gérant de l’immeuble explique à Bobby que ce n’est pas possible : c’est une construction d’avant-guerre, les murs sont épais ; d’ailleurs, il est le seul à entendre quelque chose… mais on découvrira que non, il n’est pas le seul à être frappé de cette folie auditive. Lorsque Bobby commence à avoir des hallucinations à son travail (une jeune femme recroquevillée et en pleurs), ça commence à faire très peur…

On rentre vite dans le vif du sujet et la photographie est très belle.
Mais le scénario lieux hantés par des fantômes défigurés, avec effets de surprise sur musique très forte, même s’il laisse ici la porte ouverte à des réflexions liées au passé ou au futur du héros, a malheureusement été déjà vu dans Grudge ou Dark Water ou d’autres encore dont le titre m’échappe. Mieux vaut ne pas avoir trop de films d’horreur à son compteur afin d’apprécier The Echo à sa grande et juste valeur.

Chronique du FanTasia 13 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

Par Beatroce

Dimanche 13 juillet

17.30

HOME MOVIE

USA Christopher Denham

3/5

Très chouette petite surprise. Le film en entier est le contenu d’une série de mini-vidéos prises en famille (des home movies). Ça commence avec un souper d’anniversaire familial à l’américaine, salle à manger décorée, hamburgers maison, parents ravis de la surprise faite à leurs deux rejetons qui doivent avoir 10 ans au compteur ; tout va bien, sauf que les deux enfants tirent une tête jusque par terre.

S’ensuit une série de petits films tournés par les parents, qui sont de véritables obsédés de la caméra. Les films sont parfois brusquement interrompus lorsque les parents, qui choisissent souvent leurs enfants pour sujet de vidéo, tombent par exemple sur un animal tué par les petites mains enfantines… Une grenouille, un chat crucifié le jour de Noël… et ça n’arrête plus…

Le film véhicule certes des clichés (le père est pasteur, la mère est psy, veut-on dire que c’est leur faute si leurs enfants sont dysfonctionnels ?) mais il a le mérite d’aller… jusqu’au bout.
La fin vaut tout le film, qui comporte des longueurs mais vaut très certainement la peine d’être visionné, si vous en avez l’occasion.

19.40

AKANBO SHOJO

Japon, Hirotoshi Kobayashi

4/5

Voilà le film sur mesure pour le BIFFF. Je n’ai qu’un regret, ne pas avoir osé (dans une salle comble tout de même) applaudir en scandant « Tamami ! Tamami ! » du nom de l’immonde petite créature (un croisement entre le jumeau coupé de Basket Case 2 et un gremlin).

Yoko, une jolie adolescente de 15 ans, quitte son orphelinat pour rejoindre son nouveau Papa. Mais l’ambiance n’a pas l’air d’être au rendez-vous. D’abord, la maison de Papa est située dans des bois remplis de chiens sauvages ; le taxi refuse de les emmener, elle et son tuteur, jusqu’aux abords de la propriété qu’on dit hantée, et ils sont bons pour faire le reste du chemin à pied, dans l’obscurité et sous une pluie battante (et donc à la merci des chiens). Pendant que l’accompagnateur de Yoko part rencontrer le papa avec l’odieuse gouvernante, Yoko se met à explorer la maison à la recherche de la provenance de mystérieux pleurs de bébé. Mais dans la chambre envahie de poupées anciennes qu’elle finit par dénicher, qu’est cette petite chose qui lacère le bas de sa jupe en faisant des bruits répugnants ?

Il ne faut pas voir Akanbo Shojo pour la photographie, assez moyenne, ni pour la musique, maladroite et à la limite (voulue ?) du ridicule, ni pour le jeu d’acteurs, même s’ils réussissent à nous rendre les personnages sympathiques.

Après un début lent, classique et intriguant, le film se transforme à mi-parcours et devient de façon très surprenante un jubilatoire alignement de tueries aussi invraisemblables que gores. Les héros luttent envers et contre tout contre la vaillante petite chose nommée Tamami, même après avoir perdu un bras et des litres de sang (quel courage !).

En résumé, un film inégal qui offre un excellent moment de rigolade.

22.00

Trailer Park of Terror

USA, Steven Goldmann

Le réalisateur est présent dans la salle, et c’est un ancien de l’école de cinéma Concordia – c’est ainsi que j’apprends que Fantasia se déroule dans l’école-même de cinéma. Je suis assise par hasard à côté d’un des amis du réalisateur, qui vit à L.A. et vient de la même école Guy Concordia. On discute un peu, ça fait penser à l’ambiance détendue et accessible du BIFFF.

Le film a été inspiré par un Comic Book et comme dit avec humour le réalisateur, c’est aujourd’hui un rêve qui se réalise pour les créateurs : « 2 nerds getting a movie made ».

Trailer Park of Terror, c’est une émission de télé au sein-même du film qui porte le même nom. Le film commence à l’intérieur du Trailer Park (= camping de caravanes résidentielles aux USA), qui vaut le détour avec ses nains de jardin, ses flamants roses et sa galerie de rednecks tous plus splendides les uns que les autres. Une magnifique jeune femme en sous-vêtements s’habille et se prépare à retrouver son chevaleresque petit ami. Mais après à peine 5 minutes de film, le petit ami meurt doublement empalé, par la faute de minables jaloux.

Dégoûtée de la vie, la jeune fille quitte le Trailer Park. Sur sa route, elle rencontre une sorte de gigantesque cow-boy vêtu de noir, santiags, longs cheveux noirs et chapeau. Cet homme n’en est pas un mais qu’est-il ? peu importe ; il donne à notre amie une arme surpuissante et elle retourne direct au Park pour y descendre tout le monde comme dans un jeu vidéo, créant - après quelques scènes bien gore - un incendie généralisé qui relègue le Park aux oubliettes, et tout cela, en à peine 15 minutes de film.

Les années passent et des gens disparaissent mystérieusement aux alentours de cette zone pourtant désormais abandonnée. Après cette belle introduction, nous suivons pendant le reste du film la survie dans le Park d’un groupe de jeunes débauchés enrôlés de force dans un camp religieux.

Des ingrédients qui paraissent peut-être familiers mais qui permettent une nouvelle cuisine remarquablement efficace. Des procédés filmiques originaux (par exemple, on voit à un moment comme si la caméra était placée au-dessus des nuages sombres et entre ceux-ci ; ou à travers les gouttes de pluie). Des tueries magnifiques (arrachage de peau, humain bouilli, zombies recollés et agrafés) orchestrées par la magnifique guitare électrique d’un grand zombie musicien de hard rock (quelle bonne musique !).

Les méchants sont sympas, il y a beaucoup d’humour, l’action avance bien, les images sont belles, bref, un excellent film, à voir absolument. Que demander de plus ?

Chronique du FanTasia 14 et 15 juillet 2008

De notre correspondante locale

Par Beatroce

14 juillet , 20°, légère pluie. 19h45

Il y a de temps en temps de petits problèmes d’overbooking. Une histoire d’entre 5 et 10 places. L’équipe amène alors des chaises. Ceux qui n’ont pas trouvé mieux s’assoient sur les marches d’escalier, lorsque le film a commencé.
Ce soir, on demande à ceux qui ont des passes de céder leur place aux autres. Personne ne bouge. Je me dis : devrais-je me lever et céder ma place ?

Des garçons d’Europe de l’Est, assis à côté de moi, me demandent de quoi on parle. Je dis : « ceux qui ont un passe… comme moi… vous voyez, le passe, là… devraient céder leur siège aux autres ». Alors ils me font remarquer que personne n’a bougé, donc pourquoi le ferais-je…
À ce moment, le directeur de la programmation lui-même se lève et cède sa place. Je lui emboîte le pas… mais en fait, je dois quitter la salle, je n’ai pas le droit de m’asseoir sur les marches, ‘fire hazard’, en cas de feu.
Pour finir, personne ne prenant la place que j’ai libérée, je réintègre les lieux, le cœur léger. Ouf !

All the Boys love Mandy Lane

USA, Jonathan Levine

2/5

Mandy Lane est LA super sainte nitouche qui donne l’impression qu’elle ne se la pète pas mais qui se la pète 100% plus que les autres. Elle ne s’intéresse à rien ni à personne, elle est ‘différente’ (dixit elle-même). Tous les garçons de l’école voudraient sortir avec elle parce qu’elle n’en a encore connu aucun.

L’un d’entre eux va particulièrement péter les plombs, poussant une connaissance commune à plonger dans une piscine depuis… le toit de la maison. Ledit plongeur ayant imbibé une grosse quantité d’alcool, est-il encore capable de réussir ce saut audacieux ?

Après cette introduction, tout le reste du film se passe classiquement autour d’une fête nocturne liant Mandy et quelques-uns de ses non-amis dans une maison isolée à la campagne.

Pourquoi ce film archi classique bénéficie-t-il d’excellentes critiques ? parce que c’est vaguement la rencontre de Virgin Suicides, de Sofia Coppola, et de Elephant, de Gus Van Sant. En moins beau, en plus ennuyeux, et surtout en plus vide. Même musique pop 70ties aseptisée, jusqu’au morceau genre Air en prime ; pseudo-réflexion sur l’adolescence ; une jolie photographie, cependant lassante dans ses curieux tons sépia ; quelques vues originales cependant.

Un film pas mal en soi, mais il ne faut pas trop en attendre malgré une fin originale.

Mardi 15 juillet

22.00

RED

USA, Trygve Diesen et Lucky McKee

3/5

Avery (interprété par Brian Cox), un très authentique vieil homme avec les pieds bien plantés dans le sol du fin fond des Etats-Unis, est tranquillement occupé à pêcher devant un paysage somptueux lorsque son meilleur et unique ami, le vieux chien Red, est abattu par des ados désabusés et cruels.

Avery se lance alors dans une quête jusqu’au-boutiste à la recherche d’excuses (aucune chance), de reconnaissance (même pas, que du contraire), puis finalement de vengeance (ça fait du bien).
Voilà l’histoire toute simple mais bien construite de Red.

Sur un plan technique, Tom Sizemore joue le rôle effrayant de déshumanité du père juriste, protecteur aveugle de sa progéniture ; il est complètement à côté de la plaque et son personnage est inquiétant, bien plus que celui de Brian Cox auquel on peut facilement s’identifier à mesure que l’indignation et l’injustice s’amplifient.
Présence à signaler également de Robert Englund et Amanda Plummer.
La musique et la photographie font bien leur travail, sans autre mention spéciale.

Au niveau du fond, la minutieuse évolution de l’histoire, l’escalade de la violence et le puissant réservoir émotionnel de certains des personnages font penser à Stephen King.

Devant la méchanceté gratuite, on reste songeur. Mais le film dépose à certains moments des mots précis sur les réflexions existentielles suscitées, et c’est peut-être un peu dommage de faire faire cette réflexion-même aux personnages, comme si on nous la pré-mâchait. Cependant, c’est peut-être en vue de faire réfléchir un certain public, et dans ce cas, c’est tout bon…

En résumé, un film peut-être un peu lent, mais prenant, fort, et émouvant.

A plus, les amis, vais me coucher

Chronique du FanTasia 18 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

Par Beatroce

Vendredi 18 juillet, 21.25

Un monde de gueux pour REPO. Je ne me rendais pas compte que c’était une première mondiale… Ceux qui possèdent un Passe ont une file spéciale, ceux qui ont un ticket, et ceux qui ont Passe + ticket aussi, ce qui fait trois files – les derniers à entrer étant ceux qui ne possèdent qu’un Passe.

Lorsque tout le monde est entré, il reste quelque chose comme 8 places pour nous… et nous sommes une quarantaine.
Une fois que les 8 chanceux sont entrés, il ne nous reste plus qu’à plier bagages. Que vais-je faire ? Rentrer chez moi ? C’est drôlement prendre le risque de ne pas revenir à minuit 15 pour voir la seconde projection de REC… Aller boire un verre ? Discuter avec des inconnus ?

Je sors, je fais quelques pas vers le métro. Puis, je me ravise, je ne sais pas pourquoi. J’attends « bêtement » devant les portes de la salle… ils sont en train de présenter les invités à l’interieur. A ce moment-là, un gars super sympa qui contrôle les allées et venues et avec qui j’avais déjà discuté me fait signe ainsi qu’au jeune homme à mes côtés. Il reste deux places. On est tout au fond de la salle sur des chaises pliantes et il fait crevant de chaud. Mais on s’en fout : ON Y EST !

Repo ! The genetic opera

USA, Darren Lynn Bousman

5/5

Le film ouvre sur un extrait de comic. Régulièrement il y aura des petits moments où l’action sera résumée par ce billet original qui comporte aussi l’avantage de permettre un récit concis et clair.

Suite à une sorte de dégénérescence d’organes, les humains ont besoin de se refournir en parties corporelles. GeneCo est une compagnie qui fournit des organes moyennant paiement. Ils possèdent un agent spécial, Repo Man, qui se charge de récupérer à même leurs corps les organes des mauvais payeurs.

Dans ce contexte, deux hommes rivaux vont s’affronter et nous découvrirons peu a peu ce qui les lie et les désunit. Il s’agit de Rotti Largo, directeur de GeneCo (admirable Paul Sorvino, tout aussi admirable dans la version de Romeo + Juliet de Baz Luhrmann), et de Nathan Wallace, chercheur, et père de l’adorable Shilo, 17 ans, jeune goth souffrant d’une maladie rare. Raison pour laquelle Shilo est cloîtrée par son père… jusqu’au jour où Rotti lui fait découvrir pendant la nuit le monde fascinant de la nuit et du Genetic Opera.

Souvent, les comédies musicales, c’est ennuyeux, invraisemblable et la musique est moche. Mais Repo a été construit avec le soin, les moyens et la minutie d’une série de vidéo clips. Chaque chanson a son propre décor avec pour thème central le macabre. Chaque titre est une excellente construction musicale goth, rock ou métal ; il y en a pour tous les (bons) goûts, avec pour dénominateur commun (et pour ceux qui verseraient moins a priori dans ces genres musicaux) un rythme excellent. Chaque chanson est un nouveau segment d’histoire, parfois introduit par l’extrait de comic. Les segments s’enchaînent rapidement, ayant pour effet d’éviter l’aspect invraisemblable « les gens parlent normalement mais tout a coup ils se mettent à chanter ! ».

Repo est un bonheur auditif et visuel, gore et sensuel. A voir absolument.

Minuit 40 et je travaille demain matin !!! Je me suis renseignée : est-ce que cela vaut vraiment la peine de rester pour REC ? La réponse est simple et unanime : oui…
Je me souviens également de la mise en garde d’Axelle (Carolyn - ndlr), visible en commentaire au tout début des comptes-rendus de ce festival : « j’espère que tu ne manqueras pas REC ».
Avec Hocico pour nous faire patienter, c’est un régal.

Évidemment, j’ai adoré REC. J’ai eu les larmes aux yeux de peur. La salle était en délire, hystérique. Rarement eu aussi peur. Je rentre en taxi et j’ai encore un bout à faire à pied. Quelqu’un m’aborde en rue et j’ai peur ! Il faut dire qu’on n’est pas dans la meilleure section de Montréal, et que le gars avance lentement, un peu voûté… Waouw. Je prends un petit comprimé pour dormir afin de pouvoir sombrer et performer le lendemain matin sans commencer à rêvasser sur des gens tapis dans l’ombre, ce qui n’était plus arrivé depuis King of the Ants.

Palmarès FanTasia 2008

Quand s’arrêtera Let the right one in ?

Montréal, le mardi 22 juillet 2008

Alors que cette 12e édition du Festival international de films Fantasia se conclut, l’équipe du festival est à même de faire un bilan des plus positifs ! L’enthousiasme du public de Fantasia cette année s’est traduit par un chiffre record de projections à guichet fermé et à une participation grandissante de cinéphiles au festival.

Des points culminants du festival, notons le tapis rouge de TRUFFE en ouverture du festival ; les premières extrêmement courues de HOME MOVIE, IDIOTS AND ANGELS, MIDNIGHT MEAT TRAIN, 4BIA, REPO ! THE GENETIC OPERA, TOKYO GORE POLICE, LE TUEUR et WHO IS KK DOWNEY, où plusieurs des artisans de ces films étaient présents ; les 70 réalisateurs, producteurs, acteurs et autres artisans du film venus des quatre coins du monde pour présenter leur film devant le légendaire public de Fantasia ; la première édition du Fantastique Week-end du court-métrage québécois, qui comprenait une sélection de colloques et d’événements scéniques ; les soirées Fantasia à la belle étoile qui avaient lieu au Parc de la paix adjacent à la Société des Arts Technologiques (SAT) ; ainsi que l’exposition Kung Fu, gangster, etc. tenue à la Cinémathèque québécoise. Cette composition d’événements a contribué à faire de Fantasia, pour une fois de plus, l’un des événements cinématographiques les plus courus au Canada.

Nous sommes également heureux d’annoncer que deux films ont déjà trouvé des distributeurs suite à leurs projections à Fantasia. Après les deux projections à guichet fermé pour la première mondiale de HOME MOVIE, plusieurs offres ont été faites aux producteurs du film. IFC Entertainment s’est porté preneur des droits de distribution américains et Anchor Bay des droits de distribution canadiens. Profitant également de deux projections à guichet fermé pour sa première canadienne, les droits de distribution canadiens d’ADRIFT IN TOKYO ont été acquis par la nouvelle compagnie de distribution Evokative Films.

Palmarès officiel DE LA 12E ÉDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS FANTASIA

COMPÉTITION OFFICIELLE LONGS-MÉTRAGES

Le jury de la compétition officielle de longs-métrages était présidé par l’acteur Pierre-François Legendre et composé de John Anderson (critique, Variety), Martin Bilodeau (rédacteur en chef, Mediafilm.ca), Frédéric Ouellette (scénariste), Podz (réalisateur) et Jérôme Rougier (responsable des acquisitions, Wild Bunch).

MEILLEUR FILM

LET THE RIGHT ONE IN - Tomas Alfredson (Suède)

MEILLEUR RÉALISATEUR

Tomas Alfredson – LET THE RIGHT ONE IN (Suède)

MEILLEUR SCÉNARIO

Satoshi Miki – ADRIFT IN TOKYO (Japon)

MEILLEURE DIRECTION PHOTO

Hoyte Van Hoytema – LET THE RIGHT ONE IN (Suède)

MEILLEUR ACTEUR

Ben Siegler - RULE OF THREE (États-Unis)

MENTION SPÉCIALE DU JURY

Le duo d’acteurs composé de Jô Odagiri et Tomokazu Miura - ADRIFT IN TOKYO (Japon)

MEILLEURE ACTRICE

Jin-hie Park – SHADOWS IN THE PALACE (Corée du Sud)

COMPÉTITION OFFICIELLE PREMIERS FILMS

Le jury de la compétition officielle premiers films était présidé par Douglas Buck (réalisateur) et composé de Maurice Devereaux (réalisateur), Marianne Farley (actrice), Tim League (directeur, Austin Fantastic Fest et fondateur, Alamo Drafthouse Theatres) et Rafaël Ouellet (réalisateur, monteur et directeur photo).

PRIX OR

EX-DRUMMER - Koen Mortier (Belgique)

PRIX ARGENT

TIMECRIMES - Nacho Vigalondo (Espagne)

PRIX BRONZE

FROM INSIDE - John Bergin (États-Unis)

COMPÉTITION OFFICIELLE COURTS-MÉTRAGES INTERNATIONAUX

Le jury de la compétition officielle des courts-métrages internationaux était présidé par Gerald Potterton (réalisateur, producteur et animateur) et composé de Anna Feder (directrice, Boston Underground Film Festival), Frédérick Durand (écrivain, journaliste et musicien), Don May Jr. (président, Synapse Films) et Helen Faradji (critique et rédactrice en chef, 24IMAG).

MEILLEUR COURT - Ex-Aequo

WITH A LITTLE PATIENCE - Laszlo Nemes (Hongrie)

I LOVE SARAH JANE - Spencer Susser (Australie / États-Unis)

MEILLEUR COURT D’ANIMATION

THE FACTS IN THE CASE OF MISTER HOLLOW - Rodrigo Gudiño et Vincent Marcone (Canada)

MENTION SPÉCIALE POUR L’ANIMATION

YELLOW STICKY NOTES - Jeff Chiba Stearns (Canada)

COMPÉTITION OFFICIELLE COURTS-MÉTRAGES QUÉBÉCOIS

Le jury de la compétition officielle des courts-métrages québécois était présidé par Rémi-Pierre Paquin (acteur) et composé de Simon Beaudry (directeur artistique, agence BOS), Louis-Philippe Hénault (réalisateur publicitaire et de vidéoclips), Charlotte Laurier (actrice et réalisatrice), Kim Nguyen (réalisateur) et We Are Wolves (musiciens).

MEILLEUR FILM

À MÈRE ET MARÉES – Alain Fournier

MEILLEURE RÉALISATION

Mathieu Denis – CODE 13

MEILLEURE INTERPRÉTATION

Claude Despins – PAPILLONS NOIRS

PRIX SPÉCIAL DU JURY

L’ASTRONAUTE – Christian Laurence

COMPÉTITION OFFICIELLE DIY QUÉBEC

Le jury de la compétition officielle DIY Québec était présidé par Yan England (acteur et réalisateur) et composé de Eric Lavoie (monteur) et Claudine Sauvé (directrice photo).

MEILLEUR FILM DIY

1888 – Simon Bérubé

MEILLEURE RÉALISATION

Simon Lehembre – LE CHEVEU BLANC

PRIX SPÉCIAL DU JURY

SUPERHUMAN – Dagan Taylor

PRIX DU PUBLIC

Comme à chaque année, le public de Fantasia a eu la chance de voter pour ses films favoris.

MEILLEUR FILM ASIATIQUE

Or – TOKYO GORE POLICE - Yoshihiro Nishimura - Japon

Argent - SUKIYAKI WESTERN DJANGO - Takashi Miike - Japon

Bronze - 4BIA - Youngyooth Thongkonthun, Banjong Pisanthanakun, Parkpoom Wongpoom, Paween Purikitpanya – Thaïlande

MEILLEUR FILM EUROPÉEN, NORD OU SUD AMÉRICAIN

Or - LET THE RIGHT ONE IN - Tomas Alfredson – Suède

Argent – [REC] - Jaume Balagueró et Paco Plaza – Espagne

Bronze – Ex-equo

PIG HUNT - James Isaac – États-Unis

MIDNIGHT MEAT TRAIN - Ryuhei Kitamura – États-Unis

MEILLEUR FILM D’ANIMATION

Or – IDIOTS AND ANGELS – Bill Plympton – États-Unis

FILM LE PLUS INNOVATEUR

Or – REPO ! THE GENETIC OPERA – Darren Lynn Bousman – États-Unis

Argent – [REC] - Jaume Balagueró et Paco Plaza – Espagne

Bronze – LA ANTENA - Esteban Sapir – Argentine

MEILLEUR DOCUMENTAIRE

Or – I THINK WE’RE ALONE NOW - Sean Donnelly – États-Unis

MEILLEUR COURT-MÉTRAGE

Or – TREEVENGE - Jason Eisener – Canada

Argent – SUPERHUMAN - Dagan Taylor – Québec

Bronze – ROJO RED - Juan Manuel Betancourt - Colombie

PRIX SÉQUENCE

Le jury du prix Séquences, composé de Dominique Bouchard, Pascal Grenier et Ismaël Houdassine, a décidé à l’unanimité de décerner le prix THE SPARROW de Johnnie To. « Ce qui nous a séduit dans ce long métrage, c’est le mariage fort réussi d’humour, d’action et de romantisme. Nous avons trouvé sa mise en scène remarquable ; ses acteurs formidables. Sa musique permet de créer un climat d’une sensualité, d’un raffinement génial. L’histoire est simple, mais son récit est déployé avec intelligence. Il fait preuve d’une belle économie de moyen pour ce qui est des dialogues. Ses mouvements de foule et ses mouvements de caméra sont impeccables. Finalement, ce que nous avons aimé dans ce film, c’est l’amour du 7e Art qui s’en dégage. Le réalisateur site sans pasticher plusieurs influences. C’est original, inventif et ludique. »

PRIX L’ÉCRAN FANTASTIQUE

Le prix L’Écran Fantastique est attribué cette année au film VIKAREN (THE SUBSTITUTE), d’Ole Bornedal, « pour sa qualité de divertissement jeunesse intelligent, de même que pour son utilisation brillante du fantastique servant à illustrer les différentes étapes d’un processus de deuil, ce qui le distingue d’autres productions dans lesquelles le surnaturel n’est utilisé qu’en tant que spectacle. Le prix L’Écran Fantastique tient également à souligner l’excellente interprétation de Paprika Steen, dans le rôle de cette dangereuse créature extraterrestre qui par ses actions maléfiques permettra à un garçon de reprendre goût à la vie et à un groupe d’adolescents de mieux vivre ensemble. » Le prix L’Écran Fantastique récompense un long-métrage fantastique d’horreur ou de science-fiction produit en 2007 ou 2008 et inédit en France.

Source : Fantasia

Photos : Fantasia

Chronique du FanTasia 19, 20 et 21 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

19 Juillet, 18.30

4Bia

2/5

Thaïlande

Banjong Pisanthanakun, Parkpoom Wongpoom, Paween Purijitpanya et Yongyoot Thongkontoon

Très simple et très bon dans l’ensemble. Générique original en forme d’esthétique bain de sang pour ces quatre histoires dont les quatre réalisateurs sont présents dans la salle. (waouw pour les présenter tous les 4 à la fois même ne fût-ce qu’en lisant les noms…)

La première histoire montre une jeune femme plâtrée qui s’ennuie dans son petit appartement. Elle entame une conversation avec un inconnu par messages textes sur son cellulaire. Il y a deux moments qui font respectivement très et TRES TRES peur. Pas mal du tout donc.

Suit l’histoire d’un ado harcelé par les stars du lycée et qui recourt à la magie noire pour devenir une brute sanguinaire aux pouvoirs violents. Pas mal du tout. Quelques images effrayantes.

Puis, l’histoire désopilante de 4 jeunes hommes en camping et qui jouent dans un premier temps à s’effrayer en se racontant des histoires de fantômes, jusqu’à ce que la réalité (réalité ?) prennent le pas.
Attention, cet épisode contient des spoilers de Shutter dont nous retrouvons ici les réalisateurs, et du Sixième Sens…

La dernière histoire parle de momies et d’hôtesses de l’air, mais je n’étais pas là, ma comparse québécoise Chantal est restée par contre, elle.

Elle regardera Tunnel Rats ce même soir et vous en donnera bientôt des nouvelles, moi je déclare forfait pour aujourd’hui…

20 Juillet, 17.45

The Butcher

Kim Jin-Won, Corée

1/5

Quelques personnes sont kidnappées et vont être torturées méticuleusement, ainsi que filmées, dans un abattoir abandonné.
The Butcher est une sorte d’Hostel, moins l’histoire, moins le suspens, moins les jeux d’acteurs, moins les décors, et avec plus de sang et de dégueulasserie.

Il n’y a pas d’atmosphère, c’est extrêmement lent, il vaut mieux venir avec son lecteur mp3 car le bruit se limite à des cris incessants. C’est tourné comme un documentaire (les protagonistes ont des caméras fixées sur la tête). Ça sent l’effort pour choquer. Un ramassis de tortures reste un ramassis de tortures, cela ne devient pas par magie un bon film. C’est là qu’on continue d’autant plus d’apprécier le subtil dosage et le génie d’autres films tournés caméra sur l’épaule, comme [Rec].
A noter, l’arrachage d’un œil (c’est ce que j’ai le plus vu cette année d’ailleurs, un peu comme le thème récurrent) ; à noter aussi dans le genre moche mais tout de même rudement choquant, attention spoiler, on ouvre le ventre d’une jeune femme, on en retire les excréments et on les lui fait manger…

Un peu de poésie suivra heureusement avec Alone.

J’ai mal aux pieds, j’en ai un peu marre d’attendre debout. Je n’ai plus beaucoup d’énergie, je ne fais que bosser, voir des films, rédiger et dormir. Je mange des peanuts m&m’s tous les soirs pour souper et je bois quelques gorgées aux fontaines. Comme tout bon festival, c’est une épreuve physique et morale. Par ailleurs c’est mon premier festival de cinéma seule et ma troupe biffienne me manque rudement, même si Chantal (bénévole), Daniel (organisateur et star-mascotte de Fantasia ; comme crie un spectateur dans la salle, « t’es fraiment l’fun Daniel ! ») et Ouahhab (geôlier des portes d’entrée) me paraissent de plus en plus sympathiques.

Mais on présente le film, il est 19.20 et déjà, je sens l’énergie affluer ainsi que l’excitation d’être dans une salle de cinéma pour en plus voir un film d’horreur. Youhouw !

Alone

Thaïlande

Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom

3/5

C’est l’équipe de Shutter, que j’avais personnellement adoré.
Les réalisateurs, encore présents ce soir avec nous, expliquent qu’ils ont voulu travailler profondément les personnages. Sans omettre les facteurs stressants apparemment, puisque le présentateur nous prie de ne pas mourir de peur dans la salle. Ça promet.

Alone raconte l’histoire de deux sœurs siamoises qui sont un jour amenées à être séparées. Pourquoi et de quelle façon ? puis, que s’est-il réellement passé ? c’est ce que l’on découvre peu à peu et avec intérêt.
Il y a beaucoup de belles images (excellente photographie) représentant les deux petits filles et leur proximité ; c’est assez touchant. L’analyse des personnalités est subtile et amenée de façon progressive ; par exemple, lors de leur adolescence, l’une des deux jeunes filles se déploie comme un beau papillon tandis que l’autre est un peu moins belle et s’enfonce lentement dans la jalousie et la négativité, ne faisant qu’empirer sa situation…

Les effets de peur restent de la même formule classique, visages affreux et effets sonores soudains et bruyants (cf. note sur The Echo). Le fait que les sœurs soient siamoises n’est pas vraiment utilisé comme source de peur (ce qui est pas mal d’ailleurs vu la qualité de ce film).

Un bon film agréable à regarder, sans plus mais c’est déjà ça !

21 Juillet, 19.30, pluie en honneur de la fête nationale belge mais 28° au compteur extérieur

Je regarde le tout début de

Dance of the Dead

USA, Gregg Bishop

qui semble l’enfant de Retour vers le Futur (plein d’humour et de chouettes idées) et de Vendredi 13 (beaucoup de sang et une photographie médiocre).
Des affaires importantes m’appellent à l’extérieur et j’en profite pour déguster une assiette de tofu grillé à la sauce d’arachides ; je ne verrai donc pas Dance of the Dead en entier, mais ça a l’air assez sympa.

Avant le film suivant, nous avons le droit de regarder un court métrage intitulé « Treevenge ». Il s’agit d’une première mondiale pour le film canadien de 15 minutes de Jason Eisener. Que dire de ceci sinon que l’action démarre tout de suite : de gros bûcherons découpent sans état d’âme des sapins en vue de Noël. Les arbres se demandent ce qui leur arrive et finiront par se rebeller dans les chaumières. Il y a plein d’humour (les arbres parlent leur propre langage, qui est sous-titré en couleurs différentes selon l’humeur) ; c’est politiquement totalement incorrect (une révolte de sapins de Noël + on voit mourir des enfants ET des bébés !), c’est gore à souhait et la musique est EXCELLENTE et donne au film un caractère d’horreur punchée des années 70.

En attendant la projection de Tokyo Gore Police, mon distingué voisin, qui est vêtu d’un costume noir et a le cheveu long et la barbe abondante, m’informe que la salle H où nous sommes (le Concordia Hall Theatre, la grande salle) a des tuiles acoustiques en bois franc le long des murs, ainsi que des panneaux acoustiques qui arrêtent le son pour le projeter ensuite dans le public. Il m’apprend aussi que le son est en 3D : il y a des colonnes de son jusqu’au fond de la salle.
C’est vrai que malgré avoir eu le dos collé au mur de fin fond de la salle pour Repo, j’avais entendu parfaitement. Egalement, à de nombreuses reprises, toutes sortes de bruits liés à différents films surgissaient de gauche et de droite, bien au-delà de la superficie de l’écran.

21.45

Tokyo Gore Police

Japon/USA, Yoshihiro Nishimura

2/5

L’action se passe au Japon à une époque où certains humains ont la capacité de transformer une blessure en arme redoutable. Belle métaphore de résilience ! Si vous êtes blessé aux yeux par exemple (vraiment, on pourrait dire le thème récurrent de cette année), il vous poussera d’énormes canons dans les globes, grâce auxquels vous pourrez liquider un maximum de gens. La nouvelle police de Tokyo a pour objectif d’éliminer ces super-héros trop puissants.

S’ensuit une multitude rougeoyante de morts toutes plus gores les unes que les autres. Le sang gicle à n’en plus finir.

A noter pêle-mêle :
Il y a des pubs à la télévision pour avertir des dangers de l’ara-kiri (« attention, l’ara-kiri, c’est aussi un suicide ») ou pour vanter les mérites de cutters ‘mignons’ qui permettent aux adolescentes de se couper superficiellement les poignets avec style et puis, « c’est tellement mode des cicatrices à cet endroit ! faites-en plein ! ».
Le chef de la police rigole en tirant la langue (c’est comique).
Un homme met la main aux fesses de la super-agente héroïne du film (genre de Beatrix Kiddo gore déjantée) et pour le punir, elle lui coupe les mains puis s’en va, protégée par son ombrelle, sous une pluie de sang : « molester est un crime » (wouais !!!).
Il y a une soirée fétichiste digne de ce nom (c’est-à-dire que ce n’est pas rigolo du tout) ainsi qu’une scène d’abus de mineure qui sera le seul moment de silence total de la salle.

Un chouette moment très gore. Un peu d’ennui (il y a tellement de gens à tuer !).

Quelqu’un crie dans le public :
« Tabarnac ! »

Voilà, c’était le dernier film.
Un immense merci à Axelle, qui m’a mise en contact avec Damien. Un immense merci à Damien pour sa confiance, ses leçons et sa patience. Un immense merci à l’équipe de Fantasia, si généreuse et tellement sympathique.

Je vous recommande chaudement ce festival organisé par de véritables fans tels qu’on les aime, dans une ambiance de simplicité, d’accueil et de passion pour le genre.
Les alentours permettent de se restaurer de mille façons et pour juste quelques dollars ; le métro est à trois minutes à pied des deux salles de projection, qui sont d’une qualité excellente. Les toilettes sont gratuites (tellement génial que je le répète).
Attention, il faut connaître un minimum d’anglais car les films ne sont pas sous-titrés en français, faute de temps vraisemblablement.

Montréal regorge de choses intéressantes à faire, il fait tout le temps beau, c’est la ville du métal et, quand vous achetez un billet de métro, la personne qui vous le vend vous dit bonjour et vous sourit.

Merci à chacun de m’avoir lue, au plaisir d’en reparler et d’échanger les points de vue.

A l’année prochaine !

Béatroce

Journal de Fantasia - Episode 1

Life and death of a porno gang

Par Beatroce

Lionel Groulx. Non. Guy Concordia. Il ne faut pas se mélanger avec les stations de métro à Montréal. J’avais aussi le choix entre Georges Vanier et Lucien l’Allier, mais ces arrêts-là sont sur la ligne orange, et Fantasia, c’est sur la ligne verte : ça je sais.

L’ouverture de Fantasia, pour moi, c’est aujourd’hui, lundi 12 juillet, car je travaillais toute la fin de semaine (« weekend » traduit en français, on est au Québec !).

Ce que je peux vous dire cependant, c’est ceci : cette année, c’est la 14ème édition du festival. Il y a plus de 130 longs métrages et plus de 250 courts. Il y aura aussi 10 projections extérieures gratuites (on est à Montréal. On peut compter sur le beau temps en été). Plus de 300 invités, dont la moitié sont internationaux, et dont 2 d’entre eux sont particulièrement chers à votre serviteure (mot féminisé selon les règles québécoises), j’ai nommé Axelle Carolyn, actrice, auteure primée, marraine de cinemafantastique.net, et son époux Neil Marshall.

Le programme de cette année est classé certes alphabétiquement et par dates de projection, mais un nouveau classement apparaît : par genre. Je m’interroge en découvrant les catégories que sont « classique », « comédie », « western », « romantique », « famille » et « musical ». Qu’advient-il de mon BIFFF québécois (si je puis dire) ? Certes on découvre encore les catégories thriller/policier, science-fiction/fantastique, et horreur.

J’ignorais que Fantasia accueillait une telle diversité : est-ce une nouvelle orientation ? Une de mes connaissances déclare que Fantasia est consacré au cinéma de genre. Si « cinéma de genre » signifie d’après Wikipédia, les films qui ne sont pas a priori choisis par le public pour leur réalisateur ou leur distribution mais pour le genre auquel ils appartiennent, je me demande si Fantasia a toujours été dédié au cinéma de tant de genres différents. Wikipédia m’informe encore que FanTasia s’intéresse principalement au fantastique, à l’action, à l’horreur, à la science fiction et à l’animation mais présente également des œuvres jugées inclassables en raison de leur grande excentricité.
Je me promets d’interroger Mitch Davis, directeur général avec Marc Lamothe, et directeur de la programmation internationale, au plus tôt, et je vous tiendrai informés du résultat.

Hier, le pneu serial killer de Rubber (France, Quentin Dupieux) en a attirés plus que prévu et la salle était pleine avant que je puisse m’y trouver une place, il faut dire que c’était la plus petite des deux salles, la J.A. De Sève. Peut-être le film sera-t-il reprogrammé en cours de festival, comme cela arrive parfois en cas de grand succès.

L’autre salle est située en face, il suffit de traverser la rue (le boulevard de Maisonneuve) et c’est l’immense Théâtre Hall Concordia.

Aujourd’hui, lundi 12 juillet 2010, dans la petite salle, à 15h10, c’est The Life and Death of a Porno Gang.

Avant la projection, alors que je suis déjà installée dans la salle, j’entends la conversation derrière moi : “tell me when to step in, I am supposed to introduce the film”. Un homme costaud au crâne rasé s’exprime ensuite en serbe, j’imagine, avec son ami.
Film serbe, ambiance serbe, déjà.

La courte présentation nous apprend que ce film fait partie d’un ensemble de films actuels et anciens rassemblés sous le titre “Serbie subversive”, et que ce film en particulier a inspiré le titre donné à l’ensemble.

The Life and Death of a Porno Gang, Mladen Djordjevic

Belgrade, fin des années 90. Un jeune homme, Marko, aimerait réaliser un film d’horreur, mais manque de moyens financiers. Il rencontre dans un bar un réalisateur de films pornographiques et en vient à conclure un partenariat avec lui, ce qui fait basculer la vie de Marko : juste après avoir conclu l’accord, le jeune homme se rend aux toilettes, et un plan métaphoriquement efficace nous montre pendant quelques secondes les excréments qui jonchent les latrines du bar.

À partir de là, le concept évolue et le jeune homme, qui voudrait faire du porno artistique et entre autres montrer à quel point la pornographie peut déshumaniser l’être humain, crée son “premier théâtre porno de Serbie”, dans lequel le public peut assister à des séances live de porno, avec un minimum de recherche artistique, surtout provocatrice.
Le projet est interdit par la violente police locale, et Marko entraîne sa troupe dans un projet de théâtre porno itinérant à bord d’une camionnette ; ils sont une dizaine de personnages mi-rêveurs, mi-paumés qui s’en vont parmi les villages serbes.
Or, peu à peu, la troupe se déshumanise et devient ce qu’elle cherchait à dénoncer, d’abord animaux, puis monstrueux, et finalement, assassins, par le biais de snuff movies au départ.

Le film a été tourné avec peu de moyens, et les images ont quelque chose d’authentique que l’on aime à une époque de propreté cinématographique extrême (je pense par exemple à des maisons hantées sans un gramme de poussière dans certains films d’horreur récents et à grand budget).

Le film est choquant, certainement : on voit des gens vomir, se masturber, des viols, des proximités sexuelles avec l’animal, et des meurtres qui sont d’autant plus impressionnants qu’ils sont filmés par les personnages, donc un film dans un film, ce qui fait qu’on se demande un peu quelle est la différence entre le film et la réalité.
Il y a des métaphores politiques que je ne suis pas à-même de comprendre, ne m’y connaissant pas suffisamment sur la question.
Ce qui est troublant cependant, c’est que ce film n’inspire pas que dégoût et désolation. On nous l’avait annoncé dans la présentation orale, et je suis d’accord : ce film a quelque chose d’humain. On apprend à connaître chacun des personnages, leurs aspirations, leur passé, leurs amours, même. Au-delà de leurs actes ignobles, ils sont humains.
L’autre phénomène qui joue en faveur de ce film est une sorte de morale qui montre qu’en fin de compte, le dénonciateur devient celui qu’il faut dénoncer et arrêter, et la morale du film pourrait être : “faire des petites crasses pour critiquer de grosses crasses vous amène sur le chemin des grosses crasses”.

À ma connaissance, seule une personne a quitté la salle en cours de projection, pour ne pas revenir. Mais après seulement dix minutes de film, je me suis tout de même dit que si l’on n’avait pas été à Fantasia, c’est par dizaines que les spectateurs seraient partis !

Un film dur mais que je ne regrette pas d’avoir vu.

Journal de Fantasia - Episode 2

Les Fiançailles de Daniel

Par Beatroce

Ne cherchez pas dans le programme, ce film n’y apparaît pas ; il a cependant bel et bien eu lieu mercredi (14 juillet), et ce n’est pas un film d’horreur mais plutôt un conte de fées.

En attendant de prochaines critiques, voici de quoi vous donner une idée de l’ambiance de Fantasia.

Ceux qui sont déjà venus au festival, ou qui lisaient les chroniques de Fantasia voici deux ans sur ce même site, ont entendu parler de la mascotte du festival, j’ai nommé : Daniel.

Daniel présente les films projetés dans la grande salle, le Théâtre Hall Concordia. Ce petit bonhomme est sympathique, attachant, et amusant : par exemple, lorsqu’il a terminé de présenter un film, il brandit sa lampe à infra-rouge en direction des lumières encore allumées, et celles-ci s’éteignent comme par magie.

Daniel est également celui que l’on aime accueillir, applaudir et acclamer, mais aussi celui à qui la salle hurle parfois « tout nu Daniel, tout nu ! ».
Mercredi soir, Daniel s’est fiancé et a choisi de vivre ce moment au sein de celle qu’il décrit comme sa seconde famille depuis quinze ans, l’équipe Fantasia : « Ma deuxième famille, c’est l’équipe de Fantasia et sans eux, je serais pas icitte (« ici », en québécois). »

Particulier, certes ; émouvant, sans aucun doute !

N.B. Au Québec, les fiançailles durent deux ans.

En bonus dans la vidéo numéro deux figurent les trois présidents fondateurs du festival.

Journal de Fantasia - Episode 3

Sortie 67...

Je suis prête pour une journée de cinéma : chandail en prévision de l’air conditionné dans les salles, chocolat belge, bouteille d’eau que je remplis régulièrement aux fontaines d’eau glacée potable, cahier, crayon, appareil photo, programme.
Redoutant (et espérant, d’une certaine façon) que Centurion soit sold out samedi soir, j’achète une place pour mon Chum (amoureux, en québécois) et une pour moi.

Maintenant, je m’apprête à voir Sortie 67, un thriller policier et drame au sujet des gangs de rue à Montréal. La bande-annonce suggérait un film de qualité, et j’ai pensé que le visionner m’en apprendrait plus sur ma nouvelle patrie. Mon chum confirme, après visionnement du teaser, que ça paraît pas mal conforme à la réalité. Waw.

Je m’y prends bien à l’avance car c’est dans la petite salle.
Une file d’attente augmente lentement en ce pluvieux après-midi, file composée en partie d’hommes gigantesques en vêtements de sport, casquettes, boucles d’oreille en diamant, chaînes dorées autour du cou et pendant sur le ventre, lunettes de soleil même si on est à l’intérieur, et dont la peau est de toute une gamme de noirs. Les femmes ne sont pas en reste, il y en a qui me paraissent habillées comme des danseuses, extrêmement sexy, le genre de danseuses dont Montréal fait une spécialité (vous irez vous renseigner).

On se croirait déjà dans un film ! Genre Tarantino, Los Angeles.
Dois-je avoir peur ? Mais non, tout ce monde rit et bavarde, respectant l’institution nationale qu’est la file d’attente : que ce soit pour l’autobus ou à l’épicerie, au Québec, on fait la file, et personne ne dépasse. Je repère aussi plusieurs couples mixtes, Haïtiens-Québécoises.
Une fois dans la salle c’est également toujours l’ambiance de Fantasia/Montréal : les gens s’excusent et remercient lorsqu’ils passent devant vous pour s’asseoir plus loin dans la rangée.
En attendant le film, les sponsors défilent sur l’écran : entre autres, Ubisoft. La salle est pleine. Le festival affiche d’ailleurs complet pour plusieurs films et organise des séances additionnelles l’après-midi : je crois que c’est un festival qui fonctionne bien, et c’est tant mieux.
Le film est présenté par son producteur-réalisateur-scénariste, Jephté Bastien, visiblement tout simple, brillant, un peu stressé, et très sympa. Il nous dira au Q&A qui suivra que sa motivation pour avoir réalisé un tel film – qui sera d’ailleurs apparemment programmé dans certaines écoles ici afin de sensibiliser les jeunes de plusieurs quartiers – est le décès de son neveu, assassiné par balle, en pleine rue de Montréal.
Plusieurs acteurs et actrices sont présents dans la salle.

Sortie 67, Jephté Bastien

Le film ouvre sur un homme au visage recouvert d’un sac de tissu, que l’on transfère d’une voiture à une autre, le long d’une voie rapide. On l’emmène ensuite dans un appartement et lorsqu’on lui enlève son masque il entend : « bienvenue en enfer, mon osti ! » (« welcome to hell, motherfucker ! »)
Ensuite, on change complètement de scène, un homme (blanc, québécois) est sur le point de rentrer chez lui. On entend quelqu’un murmurer au téléphone : « va t’en, le blanc arrive ! ». L’homme blanc franchit la porte d’entrée et voit d’abord son garçonnet (noir). Puis, sa femme (noire) surgit de la chambre en réajustant la bretelle de sa robe. Le mari fonce à la fenêtre juste à temps pour apercevoir un homme (noir) qui s’en va par le jardin.
Cette nuit-là, le garçonnet entend des bruits bizarres et lorsqu’il ouvre la porte de la chambre de ses parents, c’est pour voir son père frapper sa mère... à coups de marteau.

Treize foyers d’accueil plus tard, Ronald fera ses débuts dans un gang de rue.

Et bien ce film est vraiment bon, et pour plusieurs raisons.

Visuellement d’abord, la mise en scène est originale et diversifiée. À un moment par exemple, l’écran se sépare en trois tranches verticales lorsque trois personnages expriment des opinions très différentes les unes des autres. On pourrait dire que tout d’abord coupés les uns des autres par leurs propos, ils finissent par se calmer et s’entendre, et la prise de vue redevient classique. Il y a quelques scènes en noir et blanc au début du film. Les décors sont travaillés avec goût, l’antre du Boss des gangsters est hallucinant, les boîtes de nuit clinquantes et grandioses, et rien n’est laissé au hasard dans les décors d’appartements non plus.

La bande son est tout à fait intéressante. Des rap puissants psalmodiés en anglais donnent de l’ampleur (et ce n’est pourtant pas un genre musical que j’affectionne, mais dans ce contexte, c’est parfait), des chansons haïtiennes poussent sans excès la pédale de l’émotion, et d’autres musiques encore, tout simplement belles, ajoutent à la qualité du film.

Le film est en français, en anglais et en haïtien, les sous-titres surgissent au bon moment et tout cela est à la fois fluide et intéressant culturellement (rappelons que francophones et anglophones se côtoient à Montréal, dans des circonstances qui rappellent un peu celles de la Belgique parfois).

Enfin, l’histoire est bonne : tout en suivant Ronald à travers sa vie de gangster, on démêle une entourloupe palpitante entre différents gangs, orchestrée par un personnage emblématique féminin ; en filigrane, il y a la relation avec le père, blanc et assassin de la mère de Ronald, sur le point de sortir de prison. Les personnages sont bien campés et les dialogues, excellents : une petite touche de philosophie saupoudre le tout.

On obtient donc un excellent film qui sortira au mois d’octobre à Montréal, et peut-être un jour en Europe... ce film a toutes les qualités intrinsèques requises pour séduire une audience autre que québécoise ou haïtienne en ce sens que partant de ces problématiques de gangs locaux, il parvient à captiver par son intrigue, et à toucher tout un chacun.
Je termine par cette citation du réalisateur :
« Ce qui fait un homme n’est ni le quartier dans lequel il a grandi, ni la façon dont il a commencé sa vie, mais c’est vraiment ses choix. On peut changer. Sinon on se laisse aller et on devient le produit de notre société. »

Journal de Fantasia - Episode 4

Eve’s Necklace

Par Beatroce

Ce matin, alors qu’ils sont encore au lit, Eva demande à son époux William un nouveau collier. William ronchonne un peu, mais lorsqu’Eva commence à couvrir de baisers son corps nu en descendant le long de son torse, William finit par grommeler qu’on pourrait payer le collier avec la carte de crédit. Puis, il s’écrie : « stop ! J’ai oublié de sortir la poubelle ».

Voilà qui donne une petite idée de l’atmosphère qui règne entre ces deux personnes unies par le mariage mais qui se connaissent et se conviennent apparemment assez peu.
Eva est l’archétype de la femme au foyer états-unienne désoeuvrée qui reçoit sa voisine pour le café et écoute ses problèmes relatifs à la participation à la foire annuelle du quilt.

Derrière l’apparence, Eva est en réalité une immigrante sud-américaine qui a réussi à obtenir de faux papiers d’immigration en jouant dans des films porno (serait-ce le thème récurrent de Fantasia cette année, le porno ?). Grâce à cela, elle a épousé William. Mais elle n’avait pas terminé le contrat auquel elle s’était engagée avec le réalisateur, et celui-ci revient pour la menacer : elle devra payer $20.000, ou bien il révélera à tout le monde le passé de la petite dame.

Ce qui est parfaitement original dans ce film en noir et blanc qui se veut un hommage aux films noirs des années trente, c’est que tous les personnages sont... des mannequins. De type mannequins de magasin, grandeur nature, ces « acteurs » sont dénués d’expression et leurs visages sont totalement immobiles, bouches y comprises, pendant que les voix disent le texte.

Cela crée un effet plutôt mystérieux. On a envie de rapprocher les existences vides de ces personnages qui ne révèlent que la surface d’eux-même, avec ces visages lisses et imperturbables. Cela fait penser aussi à ceux qui voient sans regarder et entendent sans écouter. Est-ce une volonté du réalisateur, d’ailleurs présent dans la salle et originaire d’Austin, Texas ?

Malgré cette bonne idée audacieuse, le film est un peu ennuyeux. Les personnages ne sont pas attachants - le mari est bougon et superficiel, la femme est menteuse et pas très intelligente, et la voisine joue son rôle de cliché de banlieue.
De plus, c’est lent, les plans durent longtemps alors qu’on a très bien compris ce qui se passait.
On retiendra donc juste l’originalité dans le choix des acteurs. J’avoue que je n’avais pas remarqué qu’il s’agissait de mannequins, autrement je ne serais pas allée voir ce film, alors qu’en réalité c’était une expérience esthétique tout à fait intéressante.

Journal de Fantasia - Episode 5

A serbian film

Par Beatroce

Suite du périple Fantasia, au gré des horaires de travail et des premières ou secondes projections : plusieurs films sont d’office projetés deux fois et c’est bien indiqué dans le programme officiel, mais... il y a parfois des décisions de dernière minute, que je guette sur le profil Facebook du festival ou directement sur le tableau d’affichage à côté de la billetterie. Sur ce fameux tableau, c’est un peu comme les résultats d’examens : il y a les films qui sont sold out (non !!!) et ceux qui sont projetés une deuxième fois (oui !!!).

En guise d’apéritif à mon prochain visionnement, je vais manger des rouleaux de printemps au Thaï Express. Mmmh, trempés dans une sauce aux arachides et pour le prix modique de $6.16 (4 euros), à deux minutes de marche de l’emplacement du festival, ça il n’y a pas au Bifff ! :)

Ensuite, je me dirige vers la salle Théâtre Hall Concordia, la grande, pour la deuxième projection du terrible A Serbian Film. L’immense salle est presque comble et le death metal remplit mes oreilles. On viendrait bien juste pour écouter la musique, et quand le film commence, on s’en irait.
J’entends encore parler serbe derrière moi. Normal : il s’agit d’un autre film du cycle Serbie Subversive.
Mitch Davis prend le micro, qui ne fonctionne pas ; quand le problème est résolu, toute la salle applaudit. Il annonce un film “fait pour choquer le public, mais pas de façon gratuite”. Zut alors, je suis toute seule pour visionner ce « thriller psychédélique » que l’on décrit comme un concentré de ces dernières années en Serbie, et je crains un mauvais impact psychologique. Un homme qui tient une béquille en bois d’un modèle très vieillot vient s’asseoir à mes côtés, mais il ne boîte pas !
Daniel vient ramasser quelques applaudissements, et le film commence : c’est A serbian film.

Le film ouvre sur une scène de sexe entre un homme et une femme debout contre un mur. Ils continuent ensuite sur une moto. C’est très chaud.

Ensuite, on s’éloigne du couple et on se retrouve dans un salon. Quelqu’un regarde le film porno (absolument le thème récurrent de cette année) sur le divan, et ce quelqu’un, c’est le fils de cinq ans de Milos, l’acteur principal du film.
Plus tard, après que la maman a éteint le poste et reproché à son mari de laisser traîner ses cassettes vidéo, l’enfant demandera qui étaient ces dames que Papa embêtait.
Plus dérangeant bien sûr, l’enfant évoquera plus tard et sans s’en rendre compte, sa propre excitation sexuelle ; dans une scène simple et sobre, le Papa proposera à son fils de rediriger ses agissements dans un contexte de solitude nocturne.
Maintenant, Papa est à la retraite pornographique, alors qu’il est une ancienne superstar du genre ; à peine accepte-t-il de temps en temps un petit rôle minable pour la forme. C’est alors qu’il est abordé par un réalisateur qui lui offre un salaire faramineux pour tourner dans un porno dont on ne lui dit rien du scénario.
L’acteur accepte mais au fur et à mesure que le temps passe, il est de plus en plus inquiet. Que va-t-il devoir faire ?
Le tournage se fait dans un orphelinat désaffecté et l’acteur doit suivre son instinct.

Bonne photographie, agréable musique industrielle, bien joué, A Serbian Film est un film choquant et impressionnant à l’extrême et en cela il est fidèle à sa réputation.
Techniquement, ce n’est pas un film pornographique si l’on définit la pornographie comme le fait de filmer la pénétration. Et c’est tant mieux, parce que si Life and Death, lui, est un film entre autres porno, heureusement que ce n’est pas le cas pour A Serbian Film, qui met un nouveau-né en scène à un moment donné. D’ailleurs, il est défini comme un film d’horreur, et c’est tout à fait de cela qu’il s’agit.

Maintenant, puisque j’ai vu les deux films serbes perturbants et subversifs du festival, je les rapprocherais l’un de l’autre pour conclure : métaphores du désespoir d’une société, ce genre de films, si atroces soient-ils, choquent certes d’abord par leurs images d’horreur ; mais, lorsque l’esprit s’est apaisé, quelques heures ou quelques jours plus tard, c’est ce qui traîne en filigrane derrière les moments-chocs qui reste dans les pensées.

En effet, est-il enfin de compte plus abominable de voir un jeune homme lécher le pénis d’un cheval, ou un Pope (prêtre chrétien orthodoxe, symbolisant encore l’autorité dans les villages) bénir un homme qu’il ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam (c’est le cas de le dire) et qui a en fait massacré un père de famille pour réaliser son snuff movie ?

Journal de Fantasia - Episode 7

Saving Grace & The Disappearance of Alice Creed

Par Beatroce

The Disappearance of Alice Creed

J (impossible de connaître le prénom au complet) Blakeson

On est en Angleterre, et deux hommes préparent un enlèvement. Ils achètent de la toile cirée, le matériel nécessaire pour transformer une pièce et isoler murs et fenêtres, des téléphones portables, un lit, etc.
Puis, toujours aussi méthodiques, ils se déshabillent au complet, jettent leurs vêtements dans un sac-poubelle, en revêtent d’autres et passent à l’action : ils saisissent une jeune femme dans une rue tranquille de banlieue, la ligotent et la balancent à l’arrière de leur camionnette.
Une fois arrivés dans leur repère, ils emmènent leur victime dans la pièce qu’ils ont isolée, l’attachent au lit, découpent ses vêtements, lui mettent un survêtement de sport et terminent avec un sac de tissu sur sa tête. Ils l’enferment dans la pièce et la laissent seule.

Pas une parole n’a encore été prononcée depuis le début du film.

Les kidnappeurs font l’appel au père de la jeune femme, attendent, se séparent pour des raisons pratiques et c’est là que survient le premier twist du scénario : la jeune femme a obtenu d’être partiellement détachée afin d’accomplir “le numéro deux” dans un seau, et elle en profite pour désarmer son agresseur. Celui-ci, évitant tout juste une balle, s’écrie : “ne tire pas, c’est moi, Stanny !”. Deuxième twist dans le scénario : l’un des deux agresseurs n’est autre que le petit ami de la kidnappée. Il a eu l’idée du kidnapping (sans en parler à sa copine) afin que les deux tourtereaux puissent partir ensemble avec l’argent que le Papa refusait de donner à sa fille.

Il y aura plusieurs autres surprises dans ce scénario clair et intelligent dont la sobriété n’est pas sans rappeler celle de Shallow Grave, autre thriller britannique palpitant et à petit budget.
Se déroulant sur moins de quarante-huit heures, on peut presque parler d’unité de temps pour ce film qui met en scène trois acteurs en tout et pour tout.
Crédible même dans les situations extrêmes, il crée par moments un suspense qui va jusqu’à être dérangeant, montre des situations extrêmement glauques, tout en ne manquant pas d’humour non plus.
Un très bon moment cinématographique !

On ne peut malheureusement pas en dire autant de

Saving Grace, de Chris Pickle, que j’ai vu juste après.

Le réalisateur est présent pour la première mondiale de son film. Il est très élégamment vêtu et se déclare honoré d’être ici. Il nous remercie pour notre présence.
Le film commence dans les bois. Clayton se promène et rend visite au lapin qu’il a encagé afin de le protéger des autres animaux. Mais le lapin s’est échappé, et Clayton le découvre ensanglanté sur le sol.
Perplexe, l’étrange bonhomme déplore l’ingratitude et le manque d’envie de vivre du lapin, qui aurait pu être sain et sauf dans sa cage.
Ensuite, nous nous retrouvons en compagnie d’une jolie jeune femme, Grace, au sein de son chez-elle. Grace semble un peu nerveuse. Nous connaîtrons la raison de sa nervosité à la suite d’un coup de téléphone qui l’informe que la garde de sa fille en bas âge lui a à nouveau été refusée ; elle pourra refaire une demande d’ici six mois.
Le film bascule, la belle ouvre une trousse, sort une seringue, et se retrouve à l’hôpital pour overdose. On comprend que c’est sans doute là la raison de l’éloignement de son enfant.

Clayton travaille dans cet hôpital. Il observe Grace, toute vulnérable dans son lit d’hôpital.

Dans la scène suivante, Grace est toujours dans un lit d’hôpital, mais celui-ci a été transféré dans une pièce dénudée aux immenses murs de béton : on est dans une école abandonnée.
Clayton a kidnappé Grace. Pourquoi ? Il ne lui fait pas de mal, il la nourrit, semble prendre soin d’elle. En fait, cet étrange individu a pour objectif de sauver la jeune femme qui, sinon, mourrait un jour ou l’autre d’overdose. Elle est son nouveau lapin, en somme.
Grace tente mollement de s’échapper.
Clayton dissuade de moins en moins la jeune femme de s’en aller, laisse la porte de sa « chambre » ouverte, lui permet de plus en plus de liberté et d’accès à de possibles armes.
Son système pour garder Grace près de lui est de taille : il lui a raconté que des bombardements terroristes avaient rendu l’air extérieur toxique, et que presque tout le monde était mort.

Le film, qui avait bien commencé, dérive ensuite doucement dans un questionnement lent sur la vie : vivre et prendre des risques ou se protéger de tout et évoluer dans un environnement aseptisé ; les « faibles » peuvent-ils subsister de manière autonome, ce genre de choses.

La musique est superbe.
Les images sont assurément esthétiques et très travaillées.
Ce film vous plaira si vous le prenez comme support pour une réflexion existentielle par le billet des belles images et de l’atmosphère étrange qui y plane, mais pas si vous en attendez un film de survival ou de suspense.

Journal de Fantasia - Episode 6

Quelques courts...

Par Beatroce

Je vais vous parler de quelques courts métrages vus au cours du festival :

Seed, de Ben Richardson et Daniel Bird (République Tchèque/États-Unis) est un court métrage projeté avant Eve’s Necklace et animé image par image. Long malgré ses douze minutes, il est ennuyeux parce que c’est sans cesse la même idée qui est répétée : la compétition. On assiste en effet à la rivalité entre deux constructions établies dans une décharge et qui émettent chacune une musique très différente : un air joyeux style années trente invitant à la danse, et une mélodie douce de type asiatique. Les édifices musicaux grandissent, se barricadent, se bagarrent et finissent par s’écrouler. Lorsqu’ils ne sont plus que ruines au sol, des parcelles de leurs matériaux recommencent à émettre la même musique, et tout recommence.
C’est peut-être une métaphore de la guerre, et ce serait le message de ce court pas assez court mais dont le générique de fin est formidable, car la musique du générique est la fusion parfaite des deux mélodies anciennement en concurrence !
Une jolie image donc, pour montrer les bienfaits de la coopération.

Un autre court-métrage, projeté avant Saving Grace :
Re-Wire, de David-James Fernandes (Canada)
En quelques minutes, le réalisateur canadien (présent dans la salle) nous montre l’histoire d’un jeune homme bien décidé à venir à bout de ses peurs. Pour cela, il suit la recommandation de sa psychiatre : consulter un certain docteur dont la spécialité est de brancher toutes sortes de fils sur le crâne afin de “rebalancer” (rééquilibrer, en Québécois) les zones qui ne fonctionnent pas bien.
Peut-être pas parfaitement bien joué, mais tout à fait surprenant et bien ficelé, ce court-métrage de quatorze minutes est énigmatique avec des touches de fantastique.

Je termine cette page courts-métrages en racontant l’expérience celluloïde ou
Celluloid Experiments 2010, une vingtaine de mini-films dans le cadre d’une programmation de films expérimentaux qui a lieu depuis 2005. Marc Lamothe, qui est responsable de cette programmation, nous remercie avant que cela commence, et déclare que le fait que cent cinquante personnes aient payé $8 pour voir des films expérimentaux, c’est formidable, et il ajoute qu’il nous aime tous.

[J’en profite pour dire que Mitch Davis m’a informée que depuis sa deuxième édition, Fantasia est un festival s’ouvrant à toutes sortes de genres différents et non plus exclusivement aux films d’horreur, fantasy et science-fiction. Cela étant dit, la majorité des films programmés à Fantasia ne se retrouvera jamais sur les grands écrans !]

Le celluloïd, d’après Wikipédia (toujours !), est une matière très inflammable qui n’est quasiment plus utilisée aujourd’hui. On le retrouve dans l’industrie cinématographique où il a servi à la production des pellicules, cependant il sera remplacé par un support de triacétate de cellulose moins inflammable. Aujourd’hui, les films sur support celluloïd sont appelés films flamme et leur utilisation en projection est interdite en raison de leur grande inflammabilité.

C’est la programmation de ces petits films expérimentaux qui devrait être interdite, d’après moi ! Je ne suis pas apte à juger, peut-être, car j’ai détesté presque tous les mini-films. Entre les postes de télévision qui dansent sur la lune et les sirènes qui nagent à travers Manhattan sous fond de chants grégoriens, je n’ai trouvé que manque d’harmonie, accompagnements musicaux dissonants et surtout, une lenteur d’une pénibilité extrême (et tant pis si ce mot n’existe pas).

Je retiendrai tout de même deux clips (heureusement qu’on m’a donné une petite lampe de poche pendant que je faisais la file, afin de noter en cours de projection ; hier j’ai reçu un sachet de pop corn pour le micro-ondes, on aime recevoir des petits cadeaux imprévus comme ça !) :

Desert of the Real, par Tal Shamir, simplement quelques vues de New York désert, et cela, tourné sans effet spéciaux entre trois et sept heures du matin ; cela fait un peu fin du monde, c’est pas mal du tout.

Boxworld, par Wes Terray : le monde est contenu dans des boîtes en carton. Il y en a une pour les peignes, une pour les réveils-matin rouillés, etc ; tout est mis en boîte et catalogué. Deux petits gars, qui semblent être les assistants de Dieu et qui sont vêtus de pantalons noirs et de chemises blanches comme les évangélisateurs dans le métro, s’interrogent d’une manière très Beckettienne sur la façon correcte de cataloguer : faudrait-il démonter les réveils-matin et faire une boîte rien qu’avec tous les écrans ?
En quatre mots, original, humoristique, utilisant plusieurs techniques artistiques, et philosophique.

Journal de Fantasia - Episode 8

Axelle Carolyn parle de Centurion

Par Beatroce

Samedi, 19h. La salle est comble, et c’est la grande, le Théâtre Hall.
Je prends place aux côtés de mon chum et nous commençons par regarder un court métrage amusant (Clean Carousel, Danemark) dans lequel un homme abat des pigeons qui font des crasses, avant d’abattre des enfants pour les mêmes raisons.
Puis, le film commence.

Centurion, Neil Marshall

Le générique du début ouvre sur des paysages magnifiques de forêts et montagnes. Dans ces contrées, un homme prend la parole et nous comprenons que l’on va découvrir un pan de son histoire personnelle en même temps qu’un pan d’histoire tout court - puisque ce film a pour contexte l’invasion romaine des terres britanniques.
Cet homme, Quintus Dias, a pour mission de récupérer un général romain qui est aux mains d’une tribu combattive et sauvage. Il va utiliser tout ce qui est en son pouvoir, son intelligence, son expérience, sa force, ses hommes pour réussir sa mission, et comme si nous étions avec eux, nous les suivons à travers les forêts et au fil des combats et des plans qu’ils mettent au point.

Ce film a été classé par le festival comme film historique, thriller/policier et action/aventure.
En effet, la reconstitution historique est saisissante, et pas besoin d’aimer l’histoire pour vibrer à l’authenticité qui se dégage de ce long métrage. Au contraire, j’ai fait neuf ans de latin, et si on avait de temps en temps montré au cours des films comme Centurion, les textes qu’on traduisait auraient été plus vivants. Tactiques, réflexions stratégiques, calculs philosophiques : la mentalité des empereurs romains est bien représentée, dans sa grandeur, dans sa cruauté aussi. Les combats sanglants réjouissent les amateurs d’horreur, et cela est tout à fait légitime, mais on frissonne également en se rendant compte qu’à l’époque, on ne prenait pas de gants non plus quand il s’agissait de combattre.

Thriller/policier, action/aventure, classification tout à fait adéquate elle aussi, le film nous fait parfois oublier son contexte historique lorsqu’il nous amène au coeur de batailles sans merci, où l’humain lutte pour sa survie en même temps que celle de ses pairs, mais aussi pour son honneur et celui des siens. On est pris au ventre par le suspense des poursuites, des dissimulations face à l’ennemi, ou des risques tels que plonger depuis une falaise ou franchir des cols enneigés alors qu’on n’est pas sûr d’avoir la force d’arriver de l’autre bord.

Enfin, pour ceux qui préfèrent les thématiques existentielles, il reste les questionnements des personnages : sens du devoir, trahison, désir de survivre coûte que coûte même au prix de ne plus respecter ses valeurs, on peut puiser dans tout cela. Je ne sais pas si on peut y voir, mais on peut certainement y trouver, une réflexion sur les valeurs qui ont fondé notre monde et nos sociétés pas toujours si civilisées, et faire le balancier en nous souvenant, comme dira Neil Marshall dans le Q&A qui suivra, que l’humain n’est jamais ni entièrement bon, ni entièrement mauvais.

Bref, un excellent film, divertissant, intéressant, passionnant, concis (il dure 97 minutes) et efficace.

Trois questions à Axelle Carolyn, interprète de Aeron, la guerrière picte aux cheveux blonds :

Béatroce : Axelle, de tes rôles dans le milieu cinématographique et au fur et à mesure que ton expérience s’étoffe, quel est celui que tu aimes le plus et pourquoi ?

Axelle Carolyn : Centurion, sans le moindre doute. C’est celui dont je suis la plus fière, non seulement pour le résultat final, mais aussi vu les conditions dans lesquelles nous avons tourné (tout en extérieur, dans un froid glacial). De plus, avant Centurion, je ne me serais pas considérée comme quelqu’un de très physique, alors que depuis, je vais à la salle de sport 3 fois par semaine et je fais énormément d’équitation, une passion que j’ai découverte sur le tournage.

Aeron est une guerrière superbe et forte. Ressens-tu quelque chose à propos d’elle que tu pourrais nous livrer ? (ou un parallèle avec toi ?)

Aeron est certainement forte, et elle utilise son énergie pour défendre son territoire, mais c’est aussi, à certains égards, un monstre. Elle se bat essentiellement pour le plaisir ; frapper des Romains dans le dos l’amuse. Je ne pense pas qu’il y ait réellement des parallèles avec moi à cet égard... Ce que j’apprécie par contre, c’est que les femmes pouvaient se battre à l’époque, si elles en étaient capables. Pas que je me voie personnellement joindre la bataille ou quoi que ce soit, mais l’idée de ne pas devoir simplement laisser les hommes faire le boulot, d’une façon générale, est un principe qui me plaît.

Quels sont tes projets pour le futur ?

Je devrais normalement réaliser mon premier long-métrage d’ici la fin de l’année ! Il s’appelle The Ghost Of Slaughterford ; c’est un drame surnaturel, sur un scénario que j’ai écrit. Neil [Marshall] est producteur exécutif, et nous sommes en plein développement et casting.

Félicitations et merci beaucoup !

Journal de Fantasia - Episode 9

The end...

Par Beatroce

Tout a commencé il y a quelques mois, lorsque mon ancienne gérante, Barbara, avec qui je travaillais à Boston dans un cinéma de quartier, a posté sur son profil Facebook un avertissement conseillant de ne pas regarder la bande annonce du film. Une minute après, c’était fait, et ma fascination pour H.C. a commencé.

Cette nuit-là, j’ai réveillé mon chum après avoir tenté pendant vingt minutes de rassembler suffisamment de courage pour aller à la salle de
bains. Je craignais que le chirurgien du film soit dans le salon.
J’ai beaucoup hésité à aller voir H.C., étant terrifiée par les films à thématique de séquestration avec torture sans possibilité apparente de s’en sortir (Martyrs m’a fort impressionnée aussi).

Dans la file, une seule personne avant moi : François. Je ne le connais pas encore, mais je l’aborde en lui disant que j’ai peur de voir ce film, et avant même qu’il puisse répondre, je demande : puis-je m’asseoir à côté de vous ? Et je me suis retrouvée à côté d’un gars fort sympathique qui en plus nous a déniché les deux meilleurs sièges de la grande salle (il y a deux sièges différents de tous les autres et infiniment confortables ! Lui le savait, c’est pour cela qu’il voulait être le premier dans la file).

D’abord un cours métrage sympathique, Hunter’s Moon, de Matthew Page, dans lequel un homme mystérieux et jaloux interroge de façon musclée son amoureuse non moins jalouse mais bien plus mystérieuse, par une propice nuit de pleine lune.

The Human Centipede, Tom Six

Un routier infortuné tente de se soulager le long de l’autoroute non sans avoir prévu une quantité importante de papier wc (un rouleau dans chaque main).
Malheureusement pour lui, un chirurgien retraité et spécialisé dans la séparation des siamois le capture pour son projet personnel qui est désormais de réunir - et non plus détacher - les êtres humains en créant des combinaisons. Il séquestre le routier dans une cave médicalisée et n’en croit pas ses yeux lorsque deux belles jeunes femmes sonnent à la porte de sa villa isolée en pleine forêt. Elles sont perdues et demandent à utiliser le téléphone.
Voilà les corps humains au complet pour fabriquer le Centipède Humain.
Wikipédia : Le centipède est un arthropode (embranchement d’animaux invertébrés) semi-aquatique du Brésil, apparaissant dans le roman de William S. Burroughs Le festin nu, ainsi que dans le film de David Cronenberg qui en a été tiré.

L’idée de fabriquer un centipède humain est aussi abominable qu’originale. Pire, le film est scientifiquement exact !
Un grand bravo pour Tom Six donc, qui a écrit le scénario en plus de réaliser le film.
Par contre, une fois qu’on a vu la bande-annonce et compris les détails de l’opération dans ce qu’ils ont de plus scabreux (séquestration, mutilation et coprophagie), voir le film n’apporte pas grand-chose.
Tout d’abord, la photographie n’est pas particulièrement bonne, on dirait un téléfilm.
Ensuite, une bonne partie du film consiste à rassembler les trois humains qui seront utilisés pour faire le centipède, alors qu’on est au courant du principe du film (qui n’est pas au courant et va voir ce film par hasard ? Est-ce possible, d’abord, de voir ce film par hasard : dans quel cinéma de quartier sera-t-il proposé ?). Une fois que le centipède est créé, il y a peu de scènes consacrées au traitement de l’idée de base : les plaies n’ont même pas le temps de cicatriser, que c’est la précipitation finale.
Les acteurs ne livrent pas une performance exceptionnelle, chirurgien y compris puisque s’il a un visage particulier, ses changements d’expression sont cependant lents et trop étudiés.
Seule la musique, belle et mystérieuse, donne au film un côté artistique et relève un peu le niveau.

En conclusion, une idée formidable, mais mal exploitée. Ce qu’on imagine après avoir regardé la bande annonce est pire que visionner le film lui-même.
On attend quand-même la suite : Human Centipede II, Full sequence... et je suis bien curieuse de ce que sera le scénario. Peut-être Tom Six pourrait-il produire une bande annonce et nous laisser donner nos idées.

Bilan positif pour moi cette année avec un camaïeu cinématographique de toute splendeur, entre horreur, histoire et philosophie, avec pour fils conducteurs l’esthétisme et le sang ; le tout couronné par la présence d’invités de grande valeur.
Cette année, pour sa quatorzième édition, le festival Fantasia a connu son record de projections à guichet fermé : 44% des projections. Le festival a dépassé le cap des 100.000 spectateurs.
Merci Fantasia et merci Damien !
À l’année prochaine.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Blair Witch
2016
affiche du film
Blood Father
2016
affiche du film
Nerve
2016
affiche du film
Les Visiteurs - La Révolution
2016
affiche du film
Dernier train pour Busan
2016
affiche du film
Les dents de la mer 4: la revanche
1987

Concours

Sondage