CHRONIQUE DVD

PREVIEW DTV - Zombie strippers

Comique strip

En matière de morts-vivants, tout a déjà été fait ou presque. Des rescapés nazis de Wiederhorn aux luchadors mexicains luttant contre les zombies en passant par les comédies familiales (Fido) ou les désespérantes imitations americanpiesques (La Nuit des loosers vivants). Pourtant, ce Zombie strippers arrive à point nommé pour prouver que les ressources zombiesques sont quasiment inépuisables et que la chair des morts-vivants peut être mélangée à toutes les sauces. "Tout a démarré par une blague, nous raconte Jay Lee, le réalisateur. Notre petite compagnie de production fabriquait des films indépendants assez importants mais qui ne se vendaient pas très bien. Du coup, pris dans un tourbillon de marketing, nous avons décidé de toucher au monde l’horreur avec The Slaughter, film qui remplissait toutes les conditions de vente. Quand nous étions en train de réaliser ce produit « marketable », j’ai lancé une plaisanterie du genre : « enfin, nous ne sommes pas en train de faire quelque chose dans le goût de Zombie strippers ». Vu les rires engendrés, je me suis sérieusement dit que nous devions réaliser un tel film."

Difficile de donner tort au sieur Lee qui pense sans nul doute aux plaisirs du spectateur lambda en réunissant du cul et du sang en un seul et même métrage. Si l’idée n’est pas nouvelle (elle a même dominé le cinéma horrifique depuis sa quasi genèse si on considère avec les plus lubriques que les doigts démesurés du Nosferatu de Murnau sont des symboles phalliques), elle n’en est pas moins source de jubilation lorsque la délicieuse star du porno Jenna Jameson est annoncée au casting, une intronisation qui décida les investisseurs (Sony en l’occurrence) à faire partie du jeu. "J’ai écrit le script et ma sœur et productrice du film, Angela, a touché d’une façon ou d’une autre Jenna Jameson qui l’a lu et a accepté l’aventure. Quelques mois plus tard, quand Sony pictures a entendu parler de « Jenna Jameson dans Zombie strippers », ils y ont vu une réussite financière et ont donné le feu vert." Si la présence de l’actrice, gratifiée de trois Hot d’Or consécutifs, ne constitue nullement un gage de qualité, sa simple apparition risque de faire exploser les masses de testostéronés qui, faisant fi de la décrépitude dans laquelle l’actrice sombre au fil de l’oeuvre, lui attribueront un pouvoir d’attraction sexuel inexplicable.

Jenna Jameson se retrouve ici en terrain connu puisque, outre le sexe qui domine le métrage par le truchement du club de strip-tease, la belle nourrit depuis son plus jeune âge un amour inconsidéré pour les films d’horreur et avoue avoir une certaine préférence pour les morts-vivants. Dès lors, la porn star joue le jeu à fond et démontre une certaine habileté dans l’utilisation de son appendice vaginal à l’aide duquel elle balance à son opposante des boules de billard à une vitesse v-v’. "C’est amusant, Jenna avait quelques appréhensions à propos de cette scène. Mais, après y avoir réfléchi de plus près, elle savait que quelqu’un devait le faire et que cette personne serait… Jenna Jameson." A ses côtés, un Robert Englund reconverti en parton de club un tantinet névrosé qui maltraite ses strip girls et les pousse dans leurs derniers retranchements avec un seul mot d’ordre : "The show must go on !". Reprenant la formule notamment consacrée par Queen, Ian entasse les billets verts sans prendre ombrage ni des cadavres qui s’amoncellent dans sa cave et reprennent mystérieusement vie ni de ses danseuses qui tendent à ressembler davantage à une Britney Spears momifiée qu’à une Laure Sainclair au meilleur de sa forme.

Zombie strippers utilise à l’excès les deux ingrédients de sa recette et peine parfois à proposer un véritable spectacle digne de ce nom, s’engonçant trop fréquemment dans le Z décérébré aux mille et un clichés. Mais, finalement, qu’importe, puisque le spectateur, avide de sensations fortes ne désire qu’une chose : voir des nichons et des tripes. Dans ce domaine, force est de constater que le métrage de Jay Lee ne leurre aucunement l’assistance. C’est sexy (la danse d’une Kat fraîchement zombifiée fait son petit effet), gore (y a de belles mises à mort bien juteuses), désopilant (surtout quand Robert Englund apparaît), con et accessoirement outrageusement drôle (Jameson qui utilise son « intimité » comme canon propulseur) et, surtout, c’est distrayant...

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PREVIEW DTV - See no Evil

CATCH me if you can...

Sorti en octobre 2006 dans quelques cinémas seulement, See no Evil débarque aujourd’hui en DVD précédé d’un buzz relativement positif. Il faut dire que le film bénéficie dès le départ de quelques arguments qui méritent de s’y attarder. On pense notamment au choix du réal en la personne de Grégory Dark, réalisateur de films X (trilogie Between The Cheeks ou encore Deep Inside Vanessa del Rio), de l’acteur principal Glen-Kane-Jacobs, ancien champion du monde de catch, de la prod’ avec la WWE Films aux commandes, spécialisée quant à elle aux reportages et films consacrés au catch. Au vu de tout ça, le spectateur sera donc en droit d’attendre un film délirant, un cocktail explosif qui ferait la place belle au gore et aux jolies pépés.

L’histoire est simple. Une bande de jeunes délinquants se voient offrir la possibilité d’écourter leur peine de détention en acceptant un travail d’intérêt général. Leur tâche : restaurer le Blackwell Hotel, un vieil hôtel de style art deco ravagé autrefois mystérieusement par un incendie, le tout sous la surveillance du gardien Frank Williams, un ancien officier de police autrefois blessé gravement lors d’une tentative d’arrestation d’un dangereux criminel. Très vite, malgré que certains d’entre eux pensent plus à baisouiller à tout va plutôt que mettre la main à la pâte (oups, pas fait exprès !) tout ce joli petit monde se rend compte au fil des disparitions de quelques membres du groupe qu’ils ne sont pas seuls dans la vaste demeure. Jacob Goodnight (ça ne s’invente pas !), sorte de montagne de muscles de 2m13 pour 147 kilos (sans les poils) et grand collectionneur à ses heures d’yeux humains, se balade à travers les couloirs décrépis de l’hôtel, muni d’une longue chaîne se terminant par un crochet. Mais que fait-il avec ce crochet vous demanderez-vous ? Pour le savoir, vous aurez désormais la possibilité de visionner le DVD

Slasher de huit millions de dollars, extrêmement classique dans son scénario mais moderne (le ultra-gore et le craspeque sont au rendez-vous), le film vaut essentiellement le détour pour son colossal acteur Glen Jacobs, aux yeux terrifiants, dont on dit qu’il faisait extrêmement peur aux actrices du casting qui osaient à peine s’en approcher. The Big Red Monster (un de ses multiples jolis surnoms) n’est pas n’importe qui dans le milieu du catch. Plusieurs fois Champion du Monde, ce gros bébé muni autrefois d’un masque SM détient le plus grand nombre d’éliminations au Royal Rumble match avec onze catcheurs éliminés dont The Rock et la légende Honky Tonk Man. Les connaisseurs apprécieront...

Quant au DVD distribué par Metropolitan, il dure 81 minutes et contient : commentaire audio du réalisateur, du producteur et de l’acteur principal, le Making of, comparaison multi-angles film/story-board, dix modules promotionnels et enfin un court-métrage avec Kane sans oublier les éternelles bandes-annonces.

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PREVIEW DTV - Farmhouse

La ferme se rebelle

Un an après avoir fait son incursion dans le cinéma horrifique avec le très moyen Lake dead, film sélectionné par le dernier After dark horrorfest, George Bessudo revient avec un deuxième long métrage naviguant dans des eaux semblables. Pourtant, Farmhouse, contrairement à la précédente œuvre du cinéaste, s’expatrie quelque peu des redondances clichesques du genre survival pour s’immiscer sur un terrain davantage glissant – car moins balisé – en l’occurrence celui du thriller horrifique. Dotée d’un casting peuplé d’habitués du genre (Jamie Anne Prey 4 Me Allan, William Identity Lee Scott, Steven The Shining Weber, la sublime Kelly X-men 2 Hu), l’œuvre s’imbrique dans un rendu certes conventionnel mais jubilatoire en se basant sur l’éternelle opposition des dominateurs omnipotents et décérébrés et des dominés angelots sans pour autant devenir un récit à suspense insipide aux effets aseptisés, le réal s’escrimant au contraire à perturber quelque peu les cartes dont il dispose en cours de jeu.

Un couple apparemment fragile quitte son domicile conjugal pour tenter un nouveau départ, n’hésitant pas pour le coup à refiler l’entièreté de leurs meubles à leurs voisins. En partance pour leur nouvelle vie, les deux tourtereaux subissent un accident de voiture en plein désert qui les contraints à quérir une aide extérieure. Au loin, une ferme aux illuminations salvatrices. D’autant que les propriétaires de l’habitation campagnarde, un couple bien sous tous rapports, hébergent les accidentés pour la nuit et leur promettent de contacter un garagiste à l’aube. Chad et Scarlett ne savent pas qu’en acceptant l’hospitalité gracieusement offerte par les viticulteurs, ils vont au devant de graves ennuis…

L’intérêt réside spécifiquement dans les motivations des tortionnaires qui prennent un malin plaisir à mettre au pilori les deux victimes non consentantes qui ne saisissent aucunement la raison de ces agissements. Subtilement, Bessudo parsème çà et là son intrigue de flashbacks propices à assurer une meilleure compréhension autant chez le spectateur que chez des torturés toujours en quête d’explications et de légitimations des meurtrissures dont ils sont victimes. Endettés par la négligence de Chad, désespérés par la perte précoce de leur enfant unique, les deux époux tentent vainement de lutter et de comprendre les causes de cet acharnement de la part d’inconnus qui ne semblent n’avoir qu’un seul objectif : tuer à petit feu leurs proies afin de leur faire encourir un maximum de souffrances avant que la Camarde libératrice ne surgisse. Un but qui appelle des moyens divers et variés destinés à martyriser les amants tant psychologiquement (Chad, les mains liées, doit sauver sa femme qui a la tête plongée dans une bassine d’eau) que physiquement (la râpe à fromages pour excorier les genoux de Scarlett), quitte à éliminer tout obstacle qui entraverait leur dessein funeste...

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PREVIEW DTV - X-Cross

Comment prendre son pied

Afin de consoler son amie qui vient de perdre son grand amour, Aiko emmène Shiyori dans une station balnéaire perdue dans les montagnes nippones. Un lieu si reculé qu’aucun GPS made in Japan ne l’a renseigné dans sa cartographie. Après une discussion quelque peu houleuse, Shiyori plante dans les bains son amie pour rentrer dans le chalet loué pour le week-end. Sur place, alors qu’elle est à l’étage, un GSM sonne dans un placard. Elle décroche. Au bout du fil (même s’il n’y en a plus), la voix d’un inconnu l’exhorte à quitter au plus vite l’endroit où elle est cloisonnée car, selon ses dires, les villageois vont bientôt se présenter à sa porte pour lui couper la jambe. Une alerte qui vient un peu tard puisqu’une foule de montagnards dérangés du ciboulot cognent sur la porte afin de faire sortit Shiyori…

Kenta Fukasaku n’est pas un inconnu puisqu’on lui doit l’infecte séquelle de Battle royale (intitulée très justement Battle royale 2), tournée sous l’égide de son paternel Kenji avant que celui-ci ne décède brutalement. Scénariste du premier opus, Kenta persévère dans le genre en 2006 en proposant un film d’action aux exagérations particulièrement nippone avec Yo-Yo Girl Cop qui conte l’infiltration d’une jeune recrue policière au sein d’une école où, armée de son yoyo high-tech, elle va s’escrimer à confondre une entreprise terroriste. X-cross, malgré son pitch un tantinet plus sérieux, ne déroge pas à la règle du cinéma îlien et livre quelques morceaux de bravoure humoristique foncièrement décalés qui permettent à l’œuvre de s’extirper du carcan trop réducteur du survival montagnard. Ainsi, Aiko, laissée seule par son amie, doit affronter une cocue revancharde armée d’une paire de ciseaux gigantesque qui la poursuit dans les étendues boisées afin d’assouvir une vengeance largement refroidie par le poids des années. Mais la revancharde est tenace et compte bien emporter comme trophée de cette chasse à la femme une jolie tête fraîchement coupée... Episodes tout aussi jubilatoires que constituent la discussion pré-baignade avec la vieille tenancière, l’arrivée des villageois aux portes de la cabane, la poursuite sylvestre ou encore le sacrifice rituel où cette peuplée de fous s’en donnent à coeur joie en gloussant des charabias incompréhensibles, symboles de leur engoncement dans une tradition d’arriérés.

Pourtant, malgré ces moments d’anthologie, l’intérêt de cette pelloche bien torchée se situe ailleurs, en particulier dans les qualités narratives de cette intrigue somme toute conventionnelle. Au fil d’un montage déjanté, le métrage déverse un récit à double entrée qui suit simultanément les tribulations des deux héroïnes, chacune devenant la proie d’un ennemi terrifiant. Car si Aiko s’enfuit ventre à terre devant la descendante d’Edward aux mains d’argent, Shiyori se voit coursée par une kyrielle de villageois fétichistes accros à sa gambette senestre afin de se prémunir de futures mauvaises récoltes. La jointure s’effectue par le truchement des portables que les deux amies utilisent pour rester en contact, éclaircir l’une ou l’autre situation obscure découlant d’une paranoïa toute légitime ou chercher une aide extérieure amicale ou non. Une structure narrative chiasmatique (évocation faite dans le titre X-cross) qui s’apparente à un crossing-over intra-muros sans pour autant que l’intrigue revête un soupçon de complexité puisque chacun des glissements spatio-temporels est accompagné d’un « rewind » contextuel.

Energique et décalé, parsemé d’humour cocasse et de vrais moments de tension, novateur dans son traitement, X-cross est une pelloche bien torchée qui amuse plus qu’elle ne terrifie et qui permettra aux plus lubriques de se contenter des doux minois des deux scream queens en herbe (Nao Matsushita et la sublime Ami Suzuki) qui se débattent impeccablement suivant une chorégraphie sans faille (le passage du sacrifice final) au sein d’un métrage fou, fou, fou…




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PREVIEW DTV - Christmas Evil

Bloody night...

Pour Brooke, Noël est surtout l’occasion de réunir une fois l’an les personnes qu’elle aime et qui l’aiment. Notamment Roger, son frère, qu’elle n’a plus vu depuis trois ans au moins et qui s’est entre-temps acoquiné d’une fiancée quelque peu vénale. En guise de complément – et pour être sûr de passer un réveillon détonant – Brooke a également convié son ex-boyfriend et l’ex de son frère. Le problème est que Brooke est absente, victime d’un accident, et que les convives sont accuellis par l’étrange Marcus qui donne des ordres à la pelle, fait des reproches à tour de bras et manifeste une animosité à l’égard de chaque invité. Bâillonnée et droguée, Brooke est en réalité enfermée dans sa salle de bains et constate, impuissante, que Marcus nourrit de bien curieux desseins pour ses invités…

Ben Hardison et Rich Robinson, deux amis néophytes en matière de cinéma, signent avec Christmas Evil (aka Marcus outre-Atlantique et outre-Manche) leur premier long métrage dont ils ont cosigné la réalisation et le scénario. Christmas Evil (récompensé aux festivals Appalachian et Tupelo en 2006), sans être une œuvre horrifique contrairement à ce que laisse présager son titre et le visuel qui l’accompagne, n’en est pas moins un film de genre jouant constamment sur une atmosphère délétère pour susciter l’angoisse aussi bien chez les protagonistes que chez l’assistance devenue témoin du carnage qui s’annonce. Englobant le spectateur dans leur histoire singulière, les deux réals jouent constamment sur les représentations pour finalement inverser la tendance en cours de route afin de déstabiliser un public qui ne se prête plus si facilement au jeu de l’identification et de rompre avec l’habituel thriller whodunit twistien devenu très en vogue ces dernières années. Le casting, composé d’acteurs télévisuels (Samantha Monarch Cove Shelton, Frankie Undressed Ingrassia) ou de séries B, est dominé de main de maître par le nouveau venu Ross Kurt qui campe un Marcus tout en sobriété aussi antipathique qu’angoissant qui devient rapidement la pierre angulaire de ce métrage plus what did he do que whodunit. Centré sur Marcus, le maître de cérémonie, le scénario filtre à travers ses actions et exactions l’assemblage chaotique que constituent ces individus aux motivations perverses. Ainsi, découvrons-nous, au fil de l’œuvre, le revers de chaque médaille et nos appréhensions naviguent-elles d’un coin à l’autre de l’appartement pour se fixer momentanément sur l’un ou l’autre maillon de cette chaîne friable. Ce travail sur les caractères qui se révèlent pour la plupart finement ciselés contribue au classicisme d’un film d’inspiration hitchcockienne. Un côté old school qui tient même dans les conditions de tournage du métrage puisque Hardison et Robinson recourent à contre-courant à de nombreuses répétitions liminaires au shooting afin d’imprégner au mieux chaque membre du casting du personnage qu’il doit camper.

En résulte un huis-clos étouffant resserré entre les quelques murs qui composent cet appartement aux nombreuses dérivations architecturales, reliées entre elles par des couloirs étriqués qui confinent à la proximité malsaine d’individus qui soit ne se connaissent pas soit se haïssent, la faute à un passé englué par l’une ou l’autre mauvaise action. Chef d’orchestre volubile, Marcus se plaît à acculer chacun de ses convives jusqu’à le soumettre au jeu de la vérité, l’obligeant à se livrer sous son vrai jour. Si les perceptions extérieures étaient déjà ternies en raison de la fadeur et de l’inconsistance de cette équipée régie par les inimitiés, celles-ci se font de plus en plus prégnantes une fois que le rideau tombe sur les motivations réelles de chacun des individus en présence.

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PREVIEW DTV - Awake

À cœur ouvert…

C’est cette semaine que sort le DVD Awake, film qui ne connut pas le succès escompté chez nous (faut dire que même la presse ne fut pas conviée aux traditionnelles visions presse) en septembre de cette année malgré un casting des plus alléchant. Pensez donc, la présence de Jessica Alba aurait du booster le tout sans compter le choix de la production de mettre à ses côtés le ténébreux Hayden Christensen tout auréolé depuis sa sanctification dans le rôle d’Anakin Skywalker.

Aux commandes de ce thriller, le néophyte Joby Harold, comme surprise des chefs Weinstein, nous présente l’histoire d’un couple de yuppies américains pour qui tout semble sourire. Seule ombre au tableau, Clay est atteint d’une maladie au cœur qui l’oblige sous l’insistance de son amour Sam et son ami chirurgien d’accepter une opération à haut risque contre l’opinion de sa mère possessive. Alors que l’opération débute, Clay semble ne pas ressentir les effets anesthésiants mais se retrouve bel et bien paralysé et ne pouvant alerter les chirurgiens. Pire, non seulement les douleurs deviennent insoutenables mais il devient le témoin (oui je sais c’est un peu dur à imaginer…) d’un complot qui n’a d’autre but que de l’assassiner. Le malheureux est loin d’être au bout de ses surprises et les twists se succèdent à un rythme soutenu.

Selon le film, chaque année 21 millions de personnes subissent une anesthésie. La majorité dort paisiblement et ne se souvient de rien. 30 000 d’entre eux n’ont pas cette chance. Ils se retrouvent dans l’incapacité de dormir, pris au piège dans un phénomène connu sous le nom d’anesthésie éveillée. Les victimes sont complètement paralysées et ne peuvent appeler à l’aide, elles sont… éveillées.

Suspens et glamour au menu de ce film au budget plutôt étriqué (à peine neuf millions de dollars) où certaines scènes chirurgicales sont montrées en gros plan mettant le spectateur dans un état de stress permanent ou ayant presque la désagréable et douloureuse impression de ressentir le coup du scalpel c’est dire. Enfin, on n’oubliera pas de souligner la présence d’une Lena Olin (qui ravit la place à Sigourney Weaver et Helen Mirren) toujours aussi belle et surtout véritable star du film, un comble !
Amateurs de thriller glamour aux twists détonants, ce film est pour vous, en vente ou en location dès cette semaine.

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PREVIEW DTV - Outpost

Nazis zarbis

Des mercenaires ont pour mission d’escorter un homme jusqu’à un vieux bunker allemand datant de la seconde Guerre Mondiale situé en Europe de l’Est. Une fois sur place, ils découvrent que les lieux ont servi de laboratoire pour des expériences scientifiques destinées à créer des soldats SS invincibles. Mais le bunker est-il vraiment abandonné ?

Premier long métrage de Steve Barker, Outpost s’inscrit dans la directe lignée très à la mode du survival horrifique qui met aux prises des mercenaires surentraînés et une kyrielle d’ennemis tantôt monstrueux tantôt bien réels qui transforment leur expédition en une course effrénée vers une mort inéluctable. Un terrain que les Anglais connaissent bien et maîtrisent, les récents Dog Soldiers et Wilderness suffisent à en étayer la thèse. Sauf que, en l’occurrence, le huis clos s’avère encore plus poignant, Barker délaissant la sempiternelle cabane au fond du jardin chère à Laurent Gerra pour situer son action dans un bunker désaffecté, lieu privilégie pour faire naître l’angoisse, la place symbolisant déjà via son architecture labyrinthique et son engoncement souterrain le fait que les mercenaires sont acculés et ne peuvent que compter sur cette mini-forteresse imprenable. Sauf que, afin de créer une tension encore plus épaisse, le cinéaste opte pour des ennemis irréductibles, sortes de mix entre des apparitions spectrales super vénères et des zombies invincibles, capables de se matérialiser à tout moment au sein du bastion. D’autant que leur statut de morts-vivants complique considérablement la tâche comme le souligne la tagline "L’horreur ne meurt jamais".

Tourné durant l’hiver 2007 dans la région de Glasgow en Ecosse, le métrage recourt à ces paysages de désolation aux arrière-plan automnaux qui achèvent de doter l’ensemble d’une aura poisseuse que les parois du bunker suffisaient à retranscrire. Usant à merveille des lieux minimalistes dont il dispose, Barker recourt à ces décors anxiogènes pour installer une tension omniprésente que ne viennent nullement contrecarrer les flash-backs explicatifs qui replongent les protagonistes dans une rétrospective historique sur les exactions nazies de la Deuxième Guerre Mondiale, symbole de l’intérêt de l’auteur d’exploiter la filière hitlérienne jusqu’au bout et de ne pas se confiner à en user comme d’un faire-valoir désincarné. D’autant que les dites images projetées accentuent la férocité et l’inhumanité des ennemis qui se postent à l’extérieur et apparaissent ponctuellement dans un épais brouillard qui magnifie leur entrée en scène autant qu’il appuie l’anxiété ambiante. Une leçon autant photographique que scénaristique aux précédentes incursions dans ce domaine largement exploité mais loin d’être épuisé dont nanars et navets d’un autre temps avaient fait leur chou gras (Le lac des morts-vivants et Le Commando des morts-vivants, notamment).

A la tête de cette bande de têtes brûlées, on retrouve un habitué des films d’action, Ray Stevenson. Vu récemment dans Le Roi Arthur et dans la série Rome, il a depuis repris le rôle de Franck Castle alias le Punisher dans la séquelle du film de Jonathan Hensleigh et qui se voit accompagné de frères d’armes convaincants : Richard Batman begins Brake, Julian L’exorciste au commencement Wadham et Paul Blair.

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PREVIEW DTV - BTK

Bin, torture and kill

La frontière entre la réalité et la fiction s’épaissit ou s’amincit selon les tendances du moment, la première rattrapant bien souvent la seconde en matière d’épouvante. Ainsi, les films relatant les exactions de célèbres serial-killer emplissent-ils abondamment le panier de la ménagère de moins de cinquante ans, poussée par les insatiables envies de son aîné (heureusement que c’est une chronique écrite pour éviter toute ambiguïté) désireux de voir croître de manière exponentielle sa dvdthèque. Il faut dire que les oeuvrettes précitées constituent une large part du marché des livraisons bisseuses dites « à suspense » dont certaines productions se sont d’ailleurs fait une spécialité. North American Entertainment, parmi tant d’autres, puise allègrement dans les dossiers judiciaires de ces dernières années pour alimenter les caisses de sa trésorerie, transformant tel des alchimistes cinématographiques les chemises cartonnées des archives des milices locales en un vivier intarissable propice à l’accouchement sur pellicule . Après avoir dépeint les meurtres sanglants d’Ed gein dit « le boucher », le sanguinolent massacre de Richard Speck dans une résidence estudiantine et les exactions lubriques de Ted Bundy dit « le tueur de femmes », la production s’attache pour l’heure à un autre tueur en série qui fit couler énormément d’encre aux Etats-Unis durant une trentaine d’années.

En l’occurrence BTK, alias sous forme d’acrostiche dont s’est personnellement affublé le serial killer lors de ses correspondances avec les forces de l’ordre, ces mêmes correspondances qui l’amèneront à sa perte. Bind them, Torture them, Kill them (Ligote-les, Torture-les, Tue-les), trois étapes qui sont autant de jalons obligatoires composant un seul et même processus utilisé pour chacune de ses victimes qui relèvent pour la plupart de la gente féminine. Névropathe profond présentant le syndrome de la double personnalité bien qu’un état de conscience intermédiaire l’entraîne dans un purgatoire quotidien, Dennis L. Rader n’en était pas pour autant l’un de ces déglingués du ciboulot qui prend un plaisir quasi onanique à lire Le Monde confortablement assis dans ses propres déjections. Respectable et respecté, Rader mène une vie paisible entouré de ses deux filles et de sa femme dans le Kansas où il exerce le job d’employé communal, chargé de veiller sur la bonne tenue de la communauté. Un travail pour lequel Rader est bien loin de camper l’employé-modèle, les anciennes victimes de ses foudres témoignant de ses méthodes inhumaines (il aurait euthanasié un chien) et de sa morale trop stricte. Néanmoins, ce poste lui convient pleinement en ce sens qu’il lui sert de couvertures pour certains enlèvements et contrebalance quelque peu ses fureurs nocturnes en faisant drastiquement et inflexiblement respecter la loi. Garant de la loi humaine, Rader pousse le vice jusqu’à faire sienne celle qualifiée de divine. Croyant assidu de la paroisse luthérienne, il est bientôt propulsé au titre de président du Conseil de rassemblement de son église et démontre une fois de plus son incorruptibilité profonde tout en faisant montre de sa morale à peine écornée par les cadavres qu’il entasse aux quatre coins de l’Etat. Il faudra attendre le mois de février 2005 pour que le tueur en série soit démasqué. Dans une de ses correspondances, Rader envoie à la police qui a su le mettre en confiance une disquette informatique contenant des informations. Après examen de ladite disquette, les forces de police locales mettent le grappin sur le meurtrier. Il est jugé la même année pour l’assassinat de sept femmes, un homme et deux enfants et écope de dix peines d’emprisonnement à vie consécutives qui lui permettent d’accéder à la liberté conditionnelle dès février 2180.

BTK fait suite à deux autres adaptations biographiques qui ont été édifiées à partir des crimes singuliers de Dennis Rader (les bien nommés BTK Killer d’Ulli Lommel et le téléfilm sur son arrestation intitulé The Hunt for the BTK killer). L’œuvre du scénariste et réalisateur Michael Feifer (producteur, scénariste et réalisateur des films sur Bundy, Speck, L’étrangleur de Boston (également distribué par Emylia au mois de mars) et Ed Gein émanant de la même firme), si elle comporte une large part de fiction, constitue cependant une transposition fouillée et documentée. Ainsi suit-on au gré du métrage une multitude de saynètes centrées sur le quotidien de cet être borderline, sans cesse à la limite entre sa prédestination au Mal et sa maniaquerie moralisatrice qui, une fois l’uniforme enfilé, le contraint à asséner aux contrevenants des amendes pour des délits plus que légers (qui a laissé son véhicule encombrer le trottoir de quatorze centimètres, qui n’a pas tondu sa pelouse selon la règle requise, qui laisse son cabot traîner dans les quartiers voisins). Délaissant le recul documentaire inspiré par certains de ses prédécesseurs (Henry, portrait d’un serial killer en tête), le cinéaste s’immisce au contraire dans les affres de la conscience du meurtrier pour tenter d’en extraire une certaine logique, celle d’un être paumé, un humain lambda torturé qui ressent sporadiquement le besoin viscéral d’enfiler la cagoule du bourreau sans pouvoir expliciter ce fantasme. Dans la peau de ce personnage atypique devenu mythique outre- Atlantique, le vétéran cascadeur Kane Hodder, bouffi comme pas deux et paré d’une moustache seventies, qui terrorise son voisinage du haut de son mètre quatre-vingts-dix. Un rôle qu’il s’approprie d’autant mieux qu’il est un habitué des slashers réels ou fictifs, puisqu’il s’est ensaché la tête pour incarner Jason Vorhees durant quatre épisodes de la franchise des Vendredi 13 et qu’il a revêtu les habits d’Ed Gein pour le compte du même Feifer deux ans plus tôt (sans compter son audition en Michael Myers pour les épisodes H20 et Resurrection.

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PREVIEW DTV - The Strangers

Hommage au slasher réaliste.

C’est cette semaine que sort chez nous le DVD The Strangers de Bryan Bertino qui passa totalement inaperçu dans l’hexagone et dans quelques salles seulement en Belgique. Étrange parcours que ce film qui connu un grand succès Outre-atlantique en mai 2008 malgré une date initiale prévue en juillet 2007 et repoussée régulièrement par Universal qui étonnement craignait que la concurrence estivale (Harry Potter, Die Hard 4) n’ait raison de son film pourtant budgétisé au minimum. Une campagne publicitaire calamiteuse qui porta donc préjudice en Europe malgré des annonces alléchantes et des avis pour le moins élogieux.

Présenté comme une œuvre inspirée de faits réels (sur les 1,4 millions de crimes violents qui se passent aux States y a de quoi faire !), The Strangers propose un casting trois étoiles avec Liv Tyler (tout juste sortie de la saga des Anneaux) et d’un Scott Speedman déjà vu dans le très décevant Anamorph. C’est l’inconnu et autodidacte Texan Bryan Bertino qui se retrouve aux commandes du film adapté de son propre scénario partant sans doute du principe qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Grand fan de Chainsaw et Halloween, le réal américain nous plonge dans l’horreur réaliste du fait divers sordide se déroulant à la campagne à l’écart de tout voisin. Choqué par le drame orchestré par Charles Manson et sa bande en 71, Bertino essaie de reproduire à l’écran cette gratuité sanglante et aléatoire commise par des psychopathes inconnus qui prennent d’assaut une propriété privée et bourgeoise pour assouvir leurs pulsions sectaires et folles.

Kristen McKay et James Hoyt se rendent dans la maison de vacances familiale de ce dernier au retour du mariage d’un ami. Alors qu’ils tentent de recoller les morceaux de leur amour fragilisé, les deux tourtereaux se retrouvent harcelés par des inconnus masqués de plus en plus insistants et dangereux. Un jeu du chat et de la souris qui malmène le spectateur dans un suspens terrifiant et sournois. Des nerfs mis à mal à l’instar d’un Ils de Moreau/Palud dont la comparaison sera inévitable au regard de certaines scènes. Les rôdeurs aiment jouer avec leurs victimes avant de passer à l’action.

The Strangers est un film captivant et classique grâce à une mise en scène très efficace qui devrait ravir les amateurs de slashers malsains et jusqu’auboutiste. Rappelons pour ceux qui aimeront le film qu’un deuxième opus est déjà annoncé pour 2010 et réalisé toujours par Bertino lui-même. Le début d’une nouvelle franchise ?

Le DVD de The Strangers sortira sous la bannière de M6 Vidéo dans un format 2.35 (16/9 Anamorphique compatible 4/3). La partie interactive comprendra des Scènes coupées (4mn52 en VOST) et un Making of (9mn11 en VOST) ainsi que quatre bandes-annonces M6...

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PREVIEW DTV - 3 psychopathes

L’avant-Décadence

Ils sont lâchés et ne connaissent qu’une religion : celle de Satan. Ils ne connaissent qu’un seul plaisir : celui d’éviscérer des victimes de leur vivant et de se servir de leurs tripes encore chaudes comme victuailles. Trois psychopathes qui écument les forêts à la recherche de nouvelles proies à sacrifier à la gloire du Malin, autant de bonnes raisons d’éviter les pique-nique en pleine nature...

Quelque peu à la traîne en matière de genre, la production cinématographique helvétique préfère se cantonner à un septième art plus classique, davantage auteurisant. Pourtant, alors que la Suisse entière est sous la coupe de cette homogénéisation artistique, un citoyen résiste encore et toujours à l’envahisseur. Son nom : Jean-Clément Gunter, alias JCG qui sévit, caméra à l’épaule, depuis les forêts genevoises et filme depuis son adolescence corps mutilés et appendices tranchés tandis que ses condisciples jouissent de leur puberté et effectuent d’interminables tours en moto pour séduire les minettes acnéiques. Ce que le cinéste avoue fièrement, épinglant le potentiel séducteur de sa machine portative : « Ca fait très frime une caméra ! Dans mon adolescence, j’aimais en effet faire autrement. Ne pas porter des habits à la mode par exemple, ça m’énervait de faire le mouton. Et je savais que réaliser ce film m’apporterait beaucoup pour plus tard. »

En attendant, deux ans entiers dévolus à cette première œuvre qui « a été un fabuleux apprentissage cinématographique ». Une kyrielle de dimanches passent à ce projet décalé d’un être en devenir, d’un cinéaste sur le départ. Une entreprise qui lui permet de faire ses armes tout en se permettant d’infliger d’affreuses blessures à des compères qui s’investissent à fond dans le projet et ne raillent jamais le réalisateur de quelques années leur cadet. Car, le scénar’ pour simpliste qu’il soit (trois psychopathes terrorisent une bande de jeunes en milieu sylvestre et dévorent les captifs en invoquant Satan) a été échafaudé par celui-là même qui a mis toute son âme et toute sa sueur au profit d’une œuvre de jeunesse dont il met volontiers en avant le côté amateur pour mieux stigmatiser la fierté à l’égard de ce premier jalon d’un parcours empreint d’autodidactisme et de débrouille, profondément ancré dans l’enceinte familiale de l’auteur puisque sa plus fidèle collaboratrice n’est autre que sa maman. Une mère qui produit, assiste son fils dans chacune de ses œuvres et met la main à la pâte lorsqu’il s’agit de concevoir les effets sanglants « avec du latex et du plâtre ainsi que du faux sang. Et j’avais une assistante de choix pour les préparations, ma maman ! D’ailleurs je pense que les effets spéciaux de mon prochain film seront conçus par moi-même. Ça va me rappeler le bon vieux temps. »

3 psychopathes se pose en l’occurrence comme un essai à-peu-presque émanant d’un auteur nubile dont les erreurs patentes sont d’emblée édulcorées par une excuse irréfragable, celle de la jeunesse. Œuvre prophylactique et annonciatrice de la relecture intitulée Décadence, 3 psychopathes regorge d’effets sanguinolents et offre plus qu’à son tour une belle dose d’effusions d’hémoglobine crapuleuses.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Après quelques hésitations, tu as finalement décidé d’éditer 3 psychopathes. Pourquoi avoir franchi le cap ?

Comme je le dis dans les bonus du dvd, vu le nombre de films amateurs qui sortent en dvd, je me suis dit pourquoi pas 3 Psychopathes. Je l’aime bien mon premier film et je voulais en faire quelque chose, qu’il soit vu par les gens qui le désirent.

Décadence est une actualisation du scénario de 3 psychopathes, une sorte de remake-séquelle. Ce projet te tenait apparemment à cœur pour que tu le reprennes des années après ?

Oui très à cœur. Comme 3 Psychopathes n’était pas un film abouti, je voulais vraiment refaire cette histoire mais différemment, avec plus de moyen, plus de temps, plus d’argent et avec un autre scénario afin que je puisse commercialiser cette histoire de psychopathes.

Alors que la plupart des ados draguent les filles et friment en mobylette, tu te balades la caméra à l’épaule et réalises un film. Une façon de te distinguer des autres ?

Oui peut-être un peu et puis ça fait très frime une caméra ! Dans mon adolescence, j’aimais en effet faire autrement. Ne pas porter des habits à la mode par exemple, ça m’énervait de faire le mouton. Et je savais que réaliser ce film m’apporterait beaucoup pour plus tard. Je ne me suis pas trompé car 3 Psychopathes a été un fabuleux apprentissage cinématographique.

Le tournage de 3 psychopathes s’est échelonné sur deux ans avec des séances de tournage dominicales. Pas honteux de filmer des atrocités cannibales le jour du seigneur ?

Non absolument pas et pourtant je suis croyant. Ça doit faire partie de mon caractère contradictoire. J’aime assez ce qui ne va pas ensemble.

Malgré le budget rachitique, 3 psychopathes fournit une kyrielle d’effets gore. Comment avez-vous bricolé ceux-ci ?

Avec du latex et du plâtre ainsi que du faux sang. Et j’avais une assistante de choix pour les préparations, ma maman ! D’ailleurs je pense que les effets spéciaux de mon prochain film seront conçus par moi-même. Ça va me rappeler le bon vieux temps.

Quand est née ta passion pour l’horreur ?

Et bien quelques mois avant de réaliser 3 Psychopathes, lors de mon tout premier abonnement à un vidéo club. Je me souviens encore de l’odeur des boîtiers en plastique des VHS au rayon horreur. Les deux premiers films que j’avais loués étaient Critters et Terror Vision. Des films cultes !

JCG production édite tes films ainsi que le Vacuum killer de Doctor Chris. Une obligation due au refus des distributeurs ?

Un plaisir avant tout et il est vrai que ce n’est pas facile de trouver des éditeurs dans les pays francophones pour ce genre de production. Mais ce n’est pas JCG Production le distributeur principal, nous avons des distributeurs qui s’occupent de la vente en magasins comme par exemple à la Fnac, Virgin, etc. JCG Production est éditeur avant tout et distribue uniquement dans quelques boutiques et sites Internet.
Les choses évoluent maintenant avec le film Décadence pour commencer qui va sortir en dvd aux USA puis dans d’autres pays grâce à une entreprise américaine avec qui j’ai signé un gros contrat. Je pense que La Forêt des Démons et Vacuum Killer devraient suivre le même chemin très bientôt.

Katina Lorzino occupe différentes fonctions sur tes œuvres depuis tes débuts. Comment se passe votre collaboration ?

Très bonne collaboration c’est une femme charmante et professionnelle et c’est en plus ma maman !

Où en sont Décadence 2 et L’enfer des démons ?

Les scénarios sont pratiquement terminés. Je ne sais pas encore quel film sera tourné en premier. Vous pouvez suivre l’évolution des projets sur le site officiel : www.jcgproduction.com. A très bientôt !

(Interview réalisée par Damien)

PREVIEW DTV - The Boston strangler

Albert DeSalvo’s story

Albert DeSalvo subit une éducation peu enchanteresse. Contraint par son père de le regarder culbuter des tonnes de prostituées dès son plus jeune âge, soumis à l’apprentissage du vol, le jeune garçon devient un délinquant précoce. Animé par de violentes pulsions sexuelles, le jeune DeSalvo s’adonne dès l’âge de 8 ans à la fornication en compagnie de filles de joie et d’homosexuels. Adolescent, il décoche des flèches sur les chats du quartier, moleste de pauvres passants et se voit interné dans une maison de redressement suite à un cambriolage. Un curriculum très lourd qui n’est rien en comparaison des crimes dont sera accablé DeSalvo par la suite. Incarcéré à de multiples reprises, le meurtrier est suspecté dès 1965 d’être L’étrangleur de Boston qui sévit dans la ville entre juin 1962 et janvier 1964, laissant derrière lui treize cadavres de femmes, toutes étranglées à l’aide d’un bas et accessoirement violées. Son assassinat en prison, à l’instar de celui d’un certain Lee Harvey Oswald, laisse planer le doute sur sa culpabilité réelle. De même que les traces d’ADN retrouvées sous les ongles d’une victime qui appartenaient à deux individus différents... dont DeSalvo ne faisait pas partie. Bouc-émissaire idéal ou copycat manchot, une question à laquelle le métrage de Feifer tente de fournir une piste...

Une histoire macabre qui dépasse le cadre du simple fait divers pour marquer de son empreinte l’imaginaire collectif. Au point que ses exactions ont inspiré de nombreux artistes dont Richard Fleischer qui réalise en 1968 L’Etrangleur de Boston tandis que les Rolling Stones composent une chanson tirée de cette morbide affaire, Midnight Rambler. DeSalvo reste aujourd’hui encore l’une des plus mythiques icônes parmi les serial killers américains qui comptent un panthéon des plus impressionnant où figurent Ted Bundy, Ed Gein et autres Richard Speck (j’ai sciemment omis de mentionner Hannibal Lecter et les Teletubbies). Michael Feifer, producteur de North American Entretainment, décide d’ajouter le biopic fictionnel de ce meurtrier sanguinaire à son tableau de chasse, déjà alimenté par les biographies d’Ed Gein, de Ted Bundy et de BTK. Après avoir attribué les rôles de Bundy et Speck à une ancienne gloire télévisuelle (Corin Nemec, héros de Parker Lewis, également dans le casting pour l’heure), le réalisateur-scénariste-producteur-assistant machine à café attribue pour le coup le rôle de l’assassin à une autre révélation du petit écran, à savoir David Faustino, fils d’Al Bundy dans le sitcom Marié, deux enfants. A ses côtés, Andrew Divoff, déjà aux trousses de Richard Speck dans le métrage de Feifer, revêt de nouveau l’uniforme et campe l’inspecteur John Marsden en charge de l’affaire. Deux personnages charismatiques que le cinéaste suit en parallèle, dispersant son intrigue entre la lente évolution d’une enquête en impasse et le quotidien pénitentiaire du présumé étrangleur.

L’œuvre s’engorge d’ailleurs habilement dans les méandres d’une intrigue jamais clairement dévoilée, l’auteur préférant laisser planer le doute via une trajectoire équivoque. En ce sens, les exactions dudit assassin se voient autant voilées que le visage de l’étrangleur lors de ses échauffourées avec les femmes récalcitrantes, à l’une ou deux exceptions près. De même, l’inspecteur en charge de l’affaire est présenté comme un être en plein doute qui trouve en ce DeSalvo quelque peu mythomane, copycat maladroit, le parfait suspect pour lui permettre de clore ses investigations chaotiques. De son côté, le présumé étrangleur se lance dans un deal étrange avec son co-détenu devenu son mentor afin de s’attribuer la paternité des crimes. Des discussions qui composent le nœud de l’intrigue et permettent de constater l’étonnante interprétation de Faustino qui campe un DeSalvo manipulateur, menteur et criminel, apparemment plus à l’aise dans la tchatche que dans le crime. Une peinture ombrageuse et fictionnelle qui laisse libre cours à l’interprétation et fournit une alternative intéressante aux faits avérés.

Cinquième lecture pour Feifer de ces fabuleux destins de serial killer américains qui entre en ce moment-même en post-production du sixième épisode centré sur Henry Lee Lucas dont la sanglante destinée avait déjà été dépeinte dans le sensationnellement glauque métrage de John McNaughton avant que Chuck Parello ne lui offre une séquelle. Une revisite des icônes meurtrières qui permet au cinéaste d’exhumer dans le même temps quelques comédiens émérites tombés dans les ténèbres.

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PREVIEW DTV - Reeker 2 : No man’s land

La pestilence revient

Dans la Vallée de la mort, un serial killer surnommé le Vagabond entasse les cadavres afin de satisfaire l’appétit insatiable des charognards qui l’entourent. Arrêté par un policier dans sa bicoque aux relents mortuaires, le meurtrier est condamné à la chambre à gaz mais revient bientôt sous la forme du Reeker hanter les plaines désertiques. Emissaire du démon, témoin de Satan, le Reeker détruit tout sur son passage au grand dam des cloportes qui se sont aventurés dans la région…

Heureux du succès obtenu par Reeker, Don Dunn et Tina Illman (accessoirement l’épouse du cinéaste) permettent à Dave Payne d’accoucher d’une suite au flick tendance splatter livré trois ans plus tôt qui reposait uniquement sur de nombreux effets gore et sur un twist niais déjà emprunté par nombre d’œuvres précédemment, notamment le sympathique Dead end d’Andrea et Canepa (moi, si !). Cette suite bénéficie d’un tournage sous le soleil de plomb californien pour un budget tout aussi dérisoire que pour le précédent volet (2 millions de dollars). Devant l’impossibilité de fournir une séquelle digne de ce nom, Payne, qui cumule à nouveau les postes de scénariste et de réal et évente les comédiens entre deux prises, opte pour un antépisode révélateur, imitant ainsi le récent exemple de l’imbuvable préquelle Motel 2. Centrée sur les exactions de son boogeyman (un ancien vendeur de porte à porte reconverti en serial killer), l’entame de l’œuvre laisse augurer un retour aux sources jubilatoire sous forme de parcours initiatique de ce malade qui prétend être tributaire d’une mission dictée par des voix inaudibles. Abandonnant là les similitudes avec le Jeanne d’Arc de Besson, le réal offre, en guise de réjouissance, des démembrements, désossements et dépiautements en tous genres opérés sur un shérif préretraité et son rejeton, un Cocheese aventureux, une serveuse peroxydée, trois braqueurs à la petite semaine et une doctoresse aux formes avantageuses.

A ces personnages qui ne constituent en fin de compte qu’un nouveau troupeau de cobayes pour les crochets aiguisés de son monstre sanguinaire, Reeker 2 préfère les dissections, les destructions de masse et les effusions sanglantes. L’attirail entier des effets sanglants qu’il affectionnait déjà dans sa livraison précédente est réutilisé pour le coup via le savoir-faire de Graham Denman (Starship trooper 3, Alien raiders) qui s’échine à composer quelques moments de boucherie assez mémorables (un bandit étêté, un malade opéré à cœur ouvert). Niveau casting, le gratin télévisuel est convié à ces massacres organisés : Mircea Drive Monroe, Valérie Nip/Tuck Cruz, Lyne Les Experts Odums, Stephen General hospital Martines et Michael Veronica Mars Munley, accompagnés pour l’heure de Lew Temple, un habitué du genre aperçu dans les Devil’s Rejects et Halloween de Rob Zombie.

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PREVIEW DTV - Planète hurlante 2

Allo Sirius, nous avons un problème...

Treize années après les événements de Sirius 6B durant lesquels des Hurleurs de plus en plus perfectionnés viennent à bout d’une poignée de Terriens qui avaient miraculeusement survécu, une nouvelle équipée est délestée sur la planète maudite pour voler au secours d’un mystérieux survivant. Asiriusissant quelque part entre une mer de sable et un énorme rocher communément appelé « énorme rocher » par les géographes de la planète, les membres du vaisseau salvateur débarquent sur un caillou toujours infesté par les fameux Hurleurs. Une domination qui fait mentir les statistiques foireuses de scientifiques bien peinards sur leur planète Terre desséchée. Problème : les Robinsons qui ont émis le signal SOS s’avèrent être des êtres hostiles qui canardent les sauveteurs de fortune, déjà bien en mal de venir à bout des bêbêtes high-tech vénères comme pas deux…

Planète hurlante, honnête bisserie science-fictionnelle, faisait son apparition il y a déjà treize ans sous la houlette du canadien Christian Duguay. Depuis, les choses n’ont que peu évolué. La planète désertique ne s’est agrémentée d’aucune nouvelle variété botanique et les Screamers mènent invariablement la vie dure aux derniers habitants qui n’osent plus croire en un potentiel retour sur la planète bleue. S’affranchissant totalement de la nouvelle originelle que le premier opus avait déjà complètement déformée (merci O’Bannon et Tejada-Flores) et abandonnant le contexte SF, Planète hurlante 2 (Screamers : the hunting, en version originale) s’illustre plus précisément dans le domaine de l’horreur. La péloche, dont le budget est semblable à celui du premier épisode suite à une diète drastique, délaisse ainsi les circonstances géopolitiques interplanétaires et n’évoque que rarement les événements retranscrits à l’écran par Duguay pour se concentrer essentiellement sur les attaques des Hurleurs à l’égard des libérateurs fraîchement débarqués. De véritables machines de guerre qui non seulement ont manqué de s’ensommeiller mais ont profité de l’inactivité de la surface pour se régénérer peinardement et faire évoluer leur métabolisme anthropomorphique. Plus cruelles encore, plus insidieuses que jamais, les machines de guerre aux compositions anatomiques surprenantes s’avèrent plus abouties que jamais, ayant acquis la possibilité de prendre l’apparence de leurs proies.

Aux légitimations verbales indigestes du modèle qui envahissait sporadiquement le terrain de la SF avec une mollesse considérable se substitue donc une oeuvrette horrifique plutôt rythmée et réjouissante, eu égard des nombreuses éviscérations, décapitations et démembrements dont souffrent des victimes non consentantes transformées en véritables souffre-douleurs. Sheldon Wilson, dont le CV comporte déjà les titres L’écorché et Kaw, hommage pubertaire aux Oiseaux hitchcockiens, se distingue formellement du modèle par son approche de l’acton qu’il soutient efficacement, ne s’enfonçant pas dans l’illisibilité du modèle bien qu’il retombe aveuglément dans les parties de cache-cache un peu rasoir de l’œuvre originale. Car, s’acharnant sur le filon échafaudé précédemment, Planète hurlante 2 profite de la potentialité extraterrestre de chaque protagoniste pour rejouer la carte de la parano et instaurer du même coup une espèce de tension qui ne fonctionne jamais véritablement. En guise de viatique, le film propose quelques clins d’œil au Alien de Scott (le souffle O’Bannon toujours en action ?), offrant notamment en pâture un Lance Henriksen finalement pas androïde pour un sou (merde quoi, j’avais parié moi ! Maintenant, vais devoir m’enfiler l’intégrale de Lorie ! ) et jouant sur l’effet claustrophobique dans l’espace restreint du vaisseau.

Sous la coupe de Wilson se retrouvent donc Gina AVP2 Holden, Jana Speed Racer Pallaske, Greg Saw V Bryk et Lance Millenium Henriksen auxquels prêtent l’oreille quelques seconds couteaux télévisuels. Seul survivant de la première épopée, le scénariste Miguel Tejada-Flores qui s’échina entre-temps sur les scripts des yuznens Beyond Re-Animator, Faust et Rottweiler.

PREVIEW DTV - Blood island

Lady vengeance 2.0

Grand Prix à Gérardmer et premier long métrage du coréen Cheol Soo Jang, Bedevilled porte en germe l’amorce de l’œuvre d’un cinéaste à suivre. Jeune, jolie, égocentrique et disons-le, au bord de la crise de nerfs, Haewon se voit contrainte par son patron de partir en congés. Elle décide alors de retourner sur l’île de son enfance. Là-bas, elle retrouve Bok-Nam, son amie de l’époque, soumise à la tyrannie matriarcale de ses vieilles tantes et réduite, par son mari, à l’état de simple objet sexuel. Seule sa fille, fragile et innocente figure, lui permet d’affronter ce lot quotidien. Lorsque la jeune femme supplie Haewon de l’aider à s’échapper, celle-ci refuse et ferme les yeux. C’est précisément dans ce refus de voir que vont s’incarner, avec beaucoup d’intelligence, la dualité du film et son basculement formel, du drame social au pur revenge movie. Sous couvert de raconter la retraite forcée d’une citadine, Bedevilled entend surtout mettre en balance deux extrêmes de la nature humaine et prouver par la violence, l’impossibilité d’un équilibre.

Si les distributeurs français ont jugé bon de traduire Bedevilled par Blood Island, peut-être pourrait-on, pour commencer, préciser le sens de ce titre énigmatique. Littéralement « tourmenté », le long métrage porte d’emblée la marque d’un déséquilibre, l’esquisse d’un vertige. Indubitablement, il s’agit pour Cheol Soo Jang de mettre en scène un glissement, celui d’un personnage à un autre d’abord, mais aussi et surtout, d’un genre à un autre. L’esthétique ultra codifiée de l’opposition constitue de fait le cœur du film et s’incarne tant sur le plan narratif qu’en termes d’images et de rythme. Il y a d’abord les deux portraits de femmes : Haewon, froide et mutique, Bok-Nam, dont la chair et le regard portent les stigmates de la douleur et du chagrin, de la vie et de l’organique en somme. A mesure que l’histoire évolue, celle-ci en devient logiquement le personnage principal. Clef de voûte de l’évolution narrative et structuraliste du film, elle cristallise en creux la fièvre et l’urgence d’un cinéma de genre que l’on refuse de voir s’aseptiser. Suintant la violence - morale, physique et finalement graphique -, Bedevilled frappe par son désenchantement et son cynisme. En opposant ainsi deux modes de vie (l’urbain et le rural), deux Xanadus et deux héroïnes, Cheol Soo Jang nous livre quelque chose d’un Art Poétique et en appelle à la préservation d’un cinéma effectif, celui-là même qui pousse le spectateur dans ses retranchements et l’oblige à réagir. En sa qualité de pantin, de personnages vitrine d’une société désincarnée, Haewon s’impose comme le relai dans l’image d’un public à proscrire : sur elle, glissent sans heurt la violence et les excès, comme glissent les images sur le mauvais spectateur. Le basculement et la rédemption finale sont donc au service de la mutation, au sein du film, du statut de l’expérience spectatorielle : par le glissement de genre, par le surgissement du gore et de l’horreur, Cheol Soo Jang s’insurge contre l’inanité de la production courante, et proclame la victoire d’un cinéma brutal et intransigeant qui sonde le cœur de l’homme et des sociétés qu’il construit pour en faire émerger les pulsions morbides les plus refoulées.

Privé d’une sortie en salle, Bedevilled débarque cette semaine en dtv. Distribué par Distrib Film, l’édition dvd s’avère finalement assez décevante et peu complète. Simplement agrémentée d’une présentation par Charles Tesson et d’une galerie photos, le long métrage aurait pu bénéficier d’un traitement un peu plus heureux quant aux suppléments. Compte tenu cependant des qualités formelles et narratives dont il fait preuve, Bedevilled s’impose presque comme un incontournable vidéo, dont les amateurs de revenge movie féministe, et les fervents défenseurs du jeune cinéma asiatique auraient tort de se priver. A vos machettes et portefeuilles le 3 mai.

PREVIEW DTV - WAZ

Génétique pessimiste

Le cadavre d’une femme enceinte est retrouvé dans une benne à ordures le long d’un port avec une inscription inscrite dans la chair de son ventre. Trois lettres : WAZ. Intrigués par ce crime atroce, les enquêteurs se mettent à rechercher le petit ami de la victime, un dangereux dealer et maquereau qui constitue le parfait coupable. Lorsqu’ils découvrent le cadavre de celui-ci balançant au bout d’une corde dans un immeuble insalubre, Eddie Argo et Helen Westcott commencent à envisager la thèse du serial killer aux plans machiavéliques qui pousse ses victimes à électrocuter un être cher en échange de la vie…

Antérieur au script du Saw de James Wan, le scénario de Waz semble pourtant, dans un premier temps du moins, frappé par l’atavisme des exactions du tueur au puzzle. Appariement apologique qui s’avère pourtant réducteur pour l’œuvre de Shankland, la catégorisant en un vulgaire torture-porn opportuniste surfant sur une vague en plein déclin (les épisodes de la franchise Saw voient leurs scénars se réduire à peau de chagrin au fur et à mesure des élagages). Or, Waz (W Delta Z pour être plus précis et pour éviter toute ambiguïté pour ceux qui s’amuseraient à y entrevoir une anagramme falsifiée des meurtres de Jigsaw) outrepasse le stade de l’horreur frontale sanguinolente et lui préfère une suggestion finement maîtrisée, davantage tétanisante. Embarqués dans les quartiers les plus cradingues de la ville, Eddie, flic corrompu aux nombreux paradoxes moraux et Helen, jeune recrue fébrile subissant les évocations salaces de ses collègues, fréquentent la lie de la société recluse dans ces banlieues ténébreuses où le crime devient la seule religion. Peinture glauque d’un microcosme suburbain inquiétant tout aussi peu glorieuse que celle des inspecteurs qui les coursent et tentent d’enrayer les desseins destructeurs du mystérieux tueur en série qui sème pièce après pièce d’un puzzle difforme.

Jalonnée de quelques rebondissements crédibles (la mode de la torsion indigeste à l’aune de laquelle toutes les œuvres sont désormais mesurées), l’intrigue s’épaissit peu à peu et accule doucement les personnages dans une impasse physique et symbolique. Un cul-de-sac où l’humanité se déshumanise sous couvert d’illusions proprement bipédiques à l’instar du meurtre de sang froid perpétré par l’une des créatures de l’ombre interrompu par un appel téléphonique durant lequel un semblant de bienveillance transparaît. Réduit à son plus simple appareil, à savoir un agencement de gènes, l’être humain ne peut se défaire de l’emprise du gène égoïste attestée par l’équation de Price (dont est inspiré l’intitulé du métrage) pour le coup reformatée en légitimation biologique par un bourreau habité par un insatiable désir de vengeance.

Dotée d’un casting irréprochable dominé de la tête et des épaules par un Stellan Skarsgård défroqué et la séduisante Melissa George qui livre une prestation légèrement plus convaincante que dans le récent remake Amityville Horror, WAZ possède une multitude d’arguments qui en font l’un des meilleurs polars-thrillers de ces dernières années, compte tenu de l’apparente absence de prétentions de l’œuvre et de la qualité formelle et scénaristique de celle-ci.

LE TRAILER

PREVIEW DTV - Outlander

Predator versus Vikings

Durs comme le roc, aussi épais qu’une statue rhodéenne, les Normands, ces tribus barbares qui envahirent nos contrées pour piller nos églises et violer nos épouses (ou plutôt celles de nos ancêtres), sont avant tout de redoutables guerriers qui manient la hache avec autant de dextérité que Maïté le hachoir. Bariolés de peintures de guerre, flanqués de barbes drues rousses, héritiers d’une éducation belliqueuse, les Vikings plongeraient dans l’effroi une armée de Troyens bodybuildés (à la Petersen). Pourtant, ils trouvent incontestablement leur maître dans le Moorwen, créature extraterrestre à l’inépuisable furie.

Transposition libre du Beowulf originel, Outlander subit une refonte prématurée qui le contraint à s’éloigner du matériau de base pour épouser une trame plus volage. Suite à l’annonce d’une nouvelle adaptation cinématographique du poème épique puisant sa source dans la légende, Howard McCain change ses plans et affuble chacun de ses personnages de patronymes divers afin d’ôter toute ambiguïté. Le métrage se voit donc rebaptisé dans la foulée du nom d’Outlander faisant référence à l’apostrophe récurrente proférée à l’encontre de l’étranger messianique censé délivrer les peuplades barbares de l’alien dévastateur. Kainan, au terme d’un voyage spatiotemporel à bord d’une capsule aéronautique, débarque en terre nordique en compagnie du Moorwen, monstre cameleonesque qui semble tout droit provenir de la proue d’un drakkar viking. Une créature hideuse qui se nourrit de vengeance à l’égard de la race humaine qui a éradiqué ses cousins sur une planète lointaine alors peuplée de ces prédateurs, situés au sommet de la pyramide alimentaire.

Dans le costume fort seyant du rédempteur qui lutte contre sa némesis, Jim Caviezel, dont le physique contraste avec celui de ses contemporains aux atours plus abrupts, incarne une figure héroïque tantôt ferme tantôt légère. Mannequin en armure aux muscles saillants, Kainan lutte pour la survie de la veuve et de l’orphelin, s’enamoure de la fille du roi qu’il convoite en secret, prend sous son aile un oublié de Dieu et pactise avec l’ennemi afin de se racheter une conduite face à la faute originelle causée par sa faute. Doté d’une large cuirasse, le guerrier endosse la responsabilité complète de ses compatriotes apatrides et lutte contre d’inatteignables chimères en nourrissant le dessein de sauver l’humanité entière. A ses côtés, une pléiade de valeurs sûres pour l’épauler excellent chacun dans son registre : Ron Perlman en ennemi désabusé aux méthodes guerrières sanglantes tandis que le vétéran John Hurt se la joue patriarche bienveillant garant de la sagesse. Et face à cette équipée impressionnante, une bête visuellement étourdissante, rendue par un Tatopoulos aguerri aux gros budgets du genre qui peut se targuer d’avoir cravaché sur les effets spéciaux d’Underworld, des Ruines et de Silent Hill.

Croisement étonnant entre les Predator et Le 13ème guerrier de McTiernan mâtiné d’un Braveheart, Outlander livre une épopée intéressante qui fait se croiser, l’espace d’une œuvre, des guerriers sans peur et sans reproche et une monstruosité un brin vénère qui se repaît tranquillement de bouillie humaine (sans paille, s’il vous plaît).

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Plus d’infos sur ce film

Preview DTV - Spirit trap

Piégés à l’intérieur

Tom, Adèle, Jenny et Nick emménagent dans une ancienne pension. Sur place, ils rencontrent Tina, une mystérieuse locataire. Mais suite à la manipulation d ?une étrange horloge, des évènements de plus en plus inquiétants se produisent dans la maison. Des esprits malfaisants prennent possession des corps et montent les étudiants les uns contre les autres. Quitter la pension devient une question de vie ou de mort ?

Réalisateur de seconde équipe de Tooth, une comédie édentée, et de documentaires, David Smith poursuit avec Spirit trap une vague histoire de fantômes mille fois ressassée afin de se payer sa première incursion dans le format long. Au centre de l’histoire, un groupuscule de nantis dont les figures peu charismatiques ne se décollent jamais des clichés habituels. Pâles copies des oeuvrettes précédentes exploitant le même filon, ceux-ci se déclinent en autant de caractères convenus et désincarnés à force d’être utilisés : l’allumeuse au corps tape-à-l’œil, le dealer de coke continuellement dans un état second, le nigaud et la nigaude qui nourrissent des liens de plus en plus étroits et la nana paumée quasi fantomatique sur laquelle repose l’aura mystérieuse du métrage). Conventionnel dans son cadre (la baraque aux planchers qui craquent), Spirit trap l’est tout autant en ce qui concerne son intrigue, cousue de fil blanc, dont la parenté avec d’autres pelloches de genre (le thaïlandais Six en tête) amène une douloureuse suspicion. Les portes claquent, les horloges se remettent en route, la baignoire déborde, les disparitions s’accumulent, autant de poncifs entraînant les survivants dans une semi-paranoïa étouffée par une course inerte vers une explication rationnelle. Sporadiquement, le script érigé par Phil O’Shea (Vampire Diary) ouvre certaines pistes intéressantes mais s’entête à ne les explorer qu’en surface, discréditant ainsi quasi simultanément les potentialités mystérieuses que recouvre l’une ou l’autre situation (les mises en garde de la défunte mère ou du frère noyé).

S’immisçant dans le passé des personnages brossés, le métrage présente quelques revers intéressants, en apparence seulement. Chaque acteur au sein du manoir hanté possède un cadavre dans le placard, tantôt suite à une négligence d’autant plus pardonnable qu’elle est imputable à l’innocence enfantine, tantôt après un meurtre atroce fomenté de longue date par un être machiavélique assoiffé de vengeance. Une fouille jamais complètement exploitée qui ne se pose finalement que comme un procédé pas très finaud pour stigmatiser la figure patibulaire du métrage, déjà cristallisée par sa dépendance aux psychotropes et par son attrait pour les corrections maritales en bonne et due forme.

Tout juste l’oeuvre permet-elle de revoir à l’action une pléiade de seconds couteaux aux visages connus. Ainsi Billie Piper à la bouche du même nom, chère aux fans du Docteur Who, Luke Mably (28 jours plus tard), Sam Troughton (Alien vs Predator) et la mmmh Emma Catherwood subissent-ils bon gré mal gré la douloureuse loi du Ouija non maîtrisé et se voient-ils transformés en chair à canon pour une baraque dévoreuse de carcasses.

LE TRAILER

PREVIEW DTV - Hansel et Gretel

Le conte revisité version Yim Pil-sung

Eun-Soo va bientôt être papa. Partagé entre ses nouvelles responsabilités qu’il a du mal à assumer et celles qu’il a envers sa mère malade au chevet duquel il se rend lorsqu’il a un accident de voiture. Emergeant de l’inconscience, il aperçoit une jeune fille vêtue de blanc et d’un chaperon rouge qui va le guider à travers une sombre forêt vers la maison familiale. Là, il découvre un couple aux sourires trop francs mais aux comportements tendus et la petite sœur et le frère taciturne qui semble avoir l’ascendant sur tout ce petit monde. Pas de maison en pain d’épices mais la nourriture est presque exclusivement composée de pâtisseries aux couleurs chatoyantes. De toute façon, il ne passera qu’une nuit puisque dès le lendemain matin, il repartira sur le chemin pour rejoindre la route. Problème : ses pas le ramènent invariablement vers cette demeure…

Contrairement à ce que l’intitulé merveilleux laisserait présager, Hansel et Gretel ne consiste nullement en une relecture asiatique du conte des frères Grimm. Bien que ledit conte joue un rôle important dans la résolution de l’ensemble, fournissant une explication fantasmée du trauma des jeunes enfants qui peuplent la péloche. Si Yim Pil-sung, réalisateur de l’intimiste Antartic journal, s’immisce sur le territoire du merveilleux, c’est avant tout pour en capter toutes les composantes narratives et en phagocyter les symboliques psychanalytiques, parcimonieusement réinvesties au sein d’une intrigue volontairement déformée. Au contraire du conte originel, l’errance sylvestre incombe désormais aux adultes, incapables de percer le mystère de ces bois touffus et condamnés à effectuer continuellement un pèlerinage qui ne les mène qu’à l’échec. Un échec dû à ces enfants aux visages angéliques qui donnent vie à chacun de leurs fantasmes par la grâce d’un crayonnage bariolé sur les pages jaunies d’épais cahiers.

A mi-chemin entre le conte noir burtonien et les ténébreuses épopées fantasmagoriques d’un Del Toro, Hansel et Gretel, sous couvert de décors flamboyants, offre une histoire sombre où règne une ambiance délétère peuplée de nombreux personnages décalés que le cinéaste prend plaisir à dépeindre en profondeur. Le tueur d’enfants au déguisement dévot de diacre, le paternel pédophile, la marâtre acariâtre amoureuse de ses bijoux participent de concert à un constat poignant, celui de la médiocrité des adultes incapables de compassion pour les tâtes blondes qu’ils couvent. En marge subsiste un héros claudiquant, sorte de guimauve malléable et opportuniste, qui consent à l’empathie dans l’espoir de retrouver les siens et, par extension, ne délivre aucun plaidoyer moralisateur. Entre onirisme et cruauté, le métrage se trouve au confluent d’une série de genres contigus (le fantastique, le conte, le film de fantôme, le drame, le thriller psychologique) qui s’entremêlent harmonieusement au sein de cette œuvre à la photographie majestueuse sublimée par un travail méticuleux sur les lumières.

Présenté en compétition officielle au dernier festival Fantastic’Arts de Gerardmer et à Sitgès, Hansel et Gretel séduit grâce à son esthétique léchée qui ne sombre jamais dans l’excès et par le biais d’une somptueuse et ténébreuse histoire invoquant autant les classiques littéraires que les plus belles réussites filmiques sur le thème.

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Plus d’infos sur ce film

PREVIEW DTV - Far Cry

Video Game Remaker

Bien avant le Stoic qui souleva une vague d’enthousiasme la semaine dernière au BIFFF (CinemaFantastique vous présentera bientôt l’interview vidéo du réal), Uwe Boll, on le sait, collectionnait les réadaptations de jeux vidéo avec une touche très personnelle et mégalomaniaque qui en étonna plus d’un et contribua à une réputation de créateur de bides revendiquée. A coups de quelques onomatopées teutonnes et de droites bien balancées, le cas Uwe Boll réussit néanmoins, grâce à sa filmographie en dents de scie, à s’installer tout doucement dans le paysage coloré d’un cinéma de genre qui tire également et heureusement son succès des productions de série B voire Z.

Voyant dans le jeu vidéo Far Cry l’occasion une nouvelle fois de se reposer sur un scénario et un univers déjà tout faits, Boll nous raconte donc l’histoire de Jack Carver, ex officier des forces spéciales, engagé par la journaliste Valérie Constantine afin d’enquêter sur la présence d’un complexe militaire top secret situé en Micronésie, une île du pacifique. A peine débarqués, ils sont attaqués par un groupe de mercenaires à la force surhumaine commandé par le Dr Krieger qui poursuit de mystérieuses recherches génétiques sur des primates appelés trigènes. Ils vont donc devoir survivre en échappant à des soldats devenus incontrôlables.

Pour rappel et pour les non assidus de l’univers Video Game, Far Cry est un jeu vidéo de tir subjectif, développé par le studio allemand Crytek et édité par UbiSoft Montréal sur PC en 2004. Doté d’un moteur graphique novateur, Far Cry est un des rares jeu de tir subjectif à se dérouler sous le soleil d’une île paradisiaque. Le jeu a connu un franc succès auprès des joueurs et a été numéro un des ventes en avril et mai 2004 en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Budget raboté oblige malgré une coproduction Germano-Candienne, Uwe Boll se contentera dans son film d’un casting moins fringuant que les précédents avec les présences toujours agréables d’Udo Klier en (on vous le donne en mille) Docteur Krieger, de la très sexy Emmanuelle Vaugier (SAW IV) ou encore du désormais oublié Michael Paré (Streets of Fire). Cascades réussies, CGI honorables, gore à gogo, Far Cry devrait ravir les fans du réal allemand qui ne cessera jamais de nous surprendre.

En attendant, le DVD sortira le 22 de ce mois grâce à First International Production en version française seulement sans VO, pas de sous-titrage et sans doute sans supplément. Sympa…

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PREVIEW DTV - Dance of the dead

Zombie Prom Night

Sélectionné au NIFFF, à Sitgès et à Fantasia cette année, le premier long-métrage de Gregg Bishop a de quoi faire fantasmer. Non seulement parce qu’il met en scène des morts-vivants et reprend du coup les plus grandes stars du cinéma horrifique en tentant d’en donner une vision personnelle mais aussi parce que le contexte même de cette invasion zombiesque renvoie autant à tout un pan du cinoche de genre (les fameux Carrie et Prom Night) qu’il ne se pose comme un démarquage de l’appréhension des personnages.

Du nouveau sur le territoire des undead ? Assurément. Joe et moi avons beaucoup de respect pour les films de Romero, raconte le cinéaste. Mais nous voulions nous en détacher et avions notre idée sur la question : il nous fallait des zombies qui fassent ce dont nous rêvions, qu’ils soient plus rapides, plus menaçants et plus rock’n’roll. Joe a donc créé une règle intéressante : la vitesse de déplacement des morts dépend du laps de temps qui s’est écoulé depuis leur trépas. Les morts récents peuvent se projeter hors des tombes et courir tel des guépards, et ceux qui sont décédés depuis un bout de temps correspondent à l’idée stéréotypée des zombies, à savoir qu’ils trainent les talons sur le sol et avancent lentement. Ils meurent toujours suite à un coup reçu au cerveau, sont toujours les morts-vivants que nous aimons mais cette différence était essentielle pour nous qui ne souhaitions pas reproduire à la lettre ce qui avait déjà été fait. Une dimension qui amène autant d’angoisse qu’il ne désamorce un métrage volontiers porté vers l’humour cocasse des teen movies.

Réussissant le délicat équilibre entre le climat anxiogène du genre et l’humour potache à destinée estudiantine, Bishop décide d’opter pour une ségrégation des tons salvatrice : La règle que je me fixais était de conserver l’idée de morts-vivants menaçants. D’un bout à l’autre, les zombies amènent de l’angoisse et ils n’hésiteront jamais à vous dévorer. Nous ne nous sommes jamais moqués de ces créatures afin de conserver un certain sérieux propice à la terreur. L’aspect comique découle uniquement des personnages dans certaines situations et principalement du fait qu’ils doivent s’unir pour lutter ensemble alors qu’ils ne se seraient jamais parlé auparavant.

Reste que, sans véritablement révolutionner le genre (la faute à de nombreuses bonnes idées pas achevées), l’oeuvre se distingue fièrement tant au niveau du fond que de la forme du nauséabond germanophone Nuit des loosers vivants qui avait tenté une incursion similaire voici quelques temps et s’était contenté de reproduire le schéma American pie sur toile horrifique. Bishop, en geek respectueux, ne maltraite jamais sa thématique et offre de bout en bout un spectacle savoureusement drôle et carrément décalé. Au contraire de l’oeuvre précitée, Dance of the Dead ne fait pas impudiquement son chou gras des figures caricaturales qu’il dessine : celles-ni ne fonctionnent que par opposition avec leur exact antagonisme. Le cinéaste pousse sa réflexion à fond et permet, une fois n’est pas coutume, aux loosers patentés et aux marginaux volontaires de prendre leur revanche sur les sempiternelles règles de popularité qui régissent les bahuts amerloques. Ces gamins ne s’adresseraient effectivement jamais l’un à l’autre dans une situation normale. Mais là, ils se voient contraints de s’unir pour contrecarrer l’invasion des morts-vivants. C’est incroyable de voir les barrières sociales se dégrader dans des situations extrêmes.

Fun, politiquement incorrect et tellement jubilatoire que le film s’impose de lui-même. Jetez-vous donc sur l’édition Free Dolphin qui sort ce 28 avril 2009...

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PREVIEW DTV - Zombies anonymous

Touche pas à mon Zombie...

Dans une société où les morts côtoient les vivants, la jeune Angela est abattue à bout portant par un petit ami jaloux et fait ainsi son entrée dans le monde des zombies.
Elle doit alors trouver sa place dans un univers fait de discrimination et de violence. Car cette cohabitation n’est pas du gout de tout le monde, et les groupuscules antizombies sont bien décidés à exterminer ces êtres différents. Aidée par un groupe de soutien rencontré lors de réunion de Zombies Anonymes, Angela va découvrir les nombreux aléas de la vie après la mort....

Grand fan du Dawn of the dead de George Romero dans lequel s’éclipsent religieusement les morts-vivants pour laisser la place aux humains, Marc Fratto décide de livrer sa propre version des zombies et d’y injecter un discours politico-social à l’instar de l’œuvre de son modèle. Au lendemain du onze septembre, choqué par les réactions outrancières des deux pôles politiques de sa patrie (les uns préconisent l’atomisation du Moyen-Orient, les autres fustigent tout patriotisme exacerbé), le cinéaste, encore en train de réaliser son premier long métrage, Strange things happen at Sundown, imagine une histoire calquée sur les événements vécus, dans laquelle les Arabes seraient substitués par des morts-vivants.

A la frontière entre les œuvres zombiesques intimistes d’Andrew Parkinson et Les revenants de Campillo, Zombies anonymous dresse un tableau ontologique des créatures d’outre-tombe. L’éradication pure et simple d’une foule de macchabées n’est plus à l’ordre du jour, lesdits morts n’étant animés d’aucune violence intrinsèque à leur nouvelle condition. Certains codes propres au genre sont ainsi réinventés et régurgités afin de servir le cadre apocalyptique du récit. Les déplacements au ralenti et l’appétit insatiable en chair humaine, deux poncifs introduits par La nuit des morts-vivants de Romero, laissent place à d’autres priorités, plus humaines. Les morts-vivants de Fratto se situent d’ailleurs à la lisière entre les sources romériennes et celles haïtiennes déterrées par L’emprise des ténèbres de Craven. Morts revenus à la vie de manière inexplicable, les protagonistes ne sont finalement que des êtres comme les autres. Hormis peut-être leurs problèmes dermatologiques (une peau en putréfaction qui suinte et se détériore lentement) et leur tendance carnivore (les végétariens sont désormais attirés par la viande bien saignante), rien n’a véritablement changé. Tentant de faire fi de cette dégénérescence corporelle, chacun continue son petit bout de chemin, continue à se travailler et à entretenir des relations qui s’étoilent au fil du temps. Alors, pour se soutenir mutuellement, certains deviennent membres d’un centre d’écoute et d’entraide appelé Zombies anonymous au sein duquel ils partagent leurs soucis lors de réunions. Angela, tuée à bout portant par Josh, son ex-boyfriend, intègre à son tour la confrérie avant de se laisser entraîner par une branche dissidente menée par une grande prêtresse qui préconise la libération de sa vraie nature de zombie.

De leur côté, invoquant un fléau divin, les vivants s’adonnent à la ségrégation et excluent les non-morts. Un bataillon destiné à enrayer l’invasion se crée même, dominé par le commandant, femme téméraire, ultra-dominatrice qui mène ses troupes et déverse sa haine en organisant des carnages sanglants au cours desquels la cervelle gicle et les tripes se répandent. Gros souci : Josh, l’ex-petit-ami d’Angela et accessoirement son meurtrier est l’un des soldats du commandant et il répugne à ce que sa dulcinée préfère une association de zombiards pleurnichards à sa propre pomme. Au centre de ces trois groupements antagonistes, tiraillée entre pulsions et morale, Angela lutte pour sa survie dans un environnement devenu hostile à ces « autres »…

Sacré des Prix du Meilleur scénario et de la Meilleure actrice au new York Horror Film Festival et élu Meilleur film indépendant par les sites dreadcentral et B-independent, Zombies anonymous est une pépite étonnante distribuée par Neopublishing dans sa meilleure version (director’s cut).

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PREVIEW DTV - 13 : jeux de morts

Les 13 travaux de Puchit

Les portables constituent l’un des fléaux les plus graves de ces dernières années. Vibrations annonciatrices de nouvelles pourries, coups de téléphone inopportuns reçus dans le boudoir d’une maîtresse quelconque, pannes de batterie dans l’attente d’un coup de fil important ou perte de réseau dans les endroits sinistres, autant de pépins coutumiers de ces satanés appareils devenus pourtant indispensables à l’homme moderne dans sa quête de perfection technologique et dans son aspiration à un monde interconnectable. Ce sont ces mêmes téléphones mobiles qui sont à la source de tous ces jeux crétins qui inondent les fréquences radio depuis quelques années, des jeux qui consistent à offrir le dernier disque de Luciano Pavarotti au premier imbécile venu capable d’éructer en direct ou d’imiter la truie. Dans le style de concours improbables, celui auquel est soumis Puchit, petit citadin lambda qui vient se faire mettre à la porte de son job et a vu sa voiture embarquée par la fourrière, est des plus singuliers. Afin de renflouer définitivement son compte en banque et ne plus jamais être dans le besoin, le jeune homme doit réussir treize épreuves dictées par un inconnu au compte-goutte. Des épreuves qui atteignent un niveau de difficulté de plus en plus important au fil du jeu et qui varient sournoisement du simplissime (tuer une mouche à l’aide d’un journal) au vachement hard (bastonner un mendiant dans la rue)…

Relancé par le Nang Nak de Nonzee Nimibutr, le cinéma de genre thaïlandais s’illustre parfaitement sur la scène internationale et, bien loin de subir le formatage qui gagne le septième art coréen et japonais, persévère dans sa quête de frissons, toujours enchristés dans une réalité tangible (Shutter) ou déversés dans un quotidien trituré à l’excès (Sars wars). Pour son deuxième long métrage dans le genre (après le maîtrisé ghost flick Pisaj en 2004), le jeune cinéaste thaï Chukiat Sakveerakul s’immisce dans les terres du thriller horrifique, relancé côté hollywoodien par les Saw de James Wan et les Se7en de Fincher. En fait, le métrage épouse plus volontiers les idées d’une autre œuvre, tout aussi aboutie, de David Fincher, à savoir The Game, dans lequel Michael Douglas se trouvait bien malgré lui versé dans un jeu grandeur nature commandé par son frère pour son anniversaire. Le jeu comme thématique centrale, seul point de comparaison entre les deux films puisque, à l’inverse du nanti Nicholas Van Orton de The Game, le Puchit de 13 beloved est un paumé, victime de la dégradation sociale capitaliste qui a contribué à la rupture des liens sociaux au profit d’une mondialisation paradoxalement exclusive. Plus proche du Michael Douglas de Chute libre, le héros sombre dans une tornade de violence, à peine légitimée par l’appât du gain.

Le jeu en question troque toute visée ludique contre l’insatiable soif de vengeance qui semble habiter le héros malgré lui. Marqué par une enfance douloureuse (quelques flashbacks disséminés çà et là étayent cette thèse), humilié par la chute vertigineuse qu’il vient de subir, Puchit piétine ses propres principes et transgresse les barrières morales afin d’amasser un maximum d’argent et récolter ainsi la récompense de 100 millions de bahts (soit l’équivalent de 2 millions d’euros) promise par les organisateurs du jeu. Au fil de la journée et des épreuves, le héros s’extériorise, se délivre complètement et dépasse ses limites, quitte à empiler sur son chemin un nombre impressionnant de blessés et de cadavres. Entraîné dans un tourbillon dicté par des impératifs financiers, enivré par les sommes folles qui s’accumulent sur son compte en banque, Puchit s’abîme de plus en plus dans un enfer psychologique et physique duquel toute évasion devient rapidement impossible.

Primé du Corbeau d’Or au festival de Bruxelles en 2008 et encensé par les critiques du monde, 13 - jeux de morts sort aujourd’hui sur nos terres directement en dvd.

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PREVIEW DTV - Hell ride

La course à la mort de l’an 2009

Lourdement ovationné pour son Inglourious Basterds en terres cannoises, Quentin Tarantino n’a rien perdu de sa maestria, malgré un Boulevard de la mort qui ne réussit pas à convaincre tout le monde. Repêchage grindhouse sous forme de diptyque avec l’excellent Planète terreur de son ami Robert Rodriguez qu’il a lui-même co-produit, Boulevard de la mort ressuscitait les films de gueule (Kurt Russell endossait pour le coup la combinaison seyante du Cascadeur Mike), genre dans le genre qui s’est atténué au profit d’un cinéma plus mainstream. En matière de trognes, Hell ride, nouvelle production estampillée du logo tarantinien, n’est pas en reste, à en juger par son casting comprenant David Carradine, Vinnie Jones, Michael Madsen et Dennis Hopper.

Flingues à la main, gros cylindres et bombes atomiques entre les jambes, Pistolero et ses potes, les grandes gueules cassées des Victors, n’ont qu’un seul but : écumer les terres sauvages d’Amérique pour venger la douce du big boss, brûlée vive par le gang de motards des 666. Une seule façon d’y parvenir : suivre la route qui mène droit en enfer... Un pitch univoque qui atteste de la volonté de Tarantino de se créer son vidéoclub perso en offrant quelques deniers et son propre patronyme à des réals tout aussi cinéphiles que lui. Après avoir épaulé son ancien pote de vidéoclub Roger Avary (Killing Zoé), son ami de toujours Robert Rodriguez (Une nuit en enfer) et son nouveau pote de chambrée Eli Roth (Hostel), c’est au tour de Larry Bishop de recevoir les honneurs et de bénéficier de la protection d’un mentor passionné.

A l’origine, une rencontre entre les deux hommes par le truchement d’une amie interposée. Quelques bavardages cinéphiliques qui se ponctuent par un compliment de Tarantino à l’endroit de Bishop à propos des films de bikers dans lesquels il a joué et une banale digression sur sa volonté que de telles œuvres renaissent tel le phénix. Après un petit détour par le tournage de Kill Bill volume 2 dans lequel il interprétait le patron un brin sadique d’un club de strip-tease, Bishop entre en pré-production avec Hell ride et réunit une équipe majoritairement composée d’éléments propres au dernier film de Tarantino. Cerise sur le gâteau, son casting se voit augmenté de la présence de Dennis Hopper, figure de proue de ce cinéma depuis Easy rider, auquel Hell ride fait d’ailleurs avidement référence ainsi qu’à toute une série d’autres films, puisant allègrement dans les westerns spaghettis et road movies. Enormes cylindrées, moteurs ronflants, musiques aux accents westerns, une route mythique fortement ensablée, des gueules d’enfer, une photo baveuse à souhait, Hell ride revendique tout de go sa double appartenance, celle formelle de son producteur que Bishop reprend à la lettre au niveau des cadrages et celle thématique flirtant avec les meilleurs métrages de bikers livrés dans l’époque bénie des seventies.

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PREVIEW DTV - Splinter

Porc épique

Artisan des effets numériques, Toby Wilkins s’exerce tout d’abord à la mise en scène avec plusieurs courts-métrages qui effectuent de jolis parcours en festivals (Staring at the Sun, couronné au Screamfest après un passage à Sundance). Ce qui lui permet d’être remarqué par Sam Raimi et sa boîte de production Ghost House Pictures et d’embrayer directement avec Tales from the Grudge, une série de courts destinés à assurer la promotion du second opus de The Grudge. En attendant de s’atteler à fournir un dernier tome à cette saga avec laquelle il a forcément eu le loisir de se familiariser, Wilkins s’immisce dans la cour des films de drive-in bisseux avec Splinter, péloche au pitch extrêmement convenu qui mise énormément sur l’originalité de sa créature monstrueuse.

Adaptation du scénario original d’Ian Shorr intitulé à la base Tooth and Nail, le récit n’en conserve que le huis clos claustrophobique et le nombre restreint de personnages, favorisant ainsi l’identification du spectateur. La menace initiale se voit troquée par une créature singulière, d’origine extraterrestre, qui parasite les corps qui l’entourent, à l’image de celles de The Thing ou du Blob. Un parasitisme progressif qui consiste en une première approche et une contamination à l’aide des nombreuses échardes qui la composent avant que le cadavre ne soit entièrement phagocyté de l’intérieur et que la bête ne s’intègre complètement au morceau de chair qu’elle attaque. L’intrigue, d’une simplicité déconcertante, cloître donc une poignée de personnages dans une station-service à l’abri de ladite entité qui attend patiemment à l’extérieur que l’un ou l’autre ait le courage de venir l’affronter. Sorte de grosse masse informe flanquée d’un nombre impressionnant d’épines, le « splinter » évoque un croisement improbable entre la boule noire de Thomas Owen qui montrait un appétit similaire en matière de barbaque humaine et affichait des propriétés très semblables en matière de réincarnation et un porc-épic un brin surexcité.

Si la créature constitue indéniablement l’intérêt premier du métrage, le cadre n’est pour autant expédié à l’emporte-pièces. Les personnages, d’emblée caractérisés de façon manichéenne, recouvrent une certaine profondeur et révèlent leur vraie nature au fil des événements horribles qui se succèdent. Séquestrés par un mal d’origine non contrôlée, ceux-ci s’unissent et se désunissent, échafaudent des plans et commettent de nombreuses erreurs, ce qui contribue à rendre l’ensemble crédible sans qu’il ne sombre pour autant dans la facilité des conventions qui consiste à éclater un groupe afin d’en expédier chacun des membres plus rapidement ad patres. Conscient de la fragilité de son pitch, Wilkins dépeint des personnages attachants par leur fébrilité et accentue le tragique de la situation en instaurant une ambiance lourde renforcée par une nervosité certaine, celle de la caméra qui adopte le mode «  shaky » lors des scènes d’attaque. Une option qui permet au cinéaste de soutenir le climax d’excitation qui règne à l’intérieur des murs et l’énervement de chacun des protagonistes tout en colmatant intelligemment le manque de souffle de son métrage, contraint – par manque de moyens, sans nul doute – à la claustration.

Présenté aux récents festivals de Gerardmer et de Bruxelles, Splinter s’est de nouveau payé les honneurs au Screamfest où il a raflé pas moins de six récompenses (Meilleure réalisation, Meilleurs effets spéciaux, Meilleur montage, Meilleure image, Meilleurs maquillages et Meilleure musique). Preuve de l’ingéniosité de ce produit qui est parvenu à contrebalancer une trame étriquée et un budget rachitique par l’entremise d’une mise en scène frénétique.

PREVIEW DTV - Lesbian Vampire Killers

Le retour de l’humour anglo-saxon ?

Après avoir excellé dans l’art gothique grâce, notamment, aux efforts de la célèbre Hammer dans le domaine, l’Angleterre se fit plus discrète durant quelques décennies, la faute à un système de production quasiment nul. Heureusement, Edgar Wright et son savoureux Shaun of the Dead passèrent par là et initièrent une nouvelle vague de films anglo-saxons, plus axés sur les délires de leurs scénaristes et comédiens. A ce titre, on attend donc beaucoup du Lesbian Vampire Killers qui nous occupe aujourd’hui, son simple titre faisant déjà référence à des œuvres cultes du style Vampyros Lesbos.

Le réal Phil Claydon, néophyte dans le domaine du long-métrage, est donc porteur de nombreux espoirs et son film est attendu par de nombreux fantasticophiles, charmés par la promotion du métrage, qui laissa entrevoir de belles possibilités. En effet, de visuels charmeurs et clips déjantés, Lesbian Vampire Killers est parvenu à se frayer un passage et à traverser la Manche pour venir se livrer au public français ce 17 juin, soit près de trois mois après avoir envahi les salles anglaises.

Lesbian Vampire Killers se présente dès lors comme un film étonnant qui prend à contre-pied le mythe vampirique asseyant, en général, un mâle empli de testostérone sur le trône du suceur de sang. Claydon, quant à lui, préfère la féminité de quelques bombes sexuelles, accros à l’hémoglobine et qui, à l’image de ce qui se faisait dans les 70’s, s’en vont botter les fesses et éclater les jugulaires de quelques hommes innocents. A ce titre, les deux héros de l’œuvre, Fletch et Jimmy, auront fort à faire pour lutter contre les vampires, étant donné qu’ils sont les deux plus gros loosers de la planète.

La mise en scène de ces deux loosers devrait s’avérer être la pierre angulaire du récit de Claydon, mais, surtout, demeure une arme à double tranchant pour l’ensemble. En effet, si les quelques effets comiques mis en place par le réal ne fonctionnent pas et que, de surcroît, les protagonistes principaux ne parviennent pas à se rendre sympathiques aux yeux des spectateurs, il y a de fortes chances pour que le beau tableau dépeint en ces lignes se transforme en un Z agaçant à souhait.

Mais nous n’en sommes bien entendu pas encore là, et les reviews provenant d’Angleterre paraissent encourageantes, ou tout au moins, mitigées, un peu comme l’avis de notre chère Ursula von Trash (voir critique). Geeks, amateurs de rire facile et d’homosexualité féminine agrémentée de sang, ce film est sans doute pour vous.

BANDE-ANNONCE

PREVIEW DTV - Alone in the dark 2

Gigi, c’est toi ?

Trois ans après que le teuton Uwe Boll ne livre une adaptation abominable du jeu vidéo Alone in the dark, une séquelle sort dans les bacs, chapeautée par le cinéaste passé pour le coup au poste de producteur exécutif. Conservant certainement une amertume due à l’expérience douloureuse que constituait l’œuvre originale, Boll relègue le flambeau à ses deux scénaristes attitrés Michael Roesch et Peter Scheerer, responsables du script odieux du film originel et d’une autre séquelle en forme de relecture vidéoludique, House of the Dead 2 qui se résumait à une molle somme de poncifs sur le thème zombiesque mais s’avérait néanmoins plus plaisante que le trip survitaminé qui le précédait.

Cette séquelle, dont la simple existence semble déjà constituer une gageure, se présente d’emblée comme une suite rédemptrice qui a comme seule ambition de faire oublier les nombreuses incohérences d’un premier épisode imbuvable, porté par les seules frêles épaules d’un Christian Slater venu cachetonner en Bavière. L’intrigue, très librement inspirée de l’univers vidéo-ludique original, se réduit à son plus simple appareil et ne se cantonne finalement qu’à une opposition des plus manichéenne : les gentils chasseurs de sorcière d’un côté et l’infâme sorcière de l’autre. Le décor fièrement dressé, les scénaristes-réalisateurs s’adonnent à leur petit-jeu préféré : la reprise d’une tonne de clichés mis au service d’une intrigue d’une fébrilité déconcertante. Sont déversés dans ce foutoir organisé deux équipes de chasseurs de sorcières, des descendants sur lesquels s’abat une terrible malédiction (les Dexter, damnés de grand-père en petite-fille) et un grand sage immunisé aux charmes maléfiques de ladite sorcière. Cette dernière, à la recherche d’une dague dont le mystère reste entier et d’âmes à posséder, se contente de quelques menues apparitions, la plupart du temps sous la forme de volutes brumeuses réalisées en CGI foireuses.

Un privilège dont ne bénéficient pas tous les membres du casting puisque la fidèle équipée des Boll’s productions, à savoir Ralf Moeller (aperçu dans Seed et Postal), Zack Ward (le Dude de Postal), Natassia Molthe (LA Rayne de Bloodrayne 2) et Michael Paré (présent dans tous les Boll depuis le téléfilm miteux titré Sanctimony), se paie une exécution des plus abrupte tandis que les gueules du métier que sont Bill Moseley, Lance Henriksen et Danny Trejo enfilent quelques perles dialoguées avant de disparaître à leur tour. Au sein de cet aréopage étonnant se dresse l’impavide Rick Yune (Johnny Tran de The Fast and the Furious), étrange avatar asiat’ d’Edward Carnby, jadis interprété par Slater. Une incohérence pardonnable en regard d’autres, nettement plus dommageables, que cumule le métrage tout au long de son heure et demie. Notons, outre certains éléments échevelés comme la sorcière omnipotente incapable de remarquer ses proies tant qu’ils ne se sont pas matés dans un miroir durant leurs phases hallucinatoires, l’insatiable envie des chasseurs pros de flingue à tout-va une entité spectrale à l’abri des balles ou les vertus fluctuantes de la dague, sorte de Graal aux pouvoirs confus.

Alone in the dark 2 débarque directement en DTV dans nos contrées, via Sony Pictures avec, comme tagline "Le mal est de retour". On ne saurait leur donner tort...

PREVIEW DTV - Manhunt

Chasse à l’homme

Milieu des années 70. Quatre jeunes amis partent sur les routes, au volant de leur van, pour un week-end. Sur le chemin, ils s’arrêtent à une station service, leur laissant entr’apercevoir l’hostilité des autochtones. Ils prennent cependant avec eux une autostoppeuse, qui semble particulièrement nerveuse à l’approche de la forêt. Une crevaison les pousse à s’arrêter ; des chasseurs sortent des bois, les assomment et les kidnappent. A leur réveil, ils réalisent que les cors de chasse leur sont destinés, et qu’ils sont devenus le gibier…

Manhunt (Rovdyr en version originale) est un hommage ouvert aux films des seventies, Massacre à la Tronçonneuse en tête. Allusion ou simple hasard, l’action se déroule en 1974, année de sortie du film de Tobe Hooper. Bon nombre d’éléments rappellent le début de la cultissime bobine, Leatherface en moins ; les vingt premières minutes sont quasi identiques, sans pour autant tomber dans le plagiat grossier. Autant d’un point de vue visuel qu’au niveau des personnages et de la musique, les aficionados retrouveront les passages classiques des films de l’époque, tandis que les newbies adeptes de l’ultraviolence et du gore sanguinolent tomberont trente ans en arrière, loin de l’univers désormais trop commun du huit-clos en pièce sombre. Vadrouille sur les routes dans un van sur fond de musique hippie (ou plus précisément sous fond de « Wait for the rain » de David Hess, thème de… La Dernière Maison sur la Gauche de Wes Craven !), ambiance bon enfant, filles dont les trousses blondes et les mini-shorts en jeans donnent un vague air d’innocente écolière tout juste sortie du lycée, personnages quelque peu stéréotypés, habitants hostiles, station essence vieillotte, autostoppeur sur-angoissé, panne de voiture…

Certains crieront au copier-coller, au plagiat, à un ignoble remaxe. Mais Manhunt est un premier film, réalisé par un jeunot de tout juste vingt-cinq ans. Et au vu de la suite de la bobine, bien des erreurs lui sont pardonnées. Patrick Syversen est un grand fan des films de genre, ça se voit. Or, là où bien des gens auraient cumulé des scènes gore classiques, des cache-cache dans la forêt et autres joyeusetés, le cinéaste tente d’y apposer sa touche. Il n’y a certes pas d’innovations flagrantes, mais un nombre respectable d’éléments qui remontent la chose. Pas de boogeyman masqué à la machette ou autre Leprechaun rondouillard et déconnant. Le film s’annonce sérieux dès l’entrée en action, ne tenant pas à faire dans l’humour ou le cynique (malgré quelques pièges à ours rappelant inexorablement Severance de Christopher Smith, chouette fresque d’un voyage entre collègues de boulot qui part méchamment en couille, mais est-il nécessaire de présenter ce petit bijou d’humour noir et de trash ?) Les chasseurs sont des types des plus rustres, à mi-chemin entre un randonneur obèse et un paysan à la limite de la bestialité animale. L’archétype du méchant qui écoeure, à l’image de notre très cher Phillipe Nahon dans Haute Tension. Ca sent la crasse, l’urine et le sang séché à plein nez, à peine dissimulés sous l’odeur des feuilles mortes, de la mousse fraîche et de l’eau qui coule dans les ruisseaux environnants.

PREVIEW DTV - Sex addict

Sexe à piles

Mis sur la touche par une production devenue de plus en plus mainstream, Frank Henenlotter revient après plus de quinze années d’absence pour présenter son nouveau bijou, toujours aussi décalé et irrévérencieux que ses précédentes livraisons. Bad biology conte la délicate mise en couple de deux êtres génétiquement modifiés dotés de particularités physiques gênantes qui ne peuvent charmer que les amoureux des péloches nocturnes brouillées dans lesquelles des monstruosités de la nature culbutent une mamie qui se plaît à se faire fister en pleine rue. Le métrage, paradoxalement, puise une partie de son intrigue dans une histoire vraie, reformatée par le cinéaste afin de coller plus particulièrement à son esthétique ravageuse et à ses improbables et dérangeantes mises en situation. "Le problème pénien de Batz est basé sur une histoire vraie, explique Henenlotter. Le Batz réel est mort aujourd’hui mais son petit ami m’a raconté la manière dont il a coupé son pénis et dont il l’a rattaché afin que celui-ci n’entre plus en érection à moins d’y injecter une drogue spéciale. Ce problème physique a entraîné de réels soucis psychologiques chez ce garçon, au point qu’il s’est créé un nouveau nom et une nouvelle personnalité qui collaient avec son nouveau membre. Histoire très étrange. Bien entendu, nous avons quelque peu embelli la vérité et lui avons donné une nouvelle trajectoire."

Une nouvelle trajectoire qui sonne comme un conte noir et morbide puisque le script met face à face ces deux individus décharnés, rejetés par une société peu encline à accepter le hors-norme. En marge de la normalité, le cinéaste décrit le monde qu’il entrevoit en filigrane, celui des inadaptés sociaux déstructurés dans une organisation sur-structurante, ces enfants oubliés par un démiurge sadique qui éclaboussent la morale de leur anormalité génétique. Des êtres, en somme, largement plus intéressants que la normale : "Je considère les gens normaux comme des êtres mornes. Pourquoi diable les gens continuent-ils à faire du tout public à propos de gens lambda ? Qui s’en soucie ? Je préfère largement mater des films torchés peuplés de personnages marginaux. Plus c’est décalé, meilleur c’est !"
Contrepied complet des fables bobos crétines soumises à la dure loi des happy-ends et des réformes PG-13, Bad biology (au départ intitulé Sick, in the Head et judicieusement retitré Sex addict pour sa sortie vidéo sur nos terres), offre un spectacle macabre, glauque et réaliste soutenant une morale viscérale qui tient compte des véritables paramètres humains et ne les dissèque jamais sur l’autel. Au contraire, la péloche, au travers de relations improbables, dresse un constat froid et sans appel de la société contemporaine dominée par le culte de la jouissance et gangrénée par son refus ferme et définitif de l’anormalité. Sex addict, intitulé qui rappelle autant ceux, souvent cocasses, du cinéma de sexploitation, qu’il n’évoque l’addiction sexuelle de la société contemporaine qui a éradiqué le tabou pornographique jusqu’à lui attribuer la valeur inverse, au mépris des traditions jusqu’alors prônées.

Présenté en avant-première mondiale au festival de Philadelphie en 2008 et, dans l’Hexagone, à l’édition 2009 de Fantastic’arts, Sex addict renoue avec les obsessions d’un cinéaste tant regretté et atteste que, quinze ans après, la fibre qui animait ses œuvres est loin d’être réduite à néant. Défini comme étant son film le plus pervers, le plus tordu, le métrage s’avère également être l’un de ses plus aboutis. Sex addict ou quand le plaisir véniel et la libido ne font plus qu’un...

Preview DTV - The Fall

Une fresque éblouissante

Transfuge indien élevé au grain hollywoodien, Tarsem Singh débute sa carrière dans le domaine du clip musical et du spot publicitaire. Récompensé par de nombreux prix (dont le BAFTA des Meilleurs films publicitaires et le MTV Awards pour son somptueux clip de Losing my religion des REM), le cinéaste passe au format cinématographique en 2000 avec The Cell, berline science-fictionnelle dotée d’une carrosserie somptueuse mais sans rien dans le capot. Après une gestation éléphantesque, Singh accouche de The Fall, son deuxième long-métrage, présenté au festival du film de Toronto en septembre 2006 et sacré depuis d’une mention spéciale à Berlin et du prix du Meilleur film à Sitgès.

Réadaptation d’une pellicule bulgare de 1981 (Yo ho ho), The Fall décrit la relation qui lie un figurant de cinéma alité et une jeune cueilleuse d’oranges plâtrée. Alexandria, à la recherche d’un papier, tombe nez à nez avec Roy Walker qui, inspiré par le prénom de la petite fille, lui conte une anecdote sur les campagnes guerrières d’Alexandre le Grand et lui promet de lui narrer dès le lendemain une gigantesque épopée. Entre légende et réalité (les personnages sont des avatars de ceux qui se trouvent dans l’hôpital), la fable créée par Walker conte les aventures de cinq héros épiques qui s’allient pour venir à bout de l’infâme Gouverneur Odieux. Les personnages inventés de toutes pièces au gré de l’inspiration du malade comportent Otta Benga, un ancien esclave noir, un Indien dont la sublime épouse a été enlevée, Luigi, un expert en explosifs, le Bandit noir dont le frère a été exécuté et Charles Darwin, accompagné de son fidèle singe Wallace (allusion directe au naturaliste éponyme qui épaule Darwin dans sa théorie de l’évolution), qui ont reçu du gouverneur l’un des derniers exemplaires morts d’un papillon fabuleux.

En apparence épaisse et attrayante, la fresque échafaudée par Walker se voit rapidement noyée sous une plastique éblouissante. Singh, prodigieux créateur de cartes-postales filmiques, déverse sa palette de couleurs sur une multitude de décors réels à couper le souffle (26 endroits émanant de 18 pays différents). Les séquences du conte, bariolées à outrance, ressortent avec d’autant plus de rage qu’elles trouvent dans la réalité de l’hôpital californien une parfaite antithèse picturale : balayé par le sable, écrasé sous un soleil de plomb, habité par une multitude de malades en constante sudation, le dispensaire aux murs défraichis évoque une réalité brutale, poisseuse qui contraste avec le faste de l’épopée, sorte d’échappatoire merveilleux à la morosité du monde réel.

Entre l’univers de Jodorowski et celui de Del Toro, The Fall conte l’évasion imaginative de personnages cloués dans la vie réelle à un monde dont ils ne veulent plus. Féérique et splendide, le tableau finit pourtant par lasser sur la durée (presque deux heures en tout).

PREVIEW DTV - Timber Falls

Entre slasher et survival

Datant de 2007, Timber Falls était jusqu’à présent invisible de ce côté-ci de l’Atlantique, uniquement disponible en DVD dans une édition en zone 1 à l’affiche alléchante lorgnant ouvertement du côté du "slasher" forestier. Ce qui pouvait quand même étonner un peu de la part du réalisateur Tony Giglio dont c’est la première véritable incursion dans le cinéma de genre, celui-ci étant surtout connu pour nous avoir pondu Chaos en 2005 avec Jason Statham et Wesley Snipes (et à ne pas confondre avec le titre éponyme de David DeFalco). Mais à y regarder de plus près, le métrage, malgré son assassin armé d’une sorte de faucille quelque peu spéciale, se tourne volontiers vers l’habituel "survival" bien que l’intrigue du film essaie d’apporter un peu d’originalité.

En effet, partant d’un postulat très simple (un couple décidant d’oublier le stress de la vie citadine le temps d’une randonnée pédestre en pleine montagne dans un parc national), le métrage ne brouille pas les pistes très longtemps malgré une introduction typiquement "slasher" et laisse ce couple se lancer dans cette excursion au cours de laquelle l’environnement se montre plutôt hostile avec notamment l’irruption d’un groupe de chasseurs guère amicaux. Mais cela n’est rien comparé à ce qui attend nos tourtereaux puisque la seconde partie du métrage les met aux prises avec un couple d’ultra-religieux qui les séquestre dans un but aussi malsain que scabreux et porteur d’un semblant d’originalité : n’arrivant pas à avoir de descendance, ils comptent sur le couple pour leur offrir ce qu’ils ne peuvent pas faire eux-mêmes. Leur refus entraîne quelques petites tortures surfant sur la vague des "torture-flicks" bougrement à la mode en ce moment. Et quel rapport avec le meurtrier vu auparavant et sa faucille menaçant une demoiselle en détresse sur l’affiche ? Pour le savoir, le DVD paraîtra le 05 août prochain !

Comme tout bon "survival" qui se respecte, le métrage met en avant des décors splendides, avec d’un côté ce parc national remarquablement photographié, tandis que l’antre des vilains se veut étouffante et claustrophobique. Les personnages, de leur côté, ne sont pas en reste puisque le réal leur apporte un soin tout particulier, pour nous décrire ce couple de fanatiques religieux bien barrés qui n’hésitent pas à faire couler le sang au gré de quelques plans gore assez graphiques.

Hélas, le DVD édité par "Europa" n’a pas pris la peine de reprendre le making-of qui accompagnait le zone 1 et ne ne nous fournit qu’une galette vierge de tout bonus ! Mais on pourra saluer l’éditeur qui contribue avec quelques autres à nous proposer des inédits intéressants et pas toujours très connus qui valent assurément le détour !

LE TRAILER

PREVIEW DTV - Hydra

La croisière s’amuse...

Par Manuel

Perdu dans la jungle des DTV made in USA, Hydra, The Lost Island du téléaste Andrew Prendergast constitue une énième variation autour de la figure légendaire de l’Hydre, créature à plusieurs têtes tout droit échappée de la mythologie grecque.

Immortalisée par Ray Harryhausen dans Jason et les Argonautes, l’Hydre revient cette fois-ci sous des traits 100 % numériques prompts à vous faire regretter l’usage de la stop-motion du métrage de Don Chaffey. D’une indigence technique totale, les SFX sont au diapason d’un scénario au rythme léthargique proche de l’encéphalogramme plat.
Sur un canevas proche des Chasses du Comte Zaroff, Andrew Prendergast nous parachute sur une île déserte où un ancien marine et trois criminels servent de gibier à une bande de costard-cravate multimillionnaires en manque de sensations fortes, venus épancher leur soif d’ultra-libéralisme. A ce charmant portrait de famille, Prendergast adjoint les charmes d’une jeune archéologue venue faire la lumière sur les origines mythologiques du bestiau.

Produit par la firme Cinetel, responsable entre autres de titres comme The Bone Eater, Komodo versus Cobra, Fire Serpent, Beyond Lochness ou Cerberus, Hydra s’aligne sur le cahier des charges familial de la chaîne Sci- Fi, commanditaire de ces mornes aventures.
Agrémenté de quelques geysers infographiques, d’une touche d’érotisme soft et d’un casting united color of benetton fédérateur, Hydra réunit une belle brochette d’ acteurs has-been venus renflouer leur compte en banque.

De George Stults (7 à la maison), Texas Battle (Destination finale 3), William Gregory Lee (Xena), James Wlcek (Walker : Texas Ranger) à un Alex McArthur bien éloigné de son rôle de psychopathe dans le Rampage de William Friedkin, personne ne cherche à masquer l’aspect purement mercantile de l’entreprise.

Édité dans nos contrées par Opening depuis le 4 aout, Hydra, The Lost Island est à réserver aux aficionados des productions animalières de l’écurie Nu Image.

LE TRAILER

PREVIEW DTV - Automaton transfusion

L’invasion des morts-vivants

Par Nicore

Malgré son budget plus qu’étriqué (30000 dollars pour neuf jours de tournage), Automaton transfusion n’en demeure pas moins un "zombie movie" très énergique et agrémenté de scènes gore étonnantes qui viennent compenser une intrigue largement simpliste. Le script suit les déboires et la lutte pour survivre de quelques lycéens confrontés à une invasion de zombies affamés ayant envahi leur ville.

Après une séquence d’introduction déjà très graphique suivant un jeune interne ayant du mal à s’habituer à son travail dans la morgue d’un hôpital, entrée qui offre au métrage sa première victime lors d’une scène très visuelle, le métrage s’installe brièvement dans le "film de campus" pour nous présenter ses principaux personnages. En l’occurrence trois lycéens ordinaires, Tim, Scott et Chris ayant plus ou moins maille à partir avec l’élite du lycée que fréquente Jackie, la petite amie de Chris partagée entre son amour pour celui-ci et ses amis. Mais heureusement, cette présentation ne traîne que peu en longueur, en plus entrecoupée par une seconde amorce de l’invasion à venir avec cet élève hirsute qui s’en prend à un professeur pour le mordre), et divise rapidement l’intrigue en deux segments différents. D’un côté Jackie se rend à une fête dans une maison en retrait en compagnie de ses amis, tandis que Chris et ses deux comparses prennent la route pour un concert en ville dans un bar, laissant quand même le temps au film de continuer à avancer d’autres scènes d’attaques éparses, prémisses qui permettent également au réalisateur de s’essayer aux fausses alertes hélas bien facilement anticipables.

Le gros point négatif du métrage reste son intrigue, facile et guère originale qui se contente de puiser ses idées ici ou là pour en tirer des situations qui laissent forcément un arrière-goût de "déjà-vu", telle cette entrée dans la ville désertée qui rappelle l’entame du Jour des morts-vivants de Georges A. Romero, tandis que l’énergie et la "vitalité" des morts-vivants est directement issue de la vigueur zombiesque de L’armée des morts. A de trop rares exceptions, les petits effets de surprise tentés par le réalisateur tombent à plat et le spectateur nourrit régulièrement l’impression d’avoir une longueur d’avance sur les personnages, procédé qui plombe ainsi l’éventuel suspense tout en réduisant à néant les quelques passages essayant de véhiculer une tension qui ne monte hélas jamais.

Mais heureusement, cette intrigue simpliste et prévisible se voit largement compensée par la volonté de l’auteur de donner à son métrage une énergie de tous les instants. Il ne laisse aucun répit aux personnages et au spectateur et multiplie les rebondissements sans aucun temps mort, passant d’une action à l’autre rapidement et ne s’attardant jamais sur des considérations morales ou psychologiques des personnages (même si cela aurait pu donner un peu d’ampleur à des protagonistes bien lisses) pour une succession de séquences d’action bien souvent sanglantes et ne lésinant pas sur les plans gore démonstratifs portés par des effets spéciaux impeccables.

Automaton transfusion parvient quand même à tirer son épingle du jeu grâce à son énergie débordante et par la qualité de ses effusions sanglantes volontaires qui viennent quelque peu compenser les aléas d’une intrigue sommaire !

PREVIEW DTV - Altered

Rencontre du quatrième type

En 1999, un tandem d’inconnus, Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, lançait sur le marché de la vidéo une petite péloche d’horreur sans aucun budget et shootée à l’emporte-pièce dans le Maryland. Mystérieux dans son traitement lacunaire de l’intrigue et plutôt basique au niveau de sa mise en scène, Le Projet Blair witch s’impose dans le panorama cinématographique surtout grâce à un ingénieux coup publicitaire. Vendu sur Internet comme un authentique documentaire retrouvé suite à la disparition des trois protagonistes, le film engrange plus de 250 millions de dollars de bénéfices et devient, derrière Gorge profonde, le deuxième film le plus rentable de l’histoire. Depuis, les cinéastes en herbe se sont fait plutôt discrets. Myrick a d’abord produit quelques DTV de genre (Rest stop, Sublime, Believers) avant de repasser derrière la caméra pour une série d’efforts peu mémorables tandis que son compère d’autrefois, Eduardo Sanchez, profitait d’une retraite précoce pour finalement se remettre aux affaires sept ans après le coup Blair witch avec Altered.

Il y a quinze ans, cinq enfants ont été kidnappés par des extraterrestres. Seuls quatre s’en sont sortis. Aujourd’hui, ces quatre même hommes gardent captive l’une des créatures qui a tué leur ami et ruiné leur vie. Il est temps pour eux d’obtenir une vengeance…

Recyclant cinquante années de cinéma de science-fiction, Eduardo Sanchez reprend le thème ultra-convenu des disparitions d’humains mettant en cause des aliens et les habituelles expériences qui en découlent. Décrivant en une heure et demie ce que la série X-files mettait des saisons complètes à éclaircir, Altered présente l’avantage de ne pas éparpiller sa narration en circonvolutions inutiles et de se concentrer sur une seule intrigue, au risque de réduire son propre champ des possibles. Après une séquence d’ouverture intrigante, Sanchez et Nash, son co-scénariste, regroupent tous les protagonistes nécessaires dans un lieu unique (la maison de Wyatt) en compagnie de leur proie. De cette étroite proximité découle une tension constante, d’autant que l’alien enchaîné possède les moyens psychiques d’assujettir ses tortionnaires et les capacités physiques de les faire disparaître à jamais de la surface de la terre. Une menace permanente à laquelle vient s’ajouter une autre épée de Damoclès, d’autant plus pesante, qui risque de décapiter l’humanité entière si la créature captive venait à mourir.

Sans être une révolution, Altered constitue une agréable surprise qui conforte dans l’étonnante maestria de Sanchez de réaliser de vraies bobines effrayantes à l’économie. A l’inverse des pellicules sur-explicatives qui abondent actuellement, le présent métrage adopte une construction plus pernicieuse et, du coup, plus rafraîchissante : Sanchez cultive le mystère, sème le doute et n’éclaircit les zones d’ombre que progressivement, au fil de révélations minutieusement diffusées. Efficace et respectueux, Altered est assurément l’une des meilleures fournées DTV de cette année.

LE TRAILER

PREVIEW DTV - Amusement

Plus on a de fous, plus on s’amuse

Cette semaine sort en DTV en France le néo-slasher Amusement avec un léger retard sur le territoire européen. Un décalage qui n’a rien de dramatique au vu de la réputation peu flatteuse que se traîne ce deuxième long métrage de John Simpson, auteur du thriller Freeze frame cinq ans plus tôt..

Maligne, la campagne menée par Picturehouse a hypocritement vendu le métrage comme un « film de psycho-clown », genre à part entière que les exploits fictifs du Joker et ceux réels de Gacy ont involontairement ouvert et que le Ca de Tommy Lee Wallace a contribué à pérenniser. Présent sur l’affiche et surmédiatisé dans le teaser, le clown tueur n’apparaît en réalité que dans l’une des quatre saynètes créées par le scénariste Jake Wade Wall, auteur des scripts très moyens des remakes When a stranger calls et The Hitcher.

Sur le modèle du film à sketches, Amusement aborde plusieurs sous-genres (le slasher routier, le slasher domestique et le faux torture-porn) au détour de trois petites saynètes et les relie par l’intermédiaire d’une dernière histoire, habituellement considérée comme une phase transitoire sans réel intérêt. Mais, le relais fonctionne à l’inverse des transitions coutumières du film à sketches illustrées par le gamin enfourné des Contes de la nuit noire, le cartoon horrifique de Creepshow ou encore les palabres ringardes du cadavre (interprété par Carpenter himself) de Body bags. Plus proche de la construction de Cat’s eyes dans lequel un chat servait de raccord entre les saynètes, Amusement utilise son dernier sketch pour lier les histoires précédentes en mettant en avant un élément commun, à savoir le tueur en série au rire glacial, aussi charismatique que le Ronald de chez McDo et effrayant que celui que ma tata Gilberte exhibait dans sa chambre d’amis.

Originale sur le papier, l’idée supporte pourtant assez mal le passage à l’écran. Embourbée dans un mélange des genres assez indigeste, gonflée de clichés (le routier sanguinaire, le clown tueur et le manoir insalubre, pour ne citer que ceux-là) et de références pataudes (le ciré de Souviens-toi l’été dernier, les outils d’un Saw), la pellicule troque l’homogénéité de son propre récit contre un effet de surprise foireux, qui s’auto-désamorce en moins de deux. « Twist again » entonnent en chœur Simpson et son scénariste, heureux d’avoir trouvé l’astuce narrative qui hissera leur œuvre au panthéon des révélations filmiques. Mais le leurre n’est que de courte durée : Amusement est une immense gageure, éminemment prétentieuse, qui espère surprendre le spectateur et ne réussit, au final, qu’à ne lui donner une représentation faussée du genre horrifique.

LE TRAILER

PREVIEW DTV - Dark floors

Terror vision

Inquiet pour la santé de sa petite fille autiste, Ben va la quérir à l’hôpital et décide de la ramener à la maison afin de l’extirper aux mains de ses bourreaux. Mais un incident technique vient chambouler ses plans. L’ascenseur, après moult soubresauts, délivre ses six occupants dans un couloir désert. Médecins et patients ont apparemment disparu, seuls restent… des monstres qui surgissent au p’tit bonheur la chance pour attaquer l’équipée de survivants.

En quelques mois seulement, les salles de cinéma françaises ont accueilli le vampirique Morse et le thriller Millenium, deux œuvres qui possèdent une origine commune : la Suède. Nouvel eldorado européen, la Scandinavie a livré ces dernières années quelques-unes des plus éclatantes réussites du genre : le slasher Cold prey, le drame fantastique Norway of life, l’hypnotique drame Sauna ou encore la très sympathique bande horrifico-comique Dead snow constituent autant d’exemples de cette explosion cinématographique. Dans ce panorama pour le moins éclectique, Dark floors fait doublement figure d’exception. D’abord parce qu’il est le produit d’un jumelage entre deux productions cinématographiques peu connues, celle de la Finlande et de l’Islande. Ensuite parce que Dark floors résulte d’un rêve de gosse, celui de Lordi plus précisément, ce responsable d’effets spéciaux qui a finalement décidé d’embrasser la carrière musicale en poussant de temps en temps des gueulantes sur fond cacophonique, de préférence devant un micro.

Bien lui en prit puisque le chanteur le plus grimé au monde (non, pas primé, ça se saurait) remporta le Grand Prix de l’Eurovision (Anglovision ?) en 2006, sacrant du même coup pour la première fois la Finlande, certainement jalouse de ses cousines suédoises et danoises qui raflent les récompenses dans ledit concours depuis sa création. Partant d’une idée de Lordi himself, Dark floors est un film d’horreur aussi conventionnel qu’atypique. Conventionnel parce que, de bout en bout, le métrage se contente de planter une faune des plus habituelles (le père et sa fille, la jeune femme bien sous tous rapports, le méchant que c’est bien fait qu’il meurt et le flic noir qui ne sert à rien) et d’aligner une kyrielle de clichés propres au genre qui nous intéresse sans chercher à s’en détacher. Des couloirs déserts et inquiétants d’un hôpital abandonné au rôle prépondérant de la petite autiste qui ne fait que crayonner sur sa feuille en passant par les deux jeunes gens qui s’éprennent doucement l’un de l’autre, tous les ingrédients du flick aseptisé sont réunis. Atypique parce que, mine de rien, Dark floors propose quelques idées saugrenues qui, si elles ne fonctionnent pas toujours, ont au moins le mérite d’exister et de donner un peu de saveur à cet ensemble un peu fade (la course des couloirs se transformant en boucle temporelle via les interphones ou le coup de feu des escaliers).

LE TRAILER

Preview DTV - End of the line

Le métro de la peur

Karen, une jeune psychiatre, réussit à attraper le dernier métro avant l’interruption du trafic. Soudain, la rame s’arrête au milieu d’un tunnel, et le cauchemar commence. Plusieurs passagers reçoivent un mystérieux signal et se mettent à assassiner les autres voyageurs. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? A quelle mystérieuse organisation appartiennent-ils ? Karen et un petit groupe de survivants s’enfuient à travers les souterrains du métro, poursuivis par les tueurs...

Auréolé dans divers gros événements festivaliers (Prix du second meilleur film américain au Fant-Asia de Montréal, Prix du public au festival brésilien de Fantaspoa et Prix spécial du jury à Austin), End of the line constitue assurément l’une des meilleures péloches horrifiques issues du Canada ces dernières années. Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur québécois Maurice Devereaux, déjà signataire du télévisuel Slashers en 2001, investit les couloirs ténébreux des rames de métro, à l’image de Mimic, Creep ou, plus récemment, le séminal Midnight meat train. Le rapprochement avec ce dernier ne saurait d’ailleurs être innocent, tant les deux œuvres comportent de nombreuses thématiques communes. A croire que l’univers de Barker n’est pas tout à fait étranger au cinéaste québécois qui s’en rapproche par sa peinture du fanatisme des religieux sectaires et par la localisation de son récit, presque intégralement situé dans les profondeurs ténébreuses du réseau métropolitain.

A l’image de l’adaptation ciné de Kitamura, End of the line prend le temps d’installer son intrigue et de diffuser lentement une atmosphère qui devient, au fil de l’oeuvre, de plus en plus pesante, ce qui l’inscrit à contre-courant de la vague actuelle, plus encline à rassasier dès l’entrée le spectateur par le biais d’une séquence explosive. D’une facture plus classique, End of the line recourt à une dynamique moins euphorisante et tape-à-l’oeil pour finalement s’imposer sur la durée, grâce à un réel approfondissement de ses personnages et à de vrais enjeux dramatiques. Cet aspect old school, conjugué à une mise en scène soignée et à une photographie léchée, atteste de la possibilité de recycler intelligemment des effets souvent considérés comme obsolètes et de les mettre au service d’une histoire séminale, construite selon les canons du genre au risque de paraître trop prévisible. Preuve de la réussite formelle et scénaristique de la bande, elle a récemment intégré le classement des dix meilleurs films de genre canadiens de l’Histoire, juste derrière Shivers, Videodrome, Black christmas et Ginger snaps et devançant des classiques comme The changeling et Cube.

LE TRAILER

PREVIEW DTV - Sexykiller

Alors que le panorama du cinéma de genre espagnol ne cesse de s’élargir et creuse allègrement et avec brio les chemins de traverses de l’angoisse, certaines productions ibères se veulent plus légères, se démarquant complètement des métrages de Balaguero ou de Bayona pour ne citer qu’eux. Si le champion toute catégorie de l’humour made in Spain demeure bien entendu le célèbre Sieur de la Iglesia, d’autres réals plus modestes entreprennent petit à petit de marcher sur ces pas. Ainsi, 2009 a vu la naissance d’un espèce de copycat du cinéaste mondialement connu en la personne de Miguel Marti qui, avec son Sexykiller, aka Sexykiller, morirás por ella, fit le tour des festivals.

De Seattle à Sigtes, en passant par Amsterdam, Sexykiller sillonna le monde à la recherche d’un public assez indulgent que pour accepter ce qui, à la base, devait être une pellicule originale mais fauchée. Ce public fut rapidement trouvé puisque les spectateurs acclamèrent et encensèrent l’œuvre lors de chacune de ses projections, au point que ceux du BIFFF lui décernèrent même leur prix (alors qu’il était aux côtés de monstres tels que La Dernière maison sur la gauche, Dead Snow, Morse). Cet énorme succès a mené Sexykiller tout droit dans les bacs, l’œuvre faisant son apparition cette semaine sous la forme d’un DTV qui, soyons-en sûrs, s’arrachera.

Mais quel est, au fait, l’histoire développée par le film ? Depuis toute petite, Barbara n’a qu’une seule ambition : ressembler trait pour trait à Cindy Superstar, sa poupée favorite. Et, jusqu’à présent, il faut bien avouer que c’est plutôt réussi. Look de pétasse, garde-robe bien fournie, Barbara se met maintenant en tête de se trouver un homme ressemblant à Glen, le copain de Cindy Superstar. Ce qu’elle ne tarde pas à trouver en la personne de Tomas, un jeune bellâtre avec trois mots de vocabulaire. Ce dernier est employé dans une morgue, ce qui ne gâche rien puisque Barbara est aussi, fallait y penser, un espèce d’Hannibal Lecter féminin, massacrant d’innocentes personnes à tour de bras. Malheureusement, Tomas est aussi l’inventeur d’une drogue qui permet de découvrir les dernières images vues par un mort, ce qui risque de révéler les agissements coupables de Barbara.

Une belle poupée Barbie dans le rôle du bourreau, un superbe Ken décérébré et des victimes totalement consentantes sont sans aucun doute les points forts d’un scénario loin d’être convenu. Néanmoins, avec un pitch évoquant instantanément l’hilarant Crime Farpait de de la Iglesia, Sexykiller risque fort de rameuter aussi les amateurs de comédies un brin délirantes, mais aussi les amateurs de belles plastiques qui trouveront leur bonheur dans le physique d’une Macarena Gomez (Dagon) omniprésente.

Sexykiller s’adresse donc à un public très large qui devrait être comblé par l’approche résolument légère de Miguel Marti. Parti de (presque) rien (quelques comédies de fort mauvais goût), le cinéaste devrait s’imposer dans le cœur du grand public comme une véritable révélation, capable de tutoyer les sommets de l’humour européen. La distribution rapide de son film en DTV en est une preuve : il faudra compter avec lui à l’avenir.

BANDE-ANNONCE

PREVIEW DTV - Mega Snake

Quelle heure reptile ?

Il y a un peu plus de dix ans, Jennifer Lopez plongeait son délicieux postérieur dans les eaux tempérées de l’Amazone et tentait d’échapper à un anaconda, plus grande variété reptilienne connue depuis la disparition des dinosaures. Depuis, les serpents géants n’ont cessé d’envahir le genre pour une série de délires pseudo-horrifiques aux décors souvent exotiques, qui écument aussi bien les banlieues californiennes (King Cobra) que la jungle brésilienne (Anaconda, The Snake King).

Depuis que son père est décédé, victime d’une morsure de serpent, Les Daniels a une terrible phobie des reptiles. Son frère Duff, crétin patenté, est au contraire passionné par ces animaux et conserve, dans une jarre, un Unteka, une espèce extrêmement rare et terriblement dangereuse. Inconscient du danger, Duff néglige l’animal qui parvient finalement à s’enfuir et à survivre en croquant l’un après l’autre tous les animaux de la maisonnée (du chat aux poules). Un garde-manger d’autant plus important que le reptile grandit en proportion de ce qu’il avale…

Tibor Takacs, habitué des monstres gargantuesques (Ice spiders et ses araignées géantes, Kraken et sa créature tentaculaire, Mansquito et ses insectes mutants), reprend en main cet énième fantasme de terrariophile qui vient grossir les tableaux de l’inépuisable écurie Nu images, toujours encline à fournir au genre ses fleurons irrécupérables. Pourtant, Mega snake parvient à faire illusion, du moins dans un premier temps : les rues de Sofia ne dépareillent pas avec les quartiers américains qu’elles sont censées représenter, les personnages sont aussi débiles qu’à l’accoutumée et le serpent visqueux bénéficie de CGI relativement crédibles (signés Ruskov et Jivkov, signataires des fx pourris de Mansquito et qui ont bossé depuis sur des projets autrement plus importants comme le Day of the Dead de Steve Miner et Le Dahlia noir de DePalma), à l’exception de l’une ou l’autre incrustation foireuse. Des promesses rapidement étouffées par un script infantilisant qui plante divers personnages grossièrement définis (le héros et le frère débile, le méchant de service qui a, de surcroit, piqué la petite amie au héros) et enquille les conventions propres au genre, ne cherchant que rarement à s’extirper de ce mécanisme prévisible par l’entremise d’un second degré pataud (le serpent, tel un grand gamin, joue à cache-cache avec Duff en guise de préliminaires, avant de lui gober la tête d’une traite).

Sous la direction du vétéran Takacs, nous retrouvons deux figures connues : Michael Shanks (le docteur Daniel Jackson de la série Stargate, déjà sujet aux piqûres de guêpes dans Swarmed) et Siri Baruc (Glass Trap), que viennent soutenir une pluralité d’habitués aux zèderies estampillées Nu images.

Mega Snake sort en DVD chez Metropolitan ce 23 septembre 2009, en même temps qu’Octopus et L’attaque du Griffon.

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PREVIEW DTV - Brand upon the brain

Double enfance

À la demande de sa mère mourante, Guy Maddin retourne sur l’île où sa famille a longtemps vécu, pour repeindre le phare. Ce faisant, il se remémore son enfance, alors que sa mère était l’autoritaire directrice d’un orphelinat et que son père passait tout son temps dans son atelier à travailler sur ses mystérieuses inventions. Guy est particulièrement hanté par le souvenir de Wendy, une jeune détective venue un jour sur l’île, déguisée en garçon, pour enquêter sur la nature des étranges cavités remarquées dans la tête de tous les enfants de l’orphelinat.

Nouveau tableau de vie pour Guy Maddin qui recourt une nouvelle fois à l’autobiographie pour coucher sur pellicule ses souvenirs les plus troublants et ses fantasmes les plus imagés. A l’origine de cette bande, un épisode tortueux d’une vie torturée, le récit d’une enfance sous tension, sans cesse menacée par les invectives entre mère et grande sœur, alors à l’aube de l’adolescence. De ce morceau d’existence naît une histoire étrange à laquelle viennent se mêler d’autres influences, artistiques celles-là. D’abord, le cinéaste soigne l’esthétique de son œuvre suivant les prérogatives formelles de l’expressionnisme cinématographique de l’ère muette : la sublime photographie en noir et blanc granuleux et le jeu des lumières de Benjamin Kasulke trouvant pleinement sa raison d’être dans cette reproduction essentiellement picturale des cauchemars et névroses enfantines. Ensuite, Maddin et son fidèle co-scénariste Georges Toles incorporent des éléments des récits policiers de jeunesse dont ils reprennent la figure du détective adolescent, cet entre-deux-âges situé entre-deux-mondes, porte-étendard sexué d’une adolescence en voie d’émancipation. Enfin, s’y ajoutent une série de traumas propres à la prime enfance, comme la lente agonie qui succède à la première rupture. Un certain nombre d’influences qui composent ce film-patchwork, constitué de nombreuses strates et de nombreux faux-semblants (Wendy devient Chance et brouille les pistes d’une sexualisation déjà difficile) qui ajoutent à la complexité de l’ensemble.

Compilation de symboles freudiens et lacaniens, allégorie du matériau même sur lequel elle est imprimée (la métaréflexion sur le septième perdure), Brand upon the brain est une œuvre perturbante et troublante, une expérience éminemment sensitive qui, sous couvert d’images poétiques, traite avec une rigidité proche de celle de Houellebecq (l’écrivain, pas le piètre cinéaste) l’effarant traumatisme d’une enfance perturbée. De l’abandon de la mère à l’embrassade de la mer, il n’est qu’une enjambée phonique que Maddin franchit avec une aisance déconcertante.

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PREVIEW DTV - The Last of the living

Zombian Pie

Un virus extrêmement dangereux se propage : une seule morsure suffit à transformer les en zombies qui se mettent à leur tour en quête de chair fraîche. Morgan, Ash et Johnny semblent être les derniers rescapés de l’humanité et, cloîtrés dans leur villa, ils passent leurs journées comme ils peuvent en jouant à la Playstation ou en buvant de la bière. Quand ils tombent par hasard sur une jeune allumeuse qui détiendrait un remède, les trois jeunes décident que c’est finalement le temps pour eux de sauver le monde… et, pourquoi pas, de se payer une bonne tranche avec le dernier survivant oestrogéné ! Maintenant, le seul espoir de survie pour l’espèce humaine se trouve entre leurs mains…

Suivant la voie de ses pairs spirituels, Peter Jackson et son Braindead en tête, le néo-zélandais Logan McMillan tente à son tour le banco en couchant sur pellicule une énième histoire de zombies noyée dans un second degré assumé, souvent déversé en grandes pompes. D’une banalité exemplaire, le script se contente de décrire le quotidien peu passionnant des derniers survivants supposés dont les seules préoccupations consistent à laisser des messages sur des répondeurs de nanas décédées depuis, à dévalisés des supermarchés déserts (hommage volontaire à Dawn of the Dead ?) et à dézinguer au passage des zombiards qui trainent lamentablement leur carcasse sur les pavés de la cité. Incarnés par des comédiens amateurs (qui conservent pour la plupart leurs prénoms originaux), les personnages semblent émaner d’une quelconque bisserie mexicaine, tendance Shaun of the Dead : Morgan, dragueur invétéré en manque de filles ; Johnny, lutteur amateur vachement simplet (il reste persuadé depuis des années que le coup de poing en rotation fait un malheur) et Ash, geek réservé et froussard, rivalisent de niaiserie avec les autres membres du groupe afin de décrocher le titre d’idiot de l’année.

Jamais véritablement drôle ni excitant, The last of the living semble cependant promis à un mieux sitôt que Stef, la dernière survivante féminine, entre dans la course : une lutte intestine entre trois mâles en rut à la conquête du string promis s’annonce-t-elle ? la relance bestiale d’un baby-boom relatif est-il en cours ? l’enjeu de l’humanité se joue-t-il ? Que nenni, McMillan persévère dans son trip sous de la ceinture et compile au passage les gags poussifs, fortement embourbés dans la scatologie la plus crasse (vomi et pet dans le tunnel, quelle élégance !) sans que l’ensemble ne trouve véritablement sa voie. A la différence des délires gore de Peter Jackson et autres Jonathan King, le présent métrage se contente d’être une comédie vaguement horrifique, préférant au registre du grand-guignol celui de la pornographie humoristique à la façon American pie, l’humour en moins.

PREVIEW DTV - Sick nurses

Les infirmières au pair

Relancée sous l’impulsion du Nang Nak de Nonzee Nimibutr, la vague horrifique thaïlandaise épousait d’emblée, sous une forme à peine dissolue, la dynamique tant formelle que thématique du renouveau nippon. En découle une kyrielle d’œuvres qui resservent continuellement l es mêmes ingrédients (à savoir un esprit vengeur, de préférence chevelu revenu d’outre-tombe décimer les responsables de son trépas) avec plus (Shutter, The eye) ou moins (Ghost of Mae Nak) de brio.

Sick nurses ne déroge pas à la règle. Pour leur deuxième collaboration (ils avaient œuvré de concert l’un en tant que réalisateur, l’autre comme scénariste sur Suicide me), les cinéastes Thodsapol Siriwiwat et Piraphan Laoyont accouchent d’une énième histoire d’ectoplasme vengeur qui prend cette fois place dans le milieu médical, lieu béni pour les compères qui tempèrent leur libido en élevant au rang de protagonistes une multitude d’infirmières aux silhouettes avantageuses qui se livrent une compétition acharnée pour conquérir un trophée inestimable, le cœur du médecin auquel elles sont vouées corps et âme. Promis à Tawan, ledit docteur jette finalement son dévolu sur Nook, la frangine de la cocue qui profite du meurtre de cette dernière pour lui ravir la place.

En deux coups de cuillère à pot, le tandem de réals pose les bases du récit. La séquence pré-générique fait intervenir l’ensemble des personnages de l’œuvre : un cadavre, (Tawan) allongé sur une table grise, autour duquel se pressent un médecin et toutes ses assistantes qui fusillent du regard la préférée du toubib. Antipathie et jalousie cimentent des relations professionnelles apparemment ambiguës dans cette clinique morbide où le commerce des corps est une pratique courante. C’est dans ce milieu composé de véreuses potiches, égocentriques de surcroît, que ressurgit le fantôme de la défunte afin de faire subir aux assassines le supplice de Tantale. Ainsi, la vénale finira-t-elle étouffée par un porte-monnaie géant avant d’être décapitée, tandis que l’accro du portable se défoncera le crâne pour récupérer l’engin et que l’anorexique de service périra par la mâchoire. Voilà la principale originalité de l’histoire : faire périr les toxicos par le biais de leurs idoles, de préférence dans de grands geysers de sang.

Souffrant d’une mise en scène excessive (le psychédélique, ça va un temps) et d’un récit assez répétitif (la narration explosée ressasse les mêmes scènes), Sick nurses se soigne finalement en proposant quelques explosions de violence graphique qui renvoient au registre du grand guignol. Un pur film d’exploitation qui déroule sans prétentions son artisanat sanglant que viennent timidement contrebalancer quelques passages plus légers. Le principe est respecté à la lettre : le vomitif et le malsain priment sur la psychologie et de l’émotion, carrément réduits à néant.

PREVIEW DTV - Virus H13N1

Grippe aviaire en Bavière

Prêt à se coltiner 30 millions d’ennemis, un teuton au pseudonyme canin (Wolf Wolff, au pied, j’ai dit !) met sur le marché vidéo son troisième long-métrage, vaguement retitré dans nos contrées du subtil Virus H13N1 (Virus undead en anglais) afin de stimuler les élucubrations des virologues avides de complots bactériologiques qui ressortent périodiquement une nouvelle sorte de fléau afin d’ensevelir les populations apeurées sous des tonnes de médocs, gels antibactériens et autres produits de mode.

Robert et ses potes (Patrick le gouailleur et Eugen le nerd) parcourent tranquillement l’Allemagne pour rejoindre le manoir du grand-père de Robert, qui est accessoirement un éminent biologiste, retrouvé mort alors qu’il était en voie de conclure ses travaux sur l’épidémie aviaire. Sur place, Robbie retrouve des fantômes enterrés depuis longtemps, Bollman, masse de muscles écervelée qui n’est rien d’autre que l’ennemi juré de Robert, et Marlene, son ex-girlfriend qu’il a précipitamment plaquée avant de s’enfuir de ce trou à rats. Rapidement, les premiers villageois montrent d’inquiétants symptômes et se révèlent infectés par un étrange virus. De minute en minute, les contaminés sont de plus en plus nombreux et se révèlent avides de chair fraiche…

L’entrée du métrage, décrivant l’attaque dans son antre d’un scientifique par une pléiade d’oiseaux, évoque tout autant un sous-produit hitchcockien (le subtil Kaw en tête) que L’attaque des morts-vivants du polisson d’Amato (l’aspect nanar en moins). Et c’est bien là tout le drame de ce bis aspirant autant à se défaire de son image germanique pour se fondre dans le moule hollywoodien qu’à rendre hommage à tout un pan du cinéma bis essentiellement les œuvres des décennies 70 et 80. Incapables d’opérer le moindre choix entre deux idéaux, Wolf Wolff (va chercher !) et son compère Ohmuthi (no comment) mettent en scène une œuvre bâtarde qui fait surgir la menace tantôt du ciel (les oiseaux contaminés, propagateurs du virus, apparaissent par nuées pour ne plus revenir que sporadiquement par la suite) tantôt du sol (les villageois se précipitent aux alentours du manoir familial pour se repaître de viande humaine, façon Night of the living dead, ou élaborent des ruses qui s’avèrent être de pâles copies à peint masquées de la franchise du Retour des morts-vivants). Dans ce gloubi-boulga ultra-référencé évoluent des personnages réduits à des clichés patauds : le héros intelligent qui revient affronter courageusement son passé, le nerd qui vire lentement sa cuti et rejoint le camp des aliénés notoires, le flicaillon de gouttière qui ne s’alimente que de donuts et se la joue shérif texan, toutes des figures propres aux résidus de vidéoclubs dont il fait incontestablement partie.

Plus abouti que la majorité des films indie teutons (la forme comme le fond surpassent la plupart des Timo Rose et autres Andreas Schnaas), Virus H13N1 souffre de nombreuses longueurs, d’effets visuels peu convaincants, d’une interprétation en-deçà de la moyenne, d’une intrigue niaise et d’un climat dénué de la moindre angoisse. Beaucoup pour un seul film…

PREVIEW DTV - Repo, the genetic opera

Symphonie pour un dépeceur

Dans un futur proche, une épidémie provoquant un dysfonctionnement des organes dévaste la planète. La panique éclate et les scientifiques établissent fébrilement des plans pour une récolte d’organes. GeneCo, une société de biotechnologie prévoit la transplantation d’organes par profit. En plus des options de financement, GeneCo se réserve le droit d’appliquer des mesures en cas de non paiement, y compris la repossession des organes...

Adapté à l’écran par Darren Lynn Bousman (successeur de James Wan, il prit les rênes de la réalisation des suites de la franchise Saw), Repo ! The Genetic Opera est un OFNI (objet filmique non identifié !) décalé jusqu’à l’os, à mi-chemin entre une version hardcore du Rocky Horror Picture Show et un clip de métal industriel… Opéra rock sous fond de trafic d’organes, le film de Bousman offre un casting plutôt improbable mêlant Alexa Vega (Spy Kids), Anthony Head (qui a joué Giles dans Buffy contre les Vampires), Bill Moseley (The Devil’s Rejects), Paris Hilton (gothopouffe pour l’occasion), Ogre (chanteur du groupe indus culte Skinny Puppy) et même Sarah Brightman.

Shilo est une adolescente gravement malade, enfermée par un père aimant mais un brin trop protecteur, prêt à tout pour sauver sa fille du virus qu’elle a hérité de sa mère, décédée en la mettant au monde. Mais comme toute ado qui se respecte, le carcan familial finit par lui peser, et elle décide d’aller outre les règles imposées par son paternel. C’est un monde en proie à la perversion, au profit sans fin et au malaise moral qui s’offrira à elle. Le personnage du Graverobber, profanateur opportuniste et cynique, se révèle être une des meilleures du film, même si la prestation de Paris Hilton (qui lui valu d’ailleurs une récompense aux Razzie Awards…) mérite certainement le coup d’œil !

L’un des piliers de Repo ! The Genetic Opera est évidemment celui de la musique, bien que très éloigné d’un Phantom Of The Paradise, figure culte de l’opéra rock. Les sonorités tiennent plutôt du rock industriel, avec une touche de lyrique pour le personnage de Blind Mag, sans oublier la scène très Avril Lavignesque du rébellion de Shilo, qui mérita bien sa baffe finale ! Un univers atypique, qui ravira les amateurs de genre mais déplaira très probablement au cinéphile plus oldschool… Et puis il faut avouer que tout le monde n’est pas capable de tenir pendant un clip d’Evanescence étendu sur deux heures !

Si l’histoire tient du jamais vu, les univers que le film explore se révèlent hélas être aussi inégaux que surprenants. L’ambiance comic-book du générique côtoie les costumes cyber et les décors glauques mais souvent trop kitchs pour rester supportables visuellement. Il faut dire que bon nombre de scènes ont été tournées dans les mêmes décors que ceux des Saw, ce qui explique une certaine impression de déjà-vu en matière de taudis crasseux ou autre endroit digne d’un torture porn lorgnant vers la série Z. A force de vouloir jouer la carte du trash, l’agréable surprise qu’offrait les premiers plans finit par être effacée au profit d’un sentiment de confusion. Chef-d’oeuvre incompris d’un artiste allant au bout de ses idées ou nanar catastrophique qui ne risque pas de sortir un jour dans nos contrées vu le four au box office ricain ? Difficile de trouver une réponse à cette question…

Repo ! The Genetic Opera est une véritable bobine from outer space, décalée et jusqu’au-boutiste, dotée de scènes gores bien craspecs, mais qui ne parviennent hélas pas à la cheville de ses prédécesseurs…

PREVIEW DTV - Cold Prey 2

Le retour de l’Hibernatus tueur

Voici donc revenu l’abominable homme des neiges qui décima presque totalement une bande de joyeux lurons il y a maintenant quatre ans. Geir Olav Brath, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est en passe de devenir le nouveau boogeyman venu du Nord, celui qui tue au piolet plus vite que son ombre et sent le bœuf musqué des kilomètres à la ronde.

Souvenez-vous, nous avions laissé la belle Ingrid Bolsø Berdal (récompensée par l’Amanda de la meilleure actrice pour le premier volet), alias Jannicke, au sommet d’une profonde crevasse dans laquelle elle venait de balancer l’ami Geir Olav. Transférée dans un hôpital de la région, le personnel hospitalier et la police locale essaient de comprendre ce qui a pu se passer cette nuit-là dans les montagnes norvégiennes de Jotunheimen. Oui mais voilà, Jannicke ne fut pas seule à être transportée, notre yéti scandinave repose dans la morgue de l’hôpital et tel un tardigrade il revient à la vie pour terminer le travail.

Suite immédiate du premier opus, c’est le néophyte Mats Stenberg (il a travaillé en tant que réalisateur de pubs en Scandinavie entre 1994-1995) qui prend les commandes de ce qui s’annonce déjà comme une nouvelle franchise. "C’est une suite directe, nous expliquait le cinéaste dans une interview il y a un an, ça commence deux heures après la fin du premier. Comme un 2e chapitre de l’histoire de Jannicke. Mais l’histoire est totalement différente, avec des émotions différentes. Donc non c’est n’est pas pareil. Mais en même temps oui. Il y a tellement de similitudes. Mais c’est difficile d’en parler sans dévoiler trop de choses. Je pense que mon approche est différente de celle de Roar."

Roar Uthaug (l’ancien réal) et Thomas Moldestad rempilent néanmoins pour l’écriture du scénario ce qui aura tendance à réconforter les fans du nouveau mythe scandinave. Film 100% norvégien, Cold Prey 2 (Friit vilt) confirme bel et bien l’efficacité du premier opus qui triompha dans l’Europe entière grâce au classicisme redoutable du bon slasher traditionnel, à ces paysages somptueux des montagne norvégiennes, à son actrice talentueuse et au personnage haut en couleurs qu’est ce nouveau Michael Myers du Grand Nord. Stenberg ne dit-il pas lui-même : "j’ai grandi avec la grande vague horrifique américaine des années 80. Au cinéma, j’ai vu tous les classiques, comme Halloween (oui je sais c’est en 1978 mais c’est presque les 80’s) et Vendredi 13. The Hitcher (l’original) est un des mes films préférés de cette époque. Je crois me rappeler avoir vu Fog de Carpenter trois fois."

Ce deuxième épisode permet d’ailleurs d’en connaître un peu plus sur la personnalité sanguinaire et psychopathe de celui-ci à travers des documents d’archives. Mais voici donc le spectateur plongé dans l’atmosphère lugubre des couloirs sombres de l’hôpital qui devine le tueur sanguinaire tapi dans les coins, le piolet levé. Le gore craspeque de certaines scènes ravive la tension au maximum et nous offre des sursauts d’effroi assurés tandis que Jannicke, aidée par le médecin Camilla (jolie et inconnue Marthe Snorresdotter Rovik), tente une nouvelle fois de survivre à ce nouveau cauchemar qu’elle croyait derrière elle. Le recours au milieu hospitalier est-il un petit clin d’œil à Halloween 2 ? Le réal s’en défend pourtant : "Je l’ai vu au cinéma mais je ne m’en souviens plus vraiment. C’était pas terrible, non ? Mais non, ce n’était pas une inspiration. Mais comme nous avons pris une voie narrative identique à celle d’Halloween 2, il est naturel qu’il y ait des similitudes. Si quelqu’un se fait presque tuer par un maniaque, il finira à l’hôpital et la police sera impliquée. C’est ce qui arriverait dans la vraie vie, et nous voulions avoir un point de vue réaliste pour Cold Prey 2. Au moins jusqu’à un certain point…"

Le succès de ce deuxième opus est tel qu’une suite est donc annoncée pour cette année. Gageons que Cold Prey 3 devrait être à l’affiche des festivals du genre en espérant bien sûr que la qualité sera une nouvelle fois au rendez-vous. Car si les deux premiers épisodes ne révolutionnent en rien la catégorie, nous sommes néanmoins bel et bien chez les poids lourds du genre.

PREVIEW DTV - Moon

La face cachée de la Lune

Sam Bell a été envoyé sur une station lunaire pour superviser le forage de l’Hélium 3, ressource énergétique nécessaire à endiguer la crise que connaît la Terre. Il a laissé femme et enfant depuis trois ans et partage sa solitude avec Gerty, son robot de compagnie. Il est sur le point d’arriver au terme de sa mission, le jour où il commence à avoir des hallucinations. Sam devient-il schizophrène ou serait-ce la société Lunar qui ne veut pas le laisser revenir sur Terre ?

Si, à la lecture du synopsis et au début du visionnage de Moon, on s’attend à un film de SF classique, le premier long métrage de Duncan Jones (fils de David Bowie !) est, en réalité, tout à fait différent des premières expectatives. A l’image de District 9, l’univers extra-terrestre ne semble être qu’une sorte d’alibi permettant d’aborder le thème de l’Homme, engendrant ainsi une réflexion sur la place de nos émotions, qui nous différencient des machines, même lorsque les sentiments se révèlent avoir été programmés comme un simple logiciel… Néanmoins, l’objectif de Moon n’est pas d’embrouiller le spectateur dans une énième cogitation sur le thème de la relation homme-robot, bien que le réal dispose d’un diplôme de philosophie ! Il offre un regard différent que celui engendré par les derniers films de science-fiction : pas de créatures à tentacules, bastons intergalactiques et autres confrontations sous fond de voie lacté, étant plus proche de 2001 : l’Odyssée de l’Espace de Kubrick que de la saga Star Wars.

Le film confronte le personnage de Sam Bell à sa propre solitude, dès les premières minutes du film. Le contrat qui le lie à Lunar durant trois ans, c’est donc toute une vie qu’il a dû laisser derrière lui, faisant de lui une sorte de Robinson Crusoë spatial. Son seul contact est celui du robot Gerty, dont seule la voix (celle de Kevin Spacey en version originale !) et les expressions lui rappellent ses semblables. Ces dernières sont sur un petit écran, via un smiley animé dont les sourires et mimiques changent au fur et à mesure de leurs échanges. Pas de cyborg quasi humain comme celui d’Alien, donc, mais davantage un acolyte mécanique, protégeant Sam et l’aidant dans son travail. Mais du statut de simple amas de ferraille plus bavard que la norme, Gerty devient progressivement le seul soutien de Sam, tandis que les évènements commencent à prendre une tournure plus étrange. En effet, alors qu’il s’approche de la fin de son contrat, l’astronaute se voit soudain assailli de visions, plongeant progressivement Moon dans une ambiance plus nébuleuse, voire angoissante, faite de non-dits et d’interrogations naissantes. Alors qu’il se déplace à l’extérieur de la base, sur la station, il est victime d’un accident, et il réalise à son réveil qu’il a été sauvé par un autre homme lui ressemblant étrangement. Ce dernier ne cesse de remettre en question toutes les certitudes de Sam, et c’est à cet instant précis que Moon gagne en profondeur, en intérêt, plongeant également le spectateur dans une spirale enivrante car délicieusement troublante. La question d’un complot liant Lunar à ses employés lunaire se forme, doublée de la suspicion de clonage et d’une multitude de mensonges… Alors que l’intrigue se tisse à une vitesse effrénée, on ressent toutes les tares des relations humaines, du manque de confiance et de la complexité qui lie parfois les êtres entre eux. Et au milieu de toutes ces interrogations, Gerty semble doté de bien plus d’émotions que ceux qui envoyèrent Sam et ses semblables sur la face cachée de la Lune. Son omniscience les aide à découvrir la vérité, allant par delà les ordres de ses supérieurs.

Cela faisait longtemps qu’un film de science-fiction n’avait pas fait preuve d’autant de sincérité et de puissance, allant par-delà les clichés des bobines de ce genre. Pour une fois, ce ne sont plus des créatures inconnues que le personnage principal se voit obligé de confronter, mais bien ses semblables, dans tout ce qu’il ont de plus pervers et d’immoral. Poignant, émouvant, mais surtout fascinant, Moon est un bon uppercut pour le spectateur habitués aux épopées spatiales classiques, et pour les autres également. En somme, une excellente bobine qui fit sa première mondiale au Festival de Sundance, rafla des prix dans divers festivals… mais ne bénéficia hélas d’aucune sortie en salles, ce qui se révèle être terriblement dommage… Il faudra donc se rabattre sur la sortie DVD du film pour visionner cette perle !

LE TRAILER

PREVIEW DTV - Halloween 2

Signé Zombie

Rob Zombie, homme de parole ? Au vu des nombreux voltes-faces que le réal américain nous a offert au cours de sa saga Halloween nous sommes bien en droit d’en douter. Souvenez-vous, il y a quelques années encore il affirmait ne jamais vouloir réaliser un remake tant ceux-ci étaient irrespectueux et falots. Un remake plus tard et quelques déclarations qui tentèrent de relativiser ses propos, voilà Zombie qui nous revient plus riche avec une séquelle qu’il avait pourtant farouchement niée vouloir faire. Exit donc Julien Maury et Alexandre Bustillo, pressentis pendant tout un temps et tapis rouge pour le grand retour de Michael Myers dans Halloween II, écrit et réalisé par le musicien natif de Haverhill, Massachusetts.

Malins, les frères Weinstein offrent carte blanche à Rob Zombie qui ne se fait pas prier pour nous offrir une suite immédiate, plus personnelle et bestiale, au premier épisode. Dix minutes, c’est le temps qu’il faut à Zombie pour nous donner le ton : gros plans sur les blessures ouvertes de Laurie Strode et Annie Brackett qui arrivent à l’hôpital dans un état critique à la suite de leur agression par le boogeyman d’Haddonfield. Deux ans après, Laurie n’est plus cette enfant couvée, protégée du Mal et ignorante de ses origines. L’adolescente, meurtrie dans sa chaire comme dans sa tête, vit à la grunge, à la punk, chez les Brackett et tente d’oublier l’Horreur malgré les cauchemars récurrents et terrifiants. Loin, très loin de s’imaginer que Myers n’est pas mort et qu’il erre dans la campagne à sa recherche...

"On prend les mêmes et on recommence mais pas de la même façon" se dit Zombie. Il impose sa patte et cette fois-ci évite le classicisme et l’hommage rendu au mythe. Halloween 2 sera viscéral, d’une violence sans nom et sans concession. Rob est de retour et avec lui son univers de forain déjanté composé de rednecks flingueurs, de pervers avoués et de coups de lame rageurs. On retrouve le visuel visionnaire du réal qui nous glaça les roustons dans Devil’s Rejects, froid implacable, sorte d’avant-goût de l’Enfer sur Terre. Bref tout ce qui nous avait manqué dans Halloween faute d’avoir les coudées franches ou submergé sans doute par la pression, conscient de s’attaquer à un mythe et que le film serait attendu au tournant par des millions de fans. Basta le bon goût et vive l’humour bouseux : "c’est quoi le point commun entre une femme et une tornade ? Elles arrivent toutes les deux humides et chaudes et repartent avec la baraque !"

Par une subtile trouvaille visuelle, onirique et poétique, Sheri Moon Zombie est de retour au casting, tout comme Malcolm McDowell en docteur Loomis devenu mercantile et prétentieux, Brad Dourif pour le Shérif Lee Brackett toujours aussi dépassé par les évènements ou encore Scout Taylor-Compton pour interpréter le personnage plus étoffé et torturé de Laurie Strode. Seule entorse : Chase Wright Vanek remplace Daeg Faerch, pour interpréter le jeune Michael Myers.

Moins rentable mais aussi moins cher que son prédécesseur, Halloween 2 aura été une nouvelle fois scandaleusement ignoré sous nos latitudes. Tout au plus aura-t-il connu une unique sortie en salle en Belgique et sans aucun doute le film connaîtra une même discrétion pour le DVD. La volonté des Weinstein de vouloir sortir le troisième épisode en 3D en 2011 sous la houlette de Patrick Lussier parviendra-t-elle à remédier à cette lacune ?

TRAILER

PREVIEW DTV - Dorian Gray

’Miroir, miroir magique au mur... Qui est la beauté parfaite et pure ?’

Avec tous les vampires papier glacé qui débarquent sur nos écrans, la multiplication des crèmes anti-âge et l’endiguement comportemental et vestimentaire des limites générationnelles, il est plutôt clair que l’idéal de jeunesse éternelle - et la peur panique de la mort qu’il sous-entend - est au centre des préoccupations des contemporains. La énième adaptation du roman d’Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, abonde également dans ce sens.

Après Albert Lewin, Massimo Dallanamo ou encore Duncan Roy, c’est Oliver Parker qui s’y colle. Passionné de théâtre, le réalisateur s’y connait en tragédie puisqu’il commence sa carrière sur les planches en tant qu’acteur et metteur en scène et fait ses premiers pas derrière la caméra avec Othello, flanqué de Laurence Fishburne et Kenneth Branagh. Très vite pourtant, c’est le cynisme qui l’emporte. Parker s’attèle à la réalisation de deux films tirés de l’œuvre de Wilde, Un Mari Idéal et L’Importance d’Etre Constant. En adaptant enfin Dorian Gray, le bonhomme met en quelque sorte fin au cycle et ose un pari risqué. En effet, à l’image du personnage éponyme, force est de constater que l’ouvrage de Wilde ne vieillit pas, et pire, tend à soulever des questions de plus en plus actuelles. Il ne s’agit plus simplement de provocation dandyesque ; désormais le roman fait écho en chacun de nous, à l’heure où les codes physiques et moraux n’ont jamais autant imprégné les consciences. Pour relever le défi, Parker s’est entouré de Colin Firth (Pride & Prejudices, Bridget Jones) et du très lisse Ben Barnes (Les Chroniques De Narnia : Le Prince Caspian). Si le talent de Colin Firth est confirmé, il semblerait que pour incarner l’un des personnages les plus mythiques de la littéraire anglaise, Ben Barnes ait besoin de faire ses preuves. Pâle et brun, il ne correspond pas franchement à l’archétype de l’archange qu’est censé être Dorian Gray, et a essuyé en tant qu’acteur, quelques critiques bien cassantes (lu dans Télérama : ’Ben Barnes a l’épaisseur d’une décalcomanie’).

Sur le net, les premiers échos ne sont pas des plus alléchants. Malgré les promesses du réal’ - qui entendait faire un film éminemment gay-friendly - il semblerait qu’il n’aille pas au bout de ses convictions, trahissant par là même l’un des côtés les plus explicites du roman. Le seul baiser homo est vaguement langoureux, et la fellation est filmée en off, pour ne choquer personne, probablement. En outre, au vu de la bande annonce, on ne peut que craindre une surenchère d’effets spéciaux, comme s’il fallait aujourd’hui redorer le blason d’une époque victorienne pourtant culturellement flamboyante. Là où les bons mots et les sous-entendus étaient primordiaux et donnaient à Dorian Gray toute sa richesse et sa force, le film pourrait avoir tout échangé contre du clinquant et fait de son personnage principal un tombeur de jupons comme un autre.

C’est finalement le problème de ce genre d’ouvrage, ancré à la fois dans son époque et dans l’universalité des thèmes qu’il aborde. En y pensant, les vices et les péchés de Dorian Gray n’ont plus rien de choquant aujourd’hui - au contraire, ils sont même assez banals. On voudrait croire à une adaptation fidèle et en costume mais, indéniablement, il aurait peut être fallu prendre la tangente et moderniser sans complexes époque, personnages et matériau. A l’heure du romantisme made in Twilight, et de la soif adolescente jamais étanchée de nouveau sex symbols, ce qu’il y a de plus à craindre ici, c’est qu’Oliver Parker se soit contenté d’exploiter un filon.

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PREVIEW DTV - Smash cut

De quoi ne pas rester Demarbre

Par Caligari

Il y a huit ans, le tandem Lee Demarbre/Ian Driscoll livrait Jesus Christ Vampire Hunter, véritable ovni dont le titre seul sentait bon la blague de potache provocateur. Après avoir donné un troisième volet en forme de long métrage à leur série « Harry Knuckles », initiée par deux courts, les voici de retour avec Smash Cut, hommage réjouissant aux films de série Z, et en particulier ceux de Herschell Gordon Lewis (Blood Feast, 2000 Maniacs, The Wizard of Gore,…). Celui-ci apparaît d’ailleurs dans le film, qui lui est dédié.

Après une introduction en forme d’avertissement, débitée par Lewis « himself », le film s’ouvre sur une projection dans une salle obscure. Le film montré est une sorte de remake cheap de Chucky, avec un pantin en mousse dans le rôle du jouet psychopathe. Les spectateurs, atterrés, quittent la salle un à un. Une réplique cinglante résonne dans la salle presque vide - « Ce réalisateur ferait passer Ed Wood pour Orson Welles » - et les deux derniers intrépides spectateurs de l’innommable navet quittent les lieux non sans avoir croisé Abel Whitman, clown triste dépité par l’effet produit par son œuvre, qu’il a pourtant réalisée en y mettant tout son cœur. Le ton est donné.

S’ensuit l’inévitable scène de bourrage de gueule du réalisateur déchu, réalisant qu’il n’est qu’un raté. L’alcool aidant, l’artiste maudit sympathise avec une go go dancer aux formes avantageuses et lui promet de faire d’elle une star en la faisant tourner dans son prochain chef-d’œuvre. Ni une ni deux, les voici embarqués sur la route. Mais comme chacun sait, boire ou conduire…. Pauvre go go, la seule chose que Whitman aura fait d’elle, c’est de la chair à saucisse. Se retrouvant avec un joli cadavre sur les bras, Whitman a l’idée saugrenue de faire passer celui-ci pour un accessoire de cinéma. Et le voici en train de filmer la première scène de son prochain film avec la poupée dégonflée en toile de fond. Réalisant que les vrais corps, à l’écran, ça en jette plus que le ketchup et les faux yeux de la boutique de farces et attrapes du coin, voici Whitman embarqué dans une folie créatrice et destructrice à la fois. Le génie du cinoche n’a plus qu’une seule idée en tête : semer la mort autour de lui pour donner vie à une œuvre d’art.

Tout comme le personnage principal de son film, Lee Demarbre semble laisser libre cours à sa folie créatrice dans ce film atypique mais diablement sympathique. Multipliant les assauts gore plus drôles que flippants et créant des personnages hallucinants (comme le détective de pacotille Isaac Beaumonde, joué avec moult grimaces par Jesse Buck), le canadien n’oublie pas de soigner son cadre et son image cheap « seventies », dans laquelle se ressent l’influence du Death Proof de Tarantino. Outre Hershell Gordon Lewis, dont l’apparition ressemble à un passage de relais, Demarbre réunit un casting des plus hétéroclite. David Hess et Michael Berryman, ayant respectivement prêté leurs « gueules » à Wes Craven au cours des années 70, dans The Last House on the Left et The Hills Have Eyes, se livrent à un concours de cabotinage assez réjouissant. Quant à Sasha Gray, actrice de X de son état, elle se fait ici asperger… de sang.

Demarbre ne le cache pas, ses influences majeures se situent dans le cinéma d’exploitation des années 70. Si Smash Cut n’est à la base guère plus qu’un hommage appuyé à toute cette frange du cinéma, adulée par les uns et détestée par les autres, il n’en est pas moins également un véritable objet filmique, qui suscite même la réflexion sur ce qu’est un film et sur la façon d’aborder la création d’une œuvre. Demarbre ne fait pas d’Able Whitman son alter-ego mais porte au contraire sur lui un regard critique assez féroce. Tandis que ce réalisateur d’opérettes veut atteindre le sublime en approchant la réalité au plus près, Demarbre veut s’en éloigner le plus possible et montrer frontalement la facticité de ses effets. Quand Whitman filme de vrais cadavres, du vrai sang, Demarbre, lui, filme des accessoires de cinéma qui sont montrés tels qu’ils sont, dans leur facticité la plus évidente. C’est comme si, en plein milieu d’un film hi-tech, le réalisateur faisait un arrêt sur image pour dire à son spectateur qu’il n’a pas vraiment fait exploser la maison blanche. Ici, l’aspect caricatural qu’il revêt (jusqu’au jeu grandguignolesque des acteurs) renvoie le film à ce qu’il est, selon Demarbre : un artifice.

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Smash cut Trailer
par Horrornewsnet

PREVIEW DTV - L’île des abeilles tueuses

Pique, pique et c’est le drame !

Karla, une jeune étudiante en médecine, revient à Majorque pour voir son père et discuter avec lui de la revente de la maison de sa mère, trop tôt disparue. Remplie d’animosité envers sa belle-doche et envers tout ce qui est doté de muscles et trempé de sueur, Karla espère que son séjour ne sera que de courte durée. Mais un événement vient détruire ses plans : son père fait un malaise et est transporté d’urgence à l’hôpital où ses jours sont comptés. La cause : une abeille d’une nouvelle espèce aurait piqué son paternel et provoqué sa paralysie. Pour trouver un antidote, Karla s’associe à Ben, un entomologiste devenu chauffeur de taxis (!!)…

Un film avec des abeilles qui tuent ? Une bonne idée, à condition de le tourner dard-dard (comme ça, elle est faite). Les rayons des invasions craignos en comportent par dizaines de ces essaims assassins parmi lesquels trônent L’inévitable catastrophe (Swarm, 1978) et, plus récemment, L’invasion des abeilles tueuses (Deadly invasion : the killer bee nightmare, 1995). Toutes émanant de l’industrie bis, avec une énorme tendance à l’exploitation vidéo. Il faut dire que sortir de telles œuvres en salles relève de l’utopie totale, la dernière œuvre de ce type a avoir connu les faveurs des toiles blanches reste Arac attack, parodie virevoltante et assez spectaculaire dans laquelle de gargantuesques arachnides coursaient David Arquette et Scarlett Johansson, entre autres.

L’île des abeilles tueuses naît sous l’impulsion de Wasabi, firme de prod’ allemande jusque-là tributaire d’un drame et d’un docu décapant sur le quotidien des canidés en Chine (Im Jahr des Hundes). Des chiens chinois aux abeilles espagnoles, il n’y avait qu’un pas qu’ont franchi les producteurs, accueillant bras ouverts le script torché par Nicole et Ulli Bujard, scénaristes, producteurs, acteurs et réalisateurs de Night of the vampire hunter. Troquant les crocs pour les dards (ce que seul Jesus Franco est capable de faire habituellement), ils imaginent une histoire des plus convenue contenant comme point d’orgue la traditionnelle séquence de panique sur une plage surpeuplée où touristes et baigneurs autochtones se font attaquer par des nuées d’abeilles en colère (on vient de les saupoudrer d’insecticide, faut dire !) dont les formes ne sont pas sans rappeler les troupes de fourmis volantes (??) aux multiples qualités artistiques de The hive, autre zèderie insectoïde aux effets numériques pourris.

Originale de bout en bout, la pellicule fait se succéder des scientifiques véreux, des policiers incapables, des autorités avides de fric, contre lesquels luttent deux héros de fortune : un entomologiste sur le déclin et une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux. De recherches en recherches, le tandem se heurte à une série d’obstacles : et vas-y qu’on est foutus en taule, en voilà qu’on a trouvé une preuve de tout mais qu’on ne nous écoute pas, et vas-y qu’on tombe comme par enchantement sur le nid de la reine qu’il faut impérativement détruire. Autant de clichés qui provoquent une certaine tension des zygomatiques, soutenus par une mise en scène scolaire voire archaïque, des oeuvres de Michael Karen, faiseur de téléfilms pour le petit écran teuton, c’est tout dire. A coup sûr, vu la lourdeur de ce navet, TF1 devrait déjà le compter dans ses prochaines grilles de programmes du dimanche après-midi.

PREVIEW DTV - The Substitute

Ça a bien changé l’enseignement !

Prix Spécial du Jury au BIFFF 2008 et prix du public au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2008, le danois The Substitute, aka Vikaren a aussi trusté pas mal de récompenses dans diverses compétitions domestiques, notamment aux Robert Awards, que la bande d’Ole Bornedal a carrément survolée. Quoi de plus normal pour l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération, entraînant les succès à très grande vitesse et se faisant même une petite place dans l’industrie cinématographique américaine ?

Connu pour son fameux Nightwatch, qui engendra un remake à l’américaine, Bornedal a tout du cinéaste intelligent qui rend son Art abordable tout en lui instillant un caractère extrêmement particulier. The Substitute en est d’ailleurs la preuve vivante puisque, à la base d’un pitch déjà original, le réalisateur parvient à signer une œuvre totalement décalée restant à la portée du grand public.

The Substitute s’intéresse à des collégiens qui accueillent une enseignante remplaçante qui est supposée les amener à un concours international à Paris. Mais ils remarquent qu’elle n’est pas tout à fait ce qu’ils espéraient : mauvaise, méchante, elle lit leurs pensées… mais leurs parents se sont laissés convaincre qu’elle est formidable et ne croient pas du tout leurs enfants lorsqu’ils annoncent qu’elle serait…une alien ?

Traitant le thème extraterrestre avec une grande originalité et faisant de multiples appels du pied au cinéma des 80’s, Bornedal troque volontairement l’angoisse inhérente aux situations mises en place contre un héroïsme juvénile rappelant presque des œuvres comme les Goonies. Dès lors, The Substitute ne peut pas être véritablement taxé de film d’horreur comme le laisserait sous-entendre la pochette DVD créée par Zylo, mais plutôt de bande d’aventures aux relents surnaturels et, parfois, angoissants.

De plus, la bande parvient à s’appuyer sur le talent de deux acteurs déjà primés à Cannes (pour Festen, en 1998), Paprika Steen et Ulrich Thomsen, qui donnent un caractère un peu plus adulte à l’ensemble. Sorti par Zylo le 5 janvier passé et débarquant avec une certaine aura dans les bacs des mégastores, The Substitute, à défaut d’être un divertissement parfait pour les fantasticophiles chevronnés, devrait se faire une place au soleil au niveau des ventes et constituera sans aucun doute l’une des réussites plus ou moins grand public de ce mois de février.

Déjà présent dans les bacs belges depuis début janvier, le métrage de Bornedal devra convaincre le public avant que les distributeurs français ne s’engagent à publier les œuvres suivantes d’un cinéaste toujours aussi prolifique et qui a, depuis, réalisé deux nouveaux longs-métrages de genre : Deliver us from evil (à voir en festivals ?) et Just Another Love Story.

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PREVIEW DTV - Triangle

Un film paquebot

Christopher Smith fait partie du club très restreint de réalisateurs qui parviennent à se faire un nom dans le cinéma d’horreur en quelques films seulement, là où des vétérans de la caméra mirent des années à se faire connaître. Creep, son premier film, lorgnait du côté du survival claustrophobique, avec une créature hideuse mettant en avant une équipe de maquilleurs FX bien rodés, donnant un avant-goût de l’attrait de Smith pour les ambiances sombres et tordues. Cependant, Severance jouait la carte de la satire et d’un sens de l’humour particulièrement acerbe. D’une scène franchement fendard, on passait à un plan bien glauque et angoissant, sans ressentir la moindre baisse de tension. En bref, deux bobines prometteuses laissant présager une filmo aussi variée que jouissive pour tous ceux qui apprécient le genre.

Triangle, troisième film de Christopher Smith, malheureusement inédit en salle, est tout aussi bon que ses précédentes péloches, si ce n’est meilleur, le style du réal anglais gagnant vraisemblablement en efficacité au fur et à mesure que ses expériences cinématographiques se multiplient. Jess (Melissa George) vit seule avec son enfant autiste, qu’elle confie à une baby-sitter pour la journée, ses amis l’ayant invité à bord d’un voilier. Mais, pour des raisons qui lui échappent, elle se sent particulièrement anxieuse et mal à l’aise. C’est l’arrivée d’un paquebot qui sauvera le groupe, après qu’une tempête a retourné leur bateau. L’atmosphère qui y règne est particulièrement étrange : il n’y a pas âme qui vive, mais une présence semble planer dans les airs, à l’image de l’aura régnant dans l’hôtel Overlook cher au Shining de Stephen King. D’ailleurs, l’adaptation du livre par Kubrick n’a rien a envier au film de Christopher Smith, comme si l’élève égalait le maître dans l’art de créer une ambiance des plus angoissantes, par la seule vision de couloirs vides, et de cette salle principale où les mets pourrissent à vue d’œil… De nombreux éléments rappellent les décors de Stephen King, et l’on s’attendrait presque à croiser une femme en pleine décomposition au détour d’une des chambres abandonnées du paquebot…

S’il est légitime d’avoir une puissante envie de révéler la cause des troubles qui s’immiscent dans le cerveau de Jess au fur et à mesure que les tensions grimpent, il faut avouer que spoiler le film de Christopher Smith lui ferait perdre de sa profondeur et de ses vertus hypnotisantes. La claustrophobie environnante et la pureté factice des lieux semblent, au premier abord, n’être que de simples partitions propres au décor classique du film d’angoisse. Mais Triangle va bien au-delà des clichés du genre et de la partie de cache-cache sous fond de massacre sanglant. Ici, pas de boogeyman masqué ou autre poltergeist ; la nature du mal se révèle être tout autre, et plonge Jess dans une tautologie infernale, l’amenant à affronter des démons dont les puissances vont par delà la réalité… Smith a véritablement réussi son coup à travers ce troisième film, et y insuffle une puissance inouïe, de celles qui coupent le souffle et enlisent le spectateur dans son siège. Les qualités du jeu de Melissa George permettent un phénomène d’identification quasi-inconscient, rendant Triangle aussi bluffant que troublant. C’est en visionnant ce genre de péloche que l’on regrette amèrement que bon nombre d’entre elles aillent directement à la case DTV, sans être diffusées en salle, à l’image de l’excellent All The Boys Love Mandy Lane. Car si Triangle n’est pas un film tout public, il saura très certainement être apprécié à sa juste valeur par le cinéphile ouvert d’esprit et prêt à creuser un peu ses méninges...

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Triangle - Trailer / Bande-Annonce #2 [VO]
par Lyricis

PREVIEW DTV - Cabin fever 2

2 fois plus gore, 2 fois moins glauque

Il y a tout juste sept ans, Eli Roth marquait son premier essai intitulé Cabin fever, péloche sans prétentions qui contrebalançait des références souvent pataudes par une vraie générosité en matière de tripaille. Pour rappel, le métrage suivait cinq djeunz qui, our fêter la fin de leurs études et profiter de quelques jours de liberté avant d’entrer de plein pied dans les emmerdes quotidiennes (comprendre : le monde du travail), se paient un petit week-end dans une cabane perdue au fin fond des bois, en bordure d’un splendide lac avec canoë et tout le toutim. Au programme : détente, alcool et bronzette. Leur séjour idyllique vire au cauchemar quand ils croisent la route d’un ermite infecté par un virulent virus qui crache accessoirement ses tripes, venu chercher de l’aide auprès d’eux...

Depuis, Roth s’est basterdisé chez son ami Tarantino et a pris les rennes du torture porn avec son diptyque Hostel. Désireux de pousser plus loin sa « cabane fiévreuse », Roth se ramasse et voit son script religieusement réexpédié par les producteurs de Tonic films. En lieu et place, ils optent pour un scénar amélioré par Ti West, réal trentenaire qui s’est fait remarquer avec The roost en 2005. Quasi complètement autoproduit, cet hommage au cinéma horrifique des 70’s et 80’s sous forme de midnight movie amateur suffisait amplement à cataloguer son créateur (scénariste, producteur, réalisateur et acteur pour l’occasion, qui dit mieux ?) dans le rang des amoureux du genre minés par une intarissable nostalgie envers le cinéma des 80’s. Généreux, West donne tout et ose tout. Le film originel déversait sur l’écran des geysers d’hémoglobine et étalait boyaux et viscères avec un plaisir non-feint (voir la sublime séance de rasage de gambettes), Cabin fever 2 va plus loin dans l’abject et accumule les émulsions macabres, mêlant sans vergogne sang, tripes, vomi et pisse qui éclaboussent chaque séquence de l’œuvre.

Suite directe du premier opus, Cabin fever 2 : Spring fever referme la boucle en reprenant comme vecteur du virus l’eau qui s’écoule non loin de l’épicentre de la propagation virale de l’épisode précédent. Un infecté fait trempette dans l’eau avant de se réveiller et de se faire éclater (littéralement) par un bus scolaire. L’eau contaminée, après quelques bifurcations, est extraite dans une usine du coin qui la commercialise en petites bouteilles. A quelques kilomètres de là, un bal scolaire en fait les frais : tous les étudiants fêtant la graduation dégustent sans le savoir l’eau toxique distillée dans une énorme vasque de punch et perdent petit à petit leur teint de jeune fille pour rejoindre illico le camp des macchabées. Sorte de dosage entre un Carrie sous amphets et un Dance of the Dead vitriolé, Cabin fever deuxième du nom emprunte constamment le chemin de la gaudriole, plaçant dans la bouche de ses protagonistes déjantés (la bimbo parée d’une énorme pustule labiale et d’un appareil dentaire, l’éléphante qui fantasme sur le beau mec du bahut, la tête de la classe plus beau que son concurrent direct, son ami vachement gonflant) des répliques truculentes dont les sous-entendus omniprésents finissent pourtant par lasser.

Lourdingue et pataude dans son accumulation de blagues sous la ceinture, la pellicule de Ti West endosse involontairement des allures d’American pie dans son omni-exploitation du porno (fellation dans les wc et éjacs faciales à coups de turgescences baveuses, notamment) et s’apparente au final à un bad-trip prompt à vous filer une fièvre d’enfer.

PREVIEW DTV - The backwoods

Promenons-nous dans les bois

Production Filmax et premier long métrage du jeune Koldo Serra, The Backwoods m’intriguait depuis un moment déjà. D’abord parce qu’il s’agit d’un survival, genre que j’affectionne particulièrement, ensuite parce qu’il a reçu un accueil très chaleureux dans les différents festivals l’ayant diffusé. Et aussi pour son casting hétéroclite et international (un réalisateur espagnol, Gary Oldman, Paddy Considine et notre Virginie Ledoyen nationale). Autant de raisons qui ont fait que lorsque je suis tombé sur le DVD dans une boutique d’Aberdeen, je me suis empressé de l’acquérir. Et j’avoue que j’ai été très agréablement surpris, puisqu’au final j’ai eu bien plus que ce que je m’attendais à retirer du film. Car si The Backwoods a bien des allures de survival, il est en fait beaucoup plus que ça. Il s’agit tout autant d’un thriller horrifique que d’un drame poignant et d’un plaidoyer pour le respect de la différence (qu’elle soit physique ou culturelle).

The Backwoods se déroule dans les années 70 (époque bénie du survival, faut-il le rappeler, qui a vu naître entre autres le traumatisant Massacre à la Tronçonneuse) et suit le parcours de deux couples d’amis, Paul et Isabel (Gary Oldman et Aitana Sánchez-Gijón) et Norman et Lucy (Paddy Considine et Virginie Ledoyen), venus passer des vacances en Espagne, dans la vieille demeure familiale de Paul. Au cours d’une partie de chasse dans les bois, les deux hommes tombent sur une cabane renfermant un secret qu’ils auraient mieux fait de ne pas découvrir. Des hommes armés ne tardent pas à débarquer chez eux, bien décidés à étouffer cette affaire…

Le film débute sur une vue de l’intérieur de la voiture du couple Norman-Lucy, alors qu’ils roulent sous le soleil écrasant d’Espagne. Les héros sont présentés très succinctement, à travers peu de dialogues, mais déjà on sent une tension, tension imputée de prime abord à la chaleur étouffante régnant dans l’habitacle (pas de clim à cette époque). Cependant, Serra nous fait comprendre par petites touches que ce couple traverse une crise sérieuse (l’agressivité gratuite de Lucy, son refus de quitter la voiture pendant l’arrêt au bar, le désarroi visible de Norman…). Et c’est véritablement cette crise dans ce couple qui va faire dégénérer la situation dans la suite du métrage, plus que la macabre découverte dans les bois.

Une fois le décor planté et les personnages présentés, soit physiquement (le couple Norman-Lucy), soit oralement (le couple Paul-Isabel), le film peut véritablement commencer. Et il débute comme un survival classique : les deux couples de citadins débarquent dans un bar paumé dans la cambrousse espagnole, avec ses habitués bizarres qui regardent les étrangers d’un air dédaigneux. Mais très vite, Serra joue avec les codes du genre, en faisant par exemple du personnage de Gary Oldman un natif du coin bilingue et donc parfaitement à même de répondre aux railleries des locaux. De même, si certains autochtones voient de toute évidence d’un mauvais œil l’arrivée de ces touristes, pour la plupart ils sont très ouverts et serviables. Cette introduction à la fois classique et originale prépare le terrain pour la suite par petites touches, comme cette scène ou Virginie Ledoyen se fait mater alors qu’elle est en train de se rafraîchir à la fontaine.

Et cette envie de respecter les codes du survival tout en apportant un coté réaliste parcourt réellement tout le métrage. Ainsi, lorsque les deux hommes font leur macabre découverte et tentent de se rendre au poste de police, ce n’est qu’à cause de leur hâte et de leur maladresse qu’ils ont un accident de voiture… Mais d’un autre coté, l’événement véritablement déclencheur de la folie qui va suivre sera le viol de Lucy par un villageois, une scène classique de survival, mais très intense dramatiquement. Mais là où Serra réussit un coup de maître, c’est véritablement dans le face à face final, à la fois magnifique visuellement, extrêmement tendu et surtout très émouvant. Un final où le personnage incarné par Lluís Homar dévoile un coté de sa personnalité inattendu, celui d’un homme brisé qui a commis une terrible erreur et ne sait pas comment la réparer, un homme totalement dépassé par les événements et par ce déferlement de violence. A l’inverse, Norman, de mari cherchant à protéger sa famille et à reconquérir le cœur de sa femme, est devenu progressivement un homme assoiffé de sang, un véritable chasseur.

Visuellement magnifique et maîtrisé (la poursuite entre Gary Oldman et les villageois dans les bois est impressionnante), le film de Serra botte en touche grâce à ce final poignant, très éloigné des canons du genre mais réellement puissant.

PREVIEW DTV - Dead snow

Nazi Snow Party !

En quelques mois seulement, les salles de cinéma françaises ont accueilli le vampirique Morse et le thriller Millenium, deux œuvres qui possèdent une origine commune : la Suède. Nouvel eldorado européen, la Scandinavie a livré ces dernières années quelques-unes des plus éclatantes réussites du genre : le slasher Cold prey, le drame fantastique Norway of life et l’hypnotique drame Sauna constituent autant d’exemples de cette explosion cinématographique. Dans ce panorama pour le moins éclectique, Dead snow fait figure de proue. En effet, le film du Norvégien Tommy Wirkola est la première pellicule du cru à impliquer des zombies et à les aborder de surcroît sous un angle humoristique, à la limite de la parodie.

Dotée d’une trame convenue à souhait, Dead snow suit le calvaire de huit étudiants en médecine qui se réunissent dans un chalet de montagne afin de fêter les vacances de Pâques. Munis de skis, de motoneiges et d’une cargaison non négligeable de bières, les jeunes s’apprêtent à passer d’agréables vacances, jusqu’à ce qu’un vieil homme s’introduise dans leur chalet et les mette en garde à propos d’une présence maléfique qui hante les environs. Témoin de l’histoire douloureuse de la région, il leur raconte qu’une poignée de soldats nazis, chargés durant la seconde guerre mondiale de contrôler la région, ont réussi à échapper à une rébellion des autochtones et sont morts gelés dans les montagnes. Depuis, plus personne n’ose s’aventurer dans le coin, de peur faire de mauvaises rencontres. Peu soucieux des contes et légendes serinés par le vieux-qui-sait-tout, les jeunes voient bientôt leur chalet encerclé par des zombies nazis.

Comme base, Wirkola opte pour des légendes locales sur les nazis : " La Norvège possède quelques légendes au sujet de la seconde guerre mondiale. Dans les fjords environnant mon village natal, les nazis ont caché leurs plus gros bateaux, dont le fameux Tirpitz, et les ont utilisés pour menacer les convois entre les alliés et la Russie. Ils possédaient de grosses troupes sur place et étaient dotés d’un équipement à la pointe. Leur présence avait donc un impact considérable sur un petit village comme Alta. Nous avons donc grandi, mes amis et moi, avec des histoires en tous genres au sujet des nazis.
Quand nous avons décidé de faire un film de zombies dans la neige, nous avons tout de suite réalisé qu’un métrage de zombies nazis était sans doute la meilleure voie à suivre. Tout d’abord, parce que l’aspect historique de notre région l’imposait mais, surtout, parce que le concept était alléchant. Qu’y a-t-il de plus diabolique que des zombies ? Des zombies nazis bien sûr !
"

Au contraire du récent Outpost qui abordait une thématique semblable dans un premier degré total, Dead snow mise dès l’entame sur un second degré assumé et rend ainsi hommage aux classiques horrifiques des années 80 qui mélangeaient sans vergogne humour outrancier et séquences extrêmement gore afin de susciter autant l’effroi que l’amusement. En rupture totale avec la vague actuelle du film d’horreur réaliste, Dead snow compile les séquences insolites et les dialogues sarcastiques, cultive conventions et clichés de manière assumée, glisse de multiples clins d’œil aux films d’horreur des eighties (un massacre à la tronçonneuse tout droit sorti d’Evil Dead 2) et ponctue l’ensemble de séquences sanguinolentes sublimées par une impressionnante inventivité formelle (une victime abasourdie par une chute vertigineuse observe, dans un flou artistique témoignant de son état, des zombies lui dévorer les viscères).

Deux ans après Kill Buljo, parodie potache low budget du Kill Bill de Tarantino, Dead snow atteste du savoir-faire de Wirkola et de son compère Henriksen qui maintiennent adroitement l’équilibre entre l’horreur et le second degré.

Le dvd est édité par Wild side video avec quelques compléments intéressants :

- Folie dans le Nord : Journal de bord du tournage

- Zombies, masques et maquillages

- Les effets spéciaux

- Scène coupée et prises ratées

- Bandes-annonces

PREVIEW DTV - Grizzly park

L’homme qui a vu l’ours...

Huit mauvaises graines sont envoyées en réhabilitation dans une réserve naturelle de Californie appelée Grizzly park. Durant une semaine, ils se mettent au service de la communauté en ramassant les détritus qui jonchent les sentiers mal balisés de la réserve sous l’œil de l’impitoyable ranger Bob. Mais un serial killer en fuite les suit à la trace et entend les exterminer l’un après l’autre pour augmenter son propre tableau de chasse. A moins que le danger ne vienne plutôt de cet énorme grizzly qui voit d’un mauvais œil ces insipides intrus qui empiètent sur son territoire…

Plutôt timides dans le genre horrifique, les ours tueurs apparaissent au plus dans une dizaine de métrages qui leur entièrement ou partiellement consacrés. Du Grizzly de William Girdler au canadien Beasts de Don Hawks, en passant pas le Claws de Richard Bansbach et R.E. Pierson, il faut bien constater que les ursidés vénères écopent rarement de la tête d’affiche, effacés le plus souvent par les légendes montagnardes des Bigfoot, Sasquatch et autres créatures mythiques à torse velu. Pourtant, les productions bis des années 2000 sont le terrain d’une jolie recrudescence des ours et grizzlys qui, depuis A couteaux tirés, se paient coup sur coup deux festins d’humains alimentés par David DeCoteau (le débilitant Grizzly rage) et le canadien Tom Skull, pour le présent métrage.

Pour son premier long métrage, Tom Skull s’essaie à une sorte de retour au style des productions horrifiques des années 80. Une atmosphère détendue, des mélodies omniprésentes (souvent criardes) qui rythment chaque situation supposément drôle, une galerie de personnages à peine esquissés (une séquence de deux minutes sur un thème horripilant et quelques discussions ineptes suffisent à modeler chaque ectoplasme) : le ton est à la gaudriole comme l’illustrent les multiples gaffes de Bebe, bombasse en chef (la très attirante Emily Foxler), qui accumule les bourdes et entraîne ses comparses dans des aventures dignes de la plus gagatisantes des bédés pour enfants (un putois, nourri par la bécasse, se pointe et empeste les bandits en herbe). Une équipée pas si sauvage que ça d’ailleurs (un hacker débutant, une empoisonneuse de pacotille, un xénophobe ultra-tatoué et même pas méchant) qui tranche complètement avec les loubards de Wilderness dont Skull semble s’inspirer en le tournant à la dérision et en adjoignant à la figure du tueur sanguinaire (trop rapidement abandonné) un grizzly qui a visiblement les crocs. L’arrivée de l’ours redonne un peu de vigueur à cette pellicule jusque-là plutôt molle qui peut alors enquiller quelques exécutions en bonne et due forme (déchirement en deux, décapitation) qui s’avèrent pour el coup convaincantes.

Le dvd de Grizzly park est édité par Emylia et contient comme bonus un diaporama ainsi qu’un making-of du film (en anglais mais tout à fait compréhensible).

TRAILER

PREVIEW DTV - My Name is Bruce

The Return of Super-Ash !

Qui n’a jamais rit devant une bande mettant en scène Bruce Campbell ? Quel geek n’a jamais adulé ce héros hors normes du cinéma moderne ? C’est sans doute là la question que l’on peut se poser alors que My Name is Bruce, auto-hommage délirant réalisé par Bruce Campbell, produit en 2007 pour la somme dérisoire d’1,5 millions de dollars, s’apprête à sortir. Film extrêmement attendu, My Name is Bruce n’en demeure pas moins un rescapé des problèmes de distribution puisque, après avoir seulement fait son entrée sur le marché DVD américain le 10 février 2009, il est enfin parvenu jusque dans nos contrées.

Dès lors largement piratée, la bande, et sa sortie, n’en garderont pas moins une saveur particulière dans l’esprit de nombreux fans de l’acteur. En effet, hormis différentes petites apparitions dans quelques blockbusters (la saga Spider-Man, Ladykillers) et des interventions souvent malheureuses dans des bandes zeddardes, le GRAND Bruce Campbell n’a que fort peu reçu les honneurs de la critique ces dernières années. Et c’est d’ailleurs ce que l’acteur, néo-réalisateur à cette occasion (il avait déjà mis en scène le peu recommandé Man with the Screaming Brain) s’échine à mettre en scène dès le début de My Name is Bruce, faisant preuve au passage d’une autodérision assez impressionnante. On retrouve donc l’interprète de Ash (la saga Evil Dead), empêtré dans une vie ennuyeuse qui a vu, petit à petit, se raréfier les amis et se multiplier les mauvais projets cinématographiques. Bruce sombre donc petit à petit dans la dépression, l’alcool et est de plus aux prises avec un agent lui prenant son argent et… sa femme. Tout change le jour où des fans inconditionnels, qui le prennent pour le personnage qu’il a jadis incarné dans Evil Dead, l’enlèvent pour sauver leur petite ville. Cette dernière est en effet aux prises avec un véritable démon.

Au départ de ce pitch déjà terriblement délirant et référentiel, il faut donc s’attendre à ce que Bruce Campbell plonge le spectateur dans son univers propres, agrémenté, çà et là, de quelques exagérations de bon aloi dans la première partie de l’œuvre. L’aventure échevelée qui s’ensuivra mettra en scène une pâle copie de Ash, volontairement déformée par la vision de l’artiste qui, s’il ne possède pas la maestria de Sam Raimi pour mettre en scène le héros demeure clairvoyant quand il s’agit de faire rire.

Citant volontairement nombre de chefs-d’œuvre auxquels il a participé, Bubba Ho-Tep et, bien entendu, Evil Dead en tête, Bruce Campbell n’hésite néanmoins pas à passer du côté obscur de sa carrière en se moquant délibérément (mais de manière respectueuse et attachante) des séries B et Z auxquelles il a participé. En plus de ces savoureux clins d’œil, le spectateur pourra aussi sans nul doute se délecter par l’entremise du traitement d’un personnage qui apparaît plus couard que jamais : là où le Ash de Sam Raimi montrait un courage et une rage plus proche de la folie, l’acteur dépeint ici un héros couard en diable, détalant au moindre danger. Dès lors, malgré un final en forme de happy end, il est vrai rattrapé par le côté potache de l’ensemble, My Name is Bruce s’impose à tout le moins comme une bonne surprise que chaque fantasticophile se doit de posséder.

Engrangeant seulement 18.800 dollars lors de sa sortie en salles (en circuit limité) aux Etats-Unis en novembre 2008, ce qui, par rapport au budget de base, fut une véritable catastrophe,My Name is Bruce mérite néanmoins que l’on y jette un coup d’œil amusé et nostalgique. Prévu pour le 10 mars prochain dans nos contrées (d’autres évoquent la date du 7 avril), le métrage est distribué par Warner Home Vidéo France qui, pour l’occasion, n’aura pas vraiment mis les petits plats dans les grands. En effet, les bonus seront relativement restreints : les habituels commentaires audio (de Bruce Campbell et Mike Richardson, producteur), making-of et une bande-annonce seront simplement disponibles. En espérant que la distribution de Bruce VS Frankenstein, la séquelle envisagée de My Name is Bruce, soit moins chaotique…

BANDE-ANNONCE

PREVIEW DTV - The haunting of Molly Hartley

Molly et ses fantômes

Par Dante

Le film de fantômes doit sans doute être le genre le plus prolixe dans le monde du film d’horreur. Si quelques perles sortent du lot de temps à autre (Inside est la dernière en date et entretient d’ailleurs quelques liens avec Molly), il faut admettre qu’une grande partie de la production est peuplée de films de piètre qualité, à l’intérêt tout relatif qui répète des schémas ultra-usités pour le plus grand ennui du spectateur (comme l’illustre le récent The unborn de David S. Goyer, juste pour l’exemple).

Alors autant dire que ce Cauchemar de Molly Hartley (comme l’ont prénommé nos amis québécois) n’a rien d’une perle. Note catastrophique sur IMDB, réputation pas forcément reluisante, première réalisation d’un obscur technicien (Mickey Liddell, habituellement confiné à la production, notamment du The collector de Marcus Dunstan), casting composé d’une belle brochette de jeunes acteurs et actrices à la recherche d’un peu de reconnaissance, excepté le sous-exploité Jake Weber (The cell, la série Médium), ce Haunting of Molly Hartley possède toutes les qualités de l’énième DTV sans intérêt qui peuple les rayons des invendus de vidéothèques en déclin.

Pour rester original, le film raconte l’histoire de Molly Hartley, joli petit bout de femme qui est traumatisée par sa mère devenue folle et est désormais hospitalisée. Pour se remettre de ses émotions, elle change de vie et de collège et rencontre un tas de nouveaux amis. Mais les choses dégénèrent quand elle commence à se rendre compte que la crise de folie de sa mère pourrait avoir été influencée par des forces extérieures et que ses nouveaux amis sont très portés sur le catholicisme fanatique.

On peut donc lire en filigrane quelques pistes intéressantes, notamment la force de la communauté religieuse dans les petites villes américaines, comme l’avait si brillamment illustré le récent DTV Inside (ndlr : t’es pire qu’un fétichiste, Dante !). Mais malheureusement, le métrage semble complètement reléguer tout argument original au profit d’une multitude d’apparitions de fantômes énigmatiques, prompts à faciliter le sursaut du spectateur lobotomisé par l’absence de scénar’. Navrant mais tellement banal dans le royaume des DTV que ce Molly Hartley disparaîtra rapidement de la mémoire des amateurs de genre pour hanter à son tour les solderies de DVD. Un triste destin...

PREVIEW DVD - The Descent 2

Les malheurs de Sarah

Avec The Descent, Neil Marshall entrait par la grande porte dans le monde de l’horreur, résumant en une seule pellicule la somme de toutes les peurs. De la claustrophobie à la kénophobie (peur de l’obscurité, ignares !), en passant par l’ablutophobie (la crainte de tremper son corps dans l’eau), cette odyssée spéléologique en compagnie des effrayants Crawlers se dotait en outre d’une symbolique matricielle particulièrement bien filée.

Amorcée un an après, la séquelle du film de Marshall fait en réalité suite à la version américaine du métrage dans laquelle l’héroïne, Sarah, s’échappe de la grotte quand les Européens eurent droit à un dénouement plus déceptif puisque Shauna McDonald devait ne plus y voir la lumière du jour. Expurgé de sa métaphore vaginale, The Descent 2 applique le principe de la surenchère chère à De Coubertin : plus nombreux, les Crawlers deviennent les véritables stars du film, au détriment des morceaux de cabillauds mis à leur disposition dans leur logis souterrain. Preuve de cette escalade en bas-fonds, les décors sont également de gigantisme, comme l’explique le chef-décorateur Simon Bowles. "Ca a été un défi de faire les décors de The Descent : Part 2 avec une suite de grottes encore plus vastes pour la nouvelle génération de crawlers. Pour le premier film, Neil Marshall et moi avions fait des tas de recherches sur les grottes. Je suis allé faire de la spéléologie pour voir ce que c’était, et je me suis régalé en me faufilant dans des failles minuscules." Le coquin !

Qui dit exploration des grottes dit obscurité, ce dont The Descent 2 n’est pas en reste, le chef opérateur Sam McCurdy jouant une nouvelle fois d’ingéniosité pour faire apparaître les créatures dans une obscurité totale afin de surprendre au mieux personnages et spectateurs. "Pour The Descent, explique-t-il, il s’agissait d’obscurité totale. Nous avions éclairé ce que voyaient les filles uniquement avec ce qu’elles avaient sur elles : des torches, des lampes de casques, des allumettes et des fusées éclairantes. Pour The Descent : Part 2, on est allé un peu plus dans la technologie en raison du matériel de l’équipe de secours : des torches à variateur, des équipements d’imagerie à infrarouge, etc... Nous avons rajouté des batteries cachées afin que les acteurs puissent s’éclairer eux-mêmes." (...) "Quand le voyage commence, chacun a son éclairage. A la fin, il ne reste qu’une torche faible et les reflets naturels de l’eau. Mon défi était de m’assurer que les spectateurs prennent plaisir au spectacle de la grotte, tout en la gardant assez sombre pour que des créatures puissent bondir de l’ombre."

Séduisant sur papier, le film peine pourtant à convaincre à l’écran, Jon Harris ne parvenant jamais à insuffler à son oeuvre la moindre intensité dramatique, contrairement à The Descent qui instaurait patiemment une atmosphère extrêmement tendue. Sorte de montagne russe aux remous souvent prévisibles, cette séquelle se distingue par quelques séquences de trouille assez convaincantes. Point barre

Distribué par Pathé

PREVIEW DTV - Franklyn

Dark "Meanwhile" City

Par Caligari

En entamant cette critique, je sens d’ici venir les sarcasmes et autres blagues à deux francs…. Non, il ne s’agit pas d’une adaptation live du dessin animé pour moins de quatre ans ! Pas question ici de tortue au visage d’enfant, mais bien de… de quoi au juste ? Bonne question.
En gros, c’est un film choral, avec plein de personnages dedans, et plein d’histoires parallèles qui se rejoignent à la fin. Ça va ? C’est bon, comme résumé ? Non ? Bon, d’accord…

Dans la ville aux allures futuristes de Meanwhile City, un tueur froid et masqué du nom de Preest recherche un certain « individu », histoire de lui faire la peau. Pendant ce temps, dans un Londres bien plus proche des dures réalités d’aujourd’hui, Milo, jeune romantique au cœur brisé croit avoir des visions lorsqu’il revoit son amour de jeunesse, qu’il croyait disparue. Esser, lui, hante les rues de cette même Londres à la recherche de son fils, âme déchue lui aussi. Enfin, Emilia, artiste maudite de son état, cherche depuis longtemps la meilleure façon de faire son suicide une oeuvre d’art.

Tout cela n’est pas exactement à se taper le cul par terre et la façon dont Gerald McMorrow le met en image n’est pas non plus franchement attrayante. L’aspect esthétique d’un tel film est d’ailleurs problématique, étant donné la volonté de passer d’un monde à un autre, donc d’une ambiance à une autre. En gros, à force de vouloir faire le malin, McMorrow ne sait plus sur quel pied danser et alterne un visuel fantasmagorique teinté de gothique, qui rappelle à plusieurs niveaux les décors de Dark City ou de V for Vendetta, avec une esthétique radicalement différente, plus proche du cinéma social anglais. Au final, l’impression qui domine est qu’on se trouve face à deux films complètement différents dont les scènes auraient été mélangées par un monteur fou. Si le film ne fonctionne pas vraiment en tant qu’objet visuel, c’est aussi parce que, dès le départ, le scénario part sur une fausse bonne idée. Mêler plusieurs lignes narratives est déjà un parti pris casse-gueule, bien que très (trop) à la mode, mais alors, si en plus on se met à s’emberlificoter dans des histoires parallèles qui ne se déroulent pas dans le même espace-temps, on n’est pas sorti de l’auberge.

Une intrigue complexe peut être un atout pour un film qui veut faire réfléchir son spectateur, mais encore faut-il pour ça donner de quoi réfléchir. Le film, au lieu de captiver par son côté mystérieux, laisse son public sur le bord de la route en s’embourbant de plus en plus dans l’abscons. Et ce n’est pas le casting, d’une fadeur toute particulière, qui parviendra à le tirer vers le haut. Outre le fait d’avoir confié le rôle complexe de Preest à Ryan Philippe, l’acteur le plus monolithique et inintéressant du monde, McMorrow n’a manifestement pas réussi à intéresser à leurs rôles respectifs Eva Green et Sam Riley, pourtant excellents à l’accoutumée. Comment voulez-vous, dès lors que les personnes impliquées dans le projet n’y croient pas, que le spectateur lambda y trouve la moindre once d’intérêt ?

Gerald McMorrow n’est certainement pas dénué de talent, comme le prouvent certaines images et quelques dialogues inspirés, mais il n’a pas encore trouvé le bon sujet. Complexifier à outrance l’intrigue d’un film est souvent un bon moyen de masquer le manque de fond de celui-ci. Laisser le spectateur avec une ribambelle de questions en suspens peut constituer une qualité… ou pas !

PREVIEW DTV - Infestation

Où j’ai mis l’Baygon ?

Métro, boulot, dodo, ça le gonfle royalement, Cooper qui a uniquement accepté son job pour satisfaire son paternel et lui prouver qu’il est capable de se débrouiller dans la vie active. Officieusement, il apprend à ses collègues de petits jeux idiots, envoie balader les clients et arrive chaque jour avec ponctualité... une heure après l’ouverture des bureaux. Fissa, le jeune homme se voit convoquée par la dirlo qui l’admoneste et le renvoie sur-le-champ. Mais un cri suraigu vient bouleverser le cours normal des événements et Cooper se réveille, quelques heures plus tard, emmailloté dans de la toile. C’est que pendant qu’ils se lovaient dans les bras de Morphée, des insectes géants ont pris les commandes de la planète et ont rangés les humains dans d’immenses cocons, prêts à être dévorés...

Un film comico-science-fictionnel produit par Icon, la boîte de Mel Gibson, vous y croyez, vous ? Ben, vous devriez. Quand elle ne met pas en boîte les projets fous fous fous de l’historiographe en chef des civilisations anéanties et ostracisées (les Hébreux de La passion du Christ, les Mayas d’Apocalypto et, bientôt, les Vikings), la compagnie ne manque pas à sa réputation, cherchant les nouvelles icônes de demain, sans discrimination de genre. Pour preuve, le mi-figue mi-raisin Push de Paul McGuigan l’an passé. Cette fois, leur dévolu se jette sur une histoire d’insectes gargantuesques qui dominent le monde, des pattes et des antennes, confrontés à un groupe d’irréductibles combattants surgis du néant pour flanquer la raclée de leur vie à ces bestioles de l’enfer.

Malgré des effluves 50’s très prononcées, Infestation emprunte rapidement les sentiers de la gaudriole, à l’image du Arac Attack d’Ellory Elkayem qui régurgitait tous les poncifs du genre animonstrueux au sein d’une bagatelle moyennement drôle. Pour l’heure, les références sont légion mais plus ténues, les personnages plus nombreux mais moins lourdauds, les gags aussi nombreux mais plus fins. L’essentiel de l’argument humoristique gravite autour de Cooper, anti-héros par excellence et looser par conviction, qui se voit offrir l’occasion de prouver à la face du monde (et à son père, militaire de carrière) qu’il n’est pas une lopette incapable de saisir les rênes de sa propre existence. Dans la peau de ce dernier, Chris Marquette, déjà aperçu dans Fanboys, The girl next door (la comédie pour minettes, pas l’adaptation de Ketchum) et Freddy vs. Jason livre une honorable prestation aux côtés de seconds couteau aguerris comme Brooke Nevin (Les 4400), Wesley Thompson (Reeker) ou encore le vétéran Ray Wise (Twin Peaks) qui cabotine à l’envi et met du coeur à l’ouvrage dans la peau du père Vietnamisé de l’irresponsable Cooper.

Infestation propose un spectacle au rythme élevé, porté par une pléiade de personnages itinérants (ils composent et décomposent le groupe au gré des meurtres et des départs volontaires) grossièrement dépeints et une foule de coléoptères colossaux aux CGI convaincants. Avec à peine 5 millions de dollars de budget, Rankin parvient à créer un premier long divertissant que l’on aurait tort de bouder.

PREVIEW DVD - Esther

Ayez des enfants !

Par Caligari

Ah ! Ces chères petites têtes blondes ! On les élève, on les choît. Ils nous apportent beaucoup de bonheur… ou beaucoup de malheur ! Beaucoup d’amour… ou beaucoup de haine ! Tout est relatif, dans le fond ! C’est ce qu’auraient dû se dire Kate et John avant de décider d’adopter. Et puis, quand on a déjà deux enfants à charge, dont une petite sourde muette, que Madame est portée sur la bibine et que Monsieur a tendance à regarder ailleurs si l’herbe est plus verte, il est peut-être recommandé de limiter les dégâts en termes de patrimoine héréditaire. Mais voilà, pour ce jeune couple en difficulté, il va de soi que la solution pour renforcer les liens du mariage consiste en une bouche de plus à nourrir. Tout cela est d’une logique implacable ! D’autant plus que le couple modèle a trouvé chaussure à son pied : une petite fille tout aussi modèle qu’eux, propre sur elle, usant d’un langage châtié et se livrant à la peinture méticuleuse de jolis paysages et de jolis animaux mignons tout plein.

Mais, comme le dit le vieil adage, il n’est jamais bon de se fier aux apparences, et si la petite Esther a, de prime abord, tout pour elle, ce charmant petit accent de l’est de l’Europe et ces délicieux petits vêtements désuets et passés de mode dont elle ne se sépare sous aucun prétexte cachent ce qui s’appelle un putain de foutu caractère. Et quand Kate décide de faire valoir son autorité maternelle sur le petit ange (ou démon ?), elle gagne très vite la première place sur la liste « A éliminer » de la petite peste.

Pour son troisième film, après les très moyens House of Wax et Goal 2, l’Espagnol Jaume Collet-Serra, dont on n’attendait pas forcément grand chose, livre un troisième film tout bonnement étonnant. Tourné à peu près en même temps que l’effroyable Case 39, traitant du même sujet (un enfant maléfique), il prend le parti de rester dans le thriller psychologique réaliste – tirant quand même sérieusement vers l’horrifique –, là où le film de Christian Alvart s’orientait totalement vers le fantastique dans sa deuxième partie. S’intéressant d’entrée à la psychologie de Kate dans une scène d’ouverture d’anthologie, le récit continue dans cette voie en gardant le point de vue de la mère adoptive, pour laquelle Esther apparaît de plus en plus comme une intruse dans sa vie familiale. Insidieusement, le point de vue glisse de celui de Kate à celui d’Esther, dont les noirs desseins apparaissent de plus en plus clairement et dont l’esprit torturé se révèle peu à peu, jusqu’à un point culminant, vers la fin du film, où ses desseins sont dévoilés au grand jour à travers ces dessins.

Encore plus que par la perversité de son récit et de son héroïne, c’est surtout par l’interprétation hors-normes de la jeune Isabelle Fuhrman qu’Esther se différencie du tout-venant hollywoodien. En quelques scènes, celle-ci parvient à installer un véritable climat de tension sous-jacente, avant de laisser éclater toute la folie de son personnage dans un final époustouflant. Elle justifie a elle seule la vision du film, qui ménage en outre une surprise de taille dans son dernier quart d’heure. Surprise qui… (Texte interrompu suite à l’intervention de la brigade « Sixième Sens » pour la protection des retournements de situations qui tuent.).

LA BANDE-ANNONCE

PREVIEW DTV - YatterMan

Un film d’aventures-WTF ? de Takashi Miike.

Takashi Miike est tout de même un type bizarre... Connu des cinéphiles du monde entier pour son univers décalé et ultra-violent, comme ont pu le prouver les trois opus de Dead or Alive ou le cultissime Ichi The Killer, mais aussi le mélancolique La Mélodie du Malheur dans une autre mesure. Le cinéaste à lunettes s’avère tellement prolifique qu’on lui attribue une bonne soixante-dizaine d’œuvres depuis le début de sa carrière il y a 20 ans de cela.
A son impressionnante liste de métrages de yakusa, de films d’horreur et de drames expérimentaux viennent s’ajouter de temps en temps quelques OFNI pour le moins inattendus... et c’est aux côtés de Zebraman que Yatterman vient se greffer.

Miike aux commandes d’un film d’aventures cartoonesque destiné à toute la famille, la nouvelle avait de quoi choquer au départ, mais c’est pourtant oublier à quel point les Japonais sont attachés à Yatterman depuis plus de trente ans déjà.

Yattâman, de son vrai nom, est à l’origine une série animée issue des incontournables studios de Tatsunoko Production, à qui l’on doit certains des titres les plus connus de l’univers pop nippon : Speed Racer, La Bataille des Planètes et Time Bokan dont la série en est dérivée. Vous savez, ces séries dont on a tous entendu parler et qui n’ont été pratiquement jamais été diffusées dans nos contrées (excepté La Bataille des Planètes) faute de décalage flagrant entre la mentalité orientale et celle occidentale de l’époque, au moment où de jeunes Français se délectaient des aventures de Albator, Goldorak ou d’autres co-productions comme Les Mystérieuses Cités d’Or.
Qu’en est-il de Yatterman ? Eh bien, hormis le Japon, la série ne semble avoir trouvé qu’un public fidèle en Italie, où une bonne majorité des épisodes furent diffusés au cours des années 80.

Mais au fait, de quoi parle cet animé si méconnu, me demanderez-vous ? Et bien accrochez-vous, et soyez attentifs, c’est du lourd :
Le jeune Gan et sa petite amie Aï sont deux justiciers masqués à l’imagination plus que débordante.
Débrouillards et agiles, ils conçoivent des méchas géants de toutes les formes possibles (un chien avec leur mascotte Yatter-Wan, mais aussi un pélican, une lotte, un éléphant, un bull-dog, un panda, un dinosaure et même un sumo !) pour vaincre l’infernal trio Dorombo, une bande d’escrocs bas du plafond à la recherche perpétuelle de la pierre-crâne, qui leur confèrerait un pouvoir infini. Le trio, véritable ressort comique de la série, est menée par la jeune et jolie Miss Doronjo, et a pour habitude de construire un robot inédit par épisode (là aussi ça va loin : canards, cuistots, etc...) et également la fâcheuse tendance de finir dénudés à chaque explosion - une paire de nichons n’a pas l’air de choquer le jeune public tant que ça, donc... Pourquoi on n’en a jamais vu sur nos écrans ?!

Un schéma répétitif composé de gags visuels, personnages idiots et de combats de robots font le succès de la série entre 1977 et 1979 pour le bonheur de la chaine Fuji TV, avant d’être reprise entre 2008 et 2009, dans un remake aux graphismes soignés et à l’humour toujours aussi efficace, cette fois-ci pour le compte d’YTV. C’est à la suite de ce reboot qu’est apparue l’idée d’adapter au cinéma les aventures des deux adolescents justiciers, au moment même où les frères et sœurs Wachowski achevaient le très cool Speed Racer, trip à cent à l’heure injustement boudé par la critique et le public.
Et effectivement, à la vision de la bande annonce de Yatterman, impossible de ne pas penser au film américain, tant on retrouve le même univers ultra coloré au look entièrement numérique, comme si il était impossible d’adapter l’écurie Tatsunoko sur grand écran sans avoir recours au tournage sur fond vert.

C’est après avoir reconsidéré tout cela que l’on en vient à l’évidence : si Yatterman est bel et bien un film de commande, Takashi Miike était pourtant l’homme de la situation. Qui pouvait mieux gérer cet univers déluré et gentiment décérébré qu’un cinéaste qui ne se prend pas au sérieux ? Puis après tout, ça rajoute un certain succès de plus à son palmarès, d’autant plus que Yatterman est devenu un projet plus que prometteur.

Nanti d’un budget confortable de 20 milliards de Yens (soit environ 20 millions d’euros), Miike s’offre le luxe d’attirer le public en embauchant en guise de héros principal une des stars japonaises du moment. Gan Takada se voit donner vie par un acteur de 15 ans de plus qu’initialement imaginé : Shō Sakurai, présentateur TV et membre du groupe de J-Pop Hip-Hop Arashi. Il est accompagné par la plus jeune et méconnue mais tout aussi mélomane Saki Fukuda, campant ici sa courageuse petite amie Aï.

Miss Doronjo, probablement le personnage le plus apprécié des fans (et on comprend pourquoi !) est elle incarnée par la modèle Kyôko Fukada, aperçue dans Ring 2 de Hideo Nakata et Dolls de Takeshi Kitano, où elle tenait des rôles secondaires. Elle et Tonzura et Boyakki, ses idiots de complices, sont quant à eux incarnés par deux habitués de dramas, Kendo Kobayashi et Katsuhisa Namase. Les doubleurs du trio dans la série originale ne sont pas oubliés, et font également un caméro dans le métrage.

Les autres stars du film, les méchas des deux clans, ont aussi été traités avec soin, désignés par l’illustrateur Yuji Hayashida, ayant déjà fait ses preuves sur Blood The Last Vampire (l’anime, bien sûr) et en tant que directeur artistique des deux Crows Zero du même Miike. Et les scènes d’actions s’avèrent aussi efficaces et inventives que jouissives, Miike accumulant les délires visuels afin de rendre les combats tout aussi épiques que volontairement ridicules.

Lors de sa sortie en salles en Mars 2009, le film fut un succès, rapportant de 30 millions de dollars au box-office, et quatre nominations dont deux récompenses : un Blue Ribbon Awards du meilleur second rôle pour Kyôko Fukada et le Guru Prize du film le plus énergique (y’a un prix du film le plus chiant aussi ?) au Fant-Asia Film Festival de 2009.
Il aura donc fallu attendre plus d’un an pour que cet OFNI tout publics complètement taré débarque en France. Une aubaine, vu le nombre de films malheureusement encore inédits du réalisateur, d’autant plus que les éditions DVD et Blu Ray édités par WE Productions et Warner Home Video ont l’air correctes, proposant des bonus simples mais toujours plaisants à regarder.

Autant dire que pour les amateurs de film d’action enfantin et déjanté, à l’image de nos aventures animées d’enfance, ainsi que pour tout les autres drogués (avouons-le, il n’y a que des junkies qui daignent lire mes previews sur ce site...) Yatterman est assurément un achat indispensable. Pour tout les autres qui ne sont pas emballés, attendez donc que Miike le prolifique nous dévoile son Zebraman 2 (tout juste sorti en salles au Japon) et Thirteen Assassins, que l’on espère bien barbare !

Bande Annonce VOST :

PREVIEW DTV - Animals

Le pacs des loups

"Chacun de nous possède enfoui en lui le germe de notre nature animale. Grâce à l’évolution, l’homme a appris à maîtriser ses instincts de chasse et de reproduction. Il existe des êtres à part, capables de changer à volonté. Certains vivent en harmonie avec les autres. D’autres, corrompus par le goût du sang humain, ont soif de chair et de plaisir. Ce sont des prédateurs qui se cachent parmi les hommes. Ils nous attirent vers une frontière que peu peuvent traverser. La frontière entre les hommes et les animaux." Ainsi débute Animals qui, à grand renfort d’une imagerie bestiale, rappelle le thème du film pour les crétins qui n’auraient pas saisi le sens de l’intitulé.

Animals, deuxième long métrage de Douglas Aarniokoski, après Highlander : Endgame, est basé sur une histoire de John Skipp et Craig Spector, scénaristes du cinquième volet d’A nightmare on Elm street. Celui-ci suit Jarrett, ancien footballeur respecté qui survit tant bien que mal dans une petite ville paumée. Un soir, il rencontre dans le Roadhouse Blues, le bar de son meilleur ami, une jeune femme qui, en quelques trémoussements et autres propositions tendancieuses, hypnotise le bellâtre. Ce qu’il ignore, c’est que la tigresse qu’il vient de culbuter et qui l’a férocement mordu durant les ébats, est une créature mi-femme mi-monstre. Son sang est désormais infecté...

Sans prétendre traiter de lycanthropie, Animals met en scène des prédateurs qui s’apparentent fortement aux loups-garous conventionnels, bien que de nombreuses différences viennent infirmer cette thèse. Portés sur le sexe comme nul autre (voir la magnifique scène de baise sous averse, mon drap s’en souvient encore), les "animaux" possèdent une bestialité propre qui ne se révèle au grand jour que lorsque leur territoire est empiété ou quand la faim commence à les taillader. Point de pleine lune dans l’azur, point de balle en argent, ces animaux-là se reproduisent à une vitesse V-V’, peuvent se balader les fesses à l’air sous l’astre lunaire sans risquer de finir littéralement "à poils" et porter des gourmettes en argent sans risque de convulsions. Des loups modernes en quelque sorte qui écument le pays à la recherche de chair fraîche et préfèrent la discrétion du couple à la multitude de la meute. En fait de couple, celui formé par Nora (la succulente, le mot est faible, Nicky Aycox, vue dans Cold case) et Vic (Naveen Andrews, le Sayid de Lost) atteste de l’instabilité amoureuse des loups qui, à la première occasion, libèrent le démon de leur libido acérée sur d’autres partenaires, généralement aussitôt consommés, aussitôt avalés. Or, les sentiments que nourrit Nora (ai-je déjà souligné à quel point elle était désirable ?) envers Jarrett viennent foutre le souk dans la relation bestiale entretenue, non sans difficultés, avec le ténébreux Vic.

Quelques plaisants épanchements sanglants et médiocres CGI plus tard, Animals a livré toute sa substance en matière de gore et de sexe. Rien de plus au programme de cette bisserie pas plus malhonnête qu’une autre qui, si l’on escompte des dialogues aberrants de niaiserie et des acteurs peu convaincants, en donne au spectateur pour son argent

Le DVD est distribué par Emylia et comporte comme bonus un commentaire audio en anglais et un diaporama du film.

PREVIEW DTV - Cicak Man

Y a un lézard ?

Si je ne m’abuse, c’est la première fois qu’on parle de cinéma malaisien sur Cinemafantastique. Il faut bien un début à tout. C’est donc Cicakman qui est parvenu à se frayer un chemin jusqu’aux linéaires européens via une belle sortie dvd. Cicakman, qu’est-ce que c’est en fait ? Pour résumer brièvement, c’est un rip off malais de Spiderman sauf qu’ici l’araignée radioactive laisse place à un gecko, une espèce de lézard exotique. Cicakman se targue d’être le tout premier film de super-héros local et espère ne pas être le dernier. C’est d’ores et déjà le cas car Cicakman 2 – Planet Hitam est sorti en 2008 en Malaisie et, aux dernières nouvelles un troisième épisode est, en ce moment même, en cours de production.

Le scénario du film emprunte les chemins bien balisés du superhero movie à l’américaine. Dans la ville futuriste de Metrofulus Haiti Yatim est la dernière personne à qui on pense lorsqu’on parle de super héros. Hairi est ce qu’on appelle communément un geek, voire un looser. Scientifique de son état, il passe ses journées dans son laboratoire. En buvant un café infecté par le virus toxique provenant d’un gecko, il commence à ressentir d’étranges phénomènes qui se produisent dans son corps. Il est capable de rester collé aux murs, de produire d’étranges sons stridents et est assailli par de subites envies de déguster de succulents insectes. Apeurés par cette situation, il charge son ami et colocataire Danny de lui venir en aide. Pendant ce temps-là, la ville de Metrofulus est en proie à de nombreuses attaques bactériologiques infestant la ville de virus plus foudroyants les uns que les autres. Les seuls remèdes proviennent du laboratoire du Professeur Klon, un étrange scientifique. Suspectant le professeur, Danny et Hairi mènent l’enquête et découvrent rapidement que le professeur n’est pas seulement le créateur des remèdes mais aussi des virus. Mais la fourberie du professeur ne s’arrête pas là : aidé de ses deux bras droits, les Ginger Boys, il a l’intention de soumettre la Terre entière. Hairi prend la décision de mettre ses étranges pouvoirs au service du bien en endossant l’identité et le costume du super héros Cicakman. Sa première intervention le voit sauver la charmante Tani, secrétaire du Professur Klon. Finalement, il tombera amoureux d’elle et découvrira que ses pouvoirs sont plus une menace qu’une bénédiction. Des grands pouvoirs entrainant de grandes responsabilités.

Rien de neuf niveau scénario, que du classique donc. Mais la force du film semble plutôt se trouver au niveau des effets spéciaux et de la post production, puisque, première pour le cinéma malais, prés de la moitié du métrage fut tournée devant un fond vert. Les CGI occupent donc une place primordiale dans l’intrigue et les producteurs du film n’hésitent d’ailleurs pas à enfoncer le clou sur ce point. La ville de Bandar Metrofulus, principal décor du film est entièrement créée par ordinateur, ce qui en fait le premier décor 100% virtuel issu de l’industrie malaisienne. Le film est réalisé par le membre du groupe musical KRU, Yusri Abdul Halim. KRU est un groupe vedette au pays et est composé de trois frères. Ils ont sorti une douzaine d’albums et une trentaine de vidéo clips. D’ailleurs, outre la mise en scène, Yusri s’est aussi chargé de la bande-son du film. Si sa crédibilité en tant que musicien n’est plus à prouver, il est impossible de déterminer quelles sont ses capacités derrière une caméra. Toutefois le succès du film laisse présager d’un grand spectacle pour toute la famille, bourré d’effets spéciaux. La recette du blockbuster à succès porté par Saiful Apek, un comique star en Malaisie.

La vison du trailer et les échos trouvés de-ci del-à rapportent que le film est un joli ersatz de Spiderman se situant dans la même lignée que le film philippin Gagamboy ou le récent Yatterman de Miike. C’est d’ailleurs cette vague super héroïque qui a décidé les distributeurs à sortir cet improbable film de leurs cartons afin de l’offrir à la vision des spectateurs occidentaux, toujours avides d’asiateries décalées en tout genre. On aurait cependant tort de considérer Cicakman comme une vulgaire parodie des aventures de Peter Parker car si le film ne manque pas d’humour, les intentions de la production sont bel et bien de créer le premier vrai film de super héros malaisien. Le film est d’ailleurs doté d’un budget de 500.000 dollars, une somme plus que conséquente pour nos standards mais conséquente aussi en comparaison du reste de la production locale. Espérons donc que l’exotisme décalé et l’efficacité de Cicakman séduiront des dévédéphiles francophones afin que la suite des aventures de l’homme gecko vienne réveiller nos sens endormis par des chiées de blockbusters sans âme.

Le DVD édité par Emylia comporte les deux premiers films de la série sous-titrés en français.

PREVIEW DTV - S. Darko

Donnie et son réacteur se retournent dans leur tombe

Par Caligari

« Middelsex, Virginie. 1988. Donnie Darko est tué par un moteur d’avion tombé du ciel qui l’écrase dans son sommeil. Le gouvernement n’a jamais retrouvé l’avion duquel s’était détaché le moteur, ni même admis que l’accident avait eu lieu. Ce n’était que le début de la tragédie… et du mystère. Maintenant, 7 ans plus tard, la plus jeune des sœurs de Donnie, Samantha, apparemment seule et perdue dans ce monde, s’est enfuie de ce foyer détruit par la mort de son frère. Noyée dans sa tristesse et incapable de rêver, elle a glissé de plus en plus loin dans l’obscurité de son sommeil. Et quand l’obscurité consume la lumière des étoiles, les cauchemars envahissent la nuit…. ». Ce long préambule asséné dès le pré-générique du film parle de lui-même quant à la subtilité et l’extrême légèreté de ce "Donnie Darko 2" que nous servent les sieurs Nathan Atkins (scénariste) et Chris Fisher (réalisateur).

Vous l’aurez compris, ce deuxième volet s’attache à la personnalité de Samantha Darko, jeune sœur plus si jeune que ça de feu Donnie, expatrié dans le monde des ténèbres depuis sept ans déjà. La jeune demoiselle est donc en train de faire les quatre cents coups avec une copine dans le trou de cul du monde, l’Amérique – bien – profonde. Les premières scènes du film permettent d’admirer l’ingénue gambader dans les champs une fleur à la main ou encore faire virevolter au vent sa chevelure abondante par la fenêtre de la voiture, et surtout de se rendre compte à quel point la jeune Daveigh Chase dont l’innocence enfantine pouvait faire illusion à l’époque de Donnie Darko, s’est muée en une actrice médiocre dont on imagine que les modèles absolus sont Lindsay Lohan et Hilary Duff. La belle aura ensuite affaire, bien entendu, à l’inénarrable lapin géant et à une ribambelle de personnages plus allumés les uns que les autres, tous des caricatures éhontées de protagonistes du premier opus. L’un d’eux n’est d’ailleurs autre que le petit-fils de Roberta Sparrow, la foldingue du voyage dans le temps, auteur d’un petit livre rouge objet de toutes les interprétations possibles et imaginables. Le problème majeur du film réside précisément dans la place qui est faite à l’interprétation personnelle : elle est pour ainsi dire inexistante, car il n’y a, en réalité, rien à interpréter. Si l’original faisait la part belle au doute, à l’étrange, à la part d’ombre, tout est ici poussé à l’extrême, caricaturé, voire parodié, au point où les scènes oniriques et autres breaks temporels apparaissent comme complètement tocs et inutiles, à l’image du film tout entier, soit dit en passant.

Imaginez une fan-fiction pondue par un imbécile qui n’a strictement rien compris au film qu’il idolâtre et qui, fort d’avoir pris tout au premier degré, restitue, presque au mot près, quelques-unes des scènes les plus marquantes du chef-d’œuvre adulé, en les vidant de tout ce qui en faisait la saveur. Imaginez ensuite que ledit « scénario » soit confié à une sorte de tâcheron pour qui un plan de cinéma est synonyme d’image d’Epinal publicitaire. Vous obtiendrez une sorte de « Worst of », un Donnie Darko pour – et par – les nuls, qui ne fait que recycler les éléments clés du premier volet. Au menu, donc, voyages dans le temps incompréhensibles, masques de Jeannot Lapin en aluminium, musique bizarroïde – au synthé – et effets spéciaux sous-traités en Bulgarie (les fameux serpentins – ou canaux temporels – qui sortent du corps des gens ont ici des reflets verdâtres des plus douteux, et même les flammes sont synthétiques).

A la vision de ce genre d’aberration para-cinématographique, on en vient à se demander jusqu’à quel point un tel pillage en règle d’un univers artistique ne constitue pas un viol moral des auteurs et des spectateurs de l’œuvre initiale. En deux mots : une vraie daube !

PREVIEW DTV - Nine Dead

Neuf petits nègres

Taxé dès sa sortie de "vague dérivé de Se7en", la petite péloche indépendante Saw (1,2 millions de dollars, pour rappel) du néophyte James Wan se taille finalement la part du lion au sein du box-office mondial et amorce une franchise à l’aube de rattraper l’exubérance volumique de la série des Vendredi 13. Le fac-similé présumé n’a pas tardé à entraîner l’adhésion des producteurs de séries B qui ont vu dans ce huis clos particulièrement sadique un excellent créneau pour créer des oeuvres à peu de frais.

Nine dead s’engouffre à son tour dans la brèche. Le script de Patrick Wehe Mahoney confine dans une seule pièce neuf personnes préalablement enlevées par un tortionnaire masqué. En fait de torture, l’inconnu leur propose une énigme et leur colle un ultimatum pour le moins stressant. Ils doivent tous découvrir quelle est la raison de leur présence dans ce lieu, sans quoi le tueur revient toutes les dix minutes zigouiller un des prisonniers, choisi aléatoirement...

Unité de lieu dans lequel se concentre la quasi totalité de l’action (de rares flash-backs viennent émailler ces logorrhées déclamatoires), règles cruelles imposées par un bourreau non-identifié, course contre la montre et la mort, Nine Dead affirme de manière patente sa filiation avec le film de James Wan. A un détail près : la torture se veut ici essentiellement psychologique, les mécanismes létaux aux tendances sado-maso étant pour le coup relégués au placard au profit du seul suspense jamais atténué par l’exhibitionnisme sanguin dans lequel s’est enlisée la saga Saw dès l’arrivée de Darren Lynn Bousman et la logique implacable du "bigger, louder, better". Acculés, les victimes doivent faire s’amender en public et révéler un passé agrémenté de nombreuses zones d’ombre sur lesquelles il convient de faire la lumière afin de faire avancer un schmilblick en apparence indémêlable.

Plutôt bien menée, l’intrigue capitalise sur les non-dits et conserve tout au long du métrage sa part de mystère qui ne sera révélée qu’en bout de course, au prix de longues et interminables discussions entre les différents protagonistes (la chinoise mise à part qui ne baragouine pas un mot d’anglais). Pourtant, rapidement, la question : "Que peuvent entretenir comme secret un mafieux aux cheveux L’Oréal, un Nègre pas très gentil, un procureur en tailleur (Melissa Joan Hart, la Sabrina apprentie sorcière), un flic chétif, un ex-taulard, une gérante d’épicerie, un prêtre, un pédophile et un employé d’une usine pharmaceutique ?" perd de son intérêt. La dynamique mise en place (une exécution toutes les dix minutes) tourne à vide, le scénario ne se basant que sur les conjectures des individus incarcérés et s’affranchissant finalement de toute dimension psychologique au profit d’une série de personnages grossièrement esquissés (le pédophile ressemble à une pédale à la Michel Serrault, le prêtre conserve son intégrité morale et en doit son incarcération qu’au secret de la confession) campés par des acteurs pas toujours très convaincants.

TRAILER

PREVIEW DTV - Zombie wars

Comment survivre en territoire zombie

Voilà 50 ans que la Terre a été décimée par une inexplicable (et inexpliquée) pandémie : les morts sont revenus à la vie, dévorant chats, chiens et humains. Aujourd’hui, la planète est tombée aux mains des zombies, plus nombreux que leurs homologues humains. Mais une troupe d’irréductibles résistent encore et toujours à l’envahisseur. Harnachés à l’espérance de survivre quelques années supplémentaires, aguerris dans l’art de dézinguer de la cervelle de mort-vivant, ils s’organisent en camps et montent, de temps en temps, quand le programme hebdomadaire le leur permet, des opérations anti-morts-vivants...

David A. Prior, passé maître ès actioners nanardeux au cours des deux décennies précédentes, revient, après une pause de huit années, au cinéma bis tendance Z, embarquant dans ses cartons des créatures habituées à ce genre de format : les morts-vivants. Comme l’indique son titre, Zombie wars fait dans le zombie et dans la guerre, à la manière du Day of the Dead de papy Romero qui avait le bon goût d’accorder les coloris des visages putréfiés des morts-vivants aux treillis militaires des protagonistes du métrage. Vingt-cinq années ont passé depuis la péloche de Romero et la formule n’a visiblement pas pris une ride. Le bougre se payant en outre le luxe de s’essayer également au discours sociologique en mettant en scène (et c’est une première) un élevage des êtres humains par les créatures qui les conservent dans des fermes se transformant en garde-manger. Pour le même prix, les cuistres se paient de la main-d’oeuvre gratos, de la viande de luxe (quelques morceaux qui croupissent dans les écuries zombiardes feraient le bonheur du moins libidineux d’entre nous) et, comble de tout, aucun frais d’entretien puisque les légumes sont fraîchement cultivés par les prisonniers qui se tuent à la tâche pour s’attacher les bonnes grâces du chef zombie et garnir leur propre écuelle nocturne.

Niveau gore, Zombie wars reprend à la gouttelette près les festins de tripes consommés à même le bide sur les pauvres victimes hurlant et gesticulant à l’envi qui constituaient la marque de fabrique du Jour des morts-vivants romérien. Faire tripaille de la tripaille, en somme. L’image, nettement éculée, hante chacune des séquences "sanglantes" de l’oeuvre à peine émaillée, en guise de complément, de l’une ou l’autre séance de fusillades menée par des rebelles en kaki accros à la gâchette. Craignos dès ses premières minutes, Zombie wars revendique fièrement sa touche zédarde que lui confère d’avance un budget étriqué à l’extrême. Une photographie de seconde zone, des acteurs émanant géographiquement des mêmes lieux, des dialogues involontairement drôles, un script plombé d’incohérences : le prince du Z enfile religieusement ses perles pour composer un chapelet dévolu au mauvais goût.

Parue chez Elephant, la galette s’avère plutôt pauvre, n’offrant comme bonus que des bandes-annonces de films publiés chez l’éditeur.

PREVIEW DTV - Ninja assassin

Operation Ninjaaaaaaa !

On ne va pas se mentir, je sais très bien que la simple évocation de l’expression « film de ninjas » vous fait sourire. Moi aussi, quand je l’entends cela m’évoque énormément de choses telles que Sho Kosugi en costume noir, des méchants mafieux aux looks improbables, des explosions de fumées multicolores, des nunchakus, des shurikens, des scènes d’actions passées à double vitesse, le duel final sur le toit de l’immeuble face au soleil couchant et Richard Harrisson levant à peine la jambe plus haut que le genou. C’est pour lutter contre cette image, maintenant bien ancrée dans l’inconscient collectif que les frères ont entrepris de produire Ninja assassin. Leur but est de redorer le blason de tout un sous-genre de la série B voire Z : le ninja movies. En faisant cela, ils entendent bien ranger Richard Harrisson et Godfrey Ho au placard et refaire des assassins de la nuit japonais les véritables machine à tuer qu’ils étaient dans les temps immémoriaux. A la base, je rappelle que les samouraïs sont des guerriers espions du Japon féodal qui n’arboraient pas le look qu’on leur connait aujourd’hui.

Donc les Frangins Wachowski se sont sorti les doigts et ont fait appel à un des cadors du film d’action : Joel Silver. Silver annonce d’entrée de jeu la couleur "C’est un film sanglant et très divertissant, mais les thèmes de la loyauté, de l’honneur et de l’identité jouent aussi un rôle très important. Pour les fans du genre, c’est un pur film de ninjas, dur et violent. Ils vont adorer tous les styles de combat que nous avons utilisés. Et les méchants en prennent plein la figure !" Vous voilà prévenus, tout pour l’action donc, ceux qui pensaient voir un véritable retour aux sources de la mythologie ninja en seront pour leur frais. Toutefois, Silver et les frères Wachowski, dans leur optique de réalisme ont fait appel à de véritables artistes martiaux et des adeptes de divers sports extrêmes afin de se passer la plus possible de câbles et de conserver la dimension humaine des combats. Niveau combats, le film balance bien sûr son lot de coups de tatanes, de bourre-pifs et autres coups de pied retournés mais il n’est pas non plus avare en affrontements à l’arme blanche ni en armes à feu. Dans un crescendo très vidéoludique, les méchants commencent par attaquer Raizo avec leurs mains nues avant de finir le boulot au lance-roquettes et à l’hélicoptère de combat. Hélicoptère contre ninja. Voilà une scène qui promet.

Mais quel est donc le contenu scenaristique de Ninja Assassin ? Et bien, on peut dire que les scénaristes ont respecté les codes du genre en adoptant tous les passages obligés du ninja flick : jeune orphelin, vieux maitre, trahison, vengeance, guerres des clans, etc etc…en y ajoutant des éléments modernes et occidentaux. Voyez plutôt : « Raizo, jeune ninja orphelin, a été entraîné à tuer par le clan Ozunu. Après l’exécution de son seul ami, Raizo est soudainement en proie au doute, et quitte alors le clan afin de préparer sa vengeance... Des années plus tard, à Berlin, Raizo tombe sur l’agent d’Europol Mika Coretti qui, après avoir levé le voile sur une affaire politique mettant en cause une mystérieuse organisation asiatique, est devenue la cible du clan Ozunu. Traqués, tous deux se lancent dans une dangereuse course-poursuite... » .

Pour incarner Raizo, James McTeigue, fidèle des frères Wachowski, a jeté son dévolu sur Rain, star de la chanson en Corée qui n’est pas un inconnu de la bande car il était déjà de l’aventure Speed Racer. Une belle façon de marquer le coup et de s’assurer d’un joli succès en Orient. Rain remplit à merveille son rôle : crédible dans les scènes d’action et convaincant dans le jeu, il apporte une belle plus-value et se défait des stéréotypes habituels du ninja. On est bien loin de Richard Harrisson et de sa moustache blonde. Rain s’est taillé un physique d’athlète afin d’effectuer le plus de combats et de cascades possible lui-même. Après une sortie confidentielle en salles, le film espère engranger les dollars sur le marché du dvd. Il faut dire que ce format sied parfaitement à Ninja Assassin, qui fait office d’excellent divertissement du samedi soir à voir entre amis. Le film est plaisant et plutôt gore pour une production de ce calibre. On ne compte plus les décapitations, démembrements et autres headshots. Le sang (numérique) gicle a gros bouillons et arrose copieusement les corps des protagonistes.

Le dvd sort chez Studio Canal dans une édition comprenant le film au format, avec sous-titres français. Le film est interdit aux moins de douze ans.

PREVIEW DTV - Doghouse

Riot girls

Le cinéma anglais est connu pour s’amuser de la déconstruction de ses archétypes. De pieds de nez à la société bourgeoise et intellectuelle des cottages, en passant par la caricature urbaine et burlesque du lad du nord, rarement un pays aura culturellement exprimé sa dualité avec autant de cynisme et d’ironie. Avec sa bande de potes accros à la bière et ses donzelles zombiesques et cannibales, le nouveau bébé de Jake West, Doghouse, s’inscrit en plein dans la tradition british de la comédie gore et compte bien repousser, à grand coup de grotesque et d’autodérision, les limites de la provocation.

Fort du succès auprès des fans du genre de son précédent opus, Evil Aliens, Jake West, en digne héritier d’Edgar Wright, fait saliver depuis plusieurs mois ses aficionados avec les dessins préparatoires de sa nouvelle comédie, Doghouse, signés, J. Ryman en personne, grande pointure de l’illustration fantastique. Outre Manche donc, le ton est donné pour cette histoire délirante de virus contagieux, qui transforme les femmes d’un petit village anglais en monstres cannibales. Dans la droite lignée de Shaun Of The Dead, ou du plus décevant Lesbian Vampire Killers, Doghouse mise sur l’exubérance de la soi-disant sous culture qu’il draine pour parvenir à exister parmi la pléthore de films d’horreur qui sortent chaque année. Cette sous-culture est celle des lads, ces mecs du nord amoureux des blondes et de la bière, qui carburent aux clopes, à la baise et au rock’n’roll. En gros, la culture du peuple. Pour véritablement ancrer son film dans cette dynamique, Jake West fait appel à Danny Dyer, grosse figure représentative du lad au Royaume-Uni, et s’entoure également de plusieurs acteurs de soaps célèbres. Il s’agit de faire du film un divertissement pur, héritier des burlesques et sublimes Grindhouse des temps lointains des drive-in. Pour rôder encore la machine, et malgré d’importantes restrictions budgétaires, le réal fait appel au chef maquilleur Karl Derrick, gage d’une qualité certaine, puisque le bonhomme a déjà mis son talent au service de Terry Gilliam pour leur Brothers Grimm. Pas de tromperies cependant ; le Jake veut jouer la carte du vintage et du old school jusque dans les dernières verrues de ses zombies : les effets de maquillages sont réalisés à l’ancienne, sans ajout numérique. Un atout de taille auprès des fans du genre, qui voient dans la démarche un hommage sympathique aux films d’horreur qui ont fait la magie de leur enfance.

Cependant, si Doghouse semble faire la part belle au divertissement burlesque, trash et décomplexé, Jake West n’en oublie pas la provocation. Le film reste politisé et, en dépeignant ironiquement une guerre des sexes stéréotypée, ouvre grand la porte de la critique sociale – que tout film de genre qui se respecte tend à vouloir enfoncer. A ce sujet, le cinéaste s’exprime : "Il faut comprendre que les femelles zombies dans Doghouse ne sont pas seulement des cannibales psychotiques assoiffées de sang, elles sont un mélange des peurs primales que les hommes ont à l’égard des femmes. Le personnage de la fille aux ciseaux, par exemple, représente la peur de la castration. Celui de la Mariée représente la peur de l’engagement, la Bouchère est la crainte d’une supériorité physique des femmes et la Sorcière implique la peur du mystère, de l’intuition féminine." Derrière le burlesque donc, la métaphore rôde. En mettant ainsi en scène un panel d’archétypes (du macho à la pimbêche), Jake West privilégie – à juste titre, et en toute conscience – la dérision cartoonesque. Pas de sexisme primaire ici, puisque tout le monde en prend plein la gueule : "Nous avons bossé avec une formidable équipe de filles, notamment Emily Booth (Grindhouse) et Alison Carroll (égérie du jeu vidéo Tomb Raider). Le reste de la bande s’étend d’une dominatrice à plein temps jusqu’à une star de spectacle burlesque. Ces filles possèdent un vrai girl power et mènent les garçons par le bout du nez. Et elles sont en forme, entraînées. En plus de subir quatre heures de maquillage quotidiennes, elles ont eu beaucoup d’efforts à fournir pour se transformer en créatures horrifiques". Déclaration d’amour à la femme et aux monstres, au cinéma et aux grands maitres… Certes, les enjeux du film sont louables. Qu’en est-il cependant du résultat ? Par delà les mers, les critiques sont plutôt neutres. On salue le divertissement, on se tait, ou on murmure sur le parti pris.

Qu’en sera-t-il pour les Français ? A vos bluray.

PREVIEW DTV - Madness

Survival de synthèse...

C’aurait pu s’intituler "Massacre à la tronçonneuse" si ledit engin avait bénéficié d’une dimension un peu moins ridicule. C’aurait pu s’appeler "Détour mortel" si une quelconque déviation avait encombré la route des protagonistes. C’aurait même pu revendiquer le titre "Hatchet" si l’arme en question avait laissé entrevoir sa lame un peu plus souvent. C’aurait même, soyons fou, pu faire révolutionner le cinéma de genre et y introduire un nouveau sous-genre, baptisé survival pour l’occasion (parce que c’est bien de survie qu’il s’agit) s’il n’était pas sorti quarante années trop tard...

D’autant que le premier fait d’armes du trio de réalisateurs (les néophytes Sonny Laguna et David Liljeblad ainsi que Tommy Wiklund, auteur de deux oeuvres horrifiques) recycle avec une pitoyable frénésie chacun des poncifs du film de survie tel que défini par le chef-d’oeuvre de Tobe Hooper. Quatre jeunes gens se retrouvent donc bloqués sur une route de campagne à la recherche d’une bonne âme qui veuille bien leur venir en aide et se voient finalement torturés par une équipée de rednecks consanguins prétendument cannibales qui végètent en autarcie complète dans leur cabane de banlieue et se repaissent des pauvres hères qui trainent dans la région. Ce n’est pas tout : fidèles à la structure du survival traditionnel, les auteurs en reprennent à la virgule près tous les substrats : sous-pays désertique, freaks attardés dont le talkie-walkie est le mode de communication dernier cri jusqu’à la pompe à essence. Ultime bastion symbolisant le dernier retranchement de la civilisation et l’une des sources finales de dépendance pour les insouciants décérébrés qui écument le Sud, la station-service constitue également l’avertissement à ne pas transgresser pour les morituri en quête de frissons.

Mais plus naïfs que ma tante Yvonne qui prend toujours des vessies pour des lanternes et s’étonne de voir mon oncle clignoter quand il pisse, les jeunots plongent dans le piège à pieds joints. Dès lors, le carnage commence... Avec parcimonie car, à l’inverse de la séquence d’introduction montrant une femme enceinte dont le ventre est écrabouillé par une semelle plutôt coriace, l’ensemble se montre plutôt timide en boucherie. Excepté quand le métrage repart en croisade à l’hommage des canons du genre (la sodomie façon Délivrance, un cuisant exemple). Ces quelques à-côtés plus trashs et graphiques (et encore, tout est relatif...) ne suffisent évidemment pas à sauver ce sous-DTV faussement subversif mal dialogué (des répliques d’une insondable platitude), mal filmé (tantôt inerte tantôt exagérément animée comme en témoigne la discussion des deux cheerleaders du début) et mal joué.

Sorti chez Emylia, le distributeur de genre par excellence, Madness compte peu de bonus, à savoir une galerie photos du tournage et quelques bandes-annonces des autres sorties de l’éditeur.

PREVIEW DTV - 5150 Rue des Ormes

L’une des sensations de l’année débarque déjà dans nos contrées !

Véritable sensation du Festival Fantastic’Arts de Gerardmer où il s’est vu remettre le Prix du Public, le 5150 Rue des Ormes du talentueux Eric Tessier jouit déjà d’une réputation hors du commun auprès des amateurs du genre et plus particulièrement des festivaliers, qui ont pu se repaitre, tout au long de l’année, d’un spectacle poignant et stressant.

Considéré par beaucoup comme l’un des films les plus marquants de l’année,5150 Rue des Ormes n’aura en tout cas, chose exceptionnelle pour un métrage québécois, à sortir sous la forme d’un DTV sous nos latitudes. Alors que, selon Tessier lui-même, les "barrières linguistiques et culturelles" empêchent les oeuvres de son beau pays de traverser l’Atlantique, la sortie rapide de son dernier-né semble donc instantanément enthousiasmante.

Mais que raconte exactement 5150 Rue des Ormes ? Le 5150, rue des Ormes se trouve au bout d’une allée tranquille dans une petite ville sans histoire. Suite à une chute de vélo, Yannick frappe à la porte des Beaulieu, une famille menée d’une main de fer par Jacques Beaulieu, et se retrouve séquestré dans leur maison. Le père de famille propose alors un marché à Yannick : s’il arrive à le battre aux échecs, il pourra s’en aller librement...

Basé sur un roman de l’excellent Patrick Senécal, qui a par ailleurs largement participé à l’écriture du scénario, le métrage entre donc pleinement dans la veine de l’excellent Mum & Dad, déjà sorti dans nos contrées en DVD. Néanmoins, l’apport d’un jeu cérébral comme les échecs dans le déroulement des opérations semble confirmé que le film se traité avec plus de psychologie.

Et c’est justement de cela dont il est largement question dans l’ensemble de l’oeuvre, Tessier penchant largement vers les rapports humains tout en délaissant le carcan habituel des huis-clos traumatisants. Jouant habilement entre la folie des tortionnaires et la ruse de la victime, le cinéaste inverse les codes du genre pour livrer un ensemble plein.

Que ceux qui s’attendent à un simple thriller sur fond d’échecs se rassurent donc : outre un caractère culturel et un verbe très intéressant, le film de Tessier parvient à tenir en haleine par une violence omniprésente (mais graphiquement très supportable) et ce, "à mille lieues de l’horreur plus « pornographique »", comme il se plaît à le rappeler.

Evitant le trash par tous les moyens, 5150 Rue des Ormes devrait donc être un film extrêmement populaire dans les rayonnages DVD, tant avec assez peu de moyens et un casting malgré tout impressionnant, Eric Tessier est parvenu à rendre une copie presque parfaite, qui fera frémir autant qu’elle délassera.

PREVIEW DTV - Black Dynamite

"Ho Yeah Baby !"

« Ho Yeah Baby ! » Le voila le film le plus groovy, le plus funky, le plus cool, le mieux monté de l’année. Black Dynamite. Film concept ou film hommage ? Un peu des deux en fait. Black Dynamite se veut un vrai film de Blaxploitation plus qu’un hommage au style rendu mainstream par le Jackie Brown de Tarantino. Mais contrairement au film de Quentin, Black Dynamite va au bout des choses et transforme l’hommage en vrai film blaxploitation. Tout dans le film nous ramène quarante ans en arrière en pleine période seventies. Les débuts du funk, l’âge d’or du pimpin, les coupes afros, les costards chatoyants et le raz de marée de la street culture black envahissant les Etats Unis tout entier, et c’est toute une minorité qui entrait dans la lumière. Tout le monde à cette époque voulait être black parce qu’être black était cool. Les studios de cinéma l’ont bien compris en produisant des films fait par des blacks, pour les blacks et avec des blacks. Naissaient alors plusieurs stars afro-américaines telles que Pam Grier, Richard Roundtree, Fred Williamson ou Jim Kelly. C’est dans toute cette culture-là que veulent nous replonger Michael Jai White et son réalisateur. Et c’est réussi « Je voulais que le film ait l’air vieux, mais qu’il ait aussi le côté "d’origine" d’un vieux film. Ce qui ne signifie pas de fausses rayures ou de détériorations numériques. Shawn Maurer, mon directeur de la photo, a testé une pellicule Super 16 Color Reversal Kodak et j’ai été épaté. C’était très contrasté et super saturé, ça donnait un côté très brut et ancien. L’inconvénient, c’est qu’il n’y a aucune latitude en termes de sous-exposition ou surexposition. Ça ne pardonne pas et les gens tournent rarement avec ça. Mais les résultats sont formidables et je dis bravo à Shawn qui a réussi à s’en sortir brillamment. »

Si, esthétiquement, on l’a vu, Black Dynamite entre de plein pied dans la blaxploitation, la mise en scène suit le mouvement et recrée tous les tics et les gimmicks de mise en scène de l’époque. Zoom, plan larges, split screen, musique funky omniprésente et surtout, surtout, des dialogues retranscrivant la verve des joutes verbales de l’époque en se servant mieux que jamais du « slang », l’argot black des quartiers, véritable langue de la rue, des truands, pimps et autre players arpentant sans relâche les trottoirs de Harlem. Si la reconstitution a bénéficié de tous les soins de l’équipe technique afin de plonger le spectateur en totale immersion 40 ans dans le passé, la vraie vedette du film n’est autre que Michael Jai White. Artiste martial et fighter hors du commun trouvant avec le personnage de Black Dynamite, le rôle qui devrait faire de lui l’égal de ses glorieux ainés. Jai White, connu jusqu’ici pour avoir interprété Darth Maul dans La Menace Fantôme, s’est impliqué corps et bien dans ce projet dont il est lui-même l’instigateur. Il est à la base de l’histoire, co-signe le scénario, interprète le rôle principal et est à l’origine de toutes les chorégraphies et des combats. On le voit un projet 100% Jai White. Son implication semple porté ses fruits car depuis, on à pu le voir dans plusieurs projet tels que Undisputed II et III aux côtés de Scott Adkins, l’autre kicker du moment ou encore Blood and Bones. Un pari gagnant donc.

La sortie DVD du film offre la possibilité aux spectateurs qui ont loupé le film en salle de rattraper le coup car malgré une sortie salle en début d’année et un bouche à oreilles plus que positif Black Dynamite ne fut pas un gros sucées et dut se contenter d’une sortie technique, fort dommageable donc pour un projet respirant l’honnêteté et la générosité de ses géniteurs, surtout que le métrage s’annonce riche de toutes les choses qu’on aime. De l’action, de la baston old school, des courses poursuites en voiture et à pied, de la bagarre, de petites pépées, des combats, des bad motherfuckers, des fights en pagailles, un héros plus cool que cool et enfin des séquences martiales pleines de patates. Chorégraphiées par MJ White, les scènes de combats sont riches et variées. Oscillant entre un style à l’ancienne (bourre-pifs, coups de latte) et les techniques modernes maitrisées par Jai White, les scènes de combat sont hyper dynamiques sans pour autant paraitre hors sujet par rapport au contenu et au rythme interne du film. Une belle réussite de plus à mettre à l’actif de Michael Jai White qui espère, avec la sortie en dvd de son projet fétiche, entrer dans la A-list des nouveaux acteurs martiaux et sortir ainsi du circuit, respectable cela dit, du direct to DVD. D’ailleurs, la galette de Black Dynamite, outre un excellent transfert, comportera quelques bonus pas inintéressants tels que le commentaire audio de Scott Sanders, réalisateur et de Michael Jai White, un module revenant 40 ans en arrière, et analysant le style blaxploit’ sous toute ses coutures et enfin un reportage sur les cascades et les scènes d’action du film. Le tout est édité par Warner et se fends des traditionnels sous titres français of course.

PREVIEW DTV - Climax

Angoisse en DVD

Après trois ans de mariage, Claire et David sont au bord de la rupture. Ils décident de se donner une dernière chance lors d’un week-end en tête-à-tête, dans une maison perdue au coeur d’une forêt. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’un meurtre sauvage vient juste d’y être commis. Et que l’assassin est de retour sur les lieux de son crime... L’affrontement est inévitable.

Shooté dans les environs de Montpellier en début 2008, Climax est le second long-métrage du réalisateur frenchie Frédéric Grousset et, du même coup, sa deuxième collaboration avec l’acteur Julien Masdoua (Par l’odeur alléché de Jean Mach). Pour l’heure, Grousset abandonne le côté psychologico-dérangeant de sa première fournée (Aquarium) et s’engouffre dans les terres du polar sombre. Centré sur l’une des hypothétiques pistes de l’affaire de la "tuerie des peupliers", le film décrit le calvaire vécu par un jeune couple venu recoller les morceaux dans une maison d’emprunt. Malheureusement, l’échange est bien loin d’aboutir à l’échangisme et les tourtereaux blessés doivent faire face à une réalité plus dure encore que celle qui traverse leur histoire puisqu’un meurtrier rôde sur les lieux.

Au programme, tueur mutique, ambiance extrêmement noire, quelques timides assauts de violence graphique et une série de plans plutôt bien foutus. Réalisé pour peau d’balles (le prix d’une tire d’occasions à ce qu’on peut lire sur la Toile), Climax se démarque avant tout des habituels polars par son format téléfilmique qui le rapproche des épisodes de la série Angoisse (Thriller en vo), saupoudré d’un zeste de Dossiers de l’écran. Minutieusement orchestrée, cette tragédie en temps réel ne se détache que rarement de son aspect dramatique et sombre, distillant une ambiance pesante tout au long de son déroulement. Présenté en avant-première à L’étrange festival de Lyon, Climax aboutit dès à présent dans les bacs par le biais d’une sortie DTV.

La galette, éditée par Artus films, contient quelques suppléments intéressants comme une scène coupée et une fin alternative, un making of et les commentaires audio de membres de l’équipe technique ainsi qu’Aquarium, le premier long métrage du réalisateur.

SORTIE DVD - Le spectre du professeur Hichcock

Le bon travail du professeur Freda

Grand cinéaste né en 1909 (et décédé en 1999), Riccardo Freda a tâté de nombreux genres du cinéma populaire au cours de sa riche carrière débutée au début des années ’40 et terminée près de cinquante plus tard par son éviction des plateaux de La fille de d’Artagnan. Freda se fait d’abord connaître dans le « cape et épée » (Le fils de D’Artagnan) ou le péplum (Spartacus, Theodora) avant de signer sa première œuvre fantastique en 1957 avec Les vampires, terminé par Mario Bava, puis Caltiki, le monstre immortel. Le cinéaste va par la suite enchaîner les divertissements populaires de qualité comme Le géant de Thessalie (une agréable adaptation de la légende de Jason et ses Argonautes), Sept épées pour un roi, Le géant à la cour de Kublai Khan ou Maciste en enfer. En 1962, il revient au fantastique via son chef d’œuvre, L’effroyable secret du docteur Hichcock, réalisé avec un budget minimal et tourné en une douzaine de jours dans un décor unique. La réussite artistique et commercial du métrage amène naturellement Freda à en proposer une fausse séquelle, ce Spectre du professeur Hichcock n’ayant en commun avec le premier film qu’un décor semblable, le patronyme référentiel du « héros » et la présence des actrices Barbara Steele et Harriet White. A noter qu’un métrage ultérieur de Fernando Di Leo, réalisé en 1971, fut artificiellement relié aux œuvres de Freda en étant rebaptisé, en France, Les insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock.

L’intrigue de ce Spectre du professeur Hitchcock se situe dans une vielle et imposante maison écossaise, propriété du professeur John Hichcock. Ce-dernier, paralysé et atteint d’une grave maladie, vit en compagnie de sa charmante épouse, Margaret et reçoit les soins nécessaire à sa survie par le brave docteur Charles Livingstone. Oui mais voilà, Margaret et Charles sont amants et attendent patiemment le trépas du professeur, lequel ne semble nullement décidé à mourir. Au contraire, son état s’améliore sensiblement, à la satisfaction de son ami le curé et de sa dévouée femme de chambre Catherine. Ne pouvant se résoudre à patienter davantage, Margaret oblige Charles à empoisonner son mari, ce qu’il finit par accepter. A la lecture du testament, par contre, Margaret apprend qu’une grande partie de la fortune du défunt est destinée aux bonnes œuvres du curé et la clé permettant d’ouvrir le coffre fort demeure introuvable. Catherine suggère qu’elle se trouve dans la veste mortuaire du professeur et Margaret et Charles déterrent sa dépouille, déjà horriblement décomposée par la maladie. A partir de ce moment la situation se dégrade entre les deux amants, d’autant que Margaret soupçonne Hichcock d’être revenu d’entre les morts pour se venger…

Ce second métrage de Freda consacré au docteur Hichcock s’avère une très agréable découverte dans le style gothique. Bien sûr, l’intrigue apparaît aujourd’hui relativement banale et prévisible. En effet, les multiples machinations et retournements de situations risquent de sembler à présent assez convenus, de nombreux films ayant utilisés avec plus ou moins de bonheur une formule similaire. Cependant le final, quoique fort attendu, n’en demeure pas moins efficace et bien amené, tout comme l’ultime twist macabre. Les interprètes, de leur côté, sont bien choisis et Barbara Steele illumine le métrage par sa beauté fascinante et perverse. La demoiselle manipule avec un rare machiavélisme son pauvre amant complètement dépassé par les événements et la spirale meurtrière dans laquelle il se trouve happé. Notons enfin une scène de meurtre allusive mais brutale où le sang recouvre l’écran en longues trainées écarlates.
La mise en scène de Freda utilise avec beaucoup de réussite les contraintes budgétaires pour proposer une ballade étouffante dans les intérieurs d’un lugubre château où se tisse les machinations des différents protagonistes. L’atmosphère ainsi créée, aidée par une musique adéquate, fonctionne parfaitement en dépit d’une certaine lenteur, laquelle pourra sans doute rebuter les amateurs contemporains d’une épouvante rapide et sanglante mais devrait encore charmer les nostalgiques du fantastique des sixties.
Si le master utilisé pour le dvd édité par Artus accuse le poids des ans on se consolera toutefois avec un passionnant bonus d’une demi-heure dans lequel Alain Petit retrace la carrière fantastique de Riccardo Freda.

Dans l’ensemble Le spectre du professeur Hichcock constitue un agréable divertissement horrifique se suivant sans le moindre ennui et permettant aux spectateurs de passer un bon moment d’épouvante rétro.

PREVIEW DTV - Sleepaway camp 2

Angela’s return

Sur le camp de Rolling Hills plane le spectre du camp Arawak dans lequel eut lieu, quelques années auparavant, un terrible massacre perpétré par le jeune Peter Baker. La légende raconte que Peter a changé de sexe et est aujourd’hui devenu Angela, en hommage à sa grande soeur trop tôt disparue. Ces légendes urbaines tournent court, la monitrice intervenant pour renvoyer les ados dans leur cahute. Est-il besoin de préciser que ladite monitrice répond au prénom d’Angela ?

Sleepaway camp 2, sans fioritures, se démarque totalement du premier épisode : tout potentiel de suspense est tué dans l’oeuf dès les premières minutes au profit d’une atmosphère plus détendue. Une multitude de plans-nichons et de plaisanteries grivoises en tout genre désamorcent le côté sanglant du massacre (et quel massacre !), en outre édulcoré graphiquement par de nombreux hors-champs. Un choix d’autant plus dommageable que le bodycount ne déçoit pas : armée d’une tronçonneuse, d’acide, d’un bidon d’essence ou d’un couteau, Angela zigouille et dézingue à tout-va, transformant le camp de vacances en un no djeun’s land particulièrement inquiétant et la cabane sise au fond des bois en un musée des horreurs au catalogue pour le moins diversifié. Mention spéciale à cet hommage rendu aux "classic monsters" via une scène où Angela, déguisée en Leatherface, tronçonne à tire-larigot deux ados vêtus en Freddy Krueger et Jason Vorhees.

A la tête de l’hécatombe, Pamela Springsteen, la frangine de Bruce, qui rempilera pour le troisième volet de la franchise (Sleepaway Camp III : Teenage Wasteland), traumatise une équipée d’ados pervers et décérébrés parmi lesquels trône la très innocente Renée Estevez, soeur d’Emilio et de Charlie Sheen et une tripotée d’acteurs amateurs qui en sont à leur coup d’essai. Le mentor d’Angela, Oncle John, est incarné par le vétéran Walter Gotell, le général Gogol des James Bond (Octopussy, L’espion qui m’aimait, Moonraker, Rien que pour vos yeux).

Malgré un résumé succinct et efficace des faits du premier opus via le feu de camp initial, Sleepaway camp 2 s’éloigne de son modèle pour s’inscrire dans un autre registre : celui de l’humour potache agrémenté d’une diversité d’exécutions. L’atmosphère s’en ressent ; toute tension est anéantie d’emblée et ce camp de vacances ne devient plus qu’une immense cour de récréation pour une meurtrière plutôt misanthrope.

Le DVD, édité par Oh my gore présente quelques bonus plutôt sympas comme le commentaire audio modéré par John Klyza avec Michael A. Simpson et Fritz Gordon et un making-of "Behind The Scenes". En outre, les aficionados pourront entonner en version karaoké le fameux "The happy camper song".

PREVIEW DTV - Jack Brooks : the monster slayer

I used to be a plumber

La simple affiche de Jack Brooks – The Monster Slayer avait suffi à ameuter les aficionados de ciné bis. J’ai dû vérifier plusieurs fois la page IMDB du film pour m’assurer que non, l’énergumène arborant ses pectoraux sous la chemise déchirée n’était pas Gérard Butler (300), car, avouons-le, il a quand même un sacré air de Léonidas prêt à démolir du Perse. Et quand nos références geeks ne nous renvoient pas vers Indiana Jones, on retrouve en ce plombier fraichement reconverti toute la fierté badass de ce cher Ash version Army of Darkness. Cerise sur le gâteau, pompon ultime qui fait monter la larme à l’œil : la présence de Robert Englund. Il n’en fallait pas plus pour émoustiller les esprits et propager la bonne nouvelle. Vous imaginez bien mon enthousiasme à l’idée de visionner une telle bobine… Et malheureusement, une de mes angoisses principales au sujet du film s’avéra exacte : il ne suffit pas toujours d’une jolie jaquette pour pondre un film de pure qualité !

La bobine de Jon Knautz débute avec un bref flash-back, présentant Jack (Trevor Matthews) lors d’un week-end en famille, où il verra, impuissants, ses parents et sa jeune sœur dévorés par une créature assoiffée de chair fraîche. Les événements ne manquèrent pas de le martyriser, le rendant particulièrement agressif et violent. Pas facile de contenir ses pauvres petits nerfs après une telle épreuve… Et ça continue avec ses difficultés chez le psy, sa copine un peu trop blonde, et l’allumeuse de service de son cours du soir… Rien de bien folichon, surtout quand ça dure une, quinze, vingt, trente, puis quarante-cinq longues minutes, durant lesquelles le spectateur attend la venue des fameux monstres que Jack Brooks est censé dégommer, affiche et tagline à l’appui !

Heureusement, à côté de ce pathétique drame social, il y a le grand, l’immense, le génialissime Robert Englund qui remonte le niveau. Alors qu’on s’attendrait à un simple caméo, pappy Englund nous offre un second rôle jouissif, celui… d’un professeur de chimie ! Ca donnerait presque envie de retourner sur les bancs du lycée, tellement son personnage semble sympathique, avec son petit sourire compatissant. Malheureusement, il se fait avoir par un parasite à la Horribilis, qui prend progressivement possession de lui et le transforme en une bestiole immonde, qui chope avec ses tentacules les pauvres étudiants qui trainaient lors des cours du soir. C’est du high level, tout droit tiré des eighties, le genre de monstre qui en fera sourire plus d’un. On en vient à se demander si c’est le manque d’ambition ou la faiblesse du budget qui peuvent expliquer le nombre si réduit de créatures dans le film…

Et c’est là que se réveille Jack Brooks : il sort les tuyaux et part venger sa famille. C’est chouette, mais c’est un peu trop tard, il faut que ça devienne un peu technique pour qu’il parte à l’attaque, et pendant ce temps, le spectateur a soit changé de film, soit s’est orienté vers la sieste… Et c’est particulièrement dommage, car l’énergie de Jon Knautz est plus que palpable. L’envie de vendre du rêve à l’amateur de cinoche d’horreur est présente, le duo Englund/Matthews se donne du mal pour remonter le niveau et émoustiller le spectateur. Mais Jack Brooks manque cruellement de ce petit plus qui donne de l’accroche à un film, sans compter l’absence totale et inacceptable de monstres ! Non pas que je sois une grande insatiable en matière de gore et de bestioles bizarres, mais quand on me vend une bobine avec les mots « monster slayer » dans le titre, et bien je m’attends à une jolie boucherie. Dommage que Jack Brooks – Monster Slayer se contente de filmer uniquement son plombier fétiche, et pas les monstres qu’il est censé zigouiller…

Jack Brooks – Monster Slayer n’est malheureusement pas la tuerie attendue, et souffre d’un gros manque de rythme, malgré les efforts mis en œuvre par Jon Knautz pour offrir une bobine à la Horribilis. Robert Englund demeure cependant le gros point positif du film, dans un rôle hilarant et mémorable.

SORTIE DVD - Amer

Genre phare du cinéma bis italien des années 70, le giallo et sa violence graphique et érotisante ont marqué nombre de cinéastes et de cinéphiles à travers le monde et les âges. Aussi , aux côtés de Brian de Palma, n’est-on pas surpris de tomber nez à nez avec un couple de réalisateurs franco-belge, dont l’amour pour le cinéma de genre et la psychanalyse ont permis l’avènement dans nos contrées, d’Amer, néo-giallo inspiré entre autre de l’incontournable Dario Argento, mais aussi des westerns de Sergio Leone et des pinku eiga japonais.

Après cinq courts-métrages étonnants, le duo signe ici son premier long. Ce fut un travail de longue haleine, et comme on pouvait s’y attendre de la part de la production occidentale quant au cinéma de genre, semé d’embuches. A ce sujet, Hélène Cattet s’exprime : « Nous avons rencontré énormément de difficultés. Au final, on a fait le film avec un tiers du budget prévu, soit 680 000 euros. On y est arrivés car, comme on a réalisé nos courts sans argent, on avait l’habitude de travailler avec la même équipe, à savoir les amis avec qui on a grandi cinématographiquement parlant. » Au-delà du financement, les obstacles rencontrés pour ce genre de production tiennent surtout à un manque récurrent de soutien. Producteurs et artistes ne s’entendent pas, car ils ont tout les deux une conception différente de l’appellation ’cinéma de genre’. « Ca a été difficile de trouver les bons partenaires, explique Bruno Forzani. Quand on a rencontré François Cognard, le producteur français, tout s’est enchainé. Jusque là, comme on se situait entre le film de genre et le film expérimental, quand on allait présenter notre film à des spécialistes du cinéma d’auteur, on nous répondait ’Non, c’est un film de genre, cela ne nous intéresse pas.’, et vice versa quand on s’adressait aux spécialistes du cinéma de genre : ici, on était bloqués car pour les producteurs que l’on rencontrait, faire un film de genre, c’était copier ce qui se fait aux Etats Unis. Ils attendaient un film de la trempe de Saw, L’Armée des Morts ou Hostel. Nous, on ne s’inspire pas du tout de ce cinéma américain ; on s’intéresse au cinéma italien, cinéma que les mecs à qui nous avions affaire ne connaissaient pas. Quand on est tombé sur François Cognard, qui est l’une des personnes qui nous a initié à ce cinéma par le biais de Starfix, on parlait le même langage. »

Le ton est donc donné très vite. Avec Amer, Bruno Forzani et son acolyte entendent clairement rendre hommage au giallo, genre qui a conditionné toute leur culture cinématographique : « Je suis tombé amoureux du cinéma de genre italien quand j’étais ado et que j’ai découvert Dario Argento et Ténèbres. Plus tard, quand j’ai voulu faire du cinéma, je me suis dit que c’était le genre qui m’intéressait le plus dans le sens où il possède à la fois un côté ludique et divertissant, et un côté expérimental. » Ce côté expérimental, Amer le convoque dans son scénario même - raconter l’histoire de la vie d’une femme à travers trois séquences et trois âges clefs - mais aussi dans sa structure. Quasiment mutique, le film est avant tout une expérience esthétique et sensoriel. « Il y a un côté très introspectif dans le film, raconte Hélène Cattet. On essaie d’écrire de manière un peu inconsciente, on tente de faire remonter des sensations de souvenirs, des émotions que l’on traduit ensuite par le son et l’image. »

Cependant, réduire Amer à un simple hommage au giallo serait sacrément réducteur. Comme l’explique Hélène Cattet : « Amer est avant tout un film où on développe un sujet personnel, à travers un langage inspiré par le giallo, mais pas uniquement. C’est un tissage de tout ce qui nous a marqué, qu’on a aimé ou détesté, mais dont on s’est imbibé. C’est comme si toutes ces œuvres dormaient un peu en nous. Logiquement alors, quand tu veux développer ton propre projet, elles ressurgissent. » Patchwork cinématographique, le film fait donc se rencontrer plusieurs cultures, de Dario Argento et Mario Bava, au gothique italien, en passant par Kenneth Anger et Sergio Leone, Miyazaki et les pornos japonais. Hyper esthétisant, il en a agacé plus d’un lors de sa sortie en salles, tandis que certains de ses plus fervents admirateurs ne s’en sont pas encore remis. Indéniablement nécessaire du fait de la redéfinition de l’utilisation des genres qu’il évoque et exploite, Amer débarque dans vos salons ce mercredi 27 octobre. A vos gants de cuir, vos portefeuilles et vos rasoirs.

PREVIEW DTV - Détour mortel 3

Dès que possible, faites demi-tour

Quand les temps sont durs, l’homme cherche inlassablement à fuir, partir, courir, et retrouver la nature et son équilibre sans emphase. C’était le cas des protagonistes du Delivrance de John Boorman, et c‘est, une trentaine d’années plus tard, également le cas des personnages de Détour Mortel (Rob Schmidt), premier volet d’une franchise dont le succès public outre Atlantique n’est plus à prouver. Agrémenté d’une suite tardive mise en boîte par Joe Lynch, la franchise voit aujourd’hui naître un troisième opus, tourné en catimini et sobrement intitulé Détour Mortel 3 : Left For Dead, réalisé par Declan O’Brien, qui fait ici ses premiers pas dans l’horreur.

En jeune vierge effarouchée du genre, le réal pose d’emblée ses intentions. Ils s’agit pour lui, d’emmener, sans prétentions aucune, mais avec beaucoup d’espoir, la franchise à un niveau supérieur : « J’ai travaillé sur le scénario avec Conor James Delaney. Le premier Détour Mortel mettait en scène une trâlée de belles gueules poursuivies par des péquenauds cannibales. Le deuxième reposait à peu près sur le même principe : des beaux gosses venus tourner une émission de télé réalité et poursuivis par des cannibales. La première fois que j’ai parlé à la Fox du projet, je leur ai dit ’Quel intérêt de refaire encore la même chose ?’. Ce qu’on voulait, avec mon équipe, c’était des gens capables de répondre et de se battre pour survivre. C’est pour cela qu’on s’est arrêté sur l’idée d’une bande de prisonniers psychopathes qui, en essayant de s’échapper, tombent sur plus dégénérés qu’eux. Ce sont des méchants contre des grands méchants. ». Pour autant, il ne s’agit pas de renier la recette qui avait fait le succès des deux premiers volets. Pour s’assurer le soutien des fan, O’Reily joue de nouveau la carte de la rencontre d’un gore décomplexé avec des grosses scènes d’action : « Je savais que les fans avaient vraiment aimé les premiers films, l’horreur cheap et le gore. J’ai gardé ce principe à l’esprit pour leur donner ce qu’ils voulaient. De plus, on a pris la liberté d’ajouter quelques grosses séquences d’action. ». Cependant, soucieux de rendre hommage aux films d’horreur de la période classique, Declan O’Brien limite ses effets numériques visuels, et joue la carte du old school, s’assurant ainsi le respect des geeks du genre.

Outre un glissement de concept assez peu original, mais non pas exempt d’une certaine efficacité, l’originalité de ce Détour Mortel 3 devrait résider dans sa temporalité. « L’histoire comme en fin d’après midi et se finit au petit matin, s’explique le réal’. Une fois que l’on rentre dans le vif du sujet, le film vous prend à la gorge et ne vous lâche plus ». Si incontestablement cette conception du temps ouvre de nombreuses possibilités, elle n’en reste pas moins un gros pari pour un premier film d’horreur. Délocalisé en Bulgarie, le tournage et les conditions dans lesquelles il s’est effectué auront sûrement amplement conditionné l’atmosphère du film : « On voulait une impression de temps réel, et de fait, le tournage a été très brutal. La majorité du film se déroule la nuit et en plein été, en Bulgarie, les zones d’ombre sont très peu marquées et assez limitées. On devait donc être très rapides et précis. ». Si les critiques saluent une séquence d’ouverture très réussie, fun et gore, elles sont plus sceptiques quant au reste du long-métrage. Indéniablement, les références et les clins d’œil sont présents, de Saw à La Colline a des Yeux, mais le manque d’ambition assumé du film l’empêche de dépasser son statut de simple suite. Finalement, tout cela semble flairer bon le déjà vu, et l’archi connu. Force est donc de constater l’essoufflement d’une franchise saignée à blanc et qui, selon toute logique, devrait rendre l’âme prochainement dans un quatrième - et probablement inutile - épisode : « Rien n’est sûr, mais je sais que la Fox est très contente du film et qu’elle en attend beaucoup. Quant à moi, j’aimerai beaucoup rempiler. » déclare O’Brien. Mouais. A vos dvd et vos autoroutes dès le 27 octobre.

PREVIEW DTV - Cargo

La SF à l’heure suisse

Fort d’une mention spéciale récoltée lors du dernier BIFFF et de nombreuses participations à divers autres événements cinématographiques, le suisse Cargo déboule en DVD avec la ferme intention de montrer que les Helvètes savent aussi y faire dans un domaine tel que la science-fiction. Dès lors, si, au vu de sa provenance, Cargo a tout d’un véritable OVNI, il se pourrait bien que les aventures spatiales des héros fassent parler d’elles bien au-delà de ses frontières.

Réalisé pour un budget estimé à 4,5 millions de francs suisses, budget qui s’avère remarquable pour ce type d’œuvre dans un pays peu connu pour ses œuvres de genres (hormis les gaudrioles sanguinolentes « offertes » par Jean-Clément Gunter), Cargo déploie ses ailes sur base d’un pitch aux relents écologiques décidément fort en vogue pour l’instant. Depuis l’effondrement de la Terre et de son système écologique, les hommes vivent dans de petites stations spatiales surpeuplées. Le seul espoir est RHEA, une planète paradisiaque à cinq années lumière de la Terre. A bord du vaisseau Kassandra, tout l’équipage est plongé dans un profond cryo-sommeil à l’exception d’une jeune doctoresse. Au fil de ses gardes, elle a de plus en plus la sensation de ne pas être la seule éveillée…

Mis en scène par Ivan Engler, qui avait été remarqué en 2000 avec son excellent court Nomina Domini, et Ralph Etter, le métrage s’articule comme un véritable hommage aux canons de la SF, de 2001, L’Odyssée de l’espace en passant par Matrix, le tout mis à la sauce helvète et réalisé avec les moyens du bord. Car il ne faut guère voir en Cargo l’œuvre qui révolutionnera la science-fiction spectaculaire à laquelle les spectateurs s’attendent la plupart du temps. Non, la faiblesse des moyens et la relative inexpérience de l’équipe font plutôt de l’œuvre un essai science-fictionnel plutôt abouti bien qu’un peu longuet.

Ces longueurs se ressentent dans la déclinaison matrixienne de l’œuvre, qui semble petit à petit tendre vers une complexité inutile, les deux réalisateurs mettant dès lors de côté la qualité visuelle de certaines séquences. Néanmoins, malgré des défauts assez visibles (et d’ailleurs prévisibles), Cargo mérite sans nul doute de se voir proposé en sortie DTV et pourrait ravir les amateurs d’un « cinéma autre » et conquérir le peuple suisse par le biais d’un élan patriotique.

Une chose est certaine, de tels efforts sont à encourager, qu’ils soient helvètes, suisses, québécois ou français, pour que le cinéma de genre francophone ne baisse pas la garde et propose, dans les années à venir, de nouveaux OVNI, tels ceux qui nous ont été offerts ces derniers temps (5150 Rue des Ormes, A l’intérieur, Martyrs,…) Si Cargo demeure une œuvre imparfaite et pas totalement alléchante, le soutien au cinéma fantastique et science-fictionnel passe par un soutien inconditionnel de tells productions pour le moins surprenantes.

PREVIEW DTV - Mega Piranha

Mega nanar

La sortie annoncée de Piranha 3D, remake modernisé du petit classique bis de Joe Dante, ne pouvait laisser insensible les suiveurs de tous poils et, sans surprise, The Asylum délaisse un temps les crocodiles et autres requins géants pour s’intéresser aux petits poissons carnivores. Sauf que, depuis le « succès » du quasi culte Mega Shark vs Giant octopus la compagnie ne peut plus se contenter d’animaux de taille normale pour ses « creature features ». Les piranhas seront donc « méga » et ici, « méga », ça veut dire capable de bouffer un sous-marin nucléaire. Bref, bienvenue dans le monde du nanar délirant !

L’intrigue débute très classiquement par l’attaque d’un bateau, sur un fleuve du Venezuela, par une horde de piranhas. Parmi les victimes, outre une poignée de bimbos topless, se trouve l’ambassadeur américain, ce qui motive l’envoi d’un dur à cuir de l’Oncle Sam, l’agent spécial Jason Bourne…pardon Jason Fitch. Celui-ci enquête, soupçonne un acte terroriste et finit par rencontrer une scientifique charmante, Sarah Monroe, qui lui révèle sa propre théorie : l’agression a été commise par une horde de piranhas génétiquement modifiés à la croissance exponentielle. Quelques heures plus tard cette théorie se voit confirmée alors que des poissons gigantesques s’en prennent à tous les imprudents croisant leur route. Leur destination ? Les Etats-Unis ! Leur taille ? Proche de celle de Godzilla !

Avec un scénario aussi stupide Mega piranha ne peut évidemment guère se prendre au sérieux et le cinéaste ne tente même pas de rendre son métrage un tant soit peu crédible. A l’instar des monstres mutants de Piranhas 2, les tueurs volants, la poiscaille jaillit hors de l’eau et voltige vers ses proies pour les dévorer à grands renforts d’hémoglobine numérique. Car, téléfilm à petit budget oblige, les créatures sont entièrement réalisées en images de synthèse, lesquelles s’avèrent d’une qualité franchement désastreuse. Bien sûr, nous sommes à présent habitués à ces effets spéciaux hâtivement bricolés sur des programmes informatiques obsolètes mais Mega piranha se distingue une nouvelle fois par des séquences ridicules et risibles. Les trucages numériques, affreux, rivalisent d’ailleurs de médiocrité avec les rares plans impliquant des poissons caoutchouteux forts peu convaincants. Les intégrations des créatures dans l’image et leurs interactions avec les personnages sont tout aussi ratées et parfois aux limites du foutage de gueule pur et simple. Les effets gore, assez rares, ne sont pas franchement plus convaincants et se limitent généralement à de gros bouillonnements écarlates dans l’eau, suivis de la vision, brève, de quelques membres tranchés.

Le scénario, pour sa part, se contente d’enchainer les séquences attendues, les piranhas devenant de plus en plus énormes d’une scène à l’autre jusqu’à atteindre une taille colossale les amenant à détruire un sous-marin, des hélicoptères et, finalement, les immeubles bordant les plages de Floride. Dans cette séquence absurde mais réjouissante, les poissons jaillissent hors de l’eau pour s’écraser sur les gratte-ciels, qu’ils détruisent à grands coups de dents. Face à la menace, l’armée se doit d’intervenir et envoie des commandos surentrainés, des bâtiments de guerre et, carrément, des ogives nucléaires. Malheureusement, les poissons, ayant surement vus trop de kaiju eiga, restent invulnérables à tout, y compris au feu nucléaire, et il faudra que l’agent spécial susmentionné fasse travailler ses méninges pour découvrir leur point faible. Dans ce rôle nos retrouvons Paul Logan, acteur coutumier de ce style de séries Z que nous avons déjà découverts dans des perles de cinémathèques comme L’île des komodo géants, Komodo vs Cobra ou encore The terminators. A ses côtés, la chanteuse pop des eighties Tiffany tente une reconversion à pratiquement 40 ans mais ne fait guère de miracles dans un rôle de toute manière transparent et stéréotypé. Barry Williams (principal protagoniste de la série télévisée « La Famille Brady ») complète le casting.

Aussi débile qu’il soit, Mega piranha développe heureusement un rythme relativement nerveux et ne donne pas vraiment l’occasion de s’ennuyer au spectateur. Les explications scientifiques idiotes sont limitées, les dialogues réduits à l’essentiel et le métrage se contente d’enchainer les passages spectaculaires (dans les limites des modestes moyens disponibles) sans perdre son temps à tergiverser. Les nombreuses incohérences et absurdités du script passent donc relativement bien à condition de ne pas attendre du métrage autre chose qu’un pur divertissement popcorn.

Sans ambition, mais divertissant et frénétique, Mega piranha se révèle au final aussi nul qu’on l’attendait mais, dans le genre nanar rigolo, l’ensemble se laisse toutefois voir sans déplaisir à condition, bien sûr, de ne pas en attendre beaucoup.

PREVIEW DTV - Book of blood

Le septième art et la littérature de Clive Barker ont rarement fait bon ménage. Poète du cauchemar, l’auteur anglais a souvent vu son oeuvre maltraitée par un médium qui peine à lui rendre les honneurs. Les ratages Rawhead Rex et Transmutations et les pépins de production de Cabal et Le maître des illusions suffisent à étayer une thèse qui n’a été que trop abordée. Dernièrement, les traitements destinés à des téléfilms et séries (notamment les épisodes des Masters of horror, saison 1 : Les amants d’outre-tombe et La muse) amènent l’auteur à envisager l’adaptation de nouvelles de son mythique recueil de nouvelles Livre de sang par l’entremise de sa nouvelle boîte de prod’ Midnight Picture Show. De ces écuries sort Le fléau selon Clive Barker avec James Van Der Beek ainsi que le somptueux Midnight meat train de Ryuhei Kitamura. Courant 2009, la compagnie produit deux autres longs métrages tirés des écrits de Barker : Dread d’Anthony DiBlasi et Book of blood incombant à John Harrison.

Tantôt compositeur de talent (Creepshow, Le jour des morts-vivants) tantôt metteur en scène plutôt effacé (Darkside, les contes de la nuit noire et quelques épisodes des Contes de la crypte et de Tales from the Darkside), Harrisonse distingue de ses homologues car il est un fervent admirateur de l’oeuvre de Barker. Plutôt que de s’intéresser exclusivement à l’une des nouvelles du romancier, il puise les éléments qu’il préfère dans le recueil entier. Book of blood épouse ainsi la trame principale de la nouvelle éponyme mais incorpore également des morceaux d’On Jerusalem street (quelques séquences dont celle d’introduction), dernier écrit de l’hexalogie barkerienne.

Etirée sur 1h40, l’histoire, pour cohérente qu’elle paraisse, tient du patchwork mal crocheté. Epais et obscur, Book of blood s’effeuille lentement, dissémine ses éléments, assombrit son propos au profit des personnages, pierre angulaire du métrage. Old school dans son traitement et son ton, Book of blood séduit autant dans ses premières minutes qu’il ne finit par lasser sur la durée, Harrison s’avérant incapable d’insuffler assez d’énergie à un ensemble lancinant à l’extrême. Le culte de la souffrance et de la Vérité chers à Barker ne retrouvent de matérialité que lors du dernier quart d’heure, sacrifiés entre temps sur l’autel d’une banale légende de maison hantée, avec tout l’attirail qui l’accompagne.

Si Le train de l’abattoir n’a jamais déraillé, Le livre de sang lui se montre nettement en deçà des espérances et aurait amplement mérité un format plus court. Trop bavard et léger, Book of blood est une nouvelle transposition ratée de l’univers barkerien et ce malgré l’apparition en coup de vent du plus "Barker"s touch" des acteurs, Doug Bradley.

CHRONIQUE DVD - The killer inside me

Spanking master

J’avais clairement sous-évalué The Killer Inside Me lors de la première vision, au BIFFF 2010. A croire que l’ambiance du festival et son public surchauffé n’avaient pas joué en sa faveur. En effet, il est de ces œuvres qui demandent à être apprivoisées et nécessitent une attention soutenue, conditions sine qua non pour en apprécier l’atmosphère, se lover dans leur univers. Ce Killer Inside Me en fait indéniablement partie.

« Save the bullshit for the birds ! »

Réalisé par le stakhanoviste Michael Winterbottom, qui s’est frotté à (presque) tous les genres, pour des résultats de fortunes diverses (Welcome to Sarajevo, 24 Hour Party People, retraçant les grandes années de la Hacienda mancunienne et son mogul Tony Wilson, la sci-fi de Code 46, l’érotisme « bobo » de 9 Songs, les engagés The Road to Guantanamo & Un cœur invaincu), The Killer Inside Me (2010) est une adaptation d’un livre (Le Démon dans ma peau) du grand Jim Thompson, chantre du roman noir (Avant l’orage, Liberté sous condition). Thompson écrivit de nombreux scénarii (dont L’ultime razzia & Les sentiers de la gloire pour Kubrick) et vit son œuvre adaptée à maintes reprises ; entre autres par Alain Corneau (Des cliques et des cloaques devient Série noire) et Bertrand Tavernier (1275 Âmes engendre l’impérissable Coup de torchon). Pour l’occasion, Winterbottom s’assure les services du fidèle chef-op Marcel Zyskind (In This World, Code 46, 9 Songs).

The Killer Inside Me se pare d’un casting « high class », avec Casey Affleck (Will Hunting, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) dans le rôle-titre, le glaçant Lou Ford, entouré de la sublime Jessica Alba (La main qui tue, Sin City & Machete), Kate Hudson (Presque célèbre, La porte des secrets ; on lui attribuerait selon les rumeurs le rôle de Linda Lovelace - inoubliable héroïne de Gorge profonde, dans un biopic éponyme en préparation), de cette vieille trogne d’Elias Koteas (Crash de Cronenberg, Bienvenue à Gattaca, La ligne rouge de Malick, …), de Ned Beatty (Délivrance, Superman & Superman II), du bellâtre Simon Baker (Land of the dead) et du trop rare Bill Pullman (Malice, Lost Highway, Surveillance), pour une truculente apparition en fin de film.

Après un générique délicieusement rétro, The Killer Inside Me ne tarde pas à nous confronter à la dualité de son personnage principal (Lou Ford), véritable antihéros, représentant (emblème) de l’ordre, mais psychopathe en puissance, prenant un malin plaisir à exprimer son amour des femmes à coups de mandales dans la gueule. Difficile d’éprouver de l’empathie pour pareille brute épaisse et c’est là la plus grande audace du film, qui ne nous cachera rien de ses états d’âme (si l’on peut les appeler ainsi). L’apparence stoïque du personnage d’Affleck, relativement insensible, redouble d’ailleurs l’intensité de ses soudaines éruptions de violence.

Dans cet univers de « péquenots du Midwest » (relayé par la BO nostalgique de Joel Cadbury & Melissa Parmenter, cette dernière étant déjà à l’œuvre sur Un été italien de Winterbottom), personne n’est tout blanc ni complètement noir ; les protagonistes s’illustrent dans une belle gamme de gris, sondant par instants les tréfonds de l’âme humaine (psyché). Le caractère profondément manipulateur de Lou, qui a sa propre conception du bien et du mal, s’allie à une vision terriblement déformée des liens sociaux (les rancœurs enfouies conditionnent tout le reste).

Cette ambiance de film noir rural, aux accents chantants, est magnifiée par une direction photo inspirée, aux tons délavés, parfois irradiée de la lumière dorée du soleil texan ou enjolivée d’un regain de couleurs (pastels ou saturées, filtres bleutés pour la nuit, …).

« Il fait toujours plus clair juste avant la tombée de la nuit. »

Le film dépeint la crudité de rapports humains mis à nu, où l’humanité de l’autre est niée ; on y inculque le respect aux femmes à coups de ceinture et de « spanking », une tendance allant de pair avec le masochisme des personnages de la torride Jessica Alba et de Kate Hudson. The Killer Inside Me exhale un côté charnel exacerbé, la rudesse de l’acte sexuel renvoyant ici à la violence des coups portés… La fièvre s’empare autant des corps suintants, ruisselant de sueur, que de l’esprit torturé de Lou.

Malheureusement, comme souvent, Winterbottom dilue ses enjeux narratifs sur la durée et, couplé à de menus problèmes de rythme, rend ce Killer Inside Me moins percutant qu’il n’aurait du l’être. Le raccourcir aurait accentué la « sécheresse » du propos, s’attachant au parcours de ce meurtrier « de proximité ».

En l’état, The Killer Inside Me reste un exemple convaincant de film noir « white trash », cruel, trouble et dont les images vous accompagnent, telles une petite musique entêtante.

Côté technique, The Killer Inside Me, (néo) film noir rural nous proposant d’accompagner les pas d’un psychopathe « white trash » (le glaçant Lou Ford), s’offre un master de bonne qualité, sans faire d’étincelles, et de pistes audio (5.1 et DTS 5.1) d’une belle ampleur sonore. Côté bonus, le butin est plutôt maigre (voire rachitique) concernant l’édition qui m’a été présentée (Wild Bunch - Paradiso Films) ; un simple trailer, qui fait d’ailleurs passer le film pour ce qu’il n’est pas (un vulgaire thriller, alors qu’il se révèle plutôt un film d’atmosphère). Les éditions DVD et Blu-ray (zone 2) éditées par Warner Home Vidéo ne sont pas mieux loties, ne bénéficiant en sus que d’une courte interview de Jessica Alba, soumise aux questions inintéressantes du charlot Laurent Weil. Mais où sont donc passés les bonus du zone 1 américain (making-of, …) ? Dans les méandres de l’esprit torturé de Lou ?

CHRONIQUE DVD - Haxan

Cours d’anti catéchisme

Le métrage le plus célèbre de Benjamin Christensen, Haxan (ou La sorcellerie à travers les âges) constitue une œuvre ambitieuse visant à proposer un panorama à la fois réaliste et fantaisiste de la sorcellerie. Précurseur de la vague « mondo » (ou « documenteur » ou « chocumentaire ») qui déferla sur les écrans quelques décennies plus tard, Haxan se découpe en sept tableaux étranges et didactiques qui ne négligent pas, cependant, un humour surprenant. L’approche choisie détaille, via des œuvres artistiques prises en exemple par le cinéaste, l’évolution de la sorcellerie, ici évoquée uniquement sous l’angle du satanisme.

Le premier chapitre, un poil rébarbatif, utilise peu de scènes filmées mais propose une suite d’illustrations et de gravures rappelant l’importance du diabolique dans l’imaginaire médiéval. Austères mais néanmoins intéressantes, ces premières minutes posent habilement le sujet par une série d’images censées impressionner le spectateur.
Le cinéaste enchaine ensuite différentes saynètes durant lesquelles les sorcières participent à des sabbats orgiaques, embrassent le postérieur du Diable, volent à travers la nuit sur leur balai ou font cuire des bébés non baptisés dans leurs chaudrons. Christensen en personne incarne un Satan traditionnel, tout droit sorti d’un livre médiéval, affublé d’oreilles pointues disproportionnées, de cornes et d’une langue bien pendue. Habilement, Haxan recourt à toutes les techniques d’effets spéciaux alors disponibles pour proposer des séquences marquantes, souvent teintées d’or ou de bleu, qui donnent vie aux images d’Epinal de la superstition. Salué par les surréalistes, Haxan verse dans l’outrance pour divers passages qui, à l’époque, devaient faire sensation, que ce soit les sarabandes infernales des servantes du démon ou les messes noires lubriques suggérant, prudemment, l’anatomie des participantes.

A côté de ces instants finalement légers, les séquences dramatisées illustrant les méfaits de l’inquisition s’avèrent plus corsées et anticipent sur le cinéma provocateur des années ’70, symbolisé par Les diables. Christensen, en effet, ne résiste pas au plaisir de détailler les instruments de tortures utilisés par les prêtres convaincus de leur bon droit, reconstituant la manière dont les infortunées « supposées sorcières » étaient soumises à la « question ». Toutefois, peut être par volonté d’alléger le sujet, le cinéaste ne se départit jamais de son humour malicieux, affirmant, par exemple, qu’une de ses actrices, ayant essayé les « poussettes », lui avoua, au bout d’une minute, tout ce qu’il souhaitait savoir.

Anticlérical, Haxan témoigne de la cruauté de l’Eglise, laquelle laissa périr plus de huit millions de personnes sur le bûcher pour des motifs relevant de la superstition et de la crainte. Une jeune femme trop belle avait toute les « chances » de s’attirer la suspicion des inquisiteurs frustrés…mais une vieille femme laide était également coupable à leurs yeux. Bref, nul n’était à l’abri de cette véritable folie, laquelle pesa sur les âges sombres du Moyen-âge de tout son poids. Christensen parcourt, en outre, les couvents et monastères lors d’un chapitre anticipant sur les excès des futures « nunsploitations », les bonnes sœurs accusant le Malin de les inciter au péché, ici des danses réellement…endiablées. Hommes et femmes d’Eglise n’ont d’autre choix que de recourir à l’auto flagellation et à l’auto torture pour échapper à l’emprise de leurs pensées impures, ce qui permet de nouvelles scènes croustillantes.

Le dernier chapitre d’Haxan, le plus faible, reste toutefois le plus proche des futurs « mondo ». Le cinéaste, en effet, y compare les mœurs superstitieuses du Moyen-âge à notre mode de vie contemporain (enfin, plus précisément à celui des premières années du XXème siècle) et y trouve, finalement, plus de points communs que de différences. Certes, dit-il, le Diable a perdu son pouvoir sur les consciences, de même que l’Eglise, mais les méthodes des psychiatres ne sont elles pas proches de celles des inquisiteurs ? Le diagnostic d’hystérie remplace celui de la possession démoniaque mais aboutit, in fine, à la mise à l’écart des malades, parqués en institution. Le réquisitoire de Christensen à l’encontre de la chrétienté se déplace par conséquent, lors des dernières minutes, vers ce qu’il considère comme la remplaçante moderne de la religion, à savoir la psychiatrie. Une condamnation partiale, rapide et plus naïve que convaincante, au ton quelque peu accusateur, que l’on retrouva quarante ans plus tard lorsque Mondo cane tracera un parallèle entre les coutumes dites primitives et les mœurs des soi-disant civilisés.

Notons que l’édition dvd Potemkine propose le métrage dans sa version intégrale (87 minutes) au master restauré, illustrée par une musique adéquate composée par Bardi Johannsson. En supplément nous pouvons opter pour le remontage effectué en 1968 (de 76 minutes) et narré par l’écrivain William Burroughs sur une musique free jazz de Jean Luc Ponty. Enfin une troisième version, dite officielle, permet au puriste de voir le film en 24 images / secondes (104 minutes) sur une bande son composée en 2007 par Matti Bye.

Œuvre emblématique du cinéma muet ayant influencé aussi bien l’épouvante que des genres moins nobles comme la nunsploitation ou le mondo movie, le pamphlet anti-clérical Haxan se dévoile aujourd’hui dans les meilleures conditions possibles pour les cinéphiles curieux et les amateurs de bizarreries filmiques. A découvrir.

CHRONIQUE DVD - Le château des morts-vivants

Cette modeste mais plaisante production franco-italienne, restée inédite chez nous depuis près d’un demi-siècle, se voit, enfin, rendue accessible au plus grand nombre via un dvd édité par les infatigables défricheurs d’Artus Films. Cette galette, vendue à petit prix et comprenant un bonus d’Alain Petite, permet de redécouvrir une oeuvrette sympathique, dans la tradition des classiques de Mario Bava ou Antonio Margheriti. Prévenons tout de suite les amateurs de zombies et autres goules : aucun mort vivant ne peuple ce château sinon très fréquentable.

L’intrigue, située après les guerres napoléoniennes, concerne une troupe de théâtre invitée à se produire dans le château isolé du comte Drago. En dépit des prophéties menaçantes d’une sorcière, les artistes effectuent leur représentation mais découvrent également la macabre passion de leur hôte, lequel a développé une méthode permettant de « figer » les êtres vivants afin que leur beauté, momifiée, subsiste éternellement.

Plaisant exemple de fantastique gothique comme l’Italie en produisait beaucoup à l’époque, Le château des morts-vivants s’appuie, bien évidemment, sur la présence classieuse du magnétique Christopher Lee. Ce-dernier, toujours impeccable, s’octroie une entrée en scène en forme de clin d’œil au Cauchemar de Dracula. Lee domine une distribution comprenant, également, le jeune Donald Sutherland, lequel, pour son premier métrage destiné aux grands écrans, s’octroie pas moins de trois rôles différents, dont celui d’une vieille sorcière. Enfin, Le château des morts-vivants convie également l’acteur parisien Philippe Leroy dont la carrière pléthorique (plus de 170 titres au compteur) va de Portier de nuit à Mother of tears en passant par Hiver 54.

Aux postes de réalisateurs se trouvent Luciano Ricci (alias Herbert Wise), Lorenzo Sabatini (alias Warren Kiefer) et un Michael Reeves non crédité. Le premier, décédé à 44 ans, a réalisé quatre longs-métrages dont le péplum réputé Seul contre Rome. Le second, Lorenzo Sabatini, a seulement tourné trois films, dont une version de Juliette de Sade en 1969. Enfin, Michael Reeves, alors âgé de 20 ans, débutait là une carrière fulgurante qui se termina tragiquement quelques années plus tard après la sortie de son classique Le grand inquisiteur, le cinéaste ayant succombé à une involontaire overdose de barbiturique à seulement 25 ans.

Le château des morts-vivants débute par une séquence humoristique au cours de laquelle un condamné à la pendaison se joue de son bourreau et finit par lui passer la corde au cou. Une introduction surprenante avant que les cinéastes ne révèlent qu’il s’agit simplement d’une pièce de théâtre jouée par une petite troupe disparate comprenant, entre autre, une jeune demoiselle et un nain. En dépit d’un rythme un peu languissant et d’une regrettable absence de frissons, Le château des morts-vivants se suit avec plaisir et l’arrivée au château du comte Drago permet de jolies séquences non dénués d’un certain humour noir. Les cinéastes tirent adéquatement profit d’un décor de qualité, explorent le castel de fond en comble et se perdent dans un jardin curieusement décoré de statues animalières gigantesques.

Si certains passages versent dans le ridicule (en particuliers l’image figée d’un chat suggérant la pétrification du félin après l’absorption d’une drogue), l’atmosphère onirique fonctionne avec bonheur et le final, inspiré de House of wax, dévoile les macabres agissements du comte avec panache. La photographie en noir et blanc de haute tenue contribue, elle aussi, à ce climat étrange et poétique et rend Le château des morts-vivants efficace et agréable.

Malgré un déroulement un peu prévisible et un scénario pas toujours très cohérent, ce métrage peu connu mérite d’être redécouvert par les nostalgiques du fantastique gothique européen des années ’60. Sans rivaliser avec les chefs d’œuvres du genre, Le château des morts-vivants se regarde avec plaisir et saura divertir les amateurs à condition qu’ils ne soient pas rebutés par son rythme un peu lent et son absence d’éléments réellement effrayant. En tout cas, encore une belle sortie à l’actif d’Artus !

CHRONIQUE DVD - Triangle

Always lost in the sea

Après une escale en terre médiévale (le récent Black Death), Christopher Smith revient à ses premières amours, et investit dans Triangle, le célèbre mythe des Bermudes. Par un après-midi ensoleillé, Greg convoque pour une expédition à bord de son yatch, ses amis de lycée et surtout Jess, mère célibataire d’un petit garçon autiste, et petite amie potentielle. Pris dans une tempête à la suite de laquelle leur bateau se renverse, isolée en pleine mer, la bande se voit contrainte d’accoster pour survivre à bord du premier navire venu. Etrangement désert et étrangement intemporel, le paquebot se révèle plutôt hostile à leur présence, et bientôt, un étrange tueur masqué se lance à leur poursuite.

Si Christopher Smith s’est déjà taillé une belle place dans les rangs des maîtres contemporains de l’horreur, il se lance avec Triangle un nouveau défi. Il s’agit pour le réalisateur de dépasser les codes du genre auquel il s’attaque, pour lorgner non pas du côté du croisement de genre (Severance) ou du fantastique (Creep), mais plutôt du côté casse gueule de l’expérimentation formelle. Indubitablement, c’est une soif de cinéma en tant que langage qui conduit le long métrage et en motive la mise en scène. Il y a d’abord les deux classiques auxquels le film se réfère sans cesse : le Shining de Kubrick, auquel Smith emprunte sa caméra flottante et ses décors, et La Dame de Shangaï de Welles dont les miroirs cultes de la scène finale sont ici un motif récurrent. Plus que de simples citations, ces fulgurances visuelles marquent surtout pour le cinéaste le coup d’envoi de ses propres recherches. C’est comme si, curieusement, elles servaient de justification au traitement de son histoire. Incontestablement en effet, c’est de son dispositif formel que Triangle tire sa plus grande force. Servi par un scénario d’une grande finesse, ce dernier permet dans un premier temps, l’esquisse d’un portrait de femme fragile, classique mais subtil, que le dénouement vient encore enrichir. Blonde et gracile, Jess est le relais dans l’image d’un point d’équilibre, un centre de gravité narratif, dont les traits lisses et naïfs ne vont cesser de se fissurer. La déconstruction de ce personnage vitrine – qui oscille sans cesse entre une extrême douceur et une extrême violence, entre culpabilité altruiste et égoïsme forcené - induit en creux la déconstruction formelle de Triangle : c’est parce qu’il s’attache à explorer les différentes strates de son héroïne que Christopher Smith peut ainsi ouvertement disséquer les principes qui fondent son film. Plus qu’un exercice de style alors, le jeu sur le montage et les boucles narratives successives font écho à la complexité de l’homme, au combat perpétuel qu’il doit mener contre lui-même pour finalement affronter ce qu’il est – et ce qu’il aurait aimé être. D’une grande intelligence dans sa deuxième partie, le film souffre cependant d’une mise en place laborieuse, dont les audaces visuelles pompeuses agacent prodigieusement et ce, malgré leur rachat final. S’il n’est donc pas dénué d’intérêt, Triangle est finalement victime de son propre vertige, et peine à se départir de ses références et de ses objectifs de mise en scène.

Boudé lors de sa sortie en salles en Angleterre, le film débarque chez nous en DTV, accompagné pour l’occasion d’un making-off d’une quarantaine de minutes, assez complet et fouillé, qui livre de nombreuses clefs de lecture, tant au sujet de la construction du film que sur sa genèse matérielle. Imparfait mais bourrés de qualité, prétentieux oui, mais d’une franchise et d’une authenticité certaines, Triangle a au moins le mérite de prendre des risques. A ne pas rater donc. Embarquement dès les 14 juin.

CHRONIQUE DVD - Ichi

Bien vu, l’aveugle

Non, vous n’avez pas la berlue. Le film s’appelle bien Ichi. Comme le film le plus connu de Takashi Miike, pourtant, outre son origine géographique, il ne partage pas grand-chose avec le métrage qui nous intéresse aujourd’hui. Ce Ichi (enfin cette, puisqu’il s’agit en fait d’une jeune demoiselle), est un film que l’on doit au réalisateur Fumihiko Sori qui s’était fait connaître grâce à l’excellent Ping Pong et l’animé Vexille. Il enchaine donc avec Ichi, film typiquement et intimement japonais puisqu’appartenant au genre phare du cinéma nippon : le chambara. Plus encore, le film est une variation autour du thème du bretteur aveugle, j’ai nommé Zatoichi. Sauf que cette fois Zatoichi a laissé la première moitié de son patronyme au vestiaire pour n’en conserver que les deux dernières syllabes. Ichi est une jeune musicienne itinérante aveugle et orpheline qui subsiste en jouant et chantant de village en village, d’auberge en auberge. Mais ces pérégrinations cachent un but tout autre : la jeune fille cherche à retrouver le maitre qui lui enseigné l’art du sabre et de la lame. Sa route va croiser celle de Toma, un ronin incapable de dégainer sa lame, l’ennemi juré du redoutable clan Banki.

Au premier abord on peut trouver cela étrange de faire d’un héros populaire de la culture japonaise une femme, vous imaginez vous Zorro ou Robin des Bois portant jupons et talons ? Et bien les nippons eux, s’affranchissent de ces apriori machistes. Pourtant, le chambara est avant tout un genre masculin même si de plus en plus, le genre tend à se féminiser sous l’égide de quelques jeunes réalisateurs pleins de ressources. On pense au Azumi de Kitamura par exemple. Exemple choisi à dessein (en un seul mot - ndlr) tant il parait évident que Sori s’est beaucoup inspiré du film de Kitamura pour monter son projet. L’ambiance et le feeling des deux films sont assez semblables même si Sori se passe volontiers des plans et des situations bigger than life d’Azumi afin d’adopter une approche plus réaliste et terre à terre de son histoire alternant entre action et émotion, l’intrigue étant entrecoupée de flashbacks faisant revivre le trauma de ses différents personnages afin de mieux les comprendre et donc de mieux s’y identifier. Les différentes motivations des différents acteurs (d’Ichi à Toma, son compagnon de route) sont déclinées, les deux héros gagnant de cette façon en épaisseur et en profondeur.

Le fond est finalement assez classique : l’histoire du héros handicapé et vengeur est un thème récurrent du chambara ou du wu-xia-pian chinois. La première originalité réside, comme souligné ci-dessus, dans le glissement sexuel du héros de légende, devenu ici féminin. Pour ce faire, le réalisateur a confié la lourde tâche de tenir le film sur ses épaules à la frêle mais convaincante Haruka Ayase, jeune comédienne de 25ans plus habituée des plateaux télés que des tournages de cinéma. Elle incarne Ichi avec conviction et livre une prestation correcte sans être inoubliable. Ses quelques approximations et son manque évident de compétences martiales sont largement compensés par sa beauté et sa prestance tout en retenue. On aurait aimé que Sori la mette plus en valeur d’ailleurs car pendant la seconde partie du film, elle s’éclipse pour céder sa place à Takao Oshawa qui s’illustrera dans un moment de bravoure. Mais rassurez-vous la belle Haruka revient pour le final.

Techniquement, le film est très propre et élégant, les compétences de Fummihiko Sori en matière de mise en scène ne sont plus à prouver. Il shoote son histoire avec sérieux et application même si on regrettera un manque de folie (le film sort assez rarement des clous) et de vrais moments « awesome ». On sent que le réalisateur, conscient du potentiel grand public de son film, cherche à ne pas faire de vagues et à ne froisser personne. Le principal reproche tient à la trop grande retenue de l’oeuvre, surtout lors des scènes d’action qui auraient gagné à être plus dynamiques afin de mettre plus en avant les chorégraphies de Hiroshi Kuze, un des collaborateurs du grand Akira Kurozawa. La photographie suit le rythme. Classique, propre, parfois très jolie, parfois trop timorée. Lors des scènes de combat encore une fois, une photographie plus contrastée ou « pop » aurait apporté le petit plus qui manque au film même si tout cela est composé par la b.o signée Lisa Gerrard qui évite soigneusement toutes les niaiseuses asiateries qui viennent souvent plomber ce genre de production. L’ex-chanteuse de Dead Can Dance amène une aura et un feeling mélancolique tout au long du film qui sied à merveille au personnage central, Ichi, et à l’histoire douce-amère racontée par Sori.

Ichi pèche par excès d’académisme. Bien réalisé, bien éclairé, bien joué mais classique, trop classique. Sori, en élève appliqué respecte à la lettre le cahier des charges stylistique mais oublie parfois la notion de fun et de divertissement qui aurait bien collé à l’ambiance du film (voir pour s’en convaincre, le Azumi de Kitamura avec sa pléthore de plans fous). Malgré ces défauts, le film se laisse voir sans problème et tient en haleine malgré quelques petites longueurs. Heureusement, le casting est là pour compenser car outre la très physiquement sympathique Haruha Ayase, on retrouve, et c’est toujours un plaisir Riki Takeuchi venu cabotiner et surtout Shido Nakamura qu’on a pu voir dans Les Trois Royaumes. Au final, Ichi est un divertissement très honnête, un peu trop formaté, qui plaira à tout le monde mais qui manque vraiment de folie et de personnalité que pour convaincre à 100%.

CHRONIQUE DVD - Voodoo man

Lugosi sur le déclin

Toute petite série B, Voodoo man provient de la fameuse société Monogram, un des piliers du cinéma à petit budget (en opposition aux grands studios, on les a surnommés la « Poverty Row »), actif de 1930 au début des années ’50. Inutile par conséquent d’espérer des moyens décents pour illustrer cette histoire réalisée par le redoutable William Beaudine. Surnommé « One Shot » pour son habitude de ne jamais refaire une deuxième prise, ce cinéaste débute en 1915, tourne quelques classiques muets avec Mary Pickford et poursuit sa carrière jusqu’à sa mort, en 1970. Bref, plus d’un demi-siècle au service du cinéma tendance bis, sa filmographie comptant plus de 350 titres dont la moitié de longs-métrages ! Ici, Beaudine dirige trois stars de l’épouvante de l’avant-guerre, à savoir George Zucco, John Carradine et, bien sûr, Bela Lugosi. Le premier a été vu, entre autre, dans trois épisodes de la saga « The Mummy » (La tombe de la momie, La main de la momie et Le fantôme de la momie), le second a joué plus de trois cents rôles, dont celui de Dracula (La maison de Dracula, La maison de Frankenstein). Lugosi, enfin, est déjà sur le déclin, étant passé du statut de star de l’horreur made in Universal avec Dracula à celui de « vedette invitée » dans Le fils de Frankenstein ou Le loup garou. Dès le début des années ‘40, l’acteur se voit contraint d’accepter des séries Z comme Ghost on the loose ou The ape man. Ed Wood n’est plus très loin…

L’intrigue de Voodoo man reprend un argument déjà vu et revu dans le fantastique de cette époque, à savoir les tentatives d’un savant, le docteur Marlowe, pour ramener à la vie son épouse décédée. Par un subtil dosage de science et de rituels vaudous, Marlowe espère puiser l’énergie vitale de jeunes demoiselles, enlevées par ses soins, afin de l’injecter dans le corps de sa femme.

Classique et emballé en moins de soixante minutes, Voodoo man tente d’apporter à une intrigue convenue quelques touches parodiques bienvenues. Ainsi, le héros se révèle un scénariste de film d’horreur à la recherche d’une bonne histoire qu’il finira, bien évidemment, par trouver de manière involontaire. Le clin d’œil est complet lors d’un final où le scribouillard suggère pour le rôle du méchant (incarné par Lugosi !) d’engager… Bela Lugosi. Un humour sympathique d’autant que les invraisemblances d’un script absolument délirant et dénué de toute crédibilité demandaient cette distanciation pour être acceptées des spectateurs. Difficile cependant de déterminer si ce côté parodique était complètement volontaire car, à ces quelques gags évidents, s’ajoute une série de scènes grotesques et outrées. Les performances de Zucco et Carradine, par exemple, sombrent dans le ridicule le plus achevé mais Lugosi, pour sa part, compose sérieusement son personnage et parvient même à rester relativement sobre.

Proposé par Artus dans le cadre d’un coffret intitulé « Bela Lugosi l’immortel », la copie offerte a malheureusement beaucoup souffert des ravages du temps : griffée, rayée, usée, l’image fait peine à voir et la bande son n’est guère moins à plaindre mais comme il s’agit de l’unique manière de déguster cette rareté on pardonnera (comme nous y invite un carton prégénérique) ces défaillances techniques pour nous concentrer sur le métrage lui-même.

Dans la masse des productions minimalistes des années ’40, Voodoo man reste divertissant, en raison de sa durée restreinte et de quelques velléités comiques rendant acceptable sa profonde absurdité. A réserver, toutefois aux fins gourmets.

CHRONIQUE DVD - Chaw

Chasse à l’homme

Si le savoir-faire de la Corée du Sud en matière de polar, de comédie romantique et de ghost movie n’est plus à prouver, niveau grosses gloumoutes et bestiasses enragées, ils sont un peu à la traîne. En effet, hormis The Host et le calamiteux D-War et contrairement à leurs voisins Japonais, les Coréens n’ont pas l’habitude de se lancer dans la production d’oeuvres mettant en scène des animaux et monstres en tout genre. C’est donc avec intérêt et curiosité que l’on attendait Chaw de Shin Jung-Won, réalisateur inconnu dans nos contrées puisqu’il n’a réalisé qu’un film avant celui-ci, le pourtant sympathique et décalé To Catch A Virgin Ghost. Mais ce qui nous titille les rétines, c’est la note d’intention du film présenté comme un « Dents de la Mer avec un sanglier enragé » ou les quelques images de la bête glanées par-ci par-là qui nous font espérer une version asiatique du Razorback de Russel Mulcahy. Deux énormes et excellentes références qui, on l’espère, ne seront pas handicapantes pour le film de Shin.

« Le village de Sa-mae-ri, en Corée du Sud, alors en plein émoi. Pas un crime depuis 10 ans, et, soudain, un corps retrouvé atrocement mutilé. Kim, un jeune policier, tout juste arrivé de Séoul mène l’enquête. Mais Chun, vieux chasseur expérimenté, est convaincu que la victime n’a pas été agressée par un homme mais par un animal d’une incroyable férocité. Un commando de cinq personnes se lance sur les traces de la bête.  » Voilà un pitch classique mais potentiellement jouissif puisqu’on y retrouve des éléments de The Host, de Predator et de Razorback. On remarque tout de suite que la personnalité du réalisateur imprègne le film qui navigue sans cesse entre les ambiances et les humeurs un peu comme…The Host, modèle affiché par Chaw dès les premières minutes puisqu’outre, la bête, on y retrouve des personnages bras cassés, voire totalement abrutis, des situations décalées et des changements de tons constants. Néanmoins, le film de Shin n’est pas taillé dans le même bois que celui de Bong Joon-ho. Toutefois, sans être transcendant, il s’affirme comme un agréable divertissement gentiment horrifique.

Les intentions du réalisateur sont un peu floues car, sous ses atours de film de genre, Chaw s’impose un peu comme une étude de personnages se révélant chacun autour d’une situation inhabituelle : un gros sanglier ravage un village tout entier. Shin n’a pas pour but de créer un film horrifique, une comédie, un survival animalier sans concessions ni un thriller mais de mixer les styles pour faire un peu tout ça à la fois ce qui en fait la qualité première et le principal défaut du film. En effet, dès l’ouverture, on passe sans transition d’un montage montrant des scènes de chasse et de mise à mort d’animaux (assez soft, je rassure les âmes sensibles) à un enchainement de plans absurdes et non-sensiques plaçant le film sur les rails de la comédie burlesque. Spécificité coréenne, dont on à maintenant l’habitude, les policiers et représentants de l’ordre en général sont ici encore totalement stupides, dénués du moindre sens de la déduction et de la dérision. Les Coréens ont vraiment un problème avec leur police vu la façon peu reluisante dont elle est présentée dans la majorité de leurs films. Ces ruptures de tons, très bien interprétées par un casting solide, sont parfois déstabilisantes pour le spectateur qui ne sait pas trop sur quel pied danser et passe sans transition du sourire à l’indifférence, en passant par la tension et parfois aussi, l’ennui. Shin ne parvenant pas toujours à passer d’une ambiance à l’autre avec la facilité et la maestria d’un Bong. Malgré cela, la mise en scène est correcte, propre et par moments vraiment efficace à défaut d’être novatrice.

Le réalisateur adopte la technique éprouvée du « less is more » en cachant sa bête le plus longtemps possible afin de décupler l’impact de son apparition plein champ. A ce titre, les premières séquences d’attaque sont des décalques des Dents De La Mer avec le corps de la victime attiré et dévoré par un monstre imaginaire bien camouflé par le hors-champ. Chaw met bien en valeur son méchant cochon sauvage dont la taille varie en fonction des scènes, un peu comme les méchants dans les mangas Hokuto No Ken. Le film prend un peu de temps pour démarrer et la présentation des différents personnages est assez mal rythmée. Une fois le commando composé, le métrage trouve son rythme de croisière et emmène le spectateur dans une chasse au sanglier à la fois drôle et empreinte d’une jolie tension lors de certaines séquences. Un film qui sans être ultime ni se poser comme la nouvelle référence du genre « attaque animalière » aborde le style sous un angle original, très influencé par le cinéma de Bong Joon-ho, et possède, de fait, un fort capital sympathie.

Sortie dans les bacs le 5 juillet

CHRONIQUE DVD - The walking dead

World war Z

Deux ans après la très britannique et très réussie mini-série Dead Set, les zombies investissent les petits écrans des télés américaines avec l’adaptation du comic culte de Robert Kirkman et Tony Moore, The Walking Dead. Initiée par Frank Darabont, à qui on doit entres autres La Ligne Verte (2000) et Les Evadés (1995) et déclinée en 6 épisodes de 43 minutes, la série, à la manière d’un Hellsings, s’affranchit cependant assez vite de la BD dont elle est issue pour investir son propre univers et tisser ses propres enjeux.

Tout commence classiquement par une citation du 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle (2002). Rick Grimms, un flic dans le coma, se réveille à l’hôpital et s’aperçoit que la petite ville de banlieue dans laquelle il officiait est tombée aux moins poisseuses et noires des morts-vivants. Il part alors à la recherche de sa famille et de son meilleur ami, disparus, et les retrouve à Atlanta, alors qu’ils se sont réfugiés avec un autre groupe de survivants à la périphérie de la métropole tombée en ruines après l’invasion des zombies. S’engage alors une lutte pour la survie pleine de menaces, de sangs, de têtes qui volent et de gangrène.

Le cinéma aime les zombies, et pas seulement parce qu’ils offrent souvent prétexte à de vraies fulgurances visuelles. La décomposition du corps humain en appelle bien souvent à quelque chose de plus grand, à savoir la décomposition de l’espace. En investissant, comme autant de places fortes, les différents lieux caractéristiques de la société américaine (la route, la voiture, les centres commerciaux…), en transformant ces espaces quotidiens en espaces de survie, le film de zombies raconte, élargit, vrille, au-delà de son statut de survival horror, le mythe de la frontière cher aux USA. Le pays, qui s’est construit à la force de son sang et de celui des autochtones, trouve dans ce rapport à l’espace son essence même, et l’ancre très vite dans son cinéma par le biais de deux genres phares ultra politisés : le western d’abord, la science-fiction ensuite. Dans les deux cas, il s’agit ici de conquérir par l’image un nouveau territoire, intérieur pour le western, extérieur pour la SF. En termes de cinéma, c’est faire du hors champs partie intégrante du champ, pour donner naissance à une nouvelle image, et donc à une nouvelle Amérique, plus forte parce que plus grande. Ce rapport de force entre visible et invisible, entre espace civilisé et wilderness, implose dans les années 70 avec la mort des studios, la mort de Kennedy et la guerre du Vietnam, soulevant ainsi de nouvelles questions : que faire quand ce n’est plus le territoire de l’Autre qu’il faut conquérir et civiliser, mais le sien ? Que faire quand le hors champs dégueule et contamine le champ ? La réponse à cette nouvelle « fiction de l’empoisonnement » (JB Thoret) est fulgurante : il faut purger, détruire, puis reconquérir. C’est, bien entendu, ce qu’illustre en creux le fameux Night Of The Living Dead (1970) du maitre absolu du genre, G.A. Romero.

Ce que les zombies supposent en termes de rapport à l’espace et à l’Autre n’a pas échappé à Frank Darabont, qui signe un premier épisode grandiose. Deux séquences sont ici à retenir, qui prouvent la grande intelligence de traitement du réalisateur. Le réveil de Rick à l’hôpital, d’abord, qui en remontant un couloir tombe sur une double porte cadenassée sur laquelle on lit : « Don’t Open. Dead Inside ». La porte tremble et une main verdâtre se fraye un chemin dans l’interstice noir laissé par les deux battants. Dans cette scène, se dessine le premier axe d’analyse du genre : la contamination du champ par le hors champs inscrit ici l’imminence, pour les cauchemars et les démons de l’Amérique, d’une victoire (une vraie place dans l’image), l’emprise du mal absolu (la mort, les zombies) sur le bien (l’hôpital, la civilisation donc), et justifie ainsi, en termes cinématographiques, la fuite en avant de Rick : ce que les morts lui ont pris (sa vie, sa famille, sa maison, bref son espace), le policier, figure absolue de l’ordre, doit le reconquérir. C’est littéralement ce qu’il part faire en voiture, puis à cheval, et c’est là une idée de génie de la part de Darabont que de faire de ce mec paumé en uniforme un nouveau cow-boy. La fulgurance des dix minutes d’errance de Rick, cavalier de l’apocalypse, dans une Atlanta déserte traduisent un rapport au genre à et ses enjeux d’une extrême virtuosité, et d’une extrême justesse. Dans cette irruption fugace du western dans l’horreur réside la force de la catabase du héros : cette Amérique malade et venimeuse est la mienne, semble-t-il dire, et je dois la soigner.

Pour autant, les 5 épisodes suivants échouent justement là où l’ouverture de la série et le comics de Kirkman avaient réussi : dans la traduction par l’image d’enjeux véritables. Si le premier épisode s’attachait à dépeindre ce que l’invasion de zombies supposait en termes de cinéma, la suite de la série passe à côté de la seconde ligne d’analyse induite par le genre, à savoir le rapport à l’Autre. Là où Robert Kirkman travaillait ses personnages en profondeur pour laisser poindre sur les planches leur profonde humanité, la force de leur désespoir, le poison de la folie, de la rancœur ou de la culpabilité, bref, là où il était nécessaire que l’homme, cette grande figure malade, vienne manger l’écran, le salir de toute sa métaphysique et de toute l’organicité de ses sentiments, la série cède aux facilités de la caractérisation grossière et du manichéisme. Ce sont en somme, les relations de Lorie (pourtant fragile Sarah Wayne Callis) avec Shane (John Bernthal), ou l’arrivée de nouveaux personnages, Daryl et son frère Merle, rednecks élevés au fusil de chasse et à la bière, menace intérieure trop évidente, dont il est question ici. C’est précisément dans l’introduction de ces personnages de « méchants survivants » que réside en partie l’échec de la suite de The Walking Dead : dans le comics, l’équilibre déjà chancelant du groupe se trouvait également menacé, mais par la figure du meilleur ami, Shane donc, le premier leader et héros de Rick. C’était, pour l’auteur, postuler que, dans cet ersazt de civilisation et d’humanité retrouvée, sommeillait déjà la gangrène, et par là même, l’impossibilité pour toute forme d’innocence de subsister (cf. la fin du tome 1). Avec les figures de Daryl et Merle, la série s’affranchit du pessimisme fondamental de la Bd, et perd en consistance. Il ne s’agit plus de mettre en scène la fragilité des rapports humains, mais de faire de ces mêmes rapports humains un prétexte à la violence et à l’esbroufe visuelle. Le grotesque du final est à ce sujet assez révélateur. L’artificialité de la caractérisation des personnages et de leurs relations (la palme au triangle Shane/Rick/Lorie, mais on peut aussi s’insurger contre le traitement réservé à Andrea) condamne donc The Walking Dead en l’asphyxiant, et l’écrasant dans la petitesse des gros plans dans lesquels la série se complait, au détriment des espaces immenses et magnifiques qu’avaient ouvert Frank Darabont dans le premier épisode.

Les fans absolus du genre se consoleront avec les zombies, bluffants, et une édition Blueray/DVD des plus convaincantes, dans laquelle on retrouve un making-of assez complet d’une trentaine de minutes, un focus sur l’intrigue et les enjeux de chaque épisode et une interview de Robert Kirkman, producteur exécutif. Au programme également, les traditionnelles scènes coupées et un documentaire spécial sur le maquillage zombie pour être la plus belle pour aller danser.

Rendez-vous en enfer dès le 05 juillet.

CHRONIQUE DVD - Le mystérieux Mr Wong

Péril jaune de pacotille

Réalisé au milieu des années ’30 et parfois classifié comme un « film d’épouvante », Le mystérieux Mr Wong appartient surtout à cette vague, fructueuse durant l’entre deux Guerres, de métrage destinés à alerter les Américains contre le Péril Jaune naissant.

Un diabolique chef de la pègre chinoise, Mr Wong, tente de réunir les légendaires douze pièces d’or ayant jadis appartenu à Confucius et qui apportent, parait-il, la richesse et la puissance à leur possesseur. Le journaliste Jason Barton croise le chemin du Chinois et aura fort à faire pour rester en vie…

Devenu star suite au triomphe de Dracula, Bela Lugosi se trouve, déjà en 1934, sur une pente descendante qui explique sa participation, probablement purement mercantile, à cette pathétique série B. Dans le rôle d’un Chinois avide de pouvoir, l’acteur, grimé piteusement, ne se départit même pas de son accent hongrois incongru mais garde par contre les yeux plissés pour tenter de donner le change. Peine perdue, Lugosi ne parvient jamais à rendre crédible cet ersatz de Fu Manchu réduit à élaborer de bien minables plans de conquêtes dans des décors minimalistes. Peu réputée pour les moyens investis dans ses productions, la Monogram se montre, en effet, plus pingre que jamais et limite au maximum la dépense, donnant au métrage un côté fauché exaspérant. Une consigne d’économie sans doute également suivie par le réalisateur William Nigh, lequel explose les limites de la paresse en se contentant de poser sa caméra et d’enregistrer mollement « l’action ». Aucune tentative de mise en scène, aucune innovation, aucun élément visant à donner ne serait ce qu’un semblant de rythme à ce Mystérieux Mr Wong ne seront tenté par Nigh, lequel dirigea pourtant plus de 120 films en trente-cinq ans de carrière, dont plusieurs épisodes d’une saga (sans lien avec le titre qui nous occupe) dans lequel Boris Karloff incarne un autre Mr Wong.

Suggérée par une nouvelle de Harry Stephen Keeler, l’intrigue, pour sa part, se limite à une succession de rebondissements sans imagination qui essayent, dans leurs meilleurs moments, de singer le serial alors en vogue. Confiné sur une petite heure (ce qui est bien suffisant !), le scénario ne se développe jamais et s’attarde longuement sur des séquences insignifiantes en éludant, par contre, d’autres aspects plus intéressants. Ponctué de passages humoristiques (le plus souvent involontairement) et d’une attitude méprisante envers les Orientaux (comme en témoigne la pénible scène située dans un restaurant de Chinatown), Le mystérieux Mr Wong file droit vers un final bâclé rendu possible par l’irruption inopinée des « gentils », lesquels débusquent l’infâme Wong suite à un concours de circonstances aberrant et, on l’espère, volontairement stupide.

Très plat, Le mystérieux Mr Wong s’adresse essentiellement aux inconditionnels de Bela Lugosi, lesquels seront ravis de le retrouver dans une interprétation très cabotine et ridicule mais, parfois, amusante. Il s’agit probablement là du seul intérêt de ce métrage de série…

CHRONIQUE DVD - White zombie

L’origine du mythe

Intéressant classique de l’âge d’or, White zombie met en scène des zombies soumis au pouvoir du vaudou, une option « réaliste » ensuite oubliée au profit des morts vivants anthropophages lancés par La nuit des morts-vivants et ses dérivés.

Couple nouvellement marié, Neil et Madeleine passent à Haïti leur voyage de noces, invités par Charles Beaumont. Ce dernier, épris de Madeleine, imagine un plan macabre pour conquérir la jeune femme et sollicite l’aide de Murder Legendre, un initié Vaudou. Beaumont souhaite « assassiner » Madeleine à l’aide d’une drogue en apparence mortelle avant de la ramener à la vie via les pouvoirs du vaudou…mais la ressuscitée n’est plus qu’une poupée vide.

En dépit de son grand âge, White zombie demeure une des plus convaincantes illustrations des pouvoirs du Vaudou, plus tard illustrés par deux métrages aussi efficaces que méconnus : L’invasion des morts-vivants et L’emprise des ténèbres.

Tourné en onze jours pour un budget ridicule, White zombie met en vedette Bela Lugosi, acteur alors auréolé d’une gloire consécutive à son interprétation de Dracula dans le film homonyme de Tod Browning. Dans le rôle de Murder (sic !), le Hongrois compose un personnage de méchant diabolique du plus bel effet et parvient à ne pas trop verser dans le cabotinage. Lugosi livre ici une de ses plus mémorables performances et reste l’attraction principale de ce White zombie. A ses côtés, le reste du casting souffre, par contre, d’une pâleur parfois catastrophique, peu aidé par un manque de caractérisation préjudiciable. Ainsi Marge Bellamy, dans le rôle de la désirable Madeleine, passe l’essentiel du film les yeux dans le vague et son amoureux, joué par John Harron, ne semble guère plus concerné.

Si le manque de budget se marque dans des décors très artificiels, ceux-ci parviennent, paradoxalement, à conférer un charme indéniable au métrage, baigné dans une atmosphère onirique prenante. Malheureusement, les moyens restreints dont dispose le cinéaste se ressentent également dans une mise en scène paresseuse qui abuse d’effets faciles (les yeux en surimpression, les images qui s’ouvrent et se ferment de manière incongrue,…) et manque fortement de tonus. Pas très doué, Victor Halperin se soucie peu de bouger sa caméra et d’offrir au métrage le moindre mouvement, préférant se focaliser sur la création d’une suite de tableaux figés plus ou moins convaincants. Certains plans acquièrent ainsi une puissance évocatrice indéniable en exposant des décors sinistres ou des figurants inquiétant mais, hélas, les moments plus mélodramatiques, déjà peu intéressants, souffrent d’une piètre illustration et paraissent désespérément statiques.

Enfin, White zombie doit se contenter d’une musique pas vraiment appropriée et fatigante, laquelle envahit l’espace et laisse peu de place aux effets sonores, pourtant plus intéressants, ou, au contraire, disparaît lorsque les images demandent un accompagnement mélodique approprié.

Ces faiblesses empêchent le film de prendre sa place auprès des grands chefs d’œuvres de l’épouvante des années ’30 mais l’intrigue, originale et bien menée, se suit cependant avec grand plaisir et suffit à rende le métrage appréciable. Un bel effort est d’ailleurs fourni pour inscrire le récit dans un contexte « authentique », en citant, par exemple, des articles de loi haïtienne traitant du problème de la « zombification » d’innocents par les pouvoirs magiques du vaudou. Des qualités totalement oubliées par Victor Halperin dans Revolt of the zombies, une séquelle de sinistre mémoire sortie en 1936.

Dominé par l’interprétation de Lugosi, White zombie, inscrit dans l’Histoire du Cinéma comme le premier « zombie movie », s’avère une redécouverte plaisante pour les nostalgiques. Son scénario habile, ponctué de quelques scènes au climat macabre efficient, compense, au final, une mise en scène laborieuse et des seconds rôles au jeu médiocre. Bref, une œuvre estimable à l’indéniable importance historique.

CHRONIQUE DVD - Heartless

Jamie Morgans végète dans les quartiers londoniens où il survit dans un climat d’ultra-violence et de préjugés. C’est que les immenses taches de naissance qui ornent son visage ne favorisent pas les rapports sociaux, même dans le milieu de la photographie dans lequel il bosse et qui lui permet de côtoyer des jolis mannequins courtement vêtues. Déjà torturé dans son for intérieur, Jamie a fort à faire avec le monde extérieur qui se dégrade doucement et sombre sous les coups de boutoir et de cocktails Molotov d’une bande de créatures démoniaques encapuchonnées qui font trembler la cité de nuit. Quand ceux-ci viennent trucider la mère de Jamie sous ses propres yeux, il décide de prendre armes et de se venger des monstres nocturnes...

Quand certains enfilent tournage sur tournage, Philip Ridley, de son côté, sort un film tous les sept ans en moyenne. Depuis The passion of Darly noon, quinze ans se sont écoulés, un laps nécessaire pour permettre au cinéaste d’amorcer son exode rural et cinématographique. Profondément urbain, Heartless explore les bas-fonds de Londres où règne une criminalité qui s’est insidieusement installée au coeur de la capitale. Climat d’insécurité (le tenancier de l’épicerie du coin conserve dans sa cave un impressionnant stock d’armes) relayé par des médias alarmistes qui ne cessent de mettre en exergue les exactions quotidiennes d’une bande de criminels masqués. "Les morts ont leurs artères", souligne Clive Barker dans ses Livres de sang. "Elles défilent, infaillibles alignements de trains fantômes, de rames de rêve, à travers la désolation qui s’étend derrière nos vies, portant un trafic éternel d’âmes envolées. Elles ont leurs panneaux de signalisation, ces artères, et leurs ponts et leurs aires de repos. Elles ont leurs carrefours et leurs croisements." La filiation entre le métrage de Ridley et l’univers du romancier est on ne peut plus claire, Ridley puisant çà et là au sein de l’oeuvre barkerienne pour échafauder son scénario.

Jamie se terre derrière son appareil photo pour déformer à sa sauce la réalité (à la manière de Leon dans la nouvelle Midnight meat train) tandis que le monde qui le refuse se voit peu à peu gangréné par le culte de la violence et de la souffrance. Pour accéder à cet univers étranger, le héros n’a d’autre choix que de conclure un pacte avec Papa B, émanation démoniaque, qui lui promet en échange de l’alléger de son fardeau physique en faisant disparaître ses taches de naissance. Cette accession à la vie normalisée passe par un stade de souffrance (à la manière d’Hellraiser, version modernisée du mythe de Faust) et implique en retour une entière dévotion à l’être amoral avec lequel Jamie a pactisé. En recourant à une sorte d’hérocentrisme - voire ontocentrisme - continuel, Ridley donne davantage de profondeur à son intrigue et dote son sujet (magistralement campé par l’excellent Jim Sturgess) d’une véritable épaisseur physique comme psychologique.

Avec Heartless, Ridley crée une oeuvre efficace, à la croisée du film d’auteur et d’horreur. Le métrage, qui se situe à la lisière de plusieurs genres, se montre aussi convaincant dans ses peintures psychologiques (la capuche et le faciès de Jamie en font-ils un alter ego des monstres de la rue ?) que dans ses descriptions de la folie (très proches de L’échelle de Jacob dans leur facture formelle).

Le film, édité par Free Dolphin, est actuellement dans les bacs...

CHRONIQUE DTV - The killing kind

Serial killer au quotidien

Réalisé en 1973, The Killing Kind, en dépit d’un titre choc et d’une affiche prometteuse assortie d’un slogan mémorable (« il les aime toutes…mais mortes ») se rapproche plus du drame psychologique que de l’horreur proprement dite.
L’intrigue, elle, se situe dans la continuité de classiques comme Psychose ou Le voyeur et se place résolument du côté d’un meurtrier dont nous suivons le quotidien, dans toute sa banalité quotidienne. Une manière non spectaculaire et intimiste d’étudier la psyché criminelle qui anticipe également sur des titres comme Maniac, Fondu au noir ou Pyromaniac.

Le jeune Terry Lambert participe, contraint par ses amis, à un viol collectif et se voit enfermé deux années derrière les barreaux. A sa sortie, il retrouve sa mère, Thelma, directrice d’une pension qui, pour subsister, loue quelques chambres, généralement à des personnes âgées. Tandis qu’une certaine Lori se sent attirée par Terry, celui-ci développe un comportement de plus en plus instable et violent. Décidé à se venger de la jeune fille dont le témoignage l’a jadis conduit en prison, Terry la retrouve et la supprime en maquillant le meurtre en accident. Peu après, il s’occupe de l’avocate responsable de sa condamnation et, une fois encore, déguise le crime mais parait de plus en plus instable et incapable de se contrôler…

Défendu par des critiques comme Bertrand Tavernier, Curtis Harrington était un cinéaste méconnu et un cinéphile passionné qui débuta sa carrière par une série de court-métrages expérimentaux. Son premier long, Night tide, sort en 1961 et récolte de bons échos, mais la suite de sa carrière prend un virage surprenant et loin du « cinéma d’auteur ». Il participe ainsi à deux remontages de films de science-fiction soviétiques qui, transformés pour le marché occidental, deviennent les très bis Voyage sur la planète préhistorique et Queen of blood. Au début des seventies, Harrington livre coup sur coup deux véhicules pour stars vieillissantes : What’s the matter with Helen ? et Mais qui a tue tante Roo ?, tous deux bien sûr inspiré par le classique Mais qu’est il arrive a Baby Jane ? de Robert Aldrich. Après The Killing Kind, le cinéaste travaille essentiellement à la télévision, souvent dans le domaine de l’horreur (La révolte des abeilles, The dead don’t die, The cat creature) puis signe de nombreux épisodes de série télé. Il ne revient aux grands écrans qu’épisodiquement (Ruby, Mata Hari) et décède finalement en 2007.

Interprété par le tout jeune John Savage (Voyage au bout de l’enfer, Le parrain 3), opposé à la star vieillissante Ann Sothern (laquelle a débuté au milieu des années ’30), The Killing Kind se veut surtout l’étude psychologique d’une relation dysfonctionnelle entre un homme d’une vingtaine d’années sexuellement frustré et sa mère, peut-être incestueuse. Dans ce climat trouble mais jamais réellement explicite, nous suivons le quotidien de Terry, lequel développe une haine des femmes qu’il tente de réprimer en torturant des animaux ou en jouant maladroitement sur sa guitare sèche. Le jeune homme se prétend d’ailleurs auteur, compositeur et interprète et rêve mollement d’une carrière de chanteur mais, comme le remarque une jeune femme, il se contente de gratouiller les mêmes accords et n’a jamais composé la moindre chanson.
Des personnages secondaires se manifestent également, en particulier une voisine, fille de bonne famille, qui fascinée par le passé criminel de cet ancien violeur entame avec lui une relation ambiguë mais platonique. Malheureusement, le long-métrage ne décolle jamais et même si Harrington essaie de lui donner un semblant de tension tout cela reste confondant de platitude.

Languissant, The Killing Kind étire laborieusement sa maigre intrigue, ponctuée de rares scènes de meurtre sans grand intérêt ni suspense. En dépit de rares passages plus convaincants et d’un clin d’œil à Hitchcock via le verre de lait emprunté à Soupçons, la sauce ne prend jamais et peine à maintenir l’attention. Le film, au rythme anémique, se dirige lentement vers sa conclusion, pas très convaincante même si voulue « dépressive » et sombre.

Curiosité négligée, The Killing Kind ne mérite pas vraiment de sortir de l’oubli mais sa sortie en dvd, inespérée pour les amateurs de Curtis Harrington, reste courageuse et invite au respect pour les défricheurs d’Artus Films.

CHRONIQUE DVD - Prime cut

L’humour aux trousses

Réalisé en 1972 par Michael Ritchie, alors considéré comme un grand espoir du Septième Art (la suite de sa carrière, qui passe par Golden child et Autant en emporte fletch viendra, hélas, démentir cette assertion), Prime cut (alias Carnage) est un long-métrage étrange et singulier, plus surprenant que totalement convaincant mais dont la vision reste, quatre décennies plus tard, largement conseillée. Son scénario, assez basique dans ces grandes lignes, reprend un schéma classique de la série B américaine mais y ajoute des scènes décalées, tour à tour humoristiques, délirantes, violentes, malsaines ou proches du Grand-Guignol. Un cocktail pas toujours aisé à avaler pour un public avide de cloisonnement (est-ce un polar ? Une comédie noire ?) mais cependant suffisamment original pour contenter l’amateur de curiosités.

Nick, un dur à cuire de la mafia de Chicago (Lee Marvin, impeccable), est envoyé à Kansas City pour récupérer les 500 000 dollars « empruntés » par le caïd local, Mary Ann (Gene Hackman). Ce-dernier, en compagnie de son frère Weenie, pratique l’élevage intensif de jeunes filles destinées à alimenter les réseaux de prostitution et utilise comme couverture un abattoir, lequel s’avère bien pratique pour transformer en saucisse ses ennemis. Nick et trois gangsters débarquent à Kansas City, sauvent une prostituée nommée Poppy (Sissy Spacek) de la drogue et réclament leur dû à un Mary Ann peu coopératif. Pour compléter encore une situation potentiellement explosive, Clarabelle, devenue la femme de Mary Ann, renouerait bien avec son ancien amant, Nick.

Débutant par une scène dans un abattoir montrant de la viande (on apprend par la suite qu’il s’agit d’un être humain) transformée en saucisse, Prime cut se poursuit par une série de vignettes qui tranchent parfois avec le ton général, plutôt morbide, du long-métrage. Nous visitons, par exemple, une foire agricole peuplée de rednecks sudistes bas du front dont les divertissements vont du concours du meilleur lait à celui du meilleur barbecue en passant par le tir aux dindons. Dans cet environnement quasi surréaliste, proche d’un Délivrance (ou même, pour les plus bisseux, de 2000 Maniacs) un couple mal assorti (un tueur granitique avare en paroles et une jeune fille forcée à la prostitution) fuit les hommes du boss local de la pègre sous les applaudissements des ruraux parmi lesquels on trouve, en vrac, bouseux, gamins et représentants de l’ordre. La poursuite se prolonge dans un champ de blé magnifiquement cadré par un scope majestueux et s’interrompt pour quelques secondes apaisées et bucoliques, pratiquement hors du temps, en plans très larges. Ensuite, le facétieux Michael Ritchie parodie Hitchcock et envoie aux trousses de ses fugitifs une énorme moissonneuse batteuse que des cadrages agressifs transforment en véritable monstre douée d’une vie propre. Le cinéaste place sa caméra derrière les immenses « mâchoires » de l’outil et filme longuement la destruction d’une voiture, littéralement dévorée par le métal. D’autres scènes alternent encore l’humour, l’horrible et la fantaisie avec une verve réjouissante et une liberté de ton devenue rare aujourd’hui. Michael Ritchie explore, par exemple, une ferme où des jeunes vierges sont élevées comme du bétail avant d’être vendues sur le marché de la prostitution pour vingt dollars le kilo. Lee Marvin, impassible mais habité d’un code de l’honneur personnel, sauve l’une d’elles et la traite avec respect tout en l’exhibant, affublée d’une robe transparente, dans un restaurant huppé. Une scène incongrue dans laquelle le comique se teinte d’une véritable émotion mais aussi d’une pointe de malaise. Prime cut se permet, ainsi, de nombreux passages qui partent en vrille et jouent des codes du film noir pour les détourner avec virulence (Marvin se rend sur le bateau de son ancienne maîtresse, devenue la régulière de son ennemi, et détache les amarres pour la renvoyer d’où elle vient, au fin fond du Missouri). Le rythme lent, fait de cassures et de changements de ton déstabilisant, de la première heure s’accélère cependant lors d’un climax attendu au cours duquel les gangsters de Chicago rencontrent leurs homologues de Kansas City pour un règlement de comptes nihilistes dans la tradition du western. Un « gunfight » qui rappele le cinéma de Sam Peckinpah et, en particuliers, La horde sauvage. Une fois encore, Ritchie mêle violence, tragédie et humour absurde lors de moments irréels, le méchant essayant, par exemple, de poignarder Lee Marvin à coup de…saucisse !

A l’image de son intrigue lâche et ponctuée de moments déjantée, la mise en scène de Prime cut passe de plans majestueux (comme ce ciel orageux absolument superbe qui annonce la venue des « cavaliers de l’apocalypse » menés par Marvin) à d’autres tournés à l’arrache mais portés par une énergie typique à la série B. En dépit du remontage du film contre la volonté de Ritchie, Prime cut demeure maîtrisée et réalisé avec suffisamment de panache et de rugosité pour contenter les amateurs de polar burnés.

Prime cut n’atteint pas toujours sa cible (on ne rit pas à certains gags et on sourit devant des passages voulus sérieux) et parait parfois foutraque dans ses dérapages et ruptures de ton mais reste, en dépit de ses défauts (et un peu grâce à eux), une pièce de cinéma semblable à nulle autre.

Evoquant John Boorman (Le Point de non retour) et Sam Peckinpah, parodiant Hitchcock (La mort aux trousses) et annonçant même Tobe Hooper (les rednecks auraient pu figurer dans les deux premiers Massacre à la tronçonneuse), le film de Ritchie frôle, par ses outrances, le statut de cult-movie et mérite donc une redécouverte attentive pour les cinéphiles curieux.

En bonus d’un dvd très joliment remasterisé et aux images magnifiques, Carlotta propose un entretien d’une vingtaine de minutes entre le « cinéphile professionnel » Jean-Pierre Dionnet et le réalisateur Frédéric Schoendoerffer. Ce document, intitulé « A la croisée des chemins » évoque la place particulière d’un film se situant, selon eux, entre le cinéma hollywoodien classique et le Nouvel Hollywood. Les propos échangés sont d’un intérêt variables (Schoendoerffer ne peut s’empêcher de placer le terme si à la mode et trop galvaudé de nanar pour qualifier certaines scènes !) mais remettent le long-métrage en perspective et le bonus mérite donc une vision, ce qui, à l’heure des documents promotionnels formatés, mérite d’être souligné.

CHRONIQUE DVD - Ice Quake

Arctic navet

Grand coutumier des films et téléfilms catastrophes, Paul Ziller nous revient cette année avec, une fois n’est pas coutume, un nouveau film catastrophe, Ice Quake, l’histoire mille fois vue d’une famille aux prises avec la nature, la science et la morale américaine bien-pensante.

Que dire de Ice Quake à part qu’il ne fera pas date dans les rayons navets des vidéothèques, qu’il n’est même pas assez drôle pour passer à la postérité chez Nanardland et qu’il n’est pas non plus assez mauvais pour vraiment mettre son éventuel public en colère ? Paul Ziller signe ici un film transparent et vain, un film dont la bêtise ne trouvera écho que dans l’indifférence générale, un film dont personne n’aura jamais rien à foutre.

C’est le point de départ déjà, qui condamne le long métrage. En Alaska, Michael Webster, un géologue que l’on veut nous faire croire assez doué dans son métier est averti par son boss, un grand militaire chauve, qu’un immense tremblement de terre menace la ville, pour des raisons un peu floues vu que les deux scientifiques qu’il a envoyé récolter des informations ont disparu en pleine montagne. Avec en sa possession cette information classée top secrète, Michael décide finalement qu’il fuck les potentielles avalanches et emmène toute sa famille (sa femme et ses deux enfants donc) faire une grande randonnée pour aller couper un sapin et ainsi décorer la maison pour les fêtes de noël. Forcément, l’expédition tourne très mal, et le géologue est très étonné et bien embêté. La profonde stupidité de cette situation initiale suffit en elle-même à priver le film de toute possibilité de décollage, mais c’est sans compter sur les embryons d’ambitions du réalisateur et les effets spéciaux désastreux pour faire passer le niveau du film sous le ground 0.

Techniquement d’abord, Ice Quake brille par sa totale absence de mise en scène ou de dramatisation des situations, ainsi que par la laideur de ses effets, dignes seulement d’un téléfilm NT1, et que le visuel 3D relief annoncé sur le DVD ne vient pas franchement sauver du naufrage. Cependant, la véritable blague est ailleurs, derrière la glorification du militaire, derrière la morale écolo cheap et clichée. C’est que, Paul Ziller, dans un sursaut d’inconscience sûrement, entend faire du tremblement de terre, de toutes ces failles et autres chutes de neige, l’incarnation dans l’image du malaise, du déséquilibre qui menace la famille du héros, dévoué à son travail et à sa passion, au détriment de sa vie personnelle. Vous allez dire que c’est aller un peu loin. Et pourtant, la preuve en est que la première secousse sismique survient au détour d’un petit déjeuner un poil houleux durant lequel Emily, la femme de Michael, s’insurge contre le fait que son mari puisse concevoir d’aller au bureau pendant son jour de repos alors qu’ils n’ont même pas de sapin pour noël – quel indigne époux ! A partir de ce point, les parallèles grotesques se multiplient et la ridicule expédition des parents et de leurs enfants en montagne devient la métaphore d’une purge, la quête d’un Graal merdique (le sapin de noël) censé ramener la paix, la prospérité, l’équilibre. A cette personnification débile des conflits internes auxquels toutes les familles américaines respectables sont exposées, viennent s’ajouter tous les clichés possibles et inimaginables, du marginal révélateur de vérité (le savant fou) au petit garçon sage et discret, figure absolue de l’innocence, que son respect pour la nature et sa puissance viendra finalement sauver du massacre.

Pressé par Ico Vidéo et servi par une édition dvd à sa hauteur (pas de bonus sinon quelques bandes-annonces, et finalement ce n’est pas très grave) qui mise clairement sur son soi-disant rendu 3D, Ice Quake se regarde et s’oublie comme une blague carambar.

Sortie le 13 septembre dans les bacs.

CHRONIQUE BLU-RAY - Sanctum 3D

Unlucky Explorers

Rattrapage en Blu-ray du peu marquant Sanctum 3D (2011), chapeauté par le grand manitou James Cameron (Terminator - opus 1 & 2, Titanic, Avatar), officiant ici en tant que producteur exécutif, et réalisé par le « newcomer » Alister Grierson (les courts-métrages Bomb et Behind the Plastic Bubble, le film de guerre Kokoda). Le film nous relate les mésaventures d’une expédition spéléologique s’attaquant à la découverte d’une grotte, territoire vierge recelant nombre de dangers. Les forces de la nature ne tarderont d’ailleurs pas à se déchaîner sur ces pauvres hères…

Come on ! Keep moving !

Sanctum peut compter sur la présence à l’écran de l’aguerri Richard Roxburgh (Moulin rouge !, Van Helsing, Fragile de Jaume Balagueró), aux côtés de Ioan Gruffudd (La chute du faucon noir, King Arthur, Les quatre fantastiques), du gendre idéal Rhys Wakefield (Broken Hill), à la coiffure entre Justin Bieber et un surfeur californien de spot publicitaire, de la “bombasse” dans la fleur de l’âge Alice Parkinson (X-Men Origins : Wolverine, Max et les maximonstres) et de Dan Wyllie (l’uppercut Romper Stomper, Holy Smoke de Jane Campion, le biopic hargneux Chopper).

D’emblée, le film se pare d’un parfum d’aventure à l’ancienne plutôt plaisant, mais qui masque mal la vacuité de personnages tellement "américains" (archétypes du genre, dialogues minimalistes à l’appui), cherchant l’aventure dans des contrées exotiques. Une introduction pittoresque, qui n’esquive nullement les écueils de la carte postale « world » façon Ushuaïa (Nicolas Hulot, si vous nous lisez…). Le spectateur, assommé par des explications scientifiques par bien trop scolaires et appliquées, sort de sa torpeur l’espace de quelques prises de vue sous-marines à la beauté fugace. Il en faut certainement plus pour accoucher de chefs-d’œuvre ; sans cela, John Stockwell (Blue Crush, Into the Blue) serait l’égal de Kubrick…

Qui plus est, Sanctum s’avère atrocement prévisible et ses personnages stéréotypés en diable, Josh (Rhys Wakefield) le premier, ultra crispant dans la peau de ce post-ado en crise, révolté contre son paternel (Frank, campé par un Richard Roxburgh en mode « tough guy »), éternel explorateur « brut de décoffrage », peu porté sur les convenances habituelles. Ces deux-là finiront évidemment par se réconcilier dans l’adversité… Sortez les violons !

D’autre part, la filiation avec le fabuleux Abyss (1989) de James Cameron se révèle flagrante : les deux œuvres jouent sur un même registre claustrophobique ; la caméra s’immisçant dans des passages souterrains plus étroits que le con d’une nonne, à la suite de plongeurs se faufilant dans des orifices inexplorés (NB : toute métaphore sexuelle émergeant de ces lignes serait purement fortuite). Mais ces films ne boxent définitivement pas dans la même catégorie…

That’s it ! You got it !

Malheureusement, là où Abyss acquérait une portée symbolique (presque « ésotérique ») du meilleur effet, redoublant le suspense et renforçant les relations inter-personnages (proprement mises à nu), Sanctum ne décolle jamais mais exhale une platitude à toute épreuve, s’apparentant à un encéphalogramme désespérément plat… Et le caractère convenu des situations n’arrange rien, le spectateur gardant jusqu’au-bout plusieurs longueurs (ou dirais-je « langueurs », pour ce qui nous occupe) d’avance…

Reste la beauté grandiose d’une poignée de décors et un Richard Roxburgh convaincant en homme d’action charismatique, ours mal léché et un tantinet asocial.

Sanctum 3D s’apparente donc à un showreel de luxe pour ce nouveau matériel de prises de vue 3D (encore perfectionné depuis Avatar). Tout bénéfice pour Cameron et son futur Battle Angel (annoncé pour 2016), adaptation attendue du manga culte Gunnm.

PS : Visionné en 2D, le Blu-ray de Sanctum (édité par Paradiso Films) propose les deux « versions » du film : Blu-ray standard (2D) et Blu-ray 3D active. En guise de bonus, l’éditeur nous offre le trailer et quelques scènes supprimées… maigre butin ! Le film est aussi disponible en DVD.

CHRONIQUE DVD - Devil story

Le Saint Graal du Nanar

Mythique long-métrage de l’Histoire du cinéma français, Devil Story se trimballe, depuis un quart de siècle, la réputation d’être le « plus mauvais film d’horreur de tous les temps ». Si la vision de certains classiques du Septième Art déçoit, l’édition en dvd de Devil Story prouve, par contre, que l’œuvre de Bernard Launois n’a pas volé son statut. Premier et, à l’heure actuelle, unique « film de momie » normand, le gloubi-boulga indigeste de l’auteur des immortels Sacrés gendarmes et autres Touche pas à mon biniou accumule, avec une désinvolture désarmante, toutes les bourdes possibles au point d’en devenir pratiquement surréaliste et fascinant.

L’intrigue, ou plutôt l’argument, débute dans une forêt dans laquelle nous suivons un type au visage de monstre ridé portant un uniforme nazi (joué par Pascal Simon, alias Pascal Launois, le propre fils du cinéaste) qui déambule en grognant. Sa première victime est une fille (ce qui est précisé par le commentaire audio car la jeunette ressemble surtout à un garçon) venue camper en forêt. Le serial killer tue la sautillante demoiselle puis part poursuivre ses méfaits et supprime gratuitement deux quinquagénaires innocents (Bernard Launois et son épouse). Peu après, un jeune couple venu de Floride (!) se perd dans la région et, suite à une panne de voiture, arrive, non pas au manoir de Frank N Further, mais bien dans un hôtel sinistre, ce que souligne l’utilisation répétitive du fameux « Toccata et Fugue en Ré Mineur » de Jean Sébastien Bach. Les propriétaires du lieu se mettent immédiatement à raconter aux amoureux les horribles histoires qui se sont déroulées dans la région deux siècles plus tôt. Les récits impliquent des naufrageurs ayant fait échouer un navire, lequel revient, un peu plus tard, sous la forme d’un bateau zombie (une première !) s’extirpant de sa gangue rocheuse. La suite de Devil Story échappe définitivement à tout contrôle et résiste à l’analyse mais implique, pèle mêle, la mère du tueur en série nazi, une momie ressuscitée, un cheval noir personnifiant Satan, une jumelle morte vivante de l’héroïne et un chat maléfique au rôle indéterminé.

Incompréhensible, ridicule, stupide, Devil Story a été tourné avec des bouts de ficelle et le résultat final constitue un incroyable nanar dans lequel chaque scène est étirée au-delà des limites du supportable. « Un enfant qui tape sur un tambour trouve ça génial et ne s’arrête pas » déclare un des intervenants dans les bonus pour justifier la manière de filmer de Bernard Launois, lequel cadre un monstre vomissant du sang durant trois minutes ou un vieillard agoniser durant un temps incalculable. Durant les trois quart du trop long métrage, ce même papy tente d’abattre un cheval apparemment possédé par le Diable. D’où des plans répétitifs de l’acteur tirant sans jamais s’arrêter tandis que l’étalon galope en contre champ. Le procédé épuise les plus patients et n’apporte strictement rien à une intrigue totalement obscure que même David Lynch ne saurait sans doute pas expliquer. Mais Devil Story bouleverse par sa naïveté comme si, à chaque prise, le cinéaste découvrait les merveilles du cinéma et ne voulait jamais stopper sa caméra, emporté par sa fougue enfantine. Lorsque le sang gicle d’une blessure, par exemple, Launois ne s’en détourne pas mais, au contraire, s’y attarde durant une bonne minute en dépit de trucages rudimentaires et de comédiens calamiteux. Cette joyeuse complaisance rappelle, d’ailleurs, les exactions d’Antoine Pellissier, le bien connu Dr Gore. Mais Devil Story a l’excuse du manque de moyen et l’obligation de garder la première prise, même ratée, comme en témoigne ce passage digne de « Red Is Dead » des Nuls où le monstre se prend les pieds dans les fils d’une tente de camping. Fou rire assuré ! Or, des prises ratées, Devil Story en regorge et, comme disait l’autre, « on dirait que Launois y a mis tous les rushes ». Bref, le film réussit l’exploit de se suivre sans recourir à l’accéléré et sa nullité incroyable (à côté de ça des nanars réputés comme Virus Cannibale ou Le Clandestin apparaissent comme des chefs d’œuvres !) le sauve de l’ennui. Devil Story permet, également, de réévaluer toute l’Histoire du Cinéma car aucun film n’approche cette grandiose pureté dans le n’importe quoi généralisé.

Le dvd : Sous le parrainage de l’indispensable site web Nanarland, Devil Story s’octroie une édition pharaonique à la hauteur de sa réputation. Si l’actrice Véronique Renaud revient sans langue de bois sur son premier (et dernier) rôle et sa consternation à la découverte de l’objet du délit, au point de demander que le film soit retiré des salles, Bernard Launois, lui, le défend bec et ongles. Le cinéaste explique ainsi qu’il a du se débrouiller avec des ringards et des acteurs incapables dont le vétéran Marcel Portier, lequel n’a jamais réussi à tirer au fusil tout en récitant ses dialogues. Launois balance encore sur les techniciens (tous mauvais et uniquement motivé par l’argent, les salopiauds !), explique comment il a économisé sur le budget inexistant en achetant une seule plaque de voiture (alternativement collée à l’avant ou à l’arrière du véhicule, c’est pas con !) et a confié la création de sa maquette de bateau à deux illégaux Pakistanais financièrement peu exigeant. Pour le cinéaste, l’important est, detoutes manières, d’avoir pu vendre Devil Story de manière internationale et, surtout, aux Américains. D’ailleurs ceux qui critiquent son oeuvre sont « des jaloux incapables de faire un film ». Bref, un grand moment, d’autant que le cinéaste commente aussi, au premier degré, les scènes clés du long-métrage, lequel faillit d’ailleurs se transformer en court puisque seuls une cinquantaine de minutes étaient utilisables au terme des trois semaines de tournage. Heureusement, la science de Launois (réutilisation d’images, étirement des scènes, flashbacks, stock shots, scènes additionnelles inutiles, etc.) permit à Devil Story d’atteindre la durée réglementaire de 75 minutes. Ouf !

Nanarland invite encore, dans les bonus, quelques personnalités du cinéma bis (dont Rurik Sallé de Mad Movies) ou le directeur de la cinémathèque qui reviennent sur le film à travers des anecdotes sympathiques. De faux objets promotionnels, des publicités détournées, un petit documenteur (Devil Story numéro 1 du box office !), un reportage d’époque de France3 sur le tournage et diverses bandes annonces complètent un menu dont le plat de résistance reste, toutefois, la possibilité de visionner l’œuvre avec les commentaires audio d’une foule surexcitée et hilare découvrant, en salles, l’étendue du désastre. Une expérience mémorable dans la lignée du Rocky Horror Picture Show.

Bref, un traitement exceptionnel et un dvd irréprochable, blindé de bonus habituellement réservés aux chef d’œuvres du patrimoine, pour saluer cette inconcevable curiosité.

Le chroniqueur de Nanarland terminait d’ailleurs sa critique de Devil Story par cette sentence superbe : « Un peu comme le monolithe noir de « 2001 Odyssée de l’espace », on devine que l’humanité n’est pas encore prête d’en percer tous les secrets. Et peut-être cela vaut-il mieux ainsi... ». Laissons lui le mot de la fin et invitons tous les cinéphiles déviants à découvrir le Saint Graal du Nanar, le Mètre-étalon de la nullité, la Huitième merveille du Z… Devil Story. Un film français ! Parfaitement !

CHRONIQUE DVD - Cannibal holocaust

Le festin nu

« Interdit, précurseur, culte », tels sont les qualificatifs qui ornent la jaquette de la réédition longtemps attendue de la bombe lancée par Ruggero Deodato en 1979, Cannibal Holocaust. L’occasion pour nous de s’interroger. Trente ans plus tard, que reste-t-il d’une telle légende ?

Cannibal Holocaust bien sûr, n’est pas le premier film de cannibales italiens, mais marche sur les traces d’un genre initié en 1972 par Umberto Lenzi avec Deep River Savages (retitré Cannibalis : Au pays de l’exorcisme chez nous - ndlr). L’innovation proposée par Ruggero Deodato n’est donc pas celle du genre, mais bien celle de la forme, puisqu’il introduit avec ce film le principe du documenteur, qui sera repris par d’autres bobines cultes telles que Blair With Project, et plus récemment Rec et autres Cloverfield. Trente-deux ans plus tard, force est de constater que cette trouvaille formelle est toujours, bien plus que la violence induite par le film, sa plus grande force. Cannibal Holocaust porte en effet en germe l’évolution d’un genre rabattu, le jungle movie, non seulement en abolissant la frontière entre fiction et réalité (les bobines de films retrouvées par l’anthropologue) mais également en les faisant cohabiter. Le principal atout du long-métrage tient ainsi à la réflexion menée par le cinéaste sur les différents statuts de l’image, par le biais duquel il s’interroge sur l’homme et l’humanité.

Deux axes sont à révéler. Il y a d’abord le récit cadre, celui de l’anthropologue qui part à la recherche des bobines des journalistes disparus et permet ainsi la mise en opposition de deux types d’espace grossièrement caractérisés, la ville hyper civilisée et la jungle hyper sauvage. A cette dichotomie spatiale font écho les images (soi-disant) documentaires, et surtout leur traitement : le reportage télévisuel de la première séquence, urbanisé, civilisé, s’oppose aux images filmées par les journalistes en Amazonie, sauvages et brutes. La question que porte alors en creux Cannibal Holocaust n’a donc, à ce stade, plus rien à voir avec le gore et l’horreur. Elle concerne le cinéma, la portée de son discours et son rôle au sein de la société : quelle fonction doit-il avoir ? Doit-il être le reflet de notre propre réalité, ou plutôt d’une réalité fantasmée ? Un rapide détour par le contexte de l’époque (entre digestion des principes néo-réalistes, crise économique et violence nationale) permet de consacrer Cannibal Holocaust comme une œuvre profondément politique dont la caractérisation à traits grossiers de l’un ou l’autre des clans (caucasiens et indiens) ou de l’une ou l’autre des cruautés (perversion et sensationnel pour les blancs // survie et défense pour les indiens) n’est que le reflet de l’absurdité du monde. Plus que des cannibales et des meurtres d’animaux, Ruggerto Deodato filme la capacité avouée de l’homme à mettre en scène sa propre mort.

Octobre 2011, Dark Star propose enfin une édition deux dvds du film culte, réputé rare ou seulement disponible dans d’obscurs formats pour les fans hardcores. Que révèle ce pack ? A première vue, pas de quoi crier famine, mais pas non plus de quoi s’en foutre plein la panse par le nez. Deux bandes annonces qui ne servent pas à grand-chose, et surtout les fameuses scènes censurées dans la version française, qui ne devraient pas être une grande découverte pour les aficionados et autres pirates internet. L’intérêt de ces bonus réside plutôt dans la publication pour l’occasion d’une conférence de presse du réalisateur datant de 2003, qui revient sur la sortie et le parcours de son film phare. Aux côtés de cette conférence, on trouve une interview du journaliste et critique Julien Seveon qui, en quelques douze minutes (un peu court donc), évoque quelques-uns des enjeux d’un tel film.

Enfin, le plus gros morceau de cette édition concerne bien sûr le documentaire d’une heure consacré au long métrage dans lequel, pour la première fois, l’équipe du film, en plus de Ruggerto Deodato, évoque le tournage et les intentions de mise en scène, la censure et le mythe qu’a d’emblée fédéré le film. Fournie mais finalement un peu conventionnelle, cette édition manque de piquant. Un reportage sur la réception et l’héritage, sur l’influence certaine et non-négligeable qu’a eue Cannibal Holocaust sur les filmographies d’autres réalisateurs aurait pu par exemple amplement trouver sa place dans un tel menu. Malgré tout, une belle initiative. A vos fourchettes le 18 octobre.

CHRONIQUE DVD - Le Sang des Templiers

ÉDITÉ PAR Metropolitan

DATE DE SORTIE 04/01/2012

Le 15 juin 1215, le roi d’Angleterre Jean sans Terre, défait par une guerre civile orchestrée par ses barons, est contraint de signer la Magna Carta, grande charte des libertés garantissant le droit à la liberté individuelle. Un fait historique capital de l’histoire médiévale de l’île dont on ne connaît que peu les conséquences directes. Humilié, le roi Jean prépare avec l’appui de Rome la reconquête du royaume dont il se dit dépossédé. A la tête d’une armée de combattants nordiques, il parcourt le pays pour punir les félons et répandre une nouvelle fois la terreur sur ses sujets. Le Sang des Templiers, après une brève mais néanmoins efficace description du contexte, s’attache à l’histoire du château de Rochester situé dans le Kent, au sud-est de l’Angleterre. La forteresse réputée imprenable est désormais aux mains d’une poignée de mercenaires luttant corps et âme contre leur ancien maître dont les aspirations belliqueuses provoquent des centaines de carnages à travers toute l’Angleterre.

Parmi ces résistants, Marshal, soldat de la foi de l’Ordre des Templiers, s’est résolu au silence suite à une crise de foi au lendemain de campagnes militaires particulièrement sanglantes. Face à la cruauté de son roi (le broussailleux Paul Giamatti), il s’oppose à l’autorité royale et, par extension, à celle de l’Église catholique romaine qui déclare nulle la Grande Charte et soutient les efforts de Jean. Le Sang des Templiers, présenté dans la section Films of the Third Kind au dernier festival de Neufchatel, la première demi-heure passée, reste cloîtré entre les quatre gigantesques murailles du château-fort de Rochester où se sont enterré les dissidents. Bientôt, après un premier assaut, le siège commence. Jonathan English, passionné jusqu’à l’obsession par l’histoire médiévale et amoureux de l’atmosphère singulière de ce château datant du XIIème siècle, transforme le cadre comme un personnage à part entière. C’est que la forteresse a été reconstituée pièce après pièce dans la campagne galloise : une entreprise colossale qui traduit les ambitions de ce film indépendant aux allures de blockbuster. Un casting ahurissant (James Purefoy, Paul Giamatti, Kate Mara, Brian Cox, jason Flemyng) épaulé par une équipe technique émanant du gratin (le directeur de la photo David Eggby qui a officié sur Mad Max, Fortress et Pitch black, le storyboarder de la saga des Jason Bourne et le compositeur écossais Lorne Balfe responsable ès musiques additionnelles de quelque 20 blockbusters hollywoodiens ces dix dernières années) et 20 millions de dollars de budget. Soit moins du tiers des biftons injectés dans la relecture honteuse du mythe de Conan cette année.

Le Sang des Templiers ne se hasarde pas en caractérisations douteuses et ne cède pas à la pulsion tridimensionnelle de la superproduction dirigée par Marcus Nispel. Le seul point de comparaison entre les deux œuvres réside dans les épanchements gore qui inondent chaque scène de bataille. En l’occurrence, English réussit à trouver l’équilibre qui faisait défaut aux aventures chevaleresques de Jason Momoa : l’heure est à la précision quasi anatomique et à l’exposition ultra-réaliste de la sauvagerie de l’ère médiévale souvent considérée comme barbare par le tout-venant contemporain. Voulu dans le style de classiques comme Le Seigneur de la guerre ou Les Vikings, Le sang des Templiers se distingue de ses modèles par l’implication purement physique qu’elle réclame à ses acteurs luttant avec une telle vigueur contre le climat rude de l’automne gallois que les sérénades des personnages en deviennent secondaires. En cela, l’œuvre trouble : sitôt que le cadre ne se cantonne intra-muros, le récit découvre sa vacuité. En dépit d’une surdose de sentimentalisme prompte à faire pâlir encore davantage le couple héroïque de la saga Twilight incapables de soutenir la comparaison avec les tourments amoureux du tandem de tourtereaux (Dame isabel tente de conquérir le cœur de Marshall qui a prêté vœu de chasteté), l’histoire tourne à vide en élimant jusqu’à la corde les thématiques chères à ce genre d’œuvres (trahison, bravoure, héroïsme, patriotisme, engagement).

Dans ce contexte, les scènes d’assaut font office de rafraichissement. Les brutes en chêne massif reprennent du poil de la bête en fracassant le crâne de leurs opposants nordiques au nom du royaume, au nom de Dieu ou au nom de tout ce qui pourrait justifier leur intarissable soif de combat. Guerriers tranchés en deux par la lame d’une épée gigantesque, démembrements, décapitations, défoncements crâniens à coups de massue, English n’épargne aucun détail et propose au spectateur de devenir le témoin privilégié de la sauvagerie à l’état pur, de celle nettement plus impressionnante mais plus héroïque que celle des batailles armées où des escouades de tireurs d’élite s’affrontent à deux cents mètres de distance. Ces séquences héroïques nous entraînent dans une sorte de vertige proche de la nausée : quand l’image-shaker s’arrête de singer la cohue, la caméra s’attarde sur quelque morceau de chair tailladé à vif.

Le Sang des Templiers est versé avec une telle générosité et le rendu historique - parfois un peu poussif - façonné avec tant de respect que l’œuvre mérite assurément le coup d’œil. Son défaut majeur reste que l’on finit par se sentir soi-même pris en état de siège tant la durée de l’ensemble ne se justifie que peu.

En terme de bonus, la galette sortie chez Metropolitan propose un commentaire audio du réalisateur et des notes de production plutôt instructifs ainsi que les coulisses du tournage, quelques photos dudit tournage et la bande-annonce officielle du film.

CHRONIQUE DVD - The Psycho Legacy

Une édition bardée de bonus...

Proposé par Emylia, qui régale souvent les amateurs de cinéma de genre de quelques pépites, The Psycho Legacy se targue de plonger ses spectateurs dans l’univers de Psychose et de ses descendants filmiques, franchise qui a marqué des générations de cinéaste et de cinéphiles. Qu’en est-il exactement ? Quelques éléments de réponse ci-dessous.

Psycho Legacy : le documentaire

Ayant contribué à des sites web tels que shocktillyoudrop, FEARnet ou encore Amoeba Music ainsi qu’au magazine Fangoria, Robert V. Galluzzo est ce que l’on peut appeler un passionné de cinéma de genre qui a réussi. Doté d’une certaine aura dans les médias outre-Atlantique, c’est tout naturellement qu’il s’est lancé dans la réalisation d’un documentaire rendant hommage à l’un des plus grands Monsieur du Cinéma dans ce qu’il a de plus historique,Alfred Hitchcock, qui, avec Psychose, a révolutionné définitivement le genre horrifique en 1960. The Psycho Legacy constitue donc le documentaire ultime que tout fan de l’œuvre du cinéaste et de ses suites se doit de posséder.

Pourtant, après quelques premiers instants passés dans le giron de l’un des plus implacables films d’horreur de l’Histoire, Galluzzo délaisse rapidement ces premières amours pour plonger définitivement dans l’antre des séquelles tout en éludant rapidement l’existence du remake conceptuel de Gus Van Sant. Dès lors, The Psycho Legacy se concentre essentiellement sur les trois œuvres qui ont fait suite au chef-d’œuvre hitchcockien tout en citant celui-ci comme référence omniprésente sans pour autant beaucoup plus de détails.

Malgré la petite déception qui ne peut manquer de nous tarauder sur le coup, The Psycho Legacy demeure un documentaire assez bien fourni en anecdotes, s’adressant aussi bien à l’érudit qu’à l’impie qui n’a pas encore découvert le grand-œuvre d’Hitchcock. Ainsi, si la partie dédiée au Grand Maître semble vague et vaine, l’ensemble permet d’en savoir plus concernant la personnalité d’Anthony Perkins, notamment concernant son travail en tant que metteur en scène du troisième opus, mais constitue aussi une somme non-négligeable d’interviews en tout genre. De Stuart Gordon à Mick Garris, de nombreuses personnalités du cinéma de genre rendent un bel hommage à l’un des pionniers du cinéma d’horreur, au créateur du slasher.

Psycho Legacy : les bonus

Voilà sans doute la partie la plus convaincante de cette édition. Le second DVD de l’ensemble est en effet pétri de bonus et de scènes coupées qui, à n’en point douter, plairont aux fans les plus aguerris de l’œuvre d’Hitchcock et qui va même jusqu’à supplanter totalement le documentaire au niveau intérêt.

En effet, sur ce second disque, il est enfin question de tout l’univers du cinéaste mais aussi des différents jalons historiques posés par la franchise. Outre de nouveaux détails concernant les trois séquelles, le remake conceptuel de Gus Van Sant, daté de 1998, mais aussi le téléfilm inspiré du chef-d’œuvre, Bates Motel, sont enfin évoqués. Il en va de même pour le roman de base de Robert Bloch ainsi que d’une suite qui n’a jamais trouvé preneur pour une adaptation cinématographique, de documents inédits concernant les deuxièmes et troisième opus de la saga Psychose, d’interviews bien plus complètes que dans le documentaire original.

Liste des bonus :

  • Visite guidée du motel  : Universal Pictures a conservé les décors et a permis a l’équipe de les visiter.
  • A la mémoire de Psychose 2  : entrevue avec Tom Holland, scénariste, et Richard Franklin, réalisateur.
  • Le tournage de Psychose 2 : making-of de Psychose 2
  • Conversation avec Robert Loggia : L’acteur qui incarne le psychiatre de Norman Bates dans Psychose 2 se livre.
  • L’art inspiré d’Ed Gein : documentaire sur le véritable tueur qui a inspiré le personnage de Norman Bates.
  • Robert Bloch : une série d’interviews qui évoque tant l’auteur que son deuxième roman concernant l’univers de Psychose et qui n’a jamais vu le jour.
  • Anthony Perkins (questions-réponses) : Intervention de l’acteur lors d’une convention à la fin des 80’s.
  • Réunion panel  : Divers scénaristes et réalisateurs évoquent la franchise.
  • La rencontre de Maman  : le plus grand fan du film nous ouvre les portes de son chez-lui. Les surprises sont au menu !

CHRONIQUE DVD - Die

Le jeu de la mort et du hasard

ÉDITÉ PAR Wild side

DATE DE SORTIE 04/01/2012

Le dé est indéniablement un objet magique. Très prisé des cruciverbistes qui lui connaissent des centaines de définitions différentes, cet élément cubique que se partagent la majorité des jeux de sociétés devient objet de culte dans les jeux de hasard. Psychologiquement, il revêt une position encore plus singulière puisqu’il permet à nombre d’indécis de se dédouaner des options qu’ils choisissent. Créateur de séries de chiffres aléatoires, le dé, parce qu’il touche au hasard, notion supra-naturelle insaisissable, agit sur la destinée sans que le lanceur ait quelque influence sur son action. Pourtant, dans le même temps, la plupart des joueurs impénitents attestent, par leur attitude, de la conviction que leur lancer possède une incidence sur le résultat. L’hexaèdre se veut donc à la fois lié au hasard et frappé de déterminisme.

Cette dichotomie absurde se voit illustrée à la perfection dans Die, premier long-métrage de Dominic James, hanté depuis quelques années par les jeux de hasard déjà au centre de son précédent court-métrage Lotto 6/66, sorte de 13 beloved édulcoré. Dans Die, six inconnus se réveillent prisonniers d’étranges cellules vitrées au sous-sol d’un immeuble. Un mystérieux bourreau leur propose alors de laisser le hasard décider de la suite de leur captivité. Que font-ils là ? Survivront-ils ? À eux de lancer les dés pour le découvrir…

Die se hasarde pour sa part dans les plates-bandes de Saw et de ses décalques. A ce détail près que Jacob Odessa, bourreau de la présente œuvre, concède aux victimes un espace de liberté des plus restreint. La vie de ces six rats de laboratoire, cloîtrés dans des cages de verre, dépend pleinement de la "volonté du dé" (c’est le titre d’un ouvrage mystico-analytique évoqué dans le récit) et non du surproductif instinct de survie prôné par Jigsaw et ses sbires. Aussi simples qu’inventives, les mises en scène d’Odessa constituent l’aspect le plus attrayant de cet énième thriller machiavélique ressemblant davantage aux séquelles du canon horrifique Saw qu’au modèle lui-même.

Die récupère cependant quelques points en préférant aux tendances over-sadiques de la franchise ultra-lucrative de LionsGate l’atmosphère du huis-clos et de la paranoïa (un peu tardive) fort tendance de nos jours du complot sectaire. Aux tables de casino, ça s’appelle simplement un coup de bluff presque réussi...

Côté bonus, la galette distribuée par Wild side s’avère plutôt pauvre : quelques bandes-annonces (dont l’intrigant Gantz) et une rencontre avec le spécialiste Nicolas Gauvrit intitulée "Typologie du hasard" assez intéressante qui explicite les notions de vrai et de faux hasard et illustre, séquences du film à l’appui, quelques éléments de son étude sur le phénomène.

CHRONIQUE DVD - Green lantern

Vert, j’espère ?

Dans l’immensité de la galaxie, un corps de garde de 3600 Green Lanterns veille au grain pour que la force de la peur ne gangrène aucune constellation. La seule menace, baptisée Parallax, a d’ailleurs été enterrée profondément sur une planète déserte pour assurer une paix intergalactique durable. Mais un concours de circonstances - le crash d’une navette - entraîne l’exhumation du Vilain (avec un grand V) Parallax contre lequel les tenanciers du pouvoir de la Volonté (avec un V presque aussi grand) vont devoir lutter afin de le renvoyer à la vitesse grand V à ses occupations souterraines. Manque de bol pour notre planète bleue qui passait jusqu’alors inaperçue, l’un des Green Lantern s’écrase aux États-Unis (où d’autre ?) et son alliance émeraude sillonne tout le territoire à la recherche d’un successeur. Un être qui n’a jamais connu la peur. Chuck Norris étant overbooké niveau tournages et Davy Crockett porté disparu depuis trop longtemps, la satanée bague fixe son choix sur Hal Jordan (Ryan Reynolds, en ersatz bon chic bon genre inexpressif de Ben Affleck), un pilote émérite qui s’avère capable de crasher un avion de chasse à plusieurs millions de dollars en deux coups de cuillère à pot. Un chevalier sans peur, mais pas sans reproches donc.

Green lantern quitte alors ses aspirations extra-terrestre pour resservir une tambouille par trop connue des amateurs du genre super-héroïque : immersion d’un pauvre quidam dans les super-pouvoirs / montées de doute, d’appréhension et de surestime pour le pauvre bougre / apprivoisement de son omnipotence / combat singulier contre l’entité démoniaque invincible. Et l’accumulation de lieux communs dérive inévitablement sur le caractère de l’espèce humaine définie comme imprévisible, insaisissable, jeune et dangereuse à l’aune des simples caractérisations outrancières d’un savant-fou touché par l’énergie négative de la peur et l’adulescent Jordan dépeint comme un être sans peur qui fuit toutes les responsabilités (cherchez l’erreur). C’est là toute la sève de ce nouveau super-héros qui aura dû attendre l’émergence de l’ultra-numérique pour voir ses aventures portées sur grand écran. Car, deux de ses camarades mis à part, le Green Lantern et la majorité de ses acolytes deviennent de jolis faire-valoir d’images de synthèse pas toujours du meilleur acabit.

Peu inventif (alors que les super-pouvoirs quémandent une puissante imagination) et trop traditionnel, Green Lantern ne bénéficie finalement que peu du savoir-faire de Martin Campbell, passé maître ès cinéma d’action (Le masque de Zorro, Goldeneye, Casino royale). Hormis une poignée de séquences menées pied au plancher qui finissent par s’évanouir elles-même dans le vertige qu’elles provoquent et des décors rendus à la perfection grâce à l’art du chef décorateur Grant Major, cette résurrection de l’un des fonds de placards de DC Comics tourne quelque peu à vide. L’abus de vert émeraude et les incessantes touches humoristiques souvent pataudes n’auront pu donner de l’éclat à ce super-héros tardif incapable de rendre vert de colère le très sombre Batman de Chris Nolan, mètre-étalon du super hero movie contemporain.

Côté bonus, si le DVD se montre plutôt radin (quelques passages de la série animée), le Blu-ray rattrape la donne en proposant une version étendue et une expédition totalement immersive dans l’univers des Green Lanterns, commentaires à la clef.

CHRONIQUE DVD - Dark fantasy

Gloubi boulga de blockbusters hollywoodiens… à la Russe

Grosse production en provenance de Russie, Dark Fantasy tente de mélanger anciennes mythologiques et modernisme au long d’un récit brouillon, alternativement divertissant et pénible. Vendu comme le premier blockbuster russe en 3D, le film ne compte, par ailleurs, qu’une vingtaine de minutes en relief, une décision étrange et frustrante (du moins pour le public des salles de cinéma), motivée pour des raisons budgétaires.

L’intrigue envoie une bande d’étudiants ethnologues et leur professeur vieillissant au cœur des forêts reculées de Russie, là où le folklore et les traditions restent vivaces. Rapidement, une des demoiselles du groupe, Marina, l’inévitable lolita gothique dépressive, découvre la tombe d’une sorcière et retire des mains du cadavre un bouclier. Investie par des forces maléfiques, Marina sombre dans une sorte de coma et son visage se couvre de stries noirâtres. Heureusement les secours, appelés par téléphone portable, débarquent rapidement et se proposent d’évacuer la jeune fille. Cette hâte rend un des étudiants soupçonneux et, en effet, les soi-disant secouristes révèlent leur vraie nature : des militaires démoniaques en quête d’un pouvoir ancestral enfoui à l’intérieur du bouclier retrouvé par Marina. Rapidement, la situation échappe à tout contrôle et les étudiants se retrouvent, sans le vouloir, coincé au milieu d’une guerre séculaire entre des démons et des sorcières.

Débutant comme une énième variation autour d’Evil dead (une bande de jeunes partis en forêt rencontre des forces maléfiques) ou du Masque du démon (une sorcière réveillée s’empare de l’esprit d’une demoiselle), le film s’oriente, par la suite, vers une voie plus moderne sans guère se préoccuper d’offrir un univers cohérent. Plutôt que d’introduire sa mythologie de manière progressive, le cinéaste (auteur de Shadow boxing 2 : Revenge, un gros succès dans son pays) préfère, au contraire, empiler les références, tant visuelles que scénaristiques. Des sorcières sorties d’un roman de fantasy (ou du Seigneur des anneaux), des combattants vêtus de noir à la Matrix, des combats à l’arme blanche inspiré par l’école hongkongaise et un affrontement séculaire entre deux races surnaturelles rivales qui rappelle, pour sa part, Underworld. Même l’opposition entre l’archaïque et l’ultra-moderne semble inspiré de productions japonaises comme Les guerriers de l’apocalypse tandis que les états d’âme des adolescents au prise avec le surnaturel ou tourmenté par leurs amours contrariées plaira aux admirateurs de la saga Twilight. Bref, rien de bien novateur en dépit d’un écrin séduisant et de passages divertissants dans lesquelles des sorcières vêtues de tenues médiévales affrontent à l’épée des militaires démoniaques utilisant, eux, des mitrailleuses et des hélicoptères. Une opposition sympathique, soutenue par des effets spéciaux efficaces même si leur nature synthétique s’avère, parfois, trop voyante pour emporter l’adhésion.

L’épuisant et interminable climax convie, pour sa part, les comics super-héroïques et le Wu Xia Pian chinois, revisité par des tics visuels se voulant branchés et modernes. L’usage manifeste de câbles et l’abus de trucages numériques rend, hélas, la conclusion peu convaincante avant l’ultime pirouette, plus déstabilisante que réussie.
Même si certaines scènes fonctionnent agréablement, essentiellement grâce à une jolie photographie, le mélange de fantasy, de légendes, de romance et de drame ponctué d’une poignée de passages horrifiques reste inabouti. La mise en scène, qui joue la carte du spectaculaire dès le départ, et le montage très « cut », censé donner du rythme à l’intrigue, empêchent, au contraire, le spectateur de s’impliquer réellement dans cette histoire, racontée avec plus de bruit et de fureur que d’émotions. Impressionnant visuellement et riche en action, Dark Fantasy cherche surtout à rivaliser avec les blockbusters hollywoodiens récents au lieu d’imposer sa personnalité russe ou d’exploiter les légendes locales, pourtant riches et méconnues.

A l’image de la saga Day watch, le second long-métrage d’Anton Megerdichev s’avère rapidement fatigant mais possède toutefois une belle énergie et un rythme endiablé qui pourra, peut-être, émerveiller les adolescents biberonnés à Underworld. Dans l’ensemble, toutefois, Dark Fantasy déçoit et ne se montre guère à la hauteur des espérances.

CHRONIQUE DVD - Atlantis Down

Perdus dans l’espace

Scénariste et réalisateur de cet Atlantis down qui ne restera certainement pas dans les annales, Max Bartoli a torché un premier film à très petit budget qui nous plonge dans un récit ambitieux de science-fiction sous forme de jeu d’échec. Une partie malheureusement perdue d’avance…

La navette Atlantis navigue dans l’espace avec son équipage à bord. Flash. Les spationautes (sauf un, resté à bord du vaisseau) se retrouvent sur une planète inconnue (en réalité un bois comme celui dans lequel vous allez vous promener le dimanche). Ils sont paumés. C’est inquiétant. L’un d’eux meurt. C’est moche. Ils trouvent une cabane dans laquelle l’un d’eux psychose à mort de peur de voir un monstre sortir des gogues (sic). Flash. Les voilà maintenant dans une étrange maison. L’une des survivantes se retrouve piégée entre quatre murs mais…flash ! Ainsi de suite, les acteurs tournent en rond, passent d’un décor (trois arbres, un escalier, une porte, quatre murs blancs,…) à l’autre et on s’emmerde sévère jusqu’à ce qu’on en sache un peu plus sur ce bordel se déroulant devant nos yeux. Et si tout cela n’était qu’un jeu, une expérience dont ils sont les cobayes ? Nous souffle la jaquette du dvd…ben ouais, merci d’avoir gâché la « surprise » !

Tour à tour, les personnages sont confrontés à leurs peurs, à leurs passés, à l’instar d’un Flatliners (L’expérience interdite). Bien moins habile que le film de Schumacher, Atlantis down aligne les incohérences au sein d’un scénario sans queue ni tête mis en scène avec un manque total d’inspiration. Interprété avec les pieds, illuminé par un aveugle (soit c’est surexposé, ou inversement sous-exposé, de toute façon dans les deux cas on ne voit rien), le film de Max Bartoli fait peine à voir et ce n’est pas la brève apparition de Michael Rooker (d’habitude excellent) qui changera la donne. Inutile d’en dire davantage, rien ne parvient à relever le niveau z de ce piètre métrage ne présentant strictement aucun intérêt.

Et pour compléter le tableau, aucun bonus à part une bande-annonce (si on peut encore appeler ça un « bonus ») n’est à signaler sur ce dvd, mais de toute façon on n’en cherchait pas vraiment puisque l’on aura tôt fait de sortir la galette du lecteur pour l’envoyer vers sa prochaine et unique destination : la poubelle !

CHRONIQUE DVD - Retreat

Retraite anticipée

"Quand je cherchais une idée de scénario, c’était la pleine époque de la grippe aviaire." explique Carl Tibbetts. "Ce qui m’intéressait alors, c’était le brouillard noyant la vérité, l’idée de la parole d’une personne contre une autre. Je ne voulais pas faire du surnaturel mais baser mon histoire sur les personnages." Ce climat de mésinformation brumeux, Tibbetts le pousse à son paroxysme en plaçant dans une bicoque de campagne trois personnages victimes de l’isolement en proie à une menace extérieure sur laquelle ils n’ont aucune prise et... presque aucun renseignement tangible. Jack, ce militaire retrouvé blessé par le couple qui loge dans le cottage, révèle une vérité qui dérange, pour reprendre les mots d’Al Gore : une pandémie gagne peu à peu le continent et le seul moyen de survivre est de rester cloîtré à l’abri des porteurs du virus dans cet ultime bastion séparé du monde.

Martin et Kate, couple au bord de la dérive parti se changer les esprits à l’écart des hommes, suspicieux face au cataclysme annoncé par cet énergumène intrusif et violent, s’installent dans un équilibre précaire. Martin, architecte bourgeois intellectuel, offre son aide au militaire pour condamner tous les accès de la maison tandis que Kate, femme dominante et méfiante, entre en conflit perpétuel face à celui qu’elle considère comme un persécuteur. Progressivement, les rapports s’inversent, les personnalités s’influencent, les repères "intra muros" deviennent eux-mêmes aussi flous que les causes de la prétendue pandémie qui frappe le monde extérieur. Retreat est en cela un héritier du cinéma de Roman Polanski ou des Chiens de Paille de Sam Peckinpah. Le parallélisme entre les deux œuvres n’est pas anecdotique : Martin, héros effacé, floué, parangon de l’anti-virilité (à l’instar de David Sumner), se révèle au fur et à mesure plus entreprenant et récupère la culotte léguée à sa compagne voici quelques années. Cette évolution dans les rapports qu’entretiennent les protagonistes provoque un regain d’intérêt pour ce scénario dont la touche mystérieuse finit par s’estomper, non au prix d’une révélation trop précoce (les dernières minutes s’avèreront cruciales) mais d’une mécanique par trop répétitive qui recycle à l’excès un schéma classique (les rebondissements trop classiques et prévisibles ne provoquent aucune montée d’adrénaline).

Ce huis clos hermétique oppressant, qui doit beaucoup à l’architecture de la bâtisse et aux angles obliques de Tippetts), prend au final les atours d’une pièce de théâtre reposant pour l’essentiel sur les prestations de ses comédiens. Jamie Bell (Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne) insuffle à son personnage suffisamment d’ambiguïté que pour générer une paranoïa qui finit par gangréner ses proies. Le doute entretenu de bout en bout ne sera évacué que lors du dénouement, aussi nihiliste que déroutant. Entre-temps, le script subit quelques cahots et l’intérêt du spectateur se réduit en peau de chagrin. Les envolées lyriques du premier quart d’heure, captant les magnifiques paysages gallois, et la séquence finale montrent que Tibbetts est davantage dans son élément dans le registre du drame que du suspense. Pour le coup, son intrigue trop classique et balisée, développée entre deux points d’orgue trop précoces et tardifs, soutire quelques bâillements difficiles à réprimer...

En guise de bonus, la galette éditée par Entertainment one propose un making of d’un quart d’heure et des interviews des membres les plus importants du cast, plutôt intéressants.

CHRONIQUE DVD - Deadheads

La nuit des loosers vivants

Ces têtes de morts-là ont déjà pu s’exhiber lors de l’Étrange festival parisien de cette année. Une sortie mitigée pour une nouvelle zombédie forcément décevante en comparaison de Bienvenue à Zombieland et Shaun of the dead, parangons du genre initié depuis quelques décennies déjà. La parodie zombiesque, terrain de jeu sur lequel piétinent de nombreux cinéastes de genre en rade niveau budget, a connu dernièrement un revival sous l’impulsion des deux modèles précités avec, à l’arrivée, une averse de navets à peine émaillée de l’une ou l’autre grêlon plus incisif. Deadheads reprend une formule tenace dans le domaine : celle du buddy movie nécessitant un tandem hétérogène composé d’un clown blanc et de son auguste compilant les répliques désopilantes et responsable des mises en situation les plus cocasses. Sauf que, pour l’heure, les frères Pierce se placent à l’autre bout du fusil et s’intéressent à de vrais zombies qui tentent de sauver une nouvelle fois leur peau afin de ne pas voir leur carcasse définitivement vidée de tout souffle de vie.

Mike et Brent constituent, qu’on se le dise, les parfaits héritiers de cet archétype clownesque. Brent le bouffon convainc dans un bar son nouveau meilleur pote Mike que ce dernier doit aller au bout de ses rêves et tout mettre en œuvre pour glisser la bague qu’il vient de retrouver dans la poche de sa veste au doigt de sa promise. Cette odyssée devrait se dérouler sans encombres. A un détail près, ils sont tous deux décédés et n’auraient pas dénoté dans le clip Thriller du géant Landis (une ébauche de zombédie en soi). Et puis, ils sont suivis par un gang de chasseurs de morts-vivants armés jusqu’aux dents.

Pendant que Dracula se fait les crocs pour de rire sous la houlette de Roman Polanski puis de Mel Brooks et qu’un loup-garou ado hante le campus, les zombies suscitent la distension des zygomatiques en se vautrant dans des situations improbables. Robots ménagers de luxe dans Fido, chanteurs de country dans Dead and breakfast, strip-teaseuses de charme dans Zombie strippers, gros amuseurs publics dans Le retour des morts-vivants et sa suite directe, les morts-vivants auront été envisagés sous suffisamment d’angles différents pour voir leur mythe entièrement désacralisé. Ce détournement, couplé pour le coup à la comédie romantico-potache, à la manière de La nuit des loosers vivants, emprunte une quantité de chemins dérobés et propulse son tandem comique sur les pistes d’un road movie déjanté doublé d’une chasse à l’homme héritée de la tradition du survival. Avec à la clé, une réflexion empreinte de nécrophilie sur l’amour plus fort que la mort...

La quantité astronomique de gags - souvent poussifs et situés, pour la plupart, sous la ceinture -, la présence de vraies tronches de cake aux traits excessifs (le vilain chasseur de zombies eux expressions fleuries et aux méthodes peu catholiques remporte la Palme) et la retenue générale du tandem de réalisateurs en matière de références (quelques clins d’œil par-ci par-là, rien de plus) permettent à Deadheads de se distinguer du nanar conventionnel ou de la zèderie profondément ennuyeuse.

Côté bonus, on ne dénote qu’un diaporama, une filmographie du casting et quelques bandes-annonces des films distribués par Emylia, le tout accessible via un menu animé du plus bel aloi.

CHRONIQUE DVD - Making Off

Off record

Lors d’un entretien "bonus" accordé à nos confrères de Zone Geek, Gilles Esposito évoquait très justement une matière trop souvent délaissée par la presse cinéma, celle du cinéma auto-produit, indépendant par nécessité, qui ne saurait rivaliser l’espace d’un instant même avec des productions modestes à la tête d’un budget certes pas vertigineux mais tout de même composée de six chiffres. A ce jeu, s’agissant d’exploitation de la veine du docu-fiction, Blair Witch Project relevait du coup de génie, Paranormal Activity 2 du coup de pute... Parallèlement naît chez les éditeurs français une sorte d’engouement pour ces "Do It Yourself" pelliculés : les expérimentations de François Gaillard se voient enrubannés d’un écrin DVD grâce au Chat qui fume tandis qu’Emylia exhume l’oncle Sam et son index intrusif et lance un appel à candidature destiné aux vidéastes néophytes. Après Echap et Dead Line, le Making Off de Cédric Dupuis connaît à son tour les joies d’une large distribution dans les bacs belges et français.

Ce faux documentaire adopte la forme, comme l’indique le titre, d’un making-of. Celui tronqué du meilleur film d’horreur de tous les temps, un monument d’irrévérence digne de détrôner une vague histoire de possession signée Friedkin ou de faire passer le so-sot à la tronço de Hooper pour une majorette armée d’un bâton vibrateur. La bande en question, baptisée Devil Darck Week end, décrit un carnage perpétré par un adepte de la découpe sauvage sur l’ensemble de ses amis. Ambitieux, Cédric Dupuis a la conviction que ce projet peut faire un tabac mais qu’il nécessite une équipe professionnelle et investie. Fauché comme les blés, il pratique sur ses aspirations premières un prix discount et engage sa bande de potes pour devenir la chair à saucisse de son boucher sanguinaire. Résultat : les enfilages de chemise ne dégagent pas suffisamment d’émotions et les répliques sonnent creux. De quoi se châtrer sans anesthésie, d’autant qu’Aline, sa légitime, lui chie quotidiennement une pendule (au figuré s’entend) concernant leur situation financière et se montre plus que dubitative sur le bien-fondé de cette abracadabrante entreprise cinématographique. La phrase assassine de trop : l’impudente se retrouve en deux coups de cuiller à pot à répéter ses réflexions cyniques au brave Saint Pierre tandis que son cher et tendre pratique sur son cadavre un coït post-mortem du plus bel aloi. Et comme il n’a pas l’habitude de gâcher, Cédric a la bonne idée d’enregistrer ses méfaits. Et si ses prétentions à l’Oscar venaient de retrouver un nouveau souffle dans cet épisode tragique ? C’est décidé : Dupuis passe en mode documentariste et met en boîte les décès de ses congénères. C’est bien ça ce qu’on appelle immortaliser un acteur, non ?

Troisième variation sur le même thème pour Cédric Dupuis qui avait jusqu’alors trituré son matériau documenteur pour un premier court-métrage (à l’origine baptisé C’est encore arrivé près de chez vous) avec une bande de potes avant d’en créer un second dans lequel il expérimente l’aspect technique qui sera celui de ce Making Off final. L’objet s’approprie les tics du faux-docu, gimmick à la mode du cinéma d’horreur contemporain. Comme dans Paranormal activity, quelques éléments de décor sont floutés (ici une rangée de DVD et tous les logos et marques de la bouteille de bière à la clope taxée par l’acteur au réa - pas de budget, on vous a dit !). A la manière des multiples déclinaisons faussement amateure, la caméra est portée, le décor réduit à quelques intérieurs, les lignes de dialogues poussivement réalistes.

Making Off prend pourtant le contrepied de toutes les décalques précitées pour s’illustrer dans un registre volontairement beauf (l’acteur principal et ses fringues ringardes incarne un de ces réas pète-sec bouffis d’orgueil, l’archétype même de l’égoïste en plein déni de sa propre incompétence). En cela, le film de Cédric Dupuis se rapproche d’une autre œuvre singulière, le Silence, ça tue du belge Christophe Lamot dans lequel le cinéaste se lance dans une diatribe contre la production cinématographique du plat pays en dénonçant l’intérêt porté aux films des frères Dardenne quand les vrais créateurs restent sur la touche du système de financement. Et pour colorer quelque peu la noirceur de son pamphlet, Dupuis s’ingénie à flirter avec le grand-guignol, joue avec la pesanteur via des séquences lourdingues (le Beat Box notamment) et cradingues qu’un comique de répétition percutant (le modus operandi du sodomite-meurtrier) vient de temps à autre alléger.

Et si, comme le soulignait Gilles, l’avenir du cinéma d’horreur se trouvait dans ce terreau si éloigné de l’univers froid et aseptisé des multiplexes qu’on en oublierait son existence ? Plus malin qu’il n’en a l’air, Making Off est le parfait exemple de ce cinoche indépendant décomplexé qui manie avec habileté les armes émoussées qu’il lui reste...

CHRONIQUE DVD - Choose

Un film de choix ?

Au cours de son existence, l’être humain est sans cesse contraint d’effectuer des choix, certains étant futiles, d’autres déterminants. Si, pour vous, le pire des dilemmes est de choisir telle ou telle marque de yaourt au supermarché, imaginez le calvaire de la pauvre Sara : un psychopathe encapuchonné a ligoté ses parents et l’oblige à choisir. Elle doit désigner celui qui mourra poignardé. Si elle refuse, tout le monde y passera, elle y compris. Voilà le genre de tests extrêmes auquel le détraqué aime soumettre ses victimes. Fiona, étudiante en journalisme et son père, sheriff local, vont mener l’enquête pour découvrir qui est ce mystérieux cinglé, et pourquoi il semble connaître certains détails intimes de leur propre vie.

Après le tueur au puzzle de Saw, voici venir le tueur au Q.C.M ! Clairement inspiré par Seven et les méfaits de Jigsaw, le premier film de Marcus Graves se présente officiellement comme un torture porn. Mauvaise nouvelle pour les fans du genre en quête d’hémoglobine :si le pitch et la première séquence peuvent laisser croire à une succession de dilemmes malsains et de tortures psychologiques et physiques, Choose prend vite l’allure d’une enquête policière, le film se focalisant sur les investigations du personnage interprété par Katheryn Winnick (notamment connue pour son rôle dans la série Bones).

Et c’est bien là que se situe le grand problème du film : les jeux macabres se résument à quelques scènes trop vite expédiées et manquant cruellement de tension. Sans compter le fait que Nicolas Tucci, qui interprète le détraqué, ne fait pas vraiment preuve d’un charisme époustouflant (pas facile de passer après Tobin Bell et Kevin Spacey).

La majorité du temps est donc consacrée à des phases de recherche sur l’identité du tueur et ses liens avec l’héroïne. Si le scénario tient la route et réserve un quota satisfaisant de surprises, force est de constater que le rythme s’enlise et que le temps paraît parfois bien long. Malgré ça, l’envie de découvrir le fin mot de l’histoire est assez forte pour maintenir le spectateur en éveil jusqu’à la fin, au prix de quelques bâillements difficiles à contenir.

Partant d’une idée pas follement originale mais intéressante, Choose se laisse suivre, sans grand enthousiasme mais sans avoir l’impression de perdre totalement son temps. Si vous croisez sa route en vidéoclub et êtes attiré par son visuel accrocheur, n’hésitez pas à laisser sa chance à cet honnête DTV : pour occuper une soirée, on a connu bien pire choix.

CHRONIQUE DVD - Ghost Machine

Un beau cadeau de CTV International

Programmé en dernière séance de la Fantastic Night du BIFFF 2010, rien ne prédisposait Ghost Machine à une sortie DTV sous nos latitudes mais le distributeur CTV International en a décidé autrement, avec une sortie prévue pour ce 22 mai. Premier long-métrage de l’anglais Chris Hartwill, qui avait notamment officié sur la série Numb3rs, cette petite production anglo-saxonne verra donc sa galette distribuée dans nos vidéothèques dans quelques jours. Ghost Machine suit un groupe de jeunes techniciens militaires accros d’informatiques qui installent en secret un simulateur de combat dans une prison désaffectée ayant servi pour des actes de torture. Mais ils vont vite découvrir que quelqu’un ou quelque chose a réussi à pénétrer leur software. Un nouveau joueur mortel a rejoint le jeu : comment survivre jusqu’au niveau final quand s’échapper est impossible et que l’ennemi devient incontrôlable ? La fiction laisse place à une réalité violente.

Bénéficiant de la tagline « Une nouvelle expérience extrême, brutale et ultime », initiée par les gens de CTV International, Ghost Machine constitue une surprise de choix. Certes, dès les premiers instants, le frêle budget mis à la disposition de Chris Hartwill est étalé à l’écran lors d’un générique un peu trop riche en détails sur la suite de l’intrigue, mais force est d’avouer que l’œuvre bluffe rapidement. Après quelques séquences en infrarouge qui laissent craindre le pire, l’image s’améliore et les scènes d’expositions s’avèrent assez percutantes. Sans verser dans les dialogues interminables et les scènes d’écran, Ghost Machine bénéficie d’un traitement proche des FPS chers aux gamers lors des simulations de combat. Cette influence indéniable permet à l’œuvre d’être efficace tout au long de son déroulement, tandis qu’elle brille aussi par la qualité de ses protagonistes. Doté d’acteurs de talent comme Sean Faris, Rachael Taylor ou Luke Ford, le film fait aussi la part belle au trop souvent sous-estimé Richard Dormer, dont la ganache suffit à filer la frousse.

Les éléments de l’intrigue étant rapidement distillés, Ghost Machine entre vite dans le vif du sujet et, bénéficiant d’un environnement idéal ainsi que d’un rythme de tous les instants, verse rapidement dans le gunfight façon militaire, laissant entrevoir de très belles dispositions au niveau de sa mise en scène globale. Ne pêchant que très rarement par l’étalage des aspects techniques de l’aventure, l’ensemble se dirige donc à grande vitesse vers un final empli de tension. Le seul gros défaut de celui-ci étant ses trop nombreux twists, Ghost Machine se révèle donc être une œuvre très complète assénant quelques séquences impressionnantes et, surtout, composant merveilleusement avec son budget anémique.

Cette belle surprise a été parfaitement respectée par CTV International qui donne lieu à une galette de qualité, notamment au niveau des doublages français, réellement convaincants, ce qui est assez rare que pour être souligné, mais aussi au niveau du son et de l’image, dont le rendu est presque parfait. L’ensemble aurait néanmoins mérité plus de suppléments, ceux-ci se limitant simplement à la bande-annonce du film. Dommage car il aurait été intéressant d’offrir aux spectateurs un making-of de cette petite pépite du cinéma bis…

BANDE-ANNONCE VOST :


Ghost machine - Bande annonce par Avenue-de-l-horreur

CHRONIQUE DVD - The Divide

L’enfer, c’est nous

Suite à une explosion nucléaire, une poignée de survivants (2 femmes, 1 fillette, 6 hommes) se retrouvent enfermés dans une cave aménagée
en abri antiatomique. Alors qu’ils sont forcés de cohabiter dans cet espace confiné, leurs relations vont peu à peu se dégrader, pour basculer
dans une violence irréversible.

Xavier Gens nous propose un huis clos qui, sur fond de phobie d’holocauste nucléaire, fait écho au drame traumatique du 11 septembre 2001.
Se servant somme toute assez succinctement de ces spectres, le film repose principalement sur la dimension comportementale (sociale et
psychologique) de ses personnages, et sur le basculement progressif de cette communauté improvisée dans la folie auto-destructrice. La cave,
qui passe peu à peu du statut de refuge à celui de piège cruel et mortel, apparaît donc comme le microcosme pessimiste d’une société en crise,
où des individus échouent à survivre ensemble, et se divisent en sous-groupes incompatibles. A ce titre, le danger externe est fort peu exploré.
L’intrusion de militaires (qui enlèvent la fillette, abandonnent un ou deux cadavres, pour finalement souder la porte de l’abri de l’extérieur) demeure
inexpliquée, et ne sert qu’à renforcer de façon insolite l’idée d’un cloisonnement claustrophobique sans issue, et en conséquence, sans rédemption.

C’est dans ce boyau d’étranglement que se trouve la grande force désenchantée, et toute la lucidité de ce métrage. En clair, il n’y a pas de danger
extérieur. Il n’y a pas un ennemi qui puisse alimenter une xénophobie servant à raffermir les errances propres au sentiment d’appartenance à un
groupe social, ou à une forme de civilisation. Le danger mis en scène dans The Divide, au cœur d’une parabole sur une société gangrenée par
l’égoïsme cynique, et rongée par l’individualisme et la paranoïa, est bien plus essentiel, en ce qu’il est inhérent à la nature humaine. D’aucuns diront
que ce thème n’est pas nouveau. A quoi on répondra qu’il est toujours bon de le rappeler.

Le film, malgré quelques maladresses poussives qui érodent un peu son atmosphère étouffante et angoissante, gère plutôt bien sa plasticité horrifique.
Il pèche en revanche au niveau de l’étude de ses caractères, et de leurs tendances à lutter contre, ou à basculer dans la déshumanisation. La psychologie
des personnages, trop caricaturaux, n’a pas été suffisamment creusée (la faute peut-être à un tournage bouclé en deux mois maximum), et le métrage
s’en ressent tout le long. Son élément horrifique, supposé figurer l’aspect arbitraire des relations de pouvoir ainsi que la dégénérescence de l’humanité,
donne parfois la désagréable impression de céder à la surenchère de la gratuité. Reste que malgré ses défauts, et sa tendance excessive à subsumer le
traitement des relations humaines sous les artifices du survival, The Divide bénéficie d’un casting efficace, d’une musique mélancolique bien trouvée, et
transmet un message fort, dont le personnage central d’Eva (Lauren German) porte de bout en bout le dernier résidu de dignité. Une dignité à la fois forte
et fragile.

Côté bonus, l’édition simple du DVD propose quelques bandes annonces, des scènes coupées, et un making-of assez complet quoique réduit à l’essentiel.
Recentré sur les conditions de tournage, son intérêt repose principalement sur le fait qu’on y apprend que le film a été tourné dans l’ordre chronologique,
et que la dégradation physique des personnages a donc était gérée en "live", pour ainsi dire, les acteurs ayant du suivre un régime alimentaire draconien.
Elle offre en outre un bêtisier dont la pertinence, plutôt anecdotique, se borne à illustrer que Xavier Gens est un réalisateur qui aime travailler dans la bonne
humeur.

L’édition Collector se montre quant à elle, pour une dizaine d’euros de plus, très généreuse. Elle propose non seulement, avec les bonus de l’édition simple,
une interview où Xavier Gens témoigne de son parcours, de son expérience du travail en France et aux USA, et de ses projets, ainsi que trois courts métrages
de ce dernier. Mais elle contient aussi une grosse carotte : l’édition Blu-ray, qui offre des bonus absents du DVD. Ce qui fait paradoxalement passer l’édition simple
pour un produit de pingre. Il va de soi que cette édition vise les collectionneurs avertis qui s’intéressent de près à Xavier Gens, et disposent à la maison d’un
lecteur DVD/Blu-Ray, où ont l’intention d’en faire l’acquisition. On regrette donc que cette distribution sur le marché se fasse avec un tel écart de contenu entre
les deux éditions. Et à ce stade, vous êtes seuls juges de déterminer laquelle peut vous convenir.

CHRONIQUE DVD - L’orgie des vampires

Au théâtre ce soir

L’orgie des vampires (Il mostro dell’opera, 1964) est une nouvelle rareté exhumée par Artus Films dans le cadre de leur « Collection Gothique », rejoignant les sorties récentes de L’effroyable secret du Docteur Hichcock (Riccardo Freda, 1962, avec l’icône Barbara Steele) et de Vierges pour le bourreau (Massimo Pupillo, 1965).

Neuvième réalisation de Renato Polselli, solide artisan du Bis italien (La verità secondo Satana, Delirio caldo), qui s’adonna au hard l’espace du « mondo film » Revelations of a Psychiatrist on the World of Sexual Perversion (1973), L’orgie des vampires est la deuxième incursion dans le genre vampirique de son auteur, succédant à L’amante del vampiro (1960). Pour l’occasion, Polselli s’entoure d’acteurs routiniers du Bis, bien que méconnus du grand public, tels Marco Mariani (le western spagh’ Sept winchester pour un massacre, les gialli Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? & Death Smiled at Murder), Giuseppe Addobbati (Opération peur de Mario Bava, Le temps du massacre & Perversion Story de Lucio Fulci) et Alberto Archetti (Le Moulin des supplices, Le cheik rouge).

Ces derniers sont accompagnés de deux beautés qui n’auront que subrepticement effleuré le grand écran : la danseuse Barbara Howard (dont c’est la seule apparition officielle) et Carla Cavalli (uniquement présente dans les tréfonds du casting de Aux mains des SS du même Polselli). On y dénombre aussi - dans un rôle important - l’espiègle Milena Vukotic, à la carrière pléthorique (Le charme discret de la bourgeoisie de Buñuel, Du sang pour Dracula, La lune dans le caniveau de Beineix, …).

Démarrant par l’attaque (rêvée) d’une jouvencelle en robe de chambre vaporeuse par un saigneur de la nuit, la belle alanguie offrant sa jugulaire sur les rives d’un cours d’eau, L’orgie des vampires prend place dans une compagnie de danse, qui décide de s’installer pour leurs répétitions dans un endroit supposé maudit. En effet, l’histoire du lieu regorge de disparitions mystérieuses, soit autant de vedettes féminines qui se sont volatilisées… Faisant fi des mises en garde de l’inquiétant gardien du théâtre, la troupe y installe ses quartiers, mais ne tarde pas à faire face à des événements étranges, provoquant la panique parmi les danseurs. Sans compter que Giulia (Barbara Howard), star du spectacle, a la désagréable impression de connaître les lieux et le visage du gardien hanté par de lourds secrets…

D’un noir et blanc charbonneux, le film se base sur des dispositifs somme toute très classiques pour faire naître l’effroi, s’apparentant donc à de vieilles recettes éprouvées : brusques extinctions de la lumière, grincements de portes, craquements et autres apparitions inopinées au gré d’un imposant décor tortueux, le tout relevé d’une BO gothico-horrifique de bon aloi (des œuvres d’Aldo Piga, spécialiste des films de vampires transalpins : L’amante del vampiro, Des filles pour un vampire, Curse of the Blood Ghouls, …). Extrêmement verbeuse, l’œuvre de Polselli s’attarde particulièrement sur son microcosme théâtral, développant une mécanique presque « vaudevillesque », entre marivaudages amoureux, jalousies et petites mesquineries de rigueur. Par contraste, l’expression d’un saphisme larvé imprègne la pellicule et n’est pas pour déplaire.

Se partageant entre séquences de comédie musicale et longs tunnels dialogués, L’orgie des vampires peine à convaincre et l’argument fantastique (un vampire hante un théâtre délabré) paraît si ténu… Jusqu’à ce que le saigneur intervienne timidement en fin de dernière bobine et que le spectateur sorte de sa torpeur à la vision de la sublime Barbara Howard en nuisette, menacée d’une fourche par le vampire grimaçant.

Peu palpitant et plutôt convenu, L’orgie des vampires - encore un titre français mensonger ! - vaut néanmoins le coup d’œil, si on l’envisage comme le digne reflet d’une époque révolue (le début des 60’s), avec tout ce que cela implique de conformisme et de naïveté. Très sage dans son traitement du fantastique et peu rythmé, le film contentera de fait les puristes et complétistes, qui se laisseront embarquer par son charme désuet. Quoi qu’il en soit, le travail éditorial effectué par Artus Films est admirable et expose un devoir de mémoire bienvenu.

PS : En bonus de cette édition, le cinéphile Alain Petit revient sur la carrière de Renato Polselli et des différents intervenants gravitant autour de L’orgie des vampires . On y retrouve aussi un diaporama des visuels et photos promo du film, ainsi que les bandes-annonces de la « Collection Gothique ».

CHRONIQUE DVD - Boogeyman 3

L’arthrose du croque-mitaine

Le boogeyman est de retour ! Après une cure à l’arrière-goût platement slasher du deuxième opus, Ghost House – maison de production de notre cher Sam Raimi – remet le couvert avec cette troisième… euh… tentative en réinjectant du surnaturel dans le terrible croque-mitaine, recette qui avait fait ses preuves avec le… euh… semi bide du premier. Ça fait peur, hein ?
Pourtant, les premières minutes amènent d’emblée une saveur particulière, bien éloignée de ces brouets timorés d’étripages d’ados qui gangrènent le marché du DTV : le wagon du troisième volet est directement raccroché à la franchise avec la découverte du journal personnel du docteur Mitchel Allen (le Tobin Bell de la franchise Saw) par sa fille Audrey (Nikki Sanderson). Un bain moussant et une paire de nichons plein cadre plus tard (fait rarissime en ces temps sombres de l’omerta du téton), la voilà déjà en train de jouer à chat-bite avec monsieur Boogey, ce dernier ayant un avantage de taille : il peut se transformer en fumée de pot d’échappement à tout moment.

Ces prémices, de très bon augure, semblent annoncer une galette décomplexée qui ne s’encombrera pas de cautions psychologisantes au rabais pour se donner l’illusion de la profondeur. Et pourtant… Dès l’introduction de Sarah (Erin Cahill, décidément adepte des franchises du fond du panier, avec la quadrilogie des Power Rangers et bientôt à l’affiche du méga hardcore Beverly Hills Chihuahua : Viva la fiesta !) , l’héroïne qui s’apprête à crier et à courir pendant 90 minutes, on sent comme une odeur rance de déjà-vu. Voyez plutôt : une étudiante en psychologie (gloups), traînant derrière elle un surendettement tout aussi psychologique suite au suicide de sa mère (re-gloups). On commence à se demander si on n’a pas été victimes d’un guet-apens scénaristique, alléchés qu’on était par une intro trop efficace pour être vraie.

Et de fait, lorsque les hostilités commencent dans le dortoir d’Hammond Hall – à savoir l’assassinat d’Audrey par mister B. devant les yeux horrifiés de Sarah, meilleure amie du cadavre en devenir et unique témoin de cette strangulation surnaturelle – débute un autre match pour le spectateur : un interminable ping-pong d’opinions contraires sur le rationnel et l’irrationnel. Non contents d’expédier le deuil de Sarah comme s’il s’agissait d’un chien écrasé, les amis de cette dernière essaient de la ramener à la réalité : « le boogeyman n’existe pas, chérie ! ». « Mais si, il existe ! Je l’ai vu ! » rétorque la pauvrette. « Prends tes cachets et fous-nous la paix. On t’aime, tu sais. ». Et là, on vient de condenser vingt minutes. S’ensuit alors une plongée introspective à la sauce « et si je perdais la tête ? », tandis que l’objet de notre convoitise – à savoir les saloperies sanglantes du croque-mitaine – traîne péniblement en bordure du script. Mais, déjà que l’enflure se fait discrète, ses motivations s’embourbent dans des aberrations incroyables : alors qu’il est supposé s’attaquer aux pauvres hères qui ont le malheur de croire en lui – d’où la nécessité de faire un maximum de pub et d’optimiser ses charclages estudiantins -, l’andouille joue aux Duplo avec des réfractaires au mythe et s’amuse à planquer les cadavres. À ce stade là, on peut raisonnablement penser : what the fuck ??? Le boogie-wookie aurait-il perdu son mode d’emploi ? Cherche-t-il à faire passer la pauvre Sarah pour une folle ? Même pô. Essaie-t-il de gratter du rab’ de babillages psy parce que c’est un fan de ping-pong ? On dirait bien, car voilà Sarah qui revient à l’attaque pour avertir ses amis restants (la disparition des autres étant purement fortuite pour ces esprits éclairés) avec son slogan du jour : « Mais je vous dis qu’il exiiiiiiste !!!! ».
Bref, sans Sarah rien ne va, et le spectateur se met à avoir une pensée émue pour Jean-Michel Saive jusqu’au twist final où… euh… rien n’est expliqué.

C’est vraiment ballot pour le réalisateur Gary Jones (Mosquito, Spiders, Crocodile 2) car s’il ne s’était pas pris pour Bocuse avec son cheeseburger, on aurait pu vivre quelque chose ensemble : efficace dans ses scènes gore – malgré des effets CGI un peu radins et un bad guy ouvertement inspiré par la J-horror de Nakata et Shimizu -, il aurait mieux fait de rester sur les plates-bandes du slasher surnaturel brut de décoffrage et se lâcher la bride, au lieu de revoir la franchise de Freddy avec un manuel de psychologie pour les nuls sur les genoux.

CHRONIQUE DVD - L’effroyable secret du Docteur Hichcock

Necrophilia

Artus Films nous gâte ! Rejoignant les sorties conjuguées de L’orgie des vampires (Il mostro dell’opera, Renato Polselli, 1964) et Vierges pour le bourreau (Il boia scarlatto, Massimo Pupillo, 1965), L’effroyable secret du Docteur Hichcock (L’orribile segreto del Dr. Hichcock, 1962) fait figure d’incontournable dans toute DVDthèque qui se respecte.

L’œuvre marque la première collaboration du « bisseux » Riccardo Freda (Les vampires - officieusement co-réalisé par Mario Bava, Caltiki, le monstre immortel, Maciste en enfer) avec l’égérie du fantastique Barbara Steele (Le masque du démon, The Pit and the Pendulum, Shivers) ; un duo qui se reformera pour Le spectre du Professeur Hichcock (Lo spettro, 1963).

Scénarisé par l’incontournable Ernesto Gastaldi, l’homme derrière les scripts de La sorcière sanglante, Mon nom est personne et une flopée de classiques du giallo (Si douces, si perverses, L’étrange vice de Madame Wardh, La queue du scorpion, Torso, …), L’effroyable secret du Docteur Hichcock entoure Barbara Steele d’une distribution au diapason. Le vénérable Robert Flemyng (Drôle de frimousse de Stanley Donen, Le vampire a soif et un nombre impressionnant de séries télé) revêt la défroque du Docteur en titre, aux expérimentations plus que douteuses, tandis que son ex-femme est incarnée par la trop rare Maria Teresa Vianello (Le géant de Thessalie de Freda, la comédie I due della legione straniera de Fulci). Les seconds rôles sont quant à eux assurés par des habitués du Bis : le bellâtre Silvano Tranquilli (Danse macabre, La tarentule au ventre noir, Roma violenta) et Harriet Medin (Le corps et le fouet, 6 Femmes pour l’assassin, Schlock de John Landis).

Parangon de l’horreur gothique « made in Italia », L’effroyable secret du Docteur Hichcock partage la splendeur sépulcrale des chefs-d’œuvre de la Hammer ; une tendance renforcée par la BO aux accents baroques composée par Roman Vlad (Les derniers jours de Pompéi, Les vampires, Ursus aka La fureur d’Hercule). Au fil de mouvements de caméra amples - presque « soyeux » -, découlant d’une utilisation brillante de la steadicam et autres travellings, le spectateur suit les pas d’un praticien, le Professeur Bernard Hichcock (le british Robert Flemyng), qui teste de mystérieuses substances sur sa femme Margherita (la sublime Maria Teresa Vianello), en les lui injectant au coucher du lit. A son plus grand malheur, il provoque ainsi le décès de l’être aimé… Après les funérailles, il part en exil, mais revient 12 ans plus tard sur les lieux, en charmante compagnie. Il a en effet refait sa vie avec Cynthia (Barbara Steele). Le couple s’installe dans l’imposante demeure, mais une présence fantomatique semble hanter l’endroit. Serait-ce l’esprit de la défunte épouse ?

Le film dévoile un sens du macabre consommé (même si loin de toute violence graphique), conférant à chaque image une sombre poésie funeste ; un écrin rêvé à la prestation hallucinée de la diva Barbara Steele, sa beauté fragile et ses grands yeux implorant. Qui plus est, l’œuvre ose s’appuyer sur quelques exubérances stylistiques pour susciter l’angoisse, comme des changements tranchés de la direction photo au sein d’une même séquence (irruption de couleurs saturées « à la Bava ») et de brusques coupures sonores.

Néanmoins, l’étrangeté inhérente à L’effroyable secret du Docteur Hichcock ne masque point sa nature intrinsèque d’histoire d’Amour par-delà la mort, où les sentiments les plus intenses percent à travers la tombe. Si ce n’est que la paraphilie dévorante du Professeur (qui les préfère endormies… et si possible profondément !) teinte le tout d’une ambiguïté et d’un malaise prégnants. Le film mérite plus que jamais son aura culte, mais il lui manque peut-être la fièvre et l’originalité formelle des réalisations de Mario Bava (qui fut pour rappel un collaborateur privilégié de Riccardo Freda).

PS : En bonus de cette édition remarquable, le critique ciné Gérard Lenne revient avec à-propos sur la carrière de Riccardo Freda et son diptyque « Hichcockien ». Ce module est complété d’un diaporama de visuels promo, ainsi que des bandes-annonces de la « Collection Gothique ».

Chronique DVD - The Hunters

Chasse à l’homme

Boosté par un passage remarqué (mais pas forcément dans le bon sens du terme) au dernier festival de Gerardmer, The Hunters est un premier film signé Chris Briant, acteur/réalisateur (on a pu le voir devant la caméra d’Olivier Merckx pour les besoins du court Resistance), qui se met donc ici en scène dans un film de genre d’origine française, bien que ce dernier ait choisi de le tourner dans la langue de Shakespeare.

Une jeune recrue de la police locale se retrouve malgré lui plongé dans un ancien fort enfoui dans les bois où cinq ratés se servent de la réserve naturelle comme d’un terrain de jeu sanglant...

Après une première partie plutôt calme où l’on fait d’une part la connaissance de personnages emprisonnés dans un quotidien bien morne, et d’autre part du Saint (Chris Briant), policier amoureux propulsé au cœur d’un environnement hostile, le film bascule lentement vers l’horreur dans un second acte bien plus agité. Ce changement d’atmosphère s’accompagne d’une bonne dose de folie, hélas retranscrite dans un foutoir indescriptible. Le héros mégalo devient la proie des chasseurs, ça gueule comme des putois, un bad guy se la joue sado maso, la petite copine blonde est de service pour montrer son joli minois et nous, spectateurs, assistons péniblement sans rien pouvoir y faire (à moins d’appuyer sur la touche stop ?) aux évènements d’un scénario s’enfonçant de plus en plus dans le ridicule. Niveau casting, nous retrouvons la belle Dianna Agron (la série Glee, I Am Number Four) côté féminin, et du côté des mâles dominants quelques « gueules » exécutant le minimum syndical comme Steven Waddington (Largo Winch), Tony Becker (les séries Matlock, Tour of Duty ou même Walker Texas Ranger) ou encore Terence Knox (qui partage à peu de chose près la même filmographie que l’acteur précité). Le réalisateur Chris Briant a réuni autour de lui une équipe venue quasi exclusivement de la télévision, ce qui donne à son métrage un cachet parfois cheap (la photo manque de panache), appuyé par des prestations poussives parfois accentuées par un accent anglais pas toujours maîtrisé (n’est-ce pas Mr Briant ?), les scènes d’action s’avérant quant à elle relativement molles des guibolles.

R.A.S. du côté du film donc, ainsi que du côté des bonus d’ailleurs, si ce n’est un pauvre making of on ne peut plus conventionnel où l’équipe et les acteurs ne cessent d’envoyer des roses à son réalisateur débutant, ne nous apprenant du coup rien de bien intéressant sur cette production dispensable. Pas un mot sur la construction de l’histoire (au vu du résultat, on peut comprendre), sur les scènes d’action ou même sur le lieu du tournage (Fort Goben), seul élément intéressant du film qui n’est par ailleurs jamais véritablement exploité comme il se doit. La conclusion de ce reportage finira de nous achever par un laconique « il faut se battre et continuer de rêver » lancé par le réalisateur, visiblement satisfait de son travail. Au secours !


CHRONIQUE DVD - Vierges pour le bourreau

Eau Ecarlate (prend soin du linge que vous aimez)

Issu des dernières sorties DVD d’Artus Films au sein de la « Collection Gothique », Vierges pour le bourreau est un nouveau sans faute de l’éditeur.

Quatrième réalisation du « bisseux » Massimo Pupillo (La vendetta di Lady Morgan avec la délicieuse Erika Blanc, le western Django, le taciturne), Vierges pour le bourreau (Il boia scarlatto, 1965) succède à l’horrifique Cinq tombes pour un médium (5 tombe per un medium), sorti la même année et bénéficiant de l’aura de la diva Barbara Steele.

Le musculeux Mickey Hargitay (Les amours d’Hercule - partageant le haut de l’affiche avec son ex-épouse, la gironde Jayne Mansfield, Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle, avec la torride Rosalba Neri) s’y délecte de son double rôle (Travis Anderson/le Bourreau Ecarlate - Boia Scarlatto en titre), investissant ces personnages avec fièvre et démesure - relevées d’un zeste de cabotinage -, aux côtés d’acteurs rompus au genre : Walter Brandi (Des filles pour un vampire, Hôtel du plaisir pour SS de Bruno Mattei), habitué des œuvres de Renato Polselli (L’amante del vampiro, L’orgie des vampires) et le stakhanoviste (96 entrées IMDb !) Alfredo Rizzo (le western Colorado Charlie, l’exotico-grivois Black Is Beautiful, le sulfureux Holocauste Nazi, dont Fred Pizzoferrato - l’homme à la mèche rebelle - vous a parlé dans le premier numéro de Cinémagfantastique).

Côté charmes, l’amateur aura fort à faire, guettant les apparitions de Luisa Baratto (Sept Winchester pour un massacre, Deux pistolets pour un lâche), Rita Klein (Tarzan contre les hommes léopards, Django prépare ton exécution), la frivole Barbara Nelli (Due mafiosi contro Goldginger, La vendetta di Lady Morgan, A doppia faccia de Riccardo Freda), Moa Tahi (L’espion qui venait du surgelé de Mario Bava) et surtout la sublime Femi Benussi (Tarzana, sexe sauvage, La brute, le colt et le karaté de Margheriti, Adolescence pervertie de Bénazéraf, l’excellent giallo Nue pour l’assassin), égérie des films érotiques bis et « craque braguette » avérée. Il serait d’ailleurs temps qu’on lui consacre un « Scream Queen of the Week »… Affaire à suivre donc !

Vierges pour le bourreau débute par la mise à mort du Bourreau Sanguinaire/Ecarlate (Boia Scarlatto) qui, comme de coutume, jure de revenir se venger. Le film s’ouvre ensuite sur un générique composé de plans de paysages d’où émerge un mystérieux château, le tout appuyé par une BO entre jazz de pacotille et « easy listening », totalement en porte-à-faux par rapport aux images.

Dans cette supposée adaptation pour le moins libre de l’univers propre à l’auteur de La Philosophie dans le boudoir (NB : le Marquis de Sade, pour les trois du fond), le spectateur rencontre un groupe hétéroclite - éditeur, romancier, photographe, acteur et actrices - qui décide d’investir le château pour le shooting photo de la couverture d’un bouquin d’épouvante gothique, à la trame vaguement fétichiste et SM. A leurs yeux, c’est le décor idéal. Guidés par les domestiques du lieu (habillés en néo-marins beaufs pré-Jean Paul Gaultier), ils ne tardent pas à faire la connaissance du propriétaire, Travis (Mickey Hargitay), qui finit par accepter de les héberger. L’équipe ne perd pas de temps et se lance dans les préparatifs (repérages, installation du matériel, etc.).

Sitôt le shooting photo en place, on assiste à des traits d’humour balourds ; un comique de situation hors propos déroulé sur une musique « Benny Hillesque ». Mais leur enthousiasme sera vite émoussé par un accident mortel, causant le décès de l’acteur principal. Sans compter que le Bourreau, libéré de son sarcophage (une Vierge de Nuremberg), cède à nouveau à ses pulsions meurtrières…

L’œuvre, au doux parfum de nanar premier choix (décors en carton-pâte plutôt minimalistes, comportement caricatural des protagonistes, …), rappelle l’ambiance de certains « fumetti » (BD de genre transalpines pour adultes) et le ton décalé de la littérature « pulp ». Le costume de Perry (Nando Angelini) fait d’ailleurs explicitement penser à la dégaine du super-vilain Kriminal (héros d’une grande série de « fumetti nero »), porté à l’écran par Umberto Lenzi.

Mickey Hargitay livre ici une prestation indescriptible, toute en yeux écarquillés et phrasé monocorde. L’acteur, grillé aux UV comme un playboy carolo, atteint les cimes du kitsch et de la ringardise en déclamant son texte vêtu d’un peignoir bariolé « so queer ». Visiblement, la costumière ne marchait pas qu’à l’eau durant le tournage… Et ce n’est pas la seule… Plus tard, voici Hargitay récitant un monologue narcissique face à un miroir, les muscles bandés et le torse huilé de près, en collant rouge « moulax ». Du grand Art !

Point d’orgue du film, la mise à mort de Kinojo (Moa Tahi), emprisonnée dans la toile d’une araignée mécanique aux pattes bourrées de poison, est un grand moment de sadisme raffiné, opérant sur le fil (c’est le cas de le dire !) mais ne sombrant pas dans le ridicule qui la menaçait à chaque instant. Du reste, les tortures - héritées de l’Inquisition - se révèlent variées et le bourreau sautillant (!) les exécute avec grandiloquence. Quelques SFX plus graphiques sont imputables à Carlo Rambaldi, futur créateur de l’alien de E.T., l’extra-terrestre.

Même si le statisme de la mise en scène de Pupillo semble rédhibitoire, le spectateur ne pourra en définitive que passer un agréable moment devant une œuvre outrancière, baroque et souvent malhabile. Une atmosphère irrésistible, furieusement « bis », imprègne ce Vierges pour le bourreau , qui est pour ne rien gâcher très drôle. Pourquoi se refuser un tel plaisir coupable ? J’en profite pour donner écho à une énième remarque à propos du titre français de ce Il boia scarlatto : messieurs, à qui pensez-vous faire croire que ces filles sont vierges ?

PS : En bonus de cette édition techniquement irréprochable, on retrouve un panorama de la carrière de Massimo Pupillo par l’érudit Alain Petit (« Des vierges pour Massimo »), avec un focus tout particulier sur Vierges pour le bourreau , ainsi qu’un diaporama de visuels promo du film et les bandes-annonces des autres sorties de la « Collection Gothique ».

CHRONIQUE DVD - Le territoire des loups

Dévoilé par une bande-annonce qui sentait le survival gavé de testostérone, Le Territoire des Loups (dont vous pouvez lire la critique ici) avait tout de l’action-flick estampillé « Liam Neeson 2.0 », au même titre que Taken, Unknown et le prochain Taken 2 (« écoute-moi bien : tu vas de nouveau te faire enlever. Ne fais rien, j’ai 90 minutes de pellicule pour te récupérer »). Grave erreur ! Le nouveau film de Joe Carnahan ne doit souffrir d’aucune préconception pour être savouré à sa juste valeur, tirant plus vers le drame crépusculaire qu’un énième survival sylvestre (à titre d’exemple, un seul coup de feu est tiré durant le film).

C’est sur le tournage de Mission Impossible III – qu’il quittera pour différends irréconcilables - que Joe Carnahan reçoit « Ghost Walker », une nouvelle d’Ian Mackenzie Jeffers (auteur du scénario de Death Sentence de James Wan). À cette époque, Carnahan est aigri par la machinerie contraignante et timorée des blockbusters, et tombe rapidement sous le charme de cette histoire à la fois simple mais porteuse de thématiques universelles. Il développera le scénario pendant près de cinq ans avant de partir pour l’enfer enneigé de Smithers, en Colombie-Britannique, avec Liam Neeson qu’il vient de diriger dans The A-Team et Ridley Scott en tant que producteur.
Filmant au plus près ses personnages, Carnahan intègre le spectateur dans le groupe de survivants et n’enjolive à aucun moment son scénario par un plan large de la nature sauvage : celle-ci n’est pas une carte postale de sports d’hivers mais bien un environnement hostile à tous moments. Les fameux loups (animatroniques réalisés par Greg Nicotero, une once de CGI et quelques vrais bestiaux) prennent une dimension mythique dans ce combat pour la survie et sont utilisés parcimonieusement : un hurlement, une trace de patte qui se gorge de sang suffisent largement pour sentir leur présence menaçante.

L’hyperbole du deuil qui parcourt tout le film (double résonance d’ailleurs puisque Liam Neeson a perdu sa femme, Natasha Richardson, en 2009) mène le film vers une quête spirituelle d’une densité rare et qui en fait pas moins l’un des meilleurs films de 2012, n’en déplaise à ses détracteurs qui mettent en cause la crédibilité du comportement des loups (quand ils s’apercevront qu’il ne s’agit pas d’un documentaire sur Discovery Channel mais bien d’une fiction dont le propos se situe ailleurs, peut-être se calmeront-ils).

Distribué par DFW (Dutch Film Works), le DVD reste très maigre au niveau des bonus : quelques featurettes promotionnelles où l’on apprend que l’histoire était « fantastique », que le tournage était « inoubliable » et que les acteurs ont vraiment « vécu quelque chose ». Bref, rien de neuf sous le sapin. Quant aux différentes versions, rabattez-vous sur la V.O. (la V.F. est ponctuée d’une demi-douzaine d’échos repiqués).

CHRONIQUE DVD - Dylan Dog

Danny the Dog

Dylan Dog, voilà un projet fort intéressant mais au fort potentiel casse-gueule. Pourquoi ? Parce que Dylan Dog est une véritable légende en Italie, le fumetti (équivalent transalpin du comic book) le plus lu et vendu : 292 volumes depuis 1986, série en cours. Les histoires de Tiziano Sclavi mixent allègrement horreur, film noir et poésie macabre, le tout dans une atmosphère désabusée et cynique. Casse-gueule car tout le monde a encore en mémoire le fabuleux Dellamorte Dellamore, adaptation officieuse du fumetti réalisée par Michele Soavi en étroite collaboration avec son auteur. Mais qu’à cela ne tienne, le jeune réalisateur Kevin Munroe, réalisateur de la version 2007 des Tortues Ninja, tente de relever le pari, se remonte les manches et se lance dans l’aventure.

La Nouvelle Orléans abrite un secret : la ville est aux mains de communautés de monstres qui vivent cachés parmi nous. Loups-garous, vampires, zombies partagent clandestinement notre quotidien. Vêtu de sa mythique chemise rouge et armé de son arsenal à balles d’argent, Dylan Dog est le gardien de ces forces obscures et veille à maintenir l’équilibre entre les communautés. Jusqu’au jour où une série de meurtres ensanglante la ville et menace de déclencher une guerre des monstres...

A la lecture du synopsis, point de révolution donc et une histoire qui, sur le papier, respecte l’œuvre de Sclavi. A l’écran, la réalité est tout autre... Exit Rupert Everett, qui prête ses traits au personnage papier, bonjour Brandon Routh, le fadasse interprète du Superman version Singer. Inutile de dire que ce brave Brandon, sans pour autant livrer une prestation honteuse, ne parvient pas à faire oublier le dandy anglais. Moins de classe, moins de charisme, moins de bagout, ce Dylan 2.0 est un beau gosse vaguement ténébreux comme on en trouve par paquets de douze dans n’importe quelle série télévisée américaine. Et de fait, Dylan Dog a plus la gueule d’un épisode de Supernatural ou d’Angel que du film noir qu’il est censé être.

La mise en scène ne génère aucune idée digne de ce nom et se contente de cadrer platement les péripéties mollassonnes d’un détective qui l’est tout autant. L’affubler d’un side-kick marrant pendant dix minutes, lourd pendant tout le reste du métrage, n’arrange rien. Les tentatives d’humour tombent désespérément à plat et ne font qu’allonger encore davantage un film déjà bien longuet. Outre ce duo on retrouve au casting un Peter Stormare (Fargo, Bad Boys II, Les Frères Grimm) plus cabotin que jamais, Taye Diggs (Equilibrium, Private Practice) en méchant insipide, le catcheur Kurt Angle (Warrior) en lycanthrope gros bras et Anita Briem (Elevator, Voyage Au Centre de La Terre 3D) en plante verte. Le tout sous la houlette des producteurs de Ghost Rider II et des scénaristes du dernier Conan. Ouais, ça ne sent pas très bon tout ça…

On peut toutefois saluer la volonté du réalisateur d’utiliser des maquillages et effets spéciaux physiques et de ne pas céder à la mode du tout CGI même si ceux-ci sont bien présents. Effets physiques pas forcément de qualité d’ailleurs car quand on voit la tronche de Belial on se dit que finalement, les CGI n’auraient pu être de plus mauvaise facture. On voit malgré tout que le réalisateur tente de s’impliquer en glissant quelques références et clins d’yeux appuyés à la bande dessinée d’origine (un des vampires notamment se nomme Sclavi). C’est sympathique mais ça ne sauve pas le film. Sans être irregardable, Dylan Dog se voit les yeux mi-clos et les neurones au repos.

Le dvd est au diapason. Niveau image et son y a pas de problème majeur, techniquement c’est très propre. Techniquement, le format est respecté et le film est propos en Audio 3D mais uniquement pour la vf ce qui est dommageable pour les fans de son de haute volée. Maintenant, niveau bonus c’est le désert. Rien. Nada. Que dalle. Pas la moindre featurette ni bande-annonce. Pour les suppléments on repassera. Pour le reste aussi d’ailleurs

CHRONIQUE DVD - Battlestar Rebellion

Tiens, voilà du bourrin !

Mis un temps à l’index par tonton Brejnev, les frères Strugatsky n’ont cessé de dénoncer le régime communiste à travers leurs bouquins de SF : Tarkovsky leur avait déjà pompé Roadside Picnic pour son fameux Stalker et Peter Fleischmann, aidé du scénariste zen Jean-Claude Carrière, remet le couvert en 1989 avec Un dieu rebelle. Cette fois-ci, c’est Fedor Bondarchuk qui se colle à l’adaptation de Prisoners of Power (également intitulé The Inhabited Island et rebaptisé Battlestar Rebellion pour le marché français. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…).

Bondarchuk, acteur/producteur/réalisateur, est un véritable stakhanoviste de la péloche (The 9th Company, c’était lui) passé maître dans l’art de réaliser de grandes fresques épiques. Par contre, au niveau du scénario, le bonhomme est charrette : un terrien paumé qui se mange les dunes de la planète Saraksh avec sa Lada intergalactique en 2157, des enflures à la mèche hitlérienne qui terrorisent le peuple en brandissant la menace d’une guerre permanente avec les dégénérés, rebelles qui préfèrent la sulfateuse aux migraines lobotomisantes des émetteurs étatiques, du space opera en pleine tempête du désert, des mutants décharnés qui aimeraient bien accrocher des cols-blancs à leur pare buffle, de la baston à tire-larigot faisant péter vaisseaux sanguins et spatiaux en même temps…

Bref de la castagne en scope, et toutes ces joyeusetés sans aucun souci de cohérence ! On pourrait regarder le film en version originale que ça reviendrait du pareil au même.
Là où le patrimoine des frères Strugatsky suintait la haine du totalitarisme avec un discours politique marqué, Bondarchuk ne garde que les spectres habituels du communisme (propagande, coercition, esclavage dans les néo-goulags) comme faire-valoir fades de sa dystopie convenue, et ses personnages – au même titre que l’histoire – servent de passe-plats pour se tirer la nouille sur les différents décors à la sauce steampunk (mais vraiment somptueux, il faut l’admettre).
Notons d’ailleurs que le réalisateur a déclaré avoir été tellement abasourdi par le mauvais jeu de son acteur principal, Vasiliy Stepanov, qu’il est tombé en dépression nerveuse pendant plus d’un an. Et c’est vrai que Stepanov, avec son éternel sourire de bienheureux, fait étrangement penser au Simple Jack de Ben Stiller, voire à un surfeur métrosexuel de Newport Beach avec son superbe bandana de l’apocalypse.

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Grande fresque où chaque rouble apparaît sur l’écran, Prisoners of Power (ou The Inhabited Island (ou encore Battlestar Rebellion)) est, en fonction de l’état de votre cerveau, une histoire sans temps mort ou un temps mort sans histoire. L’image est léchée, l’action dantesque et bien maîtrisée, mais on reste néanmoins à des années lumière du diptyque (Nightwatch et Daywatch) de son camarade Timur Bekmambetov.

CHRONIQUE DVD - Sutures

Anesthésie générale

Le don d’organes est considéré comme une bonne action : donner un bout de soi pour sauver la vie d’un autre être humain est un acte admirable. Encore faut-il y être consentant… Malheureusement pour eux, personne n’a demandé l’avis de Sienna (Allison Lange) et de sa bande de potes. Après un court séjour dans la maison de campagne de l’un d’eux, les voilà pris au piège d’un hôpital clandestin, prisonniers d’un chirurgien business man bien décidé à revendre leurs organes aux plus offrants. Mais pour les jeunes gens, pas question de rester sagement sur leur lit en chantant « Je te donne »…

Sutures présente d’emblée une première petite originalité : l’histoire est racontée par l’héroïne sur un lit d’hôpital peu après les événements traumatisants dont elle est la seule rescapée ; le film se déroule donc principalement sous forme de flashback. Pour une fois, pas question donc de jouer aux devinettes en ce qui concerne les survivants.

Problème : cette petite originalité est la seule présente dans tout le film. Sutures emprunte en effet beaucoup à certains de ses petits camarades, en particulier le bien connu Hostel. Se présentant comme un slasher, la première partie du film est une catastrophe et multiplie les dialogues sans intérêt couplés à une interprétation inégale (seule Allison Lange surnage véritablement). L’envie de passer à autre chose gagne vite du terrain, mais pour les courageux qui auront tenu bon, le métrage bascule en seconde partie vers le torture porn le plus sommaire, avec torture, opérations sans anesthésie et plans gore (mais pas trop) à la clé.

Alors oui, comparé au premier acte, ça réveille : en lieu et place des échanges plats du groupe d’amis, on a droit à des cris, du sang et même du plan nichon. Mais est-ce que cela suffit à provoquer l’intérêt ? Et bien non. Sutures n’invente rien et se contente simplement de suivre le cahier des charges de ce genre de production. Plus rythmé que l’introduction certes, mais pas follement plus intéressant. Reste une sympathique scène de fuite à la machette, qui se révèle tout de même bien trop courte pour compenser l’ennui dégagé par le reste.

Place à une petite devinette : d’après vous, que peuvent ajouter des scénaristes en panne d’inspiration à leur script de film d’horreur, histoire de faire croire que leur scénario bateau est en vérité complexe et subtil ? Je sens que vous le tenez sur le bout de la langue. Bingo : un bon gros twist. Attention, il n’est pas question ici d’un bon retournement de situation bien amené, qui remettrait efficacement en question tous les événements présentés avant. Non, là on parle d’un énorme twist incohérent, sorti de nulle part et à la limite de l’incompréhensible. Ou comment conclure 1H17 (si vous vous dites que ça paraît court, détrompez-vous…) d’un film terriblement banal et ennuyeux par une pirouette aux relents de foutage de gueule.

Jamais vraiment effrayant, jamais vraiment fun, Sutures est un petit film sans envergure, qui aurait pu être acceptable si le casting avait été choisi avec plus de soin, et surtout si le scénario ne partait pas autant en cacahuète sur la fin, qui achève le peu de sympathie qu’on aurait pu encore avoir à son encontre. Réunissant deux genres sans jamais les maîtriser, Sutures est 50% slasher, 50% torture porn et 100 % dispensable.

CHRONIQUE DVD - Killer Joe

Texas Fried(kin) Chicken

Le film

Le jeune Chris (Emile Hirsch) est dans la panade. Forcé de rendre une grosse somme d’argent à un truand, le voilà contraint d’imaginer une combine foireuse pour éviter de finir six pieds sous terre. Son idée de génie ? Faire appel à Joe (Matthew McConaughey), un flic ripou et tueur à gage à ses heures perdues, afin de liquider sa mère et de toucher les 500 000 euros d’assurance vie. Dur en affaires, Joe ne fait pas crédit et réclame l’innocente Dottie (Juno Temple), la sœur cadette de Chris, comme caution…

5 ans après Bug, William Friedkin renouvelle sa collaboration avec l’auteur Tracy Letts, qui adapte une nouvelle fois une de ses propres pièces de théâtre. Plongeant au sein de l’Amérique profonde, avec ses beaufs coiffés de Stetson et ses trailer parks, Killer Joe affiche une ambiance poisseuse et des personnages crétins obsédés par l’argent.

Si l’atmosphère qui s’en dégage est par moments très délectable, le film n’en souffre pas moins de défauts assez prononcés. Trop bavard, il peine régulièrement à maintenir l’attention, la faute à un scénario pas follement original et manquant de surprises. Sans être foncièrement mauvaise, la réalisation manque également de génie dès qu’il s’agit d’injecter un peu de dynamisme, notamment lors d’une course-poursuite beaucoup trop molle.

Heureusement, pour rattraper le coup, Friedkin peut compter sur un casting magistral, d’où émergent principalement Matthew McConaughey parfaitement utilisé à contre-emploi, Thomas Haden Church excellent en papa mollasson dépassé par les événements et Juno Temple, dont le charme innocent fonctionne ici à plein régime, le réalisateur n’hésitant pas à l’exposer sous toutes les coutures.

C’est d’ailleurs ce que l’on pourra reprocher à Friedkin, qui semble trop se reposer sur le talent (et les « arguments ») de ses acteurs, peinant à maintenir un rythme réellement efficace de bout en bout, enchaînant maladroitement les moments de calme avec des scènes « choc », tombant parfois comme un cheveu sur la soupe (la fameuse scène du poulet et le final virant au grand guignol mal maîtrisé).

Malgré tout, on se laissera porter par des dialogues à l’humour noir faisant mouche, sans aucun doute la qualité la plus inattendue du film.

Au final, malgré des défauts réellement handicapants, Killer Joe s’impose comme une virée sympathique dans le merveilleux monde des beaufs, et prouve la vitalité de William Friedkin, désireux de ne pas céder à la facilité malgré son âge bien avancé (presque 80 balais, le gaillard). Et ça, c’est tout à son honneur.

Les bonus

Edition normale :

- Bandes-annonces
- Portrait d’une Amérique peu aimable (35 min) : Entretien avec William Friedkin entrecoupé d’images du tournage et d’interventions des acteurs

Edition spéciale FNAC :

- DVD bonus : Masterclass de William Friedkin enregistrée au festival de Deauville 2012 (1H30)

CHRONIQUE DVD - Dredd

Pas de bol pour Dredd. Après une post-prod chaotique où le réalisateur Pete Travis fut éjecté de l’entreprise au profit du scénariste Alex Garland (raison évoquée : divergences entre le réal et les producteurs) provoquant ainsi le retard de sa sortie, le film fut ensuite un flop lors de son exploitation dans les salles américaines. Répercussions oblige, nous avons écopé d’une sortie technique sur le territoire belge tandis que nos voisins français furent tout simplement privé du flic hardboiled dans leurs salles obscures. Finalement, c’est en blu-ray et dvd que Dredd pourra s’apprécier comme il se doit, puisque le film sera disponible dans les bacs dès le 11 février prochain.

Hélas, la galette qui sortira ne nous en dira guère davantage sur les déboires qui ont entouré le film, celle-ci étant dépourvue de tout commentaire audio et ne proposant qu’une poignée de featurettes n’excédant pas les 3 minutes chacune. Présentant le personnage de Dredd, ses accessoires, son origine, sa ville et ses effets de ralentis provoqués par le slo-mo que s’enfilent les junkies du récit, ces capsules ne font évidemment que survoler l’univers de cette nouvelle adaptation des aventures du Juge créé par John Wagner et Carlos Ezquerra.

Reste le film en lui-même, qui tente de nous faire oublier le nanar avec Sly et qui parvient sans mal à le surpasser. Relativement violent et sans concession, ce Dredd version 2012 est à ranger aux côtés d’un certain Punisher : War Zone pour son mélange de nihilisme et ses gunfights hauts en couleur. Le métrage nous plonge dans une Mega-City One remplie de Méga-Blocs où le Mega-chomâge touche la quasi-totalité de la population. Dredd (impassible Karl Urban) et une rookie (la mimi Olivia Thirlby) se retrouvent bloqués et traqués dans une tour où sévit la terrible Ma-Ma (une Lena Headey toute scarifiée), à la tête du trafic de slo-mo, une drogue qui fait voir la vie au ralenti. Pas de psychologie de bas étage, aucune explication sur les origines des personnages, juste deux Juges contre des méchants défoncés et des chairs qui explosent aux quatre coins de l’écran dans de belles gerbes de sang. Ces séquences d’extrêmes ralentis qui reflètent les effets du slo-mo sont plutôt bien intégrées au récit et nous offrent des moments psychédéliques quasi figés au rendu proche de celui d’une case de B.D. Provoquant un plaisir régressif digne d’un jeu vidéo bourrin, ce Dredd manque toutefois globalement de consistance, que ce soit du côté d’un scénario presque identique à celui de The Raid que du côté des personnages ainsi que de l’univers que l’on aurait voulu voir davantage exploré. C’est d’autant plus dommage quand l’on sait aujourd’hui qu’il n’y aura pas de suite à cette efficace série B. Non décidément, pas de bol pour Dredd.


CHRONIQUE DVD - The Forest

Passé une mise en place aussi finaude que dans Le Jour où tout a basculé (un pater et trois navets vivotant sous le même toit avec toutes les tensions qu’entraîne la mort de la mère et le remariage du patriarche avec une donzelle plus jeune), la caméra de Darren Lynn Bousman (Saw 2 à 4, Repo ! The Genetic Opera) pénètre dans les bois pour une partie de camping des plus conventionnelle. Ou presque... Le montage de la tente en pleine clairière à quelques kilomètres de toute civilisation est désormais révolu : dans les Barrens, chacun loue une parcelle et quitte le luxe de sa villa de banlieue pour supporter le vacarme de la marmaille du campeur qui a planté sa canadienne à deux pas. Pis : le feu de camp s’organise en communauté et les plus éloquents circulent entre les rondins de bois faisant office de sièges pour conter l’Histoire capable de faire frissonner les plus impressionnables. Comme les Barrens fut l’antre jadis du Diable de New Jersey, c’est cette légendaire bestiole qui se voit effeuillée dans les comptines locales. Et en matière de strip-tease, la créature a des écailles à revendre : flanqué d’une paire d’ailes et de sabots, le monstre, reconstitué entièrement en prothèses de latex, s’apparente à un dragon nain croisé avec le Satyre de Sa Majesté Minor.

Bousman s’écarte progressivement des sentiers arpentés par Fox et Mulder pour résoudre l’une de leurs plus délicates affaires et prend les atours au passage d’un sous-Shining avec, comme menace principale pour l’équipée, Richard Marlow (Stephen Moyer, cabotin à souhait, vu dans True Blood) qui, l’écume aux lèvres, terrorise les membres de sa famille, les contraignant à régler leurs pas dans les siens tandis qu’il piste lui-même les traces de son propre père dont il doit répandre les cendres en ces lieux. La question brûle les lèvres : après Mother’s Day, Bousman jouerait-il sous nos yeux effarés, à quelques tintements près, la symphonie du paternel percé du ciboulot ? Ce serait sans compter sur la Bousman’s touch : le satané faux-vrai-twist-final qui vous condamne à ré-envisager l’ensemble sous un angle nouveau. Sauf qu’avant de se farcir ce retournement bidon, il faudra faire mine de s’étonner à chaque nouvelle pérégrination vécue par la troupe : oh, un cadavre de chien... oh, des signes cabalistiques que les réas de Blair Witch ont laissé pendre à un arbre...

Dans ce délire automnal sans le moindre piège à loup (assez rare...) mais avec un cougar en vedette (si, si !), seuls les minois de Mia Kirshner et Allie MacDonald font office de lot de consolation.

Au rayon des suppléments, on pointera le bonus promo Au cœur des Barrens (9 minutes) qui vend le film comme un chef-d’œuvre ultime ou un mini-reportage de cinq minutes sur la création de la créature, le meilleur supplément de l’ensemble. Comme à l’accoutumée, la bande-annonce du film ainsi que d’une série de titres édités par Seven 7sont reprises.

CHRONIQUE DVD - Insensibles

A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants, insensibles à la douleur physique, est interné dans un sanatorium.
Séquestrés, incompris et maltraités, un seul d’entre eux, Benigno, atteindra l’âge adulte. De nos jours, le chirurgien David Martel
part à la recherche de ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Il découvrira que ses propres
origines sont étroitement liées au destin tragique de ces enfants, et d’un mystérieux et monstrueux tortionnaire du nom de Berkano.

Pour son premier long-métrage, le réalisateur franco-espagnol Juan Carlos Medina nous propose une ambitieuse parabole, à la
fois poignante et terrifiante, sur les années les plus sombres de l’Espagne du XXème siècle (guerre civile, seconde guerre mondiale,
franquisme). Préférant la relecture poétique à la reconstitution historique, Medina se distingue de ses prédécesseurs ibériques
(L’Echine du Diable, Le Labyrinthe de Pan, Balada Triste, L’Orphelinat) en adoptant un double angle d’attaque pour le moins original :
celui du syndrome de l’insensibilité congénitale de ces enfants internés, isolés sensoriellement du monde extérieur, et en souffrance
psychologique ; et celui du détachement émotif de David, souffrant quant à lui d’une maladie physique létale.

Le film, qui tient autant du thriller fantastique, que du film d’auteur engagé, s’articule donc autour de deux récits qui fonctionnent à
rebours l’un de l’autre. Très vite, le montage alternatif, brillamment agencé, ne laisse place à aucun doute quant au fait qu’ils sont voués
à se recouper, et qu’ils constituent une seule et même histoire, dont le sanatorium est le lieu hyperbolique.Tant et si bien que le bâtiment,
et le monstre qui le hante, acquièrent un statut de lieu maudit quasi lovecraftien, au sens où il est à la fois un point culminant qui écrase
tout horizon, et la porte des abîmes sans fond qui contaminent tout le récit, et aimantent la quête identitaire de David.

Foncièrement symbolique, le film s’interroge avant tout sur la torture intérieure de l’histoire de tout un pays. Medina, conscient de la force
d’un sujet tel que le traumatisme historique, ne perd jamais de vue son propos, et a l’élégance d’éviter de verser dans le discours moralisateur,
auquel il préfère la rigueur formelle. Le tissu narratif et visuel du métrage est beaucoup plus organique et métaphorique que discursif et réaliste.
Ce qui importe, c’est la force émotionnelle transmise par le jeu des acteurs (que celle-ci traduise l’empathie, l’indifférence, ou la cruauté), et la
puissance évocatrice des images. Le casting est béton. Le traitement de l’espace et des lieux, ainsi que des ombres et des lumières,
remarquablement lié à l’évolution psychologique des personnages. Le tout servi par la photographie d’Alejandro Martinez, tout bonnement
éblouissante, jusqu’aux ténèbres.

La réalisateur s’autorise certes quelques digressions dont l’intérêt et le sens demeurent discutables (comme la scène de l’opération du chiot par
exemple). Il n’est pas à exclure non plus, qu’à trop vouloir bien faire, Medina en a un peu trop fait. Mais ce petit brulôt ibérique n’en demeure pas
moins viscéral et émérite. Ce qui prime, en définitive, dans Insensibles, c’est un regard lucide qui commence par dévisager le mal à travers
l’innocence des enfants. Puis qui singulièrement, s’élève, à travers une horreur résolument humaine, au vertigineux promontoire à partir duquel
une nation peut être observée à échelle historique, dans son ensemble, et être capturée dans l’isolement d’une ambiguïté monstrueuse : celle où
elle apparaît comme sa propre victime, et son propre bourreau. C’est de ce point de vue que s’éclaire le final incendiaire (on songe à l’esthétique
de Clive Barker) de la rencontre des deux récits, où le réal prend clairement position. Insensibles refuse les poisons de la culpabilité et du tabou,
ainsi que les facilités de l’oubli, et exhorte au devoir de mémoire responsable. On ira pas jusqu’à vous dire que Medina transcende son sujet. Mais
il a au moins su le sublimer. Et pour un premier film, c’est énorme.

Côté bonus, le DVD et le Blu-ray proposent quasiment le même contenu. Un making of assez complet de 24 minutes, une galerie de photos, et
la bande annonce du film. La bonne surprise vient d’un entretien de 25 minutes, où Medina s’exprime avec sobriété et pertinence sur les tenants
et les aboutissants de son bébé. La partie DVD-Rom (DVD uniquement) propose en outre un storyboard intégral.

CHRONIQUE DVD - Le Sang du Vampire

Réalisé en 1958, Le Sang du vampire s’inscrit, aux côtés des premiers classiques de la Hammer (comme Le cauchemar de Dracula), dans la veine de l’épouvante britannique gothique qui domina le cinéma fantastique jusqu’au début des années ’70. En dépit d’un titre prometteur, Le Sang du vampire ne comporte pourtant aucune véritable créature de la nuit : à la place, nous avons droit à un savant fou ramené d’entre les morts par la science mais forcé de transfuser le sang de ses patients pour rester en vie…

A la fin du XIXème siècle, le médecin John Pierre est condamné à l’emprisonnement à perpétuité suite à une erreur médicale ayant conduit au décès d’un de ses patients. Envoyé dans l’asile d’aliénés du docteur Callistratus, le jeune homme se voit contraint de l’assister dans ses expériences de transferts sanguins. Pendant ce temps, sa fiancée, Madeleine, tente d’obtenir la révision du procès qui apparait avoir été truqué. Elle finit par s’introduire dans la prison en se faisant passer pour une gouvernante et découvre la vérité : John Pierre a été victime d’un coup monté de la part de Callistratus…

Ecrit par Jimmy Sangster, qui devint rapidement le plus prolifique et le plus doué des scénaristes de la Hammer, Le Sang du vampire demeure un plaisant récit souvent méconnu des amateurs du genre. Le film, en effet, sombra dans l’obscurité durant plusieurs décennies et fut même un temps considéré comme perdu. Le revoir aujourd’hui dans de bonnes conditions permet de mesurer son originalité et sa manière habile de ruser avec les conventions, encore embryonnaires, du fantastique anglais : le vampirisme, ici, est purement une maladie sanguine et les transfusions permettent simplement la survie d’un savant ressuscité par la science.

Réalisé avec un talent certain par le pourtant besogneux Henry Cass, le film se situe dans la droite ligne des productions Hammer de la même époque et convoque les mêmes plaisants poncifs : château inquiétant, assistant défiguré, demoiselle en détresse, tentative de viol, machination à l’encontre du héros injustement incarcéré, etc. Décidé à surenchérir sur ses collègues, le cinéaste propose quelques passages qui, à l’époque, firent forte impression sur la censure au point de se voir expurger des copies : jeunes filles à la poitrine suggestive enchainée dans une cave sinistre, tortures, chiens lâchés sur un prisonnier essayant de s’évader, etc. Du costaud pour un film de 1958 ! Les menues faiblesses, dont des décors factices et des peintures très visibles, n’entament donc guère le plaisir ressenti devant ce titre rythmé et alerte durant ses 80 et quelques minutes.

Les nombreux retournements de situation compensent, pour leur part, une trame générale relativement prévisible et linéaire tandis que les interprètes, concernés et convaincants, aident à crédibiliser un récit dont les aspects joyeusement feuilletonnesques sont, au final, très agréables.

Rondement mené, original par son traitement du sujet, Le Sang du vampire est une franche réussite de l’épouvante anglaise et son docteur Callistratus, d’ailleurs plus proche de Frankenstein que de Dracula, mérite bien sa petite place parmi les mémorables « méchants » du cinéma d’horreur.

En bonus sur la galette :

- Le vampire Callistratus, par Alain Petit

- Diaporama d’affiches et de photos

- Bandes-annonces de la collection British Horror


Le docteur Callistratus, par Alain Petit - extrait par apparitor

CHRONIQUE DVD - Le Territoire des Ombres

De nos jours, suite à la disparition suspecte d’un premier expert, Luisa Llorente est chargée d’estimer le manoir de Valdemar. Mais elle disparaît à son
tour. La fondation qui chapeaute cette vente exceptionnelle engage un détective privé, et le charge de mener une enquête en toute discrétion. Lors du
voyage en train qui le conduit sur place, la présidente de cette fondation lui narre une bien étrange histoire à propos d’une malédiction qui aurait frappé,
au XIXème siècle, la famille Valdemar.

L’indulgence ou la sévérité critiques vis-à-vis d’une production cinématographique ne dépendent pas seulement de la qualité de cette dernière. Elles
dépendent aussi de ce dont elle se réclame. Lovecraft, ainsi que les récentes pépites du cinéma fantastique ibérique sont tout sauf un doux patronage
à l’ombre duquel il est aisé de briller. Sans ce double patronage, on vous dirait que Le Territoire des Ombres : le secret des Valdemar (premier volet
d’un dyptique) souffre de longueurs. Que le mélange des effets spéciaux "traditionnels" et numériques n’est pas toujours heureux. Mais que la restitution
visuelle de l’époque victorienne, ainsi que l’étude des caractères y sont assez bien fouillées (si l’on met de côté le personnage d’Aleister Crowley, bien
trop poussif décidément, pour être inquiétant). Que le métrage, enfin, avec son ambiance gothique d’une facture classique directement inspirée de la Hammer,
offre quelques bonnes séquences et plans horrifiques, même si tout ça a un air de déjà-vu. Le spectre de la tentative d’adaptation de l’univers lovecraftien
change considérablement la donne. Il ne suffit pas en effet de prononcer son nom, et de mettre en scène quelques-uns de ses artifices (maison délabrée,
rats, atmosphère macabre, odeur pestilentielle, culte occulte, goules) pour que s’ouvrent les portes de ses démons et merveilles.

En deçà des thèmes qu’il explore, et des mythes qu’il élabore, le dispositif littéraire mis en place par Lovecraft expose avant tout son lecteur à deux sensations
primordiales : l’angoisse et le malaise. Quels que puissent être les partis pris d’une adaptation cinématographique, ce sont ces sensations que ce lecteur est
en droit d’attendre. En choisissant de déployer son histoire sur deux époques à la fois, José Luis Aleman n’a pas opté pour la plus simple des structures narratives.
Le problème, c’est que le résultat est aux antipodes de cette attente élémentaire : éprouver de l’angoisse, ainsi qu’un malaise indéfinissable allant croissant, à
mesure que l’épouvante prend forme, et que la curiosité pressent l’omniprésence de l’inconnu, sans que l’inconnu n’apparaisse jamais en tant que tel. Prétendre
adapter Lovecraft sans restituer cet axiome inhérent à son récit horrifique, c’est se planter dans le décor. Et c’est hélas ce que fait Aleman, qui en guise de mise
en bouche, nous sert bien trop rapidement divers clichés de maison hantée et de film de monstres, avant de nous propulser dans l’ère victorienne pendant près
de 40 minutes, afin de nous infliger un drame épique dont les longueurs s’avèrent interminables. Dès lors séparées de leur substance essentielle, toutes les qualités
formelles éventuelles de ce premier volet semblent vaines, puisque hors sujet. Les dernières scènes, proprement horrifiques, ne suffiront pas à redresser cette
impression de maladresse globale. Reste à voir si le second volet, dont la sortie est prévue pour septembre 2013, relèvera un peu le niveau de l’ensemble.

Côté Bonus, le Making of nous offre quelques commentaires explicatifs noyés sous un flot de bavardages promotionnels. Le décryptage du spécialiste français de
Lovecraft, David Camus, quant à lui, n’est rien de plus qu’une succincte introduction à l’œuvre. De quoi frustrer tous les lecteurs qui auront osé espérer entendre un
spécialiste analyser les mécanismes essentiels de ses récits horrifiques. Bref, vous l’aurez compris, si vous êtes un lecteur averti de Lovecraft, et un fantasticophile
confirmé, ce DTV ne s’adresse pas à vous. Si vous ne connaissez pas encore Lovecraft, c’est que vous êtes en train de découvrir le genre. Dans ce cas, ouvrez plutôt
ses livres.

CHRONIQUE DVD - Voltage

Depuis quelques années les blockbusters les plus fous ne proviennent plus des Etats-Unis, de Hong Kong ou de Corée mais d’Inde. Après Eega et Endhiran, voici Voltage a.k.a Ra.One en version originale. Contrairement à ses deux petits camarades de jeu, le film d’Anubhav Sinha se voit gratifié d’une sortie Dvd et Blu-Ray. Le visage brushingué de Shah Rukh Khan (l’équivalent de Tom Cruise+Brad Pitt+Johnny Depp en Inde) va venir envahir nos linéaires pour notre plus grand bonheur. Du bonheur, c’est ce que distribue Voltage. A la truelle, à la pelle, au canon.

On peut reprocher beaucoup de choses à Voltage mais certainement pas sa générosité. Shah Rukh Khan se démène, court, danse, se bagarre et fait des blagues vampirisant chaque seconde du film. Bien entendu, il en fait des tonnes et surjoue honteusement mais ce côté too much fait partie intégrante du personnage et du cinéma indien en général où la notion de jeu est différente de la notre. Quoi qu’il en soit, Sharukh est la vraie vedette de ce film qui mixe action, science-fiction et réalité virtuelle dans un grand maelström de n’importe quoi assumé de bout en bout. Le film ronge un peu tous les os laissés par vingt-cinq ans de blockbusters américains, de Robocop à Matrix en passant par Tron Legacy. Mais avec toujours cette touche « massala » qui donne du piquant à l’ensemble.

Malgré ses deux heures trente-huit au compteur, une durée relativement courte pour un film indien, on n’a pas le temps de s’ennuyer, le rythme est soutenu, les péripéties, soutenues par des effets visuels de qualité s’enchaînent. Voltage est clairement destiné au « tout public » et possède un esprit orienté kids movies idéal pour une soirée en famille autour du petit écran. Parmi les nombreux moments de grâce du film, on citera la scène du train, assez incroyable même si globalement, le métrage reste plus sage que son grand frère Endhiran et se montre moins foutraque qu’Eega et sa mouche vengeresse.

La sortie en galette numérique de Voltage tient certainement son origine de son succès pharaonique au box office local, le film écrasant la concurrence et faisant tomber tous les records. Voltage est aussi passé dans plusieurs festivals en Europe, ce qui a participé à se renommée auprès d’un certain public. L’édition dvd est de bonne qualité, l’image et le son sont très bons, techniquement, il n’y a pas de défauts et on peut tranquillement profiter des qualités esthétiques de l’image et de la finesse des nombreux effets spéciaux. Par contre, au niveau des bonus, seul le Blu Ray est pourvu d’un making-of et de quelques scènes supplémentaires. Sur le dvd le film est présenté seul en version originale ou version française.

Voltage est un gros film d’action pétardant et délirant, à regarder en famille ou entre amis avec pizza, coca, bière et tout ce qu’il faut pour tenir le coup durant cent cinquante huit minutes d’action. Un bel exemple du savoir-faire de Bollywood en matière de blockbusters décérébrés mais jouissifs et emplis d’une touchante naïveté, loin du cynisme actuel en vogue aux Etats-Unis. Une bouffée d’air frais en plein visage.

CHRONIQUE DVD - Monster Brawl

Le film

Quel est le monstre le plus balèze de la planète ? Plus besoin de vous torturer l’esprit avec cette question ô combien existentielle : le Monster Brawl est là pour ça. Diffusé en direct depuis un cimetière bien lugubre, ce tournoi de catch hors normes voit s’affronter huit créatures mythiques. Du côté des morts-vivants, on a Zombie Man, Lady Vampire, la créature de Frankenstein et la Momie. En face, le clan des créatures est composé du loup-garou, du cyclope, de la sorcière Witch Bitch et du monstre des marais Swamp Gut. Tous sont prêts à se mettre joyeusement sur la tronche, pour le plus grand plaisir des spectateurs. En théorie, du moins.

Parce que dans Monster Brawl, quand on parle de catch, on ne ment pas sur la marchandise : comme dans cette discipline si chère aux beaufs de tout poil et à tous ceux qui ne l’avoueront jamais en public, on a affaire à des affrontements entre gugusses à la tronche pas possible et au look craignos qui se distribuent mollement des mandales. Inutile d’espérer une utilisation originale des attributs monstrueux de ses affreux gladiateurs : hormis un petit coup de laser par ci et une morsure vampirique par là, les rounds se limitent à une distribution de pains loin d’être divine, malgré la présence vocale du grand Lance Henriksen venu toucher sa paie en gratifiant le Grand Manitou de sa voix grave.

Pour trouver un semblant d’intérêt à ce tournoi fadasse, mieux vaut s’éloigner le plus possible du ring pour apprécier les commentaires enthousiastes de Dave Foley et Art Hindle et la présentation de chaque lutteur, qui sera l’occasion pour le réalisateur de mettre en scène diverses saynètes de qualité variable. Mention spéciale tout de même au documentaire animalier sur la créature des marais, qui aura ensuite l’occasion de déclamer son aversion pour la race humaine lors d’un mini discours écolo bien fendard.

Hormis ces quelques traits d’humour réussis et les effets gore étonnamment convaincants compte tenu du budget rikiki, la seule chose qui sauve un minimum le projet est l’enthousiasme manifeste de Jesse T. Cook et de son équipe, évident à la vision du making-of disponible en bonus sur le DVD. Dommage que cet entrain ne soit pas aussi contagieux qu’une morsure de Zombie Man…

Le DVD (contenant également une copie digitale)

Le film est présenté en VF et en VO sous-titrée en français. Notons d’ailleurs que la qualité des sous-titres laisse parfois à désirer, ceux-ci présentant de temps à autres d’affreuses coquilles et autres massacres grammaticaux. Au niveau bonus, outre le making-of cité ci-dessus, on trouvera un commentaire audio du réalisateur et de ses producteurs, la bande originale du film à écouter sur ordinateur et quelques bandes-annonces de l’éditeur.

CHRONIQUE DVD - The Last Days

Le film

Publicitaire sans envergure, Phillip Katz est apparemment touché par la grâce divine en pleine messe, qui lui fait verser des larmes de sang. En vérité simple effet secondaire dû à sa consommation de médicaments contre le stress, cette manifestation inhabituelle fait de cet homme banal la source de toutes les attentions dans un contexte très particulier : le Soleil menace de s’éteindre d’un jour à l’autre. Vite considéré comme une sorte de Messie, Phillip parviendra-t-il à gérer sa notoriété soudaine ?

Halte là, toi l’être alléché par la jaquette du DVD de ce The Last Days, présenté par son éditeur comme un « thriller fantastique et mystique » à coup de visuel aguicheur sentant bon l’apocalypse et la tension qui en découle, avec son Danny Glover arme au poing. Non, aucune arme à feu n’est présente dans le film, de même pour la météore s’affichant en arrière-plan. Même constat pour le titre bidon sans grand rapport avec le contenu. On est donc face à une bonne grosse tromperie sur la marchandise, rien de moins.

Ceci étant dit, qu’est donc réellement ce The Last Days (Son of Morning en version originale), s’il n’est pas le thriller qu’on essaie de nous vendre ? Tout simplement une petite comédie se voulant décalée et pleine d’esprit. Le réalisateur et scénariste Yaniv Raz s’en donne visiblement à cœur joie et s’amuse à dénoncer les travers de la publicité, de la politique, de la télévision, de la célébrité,… Mais tout comme son personnage principal, le bonhomme n’a visiblement pas de véritable message à livrer au monde et enchaîne donc les lieux communs. Rien de bien original donc, d’autant plus que dans des thématiques similaires, The Truman Show, En direct sur Ed TV ou 99 Francs sont déjà passés par là.

Du coup, pour combler son manque de propos, le réalisateur truffe son film de séquences hallucinatoires (si vous rêviez de voir un rongeur parlant piloter un hélicoptère, voici votre chance), de plans tordus et de rock alternatif indigeste, qui renforcent le côté maladroit et inabouti de l’ensemble.

Il serait pourtant malvenu de dire qu’on s’ennuie en visionnant la chose, qui bénéficie de certaines scènes plutôt drôles et d’un rythme soutenu parvenant à maintenir l’attention du spectateur malgré tout, d’autant que le film est très court (environ 1H05). Vite vu, vite oublié, The Last Days est donc un film insignifiant, malgré son casting de choix (Danny Glover y est très bon en clochard illuminé) et toute les bonnes intentions d’un réalisateur visiblement trop embourbé dans ses prétentions pour prendre du recul sur ce qui n’est au final qu’un gros concentré de vide. Du vide tape à l’œil et relativement entraînant, mais du vide quoi qu’il arrive.

Le DVD (contenant également une copie digitale)

Le film est présenté en VF et en VO sous-titrée en français. Niveau bonus, c’est le néant.

CHRONIQUE DVD - Million Dollar Crocodile

Le film

Amao est un crocodile de 10 mètres de long. Ayant échappé à une bande de crétins essayant de le faire passer à la casserole et n’étant pas vraiment décidé à finir en sac à main, la bestiole avale celui d’une hystérique fraîchement rentrée d’Italie en possession d’un gros paquet d’argent. Et forcément, un crocodile avec 100 000 euros (et non pas un million de dollars, allez comprendre…) dans le bide, ça attire les convoitises…

Contrairement aux apparences, Asylum et Syfy n’ont pas le monopole sur les films de créatures immenses en images de synthèse. À des lieues de la patrie des Sharknado, Mega Shark Vs Crocosaurus et autres zèderies aux titres évocateurs, Million Dollar Crocodile est une production chinoise qui se différencie par son ton résolument axé grand public. Pas de démembrements sanglants ni de bodycount démesuré ici, la place est laissée à l’humour et à des péripéties globalement légères, si on excepte quelques attaques du croco, qui restent de toute manière toujours très propres. On ne s’étonnera donc pas d’y trouver comme héros un gamin tête à claques s’étant pris d’affection pour le reptile, accompagné par son paternel, flic peu doué qui s’entraîne au tir en jouant au mythique Duck Hunt de la NES (ou comment se mettre les nostalgeeks dans la poche en un plan).

Acteurs cabotins au possible (mention spéciale à la pauvre et pourtant charmante star locale Barbie Hsu, ici réduite à un festival de grimaces insupportables), intrigue prévisible et humour parfois bien lourdingue peuplent ce Million Dollar Crocodile, également connu sous le titre autrement plus « asylumien » de Croczilla aux USA.

Malgré tout, le film se pose tout de même comme une alternative honnête aux traditionnels films de monstres qui pullulent dans les rayons DVD, ne serait-ce que pour son tempo bien maîtrisé, ses scènes spectaculaires à l’occasion et son bestiau qui ne manque pas de gueule, à condition de ne pas faire la fine bouche.

Le DVD (contenant également une copie digitale)

Le film est présenté en VF et en VO sous-titrée en français. En bonus : 3 bandes-annonces de productions du catalogue de Factoris Films.

Review DVD - Les vierges de la pleine lune

Rosalba ! Si !

Plus qu’une ode à la beauté de la sculpturale Rosalba Neri (nous lui avions consacré un portrait avec repères filmographiques), Les vierges de la pleine lune (Il plenilunio delle vergini, 1973) - officieusement coréalisé par Joe D’Amato (chef op du film) - est une preuve du savoir-faire - parfois aléatoire - de Luigi Batzella (ici, crédité sous le pseudo de Paul Solvay), modeste artisan du Bis, gravitant avec plus ou moins de bonheur dans le western (Pour Django, les salauds ont un prix, Les âmes damnées de Rio Chico, …) ou l’horreur fortement sexuée (Les Nuits perverses de Nuda - Nuda per Satana, 1974), tout autant que dans l’exploitation la plus décomplexée (le piteux Holocauste Nazi aka SS Hell Camp, 1977) et l’érotisme flirtant avec le hard (le mondo Symphony of Love - Proibito erotico, 1978, où l’on retrouve la star transgenre Ajita Wilson, héroïne revêche du Sadomania de Jess Franco). Il est à noter que l’homme derrière Proibito erotico serait surtout Derek Ford (crédité comme coréalisateur de la chose).

Rosalba Neri au bain !

Par ailleurs, Rosalba Neri n’est pas l’unique atout des Vierges de la pleine lune, puisque l’on y croise le bellâtre ricain Mark Damon (La Chute de la Maison Usher, Les trois visages de la peur, Johnny Yuma), la sexy starlette brésilienne Esmeralda Barros (Eva, la Venere selvaggia, Les mille et une nuits érotiques) et l’impayable Xiro Papas (Le château de l’horreur, Holocauste Nazi), à la trogne reconnaissable entre mille, en dépit de son temps d’apparition famélique à l’écran.

Gotico all’italiana

Les vierges de la pleine lune s’inscrit dans un court revival de l’horreur gothique - d’où se démarquera l’excellent Lady Frankenstein -, à une époque plus propice aux exubérances du giallo. L’œuvre de Batzella repose donc sur des éléments constitutifs du genre, dérivés des grands classiques en noir et blanc : autochtones méfiants, château mystérieux, crypte poussiéreuse et jeunes filles apeurées encadrent logiquement la quête de jumeaux, les frères Karl et Franz Schiller (partageant les traits de Mark Damon), partis à la recherche de l’anneau des Nibelungen. Un artéfact légendaire et qui conférerait une puissance inouïe à son heureux possesseur. Mais pour cela, il leur faut galoper à travers la Transylvanie, jusqu’au château de Dracula, sur lequel règne la veuve du Comte et émule plus ou moins avouée de la Comtesse Bathory (la vénéneuse Rosalba Neri, dans un rôle taillé sur mesure).

La folle ambiance...

A me lire, rien que de très convenu, emballé avec professionnalisme et sans trop d’éclat par Batzella. Sauf que ce serait aller vite en besogne, car Les vierges de la pleine lune a bien plus à faire valoir que ce festival de poncifs. Les codes du genre sont en quelque sorte dynamités par une propension naturelle à l’érotisme et une sensualité omniprésente. Sombre créature soufflant le chaud et le froid, Rosalba Neri dégage une grâce infinie et un port altier, qu’elle revête les toilettes chics de la Comtesse ou se dévoile dans le plus simple appareil. Un érotisme atteignant son apogée à l’aune de cette séquence où la Comtesse Dolingen de Vries, nue et nimbée de brume, se dresse - extatique - pendant que sa domestique (Esmeralda Barros) l’asperge de sang, pour ce qui demeure une des images iconiques du film.

Alors oui, Les vierges de la pleine lune est imparfait et multiplie les choix techniques douteux (raccords hasardeux, jump cuts, …), mais ces scories sont rattrapées par la force d’images au gothisme flamboyant, admirablement composées, ainsi que par l’aura et le charisme de la star Rosalba Neri, qui imprègnent durablement la rétine. La production avait aussi eu le goût de localiser son tournage dans les Abruzzes, dont une majorité de scènes filmées au sein du château de Balsorano, endroit riche d’histoire(s) et qui accueillit de nombreux tournages, dont ceux de La crypte du vampire et de Vierges pour le bourreau.

Aaahhh, Rosalba Neri...

Au rayon éditorial, c’est un nouveau sans faute de la part d’Artus, qui nous offre Les vierges de la pleine lune dans un master très correct, avec des bonus de qualité : l’incontournable Alain Petit s’épanche sur le film durant 33 (!) minutes passionnantes (« La Comtesse Rouge »), tandis que Rosalba Neri revient sur sa carrière et sa participation au film (« La Comtesse Rosalba »). Le générique italien (proposé à part), un diaporama de photos et les traditionnelles bandes-annonces de la Collection Gothique complètent le tout.

Pour commander ce DVD, rendez-vous sur le site d’Artus Films.

CHRONIQUE DVD - Attaque à mains nues

Après quelques années d’absence du marché de la vidéo, le petit éditeur indépendant Le chat qui fume est de retour avec une collection baptisée Action Girls. Au programme : des femmes qui se bastonnent (sans blague ?), si possible en tenue légère, voire sans tenue du tout. Les deux premiers titres proposés, tous deux produits aux Philippines (autrefois territoire particulièrement prolifique au niveau de la baston sur pellicule, faut-il le rappeler), se nomment Une femme dangereuse et Attaque à mains nues. Intéressons-nous pour l’heure à ce dernier, réalisé par le prolifique Cirio H. Santiago.

Le film

Sans surprise, le scénario tient sur un timbre-poste : Susan, blonde à la poitrine parfaite et accessoirement ceinture noire de karaté, part à la recherche de sa sœur, disparue mystérieusement aux Philippines lors d’un reportage sur la mafia locale. À elle de faire parler ses poings, son corps et son sex appeal pour mettre à jour les circonstances entourant le sort apparemment tragique de sa frangine.

S’il y a bien une chose qu’on peut dire à propos d’Attaque à mains nues (ou « Firecracker » en VO), c’est que son réalisateur sait exactement ce que le spectateur est venu chercher. Les combats s’enchaînent de manière frénétique, souvent sans aucune vraie justification scénaristique. C’est simple, Susan semble entraîner la castagne partout où elle passe : qu’elle débarque dans le bar d’un hôtel en proie à une baston de masse ou qu’elle croise justement des voyous en pleine rue à peine sortie de voiture, tout est ici prétexte à un règlement de compte musclé. Ces scènes d’action, si elles n’inventent rien, n’en sont pas moins très lisibles, efficacement chorégraphiées et parfois ponctuées d’effets gore bienvenus.

On appréciera surtout quelques séquences mémorables mettant en avant la plastique de Jillian Kesner (ceinture noire de karaté dans la vraie vie, tout de même), comme cette course-poursuite doublée d’un strip-tease involontaire et une scène d’amour hallucinante où les deux amants se déshabillent à coup de lame, deux moments qui vaudraient presque à eux seuls la vision de cette petite œuvre kitsch à souhait mais plutôt efficace. Le casting masculin, tout en surjeu et en belles moustaches, ainsi que les bruitages excessifs des coups participent sans peine au côté ringard du métrage qui finit par dégager une vraie sympathie, à condition de comprendre d’emblée à quel genre de produit on a affaire.

Le DVD

Le film est proposé en VO ou en VF sous-titrée, cette dernière étant chaudement recommandée pour qui souhaiterait décupler un peu plus le potentiel nanar de la chose.

En bonus, outre une série de bandes-annonces du catalogue de l’éditeur, le DVD offre deux scènes supplémentaires (uniquement doublées en français) bavardes, ringardes et inutiles, donc indispensables.

Et pour le plaisir, je ne résiste pas à la tentation de parler de la magnifique jaquette dont le verso est paré de citations fictives délicieusement crétines. Morceau choisi : « Attaque à mains nues est un classique du film d’action des années 70 – Stanley Kubrick »

Review Blu-ray - Maléfique

Romantisme à l’encre noir

Angelina Jolie épate dans la peau de Maléfique.

Maléfique est symptomatique de l’orientation plus adulte en matière de films live prise par le studio aux grandes oreilles, amorcée - entre autres - par l’écœurante bouillie colorée d’Alice au pays des merveilles (2010), ainsi que par l’inégal Le monde fantastique d’Oz (2013) et l’injustement boudé Lone Ranger - Naissance d’un héros (2013), qui figure parmi les blockbusters les plus réussis de ces dernières années.

Maléfique narre les origines de la célèbre méchante de La belle au bois dormant : une fée chargée de la protection d’un éden lointain, dont le cœur pur s’est transformé en pierre par la faute de l’avidité des hommes et d’un amour bafoué. Son histoire intime nous donne à admirer de superbes paysages féeriques, à travers lesquels la caméra virevolte, au son de la brillante BO aux accents poétiques et épiques composée par James Newton Howard. L’enthousiasme éprouvé face à ces visions héritées des contes n’est que légèrement tempéré par l’abus de CGI - au demeurant fort bien exécutés -, imputable au background du réalisateur Robert Stromberg (cf. autres critiques du film).

Une méchante charismatique en diable !

Mais pas de quoi nous détacher de l’œuvre, d’autant plus que l’interprétation d’une Angelina Jolie à la maigreur maladive (elle était tellement mieux plus en chair !) finit de nous convaincre : son physique anguleux est troublant, plutôt raccord avec le personnage, et elle se délecte visiblement d’incarner avec démesure son tout premier rôle de bad girl.

Sombre est le destin

Dans ces conditions, il est dommage que l’univers de dark fantasy dépeint dans Maleficent (titre original) ne soit pas totalement assumé, accouchant d’une œuvre un peu timorée, cédant à quelques excès de mièvrerie et rechignant à pleinement épouser la noirceur de son héroïne. Disney devait veiller au grain pour ne pas trop choquer les têtes blondes, réduisant un tantinet le potentiel et l’impact du film. En dépit de cela, il reste d’un excellent niveau et est un divertissement des plus appréciables, à conseiller à ceux dont le dessin animé marqua les jeunes années. Même si, au vu de l’iconisme du personnage, on aurait désiré un peu plus ! Il nous faut raison garder, car les impératifs financiers d’une telle production sont ce qu’ils sont…

Angelina Jolie et sa gamine, Vivienne Jolie-Pitt

Review Blu-ray

Maléfique est disponible en Blu-ray 3D et 2D, ainsi qu’en DVD.

En bonus du Blu-ray, quelques featurettes assez intéressantes :

. « Du conte de fées au film » revient non seulement sur les caractéristiques qu’ont en commun le film de Stromberg et le classique animé de Clyde Geronimi, mais surtout sur les élements de scénario piochés à la source, dans les contes de Charles Perrault et des frères Grimm. Angelina Jolie en profite pour exprimer la fascination qu’exerce Maléfique sur elle depuis la prime enfance.

. « Les coulisses de la bataille » dévoile les dessous du tournage de la scène d’affrontement entre les humains et les créatures de la Lande, ponctuant le premier acte. Une scène de bataille réussie et parcourue d’un joli souffle épique, qui doit beaucoup (tout ?) au savoir-faire du réalisateur de seconde équipe Simon Crane et révèle à Maléfique toute la folie des hommes.

. « L’art du détail » revient brièvement sur le fabuleux couvre-chef ornant le crâne de Maléfique, issu du travail remarquable de Justin Smith et de son équipe, à qui incombait en partie l’aura du personnage. NB : Rappelons que l’allure générale du make up de Maléfique avait été pensée par Rick Baker.

. « Les secrets de Maléfique » expose une partie de l’élaboration des effets spéciaux numériques (très nombreux dans le film, ils auraient mérité de plus amples explications).

. « Devenir la Belle » est un portrait de la diaphane Elle Fanning, incarnant la princesse Aurore (la Belle du dessin animé de notre enfance).

Le tout est complété de 5 scènes coupées… qui ne l’ont pas été pour rien ! Signalons néanmoins une séquence où le trio de fées demande asile auprès du roi Stefan ; la conserver aurait certainement permis d’humaniser le souverain caricatural campé par Sharlto Copley.

Une femme qui vous met les cornes à tous les coups !

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