Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Histoires de fantômes thaïs
Suite au succès international du florilège Phobia (ou 4Bia) naît une séquelle commanditée par les producteurs du premier opus. Phobia 2 suit la même tendance en proposant plusieurs saynètes réalisées par différents metteurs en scène. Le titre numéral étant pour le coup caduc en raison de l’augmentation substantielle de segments, passés au nombre de cinq, comme en atteste le titre anglais "Five crossroads".
Le premier segment, intitulé Novice, suit les traces d’un adolescent envoyé par sa mère dans un monastère bouddhiste. Sur place, le jeune Pey est confronté à des fantômes qui entendent lui faire expier ses fautes, de quelque manière que ce soit. Plutôt convenue, cette
ouverture signée Paween Purijitpanya, déjà présent à la réalisation du premier Phobia, place le métrage sur d’excellents rails. Pauvre en dialogues, Novice capitalise essentiellement sur l’installation d’une atmosphère pesante, appuyée par une inquiétante brume qui nappe cette forêt hantée par des esprits tenaces qui poursuivent le jeune délinquant. Le final aussi percutant qu’un jet de pierres en pleine gueule (la comparaison n’est pas innocente) laisse présager une anthologie de haute volée démontrant, une fois n’est pas coutume, l’efficacité de l’horreur thaïlandaise.
Ward de Visute Poolvoralaks investit le milieu hospitalier et ne manque pas d’évoquer l’Infection de Masyuki Ochiai. Un lit parcourt un couloir d’hôpital accompagné de bruits de moto. A l’intérieur, le multi-fracturé Arhit enrubanné et emplâtré jusqu’à l’os suite à un accident de moto qui se voit contraint de partager la chambre d’un vieil homme plongé dans le coma dont la famille a voulu prolonger la vie artificielle un jour de plus. Curieux de voir son voisin de chambrée, Arhit empiète sur l’intimité de ce dernier, outrage dont il va payer le prix fort. Deuxième conte macabre mettant en scène des esprits et deuxième pauvre hère en proie aux apparitions malveillantes. Le plus stéréotypé et le moins efficace des segments, Ward se concentre pour l’essentiel à faire sursauter le spectateur avec des effets faciles, le réalisateur tirant sur des ficelles des plus élimées et ponctuant l’ensemble d’un dénouement prévisible.
Le troisième volet, Backpackers, délaisse les émanations spectrales
pour des infectés à l’apparence proche des morts-vivants. Sorte de 28 jours plus tard thaï, le segment signé Songyos Sugmakanan (Dorm, oursisé d’argent à Berlin) entraîne deux campeurs japonais, décidés à faire le tour de la Thaïlande, dans un véritable cauchemar routier. Embarqués par deux camionneurs sur le bord d’une nationale, ils se trouvent bientôt confrontés au chargement de l’engin : une kyrielle de zombies enragés. Lassé par les répétitions fantomatiques dans lesquelles s’enfoncent les productions horrifiques asiatiques, Sugmakanan décide de métamorphoser les traditionnels spectres chevelus et pâlots en d’intraitables zombies affamés et de les parquer dans la remorque d’un camion afin que leur furie dévastatrice, contenue dans un lieu clos, se libère au grand jour et donne lieu à un véritable bain de sang. Les influences américaines et européennes végètent dans l’esprit du cinéaste qui les régurgitent mollement dans cette saynète peu convaincante.
Salvage, du réalisateur Parkpoom Wongpoom, auteur, avec son complice Pisanthanakun, des excellents Shutter et Alone, peine également à instaurer un semblant de climax. Wongpoom s’intéresse ici aux voitures d’occasion et aux nombres d’accidents dans lesquels ils sont mis en cause. Rouillées jusqu’aux amortisseurs, les épaves bénéficient souvent d’une seconde vie après un relooking, façon Evelyne Thomas, dans des concessions prêtes à tout pour faire du bénéfice. C’est l’objectif principal de Nuch qui escroque ses clients en faisant passer sa camelote pour d’exceptionnelles berlines. Mais ces voitures possèdent bien souvent leur histoire propre et ont été le témoin de tragédies. Des drames dont elles portent encore les traces bien enfouies dans chaque parcelle de leur carrosserie qui ne tardent pas à ressurgir en pleine poire de la vendeuse. Après une très rapide mise en place (format oblige), le segment ne résulte plus qu’en une compilation de scènes de trouille plutôt bien foutues, à la manière de ce que proposait Shutter en son temps. Mais depuis les rouages se sont
encrassés et ce qui amenait effroi et transe ne débouche plus désormais que sur une rasade à peine correcte de "Bouh, fais-moi peur !".
Lot de consolation, l’ultime segment In the end de Banjong Pisanthanakun se pose comme le plus amusant et le plus convaincant de ce florilège principalement dévoué aux ghost stories. Réinvestissant le terrain de la parodie horrifique, à l’image de son In the middle de 4Bia, le cinéaste se moque ouvertement des modèles de l’industrie de l’horreur asiatique (et essentiellement japonaise). Focus sur le dernier jour de tournage d’une sorte de sous-Shimizu torché à l’emporte-pièces malgré l’inquiétante dégradation physique de l’héroïne censée incarner le fantôme. Hospitalisée d’urgence, la fantômette retrouve le plateau quelques heures plus tard alors que l’hôpital annonce le décès de l’actrice. De quiproquos en rebondissements hilarants, In the end ponctue de la plus belle des manières cet assemblage inégal, écueil propre aux anthologies pelliculées.
LA BANDE-ANNONCE
Twilight zone d’ennui
Créature nocturne, plantant ses crocs dans le cou diaphane de vierges effarouchées, le vampire demeure l’une des mythologies tératologiques parmi les plus vivaces. Depuis quelques années, et le retour de l’horreur sur grand écran, la bête aux dents pointues a donc regagné ses galons. Autant à la télévision (d’abord avec Buffy contre les vampires puis True Blood) qu’au cinéma, les tentatives de renouer avec ce genre sont légion. Contaminant tous les styles cinématographiques, du film d’action (Blade, Underworld), au film intimiste (Let the one right in), le vampire est (re)devenu le protagoniste du film romantique depuis deux ans, avec
l’adaptation des romans de Stephenie Meyer, Twilight. Pour réaliser Hésitation, les producteurs ont fait appel à David Slade, remarqué (mais par qui ?) pour son adaptation vampirique de la BD 30 jours de nuit.
Après deux épisodes sans ambition, Edward Cullen et Bella Swan sont donc de retour pour le troisième round (mais apparemment pas encore le dernier). Le bellâtre blafard (Robert Pattinson) et l’ingénue à la moue boudeuse (Kristen Stewart) semblent en avoir terminé avec leurs tergiversations passées, et Hésitation débute par l’acquiescement de la jeune fille à la proposition de mariage entrevue dans le hang-over « insoutenable » de Twilight Tentation. Les voilà ainsi promis l’un à l’autre, mais le danger rôde toujours, sous les traits de Victoria, la rousse incendiaire.
Toujours ivre de vengeance, Victoria (Bryce Dallas Howard récupère le rôle) engendre une armée de vampires débutants pour mettre Forks (la petite ville tranquille de l’état de Washington) à feu et à sang. Heureusement Bella peut compter sur Jacob, son ami lycanthrope, pour prêter main forte aux Cullen.
Si le pitch paraît famélique, il est toutefois nettement plus plantureux que les deux volets précédents réunis. Le suspens peine à arrimer le spectateur à son siège mais au moins on sait qu’on attend quelque chose. La chose en question, une lutte à mort, oppose le camp gentils vampires/loups-garous à l’équipe méchants vampires. Sans vendre la
mèche, disons que le film reste aisément PG13. Côté romance, Edward aime Bella qui aime bien Jacob. L’amour triangulaire déjà à l’œuvre précédemment reprend donc du service, sans pour autant que les affects des personnages soient compréhensibles, ni même sensibles. Décharnés psychologiquement, ils ne véhiculent que leur plastique (irréprochables d’après ma petite cousine adolescente).
Seule nouveauté d’Hésitation, l’usage de flash-back qui mettent en lumière les situations qui ont conduit au changement d’espèces de deux personnages. Ancrés dans la mythologie historique de l’Amérique (la Guerre de Sécession et la Grande dépression des années 30), ces interludes, plaisant au demeurant, n’apportent guère plus que l’image d’Epinal attendue.
Sorte d’énorme machine à fric, creuse comme une coquille vide, la saga Twilight use de l’imaginaire vampirique sans parvenir, au pire à le reproduire intelligemment, au mieux à le transcender. Reste un film d’amourette niais, puritain, qui prône l’abstinence. Un comble pour un mythe éminemment sexuel.
Up above…
Une œuvre au-delà des mots, un des chocs cinématographiques les plus intenses de toute ma vie de cinéphile « boulimique » (inutile de préciser que j’en ai avalé des kilomètres de péloche…). Un film au-delà des genres et des modes, doublé d’un spectacle visuel inédit pour le spectateur, qui en aura rarement eu autant pour son argent… Inception finit définitivement d’asseoir Chris Nolan au sommet du panthéon hollywoodien, si tant est que cela s’avérait encore nécessaire… Des superlatifs souvent galvaudés mais que je me vois forcé d’utiliser, comme abasourdi par tant d’intelligence de réalisation. Vous avez dit « génie » ?
La tâche du critique est ardue lorsqu’il s’agit de parler d’Inception, œuvre profondément animée d’une foi inébranlable dans le médium cinéma, qui offre au spectateur de multiples rebondissements narratifs et une esthétique (celle du thriller « high-tech ») réinterprétée de façon novatrice. Dans l’optique d’éviter de gâcher le plaisir de nos chers lecteurs « cinéphages », j’éviterai tout « spoiler » en dissertant plutôt de la forme du film, sans entrer par exemple dans les détails de l’intrigue.
D’une maestria technique confondante, Inception repose avant tout sur des enjeux narratifs solides et des ressorts dramatiques « puissants », qui provoquent une profonde empathie chez le spectateur, via des acteurs en état de grâce. Un tour de force qui ne serait rien sans la conviction d’interprètes qui ne font qu’un avec leur personnage (la distribution des rôles s’avérant tout simplement parfaite) et n’hésitèrent pas à apposer leur propre pierre à l’édifice de la caractérisation (très étoffée) des protagonistes. Leonardo DiCaprio en tête, qui mène le film de bout en bout et s’avère encore plus subtil/nuancé dans son jeu que chez Marty Scorsese. Il est entouré d’un casting de rêve, comptant rien de moins que Joseph Gordon-Levitt (Brick, Mysterious Skin de Gregg Araki), qui effectua ses propres cascades au sein d’un plateau de tournage tournant à 360°, Ken « The Last Samurai » Watanabe (déjà à l’affiche de Batman Begins), Marion Cotillard (Public Enemies), Tom « Bronson » Hardy (de loin une des présences les plus charismatiques du film !), la craquante Ellen Page (Hard Candy, Juno), Cillian « Sunshine » Murphy, Sir Michael Caine (qui en est à sa 4ème collaboration avec le réalisateur) ou encore Dileep « Drag Me to Hell » Rao, en passant par Lukas Haas, Pete « Usual Suspects » Postlethwaite et le revenant Tom Berenger (Platoon, Fear City d’Abel Ferrara, …). Désolé pour le « name dropping »…
Basé sur la sublime direction photo de Wally Pfister (fidèle collaborateur de Nolan, dont la lumière décuple l’impact de chaque séquence, sans prendre le pas sur celle-ci et céder à un esthétisme déconnecté de la narration), la mise en scène de Chris Nolan se pare d’une ampleur phénoménale, via des mouvements de caméras virtuoses et d’autres « affèteries » formelles (tels ces ralentis « extrêmes » obtenus avec une vitesse de défilement de la pellicule la plus élevée possible : 1000 images/seconde, soit plus de 40 fois la vitesse normale…) convoquées avec la plus grande des acuités.
Pour ce faire, le réalisateur s’est entouré de techniciens rompus aux
grosses productions mais aussi habitués à travailler avec lui, tels le superviseur des effets spéciaux Chris Corbould (déjà à l’œuvre sur Batman Begins), en charge des effets plateau, le superviseur des effets visuels Paul Franklin (nommé au BAFTA pour The Dark Knight), qui bouleverse les lois de la physique à l’aide d’SFX numériques renversants (au propre comme au figuré), le chef-monteur Lee Smith (Batman Begins, The Prestige, The Dark Knight, Robocop 2, The Truman Show, Master and Commander de Peter Weir, …), chargé de remettre de l’ordre dans tout cela, ou encore le compositeur Hans Zimmer (True Romance, Gladiator, The Thin Red Line, …), artisan d’une BO à la frontière du « sound design » (par instants), qui épouse à merveille les images. Pour l’anecdote, il s’est associé pour l’occasion à Johnny Marr (ancien musicien des mythiques The Smiths), qui enjoliva la bande originale de beaux riffs de guitare.
Et force est aussi de constater que Chris Nolan monte en régime au fil des projets, lui qui possède déjà une des carrières hollywoodiennes les plus intéressantes, parcellées de chefs d’œuvre. Devenu « artificier » du blockbuster, genre auquel il ajouta un « supplément d’âme » via la pertinence des thématiques soulevées (j’y fais bien assez référence dans mon portrait du réalisateur sur le site), il peut dès lors être finalement considéré comme l’égal des plus grands (Kubrick, Coppola, Friedkin, Hawks, Carpenter, Ford, …), dans sa façon de concilier attentes du public et exigence du propos (à l’inverse par exemple d’un tâcheron comme Michael Bay). Après avoir posé un des jalons du « comic-book movie » avec The Dark Knight (assorti d’un des plus grands films noirs jamais réalisés) et enchaîné avec le joyau Inception, une seule question demeure : où s’arrêtera-t-il ? Oubliez l’ancienne garde des frères Scott, Spielberg et consorts, autant que la nouvelle génération du film d’action (Joe Carnahan, pour ne citer que lui), en ce moment, il n’y a pas photo, c’est un K.O. technique…
Issu d’un tournage globe-trotter, un peu à la façon des James Bond ou de la série des Jason Bourne, (au Canada et ses étendues enneigées, à Paris, Tokyo, Londres, Los Angeles, …) qui fut éprouvant pour l’équipe mais nous offre de somptueux paysages et un usage inspiré de la topographie des lieux (écrins de scènes d’action dantesques), Inception soulève des questionnements éthiques et spirituels, qui dynamitent le carcan du thriller S-F « politisé » (ou film de braquage, selon la productrice Emma Thomas, même si ici, l’esprit de la victime se révèle le terrain du hold-up) que le réalisateur s’était fixé.
Du déferlement d’action à l’intime, du chaos à l’apaisement, pour in fine toucher à ce qui définit l’humain dans sa part la plus constitutive (ses sentiments, via l’idylle contrariée entre Cobb et Mall, et les relations au sein de la famille, qui concernent aussi le rapport au père douloureux du personnage de Cillian Murphy), Inception réussit sur tous les tableaux.
Bouleversant…
Pur bonheur
Edgar Wright ayant toujours été fan de jeu vidéo (il avait notamment rendu un délirant hommage à la saga Resident Evil dans un épisode de Spaced), il était inévitable qu’il finisse par exprimer son amour du 10e art dans un de ses films. Son premier film américain « en solo » (comprendre sans ses compères de toujours Simon Pegg et Nick Frost) lui a donné cette occasion, via l’adaptation du comic book Scott Pilgrim. Scénarisé et dessiné par Bryan Lee O’Malley, Scott Pilgrim est une série de six romans graphiques mettant en scène un jeune homme de 23 ans devant combattre les sept ex de Ramona Flowers, la jeune femme qu’il convoite. La principale particularité de ce comic book, c’est que les combats contre les ex de Ramona sont présentés comme des affrontements de jeux vidéo. Pas étonnant dès lors qu’Edgar Wright ait été intéressé par ce matériau synthétisant la plupart de ses passions. L’occasion rêvée pour offrir au public un spectacle novateur sortant totalement des sentiers battus.
Dès les premières secondes, lorsque le célèbre logo Universal apparait dans le style des consoles 16 bits (musique en midi y compris), il est clair que Scott Pilgrim vs the World sera un film différent. Et en effet, la bande-annonce ne mentait pas sur la marchandise : Scott Pilgrim est un pur fantasme de gamer, une oeuvre réussissant enfin parfaitement la fusion entre cinéma et jeux vidéo (en ajoutant aussi une grosse louche de BD et une pincée de rock). Le film est ainsi divisé en niveaux, au bout de chacun desquels Scott devra affronter l’un (ou l’une) des ex de Ramona, chaque combat débutant par un écran annonçant Scott vs l’ex en question, à l’image des jeux de combat comme Tekken ou Street Fighter. Et à la fin de chaque combat réussi, Scott gagne des pièces et des points (points qui lui permettront plus tard de gagner une vie). Mais ce n’est pas tout, puisque tout l’univers du film est régi par le 10e art : lorsque Scott va aux toilettes, sa pee bar (« barre de pisse ») redescend à zéro, on entend en fond des bruitages de jeux, voire même des musiques (la musique de Zelda est régulièrement utilisée), et surtout, chaque ex a une caractéristique et un style de combat différent, faisant appel à un type de jeu particulier. Scott aura donc évidemment à pratiquer les arts martiaux, mais aussi à défier l’un des personnages au skateboard, un autre dans un duel de basse style Guitar Hero, ou encore devra utiliser des invocations comme dans Final Fantasy. Mais en plus de ça, Edgar Wright s’amuse à rajouter d’autre références à la culture pop : les comic books bien sûr, avec les onomatopées apparaissant à l’écran et les super pouvoirs de Scott et de ses adversaires, mais aussi les sitcoms au cours d’une scène hilarante utilisant les ressorts de ce type de série (comique de situation, dialogues au couteau, lieu unique et rires enregistrés), ou encore la musique rock dans une bande-son excellente.
Evidemment, décrit comme ça, le film a l’air d’un énorme bordel totalement autiste et destiné uniquement aux geeks. Mais c’est sans compter le talent d’Edgar Wright, qui réalise là peut-être son film le plus abouti, tant en termes de narration que de réalisation (le montage du film est absolument monstrueux de précision et de fluidité). A commencer par une capacité impressionnante à réussir à faire passer à l’écran tous ces délires visuels sans aller jusqu’à l’overdose et surtout sans sacrifier son histoire et ses personnages. Car derrière ce bon gros délire, le film traite avec une certaine intelligence des relations amoureuses et de leurs conséquences (perte de la confiance en soi après une rupture, peur de l’engagement…), ce qui le rend beaucoup plus fin et réaliste que la plupart des comédies romantiques débiles débarquant régulièrement sur les écrans. Il faut dire que les acteurs sont pour beaucoup dans la réussite et la crédibilité du film. Michael Cera rejoue une fois encore son personnage de grand ado un peu attardé, mais il réussit ici à être aussi touchant que dans Supergrave, surtout lorsqu’il commence à se demander si le jeu en vaut la chandelle. Le plus surprenant reste tout de même la capacité qu’a Wright à le faire passer pour un artiste martial sans faire tiquer le spectateur (ce qui permet de souligner au passage que les scènes d’action sont ici bien plus réussies que dans Hot Fuzz) ! Mary Elizabeth Winstead est aussi parfaite de son côté, campant un personnage pas si facile à incarner que ça, dont l’apparente froideur cache une peur de l’engagement destructrice.
Wright arrive même à renouveler le personnage classique du « meilleur pote un peu lourdingue mais sympa quand même » en faisant de Kieran Culkin un coloc gay et queutard piquant les petits amis de la sœur de Scott. Enfin, difficile de ne pas citer la « ligue des ex », tous assez gratinés, tout particulièrement Brandon Routh, méconnaissable en blonde peroxydée, Chris Evans en acteur de films d’action ringards, et surtout Jason Schwartzman en boss ultime féru d’escrime.
Pur OVNI cinématographique, Scott Pilgrim vs the World est aussi un pur bonheur de cinéma : un film ne ressemblant à aucun autre, fourmillant de trouvailles visuelles, et surtout hilarant de bout en bout. A découvrir de toute urgence !
Claustro-folie du barbouze
Paul Conroy aurait mieux fait de rester au pays pour toucher les allocs plutôt que de jouer au convoyeur humanitaire dans le désert en plein bourbier irakien. Et pour cause, ce pauvre bougre vient de se réveiller dans un cercueil en bois et, vu l’acoustique, il se rend vite compte qu’il a été enterré vivant avec, comme seuls objets, un briquet et un téléphone portable dont le réseau faiblard n’a rien à envier aux vallées de la Gaume…
Soyons honnêtes, le pitch avait de quoi refroidir les plus optimistes :
comment tenir en haleine un public avec 90 minutes claustrophobes où l’on ne quitte pas un seul instant ce satané cercueil ? Roger Corman nous avait déjà fait le coup avec L’Enterré vivant (1962), suivi quarante ans plus tard par le deuxième volet de Kill Bill de môôsieur Tarantino. L’idée, souvent excellente sur le papier, s’essouffle aussi vite que le Marlboro Man sur un cent mètres à l’écran, et toutes les conditions étaient dès lors réunies pour voir dans Buried un pétard mouillé qui pète plus haut que son cul. Erreur phénoménale de blasé conceptuel ! Contre toute attente, le film de Rodrigo Cortès est une véritable bombe et la réponse de sa réussite se trouve dans les fondamentaux du cinéma, trop souvent oubliés à une époque où l’on nous sert trois effets numériques et un travelling compensé pour un bête sourire. Ainsi donc, ces fondamentaux – pour paraphraser Woody Allen – se résument à trois choses : un bon scénario, un bon scénario et un bon scénario. Et celui de Chris Sparling est efficace en diable, mais nous n’en dirons pas plus pour vous en laisser la surprise. Sur ce chapelet de rebondissements à vous arracher les cheveux se greffent également des critiques qui se diluent insidieusement tout au long du film : ainsi, la guerre en Irak importe peu, et nous échappons à ce prêt-à-penser très consensuel qui dénoncerait une fois de plus la politique US. L’ennemi ici n’a pas de visage, car il est partout, à commencer par le « home sweet home » que Paul a en ligne de temps à autre : alors qu’il hurle à l’aide, il ne cesse de buter contre les fantassins des call-center et les manœuvres procédurières d’une bureaucratie impersonnelle. Évidemment, son sentiment de solitude s’en trouve exacerbé, la frustration est décuplée et, à ce stade, le spectateur n’a probablement plus d’ongles à rogner…
Car, au-delà du scénario – et son prix de la Critique Internationale au dernier Festival de Deauville est largement mérité, l’idée absolument géniale de Rodrigo Cortès pour nous faire hyperventiler est née d’un manque d’argent (le budget du film correspond à tout casser au buffet d’un film de Michael Bay). Cette économie de moyens l’a obligé à être plus
créatif, quitte à suivre les pas de son maître, Hitchcock, et plus particulièrement Lifeboat (1944). Le mot d’ordre était donc : on ne quitte pas le cercueil une seule seconde ! Cette proximité avec le héros rend l’œuvre incroyablement organique et – peut-être est-ce parce que nous sommes tous voués à long terme à devenir des bouffeurs de terreau – flirte avec une intensité rarement éprouvée au grand écran.
Techniquement, Buried est également un tour de force : malgré l’espace confiné, les plans sont fluides et inventifs, la photo est magistrale car d’une discrétion absolue (comme si le film avait été tourné avec un Zippo et une lampe de poche), le travail du son – primordial sur un projet pareil – est irréprochable et, s’il faut trouver un défaut à Buried, on pourrait arguer de quelques pirouettes scénaristiques (mais obligatoires tant que les spectateurs ne seront pas nyctalopes).
Enfin, cerise sur le Sundae, saluons la performance de Ryan Reynolds – il n’y en a que pour lui de toute façon – qui révèle un prisme d’émotions étonnant. Il évite tous les écueils qu’un rôle aussi casse-gueule que celui-ci peut avoir et prouve qu’il est tout aussi bon dans la retenue que dans le découpage de gigot de vampires (Blade III) ou le dézinguage à la sulfateuse (Smokin’ Aces).
Bref, si vous avez envie de vous réconcilier avec les grands espaces et vraiment savourer la position de l’étoile de mer sur votre lit sans toucher les murs, précipitez-vous sur Buried : c’est tout simplement redoutable…
Slasher SM
Cinq blaireaux se retrouvent à l’arrière d’un drugstore pour jouer au poker toute la nuit. Le gratin du gratin : une grosse standardiste du téléphone rose, un lourdeau qui flanche devant les donuts, un junkie en désintox’, une prostituée et le propriétaire des lieux assez parano que pour truffer chaque recoin de son magasin de caméras reliées à un moniteur central. Pas de pot, l’équipée est bientôt traquée par un tueur en série masqué de cuir aux méthodes plutôt brutales...
Un film belgo-américain est un fait assez rare que pour être souligné. Produit par Mazefilms, basé à Bruxelles avec une antenne à Los Angeles, Cornered ! est le premier métrage réalisé par Daniel Maze dont il signe également le scénario avec Darrin Grimwood. Le script en question mêle habilement des éléments essentiels des slashers traditionnels et une dynamique plus moderne en phase avec la vague post-Saw. Encagoulé de cuir (tendance SM comme dans Blackout de Douglas Hickox ou, plus récemment, The collector de Marcus Dunstan), le serial killer se montre particulièrement cruel et inventif dès qu’un amas de chair se plante sur sa route. Tranché à la disqueuse ou agrémenté de crème glacée, chaque corps devient, sitôt passé par ses menottes, une oeuvre d’art culinaire prompte à humidifier les babines des plus avides de boucherie et à attiser la curiosité des addicts d’un Dîner presque parfait.
Bavarde à l’excès, la bande capitalise trop souvent sur les dialogues interminables des protagonistes, censés drainer la sympathie des spectateurs pour ces marginaux. Effectivement, à la longue, ceux-ci
finissent par attacher si l’on s’en réfère au sens culinaire du terme : plombant la première heure de leur incurable logorrhée, les morituri justifient leur présence, légitiment leur enfermement et décrivent les défections qui gagnent leurs portables. Cloîtrés sans contact possible avec l’extérieur, ils remplissent comme ils peuvent la vacuité de leur existence en se laissant aller à leurs dépendances (qui de la bière, qui de la drogue, qui des donuts, qui des glaces) et en taquinant la carte pour de la menue monnaie jusqu’à ce que le sadique vêtu de cuir ne vienne titiller leurs penchants masochistes en leur rendant... la monnaie de leur pièce par la même occasion.
A la croisée de The collector et de slashers plus classiques, Cornered ! tente de faire dans le pataud et dans le gore mais finit par lasser l’assistance en raison d’une mise en place beaucoup trop fastidieuse. Dommage car il y avait du potentiel dans ce projet flanqué du délicieux Steve Guttenberg, l’inoubliable sergent Mahoney de la franchise Police Academy.
Les guignols de l’info
En plein coeur de Moscou, une fusillade éclate entre policiers et criminels. Résultat : de nombreux morts et blessés autant du côté de la flicaille que des badauds qui trainaient là par hasard. Impuissante face à ces pros de la gâchette, la police voit son image de plus en plus entachée. Pour redorer le blason de la police moscovite, Katya Verbiskaya (qui a dit "A tes souhaits ?") met sur pied un programme de télé-réalité diffusant en temps réel les images de l’intervention policière...
Le réalisateur suédois Anders Banke est une figure connue des amateurs du genre nordique : il est en effet l’un des artisans de la renaissance du cinéma fantastique scandinave qu’il a inaugurée avec le vampirique Frostbiten. Bergman et Christensen relégués au placard au profit d’une teinture très américaine qui se retrouve également, de manière plus timorée, dans le thriller Newsmakers. Bande multiculturelle, le deuxième long-métrage du Suédois adopte une facture très US, s’inspire d’une oeuvre hong-kongaise (Breaking news de Johnnie To) dont l’action est désormais située en plein Moscou. En résulte une osmose complète où cohabitent gunfights pétaradantes made in US et une froideur proprement septentrionale.
Mais, sur la longueur, Banke se laisse dépasser par des aspirations esthétiques et narratives aussi diverses et balance un film au rythme des plus bancal. A la fois actioner burné (crashs de bagnoles, explosions, gunfights, courses-poursuites à n’en plus finir) et drame d’influence (sitôt que les malfrats se cloitrent dans l’immeuble), Newsmakers se retrouve la raie entre deux sièges. En marge, le gimmick principal du film, à savoir la guerre par médias interposés que se mènent les bad guys et la police,
tombe littéralement à plat. Télévision et ordinateurs servent autant les protagonistes à s’humaniser médiatiquement qu’ils desservent l’histoire, ralentissant fortement son rythme et implantant dans un climax pesant des touches plus légères qui dénotent (embellir l’image de la police par le biais de sushis ?).
Malgré quelques canardages pétaradants et un rythme relativement élevé en début de métrage, Newsmakers s’essouffle rapidement pour ne plus proposer qu’une guerre des medias des plus surannée.
Les « Night Chronicles » sont une série de longs métrages horrifiques à petit budget produits par M. Night Shyamalan, également responsable des idées servant de base aux scénarios. Un concept intéressant lorsqu’on apprécie le cinéaste, responsable de quelques classiques de ces dernières années comme Sixième sens ou Incassable.
Le premier film de cette « saga », intitulé Devil, a été écrit par Brian Nelson (30 jours de nuit, Hard candy) et mis en scène par John Erick Dowdle (En quarantaine). Malheureusement, le résultat s’avère décevant en dépit de prémices intéressantes, basées sur une ancienne légende voulant que, parfois, le Diable s’incarne en homme pour venir cueillir l’âme des damnés.
L’agent de sécurité Ramirez se souvient des histoires racontées par sa maman au sujet du Diable, lequel marche sur la Terre lorsqu’un suicide ouvre les portes de l’Enfer. Devil débute donc par la vision d’un homme se défénestrant du haut d’un building. L’enquête est confiée à un policier nommé Bowden, lequel se remet d’une dépression et d’une longue dépendance à l’alcool causée par un accident de voiture ayant jadis couté la vie à sa femme et son fils. Le chauffard s’était, ce jour là, contenté de laisser un mot « je suis désolé » avant de prendre la fuite. Il ne fut jamais arrêté.
Dans le même temps, cinq personnes se trouvent bloquées dans un ascenseur en panne. Ben, un agent de sécurité temporaire, essaye de cacher son passé violent et de rassurer Vince, Tony, Sarah et une vieille femme inconnue. La situation s’éternise et des événements étranges commencent à survenir. Sarah est d’abord blessée par un objet coupant puis Vince meurt quand un morceau de verre provenant d’un miroir brisé lui tranche la gorge.
Ramirez, observant les réactions des protagonistes via les caméras de sécurité, remarque également l’apparition de phénomènes inexplicables, comme un visage démoniaque rodant dans la cabine d’ascenseur. Refusant la thèse surnaturelle, Bowden mène l’enquête, décortique le passé des cinq personnes et soupçonne Tony de ne pas être celui qu’il prétend. Un technicien appelé en renfort tente alors de réparer l’ascenseur mais chute sur la cabine et meurt, comme si quelqu’un, ou quelque chose, refusait de laisser partir les prisonniers. Peu à peu, Bowden remet en doute ses convictions et admet que, peut-être, l’une des cinq personnes coincées dans l’ascenseur serait le Diable incarné.
Pas vraiment réussi, Devil s’apparente surtout à un épisode de « La Quatrième Dimension » étiré sur une durée de 80 minutes. Incapable de rester à l’intérieur de l’ascenseur et de générer un authentique huis-clos angoissant, Devil s’échappe trop fréquemment de son espace confiné pour proposer une enquête policière guère originale et quelques sous-intrigues finalement inutiles. En dépit d’une courte durée, le film parait par conséquent assez longuet, ce qui n’exclut pas une première partie précipitée échouant à rendre étouffant et claustrophobe l’environnement proposé. Les
événements paranormaux surgissent, eux, trop rapidement pour conférer au métrage une véritable atmosphère. La plupart des scènes d’angoisse se déroulent, en outre, lorsque les lumières sont éteintes, permettant un certain suspense mais aussi beaucoup de frustration. Les rares séquences chocs surgissant en pleine lumière sont, par contre, peu convaincantes et recourent à des « jump scare » éculés, n’évitant pas l’apparition d’un visage démoniaque en surimpression hérité du remontage de L’exorciste.
Les thématiques sous-jacentes, pour leur part, trahissent bien les obsessions de Shyamalan et concernent les croyances religieuses (« pour te réaliser pleinement tu as besoin de croire en quelque chose de plus grand ») et la présence effective du Diable en nos sociétés, tempérée par une morale finale plus optimiste et rassurante (« si le Diable existe alors Dieu est également présent parmi nous »). L’option démoniaque et surnaturelle ne fait d’ailleurs aucun doute : le policier ayant perdu la foi ne tarde pas à revenir sur le droit chemin et admettre l’existence du démon même s’il se montrait, au départ, sceptique. Comme souvent chez le cinéaste / scénariste, les notions de culpabilité, de rédemption et de pardon sont centrales à l’intrigues et aboutissent à un climax prévisible mais bien mené et plutôt convaincant.
Fort attendu, Devil fonctionne comme une petite série B sympathique mais s’apparente surtout à un épisode de série télévisée et seuls quelques plans d’une belle ampleur (les immeubles environnés de nuages menaçant symbolisent, on le devine, les forces du mal à l’œuvre) le distingue de productions télévisuelles récentes.
Sans être désagréable et parfois même rassurant par son concept (un long métrage à petit budget tente de damner le pion à des blockbusters horrifiques jouant la surenchère spectaculaire sans être un remake de plus ni un torture porn minimaliste), Devil manque d’ambition pour s’élever au-dessus de la masse des divertissements sitôt vus et sitôt oubliés. Dans l’ensemble, ces premières « Night Chronicles » se suivent toutefois sans trop d’ennui et rassurent pour les prochains volets.
C’est jour de fête en ce mardi 04 janvier ! Non ce n’est pas encore la fête des Rois et non je ne subis pas le contrecoup des festivités de fin d’année. Ce mardi célébrait la fête des cinéphiles parisiens car UGC organisait une avant-première exceptionnelle. Celle du vigilante movie anglais HARRY BROWN. Quoi de mieux pour fêter ça que de faire venir le producteur, le réalisateur et surtout Sir Michael Caine, légende vivante du cinéma grand briton que l’on a pu voir dans un tas de films et qui vient de se voir offrir une seconde jeunesse
grâce à son compatriote Christopher Nolan qui en a fait son comédien fétiche. Je me suis donc déplacé pour l’occasion, bravant le rude hiver parisien afin de peut-être apercevoir Sir Caine. Le début des festivités étant prévu aux alentours de 20h30, j’entre dans la salle N°1 de l’UGC Les Halles, multiplexe implanté en plein centre de la capitale. Je me faufile dans la séance et dégote une jolie place eu deuxième rang. Parfait.
A 20h30 précises débarque le maitre de cérémonie nous annonçant la présence des trois invités et nous demandant de patienter quelques minutes avant de les accueillir. Quelques instants plus tard débarquaient sans faute le producteur Krys Thykier, le réalisateur Daniel Barber et Sir Michael Caine se voyant gratifier d’une belle standing ovation. Pendant quelques secondes, on se serait cru au Palais des Festivals de Cannes, les smokings en moins. Michael Caine salue la foule, en français s’il vous plait, et plaisante sur le fait que le film que nous allons voir ce soir, n’est pas une comédie mais que malgré tout, il nous souhaite une agréable soirée. Même si le film lui est loin de l’être. Petites interviews d’usage pendant laquelle tout le monde se lance des fleurs mutuellement alors que Michael Caine s’improvise traducteur répétant en français les paroles de ses deux compères. Le tout avec une classe naturelle, un flegme parfait et un accent anglais des plus savoureux. Il traduira tout parfaitement en bon bilingue qu’il est. Ajoutant quelques blagues suscitant l’hilarité d’une assistance plus que conquise. Il est venu spécialement à Paris pour défendre le film car c’est un projet difficile et sensible auquel il tient énormément. On le comprend à la vue du film qui s’impose comme un chef-d’œuvre du genre, rejoignant Vigilante de Bill Lustig et Un Justicier Dans La Ville de Michael Winner au panthéon du style
. Dépassant même les deux mètres-étalons grâce à une mise en scène implacable et la prestation cinq étoiles de Michael Caine mais j’y reviendrai dans la critique du film.
Après avoir défendu le film et assuré le spectacle, il est déjà temps pour l’équipe du film de quitter les lieux et pour Michael Caine de recevoir sa deuxième standing ovation de la soirée. Place au film maintenant qui, après une scène d’introduction tétanisante, donne raison à Sir Caine. Oh non ce film ne sera pas agréable mais qu’est-ce qu’il est bon ! Merci Daniel Barber et merci Monsieur Michael Caine pour ces quelques (courtes) minutes de bonheur. Le constat à tirer de cette soirée est double : en plus d’être un des plus grands acteurs de sa génération, Michael Caine est officiellement l’homme le plus classe du monde et Daniel Barber dont c’est là le premier film est définitivement un réalisateur à surveiller de très près.
City on fire
Quand on parle de vigilante movies, on pense d’emblée à la série des Justiciers ou au Vigilante de Bill Lustig. Si le genre a toujours continué de livrer son lot de films, la critique elle, s’est souvent acharnée sur le genre, criant au loup et le mettant à l’index en se basant, bien souvent, sur les seules thématiques, parfois extrêmes de ces films en occultant tout à fait ses qualités cinématographiques. Mais lorsque Sir Michael Caine accepte de tenir le rôle principal, un ancien militaire bien décidé à venger son meilleur ami, tué par une bande de jeune canailles, dans un film sur l’auto-défense, les choses changent. Un peu. En même temps, nous on a toujours adoré le genre et on est bien heureux de voir qu’Harry Brown est un putain de bon film de vigilante. Voire même le meilleur depuis « Vigilante ». Le plus grand point fort d’Harry Brown est la volonté de son réalisateur de sortir le film du carcan réducteur de la Série B dans laquelle il est
souvent enfermé. Ici, tout est fait pour offrir au film une respectabilité presque grand public. Tout a été travaillé afin de faire d’Harry Brown, le nouveau porte étendard du style.
Après un générique sobrement efficace, la première scène du film, tournée façon téléphone portable, met tout le monde KO d’entrée de jeu. Une scène choc, montrant des adolescents s’adonner à de la pure violence gratuite. Les images prises sur le vif immergent d’emblée le spectateur dans l’univers violent et sombre d’Harry Brown. On ne peut s’empêcher de penser à une version 2010 d’Orange Mécanique de Kubrick. Même origine, même thématique, même sens de l’image et de la mise en scène choc. Si le déroulement du film s’avère classique (présentation des personnages, trauma fondateur et passage à l’acte) son écriture tendue précise et intelligente transforme un scenario classique en histoire bétonnée misant sur le réalisme. Malgré ce classicisme, Daniel Barber pousse son film un peu plus loin que la simple histoire d’auto-défense et flirte avec le film brûlot en n’omettant pas de pointer les diverses responsabilités et causes d’un problème un peu trop souvent cantonné à la simple délinquance adolescente. Barber brosse un portrait plus large mêlant politiciens, policiers, agresseurs et victimes. Toutes les composantes sont personnifiées, transformant de simples intervenants en véritables personnages indépendants avec un passé, une attitude et une identité propres. Encore une fois, on sent la volonté de l’équipe du film de dépasser le statut de simple vigilante movie tout en assumant totalement celui-ci.
Parmi les autres innombrables qualités du métrage, on ne peut passer sous silence sa mise en scène. Anxiogène, abrupte, dense, directe et oppressante, elle permet de faire ressentir physiquement la violence physique des jeunes zazous et le cheminement psychologique d’Harry qui s’enfonce de plus en plus dans son combat. Le parallèle avec son expérience en Irlande du Nord est d’ailleurs pertinent et offre un joli jeu de miroir entre passé et présent, politique et artistique. Une mise
en scène physique donc comme ou peut la retrouver chez Nicolas Winding Refn ou encore le Gaspar Noé de Seul Contre Tous. On peut d’ailleurs établir plusieurs liens entre le premier long de Noé et ce Harry Brown. Une ambiance anxiogène et urbaine, une violence presque misanthropique et un personnage central magistral mais beaucoup moins unilatéral et antipathique dans cet Harry Brown. Toutefois, les liens évidents entre les deux films sautent aux yeux même s’ils sont bien entendu dissemblables sur de nombreux autres points.
La mise en scène exceptionnelle de Barber élève le film au-dessus de la masse des vigilante flicks de base. A la fois sèche et stylisée, elle parvient à éviter tout racolage et prend du recul sur une situation et une histoire explosives, évitant ainsi tout dérapage. Si la mise en scène est intense et rugueuse, il en va tout autant de la prestation de Michael Caine. Caine campe un personnage humain, fort et faible à la fois. Habité par ses doutes et ses convictions, il joue de son physique vieillissant pour incarner jusqu’au bout des ongles ce personnage d’Harry Brown, destiné à entrer au panthéon des personnages emblématiques du cinéma anglais qui n’en manque pourtant pas. Michael Caine, habite, vit, est Harry Brown, il porte une bonne partie du film sur ses épaules. Le talent de Caine parvient à nous montrer la force et la maitrise psychologique du personnage, un ex-militaire rappelons-le, tout en nous faisant craindre ses faiblesses physiques et donc craindre pour sa vie. Dès les premières secondes, le spectateur est tout entier acquis à la cause de Brown et c’est en grande partie grâce au Sir Caine. Mais il n’est pas le seul à livrer une excellente prestation, chaque comédien donne vie à son personnage : l’inspectrice désabusée incarnée par Emily Mortimer, le copain de toujours, le barman joué à merveille par cette bonne vieille trogne de Liam Cunningham et surtout, les voyous plus vrais que nature bénéficiant de l’interprétation enflammée de jeunes comédiens anglais incroyables dans leur rôles respectifs. Si le film fonctionne aussi bien c’est en grande partie grâce à eux, qui ont su donner vie à des personnages de papier.
Harry Brown est un chef-d’œuvre du genre et s’impose d’entrée de jeu comme un des grands films du cinéma anglais. Une histoire simple, violente, brutale et psychologiquement forte, magnifiée par une mise en scène anxiogène et des comédiens habités. Si Caine confirme son retour en force depuis quelques années, Daniel Barber lui s’impose comme un nouveau jeune réalisateur anglais à suivre. Harry Brown est une nouvelle grosse droite qui nous arrive dans la face en provenance de la perfide Albion.
From Beyond (with Cécile de France…)
Clint Eastwood, acteur mythique et icône absolue, est considéré depuis quelques années comme le digne héritier des réalisateurs hollywoodiens de l’âge d’or ; de solides artisans de la trempe de John Ford ou Howard Hawks, dont il partage le « classicisme » ainsi que l’exaltation de valeurs ancestrales (droiture, noblesse d’esprit, courage face à l’adversité, abnégation, …). Eastwood ne s’en cache d’ailleurs pas, lui qui avoue volontiers être allé à bonne école, en s’inspirant de ses mentors Don Siegel ou Sergio Leone, observant leur comportement sur les plateaux de tournage. Mais à la longue, ce consensus critique peut fatiguer (si l’on en croit l’opinion dominante, chaque film de Clint est un chef d’œuvre…) et force est de constater que le traitement appliqué par le réalisateur à chacun de ses projets ne récolte pas toujours les fruits escomptés, n’en déplaise à certains…
Une approche (néo-)classique, ramassée vers l’essentiel, qui se prête beaucoup mieux au western crépusculaire (Pale Rider et surtout Unforgiven), drame aux accents de tragédie antique (Mystic River), « vigilante flick » humble & carré (Gran Torino), plutôt qu’à la fresque historique ampoulée (Flags of Our Fathers, Letters from Iwo Jima), ou encore la chronique politique sur fond de sport
(Invictus), pour ne citer qu’eux.
Mais alors qu’en est-il d’Hereafter ?
Life (intro)
Au-Delà (Hereafter en v.o., le titre français partageant une ressemblance troublante avec un des chefs d’œuvre du maestro Lucio Fulci) est issu de l’imagination du scénariste Peter Morgan (Frost/Nixon, The Queen, The Last King of Scotland), qui en écrivit le scénario en réaction à la perte d’un proche. Il s’avéra rapidement qu’il en résulterait un « film choral », tentant de lier les destinées de divers personnages (un des principaux « actes manqués » du film), via un questionnement sur la vie après la mort et le sens de notre existence.
Le projet fut soumis à Steven Spielberg par les producteurs Kathleen Kennedy (The Curious Case of Benjamin Button, La Liste de Schindler, Jurassic Park, …) et Frank Marshall (la trilogie Jason Bourne, Signs, Gremlins, The Goonies, Retour Vers le Futur, …), le père d’E.T. cédant rapidement la main (il en sera producteur exécutif) et pointant Eastwood comme le cinéaste le plus à même de mener le projet à bien.
Robert Lorenz (producteur attitré des réalisations d’Eastwood) et papy Clint reçurent le script, qu’ils adorèrent, lançant définitivement le projet sur de bons rails. Et Eastwood de débaucher de fidèles collaborateurs artistiques, tels le directeur photo Tom Stern (Invictus, L’Echange, Gran Torino, Million Dollar Baby, mais aussi… Faubourg 36 de Christophe Barratier !), le chef décorateur James J. Murakami (Invictus, L’Echange, Gran Torino, Lettres d’Iwo Jima, la série Deadwood de David Milch), ou les monteurs Joel Cox et Gary Roach (Invictus, Gran Torino, L’Echange). En avant la musique !
Death (critique)
Hereafter voudrait lier le destin de 3 personnages sur fond de quête métaphysique, irrationnelle pour le commun des mortels : George (Matt Damon, tout simplement parfait dans le rôle), médium qui en a marre de voir sa vie chamboulée par son don (His gift. His curse. Refrain connu), Marie (Cécile de France), survivante d’une expérience d’EMI (Expérience de Mort Imminente), consécutive au tsunami qui ravagea la Thaïlande en 2004, et Marcus (alternativement joué par les frangins George et Frankie McLaren), forcé d’apprendre à vivre sans son frère jumeau Jacob, décédé des suites d’un accident de la route. Et c’est bien là le premier (relatif) échec du film, qui force la rencontre de ces 3 protagonistes, éloignés géographiquement les uns des autres (San Francisco, Paris, Londres), de façon purement artificielle (attention ! spoilers !), à la faveur d’une foire du livre londonienne, où (décidément) le hasard (scénaristique) fait bien les choses !
Autre écueil du film, son traitement direct, plutôt « balisé », baignant dans un moralisme ambiant à la Spielberg (celui de ses bêtes à Oscar larmoyantes, cf. La Couleur Pourpre), bourré de pathos et chargeant émotionnellement à outrance les personnages (la mère alcoolique complètement assumée par ses enfants, la présentatrice française, riche, carriériste, et dont un événement traumatique vient bousculer les certitudes, …). Cécile de France se révélant crispante dans le rôle, au jeu convenu, fidèle aussi à l’image d’Epinal que se font les américains de la femme française. Il est aussi symptomatique de voir cette actrice au capital sympathie fédérateur (L’Auberge espagnole, Haute Tension d’Alexandre Aja) éroder minutieusement celui-ci au profit de projets indigents (la comédie
franchouillarde Irène, l’infâme La confiance règne de Chatiliez, Sœur Sourire, …).
Telle une version féminine de Kad Merad, mais c’est sans doute ce que le public francophone « lambda » désire voir… Néanmoins, Au-Delà reste parmi ses meilleures interprétations récentes… Parmi les autres défauts du film, on peut aisément citer la BO sirupeuse composée par Eastwood himself (soupe indigeste, dégoulinante de bons sentiments, qui emprunte à Puccini, Rachmaninoff et Georges Bizet), son académisme, voire son côté « plan-plan », nullement rehaussé par la direction photo de Tom Stern, véhiculant une certaine idée du classicisme hollywoodien contemporain, loin des prises de risque… Sans parler de visions de l’au-delà visuellement repoussantes, maintes fois vues à l’écran… Alors certes, le film s’avère bancal et « entendu », mais il serait dommage de vous arrêter là (même si mes mots ci-haut n’y arrangent rien). En effet, Hereafter est ponctuellement sauvé par certaines séquences et « détails », qui méritent qu’on s’y attarde et se déplace dans les salles obscures.
Tout d’abord, la scène d’ouverture, pic d’action du film, qui voit Marie se battre pour sa survie, emportée par les flots déchaînés du tsunami. Une séquence glaçante de réalisme et dynamique (à l’opposé du « ron-ron » technique du reste du métrage), qui emporte le spectateur au plus proche de l’action, l’équipe ayant effectué certaines prises de vue en fixant les caméras sur des planches de surf. Un enthousiasme un tantinet atténué par une trop forte utilisation des effets numériques, déployés par le grand manitou Michael Owens (Van Helsing, Gangs of New-York, Howard The Duck, Explorers de Joe Dante, la trilogie originale Star Wars).
Ensuite, malgré son caractère inégal, le casting recèle de belles surprises. Matt Damon, retrouvant Eastwood après Invictus, démontre une nouvelle fois que c’est un des visages les plus précieux du cinéma américain, faisant d’ailleurs preuve d’une admirable maturité. Bryce Dallas Howard se révèle aussi touchante dans ce couple impossible formé avec Damon, le film nous offrant aussi une poignée d’apparitions de la belle Mylène Jampanoï (Martyrs de Laugier) et un caméo du « tricard télévisuel » Stéphane Freiss, assez juste dans son rôle-éclair de grand patron porté sur la langue de bois. In fine, le film emporte la mise via des instants de grâce, dans la fragilité de sentiments mis à nu : l’esquisse de relation entre Matt Damon et la sublime Bryce Dallas Howard, brisée par le don du premier, la séance médiumnique (bouleversante) entre Damon et l’enfant, …
Afterlife (conclusion)
Indéniablement mineur dans la filmo d’Eastwood, Hereafter souffre de longueurs (le film aurait gagné à s’alléger d’une petite demi-heure), mais parvient à sporadiquement sortir le spectateur de sa torpeur, par la justesse d’un intimisme précieux (Eastwood n’est jamais aussi bon que quand il travaille ses personnages « au corps ») et une séquence d’action tétanisante. Loin d’être renversant, mais ça se suit sans déplaisir.
En attendant J.Edgar, biopic consacré par Clint à l’ancien directeur du FBI Edgar Hoover, ultra décrié à l’époque pour ses manipulations douteuses, sa paranoïa galopante et sa veine conspirationniste. Espérons qu’il s’en dégage plus un parfum de souffre, que de naphtaline…
Soirée fetish au Nouveau Latina
Samedi 23 avril, minuit, au Nouveau Latina, petit cinéma situé en plein quartier joyeux de Paris, se tenait la soirée courue par le who’s who des cinéphiles bis parisiens. Le fin du fin, la crème de la crème, le haut du panier de la véritable intelligentsia cinéphilique parigote. Une soirée où seuls les gens bien sont conviés et acceptés (ndla : c’est pour ça que nous en étions). Vous me direz que c’est le cas toutes les semaines parce que Panic Cinéma !, c’est tous les samedis. Je vous répondrais que « oui c’est vrai, mais que en fait, cette fois, c’était encore plus exceptionnel que d’habitude ! ». Pourquoi ? Parce qu’était projeté, en avant-première française, le film de Julien Carbon et Laurent Courtiaud, Les nuits rouges du bourreau de jade, pardi. Mais ce n’est pas tout, la soirée s’annonçait riche en surprises et en invités de marque. Et elle l’a été car les deux scénaristes-réalisateurs, ainsi que leur équipe, étaient de la partie pour présenter leur premier film.
La soirée débutait vers 22h30 et j’arrive vers 23h. Oui il faut toujours arriver un peu en retard lors des grandes soirées. Bonne surprise : il y a déjà pas mal de monde devant le cinéma, dont les deux réalisateurs,
verre de Dry Martini et cigare à la main, discutant avec les personnes déjà présentes. A l’étage dans le bien-nommé « Salon Rouge », l’ambiance musicale est assurée par les frères Cortès a.k.a Les Seppuku Paradigm a.k.a les compositeurs de la bande originale du film. Première surprise, donc. Le salon est l’occasion de voir Pascal Laugier venu soutenir ses collègues, de recroiser certains habitués de la séance de minuit, et d’échanger quelques impressions post-Bifff. Bon esprit quoi. Un peu après minuit, oui il faut toujours débuter les grands événements avec un peu de retard sinon ce n’est pas vraiment un grand événement, les portes de la salle principale s’ouvrent, permettant aux spectateurs de rentrer et de s’installer dans les fauteuils douillets du Nouveau Latina. Après une intro made in Panic Cinéma !, c’est-à-dire en criant très fort et en répétant « Panic Cinéma ! » toutes les dix secondes, et une distribution de biscuits de la chance, les invités déboulent sur scène. Outre les deux réalisateurs, anciens scénaristes de Tsui Hark, Johnnie To et Wong Kar Wai, se succéderont sur scène : les Seppuku Paradigm, le monteur du film Sébastien Prangère tandis que la bombastic Carole Brana assure la touche sexy qui manquait à la soirée. Une jolie surprise donc.
Après un petit mot de chacun et le running gag du micro hanté, la plus belle surprise de la soirée est offerte aux heureux élus du soir avec la présentation, pour la première fois, du court-métrage Betrayal, petite préquelle aux Nuits Rouges, présentant le personnage de Carrie Ng et les origines du fameux Bourreau de Jade. Malgré des conditions de productions difficiles, trois jours de tournage en guise de tour de chauffe pour la caméra Red, un montage basique et un mixage sonore « tout pourri » pour reprendre les mots de Laurent
Courtiaud et une projection en dvd, le film s’avère être vraie réussite technique et esthétique. Betrayal est un (très) bon court métrage à l’atmosphère de film noir fétichiste et sensuelle, porté par le fantasme ambulant qu’est Carrie Ng .
Une excellente introduction au long métrage du duo donc qui justifie peut-être à elle seule notre présence en salle. Nouvelles petites interventions de l’équipe du film, mini interview et running gag du micro hanté avant le début de la projection du long métrage dans d’excellentes conditions. Une heure trente plus tard, on sort de la salle avec l’impression d’avoir vu un film complètement à part dans le paysage cinématographique français. Loin des standards esthétiques « deux pièces –cuisines » de la production parisienne standard, Les Nuits Rouges est une friandise pour les yeux, un repas gastronomique visuel fétichiste, sensuel, sexuel, violent et pervers. Un film qui marque son audience et qui, à coup sur, va diviser le public et susciter le débat. Bon 2h37, il est temps de chopper un Vélib’, de croiser le chanteur Christophe à la sortie du ciné et de rentrer se coucher en espérant apercevoir la silhouette de Carrie Ng dans un wet dream adolescent.
Nés sous X
Alors que les membres des Vengeurs tentent tant bien que mal d’exister sur grand écran, les X-men s’offrent une cure de jouvence des plus rafraîchissantes, sous la direction de l’excellent Matthew Vaughn (Kick-ass), expulsé à l’époque de X-Men l’affrontement final au profit d’un certain Brett Ratner. Un retour aux origines bien pensé pour coller aux films de Bryan Singer qui co-signe d’ailleurs le scénario et intervient au niveau de la production.
X-Men first class remonte dans les années 60, en pleine apogée de la guerre froide. C’est à cette époque que Charles Xavier, un jeune et puissant télépathe allié à la métamorphe Mystique, rentre en contact avec d’autres mutants grâce à la CIA, et décide de leur venir en aide. C’est ainsi qu’il rencontre Erik Lehnsherr, un mutant aux pouvoirs phénoménaux qui n’a pour seul but que de retrouver et tuer le Dr Schmidt, qu’il accuse d’avoir fait de lui un monstre. Bientôt rejoints par d’autres mutants (Le Fauve, Angel, Havok, Le Hurleur, Darwin), les deux hommes vont tenter de contrer les plans du manipulateur Sebastian Shaw, un puissant mutant capable d’absorber et de transformer toute source d’énergie en force surhumaine…
La grande force de cette préquelle est de mêler les mutants à certains grands évènements ayant bouleversé le Monde. Des camps d’exterminations en Pologne (la scène d’ouverture du premier X-Men est ici admirablement prolongée), à la politique de Kennedy en passant par la crise des missiles de Cuba, le script fait la part belle à l’Histoire avec un grand H. Le côté humain des mutants est ici la priorité, ce qui rend chacun d’entre eux unique. Ainsi, la dramaturgie primant sur les effets spéciaux, chaque scène d’action devient réellement palpitante et chaque personnage (à l’exception d’Azazel et de Riptide, quelque peu en retrait) trouve dans le film de Vaughn une caractérisation propre, lui permettant d’exister et d’évoluer de bien belle manière au sein de ce film choral extraordinaire. Évidemment, la relation fratricide entre Xavier et Erik est la pierre angulaire de cet opus, relation rendue d’autant plus intense grâce aux impeccables prestations des formidables James McAvoy (Wanted) et Michael Fassbender (Eden Lake, Inglourious basterds). Mais le reste du casting n’est pas en reste : épinglons en vrac une Jennifer Lawrence (Winter’s bone) parfaite en Mystique emplie de ressentiment, un Kevin Bacon en grande forme et charismatique à souhait dans la peau de Sebastian Shaw ou encore la plantureuse January Jones (Trois enterrements, la série Mad Men) dans la peau de la sexy Emma Frost. Des passages intimistes aux scènes d’action, on ne s’ennuie pas une seconde devant les raisonnements et les affrontements de ces jeunes X-Men plein d’avenir, et ce quel que soit le camp qu’ils rejoignent au final.

X-Men first class affiche une maturité et une intelligence que nombre de films de super-héros feraient bien d’adopter. En étoffant presque chacun de leur personnage d’une aura unique et solide, l’association Bryan Singer/Matthew Vaughn fait plus que des merveilles. Les personnages existent, les enjeux pullulent, les scènes d’action restent perpétuellement limpide et la musique, signée Henry Jackman (Monstres contre Aliens, Kick-ass) s’accorde parfaitement aux images (au point qu’on l’oublie parfois, un bon signe). Trépidant et intelligent, X-Men first class s’impose tout simplement comme l’un des meilleurs opus de la saga X-Men !
Assassins sans couteaux
Tout comme Carpenter, John Landis revient après plusieurs années d’absence sur les grands écrans (douze ans dans son cas), suite à de plus ou moins bons et loyaux services rendus à la télévision, via les Masters of Horror (Deer woman, Family) et autres Fear Itself (In sickness and in health). Pour ce faire, le réalisateur du cultissime Loup-garou de Londres nous emmène une fois de plus au Royaume-Uni pour nous conter les meurtres du duo Burke et Hare, William de leurs prénoms, deux tueurs en série qui perpétrèrent leurs sanglants méfaits dans l’Edimbourg du XIXe siècle. Fidèle à lui-même, le réalisateur injecte une bonne grosse dose d’humour à cette histoire vraie, transformant ainsi son film en comédie romantique noire et macabre. Le mélange des genres étant son fort, on ne sera pas surpris de rire et de trembler, voir même d’être touché par ce film lorgnant aussi bien du côté du drame que de la comédie loufoque ou même de la romance passionnée.
S’appuyant sur une reconstitution soignée ainsi que sur une superbe photographie brumeuse signée John Mathieson (Gladiator, Robin Hood), John Landis n’a pas fait les choses à moitié pour ce come-back tant attendu, et il compte aussi bien ravir nos mirettes que nous surprendre, aidé qu’il est par un casting quatre étoiles plus qu’enthousiasmant. Jugez plutôt : Simon Pegg (Shaun of the dead, Paul) et Andy Serkis (The cottage, King Kong) en tête d’affiche pour un duo d’enfer, Isla Fisher (The Lookout, Rango), Tom Wilkinson (L’exorcisme d’Emily Rose, The Ghost writer), Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show, It), David Schofield (From Hell, Wolfman) ou encore Christopher Lee, Bill Bailey (Hot Fuzz) et Ray Harryhausen dans des caméos plus que
sympathiques.
Fleurant bon l’époque des comédies burlesques américaines, Burke & Hare (titré Cadavres à la pelle par chez nous, bravo les gars !) fait partie de ces petites réjouissances qu’on ne regrettera pas de découvrir cet été dans nos chères salles obscures. Faites-lui donc honneur !
Jetez aussi un œil à nos critiques ainsi qu’à l’interview exclusive de Sir John Landis réalisée durant le 29ème BIFFF !
Pas de bras, pas de chocolat !
Eléonore (Noémie Merlant) est jeune et belle, avec toute la vie devant
elle. Problème(s) : elle est orpheline et, comme si ça ne suffisait pas, a perdu un bras dans l’accident qui coûta la vie à ses parents… Un physique de ce type, ce n’est pas l’idéal pour mener une vie normale… Partageant sa vie au pensionnant entre les études et les réprimandes des bonnes sœurs, environnement autoritaire dont elle se gausse avec sa meilleure amie Rita (Elodie Hachet), elle ne tardera pas à remarquer que sa particularité physique attire contre toute attente la gent masculine. Des personnages plus azimutés les uns que les autres, dont Eléonore est le centre d’attraction…
L’orpheline avec en plus un bras en moins (2011) de Jacques Richard (Rebelote, Cent francs l’amour, le documentaire - sélectionné à Cannes - Les fantômes d’Henri Langlois), grande avant-première du Bloody Week-end chapitre 2, se place dans la droite lignée de cette tradition de la fantaisie poético-burlesque à la française, parfois parée d’atours fantastiques, que Jeunet (Delicatessen, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain) s’évertua à rendre « mainstream » pour le grand public. Au-delà de cette considération, on rattachera volontiers l’œuvre au cinéma « bricolé » de Jean-Pierre Mocky (L’Albatros, A mort l’arbitre, Le miraculé), avec lequel elle partage bien des caractéristiques : poésie fugace, acteurs au jeu proche de la rupture (le cabotinage n’est pas loin), rocambolesque des situations, théâtralité, technique parfois approximative et galerie de personnages hauts en couleur. Une filiation (avouée ?) qui ne va pas sans quelques scories (manque de rythme, réalisation « en roue libre », narration décousue, absence d’empathie pour les personnages, …) et rebutera nombre de spectateurs.
Néanmoins, c’est par son étude de caractères et le talent de ses interprètes que le film emporte la mise. Outre le talent et la beauté juvénile (forcément « érogène ») de Noémie Merlant (La permission de minuit) & Elodie Gachet, peu avares de leurs charmes (nudités généreuses), l’œuvre peut compter sur un Jean-Claude Dreyfus (Education anglaise de Jean-Claude Roy - réminiscences de soirées à fouiller dans la vidéothèque parentale - Rue barbare, Delicatessen) délicieux en pervers pépère, patron de cabaret louche amateur de petites pépées, aux côtés de son employé Robinson, magicien d’opérette truculent, campé avec ce qu’il faut de détachement par l’excellent Melvil Poupaud (L’amant, Speed Racer, L’autre monde). Si l’on ajoute Dominique Pinon (Diva de Beineix, Delicatessen, Alien, la résurrection) en inspecteur « à la ramasse », dépassé par les événements, Pasquale D’Inca
(Noir océan, la série Plus belle la vie, chère à ce romantique « borderline » de Maxime « Sartana » Pasque) en juge voyeuriste et meurtrier, ou encore l’icône Caroline Loeb (Lady Oscar de Jacques Demy, La nuit porte jarretelles, mais surtout… le hit musical 80’s « C’est la ouate » !) en catin sur le retour ; la coupe est pleine !
Si l’on accepte d’outrepasser ses défauts flagrants (arythmie, scénario décousu et dont on se contrefiche, …), cette Orpheline avec en plus un bras en moins s’avère une expérience plaisante pour le spectateur, contaminé par la folie douce des personnages et la légèreté de l’ensemble. Comme un bonbon qui fonderait trop vite sur la langue et dont on ne garderait guère le goût en bouche que quelques minutes… Même si le joli minois de Noémie Merlant est une exquise sucrerie !
Cheetah Strikes Back !
Rise of the Planet of the Apes ( La planète des singes : Les origines en v.f.) a cristallisé dès son annonce les attentes des nombreux fans de la saga, déçus par le résultat en demi-teinte du remake Planet of the Apes (2001) de Tim Burton ; loin d’être la purge annoncée (n’en déplaise à certains), mais s’avérant une commande de studio de facture classique, efficace mais par bien trop impersonnelle… Une œuvre dénuée du supplément d’âme qui rendit l’opus original (1968) de Franklin J. Schaffner impérissable, le propulsant de facto dans l’imaginaire collectif des fantasticophiles…
Trêve de suspense ; après une poignée de teasers/trailers et photos promo qui attisèrent l’attente des plus mordus, la vision du film est une expérience éminemment réjouissante, qui valide la cohérence du projet. Une réussite éclatante, conjonction de divers parti-pris narratifs et techniques, élevant ce blockbuster à un niveau supérieur.
Go Ape(s) ! (intro)
Niveau casting, Rise of the Planet of the Apes , étonnamment confié au « british newbie » Rupert Wyatt (Ultime Evasion aka The Escapist), frappe fort en débauchant James Franco (la trilogie Spiderman de Sam Raimi, Flyboys, The Dead Girl, 127 heures), tête d’affiche glamour (calmez-vous, mesdemoiselles !) aux côtés de la sublime Freida Pinto (Immortals de Tarsem) - découverte dans Slumdog Millionaire (Danny Boyle, 2008) -, de John Lithgow (Obsession & Blow Out de Brian De Palma, Moi, Peter Sellers) et l’incontournable Brian Cox (Manhunter de Michael Mann, Braveheart, X-Men 2, la magnifique série western Deadwood), mais aussi de Tom Felton (Anna et le roi), que l’on se plaît à redécouvrir hors du carcan rigide de l’univers d’Harry Potter (bien qu’il soit de nouveau titulaire d’un rôle de « bad guy » tête à claques).

Secondé par des techniciens aguerris, tels le directeur photo australien Andrew Lesnie (Babe, le cochon devenu berger, King Kong, The Lovely Bones), lauréat d’un Oscar pour le 1er opus du Seigneur des anneaux, et le compositeur Patrick Doyle (L’impasse, Frankenstein de Kenneth Branagh, Donnie Brasco, Thor), Wyatt peut surtout compter sur une avancée technologique foudroyante, amorcée avec Avatar (James Cameron, 2009).
C’est la première fois que la « performance capture » s’éloigne des studios dédiés à cet effet (environnement spécifique appelé « Volume »), pour un tournage (essentiellement) en décors réels (extérieur), sous la houlette du grand manitou des SFX Joe Letteri et de Dan Lemmon. Résultat : une véritable armada de singes de races variées (chimpanzés, orang-outans, gorille, …) chapeautés par Weta Digital, bénéficiant des expressions de l’excellent Andy Serkis (Gollum dans la trilogie Lord of the Rings, 24 Hour Party People, Cadavres à la pelle, le futur The Hobbit) - qui réitère en quelque sorte l’exploit du King Kong (2005) de Peter Jackson -, dans le rôle-clé de Caesar, et du talent de l’expert ès mimiques simiesques Terry Notary (chorégraphe des mouvement & cascades : X-Men 2, Avatar, Les aventures de Tintin : Le secret de la licorne, The Hobbit).

Chimp for life (critique)
La planète des singes : Les origines est un thriller scientifique (teinté de sci-fi), qui dérive vers le drame, centré sur la relation poignante (pour ne pas dire déchirrante) entre Will (James Franco, parfait) et son père (John Lithgow, terriblement juste dans le rôle de cet homme rongé par la maladie), pour finalement aboutir à la furie épique de la prise de pouvoir (révolte) des singes (idéalement accompagnée par la BO « classique » de Patrick Doyle), menés par Caesar. La catastrophe en germe, fruit de manipulations génétiques hasardeuses (dans une tonalité moins organique que le récent Splice de Vincenzo Natali ou La mouche de Cronenberg), est contrebalancée par le combat intime de Will pour améliorer l’état de son père, supposément condamné par la maladie d’Alzheimer, effaçant ce qui lui reste de mémoire et annihilant peu à peu ses facultés…

A ce sujet, John Lithgow ajoute : « La dynamique Will-Charles-Caesar est extraordinaire. Will perd son père en même temps qu’il gagne cet « enfant », Caesar. C’est le fondement émotionnel de l’histoire. »
Au-delà de la folie des Hommes et leur cruauté envers leur proches cousins simiesques (le personnage de Tom Felton en est un vecteur manifeste), Rise of the Planet of the Apes est avant tout dirigé vers les émotions et le regard : empli de bienveillance (affection de Will pour son père, remuant ciel et terre pour le guérir, premier regard de Caesar sur le genre humain, via ses deux figures paternelles) et/ou empreint d’une détermination féroce (soulèvement des singes, malmenés par des décennies de mauvais traitements).
Sur le registre de l’action movie, le film ne déçoit pas non plus, offrant au spectateur nombre de morceaux de bravoure (cf. cet assaut du Golden Gate Bridge de San Francisco, entraperçu dans le trailer), aux SFX numériques pertinents (ça nous change !) et fabuleusement accompagnés par des mouvements de caméra aériens (plans-séquences opératiques). En somme, et dans des genres diamétralement opposés, Wyatt s’en sort nettement mieux ici dans le traitement de l’action que Branagh, avec son Thor « white trash ».

La seule réserve que l’on peut formuler (pour le plaisir de chicaner) est que l’œuvre se révèle bien sage dans ses débordements (violence un tantinet édulcorée), dans l’optique de toucher le public le plus large possible.
Mais surtout, ce Rise of the Planet of the Apes se pose en modèle d’intelligence pour un blockbuster de l’été très loin de la connerie bêtifiante d’un Michael Bay et ses Transformers « stéroïdés », ou d’un énième opus purement mercantile (Pirate des Caraïbes 4). Un vent de fraicheur donc, dans ce déluges de CGI putassiers, de remakes inutiles et de reboots qui lassent déjà avant leur arrivée en salles…
Vous savez ce qu’il vous reste à faire dès ce 10 août !
PS : Les fins gourmets cinéphiles se souviendront que James Franco est habitué à la compagnie des singes, en se plongeant avec délectation dans le The Ape (2005), qu’il réalisa en personne (NB : DVD édité chez nous par Belga Home Vidéo).
Stuntman Blue(s)

Me voici de retour dans la petite salle feutrée du Cinéma Aventure, dans le centre de Bruxelles, pour la projection de presse du nouveau joyau du génie Nicolas Winding Refn (la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising), retardée à cause d’une alerte à la bombe dans un établissement bancaire tout proche. L’attente n’en était que plus insoutenable avant la découverte de Drive , qui valut à son réalisateur le Prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes.
“I know a lot of guys who mess around with married women, but you’re the only one I know who robs a place to pay back the husband.”
Le film déploie un casting 5 étoiles parmi ce qui se fait de plus « sexy » et « hype » actuellement. L’excellent Ryan Gosling (le drame sur fond de judéité refoulée Danny Balint, le thriller Murder by Numbers, aux côtés de Michael Pitt) forme un couple parfait avec la fragile Carey Mulligan (Public Enemies de Michael Mann, Wall Street : l’argent ne dort jamais), entourés de seconds couteaux affutés : le « vétéran » Bryan Cranston (Dead Space, les séries Seinfeld & Malcolm), révélé sur le tard par le « TV drama » Breaking Bad, ce vieux roublard d’Albert Brooks (Taxi Driver, Hors d’atteinte, la série Weeds) et l’incontournable Ron Perlman (La cité des enfants perdus, les deux volets d’Hellboy, la série de bikers Sons of Anarchy), dont le (léger) cabotinage sert l’aura du personnage.

Refn revient ici à un « format » supposément moins ambitieux, après l’odyssée métaphysique du superbe Valhalla Rising, Drive s’apparentant plus à une série B de luxe. Un moyen comme un autre d’avancer masqué, pour mieux abattre ses cartes et livrer une œuvre multi-facettes à la richesse indéniable. N’en déplaise à une partie de l’intelligentsia critique habituelle qui, au vu des réactions perçues dans la salle, était partagée entre ricanements et posture outrée (entre autres lors des effusions gores).
Le protagoniste (dont on ne connaîtra jamais le nom), incarné par Ryan Gosling, est mécanicien dans un garage tenu par Shannon (Bryan Cranston), avec lequel il travaille également comme cascadeur sur des tournages hollywoodiens. Porté sur les sensations fortes, il arrondit ses fins de mois comme chauffeur lors de braquages, où ses talents de conduite hors normes orchestrent de petits miracles. Mais sa vie bascule quand il rencontre Irene (Carey Mulligan), dont le mari (Standard, campé par Oscar Isaac) ne tarde pas à sortir de taule. Par amour pour elle, il décide de l’aider sur un dernier hold-up, où les choses ne se passent pas comme escompté… Sous peine d’aligner les « spoilers », je n’en dirai pas plus…
Some heroes are real
D’emblée, Drive marque des points par cette façon de capter le pouls d’une ville la nuit (en l’occurrence, Los Angeles) et ses éclairages nocturnes (néons, enseignes, feux de signalisation), baignant les personnages dans diverses tonalités colorées. Une tendance qui rappelle le Michael Mann de l’ère numérique, en filiation avec le début de carrière du grand manitou, voulue encore plus claire par ce fabuleux pré-générique, à la police de caractères rose 80’s so Miami Vice (sur fond du morceau « Nightcall » du prodige français Kavinsky) et où le charisme minéral de Ryan Gosling fait des merveilles.

Ultra stylisé, formellement à se pâmer, via une utilisation idéale de l’Alexa (caméra de la marque Arri), Drive peut aussi compter sur un « sound design » et un mixage virtuoses, qui accentuent l’empathie du spectateur et redoublent l’impact de séquences au suspense implacable. La BO participe de cet état de fait, se partageant entre électro (ambient) mélancolique et nappes éthérées. On y retrouve, en plus de Kavinsky (pré-cité), le producteur College, issu du collectif nantais Valerie (regroupant des artistes tels Anoraak ou Minitel Rose), pour l’excellent titre « A Real Hero » (featuring Electric Youth), ou encore les Chromatics, poulains de l’écurie Italians Do It Better.

Différents aspects exhalant une atmosphère (faussement) douceâtre, « ouatée », renforcée par le jeu minimaliste de Gosling, qui accentuent l’impact du film lorsqu’il cède aux sirènes du « vigilante movie », avec force explosions de brutalité que n’auraient pas reniées le Refn de la trilogie Pusher. Au-delà de l’étalage (restreint) de tôle froissée, de l’urgence des courses poursuites et de la violence sourde, Drive démontre l’attachement de son auteur aux séquences intimistes, où tout se base sur les non-dits et jeux de regard (l’alchimie Ryan Gosling/Carey Mulligan fonctionne à plein).
Ce n’est pas la moindre des réussites du film. Refn étonne par son aisance à s’attacher à des registres (parfois) éloignés (drame, thriller, « vigilante movie », « revenge movie », néo film de casse, …), emballés en un tout cohérent, confondant de maîtrise. On le savait "équilibriste" adepte des ruptures de ton, depuis le biopic furieux Bronson et l’expérience Valhalla Rising, mais une fois de plus, le danois nous cueille en beauté !
Epidemic

La dernière réalisation de l’inégal Steven Soderbergh (Traffic, Ocean’s Eleven, The Girlfriend Experience, avec la bombe Sasha Grey) s’appuie sur un buzz non démenti, il est vrai entretenu par un casting de stars apte à déchaîner les passions. L’omniprésente - doit-on s’en plaindre ? - Marion Cotillard (Furia, Big Fish, Public Enemies) partage l’affiche avec le toujours excellent Matt Damon (Dogma, Gerry, la trilogie Jason Bourne), aux côtés de Laurence Fishburne (Freddy 3, Event Horizon, la saga Matrix), du bellâtre (sur le retour) Jude Law (le sublime Bienvenue à Gattaca, La sagesse des crocodiles, eXistenZ), de la filiforme Gwyneth Paltrow (Seven, Ironman, le futur The Avengers de Joss Whedon) et de Kate Winslet (Créatures célestes de Peter Jackson, Titanic).
Une distribution à même de rameuter le public dans les salles, qui offre encore d’autres plaisirs ; les plus attentifs remarqueront la présence du mésestimé John Hawkes (Sol dans la somptueuse série western de David Milch Deadwood), du grand Elliott Gould (MASH & Le privé de Robert Altman, Capricorn One de Peter Hyams), de Bryan Cranston (vieux briscard propulsé par le succès du « TV drama » Breaking Bad), de la belle Sanaa Lathan (Blade, la série Nip/Tuck) et, pour les plus pointus, de Josie Ho, héroïne de l’uppercut filmique Dream Home (Pang Ho-Cheung, 2010). Des acteurs investis, qui se débattent dans une intrigue aux forts relents alarmistes.

Contagion nous relate la crise planétaire engendrée par l’apparition d’un nouveau virus mortel, ses répercussions sur la population (décès en pagaille, révoltes généralisées, « marasme sanitaire ») et la manière qu’ont les grands conglomérats militaro-politico-commerciaux de gérer l’affaire, partageant l’essentiel de leurs actes entre recherches expérimentales et manigances en interne, afin d’éviter une panique sans précédent. Le tout commenté par un trublion « anar » de la blogosphère (Jude Law), qui se plaît à enflammer l’opinion publique. Matt Damon assume quant à lui avec brio la caution dramatico-intimiste du film, se révélant convenue malgré une belle sensibilité, qui fait parfois mouche (cf. la « Prom Night » à la maison organisée pour sa fille).

Voici les grandes lignes d’un thriller scientifique paranoïaque, créant l’oppression par la multiplicité des points de vue, au travers de caractères disséminés « worldwide ». Un moyen comme un autre de faire monter la tension, relayée par un montage ultra dynamique et une BO synthétique, presque « Carpenterienne », des œuvres de Cliff Martinez, qui travailla récemment sur le soundtrack du magnifique Drive de Nicolas Winding Refn. D’un rendu vidéo confinant (faussement) au réalisme documentaire (tournage avec la caméra Red One), Contagion démontre bien vite ses limites, entre facilité(s) et absence d’orientation esthétique concrète.
Soderbergh (re)définit les normes d’un cinéma mondialisé, en prise avec la « terreur contemporaine » (la grippe H1N1 n’est pas loin) et rappelant les tentatives du duo Iñárritu/Arriaga (Babel, pour n’en citer qu’une). C’est cette spécificité, à la source du “fourmillement” émotionnel, qui figure véritablement les qualités et défauts du film.
Lorsque d’une part, l’impact contextuel et formel de l’œuvre (montage alterné, dénuement de l’image vidéo) rend de prime abord l’expérience séduisante, on se retrouve d’autre part avec une réalisation impersonnelle (sans prise de risques), que je qualifierais volontiers de “clinique” ou d’aseptisée (un angle renforçant le discours faussement distancié du film), mais qui n’évite pas les élans moralisants (le sursaut “humanitaire” de la môme Cotillard en fin de film, les bonnes actions du personnage de Laurence Fishburne) et un simili happy end clichéesque. Avant d’asséner au spectateur une dernière “pichenette”, explicitant enfin l’origine précise du fléau.
En somme, une œuvre réussie mais sans éclat, avec un sérieux air de « déjà vu », moderne mais qui subira rapidement le poids des années. C’est déjà pas mal, en regard d’autres fraiches déceptions (Cowboys & Aliens, Captain America), si ce n’est que Steven Soderbergh aurait dû appuyer sensiblement plus fort sur la pédale « auteuriste »…
Venez voir à l’intérieur...
On peut aimer A l’Intérieur ou pas, on pourra aimer Livide ou pas, mais on ne pourra pas contester l’intégrité, doublée de cette indéfectible rébellion adolescente du duo de réalisateurs qui se sont permis d’envoyer chier la grosse machine hollywoodienne en refusant un énième remake sans âme, Hellraiser – Le Pacte, dont sans même en voir une seul image on sait que ça aurait été nul. Julien Maury et Alexandre Bustilo ont préféré prendre des risques pour porter et mener à bien un projet personnel : Livide. Rester en France, faire un cinéma de genre français, ou du moins européen, avec des comédiens français et en langue française tel est le crédo de ces deux hors-la-loi du cinéma d’horreur. « La France a quand même inventé le cinéma de genre ! S’il y a un pays qui avait une vraie passion pour l’horreur, c’est la France, avec sa littérature... On paie les pots cassés de la Nouvelle Vague ! C’est énervant qu’on renie le cinéma de genre, et le gore... C’est incroyable ! » affirment-ils en chœur. Rien que pour ça, on leur tire notre chapeau. Mais il ne faut pas oublier qu’intégrité n’est pas forcément synonyme de qualité. Les meilleures intentions du monde ne suffisent pas à faire un bon film. Il faut assurer derrière et, même si le projet a des airs casse-gueule, on a de bonnes raisons d’espérer.
D’abord prévu en Angleterre ou en Irlande, le tournage de Livide s’est finalement déroulé en Bretagne, l’endroit parfait pour retranscrire en images l’ambiance féérique, fantastique et irréelle que le duo entend donner à son œuvre. A des lieues de l’ambiance plus réaliste et du contexte politico-social qui entourait et donnait un peu de corps à leur précédent film même si, il est vrai, A l’Interieur possédait déjà une esthétique fantastique de par ses ambiances et sa photographie signée Laurent Bares que l’on retrouve d’ailleurs sur ce métrage. Le chef op « officiel » de la vague horrifique française reprend du service pour mettre toute son expérience et son talent au service du projet qui nécessite plusieurs ambiances particulières comme le démontrent les premières images. Ajoutez à cela les déclarations des réalisateurs affirmant s’être inspiré du Suspiria de Dario Argento pour certains plans et pour l’atmosphère de leur propre film. Mais Laurent Bares ne sera pas seul dans la construction de
l’ambiance générale du film puisque le chef décorateur est également mis à contribution ; il a en effet été chargé de transformer une véritable maison abandonnée en lieu de vie très classique digne des manoirs de la Hammer. Pour cela, l’ensemble a été décoré d’objets hétéroclites et d’une bonne couche de poussière afin de redonner un aspect inquiétant au décor principal du film.
Tout ça est bien joli mais de quoi parle Livide ? Si on se base sur le synopsis du film (« En Bretagne, la nuit d’Halloween. Lucie Clavel et deux copains décident sur un coup de tête de cambrioler la maison de Deborah Jessel, une professeur de danse classique, aujourd’hui centenaire énigmatique plongée dans le coma. Durant cette nuit tragique et fantastique, Lucie perse le mystère de cette maison et le secret de Deborah Jessel. »), on peut en déduire que le film s’annonce comme un mix entre le film de casse et le film de séquestration, ce qu’était déjà A l’Intérieur d’ailleurs. Mais le trailer nous promet d’autres sensations et l’apparition d’autres classiques du registre horrifique comme le film de vampire ou le film de maison hantée. On peut d’ailleurs regretter que le trailer dévoile le pot aux roses de cette façon, annihilant ainsi l’excitation, l’attente et la surprise du spectateur. Dommage car ça risque d’enlever une partie du suspense et de la tension du premier acte du film. Le trailer promet quelques épanchements gore comme les aime le duo Bustillo/Maury, les trublions n’étant jamais les derniers pour envoyer les litrons d’hémoglobine.
Au casting, les loustics conservent la ligne directrice qui est la leur, offrant de façon pertinente des rôles à contre-emploi à des comédiens peu familiers du genre. Après Alysson Paradis, Nicolas Duvauchelle et Béatrice Dalle, c’est au tour de Catherine Jacob, Chloé Couloud et surtout Marie Claude Pietragala de porter le film sur leurs épaules. La danseuse classique s’est d’ailleurs donnée corps et âme au projet, offrant sa gestuelle maitrisée et fluide à son personnage de vampire et lui conférant ainsi une identité et une tenue encore inédites dans un film de ce type. Espérons que les réalisateurs auront gommé les quelques erreurs de leur premier film afin de livrer une autre pièce maitresse de l’horreur à la française.
(Lu)minus

The Darkest Hour - 3D ( The Darkest Hour ) est la deuxième livraison de Chris Gorak, directeur artistique/chef décorateur (Tombstone, Las Vegas parano, Fight Club) passé à la réalisation en 2006 avec Los Angeles : Alerte maximum (aka Right at Your Door). Le film s’empare d’un schéma S-F plutôt classique d’ « alien invasion » pour offrir une œuvre spectaculaire et fédératrice. Du moins sur papier… A l’écran, c’est tout autre chose…
Convenu et pétri de clichés, The Darkest Hour s’empêtre dans des situations archi-rebattues, pour orchestrer une invasion extraterrestre de nature indéterminée et les réactions de peur panique s’emparant de la population moscovite (décimée en un clin d’œil). Peu aidé par des dialogues « minimalistes » flirtant ouvertement avec le ridicule, le film nous présente une galerie de teenagers caractérisés « à la louche » et propulsés malgré eux au cœur de l’action (le nerd « Zuckerberg-like » et son pote débrouillard, la blonde bien gaulée mais peu futée, qui ne sera - of course - pas la dernière à mourir, …). D’ailleurs, Gorak peine à faire monter la sauce et instaurer le minimum syndical de tension requise, reléguant le spectateur au rôle de témoin peu concerné face à cet encéphalogramme désespérément plat…

Les aliens belliqueux débarqués sur Terre pour pomper nos ressources énergétiques s’apparentent quant à eux à des masses lumineuses informes et vaguement « stylisées ». Entièrement conçues en numérique, ces créatures requerraient presque un vibrant plaidoyer contre le « tout CGI ». Une tendance qui s’empare actuellement de la quasi-totalité de l’industrie, délaissant volontiers les effets plateau, et qui aboutit ici à une overdose numérique lassante et dont l’illustration parfaite réside dans ces visions subjectives en noir et blanc (point de vue des envahisseurs) aux gros pixels « rétros ».
En somme, une œuvre insignifiante, qui ne vaut guère mieux que son entame, entièrement dédiée à un placement de produits forcené (McDonald’s et autres enseignes en tête). The Darkest Hour ne fait preuve d’aucune identité propre et semble uniquement destiné à exciter les ados peu regardants sur la qualité, autant qu’à encaisser les billets verts. Sans compter que la 3D n’a - une fois de plus - que peu d’intérêt (voir à cet égard l’absence étonnante d’effets « up in your face », alors que le scénario s’y prêtait) et ne vient nullement rehausser une réalisation pour le moins impersonnelle. On est loin de l’aspect immersif vanté par le dossier de presse…

Et ce n’est pas la présence d’Emile Hirsch (Les seigneurs de Dogtown, Into the Wild, Speed Racer) et Max Minghella (Agora, The Social Network), d’ordinaire excellents, ou encore de la craquante Olivia Thirlby (Juno, Sex Friends, Dredd, futur reboot de l’adaptation du comic Judge Dredd) qui y changera quelque chose…
Si j’écrivais ces lignes pour défendre une thèse universitaire, j’ajouterais que la désintégration des personnages par les entités E.T. renvoie en creux à l’autodestruction du film, loin d’être la parabole sci-fi apocalyptico-anxiogène promise. L’annihilation des enjeux narratifs, réduits à l’état de microparticules, ne serait donc - au choix - qu’une des facettes principales d’un blockbuster réflexif, conscient de sa propre inanité, ou d’un nanar de luxe, qui porte décidément la patte de son heureux (?) producteur Timur Bekmambetov (réalisateur de Night Watch, Day Watch et Wanted). J’opte pour la réponse deux. Alors certes, qu’est-ce qu’on se marre (mention spéciale à ce commando de mercenaires russes à l’accent croquignolet), mais n’avez-vous pas mieux à faire que de perdre votre temps à visionner cela ?
La sieste sans nom
César, concierge dans un immeuble bourgeois de Barcelone, est aux petits soins pour ses habitants : prévenant, toujours disponible, méticuleux jusqu’aux moindres détails. Bref, l’homme à tout faire parfait, si ce n’est quelques problèmes de ponctualité, mais il a du sang latin, donc rien d’étonnant à cela non plus. Cerise sur le gâteau (ou moule sur la paella, si vous préférez), César est surtout un sociopathe qui manipule son entourage, prenant son pied dans la douleur de l’autre, mais sans jamais se mettre en danger directement. Lâche comme un string ficelle effiloché, César est une véritable hyène qui se cache derrière son vernis affable, et son dernier dada s’appelle Clara. Surtout quand elle fait dodo…
Inutile de maintenir le suspense plus longtemps : oui, Jaume Balaguero est définitivement un fétichiste des immeubles ! Entre la franchise Rec,
qui l’a propulsé sur la scène mondiale, et sa galette A Louer réalisée dans le cadre des « Peliculas para no dormir » (genre de Masters of Horror ibérique), Balaguero vient une nouvelle fois confirmer son amour de la brique catalane avec Malveillance (prononcez Mientras Duermes en roulant les « r »).
Beaucoup plus sobre dans son exécution, Balaguero semble renouer avec ses premières amours (Darkness, La secte sans nom), privilégiant la psychologie (déviante) de ses personnages et leurs interrelations dans un milieu clos qui devient rapidement oppressant. Bon, on ne va pas non plus se bourrer le mou avec de l’anthropologie de comptoir mais, force est de constater que ce salopard de Balaguero est bigrement doué : capable de résumer un chapitre de Deleuze sur l’identité trouble en une séquence qui finit par se lire sur trois niveaux, on se surprend à avoir la gaule visuelle et on attend la suite avec l’impatience d’un puceau devant une professionnelle du gland.
Jouant sur une dualité très claire, Balaguero multiplie les antagonismes : l’amabilité désintéressée de César durant le jour, son investissement dans la putasserie morbide la nuit. L’appartement lumineux de Clara, le taudis en sous-sol de César etc… Et pour simplifier encore la lecture, Balaguero se cantonne à trois lieux principaux (l’entrée de l’immeuble, l’appartement de Clara et l’antre du concierge), puis il avance ses pions de façon (un peu trop) didactique pour faire monter la sauce. L’étau se referme efficacement, l’ambiance anxiogène est
plus que palpable et certaines scènes sont d’ores et déjà cultes (car, oui, Balaguero réussit à transcender des clichés du genre avec un art consommé de la flippe !).
Cela étant dit, nul besoin de dévoiler encore plus le scénario – d’une perversité crasse -, mais on va tout de même se permettre une critique au niveau du fond : les motivations du concierge étant extrêmement vagues et light (le paravent de la psychologie contemporaine est parfois très complaisante), ses actes perdent irrémédiablement en consistance, et Balaguero loupe le coche du chef-d’œuvre. Néanmoins, Luis Tosar (ce mec est un véritable remède aux homophobes !) assure une fois de plus une performance hors-norme, sur le fil du rasoir à chaque plan, et se montre capable de jongler entre le pathétique et le danger latent. Marta Etura (Cell 211, Thirteen Chimes), compagne de Tosar à la ville et victime de ce dernier à l’écran, est juste solaire, magnifique et extrêmement touchante, compte tenu des saloperies qu’elle endure. Et… Ahem… de la lingerie fine qui l’entoure.
Nouvelle bombe de l’écurie Filmax, Malveillance voit Balaguero renouer avec l’horreur psychologique et viscérale – une pause bienvenue entre deux Rec épileptico-zomblards. Solidement installé sur un scénario d’Alberto Marini, qui était déjà derrière la plume d’A Louer, Malveillance a cette qualité indéniable des premiers Polanski et de certains Hitchcock : il vous laisse un arrière-goût perturbant, une sensation insidieuse qui ne vous laissera pas tranquille, à moins de vous faire l’intégrale de Pixar. Et encore…
Enseignant en français, cinéphile complet, passionné de films de genre. Véritable touche-à-tout en matière de cinéma.
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