AVANT-PREMIERE

AVANT-PREMIERE - Phobia 2

Histoires de fantômes thaïs

Suite au succès international du florilège Phobia (ou 4Bia) naît une séquelle commanditée par les producteurs du premier opus. Phobia 2 suit la même tendance en proposant plusieurs saynètes réalisées par différents metteurs en scène. Le titre numéral étant pour le coup caduc en raison de l’augmentation substantielle de segments, passés au nombre de cinq, comme en atteste le titre anglais "Five crossroads".

Le premier segment, intitulé Novice, suit les traces d’un adolescent envoyé par sa mère dans un monastère bouddhiste. Sur place, le jeune Pey est confronté à des fantômes qui entendent lui faire expier ses fautes, de quelque manière que ce soit. Plutôt convenue, cette ouverture signée Paween Purijitpanya, déjà présent à la réalisation du premier Phobia, place le métrage sur d’excellents rails. Pauvre en dialogues, Novice capitalise essentiellement sur l’installation d’une atmosphère pesante, appuyée par une inquiétante brume qui nappe cette forêt hantée par des esprits tenaces qui poursuivent le jeune délinquant. Le final aussi percutant qu’un jet de pierres en pleine gueule (la comparaison n’est pas innocente) laisse présager une anthologie de haute volée démontrant, une fois n’est pas coutume, l’efficacité de l’horreur thaïlandaise.

Ward de Visute Poolvoralaks investit le milieu hospitalier et ne manque pas d’évoquer l’Infection de Masyuki Ochiai. Un lit parcourt un couloir d’hôpital accompagné de bruits de moto. A l’intérieur, le multi-fracturé Arhit enrubanné et emplâtré jusqu’à l’os suite à un accident de moto qui se voit contraint de partager la chambre d’un vieil homme plongé dans le coma dont la famille a voulu prolonger la vie artificielle un jour de plus. Curieux de voir son voisin de chambrée, Arhit empiète sur l’intimité de ce dernier, outrage dont il va payer le prix fort. Deuxième conte macabre mettant en scène des esprits et deuxième pauvre hère en proie aux apparitions malveillantes. Le plus stéréotypé et le moins efficace des segments, Ward se concentre pour l’essentiel à faire sursauter le spectateur avec des effets faciles, le réalisateur tirant sur des ficelles des plus élimées et ponctuant l’ensemble d’un dénouement prévisible.

Le troisième volet, Backpackers, délaisse les émanations spectrales pour des infectés à l’apparence proche des morts-vivants. Sorte de 28 jours plus tard thaï, le segment signé Songyos Sugmakanan (Dorm, oursisé d’argent à Berlin) entraîne deux campeurs japonais, décidés à faire le tour de la Thaïlande, dans un véritable cauchemar routier. Embarqués par deux camionneurs sur le bord d’une nationale, ils se trouvent bientôt confrontés au chargement de l’engin : une kyrielle de zombies enragés. Lassé par les répétitions fantomatiques dans lesquelles s’enfoncent les productions horrifiques asiatiques, Sugmakanan décide de métamorphoser les traditionnels spectres chevelus et pâlots en d’intraitables zombies affamés et de les parquer dans la remorque d’un camion afin que leur furie dévastatrice, contenue dans un lieu clos, se libère au grand jour et donne lieu à un véritable bain de sang. Les influences américaines et européennes végètent dans l’esprit du cinéaste qui les régurgitent mollement dans cette saynète peu convaincante.

Salvage, du réalisateur Parkpoom Wongpoom, auteur, avec son complice Pisanthanakun, des excellents Shutter et Alone, peine également à instaurer un semblant de climax. Wongpoom s’intéresse ici aux voitures d’occasion et aux nombres d’accidents dans lesquels ils sont mis en cause. Rouillées jusqu’aux amortisseurs, les épaves bénéficient souvent d’une seconde vie après un relooking, façon Evelyne Thomas, dans des concessions prêtes à tout pour faire du bénéfice. C’est l’objectif principal de Nuch qui escroque ses clients en faisant passer sa camelote pour d’exceptionnelles berlines. Mais ces voitures possèdent bien souvent leur histoire propre et ont été le témoin de tragédies. Des drames dont elles portent encore les traces bien enfouies dans chaque parcelle de leur carrosserie qui ne tardent pas à ressurgir en pleine poire de la vendeuse. Après une très rapide mise en place (format oblige), le segment ne résulte plus qu’en une compilation de scènes de trouille plutôt bien foutues, à la manière de ce que proposait Shutter en son temps. Mais depuis les rouages se sont encrassés et ce qui amenait effroi et transe ne débouche plus désormais que sur une rasade à peine correcte de "Bouh, fais-moi peur !".

Lot de consolation, l’ultime segment In the end de Banjong Pisanthanakun se pose comme le plus amusant et le plus convaincant de ce florilège principalement dévoué aux ghost stories. Réinvestissant le terrain de la parodie horrifique, à l’image de son In the middle de 4Bia, le cinéaste se moque ouvertement des modèles de l’industrie de l’horreur asiatique (et essentiellement japonaise). Focus sur le dernier jour de tournage d’une sorte de sous-Shimizu torché à l’emporte-pièces malgré l’inquiétante dégradation physique de l’héroïne censée incarner le fantôme. Hospitalisée d’urgence, la fantômette retrouve le plateau quelques heures plus tard alors que l’hôpital annonce le décès de l’actrice. De quiproquos en rebondissements hilarants, In the end ponctue de la plus belle des manières cet assemblage inégal, écueil propre aux anthologies pelliculées.

LA BANDE-ANNONCE

AVANT-PREMIERE - Twilight Hesitation

Twilight zone d’ennui

Créature nocturne, plantant ses crocs dans le cou diaphane de vierges effarouchées, le vampire demeure l’une des mythologies tératologiques parmi les plus vivaces. Depuis quelques années, et le retour de l’horreur sur grand écran, la bête aux dents pointues a donc regagné ses galons. Autant à la télévision (d’abord avec Buffy contre les vampires puis True Blood) qu’au cinéma, les tentatives de renouer avec ce genre sont légion. Contaminant tous les styles cinématographiques, du film d’action (Blade, Underworld), au film intimiste (Let the one right in), le vampire est (re)devenu le protagoniste du film romantique depuis deux ans, avec l’adaptation des romans de Stephenie Meyer, Twilight. Pour réaliser Hésitation, les producteurs ont fait appel à David Slade, remarqué (mais par qui ?) pour son adaptation vampirique de la BD 30 jours de nuit.

Après deux épisodes sans ambition, Edward Cullen et Bella Swan sont donc de retour pour le troisième round (mais apparemment pas encore le dernier). Le bellâtre blafard (Robert Pattinson) et l’ingénue à la moue boudeuse (Kristen Stewart) semblent en avoir terminé avec leurs tergiversations passées, et Hésitation débute par l’acquiescement de la jeune fille à la proposition de mariage entrevue dans le hang-over « insoutenable » de Twilight Tentation. Les voilà ainsi promis l’un à l’autre, mais le danger rôde toujours, sous les traits de Victoria, la rousse incendiaire.

Toujours ivre de vengeance, Victoria (Bryce Dallas Howard récupère le rôle) engendre une armée de vampires débutants pour mettre Forks (la petite ville tranquille de l’état de Washington) à feu et à sang. Heureusement Bella peut compter sur Jacob, son ami lycanthrope, pour prêter main forte aux Cullen.

Si le pitch paraît famélique, il est toutefois nettement plus plantureux que les deux volets précédents réunis. Le suspens peine à arrimer le spectateur à son siège mais au moins on sait qu’on attend quelque chose. La chose en question, une lutte à mort, oppose le camp gentils vampires/loups-garous à l’équipe méchants vampires. Sans vendre la mèche, disons que le film reste aisément PG13. Côté romance, Edward aime Bella qui aime bien Jacob. L’amour triangulaire déjà à l’œuvre précédemment reprend donc du service, sans pour autant que les affects des personnages soient compréhensibles, ni même sensibles. Décharnés psychologiquement, ils ne véhiculent que leur plastique (irréprochables d’après ma petite cousine adolescente).

Seule nouveauté d’Hésitation, l’usage de flash-back qui mettent en lumière les situations qui ont conduit au changement d’espèces de deux personnages. Ancrés dans la mythologie historique de l’Amérique (la Guerre de Sécession et la Grande dépression des années 30), ces interludes, plaisant au demeurant, n’apportent guère plus que l’image d’Epinal attendue.

Sorte d’énorme machine à fric, creuse comme une coquille vide, la saga Twilight use de l’imaginaire vampirique sans parvenir, au pire à le reproduire intelligemment, au mieux à le transcender. Reste un film d’amourette niais, puritain, qui prône l’abstinence. Un comble pour un mythe éminemment sexuel.

AVANT-PREMIERE - Inception

Up above…

Une œuvre au-delà des mots, un des chocs cinématographiques les plus intenses de toute ma vie de cinéphile « boulimique » (inutile de préciser que j’en ai avalé des kilomètres de péloche…). Un film au-delà des genres et des modes, doublé d’un spectacle visuel inédit pour le spectateur, qui en aura rarement eu autant pour son argent… Inception finit définitivement d’asseoir Chris Nolan au sommet du panthéon hollywoodien, si tant est que cela s’avérait encore nécessaire… Des superlatifs souvent galvaudés mais que je me vois forcé d’utiliser, comme abasourdi par tant d’intelligence de réalisation. Vous avez dit « génie » ?

La tâche du critique est ardue lorsqu’il s’agit de parler d’Inception, œuvre profondément animée d’une foi inébranlable dans le médium cinéma, qui offre au spectateur de multiples rebondissements narratifs et une esthétique (celle du thriller « high-tech ») réinterprétée de façon novatrice. Dans l’optique d’éviter de gâcher le plaisir de nos chers lecteurs « cinéphages », j’éviterai tout « spoiler » en dissertant plutôt de la forme du film, sans entrer par exemple dans les détails de l’intrigue.

D’une maestria technique confondante, Inception repose avant tout sur des enjeux narratifs solides et des ressorts dramatiques « puissants », qui provoquent une profonde empathie chez le spectateur, via des acteurs en état de grâce. Un tour de force qui ne serait rien sans la conviction d’interprètes qui ne font qu’un avec leur personnage (la distribution des rôles s’avérant tout simplement parfaite) et n’hésitèrent pas à apposer leur propre pierre à l’édifice de la caractérisation (très étoffée) des protagonistes. Leonardo DiCaprio en tête, qui mène le film de bout en bout et s’avère encore plus subtil/nuancé dans son jeu que chez Marty Scorsese. Il est entouré d’un casting de rêve, comptant rien de moins que Joseph Gordon-Levitt (Brick, Mysterious Skin de Gregg Araki), qui effectua ses propres cascades au sein d’un plateau de tournage tournant à 360°, Ken « The Last Samurai » Watanabe (déjà à l’affiche de Batman Begins), Marion Cotillard (Public Enemies), Tom « Bronson » Hardy (de loin une des présences les plus charismatiques du film !), la craquante Ellen Page (Hard Candy, Juno), Cillian « Sunshine » Murphy, Sir Michael Caine (qui en est à sa 4ème collaboration avec le réalisateur) ou encore Dileep « Drag Me to Hell » Rao, en passant par Lukas Haas, Pete « Usual Suspects » Postlethwaite et le revenant Tom Berenger (Platoon, Fear City d’Abel Ferrara, …). Désolé pour le « name dropping »…

Basé sur la sublime direction photo de Wally Pfister (fidèle collaborateur de Nolan, dont la lumière décuple l’impact de chaque séquence, sans prendre le pas sur celle-ci et céder à un esthétisme déconnecté de la narration), la mise en scène de Chris Nolan se pare d’une ampleur phénoménale, via des mouvements de caméras virtuoses et d’autres « affèteries » formelles (tels ces ralentis « extrêmes » obtenus avec une vitesse de défilement de la pellicule la plus élevée possible : 1000 images/seconde, soit plus de 40 fois la vitesse normale…) convoquées avec la plus grande des acuités.

Pour ce faire, le réalisateur s’est entouré de techniciens rompus aux grosses productions mais aussi habitués à travailler avec lui, tels le superviseur des effets spéciaux Chris Corbould (déjà à l’œuvre sur Batman Begins), en charge des effets plateau, le superviseur des effets visuels Paul Franklin (nommé au BAFTA pour The Dark Knight), qui bouleverse les lois de la physique à l’aide d’SFX numériques renversants (au propre comme au figuré), le chef-monteur Lee Smith (Batman Begins, The Prestige, The Dark Knight, Robocop 2, The Truman Show, Master and Commander de Peter Weir, …), chargé de remettre de l’ordre dans tout cela, ou encore le compositeur Hans Zimmer (True Romance, Gladiator, The Thin Red Line, …), artisan d’une BO à la frontière du « sound design » (par instants), qui épouse à merveille les images. Pour l’anecdote, il s’est associé pour l’occasion à Johnny Marr (ancien musicien des mythiques The Smiths), qui enjoliva la bande originale de beaux riffs de guitare.

Et force est aussi de constater que Chris Nolan monte en régime au fil des projets, lui qui possède déjà une des carrières hollywoodiennes les plus intéressantes, parcellées de chefs d’œuvre. Devenu « artificier » du blockbuster, genre auquel il ajouta un « supplément d’âme » via la pertinence des thématiques soulevées (j’y fais bien assez référence dans mon portrait du réalisateur sur le site), il peut dès lors être finalement considéré comme l’égal des plus grands (Kubrick, Coppola, Friedkin, Hawks, Carpenter, Ford, …), dans sa façon de concilier attentes du public et exigence du propos (à l’inverse par exemple d’un tâcheron comme Michael Bay). Après avoir posé un des jalons du « comic-book movie » avec The Dark Knight (assorti d’un des plus grands films noirs jamais réalisés) et enchaîné avec le joyau Inception, une seule question demeure : où s’arrêtera-t-il ? Oubliez l’ancienne garde des frères Scott, Spielberg et consorts, autant que la nouvelle génération du film d’action (Joe Carnahan, pour ne citer que lui), en ce moment, il n’y a pas photo, c’est un K.O. technique…

Issu d’un tournage globe-trotter, un peu à la façon des James Bond ou de la série des Jason Bourne, (au Canada et ses étendues enneigées, à Paris, Tokyo, Londres, Los Angeles, …) qui fut éprouvant pour l’équipe mais nous offre de somptueux paysages et un usage inspiré de la topographie des lieux (écrins de scènes d’action dantesques), Inception soulève des questionnements éthiques et spirituels, qui dynamitent le carcan du thriller S-F « politisé » (ou film de braquage, selon la productrice Emma Thomas, même si ici, l’esprit de la victime se révèle le terrain du hold-up) que le réalisateur s’était fixé.

Du déferlement d’action à l’intime, du chaos à l’apaisement, pour in fine toucher à ce qui définit l’humain dans sa part la plus constitutive (ses sentiments, via l’idylle contrariée entre Cobb et Mall, et les relations au sein de la famille, qui concernent aussi le rapport au père douloureux du personnage de Cillian Murphy), Inception réussit sur tous les tableaux.

Bouleversant…

AVANT-PREMIERE - Scott Pilgrim vs the world

Pur bonheur

Edgar Wright ayant toujours été fan de jeu vidéo (il avait notamment rendu un délirant hommage à la saga Resident Evil dans un épisode de Spaced), il était inévitable qu’il finisse par exprimer son amour du 10e art dans un de ses films. Son premier film américain « en solo » (comprendre sans ses compères de toujours Simon Pegg et Nick Frost) lui a donné cette occasion, via l’adaptation du comic book Scott Pilgrim. Scénarisé et dessiné par Bryan Lee O’Malley, Scott Pilgrim est une série de six romans graphiques mettant en scène un jeune homme de 23 ans devant combattre les sept ex de Ramona Flowers, la jeune femme qu’il convoite. La principale particularité de ce comic book, c’est que les combats contre les ex de Ramona sont présentés comme des affrontements de jeux vidéo. Pas étonnant dès lors qu’Edgar Wright ait été intéressé par ce matériau synthétisant la plupart de ses passions. L’occasion rêvée pour offrir au public un spectacle novateur sortant totalement des sentiers battus.

Dès les premières secondes, lorsque le célèbre logo Universal apparait dans le style des consoles 16 bits (musique en midi y compris), il est clair que Scott Pilgrim vs the World sera un film différent. Et en effet, la bande-annonce ne mentait pas sur la marchandise : Scott Pilgrim est un pur fantasme de gamer, une oeuvre réussissant enfin parfaitement la fusion entre cinéma et jeux vidéo (en ajoutant aussi une grosse louche de BD et une pincée de rock). Le film est ainsi divisé en niveaux, au bout de chacun desquels Scott devra affronter l’un (ou l’une) des ex de Ramona, chaque combat débutant par un écran annonçant Scott vs l’ex en question, à l’image des jeux de combat comme Tekken ou Street Fighter. Et à la fin de chaque combat réussi, Scott gagne des pièces et des points (points qui lui permettront plus tard de gagner une vie). Mais ce n’est pas tout, puisque tout l’univers du film est régi par le 10e art : lorsque Scott va aux toilettes, sa pee bar (« barre de pisse ») redescend à zéro, on entend en fond des bruitages de jeux, voire même des musiques (la musique de Zelda est régulièrement utilisée), et surtout, chaque ex a une caractéristique et un style de combat différent, faisant appel à un type de jeu particulier. Scott aura donc évidemment à pratiquer les arts martiaux, mais aussi à défier l’un des personnages au skateboard, un autre dans un duel de basse style Guitar Hero, ou encore devra utiliser des invocations comme dans Final Fantasy. Mais en plus de ça, Edgar Wright s’amuse à rajouter d’autre références à la culture pop : les comic books bien sûr, avec les onomatopées apparaissant à l’écran et les super pouvoirs de Scott et de ses adversaires, mais aussi les sitcoms au cours d’une scène hilarante utilisant les ressorts de ce type de série (comique de situation, dialogues au couteau, lieu unique et rires enregistrés), ou encore la musique rock dans une bande-son excellente.

Evidemment, décrit comme ça, le film a l’air d’un énorme bordel totalement autiste et destiné uniquement aux geeks. Mais c’est sans compter le talent d’Edgar Wright, qui réalise là peut-être son film le plus abouti, tant en termes de narration que de réalisation (le montage du film est absolument monstrueux de précision et de fluidité). A commencer par une capacité impressionnante à réussir à faire passer à l’écran tous ces délires visuels sans aller jusqu’à l’overdose et surtout sans sacrifier son histoire et ses personnages. Car derrière ce bon gros délire, le film traite avec une certaine intelligence des relations amoureuses et de leurs conséquences (perte de la confiance en soi après une rupture, peur de l’engagement…), ce qui le rend beaucoup plus fin et réaliste que la plupart des comédies romantiques débiles débarquant régulièrement sur les écrans. Il faut dire que les acteurs sont pour beaucoup dans la réussite et la crédibilité du film. Michael Cera rejoue une fois encore son personnage de grand ado un peu attardé, mais il réussit ici à être aussi touchant que dans Supergrave, surtout lorsqu’il commence à se demander si le jeu en vaut la chandelle. Le plus surprenant reste tout de même la capacité qu’a Wright à le faire passer pour un artiste martial sans faire tiquer le spectateur (ce qui permet de souligner au passage que les scènes d’action sont ici bien plus réussies que dans Hot Fuzz) ! Mary Elizabeth Winstead est aussi parfaite de son côté, campant un personnage pas si facile à incarner que ça, dont l’apparente froideur cache une peur de l’engagement destructrice. Wright arrive même à renouveler le personnage classique du « meilleur pote un peu lourdingue mais sympa quand même » en faisant de Kieran Culkin un coloc gay et queutard piquant les petits amis de la sœur de Scott. Enfin, difficile de ne pas citer la « ligue des ex », tous assez gratinés, tout particulièrement Brandon Routh, méconnaissable en blonde peroxydée, Chris Evans en acteur de films d’action ringards, et surtout Jason Schwartzman en boss ultime féru d’escrime.

Pur OVNI cinématographique, Scott Pilgrim vs the World est aussi un pur bonheur de cinéma : un film ne ressemblant à aucun autre, fourmillant de trouvailles visuelles, et surtout hilarant de bout en bout. A découvrir de toute urgence !

AVANT-PREMIERE - Buried

Claustro-folie du barbouze

Paul Conroy aurait mieux fait de rester au pays pour toucher les allocs plutôt que de jouer au convoyeur humanitaire dans le désert en plein bourbier irakien. Et pour cause, ce pauvre bougre vient de se réveiller dans un cercueil en bois et, vu l’acoustique, il se rend vite compte qu’il a été enterré vivant avec, comme seuls objets, un briquet et un téléphone portable dont le réseau faiblard n’a rien à envier aux vallées de la Gaume…

Soyons honnêtes, le pitch avait de quoi refroidir les plus optimistes : comment tenir en haleine un public avec 90 minutes claustrophobes où l’on ne quitte pas un seul instant ce satané cercueil ? Roger Corman nous avait déjà fait le coup avec L’Enterré vivant (1962), suivi quarante ans plus tard par le deuxième volet de Kill Bill de môôsieur Tarantino. L’idée, souvent excellente sur le papier, s’essouffle aussi vite que le Marlboro Man sur un cent mètres à l’écran, et toutes les conditions étaient dès lors réunies pour voir dans Buried un pétard mouillé qui pète plus haut que son cul. Erreur phénoménale de blasé conceptuel ! Contre toute attente, le film de Rodrigo Cortès est une véritable bombe et la réponse de sa réussite se trouve dans les fondamentaux du cinéma, trop souvent oubliés à une époque où l’on nous sert trois effets numériques et un travelling compensé pour un bête sourire. Ainsi donc, ces fondamentaux – pour paraphraser Woody Allen – se résument à trois choses : un bon scénario, un bon scénario et un bon scénario. Et celui de Chris Sparling est efficace en diable, mais nous n’en dirons pas plus pour vous en laisser la surprise. Sur ce chapelet de rebondissements à vous arracher les cheveux se greffent également des critiques qui se diluent insidieusement tout au long du film : ainsi, la guerre en Irak importe peu, et nous échappons à ce prêt-à-penser très consensuel qui dénoncerait une fois de plus la politique US. L’ennemi ici n’a pas de visage, car il est partout, à commencer par le « home sweet home » que Paul a en ligne de temps à autre : alors qu’il hurle à l’aide, il ne cesse de buter contre les fantassins des call-center et les manœuvres procédurières d’une bureaucratie impersonnelle. Évidemment, son sentiment de solitude s’en trouve exacerbé, la frustration est décuplée et, à ce stade, le spectateur n’a probablement plus d’ongles à rogner…

Car, au-delà du scénario – et son prix de la Critique Internationale au dernier Festival de Deauville est largement mérité, l’idée absolument géniale de Rodrigo Cortès pour nous faire hyperventiler est née d’un manque d’argent (le budget du film correspond à tout casser au buffet d’un film de Michael Bay). Cette économie de moyens l’a obligé à être plus créatif, quitte à suivre les pas de son maître, Hitchcock, et plus particulièrement Lifeboat (1944). Le mot d’ordre était donc : on ne quitte pas le cercueil une seule seconde ! Cette proximité avec le héros rend l’œuvre incroyablement organique et – peut-être est-ce parce que nous sommes tous voués à long terme à devenir des bouffeurs de terreau – flirte avec une intensité rarement éprouvée au grand écran.

Techniquement, Buried est également un tour de force : malgré l’espace confiné, les plans sont fluides et inventifs, la photo est magistrale car d’une discrétion absolue (comme si le film avait été tourné avec un Zippo et une lampe de poche), le travail du son – primordial sur un projet pareil – est irréprochable et, s’il faut trouver un défaut à Buried, on pourrait arguer de quelques pirouettes scénaristiques (mais obligatoires tant que les spectateurs ne seront pas nyctalopes).

Enfin, cerise sur le Sundae, saluons la performance de Ryan Reynolds – il n’y en a que pour lui de toute façon – qui révèle un prisme d’émotions étonnant. Il évite tous les écueils qu’un rôle aussi casse-gueule que celui-ci peut avoir et prouve qu’il est tout aussi bon dans la retenue que dans le découpage de gigot de vampires (Blade III) ou le dézinguage à la sulfateuse (Smokin’ Aces).

Bref, si vous avez envie de vous réconcilier avec les grands espaces et vraiment savourer la position de l’étoile de mer sur votre lit sans toucher les murs, précipitez-vous sur Buried : c’est tout simplement redoutable…

AVANT-PREMIERE - Cornered !

Slasher SM

Cinq blaireaux se retrouvent à l’arrière d’un drugstore pour jouer au poker toute la nuit. Le gratin du gratin : une grosse standardiste du téléphone rose, un lourdeau qui flanche devant les donuts, un junkie en désintox’, une prostituée et le propriétaire des lieux assez parano que pour truffer chaque recoin de son magasin de caméras reliées à un moniteur central. Pas de pot, l’équipée est bientôt traquée par un tueur en série masqué de cuir aux méthodes plutôt brutales...

Un film belgo-américain est un fait assez rare que pour être souligné. Produit par Mazefilms, basé à Bruxelles avec une antenne à Los Angeles, Cornered ! est le premier métrage réalisé par Daniel Maze dont il signe également le scénario avec Darrin Grimwood. Le script en question mêle habilement des éléments essentiels des slashers traditionnels et une dynamique plus moderne en phase avec la vague post-Saw. Encagoulé de cuir (tendance SM comme dans Blackout de Douglas Hickox ou, plus récemment, The collector de Marcus Dunstan), le serial killer se montre particulièrement cruel et inventif dès qu’un amas de chair se plante sur sa route. Tranché à la disqueuse ou agrémenté de crème glacée, chaque corps devient, sitôt passé par ses menottes, une oeuvre d’art culinaire prompte à humidifier les babines des plus avides de boucherie et à attiser la curiosité des addicts d’un Dîner presque parfait.

Bavarde à l’excès, la bande capitalise trop souvent sur les dialogues interminables des protagonistes, censés drainer la sympathie des spectateurs pour ces marginaux. Effectivement, à la longue, ceux-ci finissent par attacher si l’on s’en réfère au sens culinaire du terme : plombant la première heure de leur incurable logorrhée, les morituri justifient leur présence, légitiment leur enfermement et décrivent les défections qui gagnent leurs portables. Cloîtrés sans contact possible avec l’extérieur, ils remplissent comme ils peuvent la vacuité de leur existence en se laissant aller à leurs dépendances (qui de la bière, qui de la drogue, qui des donuts, qui des glaces) et en taquinant la carte pour de la menue monnaie jusqu’à ce que le sadique vêtu de cuir ne vienne titiller leurs penchants masochistes en leur rendant... la monnaie de leur pièce par la même occasion.

A la croisée de The collector et de slashers plus classiques, Cornered ! tente de faire dans le pataud et dans le gore mais finit par lasser l’assistance en raison d’une mise en place beaucoup trop fastidieuse. Dommage car il y avait du potentiel dans ce projet flanqué du délicieux Steve Guttenberg, l’inoubliable sergent Mahoney de la franchise Police Academy.

AVANT-PREMIERE - Newsmakers

Les guignols de l’info

En plein coeur de Moscou, une fusillade éclate entre policiers et criminels. Résultat : de nombreux morts et blessés autant du côté de la flicaille que des badauds qui trainaient là par hasard. Impuissante face à ces pros de la gâchette, la police voit son image de plus en plus entachée. Pour redorer le blason de la police moscovite, Katya Verbiskaya (qui a dit "A tes souhaits ?") met sur pied un programme de télé-réalité diffusant en temps réel les images de l’intervention policière...

Le réalisateur suédois Anders Banke est une figure connue des amateurs du genre nordique : il est en effet l’un des artisans de la renaissance du cinéma fantastique scandinave qu’il a inaugurée avec le vampirique Frostbiten. Bergman et Christensen relégués au placard au profit d’une teinture très américaine qui se retrouve également, de manière plus timorée, dans le thriller Newsmakers. Bande multiculturelle, le deuxième long-métrage du Suédois adopte une facture très US, s’inspire d’une oeuvre hong-kongaise (Breaking news de Johnnie To) dont l’action est désormais située en plein Moscou. En résulte une osmose complète où cohabitent gunfights pétaradantes made in US et une froideur proprement septentrionale.

Mais, sur la longueur, Banke se laisse dépasser par des aspirations esthétiques et narratives aussi diverses et balance un film au rythme des plus bancal. A la fois actioner burné (crashs de bagnoles, explosions, gunfights, courses-poursuites à n’en plus finir) et drame d’influence (sitôt que les malfrats se cloitrent dans l’immeuble), Newsmakers se retrouve la raie entre deux sièges. En marge, le gimmick principal du film, à savoir la guerre par médias interposés que se mènent les bad guys et la police, tombe littéralement à plat. Télévision et ordinateurs servent autant les protagonistes à s’humaniser médiatiquement qu’ils desservent l’histoire, ralentissant fortement son rythme et implantant dans un climax pesant des touches plus légères qui dénotent (embellir l’image de la police par le biais de sushis ?).

Malgré quelques canardages pétaradants et un rythme relativement élevé en début de métrage, Newsmakers s’essouffle rapidement pour ne plus proposer qu’une guerre des medias des plus surannée.

AVANT-PREMIERE - Devil

Les « Night Chronicles » sont une série de longs métrages horrifiques à petit budget produits par M. Night Shyamalan, également responsable des idées servant de base aux scénarios. Un concept intéressant lorsqu’on apprécie le cinéaste, responsable de quelques classiques de ces dernières années comme Sixième sens ou Incassable.

Le premier film de cette « saga », intitulé Devil, a été écrit par Brian Nelson (30 jours de nuit, Hard candy) et mis en scène par John Erick Dowdle (En quarantaine). Malheureusement, le résultat s’avère décevant en dépit de prémices intéressantes, basées sur une ancienne légende voulant que, parfois, le Diable s’incarne en homme pour venir cueillir l’âme des damnés.

L’agent de sécurité Ramirez se souvient des histoires racontées par sa maman au sujet du Diable, lequel marche sur la Terre lorsqu’un suicide ouvre les portes de l’Enfer. Devil débute donc par la vision d’un homme se défénestrant du haut d’un building. L’enquête est confiée à un policier nommé Bowden, lequel se remet d’une dépression et d’une longue dépendance à l’alcool causée par un accident de voiture ayant jadis couté la vie à sa femme et son fils. Le chauffard s’était, ce jour là, contenté de laisser un mot « je suis désolé » avant de prendre la fuite. Il ne fut jamais arrêté.
Dans le même temps, cinq personnes se trouvent bloquées dans un ascenseur en panne. Ben, un agent de sécurité temporaire, essaye de cacher son passé violent et de rassurer Vince, Tony, Sarah et une vieille femme inconnue. La situation s’éternise et des événements étranges commencent à survenir. Sarah est d’abord blessée par un objet coupant puis Vince meurt quand un morceau de verre provenant d’un miroir brisé lui tranche la gorge.

Ramirez, observant les réactions des protagonistes via les caméras de sécurité, remarque également l’apparition de phénomènes inexplicables, comme un visage démoniaque rodant dans la cabine d’ascenseur. Refusant la thèse surnaturelle, Bowden mène l’enquête, décortique le passé des cinq personnes et soupçonne Tony de ne pas être celui qu’il prétend. Un technicien appelé en renfort tente alors de réparer l’ascenseur mais chute sur la cabine et meurt, comme si quelqu’un, ou quelque chose, refusait de laisser partir les prisonniers. Peu à peu, Bowden remet en doute ses convictions et admet que, peut-être, l’une des cinq personnes coincées dans l’ascenseur serait le Diable incarné.

Pas vraiment réussi, Devil s’apparente surtout à un épisode de « La Quatrième Dimension » étiré sur une durée de 80 minutes. Incapable de rester à l’intérieur de l’ascenseur et de générer un authentique huis-clos angoissant, Devil s’échappe trop fréquemment de son espace confiné pour proposer une enquête policière guère originale et quelques sous-intrigues finalement inutiles. En dépit d’une courte durée, le film parait par conséquent assez longuet, ce qui n’exclut pas une première partie précipitée échouant à rendre étouffant et claustrophobe l’environnement proposé. Les événements paranormaux surgissent, eux, trop rapidement pour conférer au métrage une véritable atmosphère. La plupart des scènes d’angoisse se déroulent, en outre, lorsque les lumières sont éteintes, permettant un certain suspense mais aussi beaucoup de frustration. Les rares séquences chocs surgissant en pleine lumière sont, par contre, peu convaincantes et recourent à des « jump scare » éculés, n’évitant pas l’apparition d’un visage démoniaque en surimpression hérité du remontage de L’exorciste.

Les thématiques sous-jacentes, pour leur part, trahissent bien les obsessions de Shyamalan et concernent les croyances religieuses (« pour te réaliser pleinement tu as besoin de croire en quelque chose de plus grand ») et la présence effective du Diable en nos sociétés, tempérée par une morale finale plus optimiste et rassurante (« si le Diable existe alors Dieu est également présent parmi nous »). L’option démoniaque et surnaturelle ne fait d’ailleurs aucun doute : le policier ayant perdu la foi ne tarde pas à revenir sur le droit chemin et admettre l’existence du démon même s’il se montrait, au départ, sceptique. Comme souvent chez le cinéaste / scénariste, les notions de culpabilité, de rédemption et de pardon sont centrales à l’intrigues et aboutissent à un climax prévisible mais bien mené et plutôt convaincant.

Fort attendu, Devil fonctionne comme une petite série B sympathique mais s’apparente surtout à un épisode de série télévisée et seuls quelques plans d’une belle ampleur (les immeubles environnés de nuages menaçant symbolisent, on le devine, les forces du mal à l’œuvre) le distingue de productions télévisuelles récentes.

Sans être désagréable et parfois même rassurant par son concept (un long métrage à petit budget tente de damner le pion à des blockbusters horrifiques jouant la surenchère spectaculaire sans être un remake de plus ni un torture porn minimaliste), Devil manque d’ambition pour s’élever au-dessus de la masse des divertissements sitôt vus et sitôt oubliés. Dans l’ensemble, ces premières « Night Chronicles » se suivent toutefois sans trop d’ennui et rassurent pour les prochains volets.

EVENTS

C’est jour de fête en ce mardi 04 janvier ! Non ce n’est pas encore la fête des Rois et non je ne subis pas le contrecoup des festivités de fin d’année. Ce mardi célébrait la fête des cinéphiles parisiens car UGC organisait une avant-première exceptionnelle. Celle du vigilante movie anglais HARRY BROWN. Quoi de mieux pour fêter ça que de faire venir le producteur, le réalisateur et surtout Sir Michael Caine, légende vivante du cinéma grand briton que l’on a pu voir dans un tas de films et qui vient de se voir offrir une seconde jeunesse grâce à son compatriote Christopher Nolan qui en a fait son comédien fétiche. Je me suis donc déplacé pour l’occasion, bravant le rude hiver parisien afin de peut-être apercevoir Sir Caine. Le début des festivités étant prévu aux alentours de 20h30, j’entre dans la salle N°1 de l’UGC Les Halles, multiplexe implanté en plein centre de la capitale. Je me faufile dans la séance et dégote une jolie place eu deuxième rang. Parfait.

A 20h30 précises débarque le maitre de cérémonie nous annonçant la présence des trois invités et nous demandant de patienter quelques minutes avant de les accueillir. Quelques instants plus tard débarquaient sans faute le producteur Krys Thykier, le réalisateur Daniel Barber et Sir Michael Caine se voyant gratifier d’une belle standing ovation. Pendant quelques secondes, on se serait cru au Palais des Festivals de Cannes, les smokings en moins. Michael Caine salue la foule, en français s’il vous plait, et plaisante sur le fait que le film que nous allons voir ce soir, n’est pas une comédie mais que malgré tout, il nous souhaite une agréable soirée. Même si le film lui est loin de l’être. Petites interviews d’usage pendant laquelle tout le monde se lance des fleurs mutuellement alors que Michael Caine s’improvise traducteur répétant en français les paroles de ses deux compères. Le tout avec une classe naturelle, un flegme parfait et un accent anglais des plus savoureux. Il traduira tout parfaitement en bon bilingue qu’il est. Ajoutant quelques blagues suscitant l’hilarité d’une assistance plus que conquise. Il est venu spécialement à Paris pour défendre le film car c’est un projet difficile et sensible auquel il tient énormément. On le comprend à la vue du film qui s’impose comme un chef-d’œuvre du genre, rejoignant Vigilante de Bill Lustig et Un Justicier Dans La Ville de Michael Winner au panthéon du style . Dépassant même les deux mètres-étalons grâce à une mise en scène implacable et la prestation cinq étoiles de Michael Caine mais j’y reviendrai dans la critique du film.

Après avoir défendu le film et assuré le spectacle, il est déjà temps pour l’équipe du film de quitter les lieux et pour Michael Caine de recevoir sa deuxième standing ovation de la soirée. Place au film maintenant qui, après une scène d’introduction tétanisante, donne raison à Sir Caine. Oh non ce film ne sera pas agréable mais qu’est-ce qu’il est bon ! Merci Daniel Barber et merci Monsieur Michael Caine pour ces quelques (courtes) minutes de bonheur. Le constat à tirer de cette soirée est double : en plus d’être un des plus grands acteurs de sa génération, Michael Caine est officiellement l’homme le plus classe du monde et Daniel Barber dont c’est là le premier film est définitivement un réalisateur à surveiller de très près.

AVANT-PREMIERE - Harry Brown

City on fire

Quand on parle de vigilante movies, on pense d’emblée à la série des Justiciers ou au Vigilante de Bill Lustig. Si le genre a toujours continué de livrer son lot de films, la critique elle, s’est souvent acharnée sur le genre, criant au loup et le mettant à l’index en se basant, bien souvent, sur les seules thématiques, parfois extrêmes de ces films en occultant tout à fait ses qualités cinématographiques. Mais lorsque Sir Michael Caine accepte de tenir le rôle principal, un ancien militaire bien décidé à venger son meilleur ami, tué par une bande de jeune canailles, dans un film sur l’auto-défense, les choses changent. Un peu. En même temps, nous on a toujours adoré le genre et on est bien heureux de voir qu’Harry Brown est un putain de bon film de vigilante. Voire même le meilleur depuis « Vigilante ». Le plus grand point fort d’Harry Brown est la volonté de son réalisateur de sortir le film du carcan réducteur de la Série B dans laquelle il est souvent enfermé. Ici, tout est fait pour offrir au film une respectabilité presque grand public. Tout a été travaillé afin de faire d’Harry Brown, le nouveau porte étendard du style.

Après un générique sobrement efficace, la première scène du film, tournée façon téléphone portable, met tout le monde KO d’entrée de jeu. Une scène choc, montrant des adolescents s’adonner à de la pure violence gratuite. Les images prises sur le vif immergent d’emblée le spectateur dans l’univers violent et sombre d’Harry Brown. On ne peut s’empêcher de penser à une version 2010 d’Orange Mécanique de Kubrick. Même origine, même thématique, même sens de l’image et de la mise en scène choc. Si le déroulement du film s’avère classique (présentation des personnages, trauma fondateur et passage à l’acte) son écriture tendue précise et intelligente transforme un scenario classique en histoire bétonnée misant sur le réalisme. Malgré ce classicisme, Daniel Barber pousse son film un peu plus loin que la simple histoire d’auto-défense et flirte avec le film brûlot en n’omettant pas de pointer les diverses responsabilités et causes d’un problème un peu trop souvent cantonné à la simple délinquance adolescente. Barber brosse un portrait plus large mêlant politiciens, policiers, agresseurs et victimes. Toutes les composantes sont personnifiées, transformant de simples intervenants en véritables personnages indépendants avec un passé, une attitude et une identité propres. Encore une fois, on sent la volonté de l’équipe du film de dépasser le statut de simple vigilante movie tout en assumant totalement celui-ci.

Parmi les autres innombrables qualités du métrage, on ne peut passer sous silence sa mise en scène. Anxiogène, abrupte, dense, directe et oppressante, elle permet de faire ressentir physiquement la violence physique des jeunes zazous et le cheminement psychologique d’Harry qui s’enfonce de plus en plus dans son combat. Le parallèle avec son expérience en Irlande du Nord est d’ailleurs pertinent et offre un joli jeu de miroir entre passé et présent, politique et artistique. Une mise en scène physique donc comme ou peut la retrouver chez Nicolas Winding Refn ou encore le Gaspar Noé de Seul Contre Tous. On peut d’ailleurs établir plusieurs liens entre le premier long de Noé et ce Harry Brown. Une ambiance anxiogène et urbaine, une violence presque misanthropique et un personnage central magistral mais beaucoup moins unilatéral et antipathique dans cet Harry Brown. Toutefois, les liens évidents entre les deux films sautent aux yeux même s’ils sont bien entendu dissemblables sur de nombreux autres points.

La mise en scène exceptionnelle de Barber élève le film au-dessus de la masse des vigilante flicks de base. A la fois sèche et stylisée, elle parvient à éviter tout racolage et prend du recul sur une situation et une histoire explosives, évitant ainsi tout dérapage. Si la mise en scène est intense et rugueuse, il en va tout autant de la prestation de Michael Caine. Caine campe un personnage humain, fort et faible à la fois. Habité par ses doutes et ses convictions, il joue de son physique vieillissant pour incarner jusqu’au bout des ongles ce personnage d’Harry Brown, destiné à entrer au panthéon des personnages emblématiques du cinéma anglais qui n’en manque pourtant pas. Michael Caine, habite, vit, est Harry Brown, il porte une bonne partie du film sur ses épaules. Le talent de Caine parvient à nous montrer la force et la maitrise psychologique du personnage, un ex-militaire rappelons-le, tout en nous faisant craindre ses faiblesses physiques et donc craindre pour sa vie. Dès les premières secondes, le spectateur est tout entier acquis à la cause de Brown et c’est en grande partie grâce au Sir Caine. Mais il n’est pas le seul à livrer une excellente prestation, chaque comédien donne vie à son personnage : l’inspectrice désabusée incarnée par Emily Mortimer, le copain de toujours, le barman joué à merveille par cette bonne vieille trogne de Liam Cunningham et surtout, les voyous plus vrais que nature bénéficiant de l’interprétation enflammée de jeunes comédiens anglais incroyables dans leur rôles respectifs. Si le film fonctionne aussi bien c’est en grande partie grâce à eux, qui ont su donner vie à des personnages de papier.

Harry Brown est un chef-d’œuvre du genre et s’impose d’entrée de jeu comme un des grands films du cinéma anglais. Une histoire simple, violente, brutale et psychologiquement forte, magnifiée par une mise en scène anxiogène et des comédiens habités. Si Caine confirme son retour en force depuis quelques années, Daniel Barber lui s’impose comme un nouveau jeune réalisateur anglais à suivre. Harry Brown est une nouvelle grosse droite qui nous arrive dans la face en provenance de la perfide Albion.

AVANT-PREMIERE - Hereafter

From Beyond (with Cécile de France…)

Clint Eastwood, acteur mythique et icône absolue, est considéré depuis quelques années comme le digne héritier des réalisateurs hollywoodiens de l’âge d’or ; de solides artisans de la trempe de John Ford ou Howard Hawks, dont il partage le « classicisme » ainsi que l’exaltation de valeurs ancestrales (droiture, noblesse d’esprit, courage face à l’adversité, abnégation, …). Eastwood ne s’en cache d’ailleurs pas, lui qui avoue volontiers être allé à bonne école, en s’inspirant de ses mentors Don Siegel ou Sergio Leone, observant leur comportement sur les plateaux de tournage. Mais à la longue, ce consensus critique peut fatiguer (si l’on en croit l’opinion dominante, chaque film de Clint est un chef d’œuvre…) et force est de constater que le traitement appliqué par le réalisateur à chacun de ses projets ne récolte pas toujours les fruits escomptés, n’en déplaise à certains…

Une approche (néo-)classique, ramassée vers l’essentiel, qui se prête beaucoup mieux au western crépusculaire (Pale Rider et surtout Unforgiven), drame aux accents de tragédie antique (Mystic River), « vigilante flick » humble & carré (Gran Torino), plutôt qu’à la fresque historique ampoulée (Flags of Our Fathers, Letters from Iwo Jima), ou encore la chronique politique sur fond de sport (Invictus), pour ne citer qu’eux.

Mais alors qu’en est-il d’Hereafter ?

Life (intro)

Au-Delà (Hereafter en v.o., le titre français partageant une ressemblance troublante avec un des chefs d’œuvre du maestro Lucio Fulci) est issu de l’imagination du scénariste Peter Morgan (Frost/Nixon, The Queen, The Last King of Scotland), qui en écrivit le scénario en réaction à la perte d’un proche. Il s’avéra rapidement qu’il en résulterait un « film choral », tentant de lier les destinées de divers personnages (un des principaux « actes manqués » du film), via un questionnement sur la vie après la mort et le sens de notre existence.

Le projet fut soumis à Steven Spielberg par les producteurs Kathleen Kennedy (The Curious Case of Benjamin Button, La Liste de Schindler, Jurassic Park, …) et Frank Marshall (la trilogie Jason Bourne, Signs, Gremlins, The Goonies, Retour Vers le Futur, …), le père d’E.T. cédant rapidement la main (il en sera producteur exécutif) et pointant Eastwood comme le cinéaste le plus à même de mener le projet à bien.

Robert Lorenz (producteur attitré des réalisations d’Eastwood) et papy Clint reçurent le script, qu’ils adorèrent, lançant définitivement le projet sur de bons rails.
Et Eastwood de débaucher de fidèles collaborateurs artistiques, tels le directeur photo Tom Stern (Invictus, L’Echange, Gran Torino, Million Dollar Baby, mais aussi… Faubourg 36 de Christophe Barratier !), le chef décorateur James J. Murakami (Invictus, L’Echange, Gran Torino, Lettres d’Iwo Jima, la série Deadwood de David Milch), ou les monteurs Joel Cox et Gary Roach (Invictus, Gran Torino, L’Echange). En avant la musique !

Death (critique)

Hereafter voudrait lier le destin de 3 personnages sur fond de quête métaphysique, irrationnelle pour le commun des mortels : George (Matt Damon, tout simplement parfait dans le rôle), médium qui en a marre de voir sa vie chamboulée par son don (His gift. His curse. Refrain connu), Marie (Cécile de France), survivante d’une expérience d’EMI (Expérience de Mort Imminente), consécutive au tsunami qui ravagea la Thaïlande en 2004, et Marcus (alternativement joué par les frangins George et Frankie McLaren), forcé d’apprendre à vivre sans son frère jumeau Jacob, décédé des suites d’un accident de la route. Et c’est bien là le premier (relatif) échec du film, qui force la rencontre de ces 3 protagonistes, éloignés géographiquement les uns des autres (San Francisco, Paris, Londres), de façon purement artificielle (attention ! spoilers !), à la faveur d’une foire du livre londonienne, où (décidément) le hasard (scénaristique) fait bien les choses !

Autre écueil du film, son traitement direct, plutôt « balisé », baignant dans un moralisme ambiant à la Spielberg (celui de ses bêtes à Oscar larmoyantes, cf. La Couleur Pourpre), bourré de pathos et chargeant émotionnellement à outrance les personnages (la mère alcoolique complètement assumée par ses enfants, la présentatrice française, riche, carriériste, et dont un événement traumatique vient bousculer les certitudes, …). Cécile de France se révélant crispante dans le rôle, au jeu convenu, fidèle aussi à l’image d’Epinal que se font les américains de la femme française. Il est aussi symptomatique de voir cette actrice au capital sympathie fédérateur (L’Auberge espagnole, Haute Tension d’Alexandre Aja) éroder minutieusement celui-ci au profit de projets indigents (la comédie franchouillarde Irène, l’infâme La confiance règne de Chatiliez, Sœur Sourire, …).

Telle une version féminine de Kad Merad, mais c’est sans doute ce que le public francophone « lambda » désire voir… Néanmoins, Au-Delà reste parmi ses meilleures interprétations récentes…
Parmi les autres défauts du film, on peut aisément citer la BO sirupeuse composée par Eastwood himself (soupe indigeste, dégoulinante de bons sentiments, qui emprunte à Puccini, Rachmaninoff et Georges Bizet), son académisme, voire son côté « plan-plan », nullement rehaussé par la direction photo de Tom Stern, véhiculant une certaine idée du classicisme hollywoodien contemporain, loin des prises de risque… Sans parler de visions de l’au-delà visuellement repoussantes, maintes fois vues à l’écran…
Alors certes, le film s’avère bancal et « entendu », mais il serait dommage de vous arrêter là (même si mes mots ci-haut n’y arrangent rien). En effet, Hereafter est ponctuellement sauvé par certaines séquences et « détails », qui méritent qu’on s’y attarde et se déplace dans les salles obscures.

Tout d’abord, la scène d’ouverture, pic d’action du film, qui voit Marie se battre pour sa survie, emportée par les flots déchaînés du tsunami. Une séquence glaçante de réalisme et dynamique (à l’opposé du « ron-ron » technique du reste du métrage), qui emporte le spectateur au plus proche de l’action, l’équipe ayant effectué certaines prises de vue en fixant les caméras sur des planches de surf. Un enthousiasme un tantinet atténué par une trop forte utilisation des effets numériques, déployés par le grand manitou Michael Owens (Van Helsing, Gangs of New-York, Howard The Duck, Explorers de Joe Dante, la trilogie originale Star Wars).

Ensuite, malgré son caractère inégal, le casting recèle de belles surprises. Matt Damon, retrouvant Eastwood après Invictus, démontre une nouvelle fois que c’est un des visages les plus précieux du cinéma américain, faisant d’ailleurs preuve d’une admirable maturité. Bryce Dallas Howard se révèle aussi touchante dans ce couple impossible formé avec Damon, le film nous offrant aussi une poignée d’apparitions de la belle Mylène Jampanoï (Martyrs de Laugier) et un caméo du « tricard télévisuel » Stéphane Freiss, assez juste dans son rôle-éclair de grand patron porté sur la langue de bois.
In fine, le film emporte la mise via des instants de grâce, dans la fragilité de sentiments mis à nu : l’esquisse de relation entre Matt Damon et la sublime Bryce Dallas Howard, brisée par le don du premier, la séance médiumnique (bouleversante) entre Damon et l’enfant, …

Afterlife (conclusion)

Indéniablement mineur dans la filmo d’Eastwood, Hereafter souffre de longueurs (le film aurait gagné à s’alléger d’une petite demi-heure), mais parvient à sporadiquement sortir le spectateur de sa torpeur, par la justesse d’un intimisme précieux (Eastwood n’est jamais aussi bon que quand il travaille ses personnages « au corps ») et une séquence d’action tétanisante. Loin d’être renversant, mais ça se suit sans déplaisir.

En attendant J.Edgar, biopic consacré par Clint à l’ancien directeur du FBI Edgar Hoover, ultra décrié à l’époque pour ses manipulations douteuses, sa paranoïa galopante et sa veine conspirationniste. Espérons qu’il s’en dégage plus un parfum de souffre, que de naphtaline…

AVANT-PREMIERE - Red nights

Soirée fetish au Nouveau Latina

Samedi 23 avril, minuit, au Nouveau Latina, petit cinéma situé en plein quartier joyeux de Paris, se tenait la soirée courue par le who’s who des cinéphiles bis parisiens. Le fin du fin, la crème de la crème, le haut du panier de la véritable intelligentsia cinéphilique parigote. Une soirée où seuls les gens bien sont conviés et acceptés (ndla : c’est pour ça que nous en étions). Vous me direz que c’est le cas toutes les semaines parce que Panic Cinéma !, c’est tous les samedis. Je vous répondrais que « oui c’est vrai, mais que en fait, cette fois, c’était encore plus exceptionnel que d’habitude ! ». Pourquoi ? Parce qu’était projeté, en avant-première française, le film de Julien Carbon et Laurent Courtiaud, Les nuits rouges du bourreau de jade, pardi. Mais ce n’est pas tout, la soirée s’annonçait riche en surprises et en invités de marque. Et elle l’a été car les deux scénaristes-réalisateurs, ainsi que leur équipe, étaient de la partie pour présenter leur premier film.

La soirée débutait vers 22h30 et j’arrive vers 23h. Oui il faut toujours arriver un peu en retard lors des grandes soirées. Bonne surprise : il y a déjà pas mal de monde devant le cinéma, dont les deux réalisateurs, verre de Dry Martini et cigare à la main, discutant avec les personnes déjà présentes. A l’étage dans le bien-nommé « Salon Rouge », l’ambiance musicale est assurée par les frères Cortès a.k.a Les Seppuku Paradigm a.k.a les compositeurs de la bande originale du film. Première surprise, donc. Le salon est l’occasion de voir Pascal Laugier venu soutenir ses collègues, de recroiser certains habitués de la séance de minuit, et d’échanger quelques impressions post-Bifff. Bon esprit quoi. Un peu après minuit, oui il faut toujours débuter les grands événements avec un peu de retard sinon ce n’est pas vraiment un grand événement, les portes de la salle principale s’ouvrent, permettant aux spectateurs de rentrer et de s’installer dans les fauteuils douillets du Nouveau Latina. Après une intro made in Panic Cinéma !, c’est-à-dire en criant très fort et en répétant « Panic Cinéma ! » toutes les dix secondes, et une distribution de biscuits de la chance, les invités déboulent sur scène. Outre les deux réalisateurs, anciens scénaristes de Tsui Hark, Johnnie To et Wong Kar Wai, se succéderont sur scène : les Seppuku Paradigm, le monteur du film Sébastien Prangère tandis que la bombastic Carole Brana assure la touche sexy qui manquait à la soirée. Une jolie surprise donc.

Après un petit mot de chacun et le running gag du micro hanté, la plus belle surprise de la soirée est offerte aux heureux élus du soir avec la présentation, pour la première fois, du court-métrage Betrayal, petite préquelle aux Nuits Rouges, présentant le personnage de Carrie Ng et les origines du fameux Bourreau de Jade. Malgré des conditions de productions difficiles, trois jours de tournage en guise de tour de chauffe pour la caméra Red, un montage basique et un mixage sonore « tout pourri » pour reprendre les mots de Laurent Courtiaud et une projection en dvd, le film s’avère être vraie réussite technique et esthétique. Betrayal est un (très) bon court métrage à l’atmosphère de film noir fétichiste et sensuelle, porté par le fantasme ambulant qu’est Carrie Ng .

Une excellente introduction au long métrage du duo donc qui justifie peut-être à elle seule notre présence en salle. Nouvelles petites interventions de l’équipe du film, mini interview et running gag du micro hanté avant le début de la projection du long métrage dans d’excellentes conditions. Une heure trente plus tard, on sort de la salle avec l’impression d’avoir vu un film complètement à part dans le paysage cinématographique français. Loin des standards esthétiques « deux pièces –cuisines » de la production parisienne standard, Les Nuits Rouges est une friandise pour les yeux, un repas gastronomique visuel fétichiste, sensuel, sexuel, violent et pervers. Un film qui marque son audience et qui, à coup sur, va diviser le public et susciter le débat. Bon 2h37, il est temps de chopper un Vélib’, de croiser le chanteur Christophe à la sortie du ciné et de rentrer se coucher en espérant apercevoir la silhouette de Carrie Ng dans un wet dream adolescent.

AVANT-PREMIERE - X-men : le commencement

Nés sous X

Alors que les membres des Vengeurs tentent tant bien que mal d’exister sur grand écran, les X-men s’offrent une cure de jouvence des plus rafraîchissantes, sous la direction de l’excellent Matthew Vaughn (Kick-ass), expulsé à l’époque de X-Men l’affrontement final au profit d’un certain Brett Ratner. Un retour aux origines bien pensé pour coller aux films de Bryan Singer qui co-signe d’ailleurs le scénario et intervient au niveau de la production.

X-Men first class remonte dans les années 60, en pleine apogée de la guerre froide. C’est à cette époque que Charles Xavier, un jeune et puissant télépathe allié à la métamorphe Mystique, rentre en contact avec d’autres mutants grâce à la CIA, et décide de leur venir en aide. C’est ainsi qu’il rencontre Erik Lehnsherr, un mutant aux pouvoirs phénoménaux qui n’a pour seul but que de retrouver et tuer le Dr Schmidt, qu’il accuse d’avoir fait de lui un monstre. Bientôt rejoints par d’autres mutants (Le Fauve, Angel, Havok, Le Hurleur, Darwin), les deux hommes vont tenter de contrer les plans du manipulateur Sebastian Shaw, un puissant mutant capable d’absorber et de transformer toute source d’énergie en force surhumaine…

La grande force de cette préquelle est de mêler les mutants à certains grands évènements ayant bouleversé le Monde. Des camps d’exterminations en Pologne (la scène d’ouverture du premier X-Men est ici admirablement prolongée), à la politique de Kennedy en passant par la crise des missiles de Cuba, le script fait la part belle à l’Histoire avec un grand H. Le côté humain des mutants est ici la priorité, ce qui rend chacun d’entre eux unique. Ainsi, la dramaturgie primant sur les effets spéciaux, chaque scène d’action devient réellement palpitante et chaque personnage (à l’exception d’Azazel et de Riptide, quelque peu en retrait) trouve dans le film de Vaughn une caractérisation propre, lui permettant d’exister et d’évoluer de bien belle manière au sein de ce film choral extraordinaire. Évidemment, la relation fratricide entre Xavier et Erik est la pierre angulaire de cet opus, relation rendue d’autant plus intense grâce aux impeccables prestations des formidables James McAvoy (Wanted) et Michael Fassbender (Eden Lake, Inglourious basterds). Mais le reste du casting n’est pas en reste : épinglons en vrac une Jennifer Lawrence (Winter’s bone) parfaite en Mystique emplie de ressentiment, un Kevin Bacon en grande forme et charismatique à souhait dans la peau de Sebastian Shaw ou encore la plantureuse January Jones (Trois enterrements, la série Mad Men) dans la peau de la sexy Emma Frost. Des passages intimistes aux scènes d’action, on ne s’ennuie pas une seconde devant les raisonnements et les affrontements de ces jeunes X-Men plein d’avenir, et ce quel que soit le camp qu’ils rejoignent au final.

X-Men first class affiche une maturité et une intelligence que nombre de films de super-héros feraient bien d’adopter. En étoffant presque chacun de leur personnage d’une aura unique et solide, l’association Bryan Singer/Matthew Vaughn fait plus que des merveilles. Les personnages existent, les enjeux pullulent, les scènes d’action restent perpétuellement limpide et la musique, signée Henry Jackman (Monstres contre Aliens, Kick-ass) s’accorde parfaitement aux images (au point qu’on l’oublie parfois, un bon signe). Trépidant et intelligent, X-Men first class s’impose tout simplement comme l’un des meilleurs opus de la saga X-Men !

PREVIEW CINE - Cadavres à la pelle (Burke & Hare)

Assassins sans couteaux

Tout comme Carpenter, John Landis revient après plusieurs années d’absence sur les grands écrans (douze ans dans son cas), suite à de plus ou moins bons et loyaux services rendus à la télévision, via les Masters of Horror (Deer woman, Family) et autres Fear Itself (In sickness and in health). Pour ce faire, le réalisateur du cultissime Loup-garou de Londres nous emmène une fois de plus au Royaume-Uni pour nous conter les meurtres du duo Burke et Hare, William de leurs prénoms, deux tueurs en série qui perpétrèrent leurs sanglants méfaits dans l’Edimbourg du XIXe siècle. Fidèle à lui-même, le réalisateur injecte une bonne grosse dose d’humour à cette histoire vraie, transformant ainsi son film en comédie romantique noire et macabre. Le mélange des genres étant son fort, on ne sera pas surpris de rire et de trembler, voir même d’être touché par ce film lorgnant aussi bien du côté du drame que de la comédie loufoque ou même de la romance passionnée.
S’appuyant sur une reconstitution soignée ainsi que sur une superbe photographie brumeuse signée John Mathieson (Gladiator, Robin Hood), John Landis n’a pas fait les choses à moitié pour ce come-back tant attendu, et il compte aussi bien ravir nos mirettes que nous surprendre, aidé qu’il est par un casting quatre étoiles plus qu’enthousiasmant. Jugez plutôt : Simon Pegg (Shaun of the dead, Paul) et Andy Serkis (The cottage, King Kong) en tête d’affiche pour un duo d’enfer, Isla Fisher (The Lookout, Rango), Tom Wilkinson (L’exorcisme d’Emily Rose, The Ghost writer), Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show, It), David Schofield (From Hell, Wolfman) ou encore Christopher Lee, Bill Bailey (Hot Fuzz) et Ray Harryhausen dans des caméos plus que sympathiques.
Fleurant bon l’époque des comédies burlesques américaines, Burke & Hare (titré Cadavres à la pelle par chez nous, bravo les gars !) fait partie de ces petites réjouissances qu’on ne regrettera pas de découvrir cet été dans nos chères salles obscures. Faites-lui donc honneur !

Jetez aussi un œil à nos critiques ainsi qu’à l’interview exclusive de Sir John Landis réalisée durant le 29ème BIFFF !

AVANT-PREMIERE - L’orpheline avec en plus un bras en moins

Pas de bras, pas de chocolat !

Eléonore (Noémie Merlant) est jeune et belle, avec toute la vie devant elle. Problème(s) : elle est orpheline et, comme si ça ne suffisait pas, a perdu un bras dans l’accident qui coûta la vie à ses parents… Un physique de ce type, ce n’est pas l’idéal pour mener une vie normale… Partageant sa vie au pensionnant entre les études et les réprimandes des bonnes sœurs, environnement autoritaire dont elle se gausse avec sa meilleure amie Rita (Elodie Hachet), elle ne tardera pas à remarquer que sa particularité physique attire contre toute attente la gent masculine. Des personnages plus azimutés les uns que les autres, dont Eléonore est le centre d’attraction…

L’orpheline avec en plus un bras en moins (2011) de Jacques Richard (Rebelote, Cent francs l’amour, le documentaire - sélectionné à Cannes - Les fantômes d’Henri Langlois), grande avant-première du Bloody Week-end chapitre 2, se place dans la droite lignée de cette tradition de la fantaisie poético-burlesque à la française, parfois parée d’atours fantastiques, que Jeunet (Delicatessen, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain) s’évertua à rendre « mainstream » pour le grand public. Au-delà de cette considération, on rattachera volontiers l’œuvre au cinéma « bricolé » de Jean-Pierre Mocky (L’Albatros, A mort l’arbitre, Le miraculé), avec lequel elle partage bien des caractéristiques : poésie fugace, acteurs au jeu proche de la rupture (le cabotinage n’est pas loin), rocambolesque des situations, théâtralité, technique parfois approximative et galerie de personnages hauts en couleur. Une filiation (avouée ?) qui ne va pas sans quelques scories (manque de rythme, réalisation « en roue libre », narration décousue, absence d’empathie pour les personnages, …) et rebutera nombre de spectateurs.

Néanmoins, c’est par son étude de caractères et le talent de ses interprètes que le film emporte la mise. Outre le talent et la beauté juvénile (forcément « érogène ») de Noémie Merlant (La permission de minuit) & Elodie Gachet, peu avares de leurs charmes (nudités généreuses), l’œuvre peut compter sur un Jean-Claude Dreyfus (Education anglaise de Jean-Claude Roy - réminiscences de soirées à fouiller dans la vidéothèque parentale - Rue barbare, Delicatessen) délicieux en pervers pépère, patron de cabaret louche amateur de petites pépées, aux côtés de son employé Robinson, magicien d’opérette truculent, campé avec ce qu’il faut de détachement par l’excellent Melvil Poupaud (L’amant, Speed Racer, L’autre monde). Si l’on ajoute Dominique Pinon (Diva de Beineix, Delicatessen, Alien, la résurrection) en inspecteur « à la ramasse », dépassé par les événements, Pasquale D’Inca (Noir océan, la série Plus belle la vie, chère à ce romantique « borderline » de Maxime « Sartana » Pasque) en juge voyeuriste et meurtrier, ou encore l’icône Caroline Loeb (Lady Oscar de Jacques Demy, La nuit porte jarretelles, mais surtout… le hit musical 80’s « C’est la ouate » !) en catin sur le retour ; la coupe est pleine !

Si l’on accepte d’outrepasser ses défauts flagrants (arythmie, scénario décousu et dont on se contrefiche, …), cette Orpheline avec en plus un bras en moins s’avère une expérience plaisante pour le spectateur, contaminé par la folie douce des personnages et la légèreté de l’ensemble. Comme un bonbon qui fonderait trop vite sur la langue et dont on ne garderait guère le goût en bouche que quelques minutes… Même si le joli minois de Noémie Merlant est une exquise sucrerie !

AVANT-PREMIERE - The Man with the Iron Fists

Les poings sur les "i"

Par Dan Sinclair

C’est quasiment le paradis sur Terre, Jungle Village ! Ou du moins, ce qui y ressemble, dans cette Chine du 19e siècle. Jungle Village, donc, avec son Auberge du Dragon, son Bordel du Bourgeon Rosé, ses vendeurs d’œufs pourris, ses orphelins joyeux, ses chapeaux pointus et ses chefs de clans fomentant 1.001 complots pour détrousser l’Empereur comme le premier manant venu. En résumé : nous sommes dans un bled paumé où un transport d’or suscite les convoitises, et seule l’action conjointe de quelques héros pourra préserver la quiétude locale.

Les héros en question sont Zen Yi (Rick Yune, belle gueule, tresse propre, armure qui lance des poignards), Jack Knife (Russell Crowe, Anglais rigolard, qui tire aussi bien du six coups qu’un seul) et puis le Forgeron (RZA, esclave affranchi, ancêtre méconnu de Bruce Lee et… forgeron). Les méchants font notamment partie des Lions, une bande dont le coiffeur officiel savait déjà tout du hair metal. La maison des plaisirs susmentionnée est dirigée par une Lucy Liu à qui on filerait bien ses étrennes, son treizième mois et son saut d’index.

Et tout ce petit monde court sur les murs et dans les arbres, fait joujou avec des armes plus rigolotes les unes que les autres, éventre, énuclée, décapite et ampute à tours de bras entre deux bouchées de canard laqué et une hernie consécutive à une brouette mal exécutée. Notez au passage que les chorégraphies sont de Corey Yuen. Le forgeron, lui, perd ses avant-bras dans l’affaire mais y gagne deux prothèses… en fer, donnant par la même occasion son titre à ce film hommage réalisé par RZA, l’un des membres du Wu-Tang, poids lourds du rap américain.

D’un côté, on capte bien son hommage, à RZA. On sent là un garçon qui a grandi avec des références, des films hong-kongais type Shaw Brothers aux westerns de Sergio Leone en passant par la blaxploitation (y’a même Pam Grier), la bande dessinée et les œuvres complètes sur pellicule véritable de Quentin Tarantino. C’est souvent bien mis en images, parfois même stylisé avec savoir-faire. Et en plus, RZA compte Tarantino parmi ses amis, à un tel point que ce dernier « presents The Man With The Iron Fists », dixit l’affiche officielle.

L’envers du décor est juste un peu moins pétaradant. Il s’agit ici clairement d’un film de fan, mais pas d’un film de réalisateur chevronné. Acteurs qui jouent parfois en roue libre, manque de liant entre certaines séquences, abus de multifenêtrage qui handicape la lisibilité des scènes de combat et dialogues autrement moins savoureux que chez un QT, justement : voilà l’essentiel de ce qui contribue au sentiment de déception, laquelle saisira certains spectateurs pourtant alléchés par l’affiche, le synopsis et la bande-son (Wu-Tang, John Frusciante, The Black Keys, …).

Le film de fan a de bons et de mauvais côtés… Les clins d’œil savoureux sont bel et bien là, les « règles du genre » respectées, et un effort manifeste a été fait pour que l’hommage se ressente aussi dans la musique comme dans le visuel. Cela dit, RZA n’est pas (encore) un réalisateur et cela se sent également. Peu audacieux (contrairement à The Cabin In The Woods, à propos d’hommage), The Man With The Iron Fists fait parfois plus penser à un assemblage de séquences « à la manière de » qu’à une œuvre réellement personnelle. A cela, on ajoutera que le même RZA manque singulièrement de présence à l’écran…

AVANT-PREMIERE - Rise of the Planet of the Apes

Cheetah Strikes Back !

Rise of the Planet of the Apes ( La planète des singes : Les origines en v.f.) a cristallisé dès son annonce les attentes des nombreux fans de la saga, déçus par le résultat en demi-teinte du remake Planet of the Apes (2001) de Tim Burton ; loin d’être la purge annoncée (n’en déplaise à certains), mais s’avérant une commande de studio de facture classique, efficace mais par bien trop impersonnelle… Une œuvre dénuée du supplément d’âme qui rendit l’opus original (1968) de Franklin J. Schaffner impérissable, le propulsant de facto dans l’imaginaire collectif des fantasticophiles…

Trêve de suspense ; après une poignée de teasers/trailers et photos promo qui attisèrent l’attente des plus mordus, la vision du film est une expérience éminemment réjouissante, qui valide la cohérence du projet. Une réussite éclatante, conjonction de divers parti-pris narratifs et techniques, élevant ce blockbuster à un niveau supérieur.

Go Ape(s) ! (intro)

Niveau casting, Rise of the Planet of the Apes , étonnamment confié au « british newbie » Rupert Wyatt (Ultime Evasion aka The Escapist), frappe fort en débauchant James Franco (la trilogie Spiderman de Sam Raimi, Flyboys, The Dead Girl, 127 heures), tête d’affiche glamour (calmez-vous, mesdemoiselles !) aux côtés de la sublime Freida Pinto (Immortals de Tarsem) - découverte dans Slumdog Millionaire (Danny Boyle, 2008) -, de John Lithgow (Obsession & Blow Out de Brian De Palma, Moi, Peter Sellers) et l’incontournable Brian Cox (Manhunter de Michael Mann, Braveheart, X-Men 2, la magnifique série western Deadwood), mais aussi de Tom Felton (Anna et le roi), que l’on se plaît à redécouvrir hors du carcan rigide de l’univers d’Harry Potter (bien qu’il soit de nouveau titulaire d’un rôle de « bad guy » tête à claques).

James Franco, excellent dans le rôle du scientifique Will Rodman

Secondé par des techniciens aguerris, tels le directeur photo australien Andrew Lesnie (Babe, le cochon devenu berger, King Kong, The Lovely Bones), lauréat d’un Oscar pour le 1er opus du Seigneur des anneaux, et le compositeur Patrick Doyle (L’impasse, Frankenstein de Kenneth Branagh, Donnie Brasco, Thor), Wyatt peut surtout compter sur une avancée technologique foudroyante, amorcée avec Avatar (James Cameron, 2009).

C’est la première fois que la « performance capture » s’éloigne des studios dédiés à cet effet (environnement spécifique appelé « Volume »), pour un tournage (essentiellement) en décors réels (extérieur), sous la houlette du grand manitou des SFX Joe Letteri et de Dan Lemmon. Résultat : une véritable armada de singes de races variées (chimpanzés, orang-outans, gorille, …) chapeautés par Weta Digital, bénéficiant des expressions de l’excellent Andy Serkis (Gollum dans la trilogie Lord of the Rings, 24 Hour Party People, Cadavres à la pelle, le futur The Hobbit) - qui réitère en quelque sorte l’exploit du King Kong (2005) de Peter Jackson -, dans le rôle-clé de Caesar, et du talent de l’expert ès mimiques simiesques Terry Notary (chorégraphe des mouvement & cascades : X-Men 2, Avatar, Les aventures de Tintin : Le secret de la licorne, The Hobbit). Caesar (Andy Serkis), un singe pour les gouverner tous !

Chimp for life (critique)

La planète des singes : Les origines est un thriller scientifique (teinté de sci-fi), qui dérive vers le drame, centré sur la relation poignante (pour ne pas dire déchirrante) entre Will (James Franco, parfait) et son père (John Lithgow, terriblement juste dans le rôle de cet homme rongé par la maladie), pour finalement aboutir à la furie épique de la prise de pouvoir (révolte) des singes (idéalement accompagnée par la BO « classique » de Patrick Doyle), menés par Caesar. La catastrophe en germe, fruit de manipulations génétiques hasardeuses (dans une tonalité moins organique que le récent Splice de Vincenzo Natali ou La mouche de Cronenberg), est contrebalancée par le combat intime de Will pour améliorer l’état de son père, supposément condamné par la maladie d’Alzheimer, effaçant ce qui lui reste de mémoire et annihilant peu à peu ses facultés…

La sublimissime Freida Pinto, aux côtés de James Franco

A ce sujet, John Lithgow ajoute : « La dynamique Will-Charles-Caesar est extraordinaire. Will perd son père en même temps qu’il gagne cet « enfant », Caesar. C’est le fondement émotionnel de l’histoire. »

Au-delà de la folie des Hommes et leur cruauté envers leur proches cousins simiesques (le personnage de Tom Felton en est un vecteur manifeste), Rise of the Planet of the Apes est avant tout dirigé vers les émotions et le regard : empli de bienveillance (affection de Will pour son père, remuant ciel et terre pour le guérir, premier regard de Caesar sur le genre humain, via ses deux figures paternelles) et/ou empreint d’une détermination féroce (soulèvement des singes, malmenés par des décennies de mauvais traitements).

Sur le registre de l’action movie, le film ne déçoit pas non plus, offrant au spectateur nombre de morceaux de bravoure (cf. cet assaut du Golden Gate Bridge de San Francisco, entraperçu dans le trailer), aux SFX numériques pertinents (ça nous change !) et fabuleusement accompagnés par des mouvements de caméra aériens (plans-séquences opératiques). En somme, et dans des genres diamétralement opposés, Wyatt s’en sort nettement mieux ici dans le traitement de l’action que Branagh, avec son Thor « white trash ». Go Ape !

La seule réserve que l’on peut formuler (pour le plaisir de chicaner) est que l’œuvre se révèle bien sage dans ses débordements (violence un tantinet édulcorée), dans l’optique de toucher le public le plus large possible.

Mais surtout, ce Rise of the Planet of the Apes se pose en modèle d’intelligence pour un blockbuster de l’été très loin de la connerie bêtifiante d’un Michael Bay et ses Transformers « stéroïdés », ou d’un énième opus purement mercantile (Pirate des Caraïbes 4). Un vent de fraicheur donc, dans ce déluges de CGI putassiers, de remakes inutiles et de reboots qui lassent déjà avant leur arrivée en salles…

Vous savez ce qu’il vous reste à faire dès ce 10 août !

PS : Les fins gourmets cinéphiles se souviendront que James Franco est habitué à la compagnie des singes, en se plongeant avec délectation dans le The Ape (2005), qu’il réalisa en personne
(NB : DVD édité chez nous par Belga Home Vidéo).

AVANT-PREMIERE - Drive

Stuntman Blue(s)

Me voici de retour dans la petite salle feutrée du Cinéma Aventure, dans le centre de Bruxelles, pour la projection de presse du nouveau joyau du génie Nicolas Winding Refn (la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising), retardée à cause d’une alerte à la bombe dans un établissement bancaire tout proche. L’attente n’en était que plus insoutenable avant la découverte de Drive , qui valut à son réalisateur le Prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes.

“I know a lot of guys who mess around with married women, but you’re the only one I know who robs a place to pay back the husband.”

Le film déploie un casting 5 étoiles parmi ce qui se fait de plus « sexy » et « hype » actuellement. L’excellent Ryan Gosling (le drame sur fond de judéité refoulée Danny Balint, le thriller Murder by Numbers, aux côtés de Michael Pitt) forme un couple parfait avec la fragile Carey Mulligan (Public Enemies de Michael Mann, Wall Street : l’argent ne dort jamais), entourés de seconds couteaux affutés : le « vétéran » Bryan Cranston (Dead Space, les séries Seinfeld & Malcolm), révélé sur le tard par le « TV drama » Breaking Bad, ce vieux roublard d’Albert Brooks (Taxi Driver, Hors d’atteinte, la série Weeds) et l’incontournable Ron Perlman (La cité des enfants perdus, les deux volets d’Hellboy, la série de bikers Sons of Anarchy), dont le (léger) cabotinage sert l’aura du personnage.

Refn revient ici à un « format » supposément moins ambitieux, après l’odyssée métaphysique du superbe Valhalla Rising, Drive s’apparentant plus à une série B de luxe. Un moyen comme un autre d’avancer masqué, pour mieux abattre ses cartes et livrer une œuvre multi-facettes à la richesse indéniable. N’en déplaise à une partie de l’intelligentsia critique habituelle qui, au vu des réactions perçues dans la salle, était partagée entre ricanements et posture outrée (entre autres lors des effusions gores).

Le protagoniste (dont on ne connaîtra jamais le nom), incarné par Ryan Gosling, est mécanicien dans un garage tenu par Shannon (Bryan Cranston), avec lequel il travaille également comme cascadeur sur des tournages hollywoodiens. Porté sur les sensations fortes, il arrondit ses fins de mois comme chauffeur lors de braquages, où ses talents de conduite hors normes orchestrent de petits miracles. Mais sa vie bascule quand il rencontre Irene (Carey Mulligan), dont le mari (Standard, campé par Oscar Isaac) ne tarde pas à sortir de taule. Par amour pour elle, il décide de l’aider sur un dernier hold-up, où les choses ne se passent pas comme escompté… Sous peine d’aligner les « spoilers », je n’en dirai pas plus…

Some heroes are real

D’emblée, Drive marque des points par cette façon de capter le pouls d’une ville la nuit (en l’occurrence, Los Angeles) et ses éclairages nocturnes (néons, enseignes, feux de signalisation), baignant les personnages dans diverses tonalités colorées. Une tendance qui rappelle le Michael Mann de l’ère numérique, en filiation avec le début de carrière du grand manitou, voulue encore plus claire par ce fabuleux pré-générique, à la police de caractères rose 80’s so Miami Vice (sur fond du morceau « Nightcall » du prodige français Kavinsky) et où le charisme minéral de Ryan Gosling fait des merveilles.

Ultra stylisé, formellement à se pâmer, via une utilisation idéale de l’Alexa (caméra de la marque Arri), Drive peut aussi compter sur un « sound design » et un mixage virtuoses, qui accentuent l’empathie du spectateur et redoublent l’impact de séquences au suspense implacable. La BO participe de cet état de fait, se partageant entre électro (ambient) mélancolique et nappes éthérées. On y retrouve, en plus de Kavinsky (pré-cité), le producteur College, issu du collectif nantais Valerie (regroupant des artistes tels Anoraak ou Minitel Rose), pour l’excellent titre « A Real Hero » (featuring Electric Youth), ou encore les Chromatics, poulains de l’écurie Italians Do It Better.

Différents aspects exhalant une atmosphère (faussement) douceâtre, « ouatée », renforcée par le jeu minimaliste de Gosling, qui accentuent l’impact du film lorsqu’il cède aux sirènes du « vigilante movie », avec force explosions de brutalité que n’auraient pas reniées le Refn de la trilogie Pusher. Au-delà de l’étalage (restreint) de tôle froissée, de l’urgence des courses poursuites et de la violence sourde, Drive démontre l’attachement de son auteur aux séquences intimistes, où tout se base sur les non-dits et jeux de regard (l’alchimie Ryan Gosling/Carey Mulligan fonctionne à plein).

Ce n’est pas la moindre des réussites du film. Refn étonne par son aisance à s’attacher à des registres (parfois) éloignés (drame, thriller, « vigilante movie », « revenge movie », néo film de casse, …), emballés en un tout cohérent, confondant de maîtrise. On le savait "équilibriste" adepte des ruptures de ton, depuis le biopic furieux Bronson et l’expérience Valhalla Rising, mais une fois de plus, le danois nous cueille en beauté !

AVANT-PREMIERE - Contagion

Epidemic

La dernière réalisation de l’inégal Steven Soderbergh (Traffic, Ocean’s Eleven, The Girlfriend Experience, avec la bombe Sasha Grey) s’appuie sur un buzz non démenti, il est vrai entretenu par un casting de stars apte à déchaîner les passions. L’omniprésente - doit-on s’en plaindre ? - Marion Cotillard (Furia, Big Fish, Public Enemies) partage l’affiche avec le toujours excellent Matt Damon (Dogma, Gerry, la trilogie Jason Bourne), aux côtés de Laurence Fishburne (Freddy 3, Event Horizon, la saga Matrix), du bellâtre (sur le retour) Jude Law (le sublime Bienvenue à Gattaca, La sagesse des crocodiles, eXistenZ), de la filiforme Gwyneth Paltrow (Seven, Ironman, le futur The Avengers de Joss Whedon) et de Kate Winslet (Créatures célestes de Peter Jackson, Titanic).

Une distribution à même de rameuter le public dans les salles, qui offre encore d’autres plaisirs ; les plus attentifs remarqueront la présence du mésestimé John Hawkes (Sol dans la somptueuse série western de David Milch Deadwood), du grand Elliott Gould (MASH & Le privé de Robert Altman, Capricorn One de Peter Hyams), de Bryan Cranston (vieux briscard propulsé par le succès du « TV drama » Breaking Bad), de la belle Sanaa Lathan (Blade, la série Nip/Tuck) et, pour les plus pointus, de Josie Ho, héroïne de l’uppercut filmique Dream Home (Pang Ho-Cheung, 2010). Des acteurs investis, qui se débattent dans une intrigue aux forts relents alarmistes.

Contagion nous relate la crise planétaire engendrée par l’apparition d’un nouveau virus mortel, ses répercussions sur la population (décès en pagaille, révoltes généralisées, « marasme sanitaire ») et la manière qu’ont les grands conglomérats militaro-politico-commerciaux de gérer l’affaire, partageant l’essentiel de leurs actes entre recherches expérimentales et manigances en interne, afin d’éviter une panique sans précédent. Le tout commenté par un trublion « anar » de la blogosphère (Jude Law), qui se plaît à enflammer l’opinion publique. Matt Damon assume quant à lui avec brio la caution dramatico-intimiste du film, se révélant convenue malgré une belle sensibilité, qui fait parfois mouche (cf. la « Prom Night » à la maison organisée pour sa fille).

Voici les grandes lignes d’un thriller scientifique paranoïaque, créant l’oppression par la multiplicité des points de vue, au travers de caractères disséminés « worldwide ». Un moyen comme un autre de faire monter la tension, relayée par un montage ultra dynamique et une BO synthétique, presque « Carpenterienne », des œuvres de Cliff Martinez, qui travailla récemment sur le soundtrack du magnifique Drive de Nicolas Winding Refn. D’un rendu vidéo confinant (faussement) au réalisme documentaire (tournage avec la caméra Red One), Contagion démontre bien vite ses limites, entre facilité(s) et absence d’orientation esthétique concrète.

Soderbergh (re)définit les normes d’un cinéma mondialisé, en prise avec la « terreur contemporaine » (la grippe H1N1 n’est pas loin) et rappelant les tentatives du duo Iñárritu/Arriaga (Babel, pour n’en citer qu’une). C’est cette spécificité, à la source du “fourmillement” émotionnel, qui figure véritablement les qualités et défauts du film. Lorsque d’une part, l’impact contextuel et formel de l’œuvre (montage alterné, dénuement de l’image vidéo) rend de prime abord l’expérience séduisante, on se retrouve d’autre part avec une réalisation impersonnelle (sans prise de risques), que je qualifierais volontiers de “clinique” ou d’aseptisée (un angle renforçant le discours faussement distancié du film), mais qui n’évite pas les élans moralisants (le sursaut “humanitaire” de la môme Cotillard en fin de film, les bonnes actions du personnage de Laurence Fishburne) et un simili happy end clichéesque. Avant d’asséner au spectateur une dernière “pichenette”, explicitant enfin l’origine précise du fléau.

En somme, une œuvre réussie mais sans éclat, avec un sérieux air de « déjà vu », moderne mais qui subira rapidement le poids des années. C’est déjà pas mal, en regard d’autres fraiches déceptions (Cowboys & Aliens, Captain America), si ce n’est que Steven Soderbergh aurait dû appuyer sensiblement plus fort sur la pédale « auteuriste »…

PREVIEW CINE - Livide

Venez voir à l’intérieur...

On peut aimer A l’Intérieur ou pas, on pourra aimer Livide ou pas, mais on ne pourra pas contester l’intégrité, doublée de cette indéfectible rébellion adolescente du duo de réalisateurs qui se sont permis d’envoyer chier la grosse machine hollywoodienne en refusant un énième remake sans âme, Hellraiser – Le Pacte, dont sans même en voir une seul image on sait que ça aurait été nul. Julien Maury et Alexandre Bustilo ont préféré prendre des risques pour porter et mener à bien un projet personnel : Livide. Rester en France, faire un cinéma de genre français, ou du moins européen, avec des comédiens français et en langue française tel est le crédo de ces deux hors-la-loi du cinéma d’horreur. « La France a quand même inventé le cinéma de genre ! S’il y a un pays qui avait une vraie passion pour l’horreur, c’est la France, avec sa littérature... On paie les pots cassés de la Nouvelle Vague ! C’est énervant qu’on renie le cinéma de genre, et le gore... C’est incroyable !  » affirment-ils en chœur. Rien que pour ça, on leur tire notre chapeau. Mais il ne faut pas oublier qu’intégrité n’est pas forcément synonyme de qualité. Les meilleures intentions du monde ne suffisent pas à faire un bon film. Il faut assurer derrière et, même si le projet a des airs casse-gueule, on a de bonnes raisons d’espérer.

D’abord prévu en Angleterre ou en Irlande, le tournage de Livide s’est finalement déroulé en Bretagne, l’endroit parfait pour retranscrire en images l’ambiance féérique, fantastique et irréelle que le duo entend donner à son œuvre. A des lieues de l’ambiance plus réaliste et du contexte politico-social qui entourait et donnait un peu de corps à leur précédent film même si, il est vrai, A l’Interieur possédait déjà une esthétique fantastique de par ses ambiances et sa photographie signée Laurent Bares que l’on retrouve d’ailleurs sur ce métrage. Le chef op « officiel » de la vague horrifique française reprend du service pour mettre toute son expérience et son talent au service du projet qui nécessite plusieurs ambiances particulières comme le démontrent les premières images. Ajoutez à cela les déclarations des réalisateurs affirmant s’être inspiré du Suspiria de Dario Argento pour certains plans et pour l’atmosphère de leur propre film. Mais Laurent Bares ne sera pas seul dans la construction de l’ambiance générale du film puisque le chef décorateur est également mis à contribution ; il a en effet été chargé de transformer une véritable maison abandonnée en lieu de vie très classique digne des manoirs de la Hammer. Pour cela, l’ensemble a été décoré d’objets hétéroclites et d’une bonne couche de poussière afin de redonner un aspect inquiétant au décor principal du film.

Tout ça est bien joli mais de quoi parle Livide ? Si on se base sur le synopsis du film (« En Bretagne, la nuit d’Halloween. Lucie Clavel et deux copains décident sur un coup de tête de cambrioler la maison de Deborah Jessel, une professeur de danse classique, aujourd’hui centenaire énigmatique plongée dans le coma. Durant cette nuit tragique et fantastique, Lucie perse le mystère de cette maison et le secret de Deborah Jessel.  »), on peut en déduire que le film s’annonce comme un mix entre le film de casse et le film de séquestration, ce qu’était déjà A l’Intérieur d’ailleurs. Mais le trailer nous promet d’autres sensations et l’apparition d’autres classiques du registre horrifique comme le film de vampire ou le film de maison hantée. On peut d’ailleurs regretter que le trailer dévoile le pot aux roses de cette façon, annihilant ainsi l’excitation, l’attente et la surprise du spectateur. Dommage car ça risque d’enlever une partie du suspense et de la tension du premier acte du film. Le trailer promet quelques épanchements gore comme les aime le duo Bustillo/Maury, les trublions n’étant jamais les derniers pour envoyer les litrons d’hémoglobine.

Au casting, les loustics conservent la ligne directrice qui est la leur, offrant de façon pertinente des rôles à contre-emploi à des comédiens peu familiers du genre. Après Alysson Paradis, Nicolas Duvauchelle et Béatrice Dalle, c’est au tour de Catherine Jacob, Chloé Couloud et surtout Marie Claude Pietragala de porter le film sur leurs épaules. La danseuse classique s’est d’ailleurs donnée corps et âme au projet, offrant sa gestuelle maitrisée et fluide à son personnage de vampire et lui conférant ainsi une identité et une tenue encore inédites dans un film de ce type. Espérons que les réalisateurs auront gommé les quelques erreurs de leur premier film afin de livrer une autre pièce maitresse de l’horreur à la française.

AVANT-PREMIERE - The Darkest Hour

(Lu)minus

Emile Hirsch, Rachael Taylor, Olivia Thirlby et Max Minghella.

The Darkest Hour - 3D ( The Darkest Hour ) est la deuxième livraison de Chris Gorak, directeur artistique/chef décorateur (Tombstone, Las Vegas parano, Fight Club) passé à la réalisation en 2006 avec Los Angeles : Alerte maximum (aka Right at Your Door). Le film s’empare d’un schéma S-F plutôt classique d’ « alien invasion » pour offrir une œuvre spectaculaire et fédératrice. Du moins sur papier… A l’écran, c’est tout autre chose…

Convenu et pétri de clichés, The Darkest Hour s’empêtre dans des situations archi-rebattues, pour orchestrer une invasion extraterrestre de nature indéterminée et les réactions de peur panique s’emparant de la population moscovite (décimée en un clin d’œil). Peu aidé par des dialogues « minimalistes » flirtant ouvertement avec le ridicule, le film nous présente une galerie de teenagers caractérisés « à la louche » et propulsés malgré eux au cœur de l’action (le nerd « Zuckerberg-like » et son pote débrouillard, la blonde bien gaulée mais peu futée, qui ne sera - of course - pas la dernière à mourir, …). D’ailleurs, Gorak peine à faire monter la sauce et instaurer le minimum syndical de tension requise, reléguant le spectateur au rôle de témoin peu concerné face à cet encéphalogramme désespérément plat…

Olivia Thirlby et Emile Hirsch.

Les aliens belliqueux débarqués sur Terre pour pomper nos ressources énergétiques s’apparentent quant à eux à des masses lumineuses informes et vaguement « stylisées ». Entièrement conçues en numérique, ces créatures requerraient presque un vibrant plaidoyer contre le « tout CGI ». Une tendance qui s’empare actuellement de la quasi-totalité de l’industrie, délaissant volontiers les effets plateau, et qui aboutit ici à une overdose numérique lassante et dont l’illustration parfaite réside dans ces visions subjectives en noir et blanc (point de vue des envahisseurs) aux gros pixels « rétros ».

En somme, une œuvre insignifiante, qui ne vaut guère mieux que son entame, entièrement dédiée à un placement de produits forcené (McDonald’s et autres enseignes en tête). The Darkest Hour ne fait preuve d’aucune identité propre et semble uniquement destiné à exciter les ados peu regardants sur la qualité, autant qu’à encaisser les billets verts. Sans compter que la 3D n’a - une fois de plus - que peu d’intérêt (voir à cet égard l’absence étonnante d’effets « up in your face », alors que le scénario s’y prêtait) et ne vient nullement rehausser une réalisation pour le moins impersonnelle. On est loin de l’aspect immersif vanté par le dossier de presse…

Emile Hirsch a le feu au cul !

Et ce n’est pas la présence d’Emile Hirsch (Les seigneurs de Dogtown, Into the Wild, Speed Racer) et Max Minghella (Agora, The Social Network), d’ordinaire excellents, ou encore de la craquante Olivia Thirlby (Juno, Sex Friends, Dredd, futur reboot de l’adaptation du comic Judge Dredd) qui y changera quelque chose…

Si j’écrivais ces lignes pour défendre une thèse universitaire, j’ajouterais que la désintégration des personnages par les entités E.T. renvoie en creux à l’autodestruction du film, loin d’être la parabole sci-fi apocalyptico-anxiogène promise. L’annihilation des enjeux narratifs, réduits à l’état de microparticules, ne serait donc - au choix - qu’une des facettes principales d’un blockbuster réflexif, conscient de sa propre inanité, ou d’un nanar de luxe, qui porte décidément la patte de son heureux (?) producteur Timur Bekmambetov (réalisateur de Night Watch, Day Watch et Wanted). J’opte pour la réponse deux. Alors certes, qu’est-ce qu’on se marre (mention spéciale à ce commando de mercenaires russes à l’accent croquignolet), mais n’avez-vous pas mieux à faire que de perdre votre temps à visionner cela ?

AVANT-PREMIERE - Malveillance

La sieste sans nom

César, concierge dans un immeuble bourgeois de Barcelone, est aux petits soins pour ses habitants : prévenant, toujours disponible, méticuleux jusqu’aux moindres détails. Bref, l’homme à tout faire parfait, si ce n’est quelques problèmes de ponctualité, mais il a du sang latin, donc rien d’étonnant à cela non plus. Cerise sur le gâteau (ou moule sur la paella, si vous préférez), César est surtout un sociopathe qui manipule son entourage, prenant son pied dans la douleur de l’autre, mais sans jamais se mettre en danger directement. Lâche comme un string ficelle effiloché, César est une véritable hyène qui se cache derrière son vernis affable, et son dernier dada s’appelle Clara. Surtout quand elle fait dodo…

Inutile de maintenir le suspense plus longtemps : oui, Jaume Balaguero est définitivement un fétichiste des immeubles ! Entre la franchise Rec, qui l’a propulsé sur la scène mondiale, et sa galette A Louer réalisée dans le cadre des « Peliculas para no dormir » (genre de Masters of Horror ibérique), Balaguero vient une nouvelle fois confirmer son amour de la brique catalane avec Malveillance (prononcez Mientras Duermes en roulant les « r »).

Beaucoup plus sobre dans son exécution, Balaguero semble renouer avec ses premières amours (Darkness, La secte sans nom), privilégiant la psychologie (déviante) de ses personnages et leurs interrelations dans un milieu clos qui devient rapidement oppressant. Bon, on ne va pas non plus se bourrer le mou avec de l’anthropologie de comptoir mais, force est de constater que ce salopard de Balaguero est bigrement doué : capable de résumer un chapitre de Deleuze sur l’identité trouble en une séquence qui finit par se lire sur trois niveaux, on se surprend à avoir la gaule visuelle et on attend la suite avec l’impatience d’un puceau devant une professionnelle du gland.

Jouant sur une dualité très claire, Balaguero multiplie les antagonismes : l’amabilité désintéressée de César durant le jour, son investissement dans la putasserie morbide la nuit. L’appartement lumineux de Clara, le taudis en sous-sol de César etc… Et pour simplifier encore la lecture, Balaguero se cantonne à trois lieux principaux (l’entrée de l’immeuble, l’appartement de Clara et l’antre du concierge), puis il avance ses pions de façon (un peu trop) didactique pour faire monter la sauce. L’étau se referme efficacement, l’ambiance anxiogène est plus que palpable et certaines scènes sont d’ores et déjà cultes (car, oui, Balaguero réussit à transcender des clichés du genre avec un art consommé de la flippe !).

Cela étant dit, nul besoin de dévoiler encore plus le scénario – d’une perversité crasse -, mais on va tout de même se permettre une critique au niveau du fond : les motivations du concierge étant extrêmement vagues et light (le paravent de la psychologie contemporaine est parfois très complaisante), ses actes perdent irrémédiablement en consistance, et Balaguero loupe le coche du chef-d’œuvre. Néanmoins, Luis Tosar (ce mec est un véritable remède aux homophobes !) assure une fois de plus une performance hors-norme, sur le fil du rasoir à chaque plan, et se montre capable de jongler entre le pathétique et le danger latent. Marta Etura (Cell 211, Thirteen Chimes), compagne de Tosar à la ville et victime de ce dernier à l’écran, est juste solaire, magnifique et extrêmement touchante, compte tenu des saloperies qu’elle endure. Et… Ahem… de la lingerie fine qui l’entoure.

Nouvelle bombe de l’écurie Filmax, Malveillance voit Balaguero renouer avec l’horreur psychologique et viscérale – une pause bienvenue entre deux Rec épileptico-zomblards. Solidement installé sur un scénario d’Alberto Marini, qui était déjà derrière la plume d’A Louer, Malveillance a cette qualité indéniable des premiers Polanski et de certains Hitchcock : il vous laisse un arrière-goût perturbant, une sensation insidieuse qui ne vous laissera pas tranquille, à moins de vous faire l’intégrale de Pixar. Et encore…

AVANT-PREMIERE - The Raven

Tuer encore ma Lénore ? Jamais plus.

Après un Ninja Assassin passé directement par la case dvd par chez nous, l’assistant réalisateur des Wachowski sur Matrix revient dans nos salles obscures après son V for Vendetta (2005, tout de même) pour nous proposer The Raven, une enquête mettant en scène le célèbre Edgar Allan Poe sur les traces d’un copycat vraisemblablement fanatique de son œuvre.

Parmi les nombreuses spéculations autour de la mort mystérieuse de l’auteur des Histoires extraordinaires, les scénaristes Hannah Shakespeare et Ben Livingston (rien de bien marquant à leur actif) ont choisi la plus improbable des théories pour livrer une fiction pure et simple. Un peu à la manière du Détective Phillip Lovecraft (Cast a deadly spell, 1991) de Martin Campbell qui transformait l’auteur de L’Appel de Cthulhu en détective privé, The Raven met donc Poe face à la matérialisation de ses œuvres. Si le concept s’avère excitant pour tous ceux qui ont lu ses contes et poèmes, le film tourne hélas très vite au whodunit convenu, usant les cordes du genre jusqu’à la rupture. Du Corbeau au Double assassinat dans la rue Morgue en passant par Le Masque de la Mort Rouge, tout Poe est littéralement cité, copié, retourné dans tous les sens jusqu’à l’écœurement. Trop de citation tue la référence et l’icône qui, même s’il est interprété par un John Cusack très convenable, finit donc par nous lasser. Forcément, le réalisateur de V for Vendetta a une fois de plus soigné l’esthétique de son film, livrant à ce sujet un travail une fois de plus remarquable (l’envol des corbeaux dans la brume, le meurtre façon Puits et le Pendule demeurent des séquences marquantes) et renforce la représentation de ses personnages par le biais d’élégantes lumières (la gueule – encore méconnue - de l’acteur Sam Sulfures Hazeldine sort ainsi du lot). Même si nos rétines ne s’en plaindront pas, cela ne suffit évidemment pas à faire de The Raven un bon film, qui tire bien trop en longueur avec ses rebondissements invraisemblables et son intrigue au final bien trop convenue.

Guère déplaisant (merci au directeur photo et au casting), The Raven ne parvient pas à tirer son épingle du jeu et finit par tomber dans les travers d’une intrigue criminelle ultra-référencée et répétitive. Ce faisant, nous ne pouvons que constater que, même par un minuit lugubre, le nouveau film de James McTeigue n’est hélas qu’un léger heurt, un whodunit de plus frappant à notre porte, ce n’est que cela et…rien de plus.

AVANT-PREMIERE - Saya Samurai

Hi, i’m Takaaki Nomi and welcome to Jackass.

Scabbard Samourai, projeté à Hallucinations collectives

On parle beaucoup de Sono Sion et de la team Sushi Typhoon mais la meilleure chose qui soit arrivée au cinéma japonais de ses dernières années, c’est Hitoshi Matsumoto. Star au Japon mais inconnu absolu en Europe, Matsumoto s’est fait un nom avec Dai Nipponjin avant de confirmer avec Symbol projeté dans tout un tas de festivals. C’est donc avec une impatience digne de la jeune fille en fleur en passe de voir le loup qu’on attendait ce fameux Saya-zamurai dont on ne savait pas grand-chose et c’est tant mieux car un film de Matsumoto n’est jamais aussi bon que quand on se le ramasse en pleine figure. Symbol était très différent de Dai Nipponjin et ce Saya-zamurai est encore une fois très différent de ces deux premières œuvres précitées. Mi-film « classique » , mi-happening, le dernier film en date de son auteur surprend le spectateur. Une fois de plus.

Pour bien comprendre le fond de Scabbard Samourai, il faut en connaître le genèse et celle de son incroyable comédien Takaaki Nomi. Nomi collabore régulièrement avec Matsumoto dans le cadre de son travail à la télévision. Nomi, à la base, n’est absolument pas acteur et souffre d’un léger retard mental pourtant son réalisateur n’hésite pas à lui confier le rôle principal de son film… en le lui cachant. D’ailleurs, pendant une bonne partie du tournage, il ne saura pas qu’il tourne un long-métrage, pensant que, comme d’habitude, il participe à un gag télévisuel orchestré par le réalisateur. Voilà pour les « à-côtés ». Maintenant, sur l’écran, Matsumoto raconte l’histoire, somme toute classique, d’un rônin errant capturé, avec sa fille par un seigneur local dont le fils est plongé dans le mutisme et la dépression la plus total. Nomi aura un mois pour faire sourire le jeune fils sans quoi il sera condamné à se faire seppuku. Doté de ce seul fil rouge, le film ne comporte pas de scénario au sens classique du terme, Matsumoto va mettre en scène une comédie hilarante, touchante et doublée d’une profonde réflexion sur le rapport entre l’art, l’artiste et son public.

Pure comédie, Saya-zamurai est avant tout un film drôle, très drôle par moments. Le réalisateur y conserve la construction segmentée, séquencée et la narration morcelée qui faisaient la spécificité de ses précédentes œuvres en y ajoutant un sens de l’ellipse et un montage aux petits oignons favorisant le rythme, élément incontournable du genre. Après une courte, mais formellement très réussie, introduction, le métrage démarre vraiment lors de la première des trente tentatives du samouraï. Corps du film, ses essais se succèdent durant une bonne heure, entrecoupés des réflexions et cogitations de Nomi et surtout de sa fille, tête pensante du duo. Peu à peu, ce qui est perçu comme une humiliation et une punition va se transformer en spectacle géant et en fierté. Se prenant au jeu, les deux gardes de Nomi vont se rallier à ses côtés pour former une véritable équipe de comiques entièrement portée vers un but ultime : faire rire. Peu à peu, les spectacles, par moments vraiment hilarants, vont se métamorphoser en happening public, les spectateurs se massant dans la cour du shogun afin d’admirer les performances de la team Nomi.

Et c’est là qu’on comprend la profondeur de la réflexion qu’opère Matsumoto. Un rapport s’installe fan/artiste avec le public venu assister aux spectacles et se repaître des échecs successifs du pauvre samouraï. Matsumoto lie fond et forme de façon pertinente en cachant à son interprète principal le but de ses cascades et en lui faisant faire n’importe quoi, si bien que le spectacle tourne parfois au voyeurisme. Plongeant le spectateur dans une position voyeuriste lui aussi. Sur cet aspect, le film rappelle parfois le Rubber de Quentin Dupieux. Matsumoto confirme cette faculté de mêler le rire et la tristesse lors notamment d’une séquence qui commence par une franche rigolade avant de se terminer dans le malaise et la tristesse. Une séquence qui résumerait presque à elle seule tout le cinéma de son auteur. Matsumoto porte un regard acerbe sur son propre travail et convie ses doutes sur son propre œuvre et son statut d’artiste. Car si tout le monde assiste au spectacle en attendant le rire, l’artiste lui, incarné à l’écran par Nomi, est toujours seul face à son art avec pour seul but de faire rire. Dans ce film, si l’artiste échoue à faire rire, il mourra. Ce qui en dit long sur la rapport de l’auteur avec son art et son public.

Pour illustrer cet état de fait, le réalisateur s’appuie sur Takaaki Nomi, acteur édenté, qui livre une prestation extraordinaire de justesse et qui, malgré une capacité innée à faire rire, porte sur son visage et son corps une profonde mélancolie. Son jeu, tout en physique (il ne prononce que deux phrases dans le film) et en performance, est contrebalancé par la prestation de sa fille, jouée par Sea Kumeda, qui est toute en subtilité et démontre un vrai potentiel de jeu. Leur duo, qui fonctionne à merveille, plonge le spectateur dans la tristesse et le respect lors d’un final d’une puissance émotionnelle rare.

Inégal mais foutrement attachant, Saya-zamurai est un film instable, tout en rupture et en changement de rythme. Matsumoto change une fois de plus de registre et de forme mais continue de creuser le sillon qui est le sien et expose ses doutes d’auteur et d’artiste aux yeux d’un public qui en redemande. Et si ce Saya-zamurai n’était autre que Matsumoto lui-même ?


AVANT-PREMIÈRE - La Cabane dans les Bois

Plus qu’un simple film, un concept !

Film au titre bateau par excellence, La Cabane dans les Bois pourrait laisser augurer à certains le pire, notamment au niveau du grand public, lassé par les plus ou moins grosses productions horrifiques faiblardes et peu inspirées qui percent souvent dans nos multiplex. Mais, détrompez-vous, sous des airs de film d’horreur lambda, le film de Drew Goddard, producteur de la série Lost et scénariste de Cloverfield encore vierge de tout réalisation jusque là, est une véritable claque, administrée avec une certaine maestria au niveau de la mise en scène.

Le point fort de ce Cabin in the Woods reste néanmoins le scénario, jamais vu encore jusque là dans une salle de cinéma, qui déconstruit totalement les codes du film de djeunz enfermés dans un endroit glauque en pleine forêt pour livrer un spectacle de haute volée, plein de surprises et sans aucune concession. Le génie de ce script étant dû à l’inimitable Joss Whedon, qui se distingue aussi en ce moment par l’entremise de The Avengers, La Cabane dans les Bois possède déjà de sérieuse références dans le girons des fans de genre. Malheureusement, révéler plus que son simple pitch serait une insulte aux producteurs qui ont eu la clairvoyance d’investir dans un tel projet et d’avoir fait preuve de patience quand celui-ci tardait à véritablement éclore.

Lancé il y a quelques années (en fait, juste après le succès de Cloverfield en 2008), le projet de film de Drew Goddard aura en effet pas mal musardé en chemin mais le mystère savamment entretenu par la prod et par les critiques, ainsi que l’enthousiasme palpable suscité par la promotion de l’oeuvre sur internet devraient permettre au film de créer un véritable buzz dans nos salles le 2 mai prochain. Une chose est certaine, si toutes les initiatives horrifiques recelaient de telles qualités, le grand public serait sans doute bien plus réceptif et les cinémas bien plus remplis qu’à l’heure actuelle...

TRAILER VO

BANDE-ANNONCE VF

AVANT-PREMIERE - Dark Shadows

Sombres présages

Le marketing peut être une arme à double tranchant : utilisé avec intelligence, il peut mener le public vers le plus mauvais des films. Mais laissé entre des mains malhabiles, il peut conduire au désastre et détourner le spectateur d’œuvres pourtant pas dépourvues de qualités. Dark Shadows s’inscrit dans cette optique de promotion maladroite : depuis plusieurs semaines, les extraits dévoilés inspiraient la méfiance, exacerbée après la parution d’une bande-annonce désastreuse présentant le tout comme une bouffonnerie disco, sorte de Les Visiteurs à la sauce seventies. Il ne fallait rien de plus pour décourager, d’un côté, les fans du Dark Shadows original, soap opera populaire durant les années 60 et très cheap, mais au ton sérieux à mille lieues de l’atmosphère dépeinte dans le trailer ; et d’un autre côté, les fans de Tim Burton de la 1ère heure, déjà en général pas enthousiasmés par la tournure qu’a pris la carrière du cinéaste depuis quelques films. Alors, Dark Shadows n’aurait-il vraiment rien d’autre à proposer que des blagues vaseuses sur fond de Barry White ?

Le film raconte l’histoire de la famille Collins, immigrée aux USA durant le XVIIIe siècle. Habitant le magnifique manoir de Collinwood, ses membres possèdent une affaire fleurissante de fruits de mer, et ont le monde (enfin, leur petite ville portuaire) à leurs pieds. Le fiston, Barnabas (Johnny Depp), s’adonne volontiers à des parties de jambe en l’air avec la bonne (dans tous les sens du terme), Angélique (Eva Green), dont il finit par briser le cœur, après avoir épuisé tout le reste. Mauvaise idée : la charmante demoiselle est en fait une sorcière, qui jette une malédiction sur Barnabas et sa famille. Après avoir perdu ses parents et l’amour de sa vie par la faute d’Angélique, il tente de mettre fin à ses jours mais doit affronter la vérité : il est désormais un vampire. Enterré « vivant » par une foule en colère menée par la sorcière, il ne sort de son trou que deux siècles plus tard, en 1972. De retour à Collinwood, il va se rendre compte que le monde et la réputation de sa famille ont bien changé. Avec l’aide de ses descendants, menés par Elizabeth (Michelle Pfeiffer), il va tenter de redorer le blason des Collins.

Première (bonne) surprise : non, l’ambiance n’est pas à la comédie pure et dure. L’introduction du film, posant rapidement l’histoire de Barnabas, est sombre et dénuée d’humour. Le ton du film va considérablement s’alléger dès l’arrivée du vampire dans la vie de ses descendants, la majorité de l’humour découlant du décalage entre le personnage et cette société qui le dépasse. Et cela fonctionne ! Si, pris hors contexte, ces passages tombent à plat, ils fonctionnent admirablement bien au sein du film. C’est d’ailleurs sa principale force : conjuguer avec talent une atmosphère gothique et sombre avec une bonne dose d’humour, comme au temps de Beetlejuice (toutes proportions gardées, bien entendu). Le tout étant soutenu par une bande-son typée années 70, aux morceaux bien choisis, qui se mêle parfaitement à l’ambiance du film et ravira les esgourdes.

Autre grand élément de satisfaction : le casting. Burton, fidèle à ses habitudes, ne prend pas de risque et convoque son fidèle Johnny Depp, sa femme Helena Bonham Carter et retrouve Michelle Pfeiffer 20 ans après Batman le défi. Depp, dont la prestation dans Alice au pays des Merveilles était très décevante, trouve ici un rôle qu’il maîtrise parfaitement et parvient à rendre attachant son personnage, pourtant pas follement sympathique : en plus d’être un paumé temporel, Barnabas est avant tout un vampire, et ses instincts brutaux éclatent de temps à autre dans des scènes violentes et très réussies. Il est entouré de seconds rôles impeccables, dont la sorcière campée avec grand talent par la sublime Eva Green, sans doute l’élément le plus accrocheur du casting (voire du film).

Alors oui, on pourrait encore une fois reprocher à Burton de se reposer sur ses acquis (son casting d’habitués, sa bande-son signée Danny Elfman, ses tics visuels,…) et de se contenter une fois de plus d’adapter une œuvre existante. Oui, le film a parfois tendance à s’éparpiller dans différentes directions en favorisant certains éléments au détriment d’autres (comme une histoire d’amour maladroitement amenée) et à prolonger inutilement certains dialogues. Mais il serait malhonnête de ne pas reconnaître que le script, signé par le très en vogue Seth Grahame-Smith, a visiblement inspiré le réalisateur, qui livre ici un bon divertissement, à la fois drôle et sombre, qui ne figurera pas dans le top 5 de ses œuvres les plus réussies, mais qui rassure quelque peu sur sa carrière après la déception que fut Alice au pays des Merveilles.

Précédé par une campagne marketing désastreuse reflétant mal son véritable contenu, Dark Shadows est une bonne surprise, apte à rassurer les fans de Burton lassés par ses précédentes livraisons auto-caricaturales. Et ça, c’est déjà un grand pas en avant.

AVANT-PREMIERE - The Blood

Sang pour sang japonais

L’argument : Shinji mène une vie de salaryman banale et bien rangée à Tôkyô, lorsque sa femme Akemi est assassinée et revient sous les traits d’un fantôme pour réclamer vengeance...

"Impossible n’est pas français", cette maxime résonne certainement encore aux oreilles de Guillaume Tauveron. Celui-là même qui a réalisé, il y a quelques années à peine, Survival dans lequel le champion de kick-boxing Damien Leconte luttait, 20 minutes durant, contre des personnifications symboliques. La rage de vivre et de réussir, l’envie tenace d’atteindre son but, quitte à combattre les moulins à vent (en l’occurrence, les systèmes de financement français), l’opiniâtreté continuent à alimenter le coriace Tauveron qui, de fil en aiguille, se retrouve à mettre en boîte un long-métrage en terre japonaise. Le fil est à l’origine fourni par une association marseillaise en quête de onze réalisateurs pour tourner autant de courts-métrages mettant en scène une minorité ethnique afin de promouvoir la multiculturalité de la cité phocéenne. Deux ans plus tard, cette ébauche consacrée à la minorité vietnamienne a subi une considérable métamorphose : une oblique vers le royaume du Soleil levant, patrie de cœur du réalisateur, avec une équipe nippone pour un long-métrage entièrement tourné en langue japonaise. D’ici à là, Tauveron aura transité par un projet de court-métrage (nous l’avions interviewé à ce sujet) puis a remanié son récit pour lui faire atteindre à l’écran les 85 minutes.

Comme Survival, The Blood est une œuvre inclassable, située à l’embouchure de plusieurs genres sans s’inscrire durablement dans aucun. L’intitulé laissant présager un film fantastique renvoie plutôt au caractère organique de cette production qui, lentement, s’insinue dans l’esprit du spectateur, le contamine en quelque sorte grâce à une exposition maîtrisée et un "art de montrer" judicieusement exploité quand tant de métrages s’égarent dans d’interminables tunnels de dialogues. En atteste ce purgatoire du héros traversant une ruelle infestée de prostituées en pleine nuit alors qu’il ressort d’une rencontre avec le spectre de sa femme, assassinée par un inconnu, qui semble réclamer une vengeance. Le martyr suit sa voie et ne prête pas la moindre attention aux tentations qui le tenaillent ; il est du coup hors du temps, hors de la société gangrénée par la violence (le yakuza interprété par Keisaku Kimura) et l’individualisme confinant au suicide social (une jeune fille, sauvée des griffes du yakuza par le héros, suit cet inconnu) et physique (une femme abandonnée refusant de mourir seule).

Ces digressions scénaristiques servent davantage la trame centrale (l’histoire de vengeance) qu’elles ne le desservent même si, de temps à autre, The Blood patine quelque peu dans l’assemblage de toutes les pièces de son puzzle. Ce long-métrage possède néanmoins un potentiel indiscutable (sa plastique est à la hauteur) et démontre toute la maestria du réalisateur à rendre le pouvoir à l’image : l’étreinte charnelle finale, teintée de rouge-sang, demeure l’un des points d’orgue de cette ode au tragique, à la malédiction qui frappe le genre humain contraint de ne trouver l’apaisement que lorsque le sang est répandu. A moins que...

AVANT-PREMIERE - Men in black 3

MIB-figue, MIB-raisin

Par Dan Sinclair

Le second volet datant d’il y a dix ans déjà, il ne devait plus rester grand monde pour en réclamer un troisième. Et pourtant : Barry Sonnenfeld est repassé à la caméra, tandis que le scénario a été écrit par Etan Cohen (à ne pas confondre avec Cohen Ethan). Dans les costumes et derrière les lunettes sombres, on retrouve les habitués Will Smith et Tommy Lee Jones. Ainsi qu’un petit nouveau à l’indéniable talent pour la comédie : Josh Brolin. Mesdames et Messieurs les travailleurs, amis pensionnés, jeunes gens prépubères : oui, ils sont toujours en service, les Men In Black !

Résumons… Telle une colonie de vers sur un choesel avarié, l’alien prolifère autour de nous, et tout ça ne date pas d’hier. Heureusement que veillent – donc - les Men In Black, familièrement appelés MIB, et plus particulièrement les agents J et K (respectivement Smith et Jones). Inséparables, ces deux-là, comme des touches de piano ! Jusqu’à ce que K s’évapore mystérieusement, juste après la spectaculaire sortie de taule d’un certain Boris l’Animal, un Boglodite fringué comme un biker (la pire espèce). L’évaporation étant, comme chacun le sait, le passage de l’état liquide à l’état gazeux, on se doute bien que K doit être quelque part, et que si Boris s’est fait la malle, ce n’est pas pour aller organiser une soirée disco. Bref, voilà J obligé de faire un petit saut dans le temps, histoire de remettre la main et plus si affinités sur tout ce petit monde. Ah, j’oubliais : au passage, il sauve quand même aussi un peu la planète…

Ce Men In Black 3 démarre à peine que le spectateur est d’emblée plongé dans l’action et les effets spectaculaires. Enfermé dans une prison à côté de laquelle le plus sécurisé des bagnes spatiaux a des allures d’auberge espagnole, Boris ne s’en évade pas moins, semant de cadavres les couloirs du lieu. Il faut dire aussi que cet extraterrestre, incarné par Jemaine Clement, la moitié du duo Flight Of The Conchords, bénéficie de la complicité d’une top biche jouée par Nicole Scherzinger des Pussycat Dolls. Signalons au passage à l’attention de qui s’en inquiéterait qu’elle est la seule créature sexy à évoluer dans ce troisième chapitre de la franchise. A moins qu’une paire de tentacules ou une grosse tête fasse partie des attributs corporels susceptibles de vous faire replonger dans le chapitre « Exercices Pratiques » du Kamasoutra. Plus sérieusement, mais toujours à propos de créatures : le travail fourni à cet égard par Rick Baker (Le Loup-Garou De Londres, Greystoke , La Planète des Singes…) est une fois encore aussi époustouflant que délirant. S’il n’y a rien à redire quant au spectacle (vertigineux, ce saut dans le vide), à la 3D (en postproduction et discrète), au jeu des principaux acteurs et à l’humour (vous saurez sur les Sixties tout ce qu’on vous en a caché), c’est peut-être au niveau du rythme que ça patine par moments. Un peu comme si l’histoire se cherchait, n’avançait que par à-coups, manquait de carburant. A moins que ce ne soit à cause de ce ton vaguement grave ? Ou d’un final pendant lequel la comédie s’efface nettement au profit d’une petite pelletée d’émotion ? Allez savoir, les mystères de l’Univers sont décidément insondables !

Spectaculaire, visuellement emballant et porté par un trio d’acteurs en forme (l’apport de Josh Brolin est indiscutable), ce troisième Men In Black pêche du côté du rythme imprimé à la narration. Un comble pour une comédie de science-fiction supposée fonctionner sur son dynamisme. MIB-figue, MIB-raisin, quoi…

AVANT-PREMIERE - Prometheus

Poupée russe métaphysique

En 2089, deux jeunes scientifiques, Shaw et Holloway (respectivement Noomi Rapace et Logan Marshall-Green), découvrent des peintures rupestres sur l’île de Skye, vieilles de plus de 35.000 ans et pourtant semblables à certains motifs retrouvés chez les Mayas. Le croisement des données récupérées aux quatre coins de la planète semble converger vers une seule issue : les motifs représentent une galaxie à des années-lumière de la terre, et plus particulièrement une planète qui pourrait bien être le berceau du créateur originel. En 2093, Shaw et Holloway se retrouvent à bord du Prometheus, affrété par Weyland Industries, et s’apprêtent à atterrir sur cette fameuse planète, après un voyage de plus de deux ans. Ils espèrent rencontrer Dieu, ils craignent de trouver le diable… Mais la réalité sera bien pire…

Auréolé d’un mystère sans précédent avec des visions de presse sans cesse repoussées, Prometheus faisait peur. Les junkets organisés à travers le monde ne lâchaient à la presse avide qu’un montage de 15 minutes tandis que Sir Ridley Scott commençait à avoir une tendance pathologique à n’offrir que des réponses sibyllines en interview. Prometheus, annoncé comme le grand retour à la science-fiction du démiurge d’Alien et de Blade Runner après trente ans d’absence, à commencé à faire suer les fans les plus irréductibles du xénomorphe assassin, effrayés de voir cette pièce maîtresse se transformer en naufrage dantesque. Mais si Ridley Scott a pris son temps, c’est pour une raison bien précise, ainsi qu’il l’explique dans le dossier de presse : « Au cours de ces dernières décennies, on a croulé sous les films d’action, les films de monstre et même les films de science-fiction. La vraie question était donc de savoir à quel point on pourrait se montrer originaux (…) ». La note d’intention fleure bon la langue de bois mais, maintenant que la bête a enfin été lâchée, quelle gueule a-t-elle ? Pour faire court, elle tient tout simplement du génie.
Désireux de s’affranchir de la vision étriquée des quatre films précédents (un cache-cache anxiogène et sanglant dans les couloirs sombres des stations spatiales), Scott a – comme le dit d’ailleurs David (superbe Michael Fassbender) l’androïde fan de Lawrence d’Arabie de Prometheus – décidé purement et simplement de détruire le mythe pour mieux le reconstruire. Devant lui, un territoire vierge, propice à des réflexions que le réalisateur se posait déjà à l’époque de la sortie du premier Alien : quel était le mystère derrière le Face-Hugger et le Space Jokey ? D’où venaient ces créatures et à quoi pouvait bien ressembler leur civilisation ?
Partant de ces postulats, Scott a transcendé les faits épisodiques de la franchise pour en dresser un tableau universel à la portée métaphysique incroyablement audacieuse : ses personnages, autant de petits Prométhées prêts à défier les dieux, gardent tous une vision biaisée de leur origine – que celle-ci tienne à la religion chrétienne ou au darwinisme – et vont être rapidement confrontés à une vérité dont le cynisme destructeur n’est pas si éloigné du comportement humain. Une désillusion qui appelle surtout à la modestie et la refonte intégrale de nos croyances, comme si leur découverte atroce était un nouveau Galilée version Némésis annonçant aux humains incrédules qu’ils avaient tort sur toute la ligne…
Refusant de prendre de la distance par rapport à un sujet qui écraserait plus d’un réalisateur, Ridley Scott évite les artifices faciles de l’humour ou de l’action omniprésente au montage nerveux. Tel un sage sachant pertinemment où il va, Scott avance méticuleusement ses pions, prend le temps de présenter ses personnages, multiplie les prises de vue du Prometheus et des décors arides (tournés en Islande), et achève d’intégrer le spectateur à bord du vaisseau par le processus immersif de la 3D, qui joue très intelligemment avec la profondeur de champ. Ces procédés, extrêmement vicieux, impliqueront littéralement le spectateur dans le cauchemar qui va suivre. Et, dans sa deuxième partie, Scott fait justement grimper le trouillomètre par petites touches virtuoses, tel un puzzle qui ne se dévoilera que lorsque la dernière pièce sera posée…

Au niveau de l’équipage, le réalisateur anglais offre une fois de plus la part belle aux personnages féminins : Noomi Rapace hérite d’ailleurs d’une des scènes les plus dérangeantes du film – un accouchement artisanal qui va vite reléguer celui de Kristen Stewart dans Twilight : Breaking Dawn au rang de bluette – et s’impose déjà comme la nouvelle Sigourney Weaver dans le rôle de tête de turc des bestioles intergalactiques. Quant à Charlize Theron, froide et imperturbable dans le rôle de Meredith Vickers, elle n’offre aucune porte de sortie compatissante pour son rôle de salope égoïste et ambiguë, apportant ainsi aux intrigues secondaires une viscosité digne d’un poutou du Space Jokey.

Immersif, dense et incroyablement audacieux, Prometheus – loin de clore la saga aux millions de fans – ouvre une nouvelle franchise incroyablement culottée qui réinvente complètement la science-fiction. Oubliez les quatre autres épisodes, récupérez votre pucelage bêtement perdu devant les foires d’esbroufe que sont les Resident Evil et autres resucées inoffensives : Ridley Scott vient d’apporter sa pierre d’achoppement au genre, son 2001, l’Odyssée de l’Espace à lui. Son propre chef-d’œuvre métaphysique et terrifiant…

AVANT-PREMIERE - Dracula 3D

Dents de lait

Autant le dire tout de suite, plus personne n’attend quoi que ce soit d’un film de Dario Argento. Dès lors, on est en passe de craindre le pire lorsque celui–ci décide de s’attaquer à ce qui est la plus grande icône de la littérature et du cinéma d’épouvante : le Comte Dracula. Le tout en 3D. Oui, dit comme ça, ça ne fait pas rêver. Dans les faits non plus. Et pourtant...

Pourtant, même si la qualité globale du film ne dépasse pas la cadre du très moyen direct to dvd, on a l’impression que, contrairement à ses derniers projets, Dario fait preuve d’un minimum d’implication et avait, par intermittence, quelque considération pour ce film qui paraissait lui tenir à cœur. Pas assez pour signer un bon film mais tout de même suffisant pour le voir shooter quelques plans fort bien chiadés et mettre en œuvre d’amples mouvements de caméra. La scène d’introduction par exemple, passé le générique horrible et illisible, est très réussie et montre le maestro partir sur un long plan de grue filant à travers le petit village des Carpates. Assurément le plan le plus frais et le plus vivant concocté par le transalpin depuis un bon moment. Ce plan fera éphémèrement miroiter un retour en force du signataire de Suspiria avant que ce dernier ne retombe dans ses travers désormais habituels. Comme souvent, il se contente de filmer platement une action tout aussi plate et une intrigue bavarde à souhait. Cadrant mollement des comédiens en plein centre d’un enchainement de plans moyens sans aucun rythme, sans aucune audace visuelle ou narrative. Toutefois, par à-coups toujours, Argento met en scène quelques jolies séquences avant d’immédiatement replonger dans ses travers.

Sur l’écran, il se paie même le luxe de ressasser certaines de ses anciennes obsessions comme cette fascination pour les insectes, omniprésents tout au long de l’œuvre. L’Italien fou renoue aussi avec le gore via quelques effets très sanguinolents dont une très sympathique décapitation. En outre, Dracula marque des points grâce à une ambiance old school souvent un peu datée mais pas foncièrement désagréable car le film semble parfois réellement sortir des seventies. Outre le gore, Dracula 3D dégage un érotisme suranné (Argento filme de jolies paires de boobs en trouadé) pas inintéressant. Bref l’entreprise possède de sérieux relents made in Hammer. Mais de la Hammer bon marché, de la Hammer de chez Lidl.

Esthétiquement, le film oscille entre le chaud et le froid. Si les extérieurs sont horribles malgré de jolis décors naturels, les intérieurs ne sont pas dégueulasses et Tovolli, chef opérateur historique de Dario, se permet même quelques belles compositions, dans une église notamment, mais toujours par intermittences, la majorité du métrage restant de qualité très médiocre. Autre petite satisfaction, le score de Simonetti est très réussi par moments, même si trop envahissant, mais complètement foiré à d’autres. Chacun dans son rôle offre donc l’une ou l’autre fulgurance surgissant brutalement au milieu d’un océan de nullité. Pour résumer, Dracula 3D ressemble à un banal film de Riccardo Freda ou d’Antonio Margheriti. Et encore pas le meilleur de ces deux artisans du bis italien. Le cachet "film d’époque" joue un rôle de cache-misère non négligeable via une jolie reconstitution et sauve un peu les meubles.

A l’autre extrême, l’énumération se transforme en litanie en ce qui concerne les très nombreux défauts de ce Dracula 3D. Mais ce serait aussi ennuyeux à lire et écrire que de regarder le film, qui n’est pas révoltant par sa nullité crasse comme pouvaient l’être certaines de ses dernières œuvres (Giallo...hum hum). Ici, on se contente de suivre l’histoire, qu’on connait tous déjà par cœur, avec un ennui poli parfois troublé par une sourire gêné ou un début d’excitation très ponctuelle, car il faut bien l’avouer, l’heure quarante que dure le film semble parfois fort longue. Ces longueurs viennent en partie d’un scénario rachitique complètement à la ramasse, hyper-déséquilibré et d’une indigence rarement atteinte. C’est le cas de beaucoup de ses films, Argento, n’ayant jamais été un formidable scénariste, comblait ces lacunes par un génie visuel et un fourmillement d’idées de mise en scène ininterrompu, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps, plongeant depuis son œuvre dans un long ennui.

Les comédiens, quant à eux, semblent peu concernés et quand ils ne jouent pas façon Au Théatre ce soir, ils sont unanimement à chier avec une mention spéciale de la nullité pour Asia Argento et l’acteur incarnant un Jonathan Harker plus mièvre et transparent que jamais. Les deux seuls à prétendre tirer leur épingle du jeu sont Rutger Hauer qui campe un Van Helsing classique mais solide et Thomas Kretchmann, qui se la joue Lugosi, mais avec la gueule de Liam Neeson et le côté naturellement iconique et grandiloquent du grand Bela. L’impression de théâtralité est encore renforcée par le statisme des acteurs et de la mise en scène d’un film qui, passé les quelques fulgurances évoquées plus haut, possède un look télévisuel rappelant les fictions historiques de France 3 Corrèze. Mais avec un Scope tout aussi inutile que la trois dimensions dont Argento ne se sert que pour accentuer quelque peu la profondeur d’un champ de toute façon bien vide et terne.

Dracula 3D n’est pas un bon film à proprement parler mais il fait tout de même figure de petite lumière au bout d’un tunnel fort sombre dans lequel était tombé son auteur. Car Argento semble de nouveau croire en son cinéma et, par instants, retrouve quelque peu ses sensations. Comme un malade sortant d’un long coma qui doit réapprendre à marcher et à parler. On est encore très loin du compte mais c’est encourageant et beaucoup plus fréquentable que tout ce qu’il a pu faire ces dix dernières années, rallumant ainsi la flamme dans les yeux du fan de toujours que je suis. Rien que pour ça, Dario mérite des encouragements.

AVANT-PREMIERE - Blanche-Neige et le chasseur

Conte défait

Hollywood est apparemment tombé sous le charme de Blanche-Neige : pour la deuxième fois en trois mois, la fille à la pomme envahit les salles obscures du monde entier. Après une version légère, Mirror Mirror, signée Tarsem Singh, voilà que débarque une vision totalement différente du conte des frères Grimm, sous le signe de la noirceur épique.

L’histoire est connue de tous dans les grandes lignes : Raveena est une reine diabolique (Charlize Theron), qui a accédé au pouvoir à la suite d’un coup d’état contre son pauvre mari, et est obsédée par la beauté. Quand son miroir magique lui apprend que sa splendeur est dépassée par celle de sa belle-fille, la pure et resplendissante Blanche-Neige (Kristen Stewart, si si), elle se met en tête de lui arracher le cœur afin de conjurer une malédiction héritée étant enfant et obtenir la jeunesse éternelle. Mais la belle s’échappe et Raveena n’a d’autre choix que d’envoyer un chasseur veuf et alcoolique (Chris Hemsworth) à sa poursuite. Mais celui-ci a pitié de la jeune fille et décide de la prendre sous son aile…

Oui, je vous entends d’ici : comment prendre au sérieux un film dans lequel la resplendissante Charlize Theron est obsédée par la beauté de la mignonne, mais plutôt fade, Kristen Stewart ? Réponse : avec beaucoup de volonté. Une fois ce principe de base accept (allez, un petit effort), qu’a-t-il à nous proposer, ce Blanche-Neige cuvée 2012 ?

Tout d’abord, il faut bien admettre que le casting de miss Twilight dans le rôle-titre n’était pas un si mauvais choix. Certainement pas l’actrice la plus expressive de sa génération, la demoiselle s’en tire pourtant avec les honneurs et a clairement fait ce qu’elle pouvait de son personnage, pas franchement très profond ou intéressant.
Il faut préciser que pendant la majeure partie du film, à part être effrayée et se montrer très gentille avec tout le monde, créatures féériques et monstres y compris, elle fait pas grand-chose, la Blanche-Neige.

La première partie du métrage fait d’ailleurs la part belle à la reine Raveena, interprétée par la sublime Charlize Theron, visiblement réjouie de pouvoir jouer les méchantes vraiment très méchantes. Sa présence donne une grande partie de son charme au film, même si sa diction…longuement…appuyée…peut finir par fatiguer à la longue.

Si les filles sont au pouvoir dans le film, les mâles sont aussi dans la place : Chris Hemsworth rejoue Thor au pays des contes de fée, pas aidé par un personnage au potentiel sous-exploité, et les fameux nains sont interprétés par des acteurs britanniques de talent (dont Bob Hoskins et Nick Frost) raccourcis par la magie des effets spéciaux. La petite troupe sert surtout à insuffler un peu d’humour au film, qui se prend très au sérieux. Attention, on n’est pas chez Disney ici, et on aime nous le rappeler : entre un meurtre de sang froid au tout début du film et des batailles brutales, on n’est clairement pas ici pour rigoler et siffloter au fond d’une mine.

Mais vouloir rendre son film épique et violent, c’est une chose. Le faire efficacement, par contre… Il faut maintenant l’admettre : Blanche-Neige et le chasseur propose un casting de qualité, mais se fourvoie en ce qui concerne tout le reste. Les personnages peinent à dépasser le stade de simple caricature (à ce titre, l’évolution de Blanche-Neige, qui passe soudainement d’une jeune femme timide et réservée à une guerrière sauveuse du peuple, est bâclée et absolument pas crédible) et si l’histoire se laisse suivre sans déplaisir, elle ne provoque aucun réel enthousiasme.

Il manque clairement quelque chose qui ferait vraiment décoller le film, mais qui n’arrive jamais. Le fait que les principales étapes de l’histoire soient connues d’avance n’aide pas à s’intéresser au sort des protagonistes, et l’impression de simplement assister à un défilé sans génie de séquences obligées (la pomme empoisonnée, le baiser magique,…) se fait parfois ressentir.

Mais, si la part d’enchantement ressentie dépendra de la sensibilité de chacun, il y a un élément qui mettra tout le monde d’accord sur sa médiocrité : les scènes de combats. Si vous en avez assez de la tendance actuelle qui veut que la caméra se doit d’être secouée frénétiquement dès la moindre scène d’action, préparez-vous à souffrir. C’est bien simple, on a souvent l’impression que ces séquences ont été confiées à un parkinsonien alcoolique. Bref, ça bouge dans tous les sens au moindre affrontement, il faut franchement se concentrer pour discerner ce qui se passe à l’écran, et ça peut donner la nausée.

Autant cela peut être acceptable dans une petite production tentant de cacher un budget de misère, autant cela tient plutôt du foutage de gueule dans un projet d’une telle envergure. Et ce gâchis est d’autant plus dommageable que l’aspect visuel du film a son charme et en met plein les yeux le temps de quelques très jolis plans.

Sans être foncièrement mauvais, le premier long-métrage du fils de pub Rupert Sanders est un blockbuster honnête mais qui ne déchaîne aucune véritable passion. Un film qui se laisse regarder faute de mieux, mais qui n’est certainement pas à placer sur sa liste de priorités.

AVANT-PREMIERE - Abraham Lincoln : Chasseur de vampires

Un film barbant ?

2012 fut une année riche en super-héros dans les salles obscures. Entre les Avengers côté Marvel et les aventures de Spidey et Batman chez les concurrents, voilà que débarque un autre super-justicier : le 16e président des Etats-Unis, Abraham Lincoln. Attendez …Quoi ???

Sous la houlette du producteur Tim Burton, cette adaptation d’un roman de Seth Grahame-Smith (qui signe lui-même le script du film) entend bien trôner au sommet du box-office de l’été, telle la statue de son héros à Washington. Avec un concept dément et la présence aux manettes de Timur Bekmanbetov, responsable du diptyque Night Watch/Day Watch et du déjanté Wanted, le projet avait dès le départ d’excellents arguments pour plaire aux amateurs de films d’action survitaminés.

Mais tout d’abord, oubliez tout ce que les livres d’histoire ont pu vous apprendre sur Abraham Lincoln. Le film va vous dévoiler tout ce qu’on vous a toujours caché sur cette icône du patriotisme américain. L’action se déroule aux USA, au XIXe siècle. Tout petit, Abraham (Benjamin Walker) voit sa mère mourir à la suite d’une attaque vampirique. Dès lors, il sera nourri par la vengeance et cherchera à tout prix à venger la mémoire de maman Lincoln. Après une tentative échouée, il est sauvé par un certain Henry Sturgess (Dominic Cooper), qui lui servira de mentor et lui apprendra tout ce qu’il doit savoir sur l’art du massacre de suceurs de sang. Pendant ce temps, une guerre menace de diviser le pays tout entier, et Abraham va se retrouver peu à peu impliqué dans la vie politique, tout en continuant sa tranchante double vie...

Au niveau de sa structure, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires emprunte le schéma narratif super-héroïque : Abraham passe de débuts modestes soldés par un échec à un entraînement rigoureux et la découverte de son réel potentiel pour finalement se retrouver au cœur d’un conflit global dont dépendent de nombreuses vies. Faire d’un président américain un super-héros aurait pu tourner au ridicule et à la caricature, mais cet écueil est en grande partie évité grâce à l’interprétation sans faille du presque inconnu Benjamin Walker. Parfaitement à l’aise dans son rôle, il campe un Lincoln charmant, compagnon idéal et, il faut bien le dire, idéalisé à outrance. Il s’agissait évidemment de ne pas salir l’image d’une figure historique vénérée par des millions d’Américains. Mais cette idéalisation va parfois trop loin : ne cessant de défendre les intérêts des esclaves, il est même flanqué d’un meilleur ami noir, histoire de pousser le politiquement correct jusqu’au bout. Mais ce genre de considérations ne saurait ternir la raison qui poussera les spectateurs à allonger les billets verts : du grand spectacle.

Et si vous voulez du spectacle, vous allez en avoir, vous pouvez le croire. C’est bien simple, chaque scène d’action est un vrai régal pour les yeux. A l’image du style qu’il avait développé pour Wanted, Timur Bekmanbetov envoie bouler toute sobriété et opte pour le « tiens, prends ça dans ta face ». En bref, ça charcute, ça voltige dans tous les sens, les gentils triomphent, les méchants morflent et le spectateur jubile. Magnifiquement chorégraphiées, les combats sont de purs moments de cinéma d’action post-Matrix, à coups de ralentis et de poses classieuses jusqu’à plus soif. Cette overdose de « style pour le style » pourra vite fatiguer les réfractaires au genre, surtout après 20 ralentis en une minute, mais l’amateur de scènes d’action décomplexées en aura pour son argent. D’autant plus que certaines séquences sont vraiment très inspirées, notamment une course-poursuite épique et hippique à travers un troupeau de chevaux déchaînés et un affrontement à bord d’un train en marche.

Cet appétit pour l’action se met au service d’un script mélangeant allègrement histoire avec un grand H et surnaturel. Les scènes de pure fiction se mêlent donc à une relecture de grands événements qui ont secoué l’Amérique, comme la Guerre de Sécession et plus précisément la bataille de Gettysburg. L’occasion d’apprécier un background rafraîchissant car peu exploité dans ce genre de cinéma. Le concept est intéressant et on en vient à espérer que d’autres cinéastes se prêtent au jeu en utilisant d’autres figures mythiques. Qui est motivé pour réaliser un Napoléon contre les loups-garous ?

Parfait exemple de blockbuster efficace et respectueux de son public, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires est un régal pour les amateurs d’action sanglante et de jolies pirouettes. Malgré quelques longueurs, l’ensemble se laisse suivre avec grand plaisir et prouve encore une fois que Timur Bekmanbetov maîtrise son art quand il s’agit d’en mettre plein la vue, même lorsqu’il entreprend de faire manier la hache à une figure historique qui n’en demandait pas tant, et de faire entrer Abraham Lincoln dans la liste des grands héros d’action. Chapeau, monsieur le Président !

AVANT-PREMIERE - The Dark Knight Rises

Bruce Wayne lives !

Tandis que Marvel nous rabat les oreilles avec ses multiples adaptations tantôt spectaculaires, tantôt foirées (The Avengers, Ghost rider 2), DC, lui, malgré quelques quelques faux pas inévitables (Green Lantern), compte bien redevenir la nouvelle référence en se concentrant avant tout sur ses deux icônes inoxydables : Batman et Superman. Pour ce faire, il fallait un homme de fer (a Man of steel  ?), certainement pas un simple faiseur, mais un véritable cinéaste qui pouvait élever ces nouvelles adaptations vers les cieux. Cet homme, qui a atteint au fil des ans une liberté d’action digne d’un Spielberg ou d’un Cameron et dont l’approche mature a transformé l’image pelliculée du sombre héros de Gotham, c’est Christopher Nolan bien entendu, un technicien exigeant, un bosseur émérite et le chef d’un clan qui a su s’entourer de la meilleure des façons. Cet artiste visionnaire nous offre aujourd’hui la conclusion tant attendue d’une formidable trilogie entamée il y a maintenant sept ans avec Batman Begins, et poursuivie avec la bombe The Dark Knight.

Retour à Gotham où, huit ans après la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir s’est évanoui dans la nuit et a cessé toute activité héroïque. Grâce à lui, au commissaire Gordon et à la fameuse loi Dent, la criminalité a été éradiquée de l’île…jusqu’à maintenant. Car l’arrivée du mercenaire Bane (Tom Hardy, impeccable), sous des allures de terroriste masqué, et les chatouillis provoqués par les moustaches de Selina Kyle (Anne Hathaway s’en sort à merveille) vont faire sortir Bruce Wayne et son alter-ego de l’exil. Mais le retour aux affaires s’avère des plus complexes, et Batman s’est peut-être trop enrouillé ces dernières années pour pouvoir affronter la menace destructrice de Bane…

Plus encore que précédemment, ce n’est pas Batman le héros qui est au centre du récit mais bien l’humain et les conséquences de ses actes que Christopher Nolan veut nous décrire. On retrouve ainsi un Bruce Wayne terré dans son manoir, traumatisé par la mort de Rachel et qui ne parvient pas à tourner la page. Une fois de plus, la peur est l’ennemi juré du Chevalier Noir, et c’est elle qui depuis le début de la trilogie a façonné le parcours d’un personnage qui n’aura eu de cesse de trouver sa voie au travers de dangers multiples et de choix cornéliens. C’est ce qui fait toute la richesse et la densité de cette trilogie avant tout axée sur ses personnages et qui trouve ici une conclusion d’une limpidité et d’une cohérence absolument remarquable. Du coup, l’action laisse place à l’émotion et, si l’on compte ici moins d’instants mémorables que dans le formidable The Dark Knight (Nolan peinant à nouveau comme à l’époque de Batman Begins à livrer des scènes d’action dignes de ce nom), on est toutefois transporté par les évènements et la renaissance physique et psychologique du Caped Crusader qui, en plus de faire face à ses démons, doit faire face à un peuple en colère érigé par le leader Bane, figure ambigüe au discours politique propre à provoquer la révolte et symbole d’un monde qui s’autodétruit. Même s’il est parfaitement interprété par Tom Hardy (qui, pour rappel, a rejoint la « famille Nolan » avec Inception), Bane a toutefois du mal à nous faire oublier le Joker et les fulgurances d’Heath Ledger, ce qui nous amènera même à un affrontement ultime manquant de panache. Mais il en est ainsi chez Nolan : son refus du spectaculaire et le rejet d’iconiser plus qu’il ne le faut (Catwoman, qui n’est d’ailleurs appelée que par le nom de Selina Kyle, n’arrive pas à la cheville de la sexy Michelle Pfeiffer chez Tim Burton, et ce malgré la très belle prestation d’Anne Hathaway) fait place à l’intimisme, au grand dam des fanboys qui se lasseront peut-être vite devant de longs dialogues parfois trop sentencieux. Mais n’en déplaise aux détracteurs, ce que l’on perd en action, on le gagne en émotion (Michael Caine y est notamment troublant), dans ce qui est définitivement plus un grand drame romanesque qu’un film d’action où des super-héros se tapent sur la gueule.

En continuant d’approfondir le parcours de son personnage principal en se concentrant avant tout sur l’humain, The Dark Knight Rises, conclut de façon remarquablement cohérente la trilogie en privilégiant l’émotion à l’action (en laissant tout de même une porte entrouverte pour la relève ?). Et tant pis si le manque d’ampleur niveau action se fait ressentir et que le film s’avère être une micro-déception en n’étant pas le chef d’œuvre escompté, il inscrit toutefois tout le travail de Nolan dans ce qui est au final l’une des trilogies super-héroïques les plus abouties à ce jour. Et rien que ça, c’est tout de même énorme !


AVANT-PREMIERE - ParaNorman

Laika a du chien

« I see dead people ». Cette célèbre réplique, prononcée par le jeune héros du Sixème Sens, aurait très bien pu sortir de la bouche du petit Norman. Etre capable de voir et de communiquer avec les morts a beau être un don fascinant, cela rend la vie dure à Norman, rejeté par les gamins de son école et considéré comme un « freak ». Mais c’est le cadet des soucis du jeune homme quand il se voit confier une mission ayant pour but de contrer une malédiction à base de sorcellerie pesant sur sa ville, et dont l’échec pourrait bien avoir des conséquences désastreuses (zombies, vous avez dit zombies ?)…

Trois ans après Coraline, le studio Laika remet le couvert de la stop-motion et sort son deuxième long-métrage. Le vénérable Henry Selick laisse cette fois la place à un duo composé de Chris Butler (qui signe le scénario et dont c’est la première réalisation) et Sam Fell (réalisateur de Souris City et de La Légende de Despereaux). Autant mettre tout de suite les choses au clair : ParaNorman (L’étrange pouvoir de Norman en VF) est avant tout une incroyable réussite visuelle. Chaque plan est maîtrisé, les décors fourmillent de détails, les personnages sont particulièrement expressifs et le film regorge d’excellentes trouvailles visuelles, comme ces monstres qui se forment à partir de papier toilette. Le travail effectué a été colossal et le talent du studio se ressent tout du long (jusqu’au magnifique générique de fin, seul élément à vraiment bénéficier d’une 3D autrement dispensable).

Cette maîtrise technique se met au service d’un scénario bien troussé qui réserve quelques surprises en ne se limitant pas à un banal combat du bien contre le mal. Le film fait également la part belle aux références au cinéma d’horreur qui raviront les plus grands, à l’image de l’excellente scène d’ouverture aux apparences de pure série Z. Mais la plus grande force du script est le soin apporté aux personnages. Qu’il s’agisse de Neil, le copain grassouillet de Norman ou d’Alvin, la grosse brute sans cervelle, tous parviennent à être attachants grâce au soin apporté à leurs mimiques et le talent incroyable dont fait preuve le casting vocal en version originale, composé de certains noms connus comme John Goodman et Casey Affleck.

Tout juste pourra-t-on regretter une tendance à la moralisation vers la fin du métrage, passage obligé de la plupart des films d’animation qui a tendance à ramollir quelque peu un rythme par ailleurs parfaitement maîtrisé. Mis à part ce petit écueil, on ne voit pas le temps passer et on se laisse porter par l’histoire, au rythme de la partition magistrale de Jon Brion (le morceau accompagnant l’affrontement final est à ce titre une merveille et donne à lui seul l’envie de se procurer la bande originale).

Malgré le fait que les réalisateurs auraient pu s’affranchir de certains codes du film d’animation et se lâcher un peu plus au niveau de la violence et de l’horreur, ParaNorman n’en reste pas moins une incontestable réussite à tous points de vue, mémorable et apte à séduire un large public (évitez quand même d’y amener les tout petits, certaines scènes pouvant les effrayer), et une nouvelle preuve que Laika est un studio à suivre avec grand intérêt par tous les fans de cinéma d’animation de qualité.

AVANT-PREMIERE - Universal soldier : Day of Reckoning

Universal soldier reloaded

Par Nicolas Mouchel

Très fréquemment (pour ne pas dire continuellement), l’attente d’un film conditionne l’appréciation qui en découle. C’est comme ça. Agréables surprises et fortes déceptions participent de l’impatience ou de la totale découverte d’une oeuvre. Enterrer un film avant de l’avoir vu sur l’autel d’un jugement hâtif sous prétexte qu’il trimballe une ribambelle de casseroles au derrière ou, plus prosaïquement, qu’il n’a pas été réalisé avec les personnes adéquates, est monnaie courante.

C’est le sort que le plus grand nombre de spectateurs (et moi en premier) peut facilement attribuer, avant même de l’avoir vu, à un film comme Universal Soldier 4 : Day of Reckoning. Un titre qui, déjà, propose sa part de rêve... Car ce quatrième volet de la saga initiée par Roland Emmerich en 1992, bien que projeté hors-compétition au dernier PIFFF, apparaissait clairement comme l’un des films les moins attendus de la manifestation parisienne. Sauf que... Une vision sur l’écran du Gaumont Opéra Capucines plus tard, force est de constater que nous, fossoyeurs de péloches radioactives, nous sommes magistralement plantés dans les grandes largeurs.

Chair à canon et matière grise

Réalisé par John Hyams, fils de Peter (Outland, Capricorn One, 2010), déjà aux manettes du troisième épisode, ce Day of Reckoning n’a pas grand chose à voir avec le sous-produit “Direct-to-DVD” auquel on s’attendait. Après, film réussi ou pas, c’est une autre histoire, mais force est de reconnaître que ce quatrième opus prend une direction inattendue pour un objet filmique résolument... autre.

Dès l’entame, la première scène interpelle par son audace, sa réalisation, sa violence. Filmée entièrement en caméra subjective, elle place le spectateur dans la peau de John, père de famille, qui va voir femme et enfants se faire abattre sous ses yeux. Une entrée en matière qui n’est pas sans rappeler le travail effectué par Gaspar Noé sur la représentation à la première personne de son Enter the Void. La suite ne contredira pas cette mise en bouche pour le moins expérimentale. John Hyams a clairement décidé de s’approprier la franchise Universal Soldier, et d’en faire quelque chose de foncièrement autre. Il ajoute aux scènes de combats attendues des moments d’introspection, légitimés par un scénario qui tente d’explorer la question de l’identité et de l’endoctrinement. Pour cela, il prend le temps de filmer Scott Adkins dans de longs plans aux cadres travaillés. Hyams ne fait pas un film, il donne à voir du cinéma. Nuance. Son ambition est réelle et grande au sein de ce “vulgaire” épisode d’une saga molle du bulbe. Et pour arriver à ses fins, le cinéaste n’a pas peur de convoquer de grands noms, empruntant pêle-mêle à Coppola (Apocalypse Now), Cronenberg (Existenz), Noé, mais également, pour la forme, certaines séquences tout droit sorties d’un jeu vidéo.

JCVD Kurtz !

Car dans son entreprise de méta-film, Hyams n’oublie pas non plus le cahier des charges de la franchise ni le public venu voir de la tatane dans la gueule, du Van Damme ankylosé, et des empoignades homériques. Et là encore, le réalisateur bluffe son monde avec des scènes d’action lisibles et claires comme de l’eau de roche, au sein desquelles, jamais le spectateur n’est perdu. A ce titre, la scène du massacre dans le bordel et l’assaut final et sa succession de combats violents en faux plan-séquence, sont des modèles du genre. Le tout est évidemment porté par des brutes sans noms, un cast dominé par un Scott Adkins surprenant et charismatique, un Andrei Arlovski massif, un Dolph Lundgren qui joue les utilités mais qui le fait bien. Reste le cas Van Damme, sur lequel le film repose fort logiquement. Ses apparitions sont sporadiques, tout en crane rasé, mâchoires serrées et regard... bovin. Quant à l’affrontement final qui l’oppose à Adkins, il y arbore une magnifique tronche peinturlurée (le Colonel Kurtz d’Apocalypse Now est tout prêt), sans que cela soit justifié dans le scénario. Mince... Bah non, une astuce pour mieux camoufler la doublure qui effectue les scène de castagne à sa place... Triste... Une petite déception qui ne vient pourtant pas remettre en cause tout ce qui a précédé, au même titre qu’un scénario au final trop ambitieux et pas loin d’être incompréhensible, et qu’une durée un peu excessive de deux heures.

Car au final, Universal Soldier : Day of Reckoning balaye ses faiblesses génétiques d’un coup de pied retourné du plus bel effet, en offrant aux amateurs de film de castagne un peu ambitieux, un bien beau produit absolument jouissif. Et ça, pour une surprise...

AVANT-PREMIERE - Le Hobbit, un voyage inattendu

Retour en Terre du Milieu

L’idée de tirer une trilogie cinématographique de « Bilbo le Hobbit », première incursion littéraire de J.R.R. Tolkien en Terre du Milieu, peut sembler disproportionnée. Mais Peter Jackson et ses fidèles co-scénaristes Fran Walsh et Philippa Boyens ne se sont pas contentés de porter à l’écran ce roman initiatique. Pour nourrir le récit et enrichir son univers, le trio (accompagné de Guillermo del Toro) a savamment décortiqué les 120 pages d’annexes rédigées par l’écrivain en complément du « Retour du Roi », s’armant du même coup d’un matériau littéraire dense et complexe.

Pendant longtemps, il fut question que Del Toro réalise The Hobbit, mais les délais de préparation interminables finirent par le décourager et c’est Jackson qui prit le taureau par les cornes pour s’atteler lui-même à la tâche. La cohérence entre la saga du Seigneur des Anneaux et cette préquelle n’en est que plus grande, même si l’on demeure curieux sur les apports artistiques qu’aurait pu y insuffler l’auteur du Labyrinthe de Pan . Le film nous décrit la quête de treize nains soucieux de reconquérir le royaume d’Erebor suite à l’assaut du redoutable dragon Smaug qui les mua en peuple sans terre. Avec l’aide du magicien Gandalf, ils requièrent l’aide du hobbit Biblon Sacquet, pourtant peu enclin à l’aventure. Cette expédition hétéroclite, menée par le valeureux guerrier Thorin Ecu-de-Chêne, s’apprête à braver des périls inimaginables…

Après un prologue apocalyptique au cours duquel se déchaine la furie incandescente du légendaire Smaug, Peter Jackson adopte une narration en crescendo, établissant progressivement le caractère de ses quinze personnages principaux (ce qui n’est pas en soi une mince affaire) avant de les plonger au cœur de la tourmente. Lorsque surviennent les scènes d’action, le savoir-faire impressionnant du cinéaste se met en route avec un sens de la frénésie, de l’innovation, de la démesure et de la précision qui semblent n’appartenir qu’à lui. Le combat des géants de pierre, l’assaut souterrain des milliers de gobelins ou la bataille contre les orcs sont de nouveaux moments d’anthologies qui s’ajoutent à une saga déjà chargée en morceaux de bravoure.

Conçues sur le mode du déséquilibre perpétuel, ces échauffourées titanesques et inédites donnent le vertige et coupent le souffle. La réorganisation permanente de la topographie (montagnes qui s’effondrent, ponts suspendus qui se détachent, arbres qui se déracinent) provoque un sentiment de danger croissant et tangible, que la technologie 3D accentue sans pour autant s’avouer indispensable. Car Jackson manie si bien le relief (comme le prouvait déjà King Kong) que le recours à la stéréoscopie semble finalement superflu. Une cohorte de nouvelles créatures vient agrémenter le métrage, tandis que quelques visages familiers (Ian McKellen, Hugo Weaving, Cate Blanchett, Christopher Lee, Ian Holm, Elijah Wood) assurent le lien avec la trilogie que nous connaissons déjà. Cerise sur le gâteau, la symphonie composée par Howard Shore fusionne les anciens thèmes avec de nouveaux motifs (celui des nains est un petit bijou) et parachève en beauté ce spectacle inoubliable.

Retrouvez les chroniques de Gilles Penso ici

AVANT-PREMIERE - Modus Anomali

Promenons-nous dans les bois...

Par Nicolas Mouchel

Parti passer un week-end en forêt avec femme et enfants, un homme va devoir subir une série d’épreuves avant de pouvoir retrouver sa famille, enlevée et dissimulée…

Projeté en fin de festival lors du dernier PIFFF dans le cadre de la compétition, Modus Anomali de Joko Anwar fait largement partie du haut du panier de la sélection. Tourné en huit jours dans une forêt indonésienne avec une équipe réduite et quelques acteurs, ce film bourré d’énergie démontre la vitalité actuelle du cinéma indonésien. Après les précédents thrillers horrifiques du cinéaste que sont Kala et The Forbidden Door, mais également le nouveau mètre étalon du film d’action The Raid (certes réalisé par un Gallois, mais tourné en Indonésie), il est indéniable qu’il se passe quelque chose de très intéressant de ce côté de l’Asie. Ce frémissement indonésien aurait pour principale qualité de proposer un cinéma brut de décoffrage, très premier degré, qui table avant tout sur une efficacité première, comme on le voit clairement avec ce Modus Anomali.

Evil Dead of Indonésia

L’intrigue et l’approche du réalisateur, toutes en restriction budgétaire, en énergie et en générosité, bref en efficacité, ne sont pas sans rappeler les premiers pas d’un certain Sam Raimi sur Evil Dead. C’est principalement le cas dans toute la première partie de ce Modus Anomali, qui voit un quidam se réveiller dans une forêt, sans savoir qui il est, ni ce qu’il y fait, et va bientôt découvrir qu’un étrange personnage le traque… Sans scène d’exposition ni de mise en place, Joko Anwar place le spectateur au même niveau que le personnage principal, le suivant à la semelle à l’aide d’une caméra portée, au cours d’une nuit cauchemardesque. D’apparitions traumatisantes en découvertes horrifico-gore : une maison abandonnée, une vidéo donnant à voir le meurtre craspec d’une femme enceinte, et une traque haletante. C’est primaire, ça ne remportera pas l’oscar du meilleur scénario, mais c’est diablement efficace. Si on peut regretter l’usage un peu trop intensif de la Shaky-cam, que les limites budgétaires et la conception d’un cinéma « sur le terrain » ne peuvent toujours justifier, force est de constater qu’une énergie bouillonnante et une tension palpable se dégagent tout au long de cette première partie cauchemardesque.

Hargneux et roublard

Un cauchemar qui prend fin assez brutalement au petit matin pour laisser la place à une seconde partie pour le moins… étonnante. Joko Anwar proposait jusqu’alors assez brillamment une plongée anxiogène et suffocante dans la psyché de son personnage principal, et aurait pu en rester là, sans donner d’explications. Mais non, le cinéaste indonésien prend le parti de justifier toute sa première partie. Dès lors, le film apparaît sous un jour différent, à l’aide d’une astuce scénaristique très gonflée, qui aura du mal à passer pour certains spectateurs. Cette justification, cette rationalisation même, de ce qui faisait tout le sel mystérieux de Modus Anomali jusqu’alors, démonte ses fondements un à un pour donner à voir une œuvre très différente. La roublardise avec laquelle Anwar joue avec le spectateur n’est pas ce qu’on a vu de plus honnête à l’écran, mais le concept même du twist appelle à une certaine forme de surprise et de déception. Et c’est vraiment sur une note d’amertume que s’achève ce drôle de film indonésien, dont l’insolente et hargneuse énergie créatrice du début laisse la place à une pompeuse mise en perspective, à la limite de la prétention… Dommage...

AVANT-PREMIERE - Cloud Atlas

Tout est connecté

« Tout est connecté » annonce cette grande fresque « épique » et néanmoins intimiste qui invite le spectateur à voyager entre différentes époques au cœur de six lignes narratives différentes. Tel un film à sketches, Cloud Atlas propose, en effet, de suivre de nombreux personnages dans autant de sous-intrigues, la plupart ayant des répercussions, plus ou moins évidentes, sur les autres histoires proposées. Cependant, à la différence de la plupart des anthologies à sketches, Cloud Atlas entremêle les différentes intrigues par un jeu de montage en apparence déstabilisant qui catapulte sans cesse le public d’une époque à une autre.

1846. Adam Ewing, un avocat en faveur de l’esclavage, voyage dans le pacifique Sud sur un navire. Il découvre un passager clandestin, un Noir en fuite, qui lui sauve la vie et change ses opinions sur l’esclavage.

Peu avant la seconde guerre mondiale, Robert Frobisher, musicien homosexuel, tente de donner un sens à son existence en aidant un compositeur vieillissant, autrefois réputé génial, Vyvyan Ayrs, a terminé sa plus belle symphonie.

Luisa Rey, journaliste dans le San Franciso de 1973, essaie d’obtenir un entretien avec l’amant de Frobisher, le physicien Rufus Sixmith, mais celui-ci vient de mourir. Aux côtés de son cadavre se trouve une série de lettres qui dénoncent les malversations d’une compagnie nucléaire, Swannekke. Luisa devient dès lors la cible d’une bande de tueurs décidés à la réduire au silence.

Angleterre, 2012. L’éditeur Timothy Cavendish amasse une fortune en publiant la biographie d’un gangster notoire, Dermot Hoggins, dont la dernière « facétie » fut de défenestrer un critique ayant douté de son talent. Poursuivi par les complices d’Hoggins, le brave Cavendish trouve refuge dans une maison de retraite.

Néo Séoul, en 2441. Somni 451 est une « clone » parmi d’autres, fabriquée pour servir les « sang purs » et satisfaire tous leurs désirs dans un fastfood. Cependant, avec l’aide du soldat Hae Joo Chang, Somni 451 se révolte contre l’ordre établi.

Un lointain futur, 106 ans après la fin de la civilisation. Le monde se reconstruit peu à peu dans l’adoration d’une ancienne déesse, Somni. L’arrivée de l’étrange Mernym dans le village où vit Zachry Bailey entraine de nouveaux changements qui pourraient avoir d’énormes conséquences pour l’avenir de l’Humanité.

Andy et Larry (à présent Lana) Wachowski avait révolutionné le cinéma de science-fiction avec Matrix à la toute fin du vingtième siècle. Une œuvre dont l’influence reste toujours perceptible, pour le meilleur et pour le pire, sur la production actuelle science-fictionnelle et qui, malheureusement, fut suivie de deux séquelles décevantes : le très moyen Matrix Reloaded et le piteux Matrix Revolutions. Leur réalisation suivante, Speed Racer, n’avait pas convaincu grand-monde et apparaissait surtout comme une tentative déjantée de manga « live » sympathiquement ratée. Heureusement, après l’excellent V pour Vendetta (qu’ils ont écrit et produit), le dynamique duo revient avec une œuvre démesurément ambitieuse mais, au final, globalement satisfaisante, coréalisée par Tom Twicker, lequel avait marqué les esprits par son excellent (quoique très branché) Run Lola Run voici une douzaine d’années.

Adapté d’un roman de David Mitchell, Cloud Atlas brise la chronologie de l’œuvre littéraire dont il s’inspire pour entremêler les époques dans une incroyable partie de ping-pong cosmique. Le spectateur voyage ainsi, au gré d’un montage virtuose, entre différents lieux et époques, pour se perdre dans un labyrinthe dont les connections paraissent, au départ, nébuleuses. Les premières trente minutes sont ainsi déstabilisantes et brisent toutes les règles narratives généralement établies pour emporter le public dans un incroyable cyclone.

Au cœur du maelstrom, des actions anciennes trouvent des parallèles au travers le temps et l’espace, parfois de manière littérale, parfois par des rappels visuels qui sous-entendent l’existence d’une « toile de vie » ou chacun a son rôle à jouer. Pour appuyer cette idée, les acteurs interprètent plusieurs rôles différents et changent d’âge, de sexe et de race au gré des différents « épisodes » proposés. Tom Hanks, Halle Berry, Hugh Grant, Jim Broadbent, Doona Bae, Ben Whishaw, Jim Sturges, Hugo Weaving, Susan Sarandon, etc. incarnent, par conséquent, en moyenne cinq ou six personnages sans qu’il soit généralement possible de les reconnaitre avant le surprenant générique final.

Brisant les frontières des genres cinématographiques, le long-métrage, proprement inclassable, passe d’un récit d’aventures et d’amitié situé dans le Pacifique à un pensum d’anticipation, sans oublier un drame romantique gay, une comédie noire qui prend place dans une maison de retraite, un thriller de politique fiction largement inspiré par le cinéma « engagé » des seventies et un actionner de SF, plus classique, traitant de la révolution des clones dans un Séoul futuriste.

Reconnaissant l’influence de 2001 Odyssée de l’espace ou The Fountain (auquel certains critiques ajoutèrent Babel), Cloud Atlas développe donc une philosophie « asiatique » bien différente du mode de pensée occidental. Le film refuse ainsi le hasard et prétend, au contraire, à l’existence d’un cycle de vie « circulaire » dans lequel les actions individuelles peuvent avoir d’importantes conséquences au-delà des barrières spatiales et temporelles. La réincarnation se voit elle-aussi évoquée, une tâche de naissance en forme de comète qui se retrouve sur l’épiderme de différents protagonistes suggérant la réalité de la métempsychose.

Tous ces « sketches » ne sont pourtant pas d’un égal intérêt. La partie thriller, prévisible, manque, par exemple, de nerfs et de conviction pour emporter l’adhésion des spectateurs ayant déjà vu les classiques du genre comme Les hommes du président ou I comme Icare. Le segment situé dans la maison de retraite est, pour sa part, amusant mais relativement anecdotique et longuet tandis que les « saynètes » qui se déroulent sur un bateau négrier auraient, par contre, nécessité davantage de développements. Cependant, la romance homosexuelle dans les années ’30 est convaincante et les deux segments science-fictionnels, les plus développés, fonctionnent de fort belle manière en dépit de leur relatif manque d’originalité. Là encore, les références aux classiques de la SF abondent, de L’âge de cristal à Total Recall, voire à Farenheit 451 ou Soleil Vert (évoqué de manière humoristique par les dialogues d’un autre sketch) et même à Matrix dont on retrouve, presque inévitablement, certains « tics » de mise en scène dans la représentation de l’action ainsi qu’une réelle fascination pour l’Asie.

Si aucune des intrigues n’est, en elle-même, véritablement mémorable ou aboutie, leur imbrication parvient pourtant à les sublimer et à les rendre intéressantes et plaisantes à suivre. Cloud Atlas constitue ainsi l’éclatante démonstration du vieil adage selon lequel « le tout n’est pas que la somme de ses parties » puisque le résultat final transcende les faiblesses respectives des différents segments.
Evitant l’hermétisme mais toutefois exigeant envers le spectateur, le trio de cinéaste accouche donc d’une œuvre ambitieuse dans lequel il est aisé de se perdre, à moins de la rejeter en bloc par ses partis pris radicaux et intransigeants. Toutefois, malgré ses longueurs et ses indéniables scories, ce trip à la fois cosmique et intimiste de près de trois heures constitue une belle réussite suffisamment stimulante et novatrice pour donner envie de s’y replonger, quitte à s’y noyer.

Bancal, imparfait, traversé de fulgurances mais aussi pollué par quelques scènes ratées, voire imbuvables, alternativement magnifique et indigeste, superbe et décevant, Cloud Atlas n’en demeure pas moins une œuvre fascinante et grandiose. On en ressort lessivé et dérouté mais aussi fasciné et globalement satisfait, avec l’impression tenace et persistante d’avoir découvert un film important et unique.

AVANT-PREMIERE - Hitchcock

Quand la bio pique

Avant de devenir le chef-d’œuvre que l’on connaît, le fameux Psychose d’Alfred Hitchcock, adaptation d’un roman ayant pour objet le serial killer Ed Gein, était un projet visiblement voué à l’échec. Mis en déroute par une Paramount peu encline à l’idée de produire un film au sujet aussi sordide, le réalisateur est contraint d’assurer lui-même son financement. Voilà de quoi exacerber la tension déjà présente entre lui et sa femme et plus proche collaboratrice, Alma Reville…

En un an, le Maître du Suspense aura déjà eu droit à deux biopics. Après avoir été incarné par l’excellent Toby Jones dans le téléfilm The Girl, mettant en lumière sa relation abusive avec l’actrice Tippi Hedren, le voilà qui prend les traits de sir Anthony Hopkins, enfoui sous une tonne de maquillage. Derrière la caméra, on retrouve Sacha Gervasi, le scénariste du Terminal, qui réalise son premier long-métrage de fiction (on lui devait auparavant Anvil : The Story of Anvil, documentaire à la Spinal Tap sur un groupe de heavy metal kitschissime).

Adapté du livre Alfred Hitchcock and the Making of Psycho de Stephen Rebello, le film prend naturellement pour cadre la genèse et le tournage de cette oeuvre intemporelle souvent imitée mais jamais égalée. Si l’idée de naviguer dans les coulisses d’un projet aussi risqué pour son auteur aurait pu se suffire à elle-même, Sacha Gervasi décide d’orienter son film dans une direction surprenante : la relation qui unit Alfred Hitchcock à sa femme, Alma Reville.

Cette orientation aurait pu s’avérer passionnante, l’influence d’Alma ayant été d’une importance capitale sur la carrière du bonhomme, qui n’a jamais hésité à le clamer haut et fort. Là où le bât blesse, c’est quand on voit à quel point Gervasi et son scénariste John J. McGlaughlin se sont plantés en beauté quant aux points sur lesquels s’attarder.

En reléguant le tournage de Psychose au second plan et en se focalisant sur la force de caractère d’Alma, il fait du Maître un personnage secondaire semblant uniquement agir par rébellion et espièglerie et semble mépriser par là-même tout le talent dont il pouvait faire preuve. Ainsi, les scènes prenant place sur le tournage se concentrent sur la relation particulière qu’il entretenait avec ses actrices, mais rarement à l’aspect technique et à la vision artistique du bonhomme, son film semblant presque se tourner malgré lui. A ce titre, le making of de la fameuse scène de la douche est expédié d’une manière ridicule achevant de faire passer Hitchcock pour un grand gamin facétieux sans véritable génie.

Quant à l’aspect sentimental, on croirait parfois nager en plein soap opera bas de gamme. Madame se sent délaissée par Monsieur et passe beaucoup de temps avec un producteur mielleux, Monsieur soupçonne une aventure extra-conjugale de Madame et se gave de foie gras en pleine nuit, Madame est effondrée après avoir surpris son amant-mais-pas-vraiment en pleine séance de galipettes,... Bref, ça vole parfois très bas et cette facette prend beaucoup trop de place dans un film qui aurait dû s’attarder sur d’autres détails beaucoup moins superflus et fictionnels. La palme du mauvais goût revient sans aucun doute à ces quelques séquences qui voient Hitchcock dialoguer avec le psychopathe Ed Gein, qui lui fait office d’ami imaginaire. Ridicule et totalement hors sujet.

De manière beaucoup plus enthousiasmante, il faut saluer la prestation d’Helen Mirren, qui livre une interprétation absolument irréprochable culminant dans un monologue plein de fougue prenant aux tripes. Elle vole sans aucun problème la vedette à Anthony Hopkins qui, s’il s’est visiblement impliqué dans la préparation pour ce rôle, n’en semble pas moins limité par cet encombrant maquillage l’empêchant d’exprimer pleinement son talent. Ils sont épaulés par de très bons seconds rôles, dont Scarlett Johansson pleine de charme et de fraîcheur et James D’Arcy, bluffant dans la peau d’Anthony Perkins, qui aurait mérité bien plus de présence à l’écran.

Ce casting de haute volée se met au service de dialogues remplis d’humour, humour qui permet de faire passer la pilule un peu plus facilement et qui, allié à un rythme pas trop mal maîtrisé, évite globalement de s’ennuyer. Cela n’excuse pas tout...

Finalement, ce qui choque le plus dans ce Hitchcock, outre le fait d’être complètement passé à côté de son sujet, est le manque total d’enjeux dramatiques et de tension. Un comble quand on se met en tête de traiter d’un virtuose du suspense. Le plus grand mérite du film sera sans doute de donner envie aux spectateurs d’aller revoir Psychose au plus vite, histoire de se rappeler de ce qu’est un film bien construit et mené de main de maître.

AVANT-PREMIERE - Hansel et Gretel : Chasseurs de sorcières

Poings d’épice

La relecture des grands classiques des contes de fées devient peu à peu un filon hollywoodien à la mode. Si certains choisissent de traiter le sujet avec légèreté (Tarsem Singh avec son Blanche-Neige), d’autres privilégient l’approche sombre, épique et guerrière (Blanche-Neige et le chasseur, le futur Maléfique).

Vu son titre, Hansel et Gretel : Chasseurs de sorcières fait clairement partie de la seconde catégorie et nous présente un Hansel (Jeremy Renner) et une Gretel (Gemma Arterton) ayant bien grandi depuis le fameux épisode de la maison en pain d’épice, armés jusqu’aux dents et prêts à en découdre avec une bande de sorcières menée par la diabolique Muriel (Famke Janssen). Cette orientation n’étonne pas lorsque l’on sait que Tommy Wirkola se trouve derrière la caméra. Pas vraiment un spécialiste de la finesse, on lui devait déjà la parodie déjantée Kill Buljo et Dead « zombies nazis » Snow, deux films perfectibles mais témoignant d’une vraie personnalité.

Une fois passé à la moulinette américaine, que reste-t-il des particularités du Norvégien ? Malheureusement, pas grand-chose. Visiblement l’ami Tommy s’est sagement contenté de suivre à la lettre le guide du petit blockbuster. On nage ici en terrain connu tout du long et on n’est jamais réellement surpris. Ainsi, le script enquille séquences d’action parfois peu lisibles, la faute à une obscurité trop forte accentuée par la 3D (dispensable, comme d’habitude), et rebondissements que l’on voit venir de loin. Même l’aspect gore, qui aurait pu extraire le film de la masse des actioners bien propres sur eux, ne change rien à l’affaire et semble avoir été intégré au film après coup, histoire de grapiller quelques fans de cinéma de genre.

Restent un rythme globalement bien maîtrisé, le charme de Gemma Arterton et le charisme inattendu d’un gentil troll nommé Edward (oui, je sais à qui vous pensez…), sans doute la seule bonne surprise du film. C’est toujours ça de pris.

Manquant de folie et de personnalité, malgré l’une ou l’autre bonne idée (comme le diabète de Hansel ou la présence de gadgets que ne renierait pas James Bond), Hansel et Gretel : Chasseurs de sorcières se laisse regarder le cerveau en pause et le pop-corn à la main, mais n’est pas la friandise qu’on aurait pu espérer au vu du concept. Espérons que Wirkola arrive à se sortir de l’emprise de la sorcière Hollywood et qu’il ne finira pas au four, comme un vulgaire tâcheron à la solde des studios.

AVANT-PREMIERE - Evil Dead

La relation qu’entretiennent les amateurs de cinéma d’horreur avec Evil Dead est souvent passionnelle. Qu’il ait été découvert sur un grand écran, une cassette VHS ou une galette numérique, le chef d’œuvre de Sam Raimi a marqué durablement les esprits, et ses deux séquelles déjantées ont depuis longtemps consolidé son statut d’objet de culte. La perspective d’un remake semblait inévitable, mais comment s’y prendre pour respecter l’œuvre originale tout en ménageant suffisamment de surprises ? Pour relever le défi, Fede Alvarez calque sa démarche sur celle de Marcus Nispel, à l’époque de sa relecture de Massacre à la Tronçonneuse.

Le décor reste inchangé, la nature du mal est identique, la plupart des scènes clefs sont restituées, mais les protagonistes sont différents. Ou du moins leurs relations ont-elles été complexifiées. Evil Dead cru 2013 parvient à piquer ses spectateurs au vif dès son entrée en matière. Le prologue joue habilement sur nos nerfs en optant pour un point de vue surprenant qui bouleverse les règles manichéennes habituellement établies. Lorsque les cinq héros entrent en scène, nous comprenons qu’un lien fort les rattache à la fameuse cabane champêtre. David et Mia, dont les relations fraternelles se sont distendues au fil du temps, y ont grandi avec leurs parents, et leurs compagnons y ont partagé plusieurs escapades adolescentes. Bref, le lieu est chargé de souvenirs. Mais le séjour qui se prépare n’a rien de nostalgique. Mia est une junky invétérée, et pour l’aider à se sevrer définitivement, rien de tel qu’un isolement total en rase campagne.

Les acteurs du drame étant en place, les démons peuvent préparer leur assaut. Dès lors, les figures imposées s’enchaînent : la découverte dans la cave du livre démoniaque, la caméra qui rampe entre les arbres, l’attaque de la végétation, la possession successive de chacune des jeunes filles… Fede Alvarez reprend à son compte toutes les références de son modèle (H.P. Lovecraft, George A. Romero, L’Exorciste ) et les pousse à leur paroxysme, ne s’imposant aucune limite dans le domaine des séquences gore extrêmes. Si le sang coule par hectolitres, si les corps sont démembrés, si les visages se défigurent, aucune poésie surréaliste ne vient créer de distance, et les limites du soutenable sont souvent franchies. Dans le meilleur des cas, on pense à Lucio Fulci et Dario Argento, mais les démesures dictées par la double vogue des séries Saw et Hostel semblent aussi sollicitées.

Résultat : ce nouvel Evil Dead fait l’effet d’un film hybride. Somptueux dans sa forme (la musique de Roque Baños rend magnifiquement hommage aux compositions originales de Jo Lo Duca, la photographie est splendide, les maquillages spéciaux incroyables), louable dans ses intentions, le film d’Alvarez se retrouve coincé par son statut de remake, alignant les passages obligatoires et d’ultimes péripéties confinant un peu au grotesque au lieu de laisser pleinement se déployer la personnalité d’un cinéaste au talent évident. La saga de Sam Raimi n’y gagne pas grand-chose, mais les amateurs d’horreur pure et dure ont de quoi y puiser quelques frissons intenses, en attendant que Fede Alvarez ne s’attaque à un projet qu’on espère plus personnel.

Pour découvrir les critiques de Gilles Penso, cliquez ici

AVANT-PREMIERE - Iron Man 3

Shane on you !

Après avoir réglé de super-emmerdes avec ses super-potes aux super-pouvoirs à la fin de The Avengers, Tony Stark a un peu de mal à retrouver le rythme du train-train quotidien. Il faut dire qu’affronter des demi-dieux, des extra-terrestres et un vortex spatio-temporel pour sauver le monde, ça laisse des traces : et notre Tony de se choper des bouffées d’angoisse, tellement inquiet de voir quelle sera la prochaine tuile apocalyptique, qu’il bricole compulsivement ses différentes armures pour pouvoir protéger sa charmante et unique Pepper Potts. Et Tony a eu raison puisqu’un nouveau bad guy a fait son entrée sur la scène du terrorisme mondial : il s’appelle le Mandarin – sorte de Ben Laden à la sauce Mao – et rêve de faire la nique aux States avec une arme particulièrement redoutable : des bombes humaines qui se transforment en feux d’artifice mortels à plus de 3000 degrés. Dire que ça va chauffer pour la planète serait, bien évidemment, un euphémisme…

Ah, celui-là, on l’attendait de pied ferme ! Et les pontes de Marvel ont du suer à grosses gouttes car, après le bide d’Iron Man 2 (bourrin et réac’ au possible) et le succès planétaire de The Avengers, la pression était optimale : comment faire plus fort que le raout de super-héros de Joss Whedon avec un seul de ces personnages, aussi charismatique soit-il ? Simplement en trouvant l’homme de la situation, et c’est probablement Robert Downey Jr qui a dû glisser le nom de Shane Black pour la réalisation : ce dernier avait relancé la carrière de Downey Jr en 2005 avec son premier long métrage, Kiss Kiss Bang Bang. Un juste retour d’ascenseur mais pas seulement : Black, loin d’être un novice dans le sérail hollywoodien, est un scénariste culte à qui l’on doit notamment la franchise de L’Arme Fatale, Last Action Hero ou encore The Last Boyscout ! Et le choix s’avère payant car, si Black ne réinvente pas le mythe (tel que Nolan l’avait fait pour Batman), il utilise ses talents de conteur pour donner du liant à une sauce qui fonctionne depuis des décennies : les bon vieux actioners des années 90 ! Et ce troisième volet d’Iron Man s’en ressent fortement avec trois punchlines à la minute qui font mouche à chaque coup et un montage aéré (à l’ancienne, pourrait-on dire) dans les scènes d’action. Bon, certes, le scénario n’a rien de révolutionnaire et s’en bat les steaks de la cohérence en noyant le poisson dans un mumbo jumbo cyber-comprends-pas-tout, mais le plaisir coupable est ailleurs : ce qui nous intéresse, c’est de voir Iron Man péter la gueule aux vilains, de jouer le bogoss’ nonchalant en balançant des vannes de derrière les fagots, non ? Rien que pour cela, le film est une pure réussite, multipliant les scènes d’action épiques combinées à un tandem Cheadle-Downey Jr qui n’est pas sans rappeler les belles heures de Gibson-Glover dans L’Arme Fatale.

Incroyablement généreux, peut-être trop même, Shane Black dévoile une galerie impressionnante de personnages, dont certains sont sacrifiés sur l’autel du rythme (Rebecca Hall) lorsque d’autres se taillent la part du lion : Ben Kingsley dans le rôle du Mandarin est énorme (c’est frustrant de s’arrêter là car en dire plus sur le personnage reviendrait à spoiler le film…), et Downey Jr est fidèle à lui-même, devenant officiellement le synonyme de « cool ».

Généreux, vintage et spectaculaire, Iron Man 3 remplit largement le cahier des charges grâce aux multiples talents de Shane Black. Il paraît même que Joss Whedon s’est mis à paniquer pour la suite de The Avengers en voyant le troisième acte burné d’Iron Man. C’est dire si le film vaut son pesant de ferraille !

CRITIQUE - ONLY GOD FOGIVES

En sortie de salle, sonné, groggy et la tête lourde, le goût du sang dans la bouche, on ne peut se dire qu’une seule chose et ce, que l’on aime ou pas le réalisateur danois, Nicolas Winding Refn a une sacrée paire de couilles. On aurait pu le croire assagi après le succès cannois, critique et public de Drive mais il n’en est rien. Avec Only God Forgives, Refn livre son film le plus hermétique, le plus brutal, le plus noir, le plus violent. Une certaine vision de l’Enfer. Un film radical et misanthrope mais bourré d’images à la beauté plastique folle. Une puissance s’en dégage tout comme un sentiment de malaise ou de dépression accentuée par l’ataraxie des personnages. Only God Forgives est bel et bien une œuvre misanthrope comme si Refn avait voulu sciemment et consciemment secouer un public qui s’attendait peut-être à voir un Drive II. Il pousse le vice jusqu’à employer les même armes formelles que sur son précédent film : esthétisme poussé à l’extrême, ralentis, cadrages au millimètre, rythme indolent et personnages autres. Comme dans Drive, Gosling traverse l’écran et l’intrigue dans un mutisme presque total, yeux dans le vague, bajoues pendantes et mâchoires serrées, seulement perturbées par des éclats de voix ou de violence aussi brefs que sauvages. Sur certains aspects, son personnage ressemble aussi à celui joué par Mads Mikkelsen dans Valhalla Rising. Un personnage parfois christique, parfois perdu, donnant l’impression de ne pas être à sa place et qui traverse les événements sans vraiment les initier ni les dominer. Un personnage à la portée mythologique et mythique renforcée par l’étrange relation qui l’unit à sa mère.

Le film est d’une très grande maîtrise formelle, cadré au millimètre avec une mise en scène qui frise l’abstraction voire l’autisme par moments, tant le métrage semble renfermé sur lui-même, contre le public. D’autant que tout cela est mis en valeur par la photographie incroyable de Larry Smith qui crée véritablement une atmosphère infernale dans laquelle les personnages errent comme des âmes en peine en quête de rachat ou de vengeance car une fois de plus, la vengeance est au centre des débats. Comme dans tous les bons westerns ou chambaras, genres auxquels le film emprunte énormément. Mais contrairement à la vision de Tarantino, celle de Refn n’est ni fun ni cool ni glamour. La vengeance danoise est froide, implacable, aveugle et absurde. On ne se venge pas vraiment par envie mais par devoir. Mécaniquement, parce qu’il le faut bien. Et le sang est au rendez-vous. Chang, le « méchant » du film peut être vu comme un ange exterminateur sévissant à l’aide d’un sabre et autres armes blanches. La violence est omniprésente, sale et cruelle. Les corps sont transpercés, les artères tranchées et les membres coupés tout au long film. Ryan Gosling est l’antithèse de ce qu’il était dans le précédent film du réalisateur. Ici il se fait tabasser et rabaisser sans cesse, physiquement et psychologiquement. Refn entreprend une véritable entreprise de destruction de son icône qui manifestement n’en demandait pas tant.

Sur le fond, prosaïquement, le film ne raconte pas grand-chose, Refn se base sur quelques grandes lignes de force sur lesquelles les personnages se déplacent. Toutefois, Only God Forgives fait partie de ce genre de films qui disent plus qu’ils n’en montrent, il faut voir plus loin que les images pour comprendre les intentions du réalisateur danois. L’œuvre rappelle souvent la scène de la traversée du fleuve en bateau dans Valhalla Rising mais transposée en Thaïlande. Les sensations dégagées sont les mêmes, l’impression ne pas savoir où l’on se trouve ni où l’on va. Malgré ça, on reste fasciné par les images du réalisateur qui rappellent tout à tour Gaspar Noé, Stanley Kubrick, Johnnie To ou David Lynch (avant que celui-ci ne tombe dans l’auto-parodie) tout en restant fidèle à lui-même et à son cinéma sauf qu’ici il ne caresse pas le spectateur dans le sens du poil, il ne lui fait aucun cadeau, le bouscule, le violente même, comme pour le punir d’avoir autant adoré Drive.

Only God Forgives frise la perfection formelle mais souffre toutefois de quelques menus défauts. La prestation de certains comédiens thaïlandais n’est pas toujours à la hauteur, le personnage de Kristin Scott Thomas est lui aussi très agaçant voire carrément antipathique, ce qui correspond bien au caractère misanthropique du film. La grande scène de combat trop téléphonée, sonne faux. Les coups sont un peu faiblards, ce qui ôte une grande partie de l’impact de la scène. Certains regretteront le caractère trop radical et trop noir du film qui s’apparente à une petite boule de haine sourde et rentrée. Toutefois, dans les dernières séquences du film, on aperçoit la lumière, les ténèbres se dissipent et laissent filtrer une pointe d’humanité salvatrice qui sourde d’une très belle scène finale, décalée mais ô combien révélatrice de la véritable nature des personnages.

Le film de Nicolas Winding Refn est destiné à diviser, une bonne partie des spectateurs risque de rester sur le carreau, rebuté par l’hermétisme et la noirceur du film. Que l’on aime ou pas, qu’on l’accepte ou pas, ce film est une vraie et belle proposition de cinéma telle qu’on aimerait voir en plus souvent. Refn reste libre, indépendant et fidèle à son cinéma, à ses envies. Il n’impose rien au spectateur, ne lui fait pas de cadeau, il propose et le spectateur devant l’écran dispose. Refn a été sifflé et hué au festival de Cannes mais honnêtement que sont quelques sifflets face à l’intransigeance d’un grand metteur en scène ?

AVANT-PREMIERE - Pacific Rim

Le choc des titans

Cinq ans que l’on attendait le retour à la réalisation du dodu mexicain depuis son enthousiasmant Hellboy 2. Cinq ans durant lesquels le bonhomme a produit un peu de tout (de Kung Fu Panda 2 à Mama en passant par Les cinq légendes), nous a fait trépigner sur des projets qu’il a abandonné ou tout simplement reportés (Le Hobbit bien sûr, mais aussi Les Montagnes hallucinées ou Frankenstein) pour finalement se concentrer sur ce Pacific Rim, rêve d’enfance réunissant Mecha et Kaiju eiga (on vous conseille au passage de jeter un œil sur notre cycle estival dédié aux kaijus qui ont, de près ou de loin, inspiré del Toro). Simple blockbuster rivalisant de technologie avec les Transformers pour certains, gros divertissement capable de faire retomber en enfance les plus endurcis pour d’autres, Pacific Rim assume parfaitement son statut de grosse production estivale en nous en donnant pour notre argent. What else ?

Ne perdant pas une seconde, Pacific Rim nous a déjà immergé dans son univers littéralement monstrueux au bout de dix minutes : le monde a été et continue d’être dévasté par des Kaijus, des créatures surgissant à intervalles réguliers des flots qui ont fait des millions de victimes et épuisés nos ressources naturelles. Pour combattre ces créatures évolutives, les humains ont créé des Jaegers, robots géants contrôlés simultanément par deux pilotes qui y sont à la fois reliés physiquement et psychiquement. Dix minutes, pas plus, et nous voilà déjà au cœur de l’action dans cette guerre « contre l’apocalypse ». On y fera alors plus ample connaissance avec des personnages incarnant la bravoure à l’état pur (Raleigh Becket, héros du film joué par Charlie « Sons of Anarchy » Hunnam), de véritables leaders (Stacker Pentecost, tenu par Idris « je n’ai jamais été autant charismatique » Elba), des êtres fragiles (Mako Mori, interprétée par Rinko Kikuchi), des déjantés (l’irrésistible binôme scientifique composé par Charlie Day et Burn Gorman) ou des individus hauts en couleurs (Ron Perlman est de nouveau de la partie). Des personnages principaux et secondaires qui vivent, impressionnent, nous amusent, et souffrent parfois d’un passé forcément destructeur. Des hommes (et une femme) charismatiques, « badass » et parfois limite too much, mais qui ne s’avèrent jamais ridicules et qui véhiculent en eux de simples et sincères sentiments humains. Pour ceux qui en doutaient encore, rien à voir avec Transformers, donc. Mais il ne faut pas non plus se leurrer : Pacific Rim est de la veine de Blade 2 et non de celle de L’Echine du Diable. Autrement dit, on est là pour s’en prendre plein les mirettes et les esgourdes ! Ca tombe bien, car le film est à ce titre impressionnant.

A moins de s’être gavé à l’excès de bandes annonces et autres vidéos promotionnelles (oui je sais l’attente était longue, mais il faut savoir se contenir les amis !), impossible de ne pas être enthousiaste devant le gargantuesque spectacle proposé par le réalisateur de Hellboy. Superbement éclairé malgré une majorité de scènes nocturnes et (sous)marines (le talentueux DOP Guillermo Navarro rempile), l’action et les SFX sont bien évidemment à l’honneur avec des séquences dantesques mettant parfaitement en scène les affrontements entre kaijus et Jaegers. On ressent ainsi parfaitement le chaos que peuvent provoquer pareils combats sans toutefois trop se sentir lésé par le manque de lisibilité habituel des grosses productions à effets spéciaux coûteux (pléonasme). Les effets sonores diffusent également avec brio les incroyables collisions entre les titans de chair et de métal, les déflagrations ou autres sonorités propres à l’univers prenant ici vie, le tout étant surélevé (parfois à l’excès) par la partition très héroïque de Ramin Djawadi (Iron Man, Game of Thrones). Côté « super gros monstres », le film propose différentes catégories de créatures évoluant au fil de leurs apparitions : d’abord proche des crustacés, celles-ci arborent par la suite des allures de cétacés ou autres squales pour finir dans des formes plus proches des mammifères terrestres, voire du primate. Très réussis, elles sont la somme de diverses influences : dinosaures (les protagonistes les compareront d’ailleurs à plusieurs reprises avec les bêtes du jurassique), kaiju japonais (Godzilla, Rodan et compagnie) et créatures harryhauseniennes, sans en être de simple copies. Une minutie qui participe à l’immersion du spectateur dans cet univers fantasque, celui-ci retombant en enfance et s’émerveillant comme s’il s’agissait de sa toute première sortie au cinéma. Mais, car il y a un mais, éternel(s) insatisfait(s) que nous (je) sommes (suis), on reste un peu sur notre faim dès l’entame du générique final. On aurait bien évidemment voulu en voir encore plus et, plus grave, force est de constater que Pacific Rim manque d’enjeu et de véritable tension. Car si les personnages existent bel et bien et s’avèrent attachants, l’ensemble souffre d’une déficience de scènes touchantes et réellement menaçantes comme l’esquisse pourtant une superbe séquence où Mako, dans ses sombres souvenirs d’enfance, fuit un kaiju dans les rues dévastées de Tokyo. Le genre de scène angoissante et prenante que l’on aurait aimé voir se reproduire, celle-ci étant quasiment la seule de sa catégorie. Cela n’entache heureusement pas trop le plaisir ressenti devant le spectacle proposé par le néanmoins généreux mexicain qui compense le tout par un rythme effréné parvenant à déconnecter complètement le spectateur de la réalité durant un instant ressenti comme étant trop court, malgré les tonifiantes 2h10 ici présentées.

Pacific Rim déverse ainsi son flot d’affrontements dantesques sans fléchir, tout en s’appuyant sur des personnages relativement solides et charismatiques. Pas de grande tension ni de gros enjeux ressentis, mais juste de l’action incroyablement fun et jouissive qui en remontre à beaucoup d’autres. Il n’y a pas photo, le film de del Toro fait donc bien la nique (et de quelle manière !) à Michael Bay sur son propre terrain. Souhaitons-lui juste d’être plus performant au box-office afin d’engendrer une éventuelle suite, plus impressionnante encore et surtout plus empoignante.


AVANT-PREMIERE - Elysium

District 10

En 2154, fait pas bon être pauvre : la Terre est désormais un bidonville géant où se tassent 99.99% de prolos. Ancien délinquant, Max Da Costa fait partie du lot et travaille désormais dans une usine en faisant profil bas. Mais un accident de travail va l’amener à subir des radiations mortelles à long terme, et comme la couverture sociale équivaut à peau de balle, Max est sûr de crever s’il reste sur Terre. Sa seule option est d’aller sur Elysium, beignet géant interstellaire où ont émigré les plus gros portefeuilles de la planète. Mais comme ces salauds de pauvres ne sont pas bienvenus, il faudra trouver un moyen plus musclé pour y accéder.

En 2009, un jeune Sud-Africain secoue la planète avec District 9, petit film SF parrainé par Peter Jackson, qui récolte plus de 200 millions de dollars au box-office et 4 nominations aux Oscars. Pas mal du tout pour un début, d’autant que le film est un petit bijou d’impertinence punk.

Evidemment, les sirènes d’Hollywood n’ont pas tardé à appeler Neill Blomkamp et le voilà parachuté sur un projet de 100 millions de dollars avec Matt Damon en tête d’affiche. Connaissant l’imagerie unique de Blomkamp et l’esprit libertaire qui se dégageait de District 9, les attentes étaient très fortes. Trop fortes, peut-être.
Si Elysium est incroyablement généreux en scènes d’action, plus burnées les unes que les autres, on sent que le taureau Blomkamp est devenu un bœuf : châtré par le formatage hollywoodien, il reste sagement dans les rangs, sucre toute impertinence et délivre un sous-texte politique d’un manichéisme ahurissant (bons prolos contre méchants riches).

Si Matt Damon et Sharlto Coplay (magnifique dans le rôle du mercenaire Kruger) tirent leur épingle du jeu, que dire de Jodie Foster, engoncée dans un rôle de méchante caricaturale qui passe son temps à serrer la mâchoire et faire les gros yeux ? Mais ce n’est pas encore le plus grave : District 9 racontait l’histoire de Wikus van de Werve obligé de se planquer dans un bidonville pour échapper à de vilains corporatistes qui en voulaient à son ADN mutant. Elysium raconte l’histoire de Max qui se fait poursuivre dans un bidonville par d’infâmes capitalistes car il a des secrets cachés dans son cerveau. Ahem, rien à ajouter votre honneur…

Visuellement superbe et généreux en scènes d’action, Elysium a malheureusement courbé l’échine devant le formatage hollywoodien et se vautre dans un scénario gluant d’humanisme niais. Le film reste néanmoins dans le haut du panier question dystopies sur écran, mais la sanction est sévère car on pouvait vraiment s’attendre à mieux de la part du petit génie qui nous avait offert District 9.

AVANT-PREMIERE - Oldboy

Les entendez-vous gronder ? La mine renfrognée, la bave aux lèvres, les fans de l’Oldboy de Park Chan-Wook sont plus que jamais décidés à démonter tout ce qui a trait au remake américain entrepris par Spike Lee, bien égratigné par la critique locale et des chiffres très décevants au box-office. Cette haine farouche et cet échec sont-ils pour autant entièrement justifiés ?

Suivant globalement le même cheminement que celui du film coréen sorti en 2003, le métrage nous présente Joe Doucett (Josh Brolin), séquestré durant vingt ans dans un appartement sans aucune explication. Pour ne rien arranger, il apprend que sa femme a été assassinée et qu’il est l’unique suspect. Une fois libéré de son calvaire, il va tenter de comprendre les raisons de son enfermement. Il devra faire vite : la vie de sa fille unique est menacée par son ravisseur, qui lui impose un temps limité pour faire la lumière sur toute la vérité…

S’il n’est pas question ici d’un remake scène par scène de l’opus coréen, le script de Mark Protosevich en garde tout de même la plupart des grandes étapes, tout en reléguant certaines scènes à de simples clins d’œil, comme lorsque Doucett observe une pieuvre dans l’aquarium d’un restaurant (et non, pas de dégustation au programme). Et le problème, c’est qu’à force d’enquiller les passages obligés bien ancrés dans la mémoire des cinéphiles, le film souffre de la comparaison en permanence, peu flatteuse s’il en est.

Du coup, pour se différencier du modèle, Oldboy nouveau cru opte pour la formule de la surenchère, jusqu’à l’écœurement. Le héros était enfermé quinze ans dans l’original ? Bien, rajoutons-en cinq, histoire que ça ait plus d’impact. Dans le même ordre d’idée, la fameuse scène du combat dans le couloir, d’une maîtrise incontestable dans l’original, tente de faire encore plus fort en étalant la castagne sur plusieurs étages, sans grande réussite. Et la conclusion, déjà bien tordue à la base, de s’engouffrer encore plus dans le glauque et la surenchère, quitte à en devenir absolument risible. C’est bien simple : à force de vouloir rendre son film encore plus malsain que l’original, Spike Lee lui fait perdre toute âme.

Ce défaut est mis encore plus en évidence par le personnage incarné par Josh Brolin, par ailleurs très à l’aise dans son rôle. Doucett nous est présenté dès le départ comme une ordure de premier ordre, insultant son ex-femme au téléphone avant de faire des avances sans aucune classe à la fiancée de son client, avec qui il était sur le point de signer un contrat juteux. Allez avoir de l’empathie pour ce type, après une introduction de ce tonneau… De même, on évitera poliment de s’étendre sur le cas du méchant campé par Sharlto Copley, à l’accent ridicule et au comportement digne d’un personnage de cartoon, à mille lieues de l’aura que devrait dégager un tel personnage.

Pour les non-initiés qui ne se prendront pas au jeu de la comparaison perdue d’avance, il restera un thriller d’une grande banalité, lourdingue à force de se la jouer cradingue, seulement sauvé par les scènes d’enfermement en début de métrage, qui osent diverger du modèle coréen pour proposer quelques vraies bonnes idées (Joe, rendu fou par la solitude, se prend d’affection pour une famille de souriceaux). On en viendrait presque à souhaiter qu’il ne sorte jamais de son trou.

Remake inutile (faut-il encore le préciser ?), cet Oldboy version Spike Lee se vautre à force de vouloir prouver qu’il a la plus grande. On n’est pas face à un des pires films de l’année, l’ensemble se laissant tout de même suivre sans passion, mais sans doute à un des plus détestés. À raison ?

AVANT-PREMIERE - Her

Malgré sa magnifique moustache, Theodore Twombly n’a rien d’un homme heureux. Supportant mal son divorce, pour lequel il refuse désespérément de signer les papiers, il met sa sensibilité au service du site BeautifulHandwrittenletters.com, pour laquelle il écrit des lettres commandées par des parents, des amis ou des conjoints peu inspirés au moment de souhaiter un anniversaire ou de déclarer sa flamme. Son existence morne va prendre un tournant lorsqu’il fera l’acquisition de Samantha, un système d’exploitation doté d’une conscience et d’une attitude féminine qui ne laisseront pas Théodore indifférent.

Exit le monde de l’enfance pour Spike Jonze : quatre ans après Max et les Maximonstres, le réalisateur de Dans la peau de John Malkovitch et d’Adaptation retourne de plein pied dans les tourments de l’âge adulte en nous offrant une jolie histoire d’amour (le terme « comédie romantique » serait bien trop réducteur) sur fond de technologie. La société dépeinte dans Her s’avère effroyablement proche de la nôtre : dans ce futur, les citoyens accrochés à leur oreillette déambulent en communiquant à haute voix avec leur assistant virtuel sans se soucier du monde qui les entoure. Difficile de ne pas songer aux fameuses Google Glass, promettant toujours plus d’enfermement sur soi-même au détriment du contact social.

Her n’est donc pas un film de science-fiction à proprement parler, l’aspect futuriste se manifestant principalement lors d’amusantes séquences nous présentant les jeux vidéo de demain, à base de petit alien insultant en réalité virtuelle et de simulation de mère parfaite. Le film s’appuie sur le rapport à la technologie pour nous plonger dans le quotidien d’un homme écrasé par la solitude et le deuil d’un amour qu’il n’a pas su préserver. Joaquin Phoenix interprète de manière magistrale (faut-il encore le préciser ?) ce personnage profondément humain, attendrissant tout en étant bourré de défauts joliment illustrés de manière à ne pas idéaliser un homme qui n’a au final rien d’un vrai héros de cinéma.

Face à lui, Scarlett Johansson donne de la voix dans la « peau » virtuelle de Samantha. Jamais présente à l’écran, l’actrice ne cesse pourtant de le crever, se montrant tout à tour drôle, touchante et vulnérable. Son duo avec Joaquin Phoenix est le vrai moteur du film et il est aberrant qu’aucun des deux n’ait eu droit à sa nomination aux Oscars (dont le comité refuse toujours d’attribuer de statuette à des acteurs de doublage) alors que le film concourt dans cinq autres catégories, dont celle de meilleur film pour laquelle la performance exemplaire de Phoenix a sans aucun doute contribué. Le reste du casting est au diapason, en particulier Amy Adams quelque peu enlaidie pour l’occasion mais néanmoins charmante et attachante dans le rôle de l’amie fidèle de Theodore.

Mis en image de façon magnifique mais jamais étouffante, les effets spéciaux étant dosés intelligemment, le film n’a contre lui que quelques longueurs immédiatement pardonnables étant donné la qualité et l’intelligence de l’ensemble, qui a le bon goût d’éviter de sombrer dans le mélo larmoyant alors que la tentation était grande. Spike Jonze nous livre donc une vraie belle histoire d’amour sensible et un rien angoissante, tant elle nous renvoie l’image de notre société, à la fois hyperconnectée et déconnectée, en pleine face.

AVANT-PREMIERE - Catacombes

Interview de Perdita Weeks

En prévision de la sortie - prévue pour le 20/08 - de Catacombes (As Above, So Below en v.o.), nous avons eu la chance de rencontrer Perdita Weeks, héroïne tête brûlée de l’efficace found footage des frères Dowdle. Le charme de l’actrice british est tel qu’il est difficile de ne pas fondre. C’était donc couru d’avance que de multiples journaleux se liquéfient sur leur siège durant cette journée parisienne de junket, désarmés par sa beauté naturelle et son sourire communicatif. Vous me direz, il y a pire comme épreuve…

Alan Deprez : Perdita, le tournage de Catacombes (As Above, So Below) a dû s’avérer très physique. Comment vous y étiez-vous préparée ?

Perdita Weeks : Il l’était ! J’ai l’habitude de m’astreindre à des séances de fitness pour garder la forme, mais je n’étais pas certaine à 100 % du degré d’implication physique nécessaire au tournage du film. Sur place, beaucoup de choses se sont déroulées de manière spontanée - en fonction du temps dont l’on bénéficiait dans les catacombes - et j’étais ouverte à toutes les suggestions. Personnellement, j’ai tourné le maximum qui m’était permis, car j’avais une doublure pour les cascades et les scènes plus dangereuses. Elle était incroyable, très svelte et tonique. Elle passait son temps à escalader des tas d’obstacles et à grimper sur des parois délicates. Qui plus est, elle me permettait d’être à deux endroits à la fois ; tournant certains plans en caméra subjective, pendant que par exemple, je m’éclipsais pour me changer et revenir sur le plateau couverte de sang. Nous passions toutes deux beaucoup de temps à courir. « Physique », c’est tout à fait le mot. Je me suis bien amusée, même si je ne comptais plus les contusions aux genoux et aux coudes. Ça faisait partie du boulot.

Et qu’est-ce qui a été le plus éprouvant à tourner ?

Par où commencer… Peut-être descendre en rappel dans une galerie des catacombes ? J’avais déjà un peu fait ce genre de choses dans ma vie privée, mais uniquement pour le plaisir. C’était génial à tourner, parce que nous étions plusieurs acteurs à être suspendus dans ce tunnel et donc à expérimenter la même situation. J’ai aussi beaucoup dû courir, avec un sac à dos et du matériel caméra très lourds. Sans oublier cette scène de combat à la fin du film, quand George (Ben Feldman-ndr) s’est fait mordre dans le cou et pour laquelle les cascadeurs nous ont vraiment impliqués dans le processus. Je me souviens de ce cascadeur, très costaud, qui devait m’attraper et me jeter au loin. Je me suis retrouvée en train de voler ! (rires) Si bien qu’après cette prise, John (John Erick Dowdle, réalisateur de Catacombes-ndr) a bondi vers moi pour savoir comment j’allais. Je lui ai fait signe de continuer à tourner. Nous étions constamment dans l’énergie. Nous filmions dans des endroits très exigus et inconfortables. Mais selon moi, celui qui a eu le travail le plus difficile est Léo (Hinstin-ndr), le directeur de la photographie, car il devait composer avec tous ces paramètres. Nous, les acteurs, nous contentions de faire notre boulot et d’éviter de nous cogner à la caméra, qui nous suivait au plus près et bougeait dans tous les sens.

Vous intéressiez-vous à l’archéologie et à l’alchimie avant de vous retrouver sur ce projet ?

Je ne connaissais pas vraiment l’alchimie, sauf des personnalités historiques citées dans le film, comme Nicolas Flamel. C’était de lointaines réminiscences de mes études d’Histoire. Je m’étais toujours intéressée à Paris et j’étais enchantée de découvrir ces lieux par moi-même. A l’image de cette église proche de la Gare du Nord (l’Église Saint-Vincent-de-Paul-ndr), dans laquelle je me rends pour débaucher George et où l’on se retrouve dans le clocher (George est sensé réparer l’horloge) puis sur le toit. Ce sont des endroits interdits au public et nous étions privilégiés d’y avoir accès.

Sur le plateau, était-ce compliqué de devoir s’adresser frontalement à la caméra (un des aspects récurrents du found footage-ndr) ?

C’était assez particulier. D’ordinaire, en tant qu’acteur, c’est quelque chose que l’on n’est pas supposé faire : briser le quatrième mur (distanciation : quand le comédien/l’acteur s’adresse directement au public/à la caméra-ndr). Mais sur As Above, So Below, il ne s’agit que de cela. L’intégralité du projet repose là-dessus. Cet effet est partie prenante du film et totalement justifié, car on y tourne un documentaire sur mon personnage. Ça a eu des répercussions sur tout le monde : chaque acteur devait en tenir compte et réagir en fonction. Pour ma part, je devais souvent m’adresser à Benji (Edwin Hodge-ndr), l’homme derrière la caméra, et être concentrée sur le fait que les spectateurs ne devaient jamais oublier qu’il était présent. Par conséquent, nous avons énormément improvisé. Nous marchions longuement dans les catacombes, alors que la caméra nous suivait, pour cultiver les interactions entre nos personnages. Nous y étions habitués. Léo (Hinstin, le chef opérateur-ndr) était incroyable. La plupart du temps, il était en plein milieu de la scène, parmi nous, et devait réagir comme un acteur. Quand on courait, la caméra devait se mouvoir sous l’effet de l’essoufflement de son personnage. A un point tel qu’à la fin du tournage, Léo était devenu le 7ème membre de l’équipe (d’explorateurs des catacombes-ndr) !

Était-ce particulier de ne pas savoir quand la caméra se tournerait vers vous ?

C’était inhabituel et ça impliquait que l’on soit constamment dans le jeu. On ne pouvait pas faire semblant. Rester dans l’énergie de l’acting - en alerte - est un des aspects les plus intéressants pour un acteur lorsqu’il tourne dans un found footage.

On a plutôt l’habitude de vous admirer sur le petit écran (dans Les Tudors, la mini-série Le vol des cigognes, …). En réaction, Catacombes marque-t-il une nouvelle orientation dans votre carrière ?

J’adore le cinéma. C’est si différent de quand on travaille pour la télé. Et encore plus dans ce cas, au vu de la forme choisie pour As Above, So Below (le found footage-ndr). Professionnellement, c’est le meilleur rôle que l’on m’ait confié. C’était très excitant de me confronter à ce genre d’univers et j’aimerais réitérer l’expérience. En tant qu’actrice, j’aime multiplier les plaisirs, en tournant pour le cinéma et la télé. Et j’adorerais me produire au théâtre.

Après Prowl (2010), Catacombes est une autre incursion de votre part dans le fantastique et l’horreur. Est-ce un genre qui vous attire ? Et à l’avenir, aura-t-on le privilège de vous revoir dans des œuvres du même acabit ?

Absolument. En tant que spectatrice, je suis très facilement impressionnable par ce genre de films. Leur vision m’est éprouvante et très intense ! (rires) J’adore Cloverfield, dans lequel figure Ben (Feldman-ndr). Après l’avoir vu en salle, j’étais sortie épuisée par l’expérience et en sueur. Le film maintient le spectateur dans un état de tension permanent. Sinon, je trouve Paranormal Activity très effrayant. On ne peut jamais prévoir ce qui va s’y passer. Ce qui est certain, c’est que j’adorerais retravailler dans le genre, mais tout dépend des opportunités et des talents impliqués. Sur Prowl, j’avais eu un bon contact avec tout le monde, bien que le tournage avait été très exigeant. Nous devions faire vite : nous ne bénéficiions que de trois semaines de tournage en Bulgarie (à Sofia) et le lieu de tournage était surréaliste : une ancienne exploitation minière, emplie de vase et de poussière. D’ailleurs, toute l’équipe technique portait des masques de protection. C’était grisant, dans le sens où à l’époque, c’était mon expérience professionnelle la plus difficile. Durant trois jours, nous avions enchaîné les nuits de tournage, à devoir maintenir nos personnages dans l’état émotionnel adéquat (ils vivent des choses atroces). C’est ce type d’expériences qui contribue à consolider les liens entre les acteurs. On est tous dans le même bâteau, à repousser nos limites.

Sans indiscrétion, sur quoi allez-vous travailler dans les mois à venir ?

Je n’en suis pas certaine. Ce n’est pas encore défini.

Peut-être que l’on vous verra sur scène ?

Bien sûr, j’adorerais revenir à Londres pour jouer dans des pièces de théâtre. Je ne sais pas quand, mais ça me plaîrait.

On vous imagine bien dans ce registre.

Oui, après m’avoir vue dans tous ces drames historiques télévisés. C’est pourquoi je suis d’autant plus heureuse d’avoir pu tourner dans As Above, So Below, qui m’a permis de faire quelque chose de complètement différent. En Angleterre, les gens m’associent beaucoup aux films d’époque, à cause de la série Les Tudors et de Lost in Austen (Orgueil et quiproquos, 2008-ndr). Je ne renie rien de tout cela, mais j’ai aussi d’autres envies. J’ai démarré l’acting très tôt et au fur et à mesure que je vieillis, j’ai l’impression que les rôles que l’on me propose s’étoffent. J’aspire à des rôles de plus en plus complexes, qui expriment une très large palette d’émotions.

Avec quels réalisateurs rêveriez-vous de collaborer ?

J’adorerais travailler avec Steven Spielberg, qui est un des plus grands cinéastes en activité. Cela dit, en Angleterre, on ne manque pas non plus de talents, avec des gars comme Joe Wright (réalisateur du Orgueil et préjugés porté par Keira Knightley, de Reviens-moi et du thriller Hanna-ndr) et Tom Hooper (Le discours d’un roi-ndr). Et je serais aux anges si Pedro Almodovar pouvait me choisir pour un de ses prochains films. C’est un de mes réalisateurs préférés. Mais je devrais perfectionner mon espagnol ! (rires) Je n’aurais pas le même problème avec Alfonso Cuarón, qui est tout aussi génial et a l’habitude de diriger des films en anglais. Il y en a tellement… Par contre, j’avoue que je serais terrifiée à l’idée de travailler avec certains d’entre eux. Ce serait placer la barre très haut !

Merci à Ariane Vandenbosch, à Banita Ramchurun, ainsi qu’aux équipes de Sony Pictures Releasing Belgium et NBC Universal (Universal Pictures International).

AVANT-PREMIERE - Catacombes

Interview de Ben Feldman

On rencontre du beau monde au Mandarin Oriental - sis dans les quartiers huppés de Paris -, dont l’acteur américain Ben Feldman. Tombé amoureux de la Ville Lumière, le Michael Ginsberg de la série Mad Men y prenait à nouveau ses quartiers pour présenter Catacombes (As Above, So Below), l’excellent found footage des frères Dowdle. On en a profité pour le titiller sur son aversion à l’encontre des films d’horreur, tandis qu’il nous tuyautait sur ses bonnes adresses parisiennes.

Alan Deprez : Ben, avant de vous engager sur Catacombes, étiez-vous familier de l’archéologie et de l’étude des textes anciens ? Cela semble évident que vous avez dû pas mal vous documenter.

Ben Feldman : Pas vraiment. Enfin, je m’y intéressais. C’est ce qui me passionne dans le métier d’acteur : être propulsé dans un univers. Dans ce cas, si vous voulez bosser dur et effectuer des tas de recherches, libre à vous de le faire. C’est ce qui m’amusait dans ce projet. A la base, je ne connaissais presque rien à l’archéologie, à l’histoire de Nicolas Flamel et sa quête de la pierre philosophale ou aux catacombes (qui au départ, étaient d’anciennes carrières). Mais j’ai beaucoup appris. Je voulais comprendre chaque référence injectée dans les répliques de mon personnage, afin d’avoir le niveau pour tenir une vraie conversation sur le sujet. Bien que je ne prétende pas pouvoir rivaliser avec un archéologue ou un spécialiste en alchimie !

En tant que spectateur, appréciez-vous les found footage ? Un genre auquel vous avez déjà contribué via votre rôle dans Cloverfield (2008).

Le found footage est souvent une subdivision du genre horrifique et je ne suis pas du tout un fan de films d’horreur. Je les déteste…

Je l’avais bien compris ! (rires)

Par contre, ce n’est pas pour autant que je place le found footage dans le même panier. Je trouve le genre très intéressant et d’ailleurs, ça me plaît que vous utilisiez ce mot : « genre ». A l’époque, quand ces films ont commencé à émerger dans le sillage de Blair Witch (The Blair Witch Project, 1999), c’était facile de les dénigrer. Mais j’aime à penser que c’est juste un moyen de raconter des histoires et qu’il est bien parti pour perdurer. Cela dit, je n’aime toujours pas les films d’horreur ! (rires)

Pour quelles raisons ?

Parce qu’il me semble que le genre se contrefout des personnages. A mon sens, leur construction est ce qui devrait primer sur le reste. Je préfère largement regarder un film chiant, long et bavard, mais qui présente de solides rôles, qu’un film d’action décomplexé avec des personnages de merde. C’est pourquoi j’admire les œuvres de Paul Thomas Anderson : ce sont des films d’acteurs, très dialogués et bâtis autour d’eux. D’ordinaire, c’est un aspect qui manque atrocement aux films d’horreur, sauf quand il s’agit d’œuvres du calibre du Silence des agneaux (The Silence of the Lambs, 1991). Ils mettent souvent en scène une bombasse, un beau gosse, plus leurs amis un peu gros et moches. Bla bla bla… Ce ne sont pas des personnages crédibles. Alors que dans Catacombes, plus que des personnages, vous avez l’impression de regarder de vrais êtres humains. Et donc, vous vous en faites pour eux quand il leur arrive quelque chose.

Alors, pourquoi avoir tourné dans le remake de Vendredi 13 (Friday the 13th, 2009) ?

Bien vu ! Restons dans le sujet ! (rires) C’était différent : le tournage était incroyable et on a tous passé de fabuleux moments. Nous tournions au Texas - à Austin - et à l’heure d’aujourd’hui, de nombreux acteurs de Vendredi 13 sont restés mes meilleurs amis. L’année dernière, une bonne partie de la distribution du film s’était réunie pour un repas et je me souviens avoir pensé que quiconque ayant découvert Vendredi 13 en 2009 et qui serait tombé sur nous se serait demandé ce que nous foutions encore ensemble. « Tournent-ils une séquelle ? » Eh bien, non, nous sommes juste des amis ! Ce n’est certes pas le genre de films que je regarde, mais je me suis bien éclaté sur le tournage.

Quel est votre souvenir le plus mémorable du tournage de Catacombes ?
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J’en garde des millions. Je dirais que l’été dernier, ce que j’ai le plus adoré était de découvrir Paris. Me rendre dans des restaurants géniaux ; des endroits où j’ai mes habitudes et où les serveurs me connaissent.

Vous avez des adresses à nous conseiller ?

Vous connaissez Frenchie ? C’est dans la zone au nord des Halles (Frenchie est un bar-restaurant situé au 5-6 Rue du Nil 75002 Paris, non loin de la station du métro 3 Sentier - y a pas de quoi ! -ndr). J’en étais tellement devenu un habitué que j’étais arrivé au point où je parlais français avec une des serveuses, que l’on a sympathisé et qu’elle m’envoyait un texto pour me prévenir si une table se libérait ! Le pied ! J’aimais aussi beaucoup le Marché des Enfants-Rouges dans le Marais, qui est devenu mon marché préféré. J’avais mes endroits fétiches. C’était un sentiment grisant de se sentir à la maison pendant deux mois et pas dans une grande ville effrayante que l’on visite pour la première fois.

Franchement, après cela, vous devez être converti à l’exploration urbaine, non ?

Oui, j’ai toujours apprécié partir à l’aventure et me confronter à de nouveaux lieux. C’était même étonnant que je ne me sois jamais rendu dans les catacombes avant le tournage d’As Above, So Below. C’est tout à fait le genre d’endroit qu’il aurait fallu que je visite si je m’étais rendu à Paris. Mais maintenant, j’en ai vu assez. Je ne suis pas prêt d’y retourner avant longtemps ! (rires) Même si c’était très excitant. C’est ce qui m’intéressait concernant mon personnage : toute cette facette d’exploration urbaine un peu sauvage. Vous vous souvenez du début du film, quand mon personnage s’est faufilé dans la tour de l’église (il s’agit de l’Église Saint-Vincent-de-Paul-ndr) pour y réparer l’horloge ? Eh bien, j’avais lu un article sur des explorateurs urbains dans le magazine GQ et c’est exactement ce genre de choses qu’ils faisaient. C’est tellement cool et fascinant. Pour moi, ils sont comme des rock stars !

Qu’avez-vous ressenti la première fois que vous avez mis les pieds dans les catacombes ?

Tout d’abord, j’ai pensé : «  les toilettes et la salle de bain sont si loin, ça va me prendre énormément de temps si je dois y passer !  » (rires) Le premier jour, je trouvais que c’était l’endroit le plus cool au monde. Je me souviens qu’il faisait très froid et que c’était comme si je pénétrais un tout autre univers. Ensuite, je dois avouer que c’était comme bosser dans une grotte, jour après jour…

Durant le tournage, comment était-ce de s’adresser directement à la caméra et de composer avec les différentes astuces techniques liées au found footage ?

Je n’ai pas beaucoup parlé à la caméra, vu que le concept du film est un documentaire dédié au personnage de Perdita (Weeks-ndr - découvrez son interview ici). Mais en même temps, nous savions constamment où était la caméra et surtout, au lieu de complètement l’ignorer (ce qu’un acteur se doit de faire, car les regards caméra sont très embarrassants…), nous prenions en compte sa présence, puisqu’elle était un personnage à part entière (Benji - Edwin Hodge - est l’homme derrière la caméra et le « film dans le film »-ndr). C’était une réelle expérience de laisser la caméra exister, de lui aménager une présence tangible à l’écran. En pratique, je parlais plutôt au caméraman, Benji.

Était-ce particulier de s’adapter à la durée anormalement longue des prises et de ne pas spécialement savoir quand la caméra continuait à tourner ?

Il est évident que nous avons enchaîné les très longues prises et que nous improvisions beaucoup. Parfois, nous ne savions plus par où regarder. En général, sur une série ou un film « classique », la 1ère caméra prend beaucoup de place et couvre un axe principal. C’est clairement défini. Ici, à chaque instant, la caméra pouvait spontanément choisir de s’approcher de moi ou d’un autre personnage. Ce qui implique qu’on ne peut pas faire semblant et que l’on doit tout le temps être dans la vérité du jeu. On ne peut pas tricher !

Est-ce plus éprouvant que d’habitude ?

Oui, c’est plus fatigant parce que vous devez constamment être en alerte. A chaque seconde et jusqu’au moment où vous entendez « cut ». John (John Erick Dowdle, le réalisateur de Catacombes-ndr) mettait beaucoup de temps avant de le crier.

Pour revenir au sujet qui fâche : à l’avenir, sera-t-il possible de vous revoir dans un film d’horreur ?

Je ne sais pas. Si c’est le cas, ce sera vraiment parce que j’aurai eu un gros coup de cœur pour le projet. Je persiste et signe : vous ne me verrez pas dans un film d’horreur bidon, comme on en voit tant.

Et comment pourrais-je vous faire changer d’avis sur le genre ?

C’est impossible. C’est aux producteurs et aux réalisateurs de films d’horreur de changer leur approche. Si l’histoire tient la route, je suis heureux. J’ai besoin d’un scénario en béton, pas seulement de personnages qui courent et hurlent ! De vrais personnages et pas des pantins… A mons sens, le film d’horreur parfait est Le Silence des agneaux. Il s’appuie sur d’incroyables personnages et ce n’est pas seulement : « bouh, bouh, bouh ! ». Ce film anticipe les passages de frayeur et de tension. Catacombes partage cette même dynamique. Les moments de peur ne sont pas téléphonés et surfaits. L’essentiel se passe dans l’esprit du spectateur, qui se demande ce qu’il va se passer ensuite. C’est ce qui me plaît. Personnellement, je privilégie l’état de tension au sursaut d’effroi.

N’aimez-vous pas des films d’horreur considérés comme tels, à l’image de Shining (The Shining, Stanley Kubrick, 1980) ou Ne vous retournez pas (Don’t Look Now, Nicolas Roeg, 1973) ?

J’adore The Shining, mais je ne suis pas certain d’avoir vu Don’t Look Now. J’aime tout simplement les bons films. Quand j’étais gosse, The Shining était mon film préféré.

Ah, on y arrive !

Oui, mais il faut dire que The Shining pouvait compter sur l’interprétation du grand Jack Nicholson et d’autres prestations d’acteurs au diapason. Le film est sur la corde raide et joue tout le temps sur la tension. C’est un cauchemar pour les nerfs des spectateurs. Dans les films d’horreur modernes, c’est beaucoup plus grossier, avec ces soudaines montées du niveau sonore (jump scares-ndr) et des effets chocs comme des têtes découpées…

Je déteste aussi les jump scares.

Oui, c’est comme se tenir caché dans le noir et crier « bouh » à une autre personne pour lui faire peur. Je peux le faire à la maison. N’importe qui peut le faire. Tout le monde peut me faire sursauter, mais peu arrivent à instaurer chez moi un sentiment de malaise et d’inconfort. C’est ce que les bons films d’horreur parviennent à réaliser.

Pouvez-vous nous confier deux-trois petites choses à propos de votre participation au sci-fi flick 400 Days (dont la sortie aux USA est prévue pour le 15 avril 2015) ?

C’était l’éclate ! La distribution du film est incroyable (Brandon Routh, Caity Lotz, Sally Pressman ou encore Dane Cook-ndr) et on s’est tous bien entendus. Je ne sais pas à quel point j’ai le droit d’en parler, mais vous verrez que c’est un film très intriguant. J’ai adoré travailler avec le réalisateur (Matt Osterman-ndr) et le tournage s’est merveilleusement déroulé. Je suis très curieux d’en voir le résultat, car 400 Days a le potentiel pour sortir du lot et se démarquer des autres œuvres science-fictionnelles récentes. Pour l’instant, je n’en sais pas beaucoup plus.

Merci à Ariane Vandenbosch, à Banita Ramchurun, ainsi qu’aux équipes de Sony Pictures Releasing Belgium et NBC Universal (Universal Pictures International).

Critique de Catacombes - Dans les entrailles de Paris

As Above, So Below (Catacombes) illustre la quête insensée d’une jeune archéologue intrépide, incarnée avec charme et aplomb par la craquante Perdita Weeks (la Mary Boleyn de la série Les Tudors - en interview ici !). Cette pasionaria prolonge le rêve de son père en partant à la recherche de la pierre philosophale chère à l’alchimiste Nicolas Flamel.

Sa « chasse au trésor » la mènera tout droit en Iran puis à Paris, dans les entrailles de la ville, sombrant de plus en plus profondément dans les catacombes en compagnie de son partenaire, expert en textes anciens (l’excellent Ben Feldman, aperçu dans Cloverfield et surtout dans la série Mad Men), d’un caméraman et d’une équipe bigarrée d’urban explorers. Mais plus que de rétablir la vérité historique, cette périlleuse expédition fera essentiellement ressurgir leurs secrets personnels les plus enfouis…

A quelques petites incongruités inhérentes au genre près (du style, pourquoi le caméraman s’évertue-t-il à filmer alors que sa survie est en jeu), le réalisateur John Erick Dowdle (En quarantaine, remake US de [Rec]) parvient étonnamment à éviter bon nombre d’écueils du found footage, qui, il faut bien l’avouer, s’était érigé ces dernières années en refuge pour petits malins et en alibi idéal aux productions les plus désargentées (les DTV s’inscrivant dans le genre sont innombrables) ; un domaine où règnent la fainéantise et la roublardise - dernier exemple en date : l’horripilant Willow Creek, subi au BIFFF 2014. Nous n’accordions dès lors que peu de crédit à Catacombes, alors qu’il s’agit du found footage le plus efficace depuis le [Rec] (2007) du duo Balaguero/Plaza. Un honneur qu’il partage avec l’éprouvant The Bay (Barry Levinson, 2012).

L’œuvre se démarque du tout-venant par une véritable empathie envers ses personnages, pour la plupart finement caractérisés (Ben Feldman insiste sur cet aspect dans son interview) et éloignés des habituels pantins du genre (le found footage, pour les trois du fond qui ne suivent pas !-ndr), ainsi que par un travail tangible de documentation historique, offrant au récit des frères Dowdle (John Erick et Drew - découvrez leur passionnante interview !) l’assise et l’épaisseur nécessaires.

D’une noirceur sidérante - presque nihiliste (si, si !) - dans son dernier tiers, lorsque la lumière du jour ne semble plus qu’un songe, As Above, So Below suscite un réel sentiment de claustrophobie chez le spectateur et l’embarque dans un grand huit anxiogène, en n’épargnant aucun de ses protagonistes.

A l’image du (néo) slasher teuton - tout dur ! - Urban Explorer (Andy Fetscher, 2011), avec qui il entretient quelques similitudes (pratique de l’exploration urbaine, résurgence d’un passé douloureux, longtemps enseveli dans les profondeurs de la ville), le judicieusement nommé Catacombes (comment faire plus clair ?) est une série B très rythmée, qui sans renouveler le genre, offre un tel impact sur le spectateur… qu’elle en contenterait presque les allergiques au found footage (dont l’auteur de ces lignes n’est pas loin de faire partie) !

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